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bad blood - we live here

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◆ Manuscrits : 1837
◆ Arrivé(e) le : 13/11/2016
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Sujet: Warning SignMer 3 Mai - 10:52

La douceur de la serviette qu’elle tenait entre les mains lui fit du bien, alors que son regard s’était égaré au-delà de la cime des arbres entourant la propriété, occupé par la contemplation inopinée du mouvement des vagues qu’elle apercevait de très loin à travers la grande fenêtre de la salle de bain. Un accroc dans la matière spongieuse de la serviette vint se nicher dans la pierre ornant la bague de fiançailles qu’elle portait toujours à son doigt, n’ayant pas eu le courage de s’en défaire, malgré les bons conseils de Jesse. Amelia se ranima soudain et baissa lentement la tête sur sa main. Elle tendit la gauche devant son visage et plissa l’œil pour étudier avec expertise le travail d’orfèvre effectué sur l’or rose et sur l’éclat de diamant sublimant la finesse de ses longs doigts – elle s’était habituée à sa beauté, la réverbération de la lumière sur la pierre déployant tous ses trésors chaque fois que le soleil venait se mesurer à sa splendeur. Elle soupira, soustrayant l’anneau à sa vue, tant il lui était douloureux d’imaginer ce à quoi sa vie aurait ressemblé si Andy avait décidé de rester à ses côtés. Le mariage aurait eu lieu depuis quelques semaines déjà. Elle serait aujourd’hui débordée par la masse de cartes de remerciements à envoyer à leurs invités généreux et à leurs connaissances passées les féliciter après l’église ; les fleurs de son bouquet nuptial auraient commencé à se flétrir, mais leur odeur s’inscrirait à tout jamais dans sa mémoire, et elle chercherait toute sa vie à avoir un bouquet de ces fleurs au centre de l’îlot central de la cuisine et en haut du placard de la salle de bain ; les souvenirs de leur lune de miel leur trotteraient encore dans la tête, les faisant rougir en pleine journée, et ce à des moments inopportuns ; la joie d’enfin porter le nom de l’homme qu’elle aimait profondément la transporterait, la poussant à rappeler à quiconque lui posant la question qu’en effet, elle était désormais une femme mariée. Sa gorge se serra douloureusement. Millie tourna les talons pour rejoindre le lavabo surplombé d’un miroir sur lequel elle évita de s’attarder, sentant les larmes gonfler au raz de ses cils maquillés – loin du conte de fées dont elle s’était repue durant toutes ses années, sa vie ressemblait à ça désormais : elle qui retenait ses larmes lorsqu’on lui rapportait l’avancée de l’enquête autour des meurtres du Poète, qu’on l’arrêtait au détour d’une rue pour la questionner sur ce qu’elle en savait ou non et si elle y était pour quelque chose, qu’elle pensait à sa grand-mère, à Rose, et bien trop souvent à Tobias quand elle apprenait pour la énième fois la disparition de quelqu’un qu’elle appréciait et qu’on l’appelait à coup sûr pour la questionner, pendant qu’Andy n’était plus là pour la soulager du poids trop lourd qu’elle portait sur les épaules. Elle ferma les yeux et inspira une longue goulée d’air qu’elle bloqua dans le creux de sa poitrine, lorsqu’une voix rauque s’éleva au rez-de-chaussée, s’inquiétant du temps qu’elle mettait à descendre.

Ezra l’attendait en bas des escaliers. Sans qu’elle ne puisse l’expliquer, cela la soulagea immédiatement, et elle rouvrit les yeux pour une nouvelle fois les arrêter sur sa bague de fiançailles. Elle largua résolument la serviette de bain près de la vasque, s’y accrochant un moment avec fermeté, tandis qu’elle faisait le point dans son esprit. Le temps qu’une fine colonne d’air s’échappe de ses lèvres charnues, Amelia avait pris sa décision – pour le meilleur, comme pour le pire, et l’ironie de son chemin de pensée la fit carrer les mâchoires ; elle fit glisser l’anneau de son doigt, activa la manivelle du robinet pour en faire couler un puissant jet d’eau brûlante, et la laissant tomber dans le syphon au fond duquel elle atterrit en silence, s’écoulant dans les canalisations. Elle ne se sentait pas mieux pour autant, constata-t-elle au moment où elle releva la tête pour affronter durement son reflet dans le miroir, mais la charge de soucis qui lui faisait bien trop souvent baisser la tête lui sembla tout de suite plus supportable, et avec une dignité sereine, elle corrigea son port de tête, pour mieux pivoter de l’autre côté, et enfin quitter la salle de bain.

« Quoi ? C’est tout le temps dont une dame a besoin pour se repoudrer le nez, je dois tout t’apprendre ? » lança la jeune femme en descendant la dernière volée de marches, se dirigeant tout droit vers Ezra. Sa main gauche lui paraissait nettement plus légère, mais son cœur diffusait comme une décharge électrique qui lui vrillait la poitrine – mais elle ne montra rien, gratifiant le jeune homme d’un grand sourire lumineux et d’une grimace puérile qui n’aurait rien à envier à celle que ses élèves utilisaient pour faire taire ceux qui les taquinaient dans la cour de récré. Elle s’arrêta trois marches avant la fin, préparant déjà son coup ; elle n’avait plus besoin de grandes analyses mathématiques pour mieux estimer leur différence de taille, la force de l’habitude l’ayant soumise à l’évidence ; Ezra n’était rien d’autre qu’un gentil géant – il était toujours là pour elle, même lorsque les choses ne tournaient pas à son avantage, ce n’est pas lui qui l’aurait laissé tomber pour se laisser empoisonner par le venin du soupçon, et l’inverse était tout aussi valable : Amelia pourrait sacrifier beaucoup pour lui.
Attendant d’être plus ou moins à son niveau, et qu’il lui tourne le dos, elle posa ses mains sur ses larges épaules et lui grimpa à moitié dessus en lui demandant « Tu m’emmènes ? » Elle se hissa définitivement sur son dos, non sans pousser quelques complaintes tant c’était difficile, puis serra ses bras autour de son cou, et cala ses jambes sur ses hanches. Millie se redressa brusquement, fronçant le nez comme un animal sur la piste de son dîner « Ça sent super bon, c’est quoi le menu ? »
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Sujet: Re: Warning SignMer 24 Mai - 21:03

