AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  


Partagez | 
 

 Murder, other than in the most strict forensic sense, is never soluble.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 

bad blood - we live here

avatar

◆ Manuscrits : 27
◆ Arrivé(e) le : 16/05/2017
◆ Points : 106
◆ Avatar : Ben Mendelsohn


Sujet: Murder, other than in the most strict forensic sense, is never soluble. Ven 9 Juin - 11:34

Le cinéma l'avait compris, les comics l'avaient compris : on ne pouvait pas parler de Jack sans Victoria, ombre du complot ou pas. Pourquoi? Parce que la politique jouait toujours un rôle dans des meurtres en série. Le tueur s'appliquait à recréer le monde de ses fantasmes, comment pourrait-il réussir sans la figure d'un dirigeant aimé ou haï? Les politiques savaient orienter les haines et les peurs, les politiques parlaient également des tueurs et inversement. Deux monstres difformes, distincts, se disputant le même os à ronger. Ils rongeaient différemment, voilà tout...

Il y avait un autre point commun entre le Poète et la gent politique en général, mais ce détail Morten préférait le garder pour lui : tous, ils aimaient déformer des citations littéraires en les appliquant à un contexte par trop étranger.

Bien sûr, une telle chose ne serait pas marquée dans son ouvrage, pas même les brouillons. C'était trop commun, trop...vulgaire. Morten appréciait l'implicite, les zones d'ombres. Seuls les journalistes donnaient aux mots une trop grande puissance, le pouvoir d'expliquer et surexpliquer à la fois. Les journalistes et les mauvais écrivains...
Ironique, qu'un auteur comme D. Cravy puisse donner plus de puissances à ces mots par les silences entre les pages, qu'un quelconque lauréat de prix littéraire, d'ailleurs. Enfin, le bon goût n'était pas quelque chose de très répandu en Amérique.
Voilà, ses pensées prenaient des chemins tortueux, il avait voulu un parallèle putassier avec Jack pour mieux saisir le fil de ses pensées, au lieu de cela Morten pensait à la lecture, à ses loisirs. La faute aux trois heures de sommeil, au café qu'il regrettait de ne pas avoir bu, à la correction en retard des travaux de ses étudiants...
La faute à lui-même aussi, mais bon.

Jacob Young, ça faisait combien de temps déjà, New York? Morten se souvenait d'un dîner pour un gala où ils se trouvaient tous deux...sans doute le meilleur homard de sa vie. Il ne se souvenait que du homard à vrai dire, après il y avait eu du champagne, trop de champagne, une femme dans les toilettes -enfin il se souvenait vaguement d'une mais ils avaient peut être fait cela à trois quand même- et enfin un tacos à cinq heures du matin pour faire disparaître la sensation d'ivresse, dans un boui boui minable avec son costume hors de prix sur le dos.
Le bon vieux temps...avait-il seulement déjà eu une conversation en tête à tête avec Jacob? Bien sûr il lui avait envoyé quelques lettres avant de s'installer ici, pour présenter son travail autant que pour se présengter lui-même aussi. Morten ne voulait pas être qu'un nom sur un livre à venir, mais également un habitant de Fairhope au moins un peu.

Avec un soupir, l'homme s'extirpa de son fauteuil. Il avait envie d'un café tout autant qu'il avait envie de dormir. L'histoire de sa vie, depuis quelques mois... Hier soir, Eva avait eu une jolie voix, une voix qui sentait les fleurs et le printemps, et cela l'avait rendu heureux. Est-ce que c'était bien? Morten s'en fichait, les convenances n'étaient qu'un jeu parmi tant d'autres. Il avait entendu le soleil dans la voix d'une femme en deuil, cela lui suffisait.
Bon dieu il pouvait pas se concentrer sur Jacob plus de deux secondes?!  Apparemment non, de toutes manières le mieux était encore pour Morten de parler à l'intéressé.
Cela ne pouvait faire de mal à personne, dans le sens où personne n'aurait un bras ou une jambe arraché. Psychologiquement, cela était une autre histoire, enfin il suffisait d'avoir des critères peu exigeants et cela passerait.
Un peu.

