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 Murder, other than in the most strict forensic sense, is never soluble.

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Sujet: Murder, other than in the most strict forensic sense, is never soluble. Ven 9 Juin - 11:34

Le cinéma l'avait compris, les comics l'avaient compris : on ne pouvait pas parler de Jack sans Victoria, ombre du complot ou pas. Pourquoi? Parce que la politique jouait toujours un rôle dans des meurtres en série. Le tueur s'appliquait à recréer le monde de ses fantasmes, comment pourrait-il réussir sans la figure d'un dirigeant aimé ou haï? Les politiques savaient orienter les haines et les peurs, les politiques parlaient également des tueurs et inversement. Deux monstres difformes, distincts, se disputant le même os à ronger. Ils rongeaient différemment, voilà tout...

Il y avait un autre point commun entre le Poète et la gent politique en général, mais ce détail Morten préférait le garder pour lui : tous, ils aimaient déformer des citations littéraires en les appliquant à un contexte par trop étranger.

Bien sûr, une telle chose ne serait pas marquée dans son ouvrage, pas même les brouillons. C'était trop commun, trop...vulgaire. Morten appréciait l'implicite, les zones d'ombres. Seuls les journalistes donnaient aux mots une trop grande puissance, le pouvoir d'expliquer et surexpliquer à la fois. Les journalistes et les mauvais écrivains...
Ironique, qu'un auteur comme D. Cravy puisse donner plus de puissances à ces mots par les silences entre les pages, qu'un quelconque lauréat de prix littéraire, d'ailleurs. Enfin, le bon goût n'était pas quelque chose de très répandu en Amérique.
Voilà, ses pensées prenaient des chemins tortueux, il avait voulu un parallèle putassier avec Jack pour mieux saisir le fil de ses pensées, au lieu de cela Morten pensait à la lecture, à ses loisirs. La faute aux trois heures de sommeil, au café qu'il regrettait de ne pas avoir bu, à la correction en retard des travaux de ses étudiants...
La faute à lui-même aussi, mais bon.

Jacob Young, ça faisait combien de temps déjà, New York? Morten se souvenait d'un dîner pour un gala où ils se trouvaient tous deux...sans doute le meilleur homard de sa vie. Il ne se souvenait que du homard à vrai dire, après il y avait eu du champagne, trop de champagne, une femme dans les toilettes -enfin il se souvenait vaguement d'une mais ils avaient peut être fait cela à trois quand même- et enfin un tacos à cinq heures du matin pour faire disparaître la sensation d'ivresse, dans un boui boui minable avec son costume hors de prix sur le dos.
Le bon vieux temps...avait-il seulement déjà eu une conversation en tête à tête avec Jacob? Bien sûr il lui avait envoyé quelques lettres avant de s'installer ici, pour présenter son travail autant que pour se présengter lui-même aussi. Morten ne voulait pas être qu'un nom sur un livre à venir, mais également un habitant de Fairhope au moins un peu.

Avec un soupir, l'homme s'extirpa de son fauteuil. Il avait envie d'un café tout autant qu'il avait envie de dormir. L'histoire de sa vie, depuis quelques mois... Hier soir, Eva avait eu une jolie voix, une voix qui sentait les fleurs et le printemps, et cela l'avait rendu heureux. Est-ce que c'était bien? Morten s'en fichait, les convenances n'étaient qu'un jeu parmi tant d'autres. Il avait entendu le soleil dans la voix d'une femme en deuil, cela lui suffisait.
Bon dieu il pouvait pas se concentrer sur Jacob plus de deux secondes?!  Apparemment non, de toutes manières le mieux était encore pour Morten de parler à l'intéressé.
Cela ne pouvait faire de mal à personne, dans le sens où personne n'aurait un bras ou une jambe arraché. Psychologiquement, cela était une autre histoire, enfin il suffisait d'avoir des critères peu exigeants et cela passerait.
Un peu.

En réalité, les choses se passaient toujours mal avec Morten, et à présent qu'il représentait le pendant maléfique de quelque chose -quelqu'un- qui n'existait plus... Etait-ce son propre deuil qui lui faisait être si froid par rapport aux actes du Poète, ou son caractère même en était-il la cause de nature?
L'objectivité était un atout dans sa branche, Comprendre les réactions des uns et des autres, celles qui menaient à des événements, d'autres à des impasses, mais ne pas les éprouver. Jamais.
D'un seul coup, l'homme sentit le volant de son véhicule entr eses mains: quand y avait-il pris place? Il y a encore un instant, Morten se revoyait s'extirpant avec peine de son fauteuil de bureau, là, à l'université...
Des absences ou des rêveries? Il devait dormi impérativement, mais est-ce qu'Eva comprendrait? Et puis il avait soif de l'entendre comme d'une drogue.
Le moteur tourna, Morten commença à rouler les fenêtres ouvertes. L'air frais lui permit de se concentrer un peu, il avait cependant oublié où se trouvaient les locaux provisoires de la mairie et aucun des maigres passants qu'il interrogea ne pu le renseigner. Ne pu ou ne voulu...
Finalement, l'homme trouva à se garer et, contre un billet, réussi à avoir l'info voulu par un gamin.
Petit merdeux...

Il frappa bien sûr, personne ne lui répondit. Alors, Morten prit la peine d'entrer, d'appeler.

