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 before I go sinking too

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Sujet: before I go sinking tooVen 26 Mai - 14:31


before i go sinking too


16 mars 2016


Jesse. Il n'aurait pas su dire ce qui l'avait poussé à attraper son téléphone à cet instant. Il n'aurait pas su dire pourquoi il avait cherché le nom de l'officier dans ses quelques contacts, sa vision déjà troublée, ses mouvements déjà lents. Il avait la bouche sèche, la langue pâteuse, et le prénom qu'il tenta de murmurer à la nuit ne réussit pas à se frayer un chemin jusqu'à la surface, mourant dans le désert. Pourtant il était calme, il était prêt. La panique aveugle qui l'avait animé, qui l'avait secoué et malmené, la terreur et l'angoisse qui avaient atteint leur paroxysme, hurlant entre les murs délabrés de son esprit, tout avait disparu. Il sentait à peine le parquet qui soutenait son corps. Il était prêt. Il savait que c'était la seule solution, mais il avait du mal à se souvenir du problème. Tout coulait autour de lui, transpercé par des écueils qui fendaient les eaux imperturbables. Il lui semblait qu'il coulait aussi. C'était peut-être seulement la sueur qui l'avait recouvert dans sa transe. Ça n'importait plus. Tout était noir autour de lui, les lumières éteintes, ce n'était qu'une nuit de plus. Il attendait le sommeil. Plus très longtemps maintenant. Il sentait ses paupières s'alourdir. Mais il avait tâtonné dans l'obscurité dans un sursaut. Il n'aurait pas su dire pourquoi. Un peu de confort, un visage familier, des souvenirs agréables. Jesse avait été un point de repère. Il n'aurait pas su dire qu'une peur nouvelle venait de naître dans son cerveau embrumé. Lui qui croyait les avoir toutes rencontrées, les avoir toutes nourries et choyées, leur offrant son toit et les laissant se repaître de ses viscères. Pourtant celle-là vagissait dans sa gorge embrasée par la sécheresse, petit poisson hors de l'eau qui se débattait furieusement contre l'air qui n'avait aucune pitié. Elle avait voulu murmurer le nom du policier mais la bouche dormait déjà, avait déjà abandonné son poste, ouverte sur des confidences qui ne viendraient jamais. Alors c'était les mains qui avaient pris le relais, pataugeant à l'aveuglette dans la fange qui les entourait. Ce n'était pas la peur de la mort, puisqu'il l'avait enfantée des années plus tôt, la jetant au monde de concert avec la peur de vivre, et les deux rivales s'étaient lancées dans un combat millénaire. Ce n'était pas la peur du Poète, et ça n'était pas non plus la peur panique qui n'avait pas d'objet et s'accrochait à la première lueur.

C'était la peur d'être seul.


Citation :
Jesse

Là, il l'avait dit. Il dut s'y reprendre plusieurs fois. Effacer et réécrire. Effacer et réécrire. Le message prenait forme sous ses yeux las, sous les paupières épuisées qui n'aspiraient qu'à se refermer et à patienter. Elles avaient trop vu. Personne ne pouvait effacer le masque, personne ne pouvait effacer l'horreur qui s'était gravée sur elles. Et si personne ne pouvait rien effacer, elles refusaient qu'on y réécrive. Le brun avait refusé, de la seule façon qu'il connaissait, de se tenir à nouveau assis sur sa chaise, les pieds liés, refusé de revivre l'horreur, l'horreur indescriptible, inexprimable qui l'avait hanté. Le Poète était remonté jusqu'à lui. Il avait fermé la librairie où il aurait dû travailler, Dieu seul savait si le cadavre d'Erika y pourrissait toujours ou s'il l'avait déplacé. S'il avait découpé le visage sympathique de la libraire pour s'en faire un masque. Un masque qu'il arborerait lorsqu'il viendrait le faucher. Qui dégoulinerait encore du sang épais et sombre, tordu en une grimace monstrueuse qui prétendrait être un sourire pour venir l'amadouer, le tromper, le duper. Le couper. Puis Tobias était mort. Bang. Bang. Peter l'avait abattu comme il allait l'abattre. Une balle dans la tête. Ou deux. Ou trois. Peut-être qu'ils travaillaient de concert, peut-être que Peter l'immobiliserait, ferait à nouveau pleuvoir les coups, et que le Poète viendrait finir le travail. Peut-être qu'ils avaient toujours travaillé ensemble. Peut-être qu'ils n'étaient qu'un. Peut-être qu'il avait voulu s'assurer qu'il ne savait rien, qu'il ne le reconnaîtrait pas, imprimant son visage déformé par les bleus et l'alcool dans l'esprit du pauvre fou qui l'avait laissé entrer. Mais il n'était plus si sûr, alors il éliminait les traces. Tobias, puis lui. Il remontait jusqu'à lui, à lui, à lui! Aiden avait tourné en rond, fauve en cage, affolé qu'on veuille scier ses barreaux et laisser le monde entrer. Affolé par le sourire dont il apercevait l'éclat, reflété par la lune, reflété par la faux qui graverait d'autres mots, d'autres vérités auxquelles il ne survivrait pas. Il avait piétiné dans son appartement, tel un troupeau de proies fuyant d'une seule foulée. Où qu'il coure, rien, rien ne suffirait jamais. Le Poète était toujours là, dans ses traces, dans ses pas, derrière lui. Toujours en avance, toujours à l'affût. Il n'y avait pas d'assez loin, il n'y avait pas de repos, pas de répit.