En réalité, les choses se passaient toujours mal avec Morten, et à présent qu'il représentait le pendant maléfique de quelque chose -quelqu'un- qui n'existait plus... Etait-ce son propre deuil qui lui faisait être si froid par rapport aux actes du Poète, ou son caractère même en était-il la cause de nature?
L'objectivité était un atout dans sa branche, Comprendre les réactions des uns et des autres, celles qui menaient à des événements, d'autres à des impasses, mais ne pas les éprouver. Jamais.
D'un seul coup, l'homme sentit le volant de son véhicule entr eses mains: quand y avait-il pris place? Il y a encore un instant, Morten se revoyait s'extirpant avec peine de son fauteuil de bureau, là, à l'université...
Des absences ou des rêveries? Il devait dormi impérativement, mais est-ce qu'Eva comprendrait? Et puis il avait soif de l'entendre comme d'une drogue.
Le moteur tourna, Morten commença à rouler les fenêtres ouvertes. L'air frais lui permit de se concentrer un peu, il avait cependant oublié où se trouvaient les locaux provisoires de la mairie et aucun des maigres passants qu'il interrogea ne pu le renseigner. Ne pu ou ne voulu...
Finalement, l'homme trouva à se garer et, contre un billet, réussi à avoir l'info voulu par un gamin.
Petit merdeux...

Il frappa bien sûr, personne ne lui répondit. Alors, Morten prit la peine d'entrer, d'appeler.

Monsieur Young? C'est Morten Nielsen, le professeur... vous avez le temps pour un café ou quelque chose de plus fort? On mérite bien ça, dans cette ville.

_________________

If you're not even happy, what's so good about surviving?
We cross our bridges when we come to them and burn them behind us, with nothing to show for our progress except a memory of the smell of smoke, and a presumption that once our eyes watered
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur


avatar

◆ Manuscrits : 207
◆ Arrivé(e) le : 19/04/2016
◆ Âge : 38 ans
◆ Métier : maire de Fairhope, enfin, il essaye
◆ Points : 328
◆ DC : ils peuplent bien les rues
◆ Avatar : Oscar Isaac


Sujet: Re: Murder, other than in the most strict forensic sense, is never soluble. Mer 14 Juin - 21:33

Il y a quelque chose de pourri dans l’air et je ne sais pas encore quoi. Ou alors si, c’est moi qui sens déjà la brise qui soulève la puanteur dégagée par tous les cadavres que nous allons bientôt retrouver. Mon coeur est léger depuis ma dernière conversation avec Arthur et j’ai de moins en moins de mal à passer les locaux de la mairie provisoire et trouver quelque chose à faire pour mes adjoints. Non seulement je leur ai trouvé un nouveau chef de la police en la personne d’Arthur, mais en plus je propose que nous concentrions tous nos efforts sur la faculté de la ville et sur notre brillante jeunesse. Celle qui pourra partir d’ici et ne pas rester là quand Arthur et moi nous allons déchainer des forces que nous ne contrôlons pas. Que les choses soient bien claires : aucune vie humaine n’a de valeur. Sacrifier quelqu’un pour mettre fin au chaos ambiant ne me fait ni chaud ni froid. Que je passe pour un connard auprès d’un quelconque lecteur avisé, je n’en ai que faire, je m’en fiche à vrai dire. Je veux que le silence revienne sur ma ville, sur celle de Lysandre, pour pouvoir de nouveau me prélasser dans le néant et apprécier sa compagnie. Quoi que le blond m’a dit quel prix je devais payer pour pouvoir le vénérer, lui aussi désire que je verse du sang en son nom. Eh bien… je le ferai. En temps et en heure.

Mais aujourd’hui, il me faut encore jouer les marionnettes et orchestrer un spectacle élaboré pour masquer l’horreur qui se trame en coulisse. J’accueille quelques doyens de l’université dans mon maigre bureau, afin que ces derniers m’exposent leurs problèmes et me disent comment je peux y remédier. Je ne suis que le maire de la ville mais certains aiment juste se plaindre, ils ont besoin d’une oreille compatissante et c’est tout. Pas besoin de leur offrir une solution, et si en plus, quelques journalistes me voient en compagnie de ces chers messieurs les intellectuels ma côte de popularité pourra peut-être remonter. Hmmm... Pas depuis la mort de Tobias. Et pas comme si je m’en souciais. J'ai préféré ne pas commenter, laissant le champ libre à Arthur, lui, il a la police et tous ses moyens, moi je me contente de faire front avec mon petit bureau de maire et ma maigre couronne. Oh mais cette ville est folle, cette ville danse toujours au son d’un maitre invisible et personne ne dit rien. Fairhope me déçoit presque parfois… presque. Presque.

