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 lay me gently in the cold dark earth

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fonda - lost in the fire

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◆ Manuscrits : 6413
◆ Arrivé(e) le : 15/03/2015
◆ Âge : 32 ans
◆ Décédé le : 3 Mars 2016, suite à une altercation avec les forces de police
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Sujet: lay me gently in the cold dark earthVen 17 Avr - 15:58

lay me gently in the cold dark earth
no grave can hold my body down, i'll crawl home to her



5 Juillet 2012
Les marques sur le corps de Laurel avait séché. Les mots gravés dans sa peau fragile ne perlaient plus, figés dans la chair, luisant à la lumière tamisée qu’on s’était résigné à allumer. Ce n’était plus la jeune fille qui saignait mais bien le coeur de Tobias, l’organe continuant inlassablement d’expédier le liquide dans les artères et dans les veines de l’homme qui avait fini par s’allonger lui aussi, tenant le corps de sa soeur tout contre lui pour qu’elle puisse sentir qu’il respirait encore, que tout son être s'imprègne une dernière fois de la vie qui battait à ses côtés. Laurel n’était plus consciente, ses deux yeux verts ne réagissant même pas lorsque son frère susurrait son prénom sans interruption, ses poumons ne se soulevant plus contre ceux de Tobias qui semblaient se déchirer de douleur contre ses os à chaque inspiration. Avec un peu de chance, elle était encore là, quelque part, réapparue sous une forme différente. Une jolie fleur dans le jardin, un jeune arbre ou un oisillon qui les observait depuis la branche qui flottait devant la fenêtre. La mémoire de Laurel existait encore, Tobias en était persuadé, et tandis qu’il la tenait tout contre son torse, il réalisait un peu tardivement que le sang avait taché sa chemise. Incapable de savoir si c’était celui de sa soeur ou le sien qui commençait à le fuir par le moindre de ses pores, l’homme poussa un profond soupir. Peut-être qu’il n’existait plus lui non plus et qu'il s'apprêtait à mourir à son tour. Tant pis.

« Tu voudrais aller où ? » Tobias s’était relevé, se tournant vers le cadavre dont il n’entendrait plus jamais la voix. Pourtant, il avait sourit et hoché la tête comme si elle lui avait répondu. « Je songeais à la même chose », reprit-il pour lui-même et le souvenir de sa soeur qui devait se balader librement entre les quatre murs de son ancienne chambre. Sa mémoire lui avait murmuré de jeter un coup d’oeil vers le bureau, le biographe y trouvant un mot griffonné dans la précipitation, maladroit, comme s’il s’agissait là d’un enfant de six ans qui avait tenté d’écrire une lettre d’adieu. Tobias l’avait laissé à sa place, l’amertume envahissant subitement son palais sans qu’il ne puisse comprendre pourquoi. La bouche sèche et la gorge brûlante, il avait remonté ses manches avec le plus grand soin, posant un dernier baiser sur le front de sa petite soeur avant de la soulever, la tenant contre lui comme si elle venait tout juste de s’endormir sur le canapé et qu’il allait la coucher entre ses draps. C’était pourtant un autre lit qu’elle s’apprêtait à rejoindre cette fois-ci, un matelas qu’elle avait presque exigé dans un dernier songe partagé avec son frère. Bien sûr qu’il la déposerait sur la plage, son corps presque nu étendu vers la mer, son regard vide rivé vers le ciel encore sombre qui serait bientôt teinté de la lueur du jour. Il resterait allongé auprès d’elle un instant, jusqu’à ce qu’elle disparaisse complètement et que la nature reprenne ses droits. Il lui tiendrait la main en lui racontant les premières fois où leurs talons conquérants étaient venus foulés ces dunes. Il se tournerait vers elle pour fermer ses paupières une fois que le soleil serait enfin levé, comme un point final. La fin d’un chapitre. Parce que Laurel n’était pas encore morte du moment que Tobias ne la laissait pas partir, pas vrai ?

Alors il était sorti de sa demeure sans se soucier du reste du monde. Non, il portait justement son univers à bout de bras, comme une offrande à la folie des hommes. Qu’on prenne le corps de sa soeur, qu’on lui arrache l’enveloppe de chair et de sang dont elle était constituée, mais qu’on ne lui ôte pas la mémoire de celle-ci. Jamais. Tobias arpentait ainsi les rues de la ville, ne réalisant pas que sa présence passait rarement inaperçue, pour ne pas dire qu’une voisine l’avait déjà remarqué sans véritablement prêter attention à ce qu’il faisait. Il ne réagit pas davantage quand un homme au volant de sa voiture écarquilla de grands yeux ronds en le voyant traverser devant lui ainsi chargé, ses lèvres semblant s’animer d’elles-mêmes comme s’il contait une dernière histoire à sa soeur avant qu’elle ne s’endorme. Il ne regretta toujours pas sa décision lorsqu’il atteint le lieu tant espéré en passant devant une jeune fille visiblement apeurée par sa présence. Et comme convenu avec Laurel, il s’installa sur le sable, la tête de la défunte reposant lourdement dans son cou. La brise avait beau lui souffler de lâcher la pauvre victime, le coeur de Tobias se débattait encore un peu plus dans sa poitrine pour rythmer sa souffrance. Non, il n’était pas prêt. Il ne voulait pas la lâcher. Pas maintenant. Jamais.
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Sujet: Re: lay me gently in the cold dark earthSam 18 Avr - 13:53

"Mahoney? Mahoney? Jesse t'endors pas putain, on a encore trois heures à tirer!"

Jesse ne dormait pas loin de là. Sa tête était peut-être appuyée contre le volant de leur voiture de service, cependant il ne dormait. Mais histoire d'attester de sa bonne foi, il redressa sa main droite, montrant un de ses doigts, fier et joueur à son collègue qui lança un bref "ha. ha. ha. Très marrant connard" avant qu'il ne relève la tête lui-même, un sourire aux lèvres. Jesse ne voulait même pas savoir à quoi il ressemblait à cet instant, il n'avait pas fait de nuit blanche depuis ses années d'université et cela semblait tellement loin derrière lui. Il se la jouait vieux avant l'âge vu qu'il n'avait que vingt-quatre ans. Vingt-quatre ans et une jeune recrue de la police de Fairhope, sa ville natale. Lui et son co-équipier, Denis, avaient passé toute la soirée à imaginer des scénarios complètement farfelus, qui impliquaient leur vie dans un autre univers, s'ils ne s'étaient pas décidés à devenir policier. Denis clamait qu'il serait parti faire le tour du monde comme il l'avait toujours voulu, qu'il aurait eu tout un tas de petits boulots et qu'il aurait fini par s'établir quelque part dans le Sud, pour ouvrir son bar et se trouver une petite femme et vivre une vie tranquille. "Mais nan, hors de question." Avait dit Denis en mordant dans le burger qu'ils étaient partis acheter à deux heures du matin, ayant toutes les deux faim. "Mon père aurait fait une crise cardiaque si j'avais choisi de faire ça... Cette espèce de connard." Le père de Denis avait été flic alors bien évidemment, la ligne était toute tracée. Jesse avait offert un sourire compatissant à son collègue avant de se saisir de sa portion de frites et de l'attaquer comme s'il n'avait pas mangé depuis trois jours. C'était le cas et il avait promis à Denis qu'il le rembourserait pour le repas, le blond avait roulé des yeux avant de lui dire de se taire. Ils allaient passer toutes leurs journées ensembles pour les prochaines années à venir, alors autant ne pas se laisser déranger par des petits détails, pas vrai ? Jesse était content d'être tombé sur Denis lors de son premier jour à la station de police, le courant était bien passé et maintenant il savait que si quelque chose lui arrivait pendant une arrestation, Denis serait là pour corriger le tir. Pour Jesse qui était individualiste au possible, c'était un bon sentiment. Non pas que c'était par choix non, les choses n'avaient jamais été faciles pour le métis et ce même s'il ne se plaignait pas.