Il avait tourné plus vite, plus vite, plus vite autour de la table de la cuisine, la respiration écourtée, saccadée, hachée. Il n'y avait plus que du sang dans son esprit, et l'idée insupportable qu'il n'y avait pas d'issue. Où qu'il regarde, il n'y avait que la nuit opaque, il n'y avait que les murs qui le retenaient prisonnier. Que les barreaux contre lesquels il s'était trop souvent jeté dans sa fuite. Pas d'issue, pas d'issue, pas d'issue. Il ne remarqua pas les larmes sur ses joues, il ne voyait que le Poète et sa lame, il ne voyait plus que les mots qu'on arracherait à son cadavre, il ne voyait plus que la souffrance, l'horreur. Il n'y avait pas d'issue, et il avait beau s'essouffler, il avait beau tourner, tourner, tourner sur lui-même, il était pris au piège dans un dédale de cauchemars. Pris au piège dans une avalanche qui lui refusait la lumière et qui lui refusait la mort. Il n'avait rien décidé. Il n'y avait pas eu de calcul. Il s'en était à peine rendu compte. Sa tante avait dit que les pilules aideraient s'il paniquait. Elle avait dit que c'était pour ça qu'on les lui avait prescrites. Pour l'aider. Chasser les cauchemars. Chasser les masques de chair et les sourires édentés et les lames de couteau qui scindaient l'air pour s'abattre sur lui. En quelques minutes, il avait avalé tous les médicaments en sa possession, chassant toujours, toujours plus de cauchemars. Et ça n'avait pas marché, les monstres et les gargouilles dansaient toujours devant ses yeux. Le Poète qui montait les escaliers. La main qui allait bientôt tourner la poignée. La main qui l’exécuterait. La main qui graverait quoi, cette fois? Tourbillonnant dans son appartement à la recherche d'une issue, d'une échappatoire, il n'avait trouvé que quelques bouteilles, dont le liquide l'avait autrefois apaisé. Ça n'était pas vraiment un accident, il l'avait déjà fait. Il avait déjà vécu cette même panique aveugle qui l'avait conduit à travers ce même appartement, vidant les plaquettes de médicaments et les bouteilles. Mais il n'y en avait pas eu assez. Il n'y en avait pas eu assez, et un sursaut l'avait toujours arrêté à temps. Aujourd'hui, il l'avait ignoré.

Citation :
I guess we should have done something about that gun

Il était calme à présent, la panique éventrée.



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Sujet: Re: before I go sinking tooMer 14 Juin - 21:44

La patience n'avait jamais été le fort de Jesse.
Et pourtant, le métis était réputé pour son silence. Non, ce qu’il avait appris au fil des années, c’était à se taire, à ne pas faire entendre sa voix quand on s'attendait à ce qu'il réponde. Quand on le provoquait, quand on le poussait dans ses retranchements et qu’on l’épuisait. S’il répondait alors, il faisait parti de la masse débile et soudainement, son avis ne comptait plus à cause de ça. Parce qu’il avait la mauvaise couleur de peau, parce qu’il était débile, parce qu’il ne tenait pas assez droit. Alors c’était le silence.