Il n’y avait qu’une seule photo d’elle dans sa demeure. Accrochée au mur, dans l’escalier, elle se tenait quelque part entre les sourires de sa mère et de leur beau-père, sa joie immortalisée sur le papier glacé. Le cliché laissait voir les dents qui manquaient déjà à son bonheur, l’enfant toujours ravie de pouvoir raconter à son grand-frère ce que la petite souris lui avait offert cette fois-ci. Ses cheveux blonds ébouriffés laissaient sous-entendre que l’après-midi ensoleillée n’avait pas été de tout repos, et Ezra se tenait quelque part dans le fond de leur jardin, encore occupé à retourner la terre. Ils avaient pour habitude de planter des fleurs ensemble, l’aîné creusant pour que la petite dispose les graines et recouvre chaque trou. Elle n’avait même pas eu le temps de voir fleurir les roses, les tulipes ou les hortensias. L’été l’avait assommée, la privant de sa liberté, la cloitrant dans une chambre d’hôpital aux murs blancs. Des murs qu’Ezra avait eu en horreur, sur lesquels il était venu accrocher quelques cadres, des dessins de ses camarades de classe, des photos de leur famille. Sur sa table basse, il avait posé quelques fleurs, celles qu’elle aurait voulu voir germer ailleurs que dans cet enfer. Les rares fois où elle avait eu le droit de sortir quelques heures, elle était revenue féconder la terre, avant de disparaitre à nouveau. Les mois s’étaient écoulés dangereusement, voyant les dernières graines éclore ; après quoi, il ne resterait plus rien de sa soeur. Quelques souvenirs seulement, mais rien de réel ou de tangible. Pas d’héritage. Sur sa tombe, Ezra avait déposé ses fleurs. Celles qui l’avait vue éclore avant de se faner, avant de regagner la terre. Peut-être qu’elle parviendrait à faire naître un parterre de lys sur sa tombe, de là où elle était? Alors Ezra était souvent revenu l’arroser de ses larmes, au cas où.

Il avait mis longtemps à accepter, renonçant à prononcer jusqu'à son nom, le souvenir lui nouant trop souvent la gorge, le faisant suffoquer. Il avait prié des nuits entières, espérant que le ciel l’entendrait, qu’il lui donnerait des nouvelles de sa jolie fleur. Mais rien, un silence presque glaçant, et Ezra avait dû apprendre à faire avec, retournant mille fois la terre de son propre jardin afin d'y trouver des réponses. Et puis il avait fini par comprendre que le Créateur ne maitrisait rien, qu’on ne pouvait pas lui en vouloir. Qu’Il avait déjà accompli un miracle, que chaque expiration devait donc être un remerciement. Ils étaient là, vifs et déchirés, mais ils n’étaient maîtres de rien, et il fallait l’accepter. Et quand enfin il en avait eu la force, Ezra avait ressorti la photo d’un tiroir, lui offrant un cadre et une place de choix sur le mur qu’il avait choisi de consacrer à son entourage. Il avait appris à se familiariser avec le souvenir tragique, le sourire de la petite l’interpellant souvent du coin de l’oeil dans les premiers temps. Jusqu’à ce qu’il s’habitue à sa présence ; jusqu’à qu’il s’habitue à la pesante absence. Qu’elle fasse partie de lui, qu’elle ne le quitte plus, qu’elle reste là, à l’observer. À veiller sur lui comme il avait veillé sur elle.

Amelia venait d’atteindre les dernières marches, alors que le regard d’Ezra s’était perdu dans le passé en attendant la jeune femme, son sourire se faisant timide sur son visage, son expression solennelle habituelle ayant soudainement la vie dure face à la grimace de la blonde. Il se retint de faire une remarque sur sa taille, constatant qu’elle avait besoin de plusieurs marches pour se tenir à sa hauteur, se dirigeant à nouveau vers la salle à manger où le déjeuner les attendait, Ezra n’ayant même pas pris la peine de se défaire de son tablier. Le gentil géant fut néanmoins pris de court, ne luttant même pas lorsqu’il sentit les mains d’Amelia sur ses épaules, comme habitué à ses enfantillages. Elle lui rendait la douceur qu’il avait perdu, ou bien peut-être lui en offrait-elle une qu’il n’avait jamais vraiment eu le temps d’apprécier? Elle ne remplaçait personne, elle avait simplement réussi à panser les blessures d’un coeur écorché. « Tu n’as pas besoin de te repoudrer tu sais, tu es jolie sans poudre. » Mais après tout, elle était bien libre de faire ce qu’elle voulait. Son avis d’homme n’importait guère. « Tu es jolie dans tous les cas, même quand tu grimaces. » Un mouvement d’épaule, un sursaut pour s’assurer qu’elle était bien en place et que sa prise était bonne, ses mains se glissant sous les genoux de la blonde pour éviter tout chavirement. « Destination : la salle à manger. » Déterminé à faire un détour alors que la pièce en question se trouvait à quelques pas seulement de leur position actuelle, il partit à l’opposé, faisant mine de s’être perdu une fois nez à nez avec la porte d’entrée. « Alors attends, ce n’est pas par-là… Il me semblait pourtant que… Attends, laisse-moi réfléchir. » Il prit une autre direction, traversant maintenant la cuisine où les plats étaient déjà vides, les assiettes étant déjà dressées et posées sur une table qui les attendait ailleurs. « Je crois que du risotto est au menu, à en juger par les quelques grains de riz qui trainent au fond de cette casserole. Il faudrait vraiment qu’on trouve cette salle à manger rapidement, si on ne veut pas manger froid. » Tournant en rond, bourrique devenue folle, il finit par rester planté au milieu du couloir, imperturbable. « Tu n’aurais pas un plan par hasard? »

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Sujet: Re: Warning SignDim 4 Juin - 19:01

On pensait que la proximité entre les individus entraînait les confidences, et c’était vrai. L’amitié forçait souvent à l’ouverture de son jardin secret, c’était une clause fondamentale à l’épanouissement de la tendresse que deux amis nourrissaient l’un pour l’autre. Pour autant, les non-dits ne tuaient pas la complicité et n’enterraient en rien la confiance que deux vieux amis se portaient après des années à grandir ensemble. La preuve en était : il y avait beaucoup de non-dits entre Ezra et Millie alors qu’ils illustraient pourtant parfaitement le principe de l’amitié. Ils ne parlaient jamais du facteur qu’ils avaient en commun et qui les avaient rapprochés lorsqu’ils étaient plus jeunes. Parce que c’était douloureux, ou parce que sa présence était encore si palpable qu’ils n’avaient pas besoin de s’épancher dessus. En grande imaginative, Amelia s’inclinait davantage face à cette explication, charmée par l’image de l’esprit volatile d’une petite-fille – d’une petite-fille qui ne grandirait jamais – flottant à leur côté pour participer à leurs rendez-vous de grandes personnes durant lesquels elle s’ennuyait probablement. Peut-être était-ce pour cette raison qu’elle se sentait toujours obligée de saupoudrer leurs retrouvailles hebdomadaires par une bonne dose d’enfantillages, histoire que cette petite-fille y trouve son compte, elle aussi.

Avec Ezra, elle était au moins sûre que ses perches seraient vigoureusement attrapées. A chaque fois, ça déclenchait son hilarité. S’accrochant solidement au dos du jeune homme, elle rit en lui donnant un léger de coup de talon dans les flancs pour l’inciter à avancer plus vite et en hennissant avec enthousiasme à l’idée de se faire conduire à table de cette façon. Il lui était arrivée de se demander comment quelqu’un comme lui, un homme qui avait beau avoir toutes les qualités requises pour prêcher, dépoussiérait néanmoins la fonction de pasteur. Les fidèles féminines – et masculines, car il y en avait aussi, et ce malgré la volonté farouche de l’entité qu’ils priaient de les faire culpabiliser à ce propos – de Fairhope n’en finissaient plus de se pâmer devant le physique de prince charmant du révérend Frey, faisant augmenter la fréquentation de l’office du dimanche matin de quelques pourcents, elle en était absolument convaincue. Ezra avait ses raisons pour s’être enfermé dans la solennité de la fonction de pasteur, et elle parvenait à le comprendre ; son humilité le rendait encore plus charmant à ses yeux.