Monsieur Young? C'est Morten Nielsen, le professeur... vous avez le temps pour un café ou quelque chose de plus fort? On mérite bien ça, dans cette ville.

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Sujet: Re: Murder, other than in the most strict forensic sense, is never soluble. Mer 14 Juin - 21:33

Il y a quelque chose de pourri dans l’air et je ne sais pas encore quoi. Ou alors si, c’est moi qui sens déjà la brise qui soulève la puanteur dégagée par tous les cadavres que nous allons bientôt retrouver. Mon coeur est léger depuis ma dernière conversation avec Arthur et j’ai de moins en moins de mal à passer les locaux de la mairie provisoire et trouver quelque chose à faire pour mes adjoints. Non seulement je leur ai trouvé un nouveau chef de la police en la personne d’Arthur, mais en plus je propose que nous concentrions tous nos efforts sur la faculté de la ville et sur notre brillante jeunesse. Celle qui pourra partir d’ici et ne pas rester là quand Arthur et moi nous allons déchainer des forces que nous ne contrôlons pas. Que les choses soient bien claires : aucune vie humaine n’a de valeur. Sacrifier quelqu’un pour mettre fin au chaos ambiant ne me fait ni chaud ni froid. Que je passe pour un connard auprès d’un quelconque lecteur avisé, je n’en ai que faire, je m’en fiche à vrai dire. Je veux que le silence revienne sur ma ville, sur celle de Lysandre, pour pouvoir de nouveau me prélasser dans le néant et apprécier sa compagnie. Quoi que le blond m’a dit quel prix je devais payer pour pouvoir le vénérer, lui aussi désire que je verse du sang en son nom. Eh bien… je le ferai. En temps et en heure.

Mais aujourd’hui, il me faut encore jouer les marionnettes et orchestrer un spectacle élaboré pour masquer l’horreur qui se trame en coulisse. J’accueille quelques doyens de l’université dans mon maigre bureau, afin que ces derniers m’exposent leurs problèmes et me disent comment je peux y remédier. Je ne suis que le maire de la ville mais certains aiment juste se plaindre, ils ont besoin d’une oreille compatissante et c’est tout. Pas besoin de leur offrir une solution, et si en plus, quelques journalistes me voient en compagnie de ces chers messieurs les intellectuels ma côte de popularité pourra peut-être remonter. Hmmm... Pas depuis la mort de Tobias. Et pas comme si je m’en souciais. J'ai préféré ne pas commenter, laissant le champ libre à Arthur, lui, il a la police et tous ses moyens, moi je me contente de faire front avec mon petit bureau de maire et ma maigre couronne. Oh mais cette ville est folle, cette ville danse toujours au son d’un maitre invisible et personne ne dit rien. Fairhope me déçoit presque parfois… presque. Presque.

Il est midi quand on tape à ma porte, ma secrétaire ? Sûrement, je ne relève pas les yeux de mes notes, m'attendant à ce qu'elle rentre. Quand personne ne fait apparition je vais ouvrir. Un fin sourire se dessine sur mes lèvres. « Nielsen… et moi qui pensais que jamais tu ne viendrais par ici. » Un demi-mensonge, une demi-vérité pour un autre loup, pour cette autre âme qui avait peut-être assez intelligence pour me comprendre. Peut-être. « Il me faut quelque chose de définitivement plus fort qu’un café. » Je déclare tout simplement. J’attrape ma veste avant de le guider vers la sortie, une main sur son épaule. « Comment ça va depuis New York ? » Cette vie-là me semble tellement loin, tellement loin que si on devait la rejouer, la scène serait probablement en noir et blanc, lui et moi beaucoup plus jeunes. J’ai reçu ses lettres, je les ai rangé dans un coin de mon esprit, pas certain de savoir quoi répondre. La ville n’avait pas besoin d’un fouineur de plus, mais… je préfère l’avoir près de moi et me tenir informé; s’il met vraiment le nez dans quelque chose… il sera facile de tout étouffer dans l’oeuf et de tout arrêter. Et pourtant, mon sourire se veut sincère et bienveillant. « J’ai lu tes lettres et il me semble que tu es ici pour un motif bien moins noble qu’un simple homard… je me trompe ? Allez viens sortons d’ici. »

Nous quittons les bureaux bondés pour être accueilli par Fairhope, je connais les rues par coeur alors bien évidemment, j’évite celle qui sont trop bondées pour qu’on se dirige vers le seul endroit de Beach Road qui acceptera de servir de l’alcool au maire de la ville à cette heure-ci. « Faut que je te prévienne, tu ne vas pas te faire que des amis avec le livre que tu essayes d’écrire… ne t’étonne pas si tu vois la police sur ton perron… mais ce n’est rien de personnel ne t’inquiète pas. » Ma phrase est teintée d’une hypocrisie à peine voilée, le genre d’hypocrisie qu’un café et un bon repas peuvent noyer. Après tout… il n’est jamais bon de négocier l’estomac vide. Nous arrivons à l’hôtel qui se veut également restaurant et je lui ouvre la porte. « Oh après toi… c’est toi le petit nouveau. »

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Sujet: Re: Murder, other than in the most strict forensic sense, is never soluble. Sam 17 Juin - 16:37