C’était en silence que Jesse était entré dans son bureau ce jour-là, son expression ne laissant absolument pas transparaitre tout ce qui se passait dans sa tête. Une confusion sans nom qui tournait autour de cette affaire qui ne faisait que le hanter. Le métis dormait mal, se réveillant en sursaut la nuit et s’excusant quand il réveillait Adam aussi. Il allait se passer de l’eau sur le visage et il fixait pendant de longues minutes son reflet dans le miroir. Inquiet. Sans savoir qui était l’homme de l’autre côté. Plus les mois s’étiraient et moins Jesse se reconnaissait. Qui était cet homme qui était sans cesse en quête de vérité ? Qui manquait l’enterrement d’un ami simplement pour aller fouiller dans sa demeure des jours plus tard ? Qui déterrait de ses doigts avides de savoir ce qui n’aurait jamais dû être déterré ? Qui faisait mal à ceux qui comptaient pour lui et qui offrait uniquement son sourire comme lot de consolation ? Qui était cet homme ? Probablement le détective Mahoney. Et Jesse n’aimait pas cette image, il détestait ce reflet.

Alors oui, quand le Poète serait derrière les barreaux, il irait rendre son uniforme et tournerait la page. Il en avait besoin, besoin de faire ce qu’il aimait vraiment et arrêter de vivre pour les autres. Il était devenu policier parce que c’était la bonne chose à faire, pas parce qu’il en avait l’envie, le désir ou la vocation. Et tout ça lui pesait, finissait par lui dévorer les entrailles et le laissait complètement froid. Cette affaire laissait sa marque et son poison absolument partout et il détestait tellement ça… Jesse se passa les mains sur son crâne rasé, éreinté, fixant la pile de dossier d’éléments devant lui et les quelques indices rassemblés par la police de Fairhope. La question demeurait … qui pouvait rentrer chez les victimes sans éveiller les soupçons des voisins et qui pouvait continuer de le faire ? La liste de Jesse était bien maigre pour le moment : un autre policier, un facteur, une femme… Le premier point le terrifiait, de penser que le Poète se trouvait là, parmi ses collègues, il avait envie de faire confiance au département et en même temps… il n’avait aucune bonne raison de le faire. Le deuxième point… c’était simplement une question de connaitre les rues de Fairhope par coeur, de pouvoir observer quand et où passait les voitures de patrouille de police et ce, sans éveiller aucun soupçon. Et le dernier point, c’était le côté pragmatique de Jesse. Pendant toute cette affaire, on avait suspecté un homme de type caucasien de plus de la trentaine. Mais pourquoi pas une femme ? Pourquoi pas un sourire bienveillant et une silhouette à qui on avait envie de donner le bon dieu sans concession ? C’était cliché au possible, mais la liste de suspects de Jesse se réduisait de jour en jour. Et ses options également.

Le métis s’apprêtait à ajouter médecin à sa liste quand son portable, posé juste devant son bureau vibra. Il ne releva pas le regard au début mais une seconde vibration le rappela à la réalité. Jesse attrapa son téléphone sans y penser, s’attendant à voir un message d’Adam, son attention fut entièrement portée sur l’appareil quand il vit le nom d’Aiden. Et il fut sur ces deux pieds en lisant le message. Non, hurla une voix, quelque chose de désespéré à l’intérieur de Jesse, qui tapait déjà une réponse.

Citation :
Aiden. Where are you ?

Où était-il ? Clairement perdu. Trop perdu dans sa propre tête et persuadé que quelqu’un allait venir l’achever. Peter ? Autre chose ? Quelque chose de foncièrement mauvais et qui rôdait depuis trop longtemps dans les rues ? Le coeur de Jesse battait à tout rompre dans sa poitrine, son imagination lui jouant des tours, il pouvait voir le vide dans les yeux d’Aiden, il pouvait voir l’arme contre sa tempe. Il l’appelait déjà, il l’appelait déjà en poussant à la volée la porte de son bureau, il courrait déjà en attrapant ses clés. « Pick up the phone… Pick up the phone… » murmurait Jesse en ouvrant son véhicule, le moteur chauffant déjà alors qu’il n’était qu’à moitié sur son siège. Pas un de plus. Après Tobias, Aiden ? Hors de question.
Pas s’il pouvait faire quelque chose pour l’arrêter.