Être majeur n'avait rien fait pour arranger les choses et l'homme s'était retrouvé avec tout un tas de factures et de nouvelles responsabilités, et son père n'aidait pas. "Le mien est plutôt du genre accro à sa bouteille de Jack." Avait marmonné Jesse, pensif, mangeant sa dernière frite. Sauf que c'était encore à cause de James que Jesse n'avait pas mangé depuis trois jours. Son père délirait depuis des mois, que ce soit devant le poste de télévision ou quand il voyait Jesse et qu'il ne le reconnaissait pas. Le Mahoney avait littéralement menacé son propre fils avec un couteau parce qu'il pensait qu'un étranger était rentré dans sa maison. Jesse s'était seulement dit à ce moment-là qu'il y avait un problème, il avait calmé son père et l'avait conduit à l'hôpital. Verdict ? Alzheimer. Jesse n'avait pas bronché aux mots de l'infirmière ni face au médecin. Ils devaient garder son père, tant mieux. Un mois que James y était et Jesse avait été contraint de mettre leur maison en vente pour espérer payer les factures d'hôpital exorbitantes et continuer à vivre. Les heures supplémentaires à la station ? Pas sa propre initiative, si lui et Denis s'étaient retrouvés coincés dans cette voiture à patrouiller toute la nuit, c'était pour autre chose. "Hey... On tombe dans le cliché et on va acheter des donuts pour le petit-déjeuner?" Denis marmonna cette phrase en s'étirant et Jesse éclata de rire, vraiment. Ça devait être l'inquiétude mêlée à la fatigue, car en vérité, Denis n'était pas si marrant que ça. "Ouais pourquoi pas je veux dire, mon objectif n'a jamais été de vivre très longtemps... et puis quand même, on a patrouillé toute la nuit, aucune trace de salop.... aard." Jesse s'était interrompu pour bâiller, pensif. Le salopard en question avait déjà fait deux victimes et demi. Et demi, car Laura Munoz avait survécu et elle avait parlé. Le fait qu'elle était allée voir les journalistes n'aidait vraiment pas, maintenant le département de police de Fairhope devait montrer qu'il faisait de son mieux pour attraper celui qui terrorisait toute la ville. Sauf que Jesse estimait qu'on les envoyait à la pêche sans même la canne ou même des vrais hameçons, les premiers rapports de police n'étaient pas encore arrivés jusqu'aux oreilles des subordonnées que lui et Denis étaient. Non, on leur avait juste dit de surveiller tout comportement suspect.

"Ouais enfin, pas comme si ce type allait se pointer avec une pancarte ou même un corps en mode it was me who did this... right?" Les deux policiers échangèrent un nouveau sourire avant d'éclater de rire. Non, ce n'était décidément pas drôle, mais ils étaient tous les deux fatigués et être en état d'alerte tout une nuit n'était pas idéal. Comme pour les ramener à la réalité, la radio se manifesta à ce moment-là. "Jesse, Denis ? Putain répondez-moi !" Jesse se redressa dans son siège et il attrapa la radio. "Ici Jesse, qu'est-ce qui se passe ?" Jesse connaissait la personne à l'autre bout du fil, à croire qu'il n'y avait que des nouveaux de service aujourd'hui. "Je... Je ne sais pas, j'ai reçu plusieurs appels, visiblement il y a un taré qui se ballade avec un corps plein de sang à la plage." ... Jesse se tourna vers Denis, une expression indéchiffrable sur le visage. Fairhope n'était vraiment plus une ville tranquille si toutes les horreurs devenaient réalité. Jesse répondit qu'ils allaient aller vérifier cette histoire et après s'être donné de légères tapes sur les joues pour se réveiller, il démarra le moteur, la sirène retentissant aussitôt. Cinq minutes, il ne leur fallut pas plus de cinq minutes et Jesse dut freiner en trompe car déjà, plusieurs personnes courraient dans la direction de la voiture de police. Putain, le jour n'était pas levé, ça ne pouvait pas être la réalité pas vrai ? "C'est lui, c'est lui putain, il est là-bas, il a encore tué, c'est lui qui a attaqué l'autre fille, c'est lui !" Jesse fut accueilli par une voix hystérique dès qu'il mit un pied en dehors du véhicule.

"Madame, je vais vous demander de vous calmer et de nous laisser faire notre travail okay? Personne ne s'approche à moins de cent mètres du périmètre tant que moi et mon collègue on ne vous dit pas d'approcher, compris ?" Jesse semblait sûr de lui mais la vérité était tout autre. Il sembla pâlir un peu plus lorsqu'il remarqua la trace de sang qui se dessinait dans le sable. Bordel. Jesse s'empara de son arme et il ôta le cran de sécurité, il gardait l'arme baissée mais il était prêt à agir au besoin. "Reste derrière moi et pas de mouvement brusque." Il sentit Denis hocher la tête sur sa droite. Jesse inspira profondément avant d'avancer et de suivre les traces de sang sur le sable. Ce n'était pas en train d'arriver, non, il devait forcément s'être endormi avec son père devant la télé, non ? Jesse ne pouvait pas encore admettre que c'était la réalité et son cœur s'accéléra en constatant que les traces le menaient à une silhouette. Un homme, à genoux dans le sable et... "Monsieur... Monsieur... Je vais vous demander de vous relever avec les deux mains au-dessus de votre tête." Jesse ne voyait pas encore le visage de cet homme ou encore ce qu'il tentait désespérément de sauver, mais tout ce sang menait jusqu'ici et cela indiquait seulement que le cauchemar continuait.
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Sujet: Re: lay me gently in the cold dark earthMar 5 Mai - 19:20

Les larmes ne semblaient pas vouloir monter, figées quelque part dans le corps de Tobias, ses pauvres yeux secs et brulants rêvant d’une source qui pourrait venir les apaiser. Les paupières du trentenaire ne se refermaient plus, son regard à jamais rivé sur le visage de celle qu’il avait adoré, celle qui gardait ses iris verts braqués sur lui comme si elle continuait de s’accrocher à son regard pour tenter de survivre. À quoi bon pleurer ? Elle ne souffrirait plus. Elle n’assisterait plus à l’horreur du monde, elle n’aurait plus à subir le caractère de son grand frère ni à assister à ses sautes d’humeur à chaque fois qu’elle essaierait d’aborder un sujet important. « Il faudrait que tu parles à quelqu’un Tobias, j’aimerais bien que tu essaies de rencontrer d’autres personnes et que tu ne restes pas tout le temps enfermé ici. » Mais à chaque fois, le concerné s’était contenté de grogner, refusant de se rendre au moindre rendez-vous que Laurel pouvait prendre pour lui avec des professionnels, repoussant les brochures sur des groupes de lecture qu’elle avait trouvé dans la région d’un revers de la main avant d’aller s’enfermer dans son bureau. Le contact avec le monde extérieur n’était pas si important que ça, pas vrai ? Il pouvait vivre sans les autres, sans leur enfer et les problèmes qu’ils s’étaient inventés. Tobias pouvait se contenter de la présence de sa soeur, sa seule présence auprès de lui, ses regards et ses messes basses, sa façon de lui sourire quand elle passait une mèche de cheveux derrière son oreille ou qu’elle le faisait enrager en lui prouvant qu’elle n’avait rien d’une petite fille sage, parfaite et douce ; qu’elle pouvait parfois se montrer terriblement têtue et agaçante quand elle le souhaitait.