Il est midi quand on tape à ma porte, ma secrétaire ? Sûrement, je ne relève pas les yeux de mes notes, m'attendant à ce qu'elle rentre. Quand personne ne fait apparition je vais ouvrir. Un fin sourire se dessine sur mes lèvres. « Nielsen… et moi qui pensais que jamais tu ne viendrais par ici. » Un demi-mensonge, une demi-vérité pour un autre loup, pour cette autre âme qui avait peut-être assez intelligence pour me comprendre. Peut-être. « Il me faut quelque chose de définitivement plus fort qu’un café. » Je déclare tout simplement. J’attrape ma veste avant de le guider vers la sortie, une main sur son épaule. « Comment ça va depuis New York ? » Cette vie-là me semble tellement loin, tellement loin que si on devait la rejouer, la scène serait probablement en noir et blanc, lui et moi beaucoup plus jeunes. J’ai reçu ses lettres, je les ai rangé dans un coin de mon esprit, pas certain de savoir quoi répondre. La ville n’avait pas besoin d’un fouineur de plus, mais… je préfère l’avoir près de moi et me tenir informé; s’il met vraiment le nez dans quelque chose… il sera facile de tout étouffer dans l’oeuf et de tout arrêter. Et pourtant, mon sourire se veut sincère et bienveillant. « J’ai lu tes lettres et il me semble que tu es ici pour un motif bien moins noble qu’un simple homard… je me trompe ? Allez viens sortons d’ici. »

Nous quittons les bureaux bondés pour être accueilli par Fairhope, je connais les rues par coeur alors bien évidemment, j’évite celle qui sont trop bondées pour qu’on se dirige vers le seul endroit de Beach Road qui acceptera de servir de l’alcool au maire de la ville à cette heure-ci. « Faut que je te prévienne, tu ne vas pas te faire que des amis avec le livre que tu essayes d’écrire… ne t’étonne pas si tu vois la police sur ton perron… mais ce n’est rien de personnel ne t’inquiète pas. » Ma phrase est teintée d’une hypocrisie à peine voilée, le genre d’hypocrisie qu’un café et un bon repas peuvent noyer. Après tout… il n’est jamais bon de négocier l’estomac vide. Nous arrivons à l’hôtel qui se veut également restaurant et je lui ouvre la porte. « Oh après toi… c’est toi le petit nouveau. »

_________________
"There comes a time when you're too old and too sick to play. I'd just rather have the crown, the sorrow, the pain and go home." "
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t707-you-must-know-life-to-see-decay

bad blood - we live here

avatar

◆ Manuscrits : 27
◆ Arrivé(e) le : 16/05/2017
◆ Points : 106
◆ Avatar : Ben Mendelsohn


Sujet: Re: Murder, other than in the most strict forensic sense, is never soluble. Sam 17 Juin - 16:37

La bonne humeur d'un avocat, encore une chose sans valeur...C'était comme ses sourires à lui, Morten, un simple échange de bons procédés. L'un comme l'autre, ils ne mettaient plus de sentiments derrières depuis longtemps. Parfois, il fallait cela pour évoluer: des coeurs de pierre obnubilés par d'autres questions que la simple humanité. Pour Morten, son jumeau avait toujours eu assez d'amour pour deux, une fausse excuse pour se permettre d'être un salaud, une excuse qui ne marchait plus aujourd'hui. Morten continuait pourtant.
Au vouvoiement respectueux, Jacob préféra le tutoiement. Morten n'y voyait pas une complicité offerte, pas avec quelqu'un dont le métier avait été de maîtriser la parole à la perfection comme Young. Il n'y vit pas plus un motif de vexation, les jeux de langages, les subtilités, cela faisait partie de la vie, les manipulations aussi, cela était simplement un moyen de prendre l'ascendant sur la conversation, de décider du ton donné.