La bonne humeur d'un avocat, encore une chose sans valeur...C'était comme ses sourires à lui, Morten, un simple échange de bons procédés. L'un comme l'autre, ils ne mettaient plus de sentiments derrières depuis longtemps. Parfois, il fallait cela pour évoluer: des coeurs de pierre obnubilés par d'autres questions que la simple humanité. Pour Morten, son jumeau avait toujours eu assez d'amour pour deux, une fausse excuse pour se permettre d'être un salaud, une excuse qui ne marchait plus aujourd'hui. Morten continuait pourtant.
Au vouvoiement respectueux, Jacob préféra le tutoiement. Morten n'y voyait pas une complicité offerte, pas avec quelqu'un dont le métier avait été de maîtriser la parole à la perfection comme Young. Il n'y vit pas plus un motif de vexation, les jeux de langages, les subtilités, cela faisait partie de la vie, les manipulations aussi, cela était simplement un moyen de prendre l'ascendant sur la conversation, de décider du ton donné.

Il est un peu trop tard dans ma vie pour espérer me faire des amis, Jacob.

Petit sourire en coin, lueur dans les yeux (chaleur?), Morten répondait par un léger revers en s'emparant du simple prénom, là où le maire s'était contenté du nom, du pronom. Un mouvement prévisible, un échange de bons procédés, rien de plus. Il n'y avait pas de haine en lui, aussi étrange que cela puisse paraître. Des sentiments négatifs, une notion étrange du respect, mais pas de haine....

La police peut venir, je suis prêt à collaborer, mon travail est sérieux. Qui plus est, pa publication n'aura de valeur qu'après l'arrestation du Poet ou bien après notre mort à tous, comme un témoignage posthume d'une époque, là où des yeux étranges et objectifs auront peut-être de quoi nous juger nous, nos allégations et nos erreurs...

Il y avait de la tendresse dans la voix du professeur, de l'amusement aussi. Bien sûr, Morten ne s'attendait pas à ce que Jacob approuve ou partage son engouement, il n'était pas journaliste choisissant d'écrire pour la populace et de parler au plus grand nombre possible, son oeuvre au contraire s'adressait à un public choisi possédant déjà des clés de langage pour le comprendre. Non pas qu'il fallait être plus intelligent que la moyenne, simplement s'intéresser au sujet et posséder quelques bases au métier d'historien pour saisir la nature des recherches effectuées, les tenants, les aboutissants, les buts fantasmés, ceux plus réels finalement trouvés...

Enfin cela m'arrangerait de publier et vendre rapidement je t'avoue, j'ai une famille à faire vivre maintenant...

Eva là bas, à quelques heures de lui, son ventre rond, le grand lit vide dans lequel elle se forçait à dormir. Elle y faisait des cauchemars, de beaux rêves aussi. Des rêves où c'était lui qui mourrait, pas Niels. Morten comprenait, l'encourageait à les lui raconter. Au début elle terminait toujours en larmes, se traitant de monstres, pour le professeur cela avait été dur de trouver les bons mots, de la convaincre qu'il n'était pas vexé.
Dans le restaurant, il entra le premier. Inutile de refuser, inutile de ruer dans les brancards, l'énergie était une chose subtile à ne pas gaspiller en de vains efforts. Redoutable quand il le fallait, Morten était homme à choisir ses batailles.

Un serveur vint à leur rencontre, leur indiqua à une table d'un sourire aussi froid que professionnel. Il déposa sa veste sur le dossier de son siège, prit le temps de s'y asseoir, l'esprit ici et ailleurs tout à la fois. Autour d'eux, quelques murmures de conversations, des bruits qu'il ne prenait pas la peine de comprendre ou d'écouter.

J'ai pu travailler un peu sur l'histoire de la ville, déjà, avec ce que les archives rendent accessibles au public. Toi, en tant que personne, si le Poet n'avait pas existé, quel aurait été pour toi l'acte le plus abominable ayant eu lieu ici? C'est cela qui m'intéresse....

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Sujet: Re: Murder, other than in the most strict forensic sense, is never soluble. Mer 12 Juil - 15:53

Une fois que nous sommes assis, je viens ici bien trop souvent pour mon propre bien, je me défais également de ma veste. Non sans en tirer un paquet de cigarettes. Je ne fais plus semblant d’être raisonnable, pourquoi après tout ? Mes promesses sont du vent et je suis certain que l’homme en face de moi ne sera guère surpris de me voir m’adonner à ce genre de vices. Je suis de la vieille école et c’est une allumette que je craque avec un sourire face aux mots de Morten. Il a plus de rides sur le visage que moi et cela ne fait aucun doute qu’il a plus vécu que moi, alors la solitude n’effraie pas vraiment ce loup. Après tout… pourquoi en avoir peur ? Nous ne sommes pas des adolescents en manque d’attention mais bien deux vieux fossiles, en train de nous agiter avant que l’heure fatidique n’arrive et que nous soyons obligés de déposer les armes et laisser des mains plus jeunes jouer avec ce qui nous a un jour appartenu. Un bien triste constat si on me demande mon avis. Pas de doute là dessus. « Eh bien tu ne seras pas contre quelques ennemis, pas vrai ? » Je lance avec un regard appuyé, avant de tirer sur ma cigarette.