Mais plus rien de tout ceci n’existerait quand Tobias aurait enfin refermé les paupières de Laurel. Le monde entier n’aurait plus aucun sens. Sa vie ne tournerait plus rond, puisque sa propre planète aurait perdu son astre. Plus de lumière ni de chaleur, juste un monde froid et gris où le temps avancerait au ralentis, l’emprisonnant dans sa chair jusqu’à ce que le ciel décide de l’arracher aux vivants lui aussi. Combien d’années encore à errer ici ? Mais surtout, combien de minutes avant que le soleil ne se lève et que Laurel ne le rejoigne ? Combien d’expirations jusqu’à ce qu’il soit contraint de laisser le corps de sa soeur sur le sable, en priant pour que la nature fasse rapidement son travail et que l’écume vienne la bercer, que la plage vienne l’ensevelir, que le vent fasse disparaitre les tâches de sang qui brillaient encore d’un éclat pourpre ? Pas longtemps, puisqu’on l’interpellait déjà, quelque part dans son dos. Tout semblait plus lointain depuis qu’elle n’était plus là pour passer ses bras autour de son cou de toute manière. Tout paraissait inaccessible et distant. Tout était futile et absurde. On voulait qu’il se relève avec les mains au-dessus de la tête, mais il refusait, bougeant justement le cou pour témoigner son refus sans se retourner pour autant. Non, il ne ferait pas le moindre mouvement tant qu’il serait certain que Laurel ne serait pas entre de bonnes mains et que la brise se chargerait de répandre son parfum dans l’air.

« Non. », dit-il une première fois pour lui-même, s’agrippant un peu plus fermement au corps sans vie qu’il tenait dans ses bras, contre sa poitrine, la tête de Laurel posée sur son épaule, une de ses mains caressant son dos rigide qui avait commencé à perdre sa chaleur. Laurel ne pouvait pas devenir froide, pas s’il la serrait contre lui, s’il refusait de la lâcher ou de la laisser reposer. Tobias saisit une des mains de la jeune fille, essayant de faire bouger le bras de cette dernière avec toute la peine du monde, refusant de la brusquer durant les derniers instants de sa présence auprès de lui. « Non, je ne me relèverai pas. » Il avait parlé de manière un peu plus audible que la fois précédente, mais sa voix ne parvenait certainement pas jusqu’à l’inconnu qui avait eu l’audace de le déranger dans un moment aussi intime ; ou plutôt de venir troubler le repos de sa petite soeur. « Je ne me relèverai pas ! », répéta-t-il une seconde fois, haussant la voix cette fois-ci, hurlant presque, crachant son refus à la gueule du monde entier qui l’avait privé de sa Laurel, sa pauvre petite Laurel, et qui venait lui réclamer son corps quand il n’appartenait à personne d’autre qu’à elle, à lui, à eux, aux souvenirs ancrés profondément dans leurs chairs qui n’avaient strictement plus aucun sens si l’un d’eux venaient à disparaitre.

Laissant un premier baiser dans la paume de Laurel, il songea à toutes les fois où il avait procédé de la même façon, lui offrant l’empreinte de ses lèvres au creux de sa main pour le restant de la journée ; ainsi, elle n’avait plus qu’à en faire ce qu’elle souhaitait, les déposant ensuite à l’endroit où elle le désirait. Oh, il lui en laisserait suffisamment pour toute une vie ce matin-là, il lui en donnerait afin qu’elle puisse recouvrir son corps pour l’éternité. « Pardon. » Un chuchotement qui n’était adressé qu’à elle, la culpabilité rongeant déjà Tobias alors qu’il venait de s’emporter et qu’elle n’aurait pas supporté de le voir agir ainsi. « Disparaissez, laissez-moi tranquille. Vous n’avez strictement rien à faire ici. » Une déclaration qui ressemblait davantage à des aboiements qu’il proférait à l’égard de celui qui les importunait. « Je ne me relèverai pas, vous m’entendez ? Je ne me relèverai pas. », reprit-il ensuite comme le refrain d’une plainte qui lui arrachait le coeur un peu plus à chaque fois que ces mots franchissaient ses lèvres, la bouche aussi sèche que ses yeux et le coeur endoloris.
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Sujet: Re: lay me gently in the cold dark earthDim 31 Mai - 11:32

"Okay. Okay." Jesse était quelqu'un de naturellement raisonné et même s'il savait tirer, certes pas aussi bien que Denis, il n'avait pas la gâchette facile. Il se souvenait très bien des instructions d'un de ses mentors il y a des années de cela, l'homme, plus âgé, avait tout de suite mis les points sur les i avec ses jeunes recrues et leur avait rappelées qu'il était terriblement facile d'enlever une vie. Trop facile . Ce qui l'était moins c'était de vivre avec son propre geste. Ce n'était pas juste comme dans les films, ce n'était pas juste une balle perdue, un joli plan avec le méchant qui tombait au sol et le fameux policier qui était acclamé et salué par ses collègues. Non, les choses se passaient rarement comme ça et ce que beaucoup oubliait c'était qu'à moins de savoir bien viser, le travail d'une balle était généralement propre. Cela n'engendrait pas des litres de sang mais on se retrouvait souvent avec une personne vivante en train d'agoniser et de lutter afin de puiser ses toutes dernières réserves d'oxygène. Ce n'était pas ça le but, cette arme de service que Jesse brandissait devait uniquement servir comme un outil de dissuasion au cas où les mots ne seraient pas suffisants. Jesse n'était pas certain que cela soit la bonne approche ce matin-là et il fronça les sourcils alors que le suspect du jour lui répondait. L'homme, qui semblait très grand et très imposant de dos, eut même l'audace de leur dire qu'ils n'avaient rien à faire ici et Jesse échangea un regard presque intrigué avec Denis.

Ça, c'était bien la première fois qu'on leur faisait le coup. Les deux jeunes policier n'en étaient pas à leur première arrestation et ils pensaient vraiment avoir tout entendu. On les avait traité de vendu, on avait essayé de les acheter avec des revues pornographiques, la chose avait d'ailleurs bien fait rire Denis, on leur avait répété à maintes reprises qu'ils n'avaient pas la bonne personne mais jamais personne n'avait remis en cause leur présence. Qui aurait dû être là alors? Faillit demander le métis. Mais Jesse réfléchit à toute vitesse se disant qu'il y avait définitivement quelque chose qui clochait. La nature humaine était mal faite, il le savait, certains étaient pervers, joueurs et menteurs mais il voyait mal un tueur, leur fameux tueur en série commettre une erreur de ce style. Pourquoi s'afficher en plein jour de la sorte? Jesse ne possédait aucun diplôme en psychologie ou quelque chose de ce style, il utilisait juste son bon sens. Aussi, il respira profondément avant de faire un pas vers le brun. "Monsieur comment vous vous appelez?" Son ton était plus léger que celui qu'il utilisait normalement pour les arrestations et il sentit le regard de Denis sur lui, le blond lui renvoyant un simple : qu'est-ce que tu es en train de faire? Jesse hocha la tête, un signe simple pour dire fais moi confiance. Il ne voulait pas que l'arrestation se passe mal, pas de vague, pas de tir, tout irait pour le mieux. Jesse prit une autre inspiration et il continua sur le même ton. "Moi c'est Jesse et je suis officier de police, je suis armé là, vous pouvez me demander pourquoi. Vous avez fait peur à quelques personnes monsieur." Il s'expliquait calmement avec le possible suspect essayant de lui faire comprendre que tout ceci était nécessaire. Les gens réagissaient généralement de manière positive quand on faisait appel à leur bon sens et à leur intelligence. Sociopathe ou personne adéquate, tout le monde savait qu'il y avait des règles et qu'elles devaient être suivies à la lettre, sinon, on sortait du moule et on ne plaisait plus à personne et on était alors qualifié d'étrange et d'anormal. Jesse fit un pas de plus avant de lâcher un "Mais ce n'est pas grave, mon co-équipier est là aussi." Pas de mauvaise surprise, une opération dans les règles se répétaient en boucle le métis alors que son cœur battait un peu plus vite dans sa poitrine.