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Sujet: Re: before I go sinking tooJeu 20 Juil - 11:13

C'était la panique qui avait guidé sa main sur le papier, qui l'avait fait dégueuler ses confessions et ses entrailles sur des pages blanches, l'écriture saccadée et amochée, les ratures et les déchirures qui avaient salies les lignes. Si quelqu'un savait, si quelqu'un savait, peut-être qu'il ne reviendrait pas, ça ne servirait plus à rien. Aiden ne savait rien, il n'avait rien vu, il s'en souvenait à peine, il s'en souvenait mal, il n'était pas dangereux, l'assassin ne craignait rien, il pouvait le laisser vif, il s'essoufflerait tout seul. Il n'était pas fait pour ce monde, il suffisait d'attendre. C'était la panique qui avait jeté les mots entre eux, qui avait formé des phrases qui racontaient ce qu'il s'était passé. La douleur agonisante du couteau qui lui avait traversé la chair, la confusion, la confusion si intense alors qu'il regardait autour de lui à travers un voile déformant, alors qu'il ne reconnaissait rien, certainement pas la silhouette face à lui. C'était l'angoisse, la terreur, ç'avait été une autre solution, une autre alternative, une idée que ça suffirait à chasser le monstre de sous son lit, une idée que ça suffirait à respirer librement. Juste une idée, et comme toutes les idées, elle s'était enfuie. Elle l'avait laissé là, vide et apeuré, elle l'avait laissé face à ses mots, face aux mots immondes qu'il ne pouvait même pas relire, face au souvenir de ces moments d'agonie, là, couchés sur le papier. Trace tangible de ce qu'il avait enduré, tout comme les lettres sur sa peau l'avaient été, avant qu'il ne les camoufle avec plus de sang et de cicatrices ; les feuilles étaient quelques ongles de plus sur le tableau noir qu'était sa vie, et la craie s'était cassée entre ses mains. Une nouvelle rature.

C'était la raison qui l'avait empêché de tout brûler. De brûler les aveux que l'angoisse lui avait extorqués, des aveux obtenus sous la torture qu'il s'infligeait lui-même. Un sursaut de logique qui avait réussi à le convaincre que c'était une bonne idée de les garder intactes. Si jamais il s'était décidé à informer autrui, il aurait été tellement plus facile de simplement transmettre ces mots, surtout maintenant qu'il les avait écrits une fois, que de raconter son cauchemar à voix haute. Ces feuilles, il pouvait toujours les poster, les glisser sous une porte, les laisser en évidence, il n'avait pas besoin d'être face à qui que ce soit, il n'avait pas besoin de voir les visages se tordre de rire face à son calvaire. Alors il les avait gardées, scellées dans une enveloppe, et il avait inscrit sur celle-ci le seul nom qui faisait sens à ses yeux. Jesse. Aiden ne savait pas pourquoi c'était à cet homme-là qu'il avait accordé sa confiance. Il ne savait même pas qu'il l'avait accordée, d'ailleurs. Il aurait été bien incapable de mettre un nom sur ce qui le liait à Jesse, il savait seulement que lorsqu'il se sentait pris au piège, lorsqu'il ne voyait pas d'issue ou que la terreur devenait omniprésente, c'était vers le métis que son cerveau se tournait, un dernier recours, une bouée de sauvetage. Même sa tante, qui pourtant l'avait accompagné sans faillir pendant toutes ces années, n'avait pas l'honneur de mériter sa confiance, du moins pas absolue, alors qu'elle serait probablement la seule à le pleurer. Elle organiserait ses funérailles, elle choisirait les fleurs, elle choisirait sa tombe, elle la regarderait descendre en terre. Ou peut-être qu'elle le ferait incinérer, pour économiser. Il préférerait ça. Pas de chair pourrie au fond d'une boîte enterrée dans le sol. Puis elle se sentirait sans doute libérée d'un poids. Il ne lui en voudrait pas. La vibration de son téléphone l'arracha à ses pensées tranquilles, et il dut faire un effort colossal pour récupérer l'appareil et taper les quelques lettres qui constituèrent sa dernière réponse.

Citation :
Home

Quelques braises encore chaudes dans l'âtre, un fauteuil préféré, une terrasse avec vue sur l'océan, le rire des enfants qui jouaient dans le jardin, chaque foyer avait ses propres caractéristiques. Ca n'avait pas besoin d'être le plus bel endroit du monde, ça n'avait pas besoin d'être parfaitement rangé, agencé, pas besoin d'être constamment peuplé de gens aimés, à peine besoin d'être supportable. Il suffisait qu'on s'y sente chez soi, qu'on s'y sente bien. Cela faisait longtemps que l'appartement d'Aiden n'avait plus rien d'un foyer. L'espace qu'il avait tant chéri avant que le Poète n'y pénètre n'avait ensuite plus été qu'un champ de bataille où son cadavre jonchait mille fois le sol. Les murs s'étaient faits tantôt sauveurs, tantôt traîtres, résonnant de la voix mécanique de l'assassin avant de susurrer qu'ils le maintiendraient à l'écart. Pendant deux semaines, ça avait été son seul rempart contre l'extérieur, contre le Poète qui menaçait de revenir, et c'était Jesse qui avait fini par le convaincre de sortir, par lui assurer que le monde extérieur n'était pas si dangereux, qu'il ne pouvait pas rester là indéfiniment. Cette fois encore, c'était Jesse qui viendrait le faire sortir, mais il n'y arriverait pas seul. Ses mots et sa persévérance ne suffiraient pas, personne ne viendrait ouvrir la porte. Elle n'était pas verrouillée, mais le brun ne sortirait pas de son plein gré. Aiden était chez lui à présent, et il s'y sentait bien. Plus aucune menace ne pouvait l'atteindre allongé là.