Non pas que sa présence ou son roman ne me dérange particulièrement, encore une fois, je suis plus rassuré de savoir qu'il est venu me trouver avant. Cela m’évite de faire davantage semblant, de me ranger derrière de faux prétextes, des excuses. Cela serait, et je l’admets sans aucun détour, un vrai affront à son intelligence, pas de doute là dessus. Son discours ne me rassure pas plus, à dire vrai, que serait une publication de plus sur notre cher Poète ? Il est sur toutes les lèvres, dans la moindre des pensées de la populace, ils ont faim, faim de leur petit meurtrier et Morten une fois de plus, va les nourrir et leur donner exactement ce qu'ils veulent. Quel maire serais-je si je laissais mes petits soldats affamés ? Un maire de pacotille, pas de doute là dessus. Mais il n’est pas question d’asseoir mon autorité aujourd’hui et la conversation prend une tournure un peu plus personnelle. « Une famille à nourrir ? Ah comme je ne regrette pas de ne pas avoir commis cette erreur de jeunesse. Maintenant que Jessica m’a libéré de mes chaines, absolument rien ne me retient. » Plus de bague au doigt, j’ai dû lui parler de ma superbe femme au cours de nos échanges, j’ai dû passer sous silence mon infidélité, pourquoi s’étendre sur le sujet après tout, ça n’en vaut pas vraiment le détour, tous les hommes sont des connards et il le sait aussi bien que moi. À sa dernière question, je me contente d’hausser les épaules. « La police va sûrement effectuer un background check, rien de trop lourd je te le promets, tu pourras même leur poser quelques questions pour ton oeuvre. » Après tout, si son roman est aussi innocent qu’il le soutient, un peu de contexte pourra l’aider dans sa recherche. N’importe qui peut se tenir informé. « Hmm rien… Je tiens à dire qu’il ne se passait rien d’extraordinaire à Fairhope avant cette série de meurtres. C’était une petite ville tranquille, avec son lot de touristes habituels quand l’été commence mais tout ça c’est fini. »

Avant de me mêler des affaires de la police et de devoir me rendre à des enterrements, mes activités principales étaient… quasiment routinières. Prévoir plus d’activités pour l’arrivée du mois de Juillet, tenter de rendre le cursus de notre université un peu plus attractif, tenter de faire planter un peu plus de lilas dans les parcs municipaux… J’étais venu ici pour me reposer, pour oublier New York et les airs las et blasé des petits criminels que j’aidais à sortir de prison, ni plus, ni moins. Je ne pensais vraiment pas trainer ma mauvaise humeur et mon cynisme jusqu’ici. Comme quoi, changer de cadre ne m’a pas aidé, le problème vient définitivement de moi. Mais qu’on ne s’inquiète pas pour ma condition, je le vis très bien.  « Quoi qu’un autre type de tourisme a commencé, celui de la peur. » Il y a l’ombre d'un sourire dans ma voix. Mais il suffit de voir le nombre impressionnant de commerce qui ont fermé depuis le début de cette affaire, le nombre de gens qui ont fait leur valise. Certains sont arrivés, seulement pour ça, seulement pour se prouver qu’ils sont capables de vivre au milieu du chaos, ou alors ils sont simplement là pour mourir. Je les salue bien bas, ceux qui se moquent de tout comme moi. « Maintenant ma petite ville tranquille n’est rien d’autre qu’un repaire pour taré. » J’en suis fier dans un sens. J’écrase ma cigarette au moment où le serveur fait son apparition, et je tends le menu à Morten. « Tu peux commander ce que tu veux. »

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Sujet: Re: Murder, other than in the most strict forensic sense, is never soluble. Sam 29 Juil - 15:47

Il y avait quelque chose de rassurant chez Jacob, comme le parfum d'un bon vin en territoire hostile. Tout chez l'autre homme, son caractère, sa gestuelle, sa manière de parler, évoquait à Morten des souvenirs passés, synonymes de paix à New York. Des sourires de femmes parfois, la sensation d'un verre entre les mains, ce genre de choses....
Ils avaient vieillis, ils avaient évolué mais cela faisait parti d'eux, voilà tout. Un instant, un simple instant, le Danois ressenti quelque chose au coeur, comme un poids de trop. Une famille oui, mais pas la sienne... Eva si loin, trop loin, en avait-il été amoureux un jour? Non, pas un simple jour mais chaque instant depuis qu'elle avait épousé son frère. Cela était ainsi....

”Ce n'est pas vraiment moi, c'est mon frère jumeau... Je te l'ai présenté une fois, un type prodigieusement ennuyeux”

Oui, Morten n'avait juste absolument rien d'autre en tête pour le décrire, mais son jumeau avait tellement été loin de son propre univers que leurs mondes n'avaient jamais pu se comprendre. Il laissa son regard dériver un peu, juste un peu avec la désagréable sensation d'être soudain trop seul.
Hélas...

“Il est mort... Une femme et un enfant à naître là bas, au Danemark. C'est aussi pour eux que j'écris cette thèse, pour gagner assez d'argent pour les installer ici, en Amérique. Je reste célibataire...”