"Je vais poser mon arme voilà, et me mettre devant vous d'accord?" Denis lui lança un regard alarmé à cette phrase là mais Jesse choisit volontairement de l'ignorer. Tout allait bien, cet homme-là ne pouvait pas être armé, s'il l'était, il avait déjà eu des dizaines, voir même des centaines d'occasion d'ouvrir le feu et de mettre à terre les deux policiers et pourtant il ne l'avait pas fait. C'était une première chose que Jesse devait prendre en considération. Ensuite, tout ce sang indiquait que quelqu'un était mort, ou était sur le point de mourir, il y avait donc plus urgent à faire là tout de suite. Jesse fit un geste des mains à Denis, lui indiquant de ne pas baisser son arme et de rester exactement où il était. Ce fut Jesse, les deux mains bien en vue de part et d'autre de sa tête qui fit lentement le tour pour se mettre face au suspect. Jesse avait bien eu raison, quelqu'un était mort. Une… jeune femme? Il ne pouvait pas voir, l'homme la tenait trop fermement contre lui, la tête de cette dernière contre son épaule, voulant la tenir tout près de lui. Trop près, tout ce sang ne pouvait pas être le sien, Jesse en était certain à présent, ce qu'il ne savait pas c'était qui était cet homme et si c'était lui l'auteur du crime et si c'était lui leur tueur en série. Écoute ton instinct Jesse. Cette chose ne lui avait jamais fait défaut, cet homme avait mal, il souffrait, il tenait ce corps comme un fardeau, un drapeau, une bannière de tristesse et de misère, quelque chose qu'il avait aimé, qu'il tenait de ramener à la vie? Une amante? Une amie? Lui murmurait-il quelque chose? Jesse ravala la première phrase qui avait failli lui échapper, il avait failli lui réciter ses droits mais ce n'était pas encore le bon moment de le faire, il le savait. Tout comme il savait que quelque chose clochait dans ce tableau, il ne ressentait aucune once de compassion ou même de pitié pour l'autre homme à genoux dans le sable, il allait lui passer les menottes qu'il soit coupable ou pas, pour la panique qu'il avait causée, il ne pouvait pas le laisser repartir de la sorte.

Jesse montra ses mains, signe qu'il avait tenu sa promesse et qu'il n'était pas armé, avant de s'agenouiller lui aussi dans le sable. "… Comment s'appelle t-elle?" demanda t-il doucement.
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Sujet: Re: lay me gently in the cold dark earthMar 23 Juin - 18:11

Son prénom n’importait guère. Tobias n’était plus. Il n’était rien sans le souffle de Laurel auprès de lui une fois la nuit tombée, sans les murmures de la jeune fille contre sa peau, sans ses mains autour de son cou quand elle l’autorisait à venir prendre ce qu’elle n’avait jamais offert à aucun autre homme avant lui. Il existait parce qu’elle était vivante et qu’elle n’avait de cesse de prononcer son prénom comme pour le supplier de ne pas l’abandonner, de ne pas la laisser seule, l’écho désespéré de sa voix ne trouvant de refuge qu’auprès de lui, là où il se trouvait, peu importe l’heure ou même l’endroit. L’homme ne respirait que parce qu’elle était là, parce qu’elle l’observait en souriant, parce qu’elle avait compris la façon dont il fonctionnait, parce qu’elle savait qu’il avait besoin d’être guidé et souvent rappelé à l’ordre. Laurel avait presque eu peur la première fois qu’elle s’était rendue compte que son frère n’était pas animé par la même sensibilité que le commun des mortels, ne prêtant d’importance qu’à ce qu’il pouvait posséder, ce qui lui appartenait. Et il n’y avait véritablement qu’une seule chose dont il était certain : Laurel était à lui. Lui et personne d’autre ; et la jeune femme avait eu toute la peine du monde à lui faire comprendre que cela ne lui donnait pas tous les droits. Elle avait haussé le ton plusieurs fois, le prénom du brun franchissant fréquemment ses lèvres pour le reprendre, pour que les rôles s’inversent et qu’elle l’éduque à son tour, pour qu’il réalise et admette les fautes qu’il avait pu commettre. Mais sans Laurel à ses côtés, il n’était plus rien pas vrai ? Juste une bête sauvage lâchée en pleine nature. Un fantôme. Une âme perdue et esseulée.

Alors quand l’officier lui demanda de répéter les lettres qui n’avaient de sens que dans la bouche de Laurel qu’il tenait sans vie contre son torse, Tobias ne sut quoi répondre. Il n’était plus, il n’existait plus si elle n’était plus là. Il ne savait plus qui il était, ni pourquoi tout ceci leur arrivait. Peut-être n’y avait-il pas d’explication. Peut-être était-ce simplement Laurel qui avait décidé de s’éteindre parce que son frère ne la méritait pas. Elle était tellement belle qu’elle aurait pu avoir ce pouvoir, celui de pouvoir décider de l’instant où elle pousserait son dernier souffle, privant la peau de Tobias de cet ultime soupir et le gardant à jamais pour elle. Le Clyne haussa les épaules, incapable de décliner son identité avec précision parce que cette dernière se trouvait juste là, au bord des lèvres violacées de sa petite soeur. Il savait simplement qu’elle s’appelait Laurel. Le reste n’avait plus aucun sens. Le reste était sans intérêt, et la voix du policier ne pouvait même pas l'atteindre tandis que le coeur de Tobias s’écroulait encore davantage au fond de sa poitrine à chaque fois que celui de Laurel ne venait plus battre contre le sien. Comme si les deux organes avaient toujours communiqué à l’unisson, que le rythme de l’un ne pouvait plus battre sans l’autre, que la symphonie de leur deux corps ne pourrait plus être jouée.