Il est un peu trop tard dans ma vie pour espérer me faire des amis, Jacob.

Petit sourire en coin, lueur dans les yeux (chaleur?), Morten répondait par un léger revers en s'emparant du simple prénom, là où le maire s'était contenté du nom, du pronom. Un mouvement prévisible, un échange de bons procédés, rien de plus. Il n'y avait pas de haine en lui, aussi étrange que cela puisse paraître. Des sentiments négatifs, une notion étrange du respect, mais pas de haine....

La police peut venir, je suis prêt à collaborer, mon travail est sérieux. Qui plus est, pa publication n'aura de valeur qu'après l'arrestation du Poet ou bien après notre mort à tous, comme un témoignage posthume d'une époque, là où des yeux étranges et objectifs auront peut-être de quoi nous juger nous, nos allégations et nos erreurs...

Il y avait de la tendresse dans la voix du professeur, de l'amusement aussi. Bien sûr, Morten ne s'attendait pas à ce que Jacob approuve ou partage son engouement, il n'était pas journaliste choisissant d'écrire pour la populace et de parler au plus grand nombre possible, son oeuvre au contraire s'adressait à un public choisi possédant déjà des clés de langage pour le comprendre. Non pas qu'il fallait être plus intelligent que la moyenne, simplement s'intéresser au sujet et posséder quelques bases au métier d'historien pour saisir la nature des recherches effectuées, les tenants, les aboutissants, les buts fantasmés, ceux plus réels finalement trouvés...

Enfin cela m'arrangerait de publier et vendre rapidement je t'avoue, j'ai une famille à faire vivre maintenant...

Eva là bas, à quelques heures de lui, son ventre rond, le grand lit vide dans lequel elle se forçait à dormir. Elle y faisait des cauchemars, de beaux rêves aussi. Des rêves où c'était lui qui mourrait, pas Niels. Morten comprenait, l'encourageait à les lui raconter. Au début elle terminait toujours en larmes, se traitant de monstres, pour le professeur cela avait été dur de trouver les bons mots, de la convaincre qu'il n'était pas vexé.
Dans le restaurant, il entra le premier. Inutile de refuser, inutile de ruer dans les brancards, l'énergie était une chose subtile à ne pas gaspiller en de vains efforts. Redoutable quand il le fallait, Morten était homme à choisir ses batailles.

Un serveur vint à leur rencontre, leur indiqua à une table d'un sourire aussi froid que professionnel. Il déposa sa veste sur le dossier de son siège, prit le temps de s'y asseoir, l'esprit ici et ailleurs tout à la fois. Autour d'eux, quelques murmures de conversations, des bruits qu'il ne prenait pas la peine de comprendre ou d'écouter.

J'ai pu travailler un peu sur l'histoire de la ville, déjà, avec ce que les archives rendent accessibles au public. Toi, en tant que personne, si le Poet n'avait pas existé, quel aurait été pour toi l'acte le plus abominable ayant eu lieu ici? C'est cela qui m'intéresse....

_________________

If you're not even happy, what's so good about surviving?
We cross our bridges when we come to them and burn them behind us, with nothing to show for our progress except a memory of the smell of smoke, and a presumption that once our eyes watered
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur


avatar

◆ Manuscrits : 207
◆ Arrivé(e) le : 19/04/2016
◆ Âge : 38 ans
◆ Métier : maire de Fairhope, enfin, il essaye
◆ Points : 328
◆ DC : ils peuplent bien les rues
◆ Avatar : Oscar Isaac


Sujet: Re: Murder, other than in the most strict forensic sense, is never soluble. Mer 12 Juil - 15:53

Une fois que nous sommes assis, je viens ici bien trop souvent pour mon propre bien, je me défais également de ma veste. Non sans en tirer un paquet de cigarettes. Je ne fais plus semblant d’être raisonnable, pourquoi après tout ? Mes promesses sont du vent et je suis certain que l’homme en face de moi ne sera guère surpris de me voir m’adonner à ce genre de vices. Je suis de la vieille école et c’est une allumette que je craque avec un sourire face aux mots de Morten. Il a plus de rides sur le visage que moi et cela ne fait aucun doute qu’il a plus vécu que moi, alors la solitude n’effraie pas vraiment ce loup. Après tout… pourquoi en avoir peur ? Nous ne sommes pas des adolescents en manque d’attention mais bien deux vieux fossiles, en train de nous agiter avant que l’heure fatidique n’arrive et que nous soyons obligés de déposer les armes et laisser des mains plus jeunes jouer avec ce qui nous a un jour appartenu. Un bien triste constat si on me demande mon avis. Pas de doute là dessus. « Eh bien tu ne seras pas contre quelques ennemis, pas vrai ? » Je lance avec un regard appuyé, avant de tirer sur ma cigarette.