Rien à dire de plus, rien à demander, rien à expliquer. De la compassion? Morten n'était pas ici pour ça. Sa tristesse était à lui, à lui seule, il ne la partageait pas et vivait malgré tout... Avoir une maîtresse ici l'aiderait, non pas contre la solitude, contre le froid, simplement contre le froid. Il devrait s'y mettre, il devrait SERIEUSEMENT s'y mettre.
Demain.
Avec attention, il écouta Jacob. Une petite ville trop tranquille, jamais d'infractions sévères... Peut-être qu'un cimetière indien avait protégé l'endroit pendant tout ce temps? Aussi idiote et caricaturale soit cette idée, Morten se promit de la vérifier. Il acquiesça, songeant aux petits villages paysans de France qu'il avait étudié avec toutes ces bêtes aux corps d'hommes. La misère, la pauvreté, la boisson...
Fairhope ne semblait connaître de tels vices en place publique.
Il grimaça en entendant l'expression “tourisme de la peur”: Morten détestait cela, quand on ne voulait pas l'Histoire, simplement la vulgarité. Le désir de voyeurisme, les frissons de bas étages... Autant louer un film d'horreur, on ne risquait pas sa vie et cela revenait moins cher.

Hé bien tu peux au moins compter sur moi pour faire fuir ce type de tourisme... Ce n'est pas que j'ai de la compassion pour les familles des victimes, mais il est encore trop tôt pour leur infliger cela.

Une vérité. Au serveur, l'homme commanda une omelette et un café. Noir, très noir... Il comptait bien payer sa part de toutes façons: ne jamais rester en dettes envers un avocat, réflexe de survie à New York.
Il y eut un instant de silence, le temps pour Morten de digérer toutes les paroles déjà énoncées ainsi que le poids des silences.

Fairhope ne correspond pas aux villes susceptibles de faire émerger un serial killer avec tout ce que tu me racontes, du moins pas un impossible d'identifier directement comme le gosse à problèmes du coin. La manière dont vous êtes ainsi isolés est...glaçante.

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Sujet: Re: Murder, other than in the most strict forensic sense, is never soluble. Ven 4 Aoû - 0:26

Quelque part, Morten me fait bien sourire, il possède encore une dose d'optimisme que je n'ai pas, que j'ai perdu depuis longtemps à dire vrai. Cela ne vient pas de Fairhope, non, cela fait depuis bien longtemps que ce cher Jake Young est brisé et qu'il a arrêté de croire à tout ce qu'on lui dit. Et surtout, cela fait depuis quelques temps que j'ai arrêté de croire en ce que je dis. Un très bon outil pour un avocat, c'est bien de mettre le plus de distance entre ses propres discours et les autres... histoire de. Histoire de continuer de vivre et de ne pas se laisser ronger par la merde et par les conneries. Deux choses que je déteste particulièrement, ma dépression latente ? Je peux gérer, mais le bordel qu'est la vie des autres ? Absolument pas. Et pourtant, ironie du sort, je me retrouve maire, à jouer les nounous pour toute une bande d'ingrats qui fonce dans le mur, sans même le réaliser. Ironique ? Vraiment.

Notre conversation marque une pause quand le serveur arrive et je me contente de commander un café noir avec un club sandwich. De quoi me remplir l'estomac pour le reste de la journée et tout simplement passer à autre chose sans culpabiliser. Il serait bien triste de fixer Morten manger tout seul. Une fois le serveur parti, je reprends la conversation. « Oh tu penses aux familles des victimes hmm ? Tu pourrais te lancer dans la politique... Pourquoi pas te présenter pour les prochaines élections... J'entends dire que le maire est un bon à rien qui reste assis dans son bureau toute la journée.» L'ironie m'accompagne, nous accompagne, moi et le rire que je lâche. Il sait très bien que je me moque des messes-basses et ce genre de conneries de cours de récré, si les gens pensent que je ne fais pas mon travail, je les invite grandement à prendre ma place, je ne les retiens absolument pas. J'ai choisi d'être maire pour essayer d'être un type bien, pensant que devenir aussi bien que cette petite ville m'aiderait à avancer et à tourner la page, mais non.

La réalité est bien différente et Morten qui a des bouches à nourrir, qui assume les responsabilités d'un autre, me comprendra sans aucun problème. « Si ce n'était que ça... » Nouveau soupir, nos cafés fumants son apportés sur la petite table que nous partageons et je m'empresse d'ajouter deux carrés de sucre au mien. Une bonne métaphore pour la vie, trop noire et trop précipitée, on s'efforce de la rendre un peu plus vivable et enjouée, mais la couleur ne change pas vraiment, pas vrai ? « On a aussi des gens qui débarquent pour essayer de comprendre pourquoi, ceux qui jouent les détectives en herbe et qui veulent résoudre l'affaire eux-mêmes et qui se mettent en danger.» Un autre soupir quitte mes lèvres, à croire que la ville tente de se mettre à feu et à sang toute seule, sans mon intervention. Oui, Fairhope finira par être un petit tas de cendre et ça ne serait pas de ma faute, vous pouvez en être certain.

« Disons que l'espèce humaine est suffisamment corrompue comme ça... Le Poète, taré ou pas, dans un sens je le comprends... » Un constat tragique, presque affligeant pour l'officiel que je suis. Mais je ne suis pas du genre à mentir quand je ne tente pas de vendre quelque chose. Et je n'ai pas besoin d'acheter la loyauté de Morten ou encore son silence alors... «Mais s'il y a bien une chose qui m'irrite, c'est la bêtise humaine. »

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Sujet: Re: Murder, other than in the most strict forensic sense, is never soluble. Mer 30 Aoû - 15:14

”J'y pense en effet, mais de la même manière qu'à un groupe d'animaux sauvages sur lequel repose une partie de mon travail. Ils doivent évoluer avec leur deuil, les autres attaques, les pistes et les arrestations, le jugement un jour peut-être aussi. Les détectives en herbe et les touristes gâchent tout, eux, ils détruisent le contexte et l'identité de Fairhope par rapport au Poète. Cela devient comme une sorte de...de...téléréalité?”