« Révérend Frey, vous êtes un idiot. » Ça ne l’empêchait pas de le traiter comme le frère qu’elle n’avait jamais eu, au contraire ; elle aimait particulièrement le taquiner et il le lui rendait bien. La jeune femme tressautait au rythme des pas d’Ezra qui lui avait fait traverser le rez-de-chaussée de long en large avant de se planter au milieu du couloir de l’entrée. Un nouveau rire secouant ses frêles épaules, Millie se redressa sur le dos de sa mule, fronçant le nez en furetant les environs d’un regard inquisiteur. Au moins, ce petit interlude enfantin lui faisait oublier le poids de la bague de fiançailles qu’elle ne portait plus à son doigt. Elle se mit toutefois à espérer très fort qu’elle n’obstruerait pas les canalisations d’Ezra – elle n’avait pas envie de répondre à ses questions sur le sujet, que ce soit soir ou plus tard. Elle finit par poser ses yeux au plafond-haut dont le vif éclairage lui fit brusquement plisser les paupières « Il n’existe pas une prière pour trouver son chemin ? C’est toi le spécialiste, et j’ai déserté l’office depuis trop longtemps pour que ton patron consente à me filer un coup de main. Je te laisse fai – oh, mais attends ! » Elle se fit glisser de son dos pour mieux retomber sur ses deux pieds. Dans une expression toute théâtrale, elle tendit le bras vers l’arcade de la salle à manger « La Terre Promise. » murmurât-elle d’une grosse voix de bande-annonce de cinéma. Elle se remit à rire quelques secondes, fière de son petit effet, et donna un coup de coude au jeune homme à qui elle fit finalement signe de la tête de la suivre. Prenant son chemin vers la grande pièce d’où provenait l’odeur qui l’avait alléchée, elle tourna à son angle en reprenant avec plus de sérieux « J’imagine que j’ai dépassé mon quota de blasphèmes pour la soirée, inutile de dire le bénédicité. » Elle se laissa tomber sur la chaise qu’Ezra lui avait attribuée et s’émerveilla un instant devant le met qu’il avait préparé en joignant ses mains sous son menton – les quelques kilos qu’elle avait en trop, elles les lui devaient, mais là encore, ça ne méritait pas qu’on s’y attarde. Amelia déplia sa serviette de table du bout des doigts, l’étendit sur ses genoux, et attendit que son ami s’installe en face d’elle pour s’engager dans une conversation plus adulte « Les derniers ragots à Church-Land sont-ils aussi juteux que ceux de la dernière fois ? » Elle lui sourit en pêchant sa fourchette avec sa main gauche « Je t’ai aperçu aux funérailles de Tobias, mais je n’ai pas voulu te déranger. L’ambiance était pesante. » Comme à tous les enterrements, ne s’empêcha-t-elle pas de se dire mentalement, et pour dissimuler toutes traces de trouble sur son visage, elle planta sa fourchette dans le centre de son assiette « On attaque ? »
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Sujet: Re: Warning SignMer 28 Juin - 1:53

Elle s’était installée à table avec autant de facilité qu’elle était entrée dans sa vie, se faisant une place dans son quotidien sans même qu’il y prête attention, sans qu’il montre la moindre forme de résistance. Elle s’était fait une place dans son coeur comme un oiseau se serait installé sur une branche pour y faire son nid, jugeant que l’arbre serait assez solide pour la porter à bout de bras, pour ralentir sa chute et l’empêcher de rencontrer le sol trop rapidement. À croire qu’elle ne pouvait plus se servir de ses ailes, ou qu’elle les avait confié à quelqu’un d’autre avant de se réfugier ici, dans ce nid, dans cette demeure qu’il n’avait pas encore fini de construire, qu'il n'avait même pas achevé. Ezra faisait pourtant de son mieux pour la rafistoler silencieusement, sans jamais mettre de mots sur ses blessures, sans remuer les maux qui la tracassaient sûrement. Elle s’était assise et le regard du pasteur s’était posé sur l’annulaire de la jeune femme bien malgré lui, le doigt laissé nu, allégé d’un poids qu’elle ne semblait plus en mesure de porter. Et l’arbre avait soudainement envie de tendre ses bras un peu plus haut vers le ciel, vers le soleil et l’horizon, pour qu’elle retrouve enfin ses ailes et la force de se laisser porter par l’air du soir, confiant définitivement ses souvenirs à la brise ou à l’écume des vagues. Mais il restait là, planté face à elle, interdit, conscient qu’elle n’était pas venu jusqu’ici pour qu’il lui serve ce genre de discours, pour qu’il lui pose ce genre de questions et qu’elle se sente obligée de se confondre en explications. Les confessions ne devaient jamais être exigées, elles étaient seulement offertes, et Ezra refusait de faire des exceptions.

Amelia s’arma de sa fourchette, tandis qu’il se disait qu’il avait justement eu son quota de blasphèmes ; elle qui avait déjà fait la remarque quelques secondes auparavant, consciente que son humour était apprécié et que ses réflexions avaient réussi à amuser le pasteur, mais qu’il fallait tout de même que la réalité reprenne le dessus sur le jeu à un moment donné. Oh, pas longtemps. Juste un instant, juste le temps pour Ezra de tirer sa propre chaise, de soulever sa fourchette avec une certaine précaution pour saisir la serviette qui dormait juste en dessous, la déplier pour la placer délicatement sur ses genoux, tandis qu’il reposait le couvert dont il venait justement de se saisir. « Je crains que tu sois obligée de m’attendre avant d’attaquer, comme d’habitude. » Ce n’était pas un reproche, ni même une critique quelconque. Elle avait le droit de ne pas prendre toutes ces choses-là au sérieux ; c’était justement ce qui faisait son charme. Mais Ezra n’en n’avait pas la force, et joignant ses mains face à lui, il baissa légèrement la tête, ses paupières se fermant, une inspiration quittant silencieusement ses lèvres tandis qu’il priait, récitant le bénédicité pour lui-même afin de ne pas embarrasser son invitée avec ces quelques paroles. Après avoir articulé un Amen pour conclure sa prière, il finit par se redresser, le bleu de ses yeux se mélangeant à celui de la belle Amelia, sa main se dirigeant vers le pichet pour lui servir un verre d’eau avant de lui faire signe qu’elle pouvait maintenant attaquer sans aucun scrupule, et ainsi faire honneur au plat qu’il avait mis du soin à lui préparer.