Non pas que sa présence ou son roman ne me dérange particulièrement, encore une fois, je suis plus rassuré de savoir qu'il est venu me trouver avant. Cela m’évite de faire davantage semblant, de me ranger derrière de faux prétextes, des excuses. Cela serait, et je l’admets sans aucun détour, un vrai affront à son intelligence, pas de doute là dessus. Son discours ne me rassure pas plus, à dire vrai, que serait une publication de plus sur notre cher Poète ? Il est sur toutes les lèvres, dans la moindre des pensées de la populace, ils ont faim, faim de leur petit meurtrier et Morten une fois de plus, va les nourrir et leur donner exactement ce qu'ils veulent. Quel maire serais-je si je laissais mes petits soldats affamés ? Un maire de pacotille, pas de doute là dessus. Mais il n’est pas question d’asseoir mon autorité aujourd’hui et la conversation prend une tournure un peu plus personnelle. « Une famille à nourrir ? Ah comme je ne regrette pas de ne pas avoir commis cette erreur de jeunesse. Maintenant que Jessica m’a libéré de mes chaines, absolument rien ne me retient. » Plus de bague au doigt, j’ai dû lui parler de ma superbe femme au cours de nos échanges, j’ai dû passer sous silence mon infidélité, pourquoi s’étendre sur le sujet après tout, ça n’en vaut pas vraiment le détour, tous les hommes sont des connards et il le sait aussi bien que moi. À sa dernière question, je me contente d’hausser les épaules. « La police va sûrement effectuer un background check, rien de trop lourd je te le promets, tu pourras même leur poser quelques questions pour ton oeuvre. » Après tout, si son roman est aussi innocent qu’il le soutient, un peu de contexte pourra l’aider dans sa recherche. N’importe qui peut se tenir informé. « Hmm rien… Je tiens à dire qu’il ne se passait rien d’extraordinaire à Fairhope avant cette série de meurtres. C’était une petite ville tranquille, avec son lot de touristes habituels quand l’été commence mais tout ça c’est fini. »

Avant de me mêler des affaires de la police et de devoir me rendre à des enterrements, mes activités principales étaient… quasiment routinières. Prévoir plus d’activités pour l’arrivée du mois de Juillet, tenter de rendre le cursus de notre université un peu plus attractif, tenter de faire planter un peu plus de lilas dans les parcs municipaux… J’étais venu ici pour me reposer, pour oublier New York et les airs las et blasé des petits criminels que j’aidais à sortir de prison, ni plus, ni moins. Je ne pensais vraiment pas trainer ma mauvaise humeur et mon cynisme jusqu’ici. Comme quoi, changer de cadre ne m’a pas aidé, le problème vient définitivement de moi. Mais qu’on ne s’inquiète pas pour ma condition, je le vis très bien.  « Quoi qu’un autre type de tourisme a commencé, celui de la peur. » Il y a l’ombre d'un sourire dans ma voix. Mais il suffit de voir le nombre impressionnant de commerce qui ont fermé depuis le début de cette affaire, le nombre de gens qui ont fait leur valise. Certains sont arrivés, seulement pour ça, seulement pour se prouver qu’ils sont capables de vivre au milieu du chaos, ou alors ils sont simplement là pour mourir. Je les salue bien bas, ceux qui se moquent de tout comme moi. « Maintenant ma petite ville tranquille n’est rien d’autre qu’un repaire pour taré. » J’en suis fier dans un sens. J’écrase ma cigarette au moment où le serveur fait son apparition, et je tends le menu à Morten. « Tu peux commander ce que tu veux. »