Il grimaça. L'omelette devant lui était baveuse, bien préparée, et l'odeur de café réveilla son appétit. Morten ne rajoutait pas de sucre dans le sien, le café du diable, noir, beaucoup trop noir. Il but un peu, se fichant bien de se brûler la gorge. Sur la politique, le professeur ne préférait rien dire, cela n'avait jamais été son milieu.
Il regarda un peu plus Jacob, le poids invisible qu'il portait, les secrets aussi qu'ils concernent la ville ou non, soupira.
Il voulu regarder par delà les fenêtres du restaurant, ne su où accrocher son regard. Parce que Morten restait un étranger ici, que d'une certaine manière, la ville le rejetait un peu. Il comprenait...Son attention revint sur son vis à vis, le professeur ne pu s'empêcher d'acquiescer.

”Le Poète répond à un but, une vocation. C'est un porteur de rêves je suppose, un fou mais pas un simple fou non plus. Nous détestons beaucoup de choses, tous les deux, dans ce monde de merde. Il y a quelque chose de jouissif aussi à y voir quelqu'un y mettre le bordel...”

Ses lèvres se retroussèrent en un rictus sauvage un peu, animal surtout. Il commença à manger l'omelette, l'appétit soudain agrandit. Et le Poète, comment mangeait-il, qu'aimait-il? Il découpait les corps sans complexes, pouvait-il être vegan à côté? Non, le raccourci serait vulgaire, beaucoup trop vulgaire. Quant aux corps martyrisés, ils l'étaient surtout pour servir de papier de ce que Morten pouvait comprendre.
Cela aussi c'était étrange, hormis dans la fiction on trouvait peu de tueurs en série avec toute une éducation littéraire.
Néanmoins ces tueurs devaient s'adapter pour survivre, continuer à émerger à la manière d'un super-prédateur, il était logique qu'ils suivent alors l'exemple donné par Hannibal Lecter et consorts. L'accès à l'éducation changeait également, du moins en Europe, l'Amérique restait un cas à part sur ce point, là aussi un détail intéressant.
Indirectement, bien qu'il n'ait eu aucune information à lui révéler, Jacob lui avait permis de trouver tout le squelette d'un nouveau chapitre, en l'aiguillant par son cynisme et sa rancoeur.

”Aucune chance qu'il y ait des jeunes femmes esseulées parmi les détectives en herbe? Je saurai les occuper assez pour qu'elles oublient tout ça.”

L'assiette reposait vide, le café restait chaud, presque trop chaud, signe de bonne qualité, de bon repas aux yeux du professeur. Il se cala un peu mieux contre le dossier du siège, manqua ricaner malgré l'apaisement qu'il semblait avoir.

”Mon frère disait toujours que j'allais finir par tuer des femmes. Des jeunes femmes... Après une nuit de plaisirs débridés bien entendu. Je serai plutôt du genre à les garder en esclave dans ma cave, personnellement... les pauvres auraient autant à subir mes envies qu'à me rendre des devoirs d'histoire une fois par semaine. La maison que je loue possède une cave, je dis ça, je ne dis rien...”

Un peu de mauvais humour, un lit là bas dans cette même maison à réchauffer, se sortir des appels soirs après soirs avant d'en tomber réellement malade.

”Donc les prochains curieux, adresse-les moi/ Enfin curieuses, pas curieux...”

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Sujet: Re: Murder, other than in the most strict forensic sense, is never soluble. Lun 11 Sep - 16:58

Je ne sais vraiment pas ce qui est le plus distrayant à présent, le sandwich posé en face de moi… ou le discours de Morten. Son cynisme latent semble presque s’accorder à la perfection avec mon je-m’en-foutisme notoire. Nous faisons une belle paire pas de doute là dessus et je considère un instant abandonner mon sandwich pour tout simplement lui répondre, pour que la bataille des esprits continuent. Il y a quelques années j’aurais surement répondu quelque chose d’acide, oui, le Jacob de l'époque avait du répondant, une raison de se battre et de continuer de pousser ... toujours. Ma raison s’appelait alors Jessica et une bague trônait fièrement autour de mon annulaire mais… Je n’ai plus de fierté, elle est partie depuis longtemps, elle a surement rejoint mon ex-femme et elles doivent bien s’amuser à se foutre de la gueule de ce cher Jacob, tout ça parce que c’est facile. Facile et que je me moque de tout, j’attends le prochain meurtre avec une certaine clarté, une sorte d'appréhension qui forme une boule dans le creux de mon estomac. Quelqu'un va mourir, aujourd'hui, demain… peu importe, quelqu’un va mourir, que ce soit des mains d’un taré ou pas, que ce soit pour une cause noble ou pas… quelqu’un va finir par mourir. Cela ne me fait ni chaud ni froid, et cela ne devrait pas non plus nous déranger, oui ruiner notre belle après-midi, ni notre beau déjeuner, alors je mords dans mon sandwich, goulument, comme un animal qui a trainé trop longtemps aux bords des autoroutes et qui a pris gout à la viande humaine.