Il allait mourir, et ça avait quelque chose de rassurant. Le futur n'existait plus, il n'était plus une menace, il n'était qu'une mélasse noire qui lui emplissait déjà les poumons, plus rien qu'un néant informe où il pourrait se liquéfier et cesser d'être. Le présent et le passé n'étaient plus que des concepts, plus que des idées qui n'avaient pas d'emprise sur lui. Aiden volait loin et haut au-dessus de tout, au-dessus de tout ce qui l'avait toujours effrayé, au-dessus de ce monde qui tournait un peu trop rond pour lui, au-dessus de cette vie qui n'avait jamais vraiment voulu de lui et qui avait passé les dernières vingt-huit années à soupirer. C'était de soulagement qu'elle soupirait aujourd'hui, alors que le brun expirait ses derniers souffles. Son téléphone vibra, mais le son se perdit dans le silence, étouffé par l'immensité du gouffre qui venait de s'ouvrir sous son dos, et où il tombait à présent. Il ne s'écraserait pas, il n'y aurait pas de douleur, il n'y aurait pas d'impact, pas de bruit sourd, pas d'os qui craquent, pas de coups qui viendraient lui bleuir les côtes, pas de lames qui viendraient lui rougir la chair. Il flotterait dans les abysses.

Ad vitam æternam.  

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Sujet: Re: before I go sinking tooLun 14 Aoû - 0:38

Home.

Le moteur grondait encore quand le message arriva enfin sur le téléphone de Jesse. Aucun moyen d'entendre la vibration légère, il avait enclenché la sirène , prêt à débouler à tout allure sur Fairhope Avenue. Parce qu'Aiden ne pouvait pas baisser les bras, parce qu'Aiden n'était pas Tobias, qu'il ne pouvait pas encore y avoir une autre victime à cause de lui, parce qu'il n'avait rien pu faire. Parce qu'il ne faisait jamais rien. Il aurait pu sauver Tobias, il aurait dû rester près d'Adam et ne pas s'éloigner, il aurait dû, il aurait dû... ce feu qui était rouge, c'était son coeur qui battait à tout rompre dans sa poitrine, son sang qui pulsait dans ses veines, ses doigts qui se serraient sur le volant et son pied qui pilait sur la pédale de l'accélérateur, Jesse proférant des insultes sans s'en rendre comptes aux autres habitants et aux piétons un peu trop téméraires. Qu'ils se poussent un peu, qu'ils cessent de vivre, qu'il comprennent enfin sur quoi reposait leur bonheur, qu'ils voient les sacrifices que beaucoup effectuaient pour leur putain de bonheur. Que quelqu'un ouvre les yeux bon sang! Il y avait des marques sur Adam, sur Ruby, sur Laura... sur Laurel et sur tous les autres, et eux trouvaient la force de continuer à vivre ? Malgré tout ça ? Il ne pouvait pas être le seul à voir l'horreur, il ne pouvait pas être le seul qui essayait d'y mettre fin, pas vrai ? PAS VRAI ?

Jesse ne savait pas qui hurlait le plus, si c'était lui, si c'était son coeur qui battait le tambour où si c'était tout simplement son téléphone. Aucun moyen de le savoir. À part couper le moteur et grimper dans cet appartement, il ne pouvait rien faire. Son arme de service à la main, Jesse fit signe aux quelques personnes qu'il croisa en chemin de déguerpir. Il ne savait pas ce qu'il allait trouver et la dernière chose qu'il voulait c'était des curieux, son téléphone portable était dans sa poche et s'il songea un instant à appeler Aiden, le rassurer, tout ça parti en fumée quand son pied s'enfonça dans la porte d'entrée. Purement et simplement.  « Aiden ...?» Sa voix était tremblante, des gouttes de sueur perlaient dans son dos et ils pouvaient les sentir descendre lentement et surement sous sa chemise. Jesse ne se reconnaissait pas, il ne savait pas ce qu'il allait trouver et la pénombre le figea sur place pendant une demi-seconde. Voilà, il était toujours là son choix, faire demi-tour ou essayer, essayer vraiment. Il avait juré, promis à Adam que cette fois-ci il était vraiment là, pour de bon... Jesse répéta le nom de l'autre homme en vain et quand il mit les pieds dans l'appartement, ce fut son arme de service bien en vue, incertain de ce qu'il allait trouver. Son genou heurta quelque chose et Jesse se maudit intérieurement et tira un rideau, puis un autre.