Instinctivement, Tobias agrippa sa soeur encore plus fermement lorsque l’officier de police l’informa de ce qu’il allait faire ensuite, annonçant qu’il allait poser son arme avant de venir se placer juste devant lui. Non. Tobias ne voulait pas. Il refusait qu’on voit ce qui n’était qu’à lui, ce trésor, ce royaume qui n’avait pas suffisamment hanter la planète avant de refermer ses paupières fragiles. Oh, il commençait à comprendre. Plus les secondes passaient et plus cela paraissait évident dans l’esprit de l’aîné. Elle était partie parce que le monde était trop cruel et absurde pour elle, parce qu’aucun être ici ne méritait sa présence sur le plancher des damnés et des fous. D’autres contrées l’attendaient sûrement ailleurs, quelque part où sa beauté n’attiserait pas l’appétit des monstres et où le grain de sa voix ne viendrait plus enivrer la conscience des hommes. Elle était trop belle pour exister, et elle allait emporter Tobias dans sa chute. Son corps rigide ne répondait plus, mais son frère tentait tout de même de provoquer une réaction. « Laurel. », dit-il d’abord en baissant la tête vers le visage de la défunte, caressant sa joue comme si elle venait de s’endormir sur ses genoux après une longue journée. Les larmes auraient du naitre aux coins de ses yeux, mais la froideur y résidait depuis bien trop longtemps, empêchant Tobias de se rendre compte de la souffrance qui l’animait subitement. Sur un ton aussi sec que le sable sur lequel il se trouvait, il reprit. « Elle s’appelait Laurel. Et vous n’avez rien à faire ici. Vous. Vous n’avez rien à faire ici. Rien du tout. » Se balançant lentement d’avant en arrière pour rassurer la jeune femme visiblement endormie pour l’éternité, il lui confia quelques mots pour qu’elle s’apaise avant de regarder à nouveau le policier qui avait eu l’audace de venir les importuner. « Disparaissez, vous l’empêchez de respirer. Elle voulait voir la mer, poussez-vous. » Un vaste mensonge pourtant, puisque Laurel lui confiait déjà qu’il devait coopérer, qu’elle connaissait suffisamment le bruit des vagues pour l’emporter avec elle, pour pouvoir le décrire à ceux qui n’auraient pas eu le temps de le découvrir là où elle se rendrait. Il ne faut pas mentir Tobias, tu sais bien qu'il ne faut pas mentir. Ce n’est pas grave, je suis bien dans tes bras mais il faut que tu me laisses partir maintenant. Tobias.

Non. Hochant la tête de droite à gauche et répétant inlassablement ces trois lettres, il refusait clairement les ordres qu’elle lui donnait. « Non. Non, il faut vous pousser. Elle voulait voir la mer. » Et sans réfléchir davantage, Tobias se hissa à nouveau sur ses deux jambes, ne se préoccupant pas des officiers qui allaient certainement l’empêcher d’avancer. Tant pis. Il irait se rasseoir un peu plus loin, là où personne ne pourrait faire de l’ombre à sa soeur en l’empêchant de profiter une dernière fois du paysage. Elle s’appelait Laurel et elle voulait la mer.
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Sujet: Re: lay me gently in the cold dark earthLun 13 Juil - 10:54

On avait prévenu Jesse. Denis aussi d'ailleurs. Le métier de policier n'était pas de tout repos, c'était éreintant, frustrant et la plupart du temps, on attrapait pas les méchants pour les mettre derrière les barreaux comme on voyait souvent dans les films. Le brun avait roulé des yeux lors de ce jour de formation avant de réaliser quelques mois plus tard que c'était bien la réalité, pas de belles médailles, pas de jours de gloire, il n'y avait que la routine et de temps en temps... l'horreur. Jesse avait déjà vu des photos de scène de crime et même certaines dites scène d'un peu trop près. Il se souvenait sans aucun problème de cette odeur caractéristique de mort et de chair en décomposition qui était souvent présente, et ça, c'était des odeurs avec lesquelles Jesse pouvait vivre sans problème. C'était comme l'odeur de l'alcool quand parfois il rentrait chez lui plus jeune. Un simple reniflement et à l'époque, Jesse pouvait dire à quel point son père avait bu. Un simple reniflement et il savait s'il allait pouvoir continuer son chemin et ignorer son père qui avait fini par s'endormir dans le canapé bercé par le poste de télévision, ou alors s'il fallait qu'il s'arme de courage car ce dernier se sentait d'humeur à insulter son fils. Ou encore pire, lorsque, leur petite maison sentait le whisky à plein nez, à faire tourner la tête de n'importe qui et le père de Jesse se trouvait généralement sur le sol, semi-conscient le plus souvent étalé dans sa propre urine ou dans son propre vomi. C'était des images avec lesquelles Jesse pouvait vivre, il avait appris à vivre avec. Mais il n'était certainement pas prêt d'oublier cet homme-là, massif au possible qui serrait ce corps sans vie et si frêle contre lui.

Jesse fut prit d'un élan de compassion et il se força à reculer, montrant qu'il n'était dangereux. "Regardez, regardez, je m'éloigne." lança alors Jesse reculant d'un bon mètre alors, ayant l'air absurde alors qu'il effectuait ce geste à genoux et dans le sable. Il n'avait absolument aucune raison de se plier aux demandes de ce parfait inconnu, qui avait un corps dans les mains, absolument aucune. Là, c'était juste l'instinct de Jesse qui lui disait que cet homme serait plus enclin à parler et à re-basculer dans la réalité si quelqu'un l'écoutait un minimum. Mais Jesse sentit tout de même le regard de Denis sur lui, la soudaine panique dans le regard de son co-équipier et il lui fit discrètement non de la tête. Non, personne n'allait tirer sur cet homme juste là. Jesse tourna le regard au loin, il pouvait voir une petite foule qui avait commencé à s'amasser au niveau de tout le sang que le suspect du jour avait laissé traîner derrière lui. Où était les renforts? Allait-il venir? Est-ce que quelqu'un avait de nouveau appelé la police? Jesse ne savait pas, il n'avait pas envie qu'une brigade de dizaine de policiers débarquent sur cet plage. Il n'y aurait pas de négociation et on demanderait certainement à cet homme de lâcher ce corps. Peut être qu'on utiliserait un tazer sur lui, deux au vu de sa taille et qu'il serait choqué et envoyé dans un autre monde pendant quelques minutes alors qu'on lui passait les menottes... La justice quoi.

Jesse prit une profonde inspiration et leurs regards se rencontrèrent là dans le sable et il lança un "Vous avez réussi, la mer est juste là."naïvement. Il espérait réussir à communiquer avec cet homme, il lui tendait la main, métaphoriquement parlant et réellement, Jesse fit un geste qui se voulait rassurant. "Je suis désolé, je ne peux pas me pousser, je peux vous aider... Laisser moi vous aider, sinon, ils vont vous la prendre." Le regard de Jesse se fit beaucoup plus insistant. Il avait compris que Laurel était importante pour cet homme, très importante même. Mais les apparences ne jouaient absolument pas en sa faveur et il devait vraiment le comprendre. Le chagrin faisait faire à tous des drôles de choses pas vrai? Jesse n'était pas là pour juger, il avait pris la cuite du siècle lorsqu'il avait su que son père était malade à en crever, juste parce qu'il pouvait. Ça n'avait pas été lui cette nuit-là et il s'était véritablement détesté, s'était haï de tout son propre être tout en sachant pertinemment que ça n'avait pas été lui, ça ne pouvait pas être lui. Et cet homme-là, peut être qu'en temps normal, un sourire venait franchir son visage désormais rongé par le chagrin et par la peine, peut être que si cela avait été un jour comme les autres, lui et Laurel seraient venus à la plage main dans la main. Ils auraient ri et ils auraient joué dans le sable avant de rentrer chez eux, sans que personne ne les remarque. Mais c'était un autre matin qui se dessinait peu à peu tandis que le soleil se faisait plus persistant dans le ciel, Jesse pouvait sentir les rayons du soleil dans son dos, en train de frayer leur chemin sur son uniforme. "S'il vous plaît, laissez moi vous aider."
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Sujet: Re: lay me gently in the cold dark earthMar 29 Sep - 20:56