_________________
"There comes a time when you're too old and too sick to play. I'd just rather have the crown, the sorrow, the pain and go home." "
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t707-you-must-know-life-to-see-decay

bad blood - we live here

avatar

◆ Manuscrits : 27
◆ Arrivé(e) le : 16/05/2017
◆ Points : 106
◆ Avatar : Ben Mendelsohn


Sujet: Re: Murder, other than in the most strict forensic sense, is never soluble. Sam 29 Juil - 15:47

Il y avait quelque chose de rassurant chez Jacob, comme le parfum d'un bon vin en territoire hostile. Tout chez l'autre homme, son caractère, sa gestuelle, sa manière de parler, évoquait à Morten des souvenirs passés, synonymes de paix à New York. Des sourires de femmes parfois, la sensation d'un verre entre les mains, ce genre de choses....
Ils avaient vieillis, ils avaient évolué mais cela faisait parti d'eux, voilà tout. Un instant, un simple instant, le Danois ressenti quelque chose au coeur, comme un poids de trop. Une famille oui, mais pas la sienne... Eva si loin, trop loin, en avait-il été amoureux un jour? Non, pas un simple jour mais chaque instant depuis qu'elle avait épousé son frère. Cela était ainsi....

”Ce n'est pas vraiment moi, c'est mon frère jumeau... Je te l'ai présenté une fois, un type prodigieusement ennuyeux”

Oui, Morten n'avait juste absolument rien d'autre en tête pour le décrire, mais son jumeau avait tellement été loin de son propre univers que leurs mondes n'avaient jamais pu se comprendre. Il laissa son regard dériver un peu, juste un peu avec la désagréable sensation d'être soudain trop seul.
Hélas...

“Il est mort... Une femme et un enfant à naître là bas, au Danemark. C'est aussi pour eux que j'écris cette thèse, pour gagner assez d'argent pour les installer ici, en Amérique. Je reste célibataire...”

Rien à dire de plus, rien à demander, rien à expliquer. De la compassion? Morten n'était pas ici pour ça. Sa tristesse était à lui, à lui seule, il ne la partageait pas et vivait malgré tout... Avoir une maîtresse ici l'aiderait, non pas contre la solitude, contre le froid, simplement contre le froid. Il devrait s'y mettre, il devrait SERIEUSEMENT s'y mettre.
Demain.
Avec attention, il écouta Jacob. Une petite ville trop tranquille, jamais d'infractions sévères... Peut-être qu'un cimetière indien avait protégé l'endroit pendant tout ce temps? Aussi idiote et caricaturale soit cette idée, Morten se promit de la vérifier. Il acquiesça, songeant aux petits villages paysans de France qu'il avait étudié avec toutes ces bêtes aux corps d'hommes. La misère, la pauvreté, la boisson...
Fairhope ne semblait connaître de tels vices en place publique.
Il grimaça en entendant l'expression “tourisme de la peur”: Morten détestait cela, quand on ne voulait pas l'Histoire, simplement la vulgarité. Le désir de voyeurisme, les frissons de bas étages... Autant louer un film d'horreur, on ne risquait pas sa vie et cela revenait moins cher.

Hé bien tu peux au moins compter sur moi pour faire fuir ce type de tourisme... Ce n'est pas que j'ai de la compassion pour les familles des victimes, mais il est encore trop tôt pour leur infliger cela.

Une vérité. Au serveur, l'homme commanda une omelette et un café. Noir, très noir... Il comptait bien payer sa part de toutes façons: ne jamais rester en dettes envers un avocat, réflexe de survie à New York.
Il y eut un instant de silence, le temps pour Morten de digérer toutes les paroles déjà énoncées ainsi que le poids des silences.

Fairhope ne correspond pas aux villes susceptibles de faire émerger un serial killer avec tout ce que tu me racontes, du moins pas un impossible d'identifier directement comme le gosse à problèmes du coin. La manière dont vous êtes ainsi isolés est...glaçante.