« Tu sais bien que je ne peux pas tout raconter de ce qu’il se passe à… » Il n’y avait bien qu’elle pour avoir le don de lui arracher ce genre de vocabulaire, pour lui faire prononcer des mots qui le décrédibilisaient au possible. Mais elle était son seul public, et dans l’intimité de leur nid, il ne pouvait que lui faire honneur et se réjouir du sourire qui fendait aussitôt son visage lorsqu’il s’autorisait ce genre d’écart en sa présence. « …à Church-Land. » Il porta une première bouchée jusqu’à ses lèvres, prenant le temps de savourer son plat pour en relever toutes les saveurs, mais surtout pour en noter toutes les imperfections pour la prochaine fois. « Mais après tout, tout ce qui n’est pas dit dans le confessionnal relève du domaine public, n’est-ce pas ? » Il fallait bien qu’il se détache de tout ça et qu’il arrête de culpabiliser pour pas grand chose ; un peu de repos de temps à autre n’avait jamais vraiment fait de mal à personne, non ? Ezra avait pourtant bien du mal à se laisser aller, jugeant que son rôle était d’apaiser les esprits, pas de les échauffer à grand renfort de rumeurs. « Si tu préfères boire autre chose, il doit me rester du jus d’orange que j’ai pressé ce matin dans le frigo. » Autant faire diversion, voilà qui paraissait intelligent. « Et l’enterrement de Tobias a remué tout le monde, crois-moi. Savoir qu’un tueur rode en ville est une chose, savoir que la police, censée nous protéger, se met à tuer des citoyens, en est une autre. Il faut essayer de pardonner à tout le monde, ce n'est pas chose facile dans de tels cas. » Il avait l’impression de passer du coq à l’âne, ses propos n’ayant soudainement plus aucun sens entre les ragots, le jus de fruit et la mort d'un pauvre innocent ; il porta ensuite sa fourchette jusqu'à ses lèvres, s'obligeant à se taire l'espace d'un court instant. « Mais je ne suis pas certain que Tobias mérite qu’on parle de lui entre deux bouchées de risotto. Ne salissons pas sa mémoire. » Essuyant ses lèvres à l’aide de sa serviette, il la replaça ensuite sur ses genoux. « Et je suis sûr que tu as mille autres sujets plus joyeux à aborder. Ou des ragots à raconter. » N’importe quoi pour rafistoler ses ailes brisées, et la regarder virevolter autour de ses vieilles branches.

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Sujet: Re: Warning SignDim 2 Juil - 12:13

Un haussement de sourcils de la part de Millie indiqua à Ezra qu’elle l’attendrait avant d’attaquer son repas. Avec une docilité un peu surjouée, elle reposa doucement ses couverts à côté de son assiette, pas le moins du monde agacée par la discipline de fer du jeune homme, plutôt amusée par le millième échec qu’elle inscrirait à son palmarès. Elle avait déjà tenté de le corrompre au sujet du bénédicité, presque à chaque fois qu’ils partageaient un repas tous les deux en réalité, mais en vain. Elle ne se joint pas à sa prière, ayant délaissée tout ça il y avait bien longtemps déjà, et préférant les dogmes d’une nouvelle génération de gourous qui officiaient de façon plus confidentielle – restait encore à savoir s’ils étaient plus fiables que celui qu’on surnommait le Tout-Puissant. Pourtant, et ce dans une synchronisation parfaite avec le jeune homme assis en face d’elle, elle s’accouda à la table pour mieux réunir ses deux mains sous son menton. Ses doigts, dont la tension s’était dissipée sans qu’elle ne s’en rende vraiment compte, s’emboîtèrent délicatement entre eux. Amelia marqua un temps, se raidissant sur son siège, tandis qu’elle se demandait si Ezra avait remarqué l’absence de l’anneau à son doigt – si c’était le cas, il aurait la diplomatie de ne pas le lui faire remarquer, au courant du mal que ça lui faisait de devoir parler de tout ça, même après plusieurs mois de rupture officielle. Elle se ranima, et fit peser tout le poids de sa tête sur ses jointures en observant son ami d’un œil avisé. Ses pupilles bleutées se mirent à danser de part et d’autre, virevoltant à chaque angle qu’ils rencontraient pour s’attarder sur les détails gracieux qu’elle décelait sur son visage taillé dans le marbre. C’était un examen auquel elle se pliait volontiers, les yeux plissés et la tête penchée sur le côté, pendant qu’elle tentait de se rappeler l’exact moment où elle avait considéré cet homme comme son meilleur ami.

Ça datait de tellement longtemps. Si elle ne parvenait pas à être précise à ce propos, elle avait cependant une vision nette des épreuves difficiles qu’ils avaient endurées avant d’envisager de se faire confiance et de se soutenir dans leur chagrin. Amelia avait le même âge que la sœur d’Ezra à l’époque. Il ne l’avait jamais considéré comme une enfant ou comme une vulgaire camarade de classe de sa sœur néanmoins, et encore moins comme un substitut à la perte qui l’avait dévastée alors qu’il n’était encore qu’un adolescent. Elle l’avait toujours ressenti avec un soulagement sans doute malvenu. Millie devait bien admettre une chose, c’était qu’elle n’aurait pas été à la hauteur pour endosser le rôle de sœur de substitution, aussi séduisant qu’était ce titre qu’elle ne méritait pas, et cette moralité n’était en rien une tactique de sa part pour s’attirer la sympathie de son ami ou de quiconque : c’était un fait, et elle ne nourrissait aucune espèce d’amertume à cette idée, lucide et encline à reconnaître ses défauts, même les plus gros. Elle rétrécit davantage son champ de vision, et ses lèvres s’étirèrent dans un petit sourire contenu. Elle s’attarda sur le tombé des longs cils d’Ezra qui frôlaient ses joues, et le mouvement de ses lèvres qui murmuraient la prière qu’il s’obstinait à réciter. Elle avait déjà eu l’occasion de le constater à maintes reprises, mais à cet instant, la ressemblance avec sœur fit manquer un battement à son cœur. Amelia cilla quelques secondes avant de reprendre sur elle. Quasiment au même moment, Ezra sortit de sa méditation et lui servit un verre d’eau sur lequel elle se précipita sans attendre avant de lui répondre :

« Comme tu veux. Tout fini toujours par se savoir dans cette ville de toute façon. » Elle accompagna sa joute par un haussement d’épaules faussement nonchalant et reposa son verre d’eau en pinçant les lèvres pour assécher leur ourlet charnu « Tu sais que l’eau me convient, n’essaye pas de détourner le sujet. » Peut-être aurait-elle dû le laisser faire en fin de compte, car à l’instant où elle mentionna l’enterrement de Tobias, elle eut le sentiment que l’atmosphère s’était refroidie. Et ça venait d’elle qui laissa échapper un léger rictus rentré, la bouche pleine du succulent risotto qu’elle oublia de complimenter, soudain contrariée par les propos vertueux de son ami qu’elle fixa après avoir relevé la tête de son assiette. Elle avala sa bouchée, mais ne ravala pas sa réponse qu’elle prononça les sourcils froncés « Pardonner, c’est un joli concept quand on essaye pas de te faire payer quelque chose qu’on t’a accusé d’avoir fait. Je t’aime, mais tu dis des conneries. » Langage, Millie, s’entendit-elle penser, sauf qu’elle ne s’excusa pas pour autant.