Il n’avait pas réussi. Au contraire, il avait failli à sa tâche de grand-frère. Mais s’était-il seulement un jour comporté comme telle vis-à-vis de la jeune fille ? Non, sans doute pas suffisamment. Il l’avait regardée grandir sans comprendre, sans se poser davantage de questions, sans se dire qu’elle était issue du même corps, de la même chair, du même sang. Qu’elle était semblable à lui jusque dans ses traits, sa façon de s’exprimer ou de se tenir. Il n’avait jamais pris conscience de ce qu’une soeur pouvait être, lui qui avait à peine saisi qu’il existait bel et bien un sexe opposé au sien. Et cela l’intriguait, évidemment, comme la plupart des adolescents de son âge ; mais lui voulait tenter de savoir exactement à quoi cela pouvait bien ressembler, ce qui le différenciait tant de cette petite chose qui venait s’asseoir à table avec eux tous les soirs, qui pleurait quand ses genoux rencontraient le bitume, qui hurlait de plus belle quand on lui volait ses jouets préférés. Il n’avait pas cherché à aller vérifier par lui-même, non, sa curiosité n’était pas malsaine. Tobias cogitait mais il avait bien trop peur de l’enfant, de ce dont elle aurait été capable et de ce qui pouvait se trouver sous sa jupe. Il avait pourtant vu sa mère, leur mère, des dizaines de fois sans doute, mais elle était une femme. Les filles n’avaient forcément rien à voir, elles étaient une entité différente des femmes et elles ne le rassuraient pas. Alors l’aîné avait évité la plus jeune pendant plusieurs années, répondant machinalement à chaque fois qu’on lui posait la question. J’ai un frère et une soeur, avouait-il sans savoir vraiment ce qu’il venait de dire. Il était entouré, voilà tout. Le reste ne faisait strictement aucun sens à ses yeux.

Jusqu’à ce que Laurel grandisse, qu’elle reste recroquevillée dans le fond de son lit par un après-midi radieux, les mains plaquées sur le bas de son ventre. Une fois encore, Tobias n’avait pas compris et il n’avait pas cherché à poser de question. C’était leur mère qui avait fini par lui annoncer, par lui faire part de tout ce qui s’était produit au cours de la nuit, de ce que Laurel était en train de vivre. « C’est une femme maintenant, tu comprends ? », avait-elle plaisanté afin de laisser sous-entendre que la benjamine allait saigner à chaque mois que Dieu faisait à présent. Et le regard de Tobias s’était soudainement éclairé. Une femme. Ça, il connaissait. Ça, il comprenait. Alors évidemment, il avait emmené ce petit bout de femme avec lui quand il avait quitté la demeure familiale, gardant sa main au creux de la sienne pour fuir à l’autre bout du pays, là où personne ne pourrait plus jamais dire au Clyne qu’il allait finir comme son père. Dangereux. Létal. Fou. Et ils avaient atterri ici, elle et lui, Tobias observant véritablement Laurel pour la première de sa vie, réalisant à quel point elle était belle, à quel point il la chérissait sans le vouloir, sans qu’il parvienne à l’expliquer. La pauvre avait mis du temps avant de se rendre compte de la façon dont son aîné fonctionnait et elle avait fini par imposer ses limites, persuadée que son amour sauverait Tobias du mal qui s’apprêtait à le ronger. Ils s’aimaient trop, ils s’aimaient mal. Ils s’aimaient au point de commettre l’impensable, et au creux de la nuit noire, quand elle serrait son corps nu contre le sien, elle murmurait. « Il ne faudra jamais le dire à personne Tobias, d’accord ? Promis ? » Elle, qui mesurait le danger. Qui savait à quel point le monde était cruel. Elle, qui avait finalement été sacrifiée.

Alors non, Tobias n’avait pas réussi. Il avait été médiocre et irresponsable. Il méritait la mort à son tour. Il méritait qu’on lui passe une corde autour du cou et qu’on la resserre jusqu’à ce que l’air lui brûle complètement les poumons, qu’il le réduise à un vulgaire tas de cendres. Non, c’était encore trop peu comparé au prix qu’il aurait du payer pour ne pas avoir été présent ce soir-là, pour ne pas avoir protégé Laurel de la mort, de la faucheuse qui s’était jouée de son absence et qui avait emmené la lycéenne avec elle. Fronçant les sourcils, visiblement agacé par les propos de cet homme qui venait le troubler dans sa quête de silence et de recueillement, Tobias tourna brusquement la tête vers lui afin de croiser son regard. « Réussi ? », rétorqua-t-il en faisant abstraction de ce que cet inconnu avait pu dire par la suite. « Vous appelez ça réussir ? » Il lâcha du leste, son emprise autour du corps inerte de Laurel se desserrant légèrement, comme s’il cherchait à la brandir comme preuve de ce qu’il avançait, pour montrer à quel point cet homme se leurrait en croyant qu’il avait réussi. « Il y a la mer et il y a le sang, du sang plein son lit. Du sang partout. Partout. C’est son sang, vous croyez que c’est le mien ? Non, non, c’est son sang, son sang à elle que vous voyez partout et vous appelez ça réussir ? » Tobias voyait rouge. Il aurait préféré que ce soit la peau de ce policier qui devienne aussi pâle que celle de la pauvre Laurel. Il aurait préféré que ce soit lui qu’on retrouve, les yeux grands ouverts, allongé dans son lit ou quelque part sur la plage une fois le soleil levé. Lui, et pas la femme qu’il avait aimé, qu’il chérissait encore. Celle pour qui il avait noirci des milliers de pages blanches. Celle sans qui son monde deviendrait bientôt pénombre, même en plein jour. Celle sans qui plus rien n’aurait de sens, pas même le temps, la chair, la pluie ou le sang. Pas même la boue.

Il se releva sans réfléchir, les mâchoires serrées et le regard assassin. « Vous auriez du mourir à sa place. Vous auriez du mourir. » Menaçant, il s’avançait en gardant Laurel contre lui, déchiré par la tristesse et par la perte de celle qu’il aimait tant, prêt à faire une deuxième victime et à répandre le sang d'un autre sur le sable s’il le fallait.
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Sujet: Re: lay me gently in the cold dark earthMer 21 Oct - 20:17

Jesse avait appris tout un tas de détails perturbants lors de sa formation. Des choses qu’il pensait ne jamais lui être utile dans la ville de Fairhope, dans sa petite ville tranquille, mais qui devenait de plus en plus cruciales et élémentaires depuis que cette sanglante affaire de meurtres avait commencé. Heureusement qu’il savait garder son sang froid et ne pas réagir à la vue d’un corps ou d’une image choquante, on l’avait briefé, il avait été sevré en quelque sorte. Il savait garder son calme, faire en sorte que son coeur reprenne tout seul un rythme cardiaque normal et il savait comment faire pour disperser une foule. Ou mettre un homme à terre. Ou quoi faire en cas d’un possible empoisonnement. Ou combien de sang contenait approximativement le corps humain.

Cinq à sept litres, tout dépendait bien entendu de la taille, de l’âge et du sexe de l’individu considéré. C’était ce détail qui l’avait frappé depuis plusieurs minutes, maintenant qu’il fixait Tobias et qu’il se rendait compte que non, ce n’était pas son sang, ça ne pouvait pas être le sien. C’était forcément celui de Laurel, ça ne correspondait pas, ça n’avait pas de sens. Que s’était-il passé? Quelle tragédie était venu les secouer pour que Tobias se retrouve là ce matin? Jesse pouvait écouter son instinct tant qu’il le voulait et observer la posture de Tobias, ses épaules, sa mâchoire, ses mains couvertures de cette hémoglobine qu’il aurait sans doute voulu collecter pour la remettre dans le corps de Laurel. Laurel, une jeune fille aux mèches brunes et au corps tellement fragile et tellement frêle dans les bras de celui qui la portait. Ils étaient liés, pour le meilleur, pour le pire? Jesse ne distinguait pas de bague sur le doigt de Tobias ni sur celui de la victime et pourtant… Elle avait l’air jeune, trop jeune pour que cela ait un sens ou que cela ne soit pas trop obscène ou même hors nature. Ou alors c’était l’air pâle de la mort qui était venu se loger dans son visage, au creux de ses joues, sur sa peau qui lui donnait l’air d’une enfant qui venait tout juste de naitre et qui venait d’être régurgitée par le sol, par le sable dans les bras de Tobias. Il y avait toujours beaucoup de sang lors des accouchements pas vrai? Il devait y en avoir tout autant lors d’une mort parfaite, ça semblait logique, un échange de sang pour un échange de sang...