Le café fait passer le tout et j’offre une mine encore plus blasé à Morten, il ne sait pas encore, non, il ne sait pas encore que les choses sont complètement différentes à Fairhope, qu’il n’y a pas de justice, que la seule justice justement vient sous la forme dune ambulance. D’un médecin légiste, de quelqu’un qui ferme un grand sac en plastique noir et de tout le monde qui continue de faire semblant et qui prétend que tout va très bien. La vie à Fairhope quoi… « Monde de merde ? Si j’étais toi je ferais gaffe, il y a certaines personnes qui tiennent à cette ville plus que tout. J’en faisais partie à une époque et maintenant regarde moi….. je suis le capitaine d’un bateau qui est en train de couler. » Je lève ma tasse de café fasse à cette ironie que je trouve particulièrement injuste, mais il faut bien quelqu’un à blâmer, et je me suis lancé en politique pour ça pas vrai ? Pour faire le pitre, pour la reconnaissance, pour qu’on m’aime plus que les autres et pour qu’on me reconnaisse, moi, que ce soit mes bons ou mes mauvais cotés, du moment qu’on me reconnait, je peux dormir bien sagement sur mon trône n’est-ce pas ? Cela a ses avantages et ses inconvénients. Tout n’est pas aussi rose qu’il n’y parait et le nombre affolant de responsabilités n’est pas juste. Injuste même.

Mais je suis là pour une raison et même si beaucoup m’ont vu courber l’échine, je ne suis pas encore parti, je n’ai pas encore renoncé à tout ça. « On a déjà assez d’un meurtrier crois-moi, personne ne ferait vraiment attention à toi et alors quel serait le but de la manœuvre hmmm ? Il fait ça pour être vu, pour être entendu et pas pour autre chose… » Je n’ai pas encore jeté l’éponge car il y a encore des corps qui trainent en ville, encore une affaire qui demande toute mon attention. Je jetterai ma couronne sur le sol quand le Poète sera derrière les barreaux, mais cela ne sera pas pour la reconnaissance cette fois-ci, pas pour quelque chose de noble, non, je ne suis plus aussi naïf que cela, je suis simplement fatigué. « Alors je suppose que dans un sens, notre Poète est content, vu que tout le monde l'écoute en ville, absolument tout le monde… » Que Morten écrive quelque chose sur ça, sur le fait qu’une simple ombre avait réussi à terroriser toute la ville, ni plus, ni moins, il n’y avait pas d’autres mots pour le décrire et j’espère bien qu'il compte rendre justice à notre meurtrier.

Il ne représente pas une menace, non, Morten cherche à vivre comme tout le monde, j’en suis convaincu à présent et je termine mon repas en étant de bien meilleure humeur qu’au début de cette conversation. « Si tu veux t'amuser à aller secouer des cages au commissariat de la ville, vas-y. Tu as ma… permission. Ne t’étonne pas si on t’envoie sur les roses, certains policiers ont la dent dure. » Un simple avertissement, mais je sais qu'il est aussi coriace que moi et quelques mots doux ne le dérangeront pas vraiment.

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Sujet: Re: Murder, other than in the most strict forensic sense, is never soluble. Dim 1 Oct - 17:14

”Tout le monde en ville l'écoute, c'est cela qui me fait peur, oui. Ecouter est une chose, comprendre, non, et il se retrouve face à des centaines de paires d'yeux avides qui suivent ses faits et gestes, qui applaudissent presque mais ne savent toujours rien de son dessein.  Au lieu de cela les gens s'enfoncent dans une complaisance macabre, un peu comme toi...”

Morten ne valait pas plus qu'un autre, le tueur constituait une énigme pour lui, et peu importe qu'il soit friand de jeux d'esprits, l'homme se savait incapable de résoudre chacun des tenants et aboutissants de l'affaire. Il n'était pas un quelconque Will Graham en puissance, ne s'identifiait pas au messie de chaque série policière, non. Parce que Morten n'était qu'un homme, l'acceptait avec un mélange de cynisme et de merveilleux tout à la fois. Parce qu'il était homme, il pouvait jouer au diable après tout puisque ce dernier était la plus pure des inventions de l'humanité.

”Tu n'es pas brisé, Jacob, tu as trouvé un nouveau moteur cependant... “

En ce cas, quel rôle jouait son ami dans le climat que voulait instaurer le Poète ici?  Ici, le mot fit courir un frisson dans son dos. Un mot important, lui-même n'avait pensé qu'à l'Européenne, tout danois qu'il était. Le système des différents états, il le connaissait bien sûr, cependant le comprenait-il justement?
Bien des tueurs en série ici naviguaient entre les états, le manque de coopération avec les différents services de police pouvait poser problème quand bien même le FBI centralisait tout cela aujourd'hui. Le Poète, lui, restait concentré dans une seule et unique ville...
Une petite ville dont Jacob était le capitaine, l'incarnation également.

”A ta manière, tu marches main dans la main avec le tueur, tu te dis capitaine? Tu tiens la barre, oui, mais le poète te donne le cap et les directions...'”

Le jugeait-il? Non... Parce que le maire appliquait à sa manière les théories propres à Darwin quant au fait de devoir s'adapter pour survivre. Bon dieu, on pouvait même dire que Jacob y excellait : à demi-mots dans son discours ou bien en phrases directes, il savait rappeler qu'il connaissait parfaitement les choses à lui reprocher, qu'il connaissait la ville aussi, pas les moyens de s'en sortir mais de faire au mieux. C'était ça le secret, faire au mieux, redevenir malléable à absolument tout également jusqu'à comprendre la stabilité dont ils avaient besoin.