Elle n’avait pas réalisé à quel point c’était devenu un sujet sensible à ses yeux. L’intervention de Ruby sur son lieu de travail l’avait fait énormément cogiter sur ce qui aurait pu lui arriver à elle aussi si elle n’avait pas eu la volonté farouche de sauver le peu de dignité qui lui restait. Elle avait cru avoir tourné la page et pardonné pendant très longtemps – les médias, la police, les voisins, les connaissances, l’ex-fiancé, qui l’avaient injustement pensé coupable, ou trop enjouée à l’idée d’avoir été innocentée –, jusqu’à ce qu’elle s’aperçoive que chaque fois qu’elle s’échinait à faire table rase, tout lui revenait dans la figure. Son regard se posa un instant sur son annuaire gauche, et elle sentit son estomac se tordre douloureusement. Elle aurait pu perdre l’esprit comme Tobias, elle se serait alors retrouvé à sa place, et dans ce cas de figure, Ezra aurait-il pardonné ? Amelia releva les yeux pour le plonger de nouveau dans les siens. Le sourire qu’elle laissa échapper lui fit du mal – physiquement, ses joues lui picotèrent, et son appétit diminua brusquement. Elle posa sa fourchette.

« En fait non, c’est la seule chose dont j’ai envie de discuter pour le moment. »  Elle recula bruyamment sa chaise, abattit plus fort qu’elle ne s’en croyait capable sa serviette de table qu’elle avait retiré de ses genoux, et d’une main leste, dégagea son visage empourpré d’une mèche de cheveu rebelle « Il ne mérite pas qu’on parle de lui au milieu du repas, alors qu’est-ce qu’il mérite, ou méritait. A la vue des circonstances, ce serait plus juste de parler de lui au passé, non ? » Elle s’emportait, et ce n’était pas dans ses habitudes – ça n’arrivait jamais, pas même quand elle avait de bonnes raisons de le faire. Ses yeux se mirent à briller alors qu’elle les verrouillait de nouveau à ceux d’Ezra à qui elle demanda « Dis-moi, et ne me sermonne pas avec les mots d’un autre ; qu’est-ce que tu penses vraiment de tout ça, Ezra ? »
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Sujet: Re: Warning SignMar 11 Juil - 17:26

Le temps s’était ralenti, la trotteuse stoppant presque sa course, les minutes s’écoulant plus lentement que d’ordinaire. Il aurait dû le sentir, il aurait dû prédire que ses mots maladroits viendraient heurter la sensibilité de son amie ; sans doute parce qu’elle ne comprenait pas, qu’elle ne voyait pas où il voulait en venir. Ezra évoquait le seul pardon qui avait une importance pour lui, le pardon divin, celui qu’il ne contrôlait pas, qu’aucun homme sur terre ne pouvait concevoir. Pardonner les offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés, c’était bien là leur seul et unique devoir avant que d’être jugé, une fois face au Créateur. Il fallait pardonner à Tobias de s’être emporté cette nuit-là, comme il fallait pardonner au policier qui avait appuyé sur la gâchette ; comme il fallait pardonner au tueur d’avoir semé la discorde dans toute la ville. Pardonner, tendre les paumes, offrir ses bras et sans doute quelques prières. Certains diraient que cela ne servirait strictement à rien, mais on ne soignait jamais le mal par le mal, on l’apaisait simplement, l’amour et le pardon comme une pommade sur les plaies de cette ville et de ses habitants. Ezra était là pour ça, il était celui qui ne devait pas se laisser emporter par ses propres émotions, qui devait passer des heures entières les genoux ancrés dans le sol, les phalanges jointes devant lui et le regard agrippé aux cieux. Il n’obtiendrait pas de réponse, et de toute manière, le pasteur n’était pas assez fou pour attendre quoi que ce soit en retour de ses murmures. Mais il espérait garder la force de se tenir droit face aux quelques fidèles qui continuaient de peupler les bancs de l’église, de garder la tête haute et le sang froid. Ne jamais laisser les évènements prendre le dessus sur ce qu’il était réellement, jamais hausser le ton ou taper du poing et renoncer à la colère.

Il aurait dû pourtant prédire qu’il ne pourrait pas maitriser celle des autres. Celle de son entourage, celle de ceux qui gravitaient autour de lui et qui semblaient à bout de souffle, épuisés par la course qui les tenait en haleine depuis des années. Sa paroisse d’abord, les fidèles se faisant de plus en plus rares après de nombreux reproches. Sa mère ensuite, qui priait à l’autre bout du pays pour qu’Ezra entende raison et qu’il la rejoigne là où il faisait bon vivre ; mais le pasteur refusait d’abandonner sa ville. Et puis Millie, dont il avait vu le sourire se ternir au fil des années, dont il avait vu les traits vieillir plus rapidement que d'ordinaire depuis que tout s’était accéléré, qu’on l’avait arrêtée pour la questionner sur cette affaire avec laquelle elle n’avait pourtant rien à voir. Même encore aujourd’hui, elle avait tenté de se cacher derrière des apparences, une façade bien trop fine pour Ezra qui avait même remarqué l’absence de la bague de fiançailles de la jeune femme autour de son annulaire gauche. Il avait préféré ne rien dire, privilégiant des sujets de conversation plus communs, rebondissant simplement sur ce qu’elle avait entrepris d’évoquer alors qu’ils avaient à peine fait honneur au plat qu’Ezra avait préparé. Mais il lui en fallait davantage, bien plus que cela pour s’emporter ; la serviette qu’elle posait à côté d’elle, les mots qu’elle employait, ses questions ne faisaient que remuer ce qui dormait paisiblement au fond de lui, mais cela ne suffisait pas à le réveiller.