_________________

If you're not even happy, what's so good about surviving?
We cross our bridges when we come to them and burn them behind us, with nothing to show for our progress except a memory of the smell of smoke, and a presumption that once our eyes watered
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur


avatar

◆ Manuscrits : 207
◆ Arrivé(e) le : 19/04/2016
◆ Âge : 38 ans
◆ Métier : maire de Fairhope, enfin, il essaye
◆ Points : 328
◆ DC : ils peuplent bien les rues
◆ Avatar : Oscar Isaac


Sujet: Re: Murder, other than in the most strict forensic sense, is never soluble. Ven 4 Aoû - 0:26

Quelque part, Morten me fait bien sourire, il possède encore une dose d'optimisme que je n'ai pas, que j'ai perdu depuis longtemps à dire vrai. Cela ne vient pas de Fairhope, non, cela fait depuis bien longtemps que ce cher Jake Young est brisé et qu'il a arrêté de croire à tout ce qu'on lui dit. Et surtout, cela fait depuis quelques temps que j'ai arrêté de croire en ce que je dis. Un très bon outil pour un avocat, c'est bien de mettre le plus de distance entre ses propres discours et les autres... histoire de. Histoire de continuer de vivre et de ne pas se laisser ronger par la merde et par les conneries. Deux choses que je déteste particulièrement, ma dépression latente ? Je peux gérer, mais le bordel qu'est la vie des autres ? Absolument pas. Et pourtant, ironie du sort, je me retrouve maire, à jouer les nounous pour toute une bande d'ingrats qui fonce dans le mur, sans même le réaliser. Ironique ? Vraiment.

Notre conversation marque une pause quand le serveur arrive et je me contente de commander un café noir avec un club sandwich. De quoi me remplir l'estomac pour le reste de la journée et tout simplement passer à autre chose sans culpabiliser. Il serait bien triste de fixer Morten manger tout seul. Une fois le serveur parti, je reprends la conversation. « Oh tu penses aux familles des victimes hmm ? Tu pourrais te lancer dans la politique... Pourquoi pas te présenter pour les prochaines élections... J'entends dire que le maire est un bon à rien qui reste assis dans son bureau toute la journée.» L'ironie m'accompagne, nous accompagne, moi et le rire que je lâche. Il sait très bien que je me moque des messes-basses et ce genre de conneries de cours de récré, si les gens pensent que je ne fais pas mon travail, je les invite grandement à prendre ma place, je ne les retiens absolument pas. J'ai choisi d'être maire pour essayer d'être un type bien, pensant que devenir aussi bien que cette petite ville m'aiderait à avancer et à tourner la page, mais non.

La réalité est bien différente et Morten qui a des bouches à nourrir, qui assume les responsabilités d'un autre, me comprendra sans aucun problème. « Si ce n'était que ça... » Nouveau soupir, nos cafés fumants son apportés sur la petite table que nous partageons et je m'empresse d'ajouter deux carrés de sucre au mien. Une bonne métaphore pour la vie, trop noire et trop précipitée, on s'efforce de la rendre un peu plus vivable et enjouée, mais la couleur ne change pas vraiment, pas vrai ? « On a aussi des gens qui débarquent pour essayer de comprendre pourquoi, ceux qui jouent les détectives en herbe et qui veulent résoudre l'affaire eux-mêmes et qui se mettent en danger.» Un autre soupir quitte mes lèvres, à croire que la ville tente de se mettre à feu et à sang toute seule, sans mon intervention. Oui, Fairhope finira par être un petit tas de cendre et ça ne serait pas de ma faute, vous pouvez en être certain.

« Disons que l'espèce humaine est suffisamment corrompue comme ça... Le Poète, taré ou pas, dans un sens je le comprends... » Un constat tragique, presque affligeant pour l'officiel que je suis. Mais je ne suis pas du genre à mentir quand je ne tente pas de vendre quelque chose. Et je n'ai pas besoin d'acheter la loyauté de Morten ou encore son silence alors... «Mais s'il y a bien une chose qui m'irrite, c'est la bêtise humaine. »

_________________
"There comes a time when you're too old and too sick to play. I'd just rather have the crown, the sorrow, the pain and go home." "
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t707-you-must-know-life-to-see-decay
 

Murder, other than in the most strict forensic sense, is never soluble.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» "Murder party" interdite !
» Murder de la Convention
» Murder PArty à vitrolles le 28/03/09
» Not War But Murder / Birth of a Legend (ATO)
» Murder Party

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: the city that we loved :: beach road-