Mais ce n'était qu’une enfant, une enfant qui n’avait fait que rêver et qu’un maniaque, un détraqué, un cinglé avec ses propres rêves et son propre message avait ôté à ce monde. Jesse ne connaissait rien du tueur, pas encore, il n’avait pas encore retenu assez des réunions de briefing à part qu’il pouvait frapper n’importe quand et n’importe qui. Même frapper la nuit et arracher Laurel à son… ami ? mari ? amant ? Jesse ne connaissait pas la réponse, il n’était pas là pour ça. Pourquoi était-il là d’ailleurs? Où était le policier, celui qui devait aider le bon samaritain dans ce cas là? Était-il là pour passer les menottes à Tobias ou pour le rassurer? Le brun répondit à la question pour Jesse alors que ses exclamations venaient faire écho aux bruit des vagues. Féroce et possessif, Jesse détectait de la colère dans son regard, une colère sourde et froide et ses yeux bleus quittèrent le masque de rage de Tobias pendant une seconde pour se porter vers son arme qui était là, juste en face de lui dans le sable. Jesse avait déjà vu des gens en colère, il savait ce qu’était l’impulsivité mieux que personne mais ce qu’il y avait dans les yeux de Tobias, la façon dont il avait presque envie de brandir ce corps comme une bannière pour prouver à tous que oui, elle était bien morte...C'était autre chose. Quelque chose de plus viscéral et de plus dérangeant.

« Que s’est-il passé Tobias? » La voix de Jesse était toujours aussi calme, le policier toujours à genoux dans le sable alors que Tobias s’était relevé, pour s’avancer… vers lui. Parfait. Jesse ne comptait pas bouger pour le moment, tout geste de sa part pourrait être perçu comme une attaque. Il sentit Denis, à un mètre de la scène, juste là, et il le vit enlever le cran de sécurité de son arme, la maintenant toujours pointée sur le sol. Le message était plus que clair, le brun connaissant les réflexes de son co-équipier et il savait qu’au moindre faux mouvement de Tobias, il n’hésiterait pas à l’abattre. Denis était le genre de tireur qui pouvait avoir Tobias juste entre les deux yeux sans la moindre hésitation, Jesse savait qu’il n’en viendrait jamais à cette alternative mais là tout de suite… Il se disait que Tobias comme Denis, ils étaient tout aussi dangereux, et c’était à lui de débloquer cette situation. « Vous l’avez trouvée dans son lit Tobias, c’est ça ? Elle était déjà morte quand vous êtes arrivé ? Si la réponse à cette question est positive, vous pouvez venir avec nous...tranquillement. Et il faut que vous la posiez. Ce sont mes deux conditions, sinon on va vous la prendre de force et mon collègue risque de vous mettre à terre. »

Une goutte de sueur roula le long du dos de Jesse, juste là, sous son uniforme alors que policier avala sa salive, la gorge soudainement sèche. L’urgence de la situation lui donnait presque envie de vomir, ou alors c’était cette satanée odeur de sang que Tobias transportait avec lui sous la forme de sa soeur. Peut-être. Jesse fit de son mieux pour conserver son calme et il sursauta presque alors que le crépitement de sa radio se faisant entendre. « … Mahoney? Mahoney? Putain répondez ! Ça fait depuis cinq minutes qu’on essaye de joindre votre véhicule ! Pourquoi est-ce que je viens de recevoir des coups de fils de gens effrayés qui se demandent ce que la police fait à discuter avec un tueur en série ! Je vous ais envoyé des renforts mais répondez bordel !» Jesse manqua de sourire en entendant la voix de son supérieur direct. Lui qui se demandait s’il avait encore du temps, il venait d’avoir sa réponse.

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Sujet: Re: lay me gently in the cold dark earthMer 23 Mar - 18:46

Son regard dans la distance. Dans l’éternel. Figé, immobile. Vide. Son regard pourtant, car il s’agissait bien toujours de ses yeux, de ses lèvres fines endormies, engourdies par le sommeil profond dans lequel on l’avait plongée. Les bras de Tobias commençaient à s’engourdir à force de la porter, de la soulever au-dessus du monde pour s’assurer que la terre ne viendrait pas la gober sans lui demander son avis, sans espérer obtenir sa permission. Pas question de la rendre, non, pas encore. En vérité, jamais. Elle était là, à moitié nue, l’intérieur de ses cuisses recouvert par un tissu quelconque qu’il l’avait vue porter des milliers de fois, trainant en sous-vêtement dans la maison quand elle savait que Tobias ne parviendrait pas à garder ses mains pour lui durant toute une journée ; ou quand elle souhaitait que ce ne soit justement pas le cas, et qu’il l’importune de sa présence et de ses baisers, de sa chaleur et de ses expirations désespérées. Elle était à peine vêtue, comme sur le point de s’offrir une dernière fois contre le torse de son aîné, abandonnée, perdue. Sacrifiée. Mais son regard pointé vers lui l’attirait au fond du gouffre, l’entrainait dans sa chute, le rendait fou de tristesse et aveugle de colère. La rejoindre ou la laisser partir d’abord ? Elle serait sans doute mieux ailleurs. Oui, sans doute. Il pouvait le sentir, le peu de cellules saines qui lui restait pouvait le réaliser avec douleur. Il ferait peut-être mieux d’écouter l’officier de police pour rendre au monde ce qu’il avait cueilli, son bourgeon à peine éclos, son fruit déjà gâté avant même d’avoir eu le temps de murir. « Il ne faudra jamais leur dire Tobias, jamais. »

Le monstre avait fait un pas, son trésor tendu vers l’homme, convaincu que la place de son butin était maintenant auprès d’un autre. Même si la pluie aurait pu nettoyer son sang, la plaie n’aurait pas disparu, et ses larmes salées se seraient noyées sous des torrents divins ; mais malgré tout, son coeur ne serait pas reparti pour autant. Elle était là, bête et creuse, vide et sale, le ventre tourné vers le ciel dans un ultime espoir, et le regard figé sur son grand frère en espérant qu’il saurait l’entendre, qu’il y parviendrait malgré les nombreuses couches qui les séparaient au creux de cet Enfer. Et puis le grésillement de la radio qui les interrompirent, qui les arrachèrent au silence dans leur transaction pour le moins atypique. Des renforts ? Pour quoi, pour qui ; pour elle ? Pour l’embarquer, la coffrer, la confiner entre quatre planches de bois où elle ne pourrait plus respirer. Pourtant il voyait encore sa lèvre trembler, il la revoyait marcher pieds nus dans le jardin derrière leur pavillon, il pouvait la sentir frémir tandis que ses lèvres se posaient sur les siennes une dernière fois. Quand était-ce ? Le souvenir était malheureusement bien trop flou. Trop banal aussi sans doute pour qu’il n’y accorde aucune espèce d’intérêt. Il s’était dit qu’il y en aurait tout simplement d’autres, et puis d’autres encore. Qu’il aurait le temps de voir venir l'ultime baiser. Ou peut-être qu’il ne s’était même rien dit ; c’était pire. Il aurait du, il aurait du la ravir au reste de l’humanité, l’emmener dans les bois pour la garder loin des fous et des bourreaux, loin des créatures et des fantômes, loin des voix et des ombres. Loin.