À son tour, il pris le temps d’essuyer le bord de ses lèvres, plus par habitude que par crainte d’avoir été maladroit en goutant son plat, avant de poser la serviette à côté de ses couverts, cherchant les bons mots, ou plutôt les mots justes, ceux qui ne seraient pas susceptibles de faire bondir Amelia de son siège. Un instant, une poignée de secondes au cours de laquelle leurs regards se contentaient d’eux-mêmes, avant qu’Ezra ne se risque à s’éclaircir la gorge. « Je pense que la colère n’aide pas à se concentrer sur les véritables problèmes. » Est-ce qu’elle allait prendre la mouche ? Il n’avait pas pour habitude de prédire ; sinon ils n’en seraient clairement pas là, et Ezra ne serait pas en train d’essayer de se justifier d’une quelconque façon. « Tobias mérite de reposer en paix auprès de sa soeur, et il convient de ne pas salir sa mémoire inutilement en en faisant une cause juste pour se retourner contre la police de Fairhope. Il aurait dû partir autrement mais ça ne sert à rien de se torturer avec des alternatives imaginaires, et en vouloir au coupable ne nous fera pas avancer. Il faut pardonner, Amelia. » La colère ne menait à rien, dans n’importe quel cas, dans les deux camps. La colère n’avait pas sa place dans les rues de la ville, ni sous le toit du pasteur. « Et je pense que tu devrais manger pendant que c’est chaud. »

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Sujet: Re: Warning SignVen 21 Juil - 12:10

Pendant tout ce temps, pendant pas loin de cinq ans, Amelia avait eu l’impression d’être un animal en cage qu’on observe. Elle s’était tapie dans un coin, retranchée derrière les barreaux rouillés de la grille de son école comme une lionne condamnée à l’exhibition forcée de son intime férocité, attraction principale du cirque médiatique dans lequel on l’avait poussée de force, en attendant l’heure à laquelle on l’autoriserait à se dégourdir les pattes et à se nourrir d’autres choses que de ce que ses geôliers s’échinaient à lui donner ; accusations et quolibets, menaces et regards en coin, murmures et crachats. Elle ne s’était pas rebiffée, elle s’était rarement plainte et n’avait pas beaucoup pleuré. Même si à plusieurs reprises elle s’était surprise à vouloir mordre la main qu’on lui tendait pour l’aider à surmonter tout ce qu’elle avait traversé sans broncher, elle s’était montrée obéissante et magnanime face à l’ignominie que ça représentait à ses yeux d’être devenue une créature qu’on osait à peine approcher par crainte d’être attaqué – le retrait de sa classe de certains de ses élèves par leurs propres parents représentait l’une des choses les plus douloureuses qu’elle avait vécue, néanmoins elle parvenait à comprendre leurs raisons, qui n’en restaient pas moins déchirantes pour autant. Millie n’avait rien d’une lionne sauvage et affamée. Elle n’était qu’un docile petit chaton qu’on croyait capable des pires fourberies pour contenter son besoin de se distraire. Pourtant, confrontée à la colère qui l’envahit soudain, elle comprit qu’il était dangereux pour quiconque de chercher à l’endormir pour mieux apaiser les plaies qu’elle s’était obstinée à lécher dans l’espoir d’une guérison plus rapide. Sa récente solitude l’avait profondément changée, et ce fût un regard empreint d’amertume qu’elle lança à son annulaire gauche, où la trace de sa bague de fiançailles semblait plus pâle et plus visible que jamais.

Tobias avait été l’un des seuls à ne pas la juger sur ce qu’il avait cru observer d’elle à travers l’obscurité de Knoll Park. En réalité, il l’avait prise pour quelqu’un d’autre, et ça l’avait soulagée durant quelques secondes de songer à ce que cela aurait pu être de retomber dans l’anonymat au point qu’on veuille lui attribuer une toute nouvelle identité. Elle avait étudié ce fameux concept philosophique à l’université, Tabula Rasa. C’était ça qui lui fallait, mais comment procéder ? Parfois, elle pensait à ce qui aurait pu se passer si elle avait accepté le rôle qu’il lui avait tacitement proposé d’endosser ; elle n’aurait pas tenu la distance, malgré ses talents de bonne menteuse, et les choses auraient sans doute mal tournées. C’était ce qu’elle se racontait pour se rassurer, parfaite conclusion à une histoire qui n’avait en vérité jamais commencée, tandis qu’elle s’était mise à nourrir des regrets et à se rejouer la scène trop souvent pour le bien de sa santé mentale. C’était sans doute pour cette raison qu’elle se sentait si concernée par ce qui était arrivé à Tobias. Une partie d’elle se questionnait constamment sur le chemin qu’aurait pris les choses si elle n’avait pas écouté sa conscience. Mais ça, elle ne pouvait pas l’expliquer à Ezra à qui elle adressa un sourire rentré lorsqu’il reprit la parole après s’être tapoté les commissures de ses lèvres avec sa serviette de table.

« Je t’en prie, Ezra. C’est n’importe quoi. » Elle eut soudainement besoin de se soumettre à son regard ; ce regard bleu-doux et compatissant qui lui faisait du bien habituellement, mais qui la traversait comme des milliers de lames glacées en cet instant. Se cacher furtivement le visage derrière les paumes de ses mains ne fût pas suffisant pour parer les coups involontaires qu’il lui portait, alors elle se leva de sa chaise en laissant poindre un rire nerveux qui secoua sa poitrine le temps qu’elle opère quelques pas pour s’éloigner de la table de la salle à manger. Son rire se coinça douloureusement dans sa gorge, et l’espace d’une seconde, elle embrassa l’éventualité de lui raconter l’épisode de Knoll Park pour qu’il comprenne et qu’il se mette enfin à sa place. Et puis elle se rappela comment elle en venait toujours à se dire que les choses auraient sans doute mal tournées de toute façon – dans ce cas de figure-ci, Ezra aurait-il pardonné ? Millie se retourna d’un bloc pour lui demander d’une voix blanche « Si j’avais été à sa place, si j’avais perdu la tête comme il l’a perdu et qu’on m’aurait abattue, tu aurais pardonné ? » Tu as pardonné qu’on te prenne ta petite-sœur alors qu’elle n’avait même pas dix ans ? fût-elle tentée d’ajouter, mais la mesquinerie de sa pensée l’étourdie, et elle dut appuyer sa main gauche contre la colonne de l’arcade à côté de laquelle elle s’était arrêtée, manquant d’équilibre. Elle eut honte. Ses yeux se remplirent de larmes, et dans un brusque sanglot, elle reprit « Parce que ça pourrait arriver, tu sais. J’ai l’impression de devenir folle, j’ai envie de partir d’ici. » Elle n’avait pas beaucoup pleuré en cinq ans, et ça se ressentait ; un torrent venait de se déverser, si bien que ses épaules en furent secouées. Le bleu de ses yeux déborda, ruisselant sur ses joues rongées et piquées par le sel de ses larmes, et brusquement, elle fit volte-face pour se précipiter hors de la salle à manger, gênée par sa confession et le son de ses propres sanglots.
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Sujet: Re: Warning SignLun 14 Aoû - 11:09

Ses regards étaient rarement aussi profonds. Ceux qui avaient pour habitude de venir se noyer dans ses yeux auraient très certainement pu se rendre compte, remarquer la teinte légèrement différente, l’ombre plus prononcée que d’habitude, prenant presque le dessus sur les vagues qui régnaient dans ses iris ; vagues d’ordinaire si calmes, si paisibles, qui ne s’agitaient que rarement, que lorsque la tempête venait le frôler d’un peu trop près, manquant de le faire chavirer, de voir ses épaules se redresser légèrement tandis qu’il faisait de son mieux pour s’éclaircir la gorge le plus doucement du monde, son phare visiblement à la dérive lui aussi. Ezra serra la mâchoire, conscient qu’il n’était pas raisonnable de laisser ses émotions reprendre le dessus sur cette conversation ; lui aussi devait se pardonner parfois de n’être qu’humain, la foi soudainement noyée dans un brouillard épais, perdue, le vague à l’âme et les pensées voguant ailleurs. Elle lui faisait face, et pour la première fois, elle faisait naître chez lui ce que personne n’avait jamais réussi à réveiller. Pas depuis son adolescence, depuis qu’il avait décidé de ranger sa rancoeur et ses déceptions dans un coin, un placard quelconque qu’il avait pris soin de verrouiller à double ou à triple tour. Il ne s’interdisait pas d’y retourner de temps à autre si le besoin s’en faisait ressentir, mais il analysait toujours pourquoi et dans quel but, et puis il essayait de se trouver une alternative avant de reprendre sa route, remerciant le ciel de lui donner la force de ne pas se laisser distraire par tout ce qui n’était pas essentiel.  