Un léger filet lumineux fit son entrée sur la scène et quand Jesse pivota sur lui-même, il fut réduit au silence une fois de plus. Aiden était là... Couché sur son canapé. Non, Aiden n'était plus là. On aurait pu croire qu'il se reposait juste pour quelques minutes, qu'il allait finir par se lever, parler à Jesse et lui confier ses peurs les plus inavouables, le secouer, lui faire comprendre qu'il n'était plus en sécurité mais non... il n'y aurait rien de tout ça... Aiden n'était plus là. Jesse finit par baisser son arme au bout d'une longue minute, il inspira profondément, une fois, deux fois, ravalant l'exclamation qui menaçait de passer sur ses lèvres, ravalant les larmes qu'il sentait monter. Comme ça, une vie de plus qui s'éteignait, comme ça, une autre pièce du puzzle qui lui échappait. Il fit un premier pas, pour fermer les yeux du brun avant de se reprendre, non, non, il n'était pas juste Jesse, il avait un devoir à faire, des obligations et... Des gens à prévenir. Jesse prit une autre goulée d'air, peut-être pour y puiser du courage, ou quelque chose de plus vital, mais sa main libre et toujours tremblante finit par trouver la poche où était rangée son téléphone portable. Le temps semblait presque arrêté, l'air trop toxique dans l'appartement, mais Jesse trouva le numéro. « Détective Mahoney. Je ... » Il faudrait continuer après ça ? Il faudrait qu'il fasse son rapport, abandonne sa veste et rentre auprès d'Adam. Il faudrait. Rien que d'y songer il avait la nausée mais le métis fit de son mieux pour se concentrer et pour ne pas flancher, il avait toujours son devoir à faire.

« Victime de type caucasien retrouvée morte dans son appartement, nom : Aiden Tyler, adresse : ... » Il récita le reste d'un discours qu'il connaissait par coeur en marquant des pauses pour se forcer à respirer, ses yeux clairs cherchant quelque chose d'autre à fixer que le corps avachi d'Aiden. Il y avait les meubles qui trainaient ça et là, c'était un bordel sans nom, à croire qu'Aiden avait eu un dernier accent de folie, ou qu'il vivait au milieu de ce foutoir de bouteilles cassées, emballage vide et désordre ambulant. « Okay... » répondit machinalement Jesse quand on lui annonça que les secours et le légiste étaient en chemin. Il répéta le mot en raccrochant, son regard retombant machinalement sur Aiden. On lui avait dit de ne pas bouger, il considéra un moment sortir de l'appartement mais il ne pouvait pas, si Jesse s'écoutait vraiment, s'il faisait vraiment ce que lui dictait son coeur, il se serait précipité à ses côtés, il l'aurait secoué par les deux épaules et... et quoi ? Il aurait essayé de le réveiller ? Soudainement, il comprenait ce qui avait poussé Tobias a montré la plage une dernière fois à Laurel. « Aiden what did you do ?»  se retrouva à murmurer Jesse. Non, il ne pouvait pas rester là, il contaminerait la scène de crime, mais sortir de l'appartement ne paraissait pas être une bonne option dans l'immédiat, Jesse se retrouva à s'engouffrer dans la chambre d'Aiden, ne sachant pas quoi faire de ses mains. Le mot coupable revenait en boucle dans son esprit et il hésita à s'asseoir sur le lit, puis se dit que bientôt, dans quelques minutes, des mains inconnues allaient fouiller la demeure du brun. Non, si quelqu'un devait le faire, ça serait lui. Le tiroir de la table de nuit était mal fermé et Jesse le tira, pour s'occuper l'esprit plus qu'autre chose. Il ne s'attendait pas y trouver une lettre, dont le contenu lui donnerait toutes les réponses à ses questions.

Il ne le savait pas encore.

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