Ces gens ne sont aps des phrases fixes dans mon livre, ils ne peuvent pas l'être pour le moment... Pensa-t-il avec un détachement froid. Parce que la ville se trouvait dans un stade intermédiaire, une période de transition, en conséquent elle éclatait dans trop de directions à suivre à la fois et Morten refusait de perdre du temps avec des culs de sac.

”Je vais attendre un peu avec la police, pour le moment je reste un étranger et je me perds jusque dans mes propres pensées. Il me faut adopter le rythme de la ville encore un peu, sinon tout ce que je ferai sera idiotie...”

Le dire à haute voix faisait du bien. Il ne s'agissait pas de complaisance, simplement d'un jeu  intellectuel et moral auquel le danois aimait s'adonner.

”Tu m'accompagnes pour un dessert?”
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Sujet: Re: Murder, other than in the most strict forensic sense, is never soluble. Mer 11 Oct - 12:50

D’après mon voisin de table, je ne suis pas brisé, cette phrase m’arrache l’ombre d’un sourire et j'ai envie de lui demander s'il n'est pas juste en tain de se foutre de ma gueule. Est-ce qu'il a vu les morceaux de ma vie ? Est-ce qu'il a vu les chaines que je traine depuis des années ? Comment peut-il voir autre chose qu'un homme brisé ? Je l'ai toujours été, bien avant Fairhope, bien avant le Poète, bien avant que ma route ne croise celle de Morten. Il a toujours manqué quelque chose, quelque chose que j'ai perdu il y a bien longtemps dans les rues de New York, qu’on m’a arraché sans me demander mon avis… Ou alors, je suis bien acteur que je ne le pensais si Morten a réussi à gober ma facette détaché et ridicule. En ce qui concerne l’affaire et Fairhope, je ne suis ni détaché, ni ridicule, je suis dedans jusqu'au cou. J'aimerais boucler tout ce foutoir pour pouvoir me refaire une petite vie tranquille ailleurs et pour essayer justement de ne plus être brisé. Mais je refuse de laisser le poste et l’administration de cette ville comme ça, le chapitre du Poète a besoin dune conclusion, d’un point final et même si ce n’est pas moi qui le trace je vais tout faire pour aller dans ce sens. Pas pour la justice, pas pour tous les corps qui sont en terre mais bien car cela m’apportera un semblant de paix.

Oui, un semblant de paix, c’est tout ce qu’un homme de mon âge peut espérer, c’est tout ce qu’un menteur comme moi peut demander, partir avec tous ses secrets et ne pas se faire poursuivre par les représailles et par les conséquences. C’est bien dans ce but égoïste et malsain que j’avance, mais sur ce point-là au moins je suis en accord avec ma propre conscience. « Tu sais ce qu’on dit dans la bible, si quelqu’un te gifle la joue droite, tend l’autre ou quelque chose comme ça… Ça me parait être la meilleure solution pour le moment, je n'ai pas besoin de jouer davantage avec le feu… »  Je commente simplement, face au diagnostic que Morten fait de ma personne, pourtant, je le sais bien que je suis malade, s'il est docteur alors il est mauvais, il devrait me conseiller un aller simple pour l'asile et c'est tout. Non, au lieu de ça, il complimente le pouvoir que certains idiots m'ont donné, il ne devrait vraiment pas.  Mais je n’ai pas impression de marcher main dans la main avec le Poète, je me fais plutôt tirer vers l’avant et je tente de suivre comme je peux, je ne suis guère choqué par le sang ou par l’horreur non, mais je ne comprends pas le but, la signification ni la saveur des crimes. J’en ai défendu des petits tueurs et des pseudo-psychopathes de mon temps à la barre mais ça… c'est bien différent, si différent que je ne reconnais rien d’humain et c'est surement ça qui effraie le plus… Tous les meurtriers ont un but, qu’il soit noble ou pas, stupide, simple ou non, ils en ont un, le Poète lui semble voguer de manière aléatoire et cela le rend plus que dangereux.

« Prends ton temps avec Fairhope, je ne suis pas d’ici non plus, il m’a fallu quelques années avant de m’acclimater alors je sais de quoi je parle … » Je passerai sous silence le bref passage de ma vie en couple, une période un peu plus heureuse de ma vie, une période un peu plus simple aussi, où j’étais un homme complètement différent, un homme presque changé et sans aucun regret. Sauf qu’une telle existence ne peut pas perdurer, pas à Fairhope du moins, pas ici où les choses devraient suivre leur cours, mais ce n’est pas juste une petite ville tranquille, il s’agit de bien plus que cela. Le repas est englouti, je devrais quitter Morten ou lui souhaiter un bon courage, je n’ai pas plus de conseils à lui donner, rien à part lui recommander une prudence extrême mais je sais bien qu’une partie de lui ne m’écoutera pas, c’est la nature des choses alors pourquoi lutter ? « Pourquoi pas ? Je n’ai rien d'important qui m'attend dans mon bureau alors … »  L’ironie est double car je ne plaisante qu’à moitié et j’attrape de nouveau menu pour jeter mon dévolu sur quelque chose de plus consistant.

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