Mais face à Amelia, ses reproches, sa façon de se tenir là et de lui répéter qu’il avait tort, Ezra avait du mal à ne pas paraitre légèrement agacé, les lèvres pincées et le regard soudainement fuyant, sa main agrippant son verre d’eau en dernier recours. Le sentiment était sans doute amplifié par sa gorge sèche ? Il y verrait plus clair après une gorgée ou deux, faisant de son mieux pour ne pas se relancer dans un discours quasiment identique au précédent, suivant à peine la blonde du regard quand celle-ci se releva, s’éloignant déjà. Peut-être qu’il était plus raisonnable de la laisser partir, de la laisser prendre l’air, prendre le temps de se calmer afin qu’ils puissent reprendre cette conversation à tête reposée, quand ils auraient tous deux mis leur amertume de côté. Il n’avait même pas ouvert la bouche tandis qu’elle l’interpellait à nouveau, se mettant soudainement à la place de Tobias comme si cela rendrait la situation suffisamment horrible aux yeux d’Ezra pour qu’il comprenne enfin son point de vue. Les sourcils froissés, il se retenait de ne pas se lever à son tour, conscient que sa carrure imposante face à celle d’Amelia ne ferait qu’accentuer le sentiment d’insécurité et de détresse de la blonde, les mots lui dévorant les lèvres. Réalisait-elle seulement ce qu’elle disait ? Il n’avait pas besoin d’elle pour s’imaginer ce genre de situation, l’horreur le maintenant éveillé souvent jusqu’à l’aurore, priant jusqu’aux premiers rayons du soleil pour que la liste ne vienne pas s’allonger du prénom d’un autre innocent, d’une innocente. Il se réveillait parfois avec la certitude d’avoir entendu un cri, un cri déchiré, pareil à celui d’un animal blessé, pour finalement se rendre compte que la peine de Tobias ne pouvait pas se mêler aux brises nocturnes, que sa voix lui avait été arrachée en même temps que tout le reste. Il faisait de son mieux pour ne pas imaginer Amelia en lieu et place de cette âme égarée, simplement parce qu’aucune vie ne valait plus qu’une autre et qu’il était de son devoir de déplorer la perte de chaque innocent ; il faisait de son mieux pour rester sain d'esprit parmi les fous.

Il fut contraint de se radoucir néanmoins tandis qu’elle vacillait, sa chevelure pareille à une flamme légère sur le point de s’éteindre. S’octroyant une inspiration aussi profonde que les reproches qu’on venait de lui faire, il se leva à son tour, rejoignant Amelia, ses mains trouvant ses hanches presque par habitude. Si sa soeur avait été là, si seulement elle avait encore été de son monde, Ezra ne se faisait pas de doute ; elle aussi aurait remis sa foi en question à bien des reprises. Elle et Amelia étaient là pour ça, des faiblesses qu’il refusait de s’admettre. « Tu sais que tu peux rester ici si tu veux. » Ce n’était pas vraiment une question, plutôt un conseil qu’il espérait la voir suivre. « Il y a suffisamment de place pour nous deux. » Ses pouces s’égarèrent sur les joues de la jeune femme, essuyant les larmes qui coulaient là, un soupir lui échappant bien malgré lui tandis qu’il posait un baiser fragile sur son front pâle, conscient qu’il était en train de balayer cette conversation pour mieux l’oublier, pour ne pas avoir à avouer ce qui lui retournait les entrailles. « Je suis là, tout ira bien. » Une promesse que seul le Créateur pouvait lui reprendre.

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Sujet: Re: Warning SignMar 22 Aoû - 12:13

Elle avait déjà rejoint l’entrée pour récupérer ses affaires. Millie saisit son manteau qu’elle enfila presque à l’aveugle, ses larmes brouillant son champ de vision. Le tremblement de ses doigts l’empêcha de le boutonner convenablement. Epuisée par le trop-plein d’émotions qui suintait de tous les pores de sa peau, elle abandonna après quelques instants pour mieux enrouler son écharpe épaisse autour de ses épaules, faisant prisonniers ses longs cheveux blonds qui encadrèrent strictement son visage aux traits altérés par la peine. Jamais avant elle n’avait eu besoin de s’éloigner d’Ezra. Il était rapidement devenu l’une des personnes sur lesquelles elle pouvait compter et chez qui elle s’isolait pour trouver du réconfort en cas de coup dur : elle avait trouvé en lui l’image du frère qu’elle n’avait pas eu la chance d’avoir. Elle ne se souvenait pas qu’un quelconque conflit n’ait déjà éclaté entre eux, ou alors des conflits de moindre importance. Ils avaient toujours su s’entendre, mettant leur amour propre de côté pour en venir à la conclusion que tout à chacun avait sa façon de voir et de vivre les choses. Tous les deux avaient été contraints de devenir des adultes rapidement, chacun pour des raisons radicalement différentes, et ça avait servi leur capacité à faire amende honorable, à refuser de faire de la rancune un de leurs vices. Ils en avaient d’autres, mais au moins, celui-ci n’entacherait pas une amitié qui paraissait si précieuse à leurs yeux. Du moins, c’était ce qu’Amelia avait toujours cru. Dans son estomac, la faim avait laissé place à une pulsation désagréable, lui donnant l’impression que son cœur s’était décroché de sa poitrine pour s’y laisser tomber et mourir. Elle tâtonna pour trouver son sac qu’elle glissa à son épaule, et marqua un temps d’hésitation lorsqu’il fallut qu’elle se retourne pour rejoindre définitivement la porte d’entrée. Elle n’aimait pas l’idée d’en vouloir à Ezra, mais force était de constater qu’ici, elle aurait tant aimé qu’il abonde en son sens. Elle étouffa un sanglot et ferma les yeux pour tenter de retenir les larmes qui continuèrent pourtant de rouler sur ses joues, et après une inspiration hachurée, elle pivota lentement pour s’en aller.