Elle pleurait. Il pouvait l’entendre, oui, un sanglot à peine perceptible, comme ceux qui l’agitaient depuis peu, chaque soir tandis qu’elle rentrait de son cours de danse ou des demeures voisines après avoir aidé les enfants du quartier à faire leurs devoirs pour le lendemain. Elle pleurait comme lorsqu’il avait poussé la porte alors qu’elle prenait seulement conscience de l’étendue des dégâts, une autre voix faisant déjà de la place entre ses entrailles, écartant les parois de chair pour exister. Elle pleurait comme le jour où le meurtrier l’avait trouvée seule chez elle, décidée à laisser une lettre à son frère sur son propre bureau, juste pour lui faire savoir qu’elle reviendrait vite, qu’elle ne partait pas longtemps. Qu’elle allait s’occuper d’un souci minuscule avant qu'il ne grandisse trop rapidement, mais qu’elle serait bientôt de retour, plus belle encore qu’au premier jour, certainement plus heureuse aussi. Et puis elle avait changé d’avis au moment où le masque l’avait fixée, où la voix métallique lui avait demandé de rédiger d’autres adieux. Laurel avait supplié, luttant, priant pour qu’on l’épargne. Ou qu’on épargne au moins son fils, leur fils, leur enfant. Mais le Poète en avait décidé autrement et il n’avait laissé personne ; ni la mère ni la progéniture. Et maintenant elle pleurait, une douce averse qui avait des allures de tempête. Au nom du père, du fils…

La tête de Tobias s’agita, remuant sur son socle pour faire signe qu’on ne lui prendrait pas, qu'on ne lui volerait pas son bijou. Ses muscles tétanisés ne parvinrent pas à tenir davantage, crispés par le poids du deuil, le géant faisant quelques pas de plus, rejoignant précipitamment la mer, bousculant un officier sur son passage. Il ne savait pas vraiment lequel des deux. Juste un obstacle sur sa route, rien d’important. Le pas suivant fut pourtant impossible, les épaules soudainement attirées vers l’arrière. « Lâchez-moi », grommela-t-il sans cesse, un écho insoutenable qui ne faisait que redoubler les soubresauts lointains de la jeune fille. Au hurlement suivant, on la lui arrachait sans qu’il comprenne vraiment comment, et libre de pouvoir choisir sa future proie, il trouva le col de l’officier Mahoney, à peine capable d’articuler encore quelques mots. « Protégez-la. » Plus d'espoir ni d'exigence, non ; seulement la menace dans sa voix et la haine qui lui brûlait le coin des yeux.
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Sujet: Re: lay me gently in the cold dark earthSam 2 Avr - 19:30

Jesse avait sursauté mais tout était arrivé trop vite et tout était déjà fini au moment où il venait de réaliser ce qui se passait, ou qu’il avait du sang sur son menton et sur le haut de son uniforme. Trop vite et pourtant rien de tout ceci n’avait l’air réel, c’était presque comme un mauvais rêve dans lequel Tobias les avait plongés, comme s’il ne leur avait pas posé la question et qu’il était venu les tirer dans leur sommeil pour les emmener dans un royaume fait d’ombres et où le soleil n’allait plus jamais briller. C’était dérangeant, désespérant dans un sens et Jesse avait envie de retrouver la réalité, de retrouver son lit, l’odeur de la mer, le sable sous ses pieds, un semblant de paix. Il se rappelait de la plage, il connaissait la plage de Fairhope, son père avait l’habitude de l’y emmener, il le laissait jouer avec les coquillages tandis que son regard se perdait dans les vagues et dans l’écume. Jesse n’avait jamais su quelle pensée tragique traversait l’esprit de James Mahoney, mais il n’avait jamais osé demander; même présente, sa mère ne les avait jamais accompagnés et s’il y avait eu quelques rires avant qu’elle ne les abandonne tous les deux, par la suite, tout s’était fait plus rare. Le soleil était devenu trop brûlant, ses rayons pénétrant la peau de Jesse plus qu’il ne l’aurait souhaité, le sable lui piquait la peau et les coquillages étaient devenus bien trop tranchants pour qu’on puisse les attraper à main nues. Son innocence était morte aussi simplement que cela sur cette plage, d’un seul claquement de doigt, sans qu’on ne lui pose la question et qu’on lui demande s’il était prêt. Car après tout, l’enfance était bien le royaume où la Mort n’existait pas, où Elle n’avait aucune emprise, où Elle ne pouvait pas étendre ses mains crochues et venir débusquer les âmes dont elle avait besoin pour se nourrir au petit matin.

C’était fini, tout était toujours sali pas une simple goute de sang, parfois elles étaient minuscules, ridicules, invisibles à l’oeil nu, parfois on les voyait partout. Et le printemps pour Laurel était fini, l’innocence et l’insouciances arrachés des bras de Tobias, il devait se relever et continuer, seul. La voix automatisée avait fait sursauter Jesse, ce qui arrivait encore plus. « Non. » souffla l’officier de police. « Non, non, non… Denis baisse ton arme mon dieu. » Il jeta un coup d’oeil à son collègue, et à tous les autres qui arrivaient par la suite, on courrait, on suivait les traces de sang, on s’étonnait, on voyait Tobias avec le corps dans les mains.  «Il faut que vous lâchiez Laurel, il faut… » Le métis ne savait pas pourquoi il était soudainement important que les choses soient bien faites, mais il fallait que Tobias dise correctement au revoir à Laurel, il fallait qu’il puisse abandonner son corps parce qu’il le voulait et non parce qu’on le forçait. Mais tout se passa trop vite, trop vite l’innocence avait été balayée, trop vite, on força Tobias à courber l’échine, les genoux, à lâcher Laurel. Le corps ballant de la jeune fille semblait si faible et si insignifiant dans les bras et dans les mains d’un autre, il ne retrouvait que son importance et sa beauté dans le creux des bras de Tobias. Jesse était sans voix, la situation le dépassait désormais et il retint un souffle alors que son regard croisait celui du fou, celui du désespéré.

Il lui avait saisi le col, Jesse savait que le brun aurait pu l’envoyer valser sur le sol, se débattre plus, résister, mais il était clair qu’il ne se souciait pas de son propre sort, il n’y avait qu’une seule personne qui importait, une seule personne. La protéger ? Comment ? Jesse aurait voulu lui poser la question mais Denis, à sa droite finit par intervenir et ce fut lui qui enfin finit par passer les menottes à Tobias, la colère visible sur son visage. Elle n’était pas aussi intense et aussi froide que celle qui brûlait dans les yeux de Tobias, lui, il n’avait plus rien à perdre, plus rien du tout. Les minutes passèrent, le vent souleva les grains de sable couvert de sang, le scotch jaune qui bloquait le périmètre aussi et Jesse regarda la silhouette massive de Tobias s’éloigner et il laissa enfin échapper l’inspiration qu’il retenait depuis une dizaine de minutes à présent. Il devait rejoindre les autres, conduire Tobias au poste, faire son rapport, expliquer précisément ce qui s’était passé et … Jesse tourna le dos à ses collègues qui s’affairaient sur la plage, il fixa les vagues et enfin ses pieds, la trace de ceux de Tobias juste à côté. L'autre brun avait été tellement proche… tellement proche de son but et maintenant, il se retrouvait avec les menottes au bout des mains et Laurel était dans un sac noir, vide de toute beauté. Et tout ça pour quoi ?

Jesse ne savait même plus.

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