Sauf qu’elle le trouva en face d’elle. Aussitôt, ses grandes mains se posèrent sur ses hanches et ses lèvres tièdes sur son front. Raide sur ses pieds, Millie secoua la tête, traduisant son refus de le confronter de nouveau, en même temps qu’elle repoussait sa proposition. Il fallait qu’elle rentre chez elle, qu’elle refasse le point sur ce qui la chagrinait autant et qu’elle y mette un terme pour se retrouver. Elle n’était pas foncièrement différente, mais elle sentait que ça viendrait bientôt. Qu’on la sollicite pour parler de son expérience ne faisait qu’appuyer sur le nerf sensible, ravivant chaque fois un peu plus douleur et souvenirs. Elle qui avait tant eu besoin d’attention n’aspirait qu’à une chose ces temps-ci : qu’on l’oublie, et peut-être que si elle donnait ce qu’ils voulaient à ceux qui se damneraient pour recueillir ses impressions, elle aurait enfin droit à un semblant de paix et de tranquillité. Mais tout comme Ezra qui lui affirmait que tout irait bien, elle se berçait de douces illusions. Pourtant, il fallait qu’elle agisse, et c’est en prenant sens de cet épilogue qu’elle se recula d’un pas pour se défaire de l’étreinte du pasteur.

« C’est qu’Andy disait aussi, et regarde où ça nous a mené. » Elle s’en voulut un peu plus en s’entendant prononcer ces mots, mais elle ne broncha pas ; elle renifla en revanche, et on aurait su déterminer si c’était du dédain qui l’y força, ou si elle contenait un autre sanglot – un peu des deux, très certainement. Elle baissa les paupières un instant « Je vais rentrer. » annonça-t-elle simplement, et la brisure dans sa voix fit s’éteindre sa phrase de façon pas naturelle, trop abruptement. Elle ravala sa salive, s’activa timidement pour se préparer à contourner Ezra dont elle évita le regard, se souvenant comme ce qu’elle y avait lu quelques minutes plus tôt lui avait fait du mal. Cependant, elle ne pouvait partir sans faire un geste dans sa direction. Alors elle s’arrêta près de son épaule, et se jucha sur la pointe de ses pieds pour l’atteindre suffisamment, et soupira discrètement. Elle se pencha légèrement sur son visage, qu’elle vit pivoter avec sa main pour raffermir son geste, et l’embrassa tout doucement sur la joue. Toujours sans le regarder, elle laissa passer une longue seconde durant laquelle elle se tut, aux prises avec ses larmes, avant de lui dire « Je t’appelle plus tard, juré. » Et puis elle fila, sans vraiment savoir si elle tiendrait cette promesse, ou si elle attendrait qu’il ne la tienne à sa place.
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Sujet: Re: Warning SignLun 2 Oct - 21:18

« C’est ce qu’Andy disait aussi, et regarde où ça nous a mené. »

Un aveu qui lui resta en travers de la gorge, silencieux face au procès qu’on venait de mener contre lui. Ce n’était pas comme s’il pouvait l’affirmer à voix haute, comme s’il pouvait se perdre dans les sentiments qu’il ressentait à l’égard des jeunes fiancés qui n’étaient maintenant plus. Trop de rancoeur et de non-dits qui devaient rester bien enfouis, enterrés loin d’ici, auprès de Tobias et des autres sans doute. Ses pensées s’égaraient un peu, et pourtant le pasteur parvenait à rester lucide, réalisant qu’il ne pourrait pas lui faire entendre raison, qu’elle resterait campée sur ses positions et qu’elle ne pourrait pas comprendre ce qui l’animait. Pourtant, si elle prenait la peine de l’écouter un instant, elle aurait pu se rendre compte qu’il n’était pas moins humain que le reste des habitants, il était simplement fait d’une autre flamme, une flamme destinée à montrer le chemin, une flamme pour guider et réchauffer les âmes égarées ; certainement pas une flamme destructrice nourrie de colère et de vengeance. Il n’y avait pas de meurtre plus triste qu’un autre, et perdre Amelia l’aurait certainement affecté personnellement, mais il se devait de déplorer chaque perte.

Le baiser qu’elle posa sur sa joue ne le conforta pas davantage, et si toutefois elle l’appelait, Ezra n’était pas certain de répondre. Pour faire comme si tout ceci n’avait pas eu lieu ? Pour balayer ce déjeuner d’un revers de manche et prétendre que tout allait pour le mieux ? Le pasteur avait sans doute ses torts, et pas forcément les bonnes réactions face au meurtre d’un concitoyen à en juger par les reproches qu’on lui avait fait, mais il n’était pas question qu’il fasse comme si de rien n’était. Il se contenta donc d’une inspiration, plus lasse et profonde que les autres, les paupières fermées pour éviter d’emporter le souvenir triste d’une Amelia en proie à la mélancolie partout avec lui, la laissant s’évaporer et disparaitre aussi facilement qu’elle était arrivée ce jour-là. Refermant la porte derrière elle, il resta immobile pendant un certain temps, réalisant que la jeune femme aurait sans doute souhaité qu’il la retienne, qu’ils recollent les morceaux, qu’ils prennent plus de temps à essayer de se comprendre pour mieux se soutenir l’un et l’autre. Mais non, il n’avait pas la force ; plus la force, de donner des conseils, d’essayer de se faire entendre. Pas aujourd’hui, pas quand il avait passé du temps à mettre les petits plats dans les grands avec la certitude qu’il s’agirait d’une journée comme une autre, qu’il pourrait profiter de la présence d’Amelia sans se soucier de ce qui se passait au dehors, des confessions qu’il entendait chaque jour et des réponses qu’il devait apporter à une communauté perdue, à la dérive et particulièrement désespérée.

Quelques pas pour regagner la salle à manger où le plat principal nécessitait certainement qu’on le réchauffe. Ezra ne savait même pas s’il avait la force de ranger ou s’il ne préférait pas plutôt laisser tout en plan, au cas où elle revienne, au cas où elle décide de revenir toquer à sa porte dans les prochaines minutes, ou le soir-même. Elle avait mis un point d’honneur à ce qu’il l’imagine à la place de Tobias, et comme pour illustrer parfaitement ses propos, elle avait disparu, le laissant seul, en proie à ses doutes et ses propres questionnements. Empilant les assiettes, il hésita à en vider le contenu dans la poubelle avant d’être saisi de remords, conservant le tout pour mieux le consommer dans un futur proche. Il n’avait plus d’appétit de toute façon, et les murs vides et ternes de cette demeure n’avaient de cesse de lui renvoyer sa solitude en pleine face. Il n’avait plus rien à faire ici, si ce n’était pas pour profiter de l’après-midi avec Amelia. Mais quoi, après tout, il ne tenait pas plus ses promesses qu’Andy visiblement ; il n’était qu’un homme de plus qui avait commis le pêcher d’être imparfait. Si elle l’appelait, il n’aurait pas la force de décrocher, pas pour entendre les mêmes choses, les mêmes reproches, ni même pour faire semblant que tout allait pour le mieux. Il prononcerait quelques mots, par politesse sans doute, avant de prétendre qu’il avait des choses à préparer pour son prochain sermon, un fidèle qui avait besoin de son aide et qu’il la rappellerait à son tour. Jusqu’à ce qu’il mette cette journée de côté, qu’il la range dans un coin. Et qu’il pardonne.

sujet terminé

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