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 it's all been said

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bad blood - we live here

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◆ Manuscrits : 28
◆ Arrivé(e) le : 26/05/2017
◆ Âge : 40
◆ Métier : Professeur dans sa propre école de théâtre
◆ Points : 32
◆ DC : Aiden, Willow, James, Sean, Charlie
◆ Avatar : Hugh Dancy


Sujet: it's all been saidJeu 15 Juin - 12:01


The fire inside my eyes has long gone out
There's nothing left for me to say or do
'Cause all that matters disappeared when I lost you...

novembre 2015


Toutes les écoles avaient été rouvertes, une à une. Les salles et amphithéâtres de l'université s'étaient remplis à nouveau, les bancs du lycée s'étaient vus encombrés par des élèves et des soupirs, et enfin l'école primaire avait rouvert ses grilles, les mêmes grilles qui n'avaient vu que les policiers pendant des semaines. La cour et les murs et les pupitres avaient contemplé le passage d'un petit corps dans un grand sac mortuaire, et s'étaient demandé ce que les experts et les uniformes qui défilaient là pouvaient bien espérer trouver. Mais finalement, on avait invité les enfants à revenir prendre leur place, on avait à nouveau invité les rires et les chamailleries, on avait remplacé les poèmes par des gribouillages et on avait sans doute un pincement au cœur à chaque fois que l'on faisait une dictée. Un regard en biais vers le trou béant au milieu du cortège, d'où on avait retiré le pupitre souillé et où l'on pouvait toujours apercevoir la mort, cicatrice purulente qui suintait et hurlait à qui voulait bien l'entendre qu'elle était passée par là. Nathan l'entendait en permanence. Pourtant il s'était tenu aussi éloigné de l'école que possible depuis ce soir-là. Il s'était enfermé chez lui dans l'espoir de garder Rose intacte, de garder son souvenir, son écho et ses sourires prisonniers entre les murs autrefois chaleureux de leur maison à présent glaciale et sombre. Puis il avait saigné quelques couleurs sur mille toiles, gisant exsangue et silencieux sur le sol qu'elle avait foulé. Il s'était muré dans son temple, intrus dans la pyramide érigée à la mémoire de Rose, égaré dans un labyrinthe de souvenirs dont il n'essayait même pas de retrouver la sortie. C'était étouffant pourtant, c'était intenable, de ne respirer qu'elle, de s'écorcher les yeux sur tout ce qu'elle avait été et touché, de tomber à genoux à chaque foulée à cause d'une photo, d'un dessin ou d'une chaussette. C'était pénible, toutes ces fleurs et ces cartes, tous ces inconnus qui étaient venus déposer des hommages et des pensées dont il n'avait que faire, ces étrangers qui profanaient sa tombe en prétendant qu'ils étaient peinés.

C'était son frère qui avait parlé de reprendre le travail en premier. Ils n'avaient jamais été particulièrement proches, les deux hommes étant aussi diamétralement opposés qu'il était possible de l'être. L'aîné avait toujours été incapable de comprendre les écarts d'âme, la vie instable et débauchée du plus jeune ; et le plus jeune avait toujours été trop occupé à courir après le monde pour s'intéresser à celui carré et méticuleux de son grand-frère. Ils s'étaient respectés, pourtant, ils s'étaient soutenus. Le plus jeune avait ouvert sa porte à un aîné en mal d'amour, et en retour l'aîné avait puisé dans son compte en banque pour aider Nathan à construire sa vie à Fairhope. Ils s'aimaient, c'était indéniable, ils n'avaient juste jamais su se comprendre. Mais le plus vieux avait ses propres enfants, et il ne pouvait même pas concevoir l'idée de les perdre. Il avait souvent fait l'aller-retour entre Fairhope et sa propre famille, depuis, et à chaque fois qu'il rentrait il tombait dans les bras de ses enfants, infiniment soulagé de les retrouver vivants alors qu'il s'extirpait de la tombe où son petit frère moisissait. Alors il avait tout organisé, il avait délibérément ignoré les protestations murmurées par Nathan. Il avait remis l'école à flots, avait rouvert les inscriptions durant l'été, avait chaleureusement remercié la femme de ménage qui avait discrètement continué à entretenir l'endroit, et avait tenté de tout préparer au mieux. Il connaissait suffisamment son frère pour savoir qu'il ne réagirait pas de lui-même, qu'il se laisserait lentement avaler par les sables mouvants. Et finalement, une fois remis en route, en quelques jours à peine, Nathan s'était lancé dans le travail à corps perdu. Ses protestations avaient été complètement oubliées, et il avait repris les rênes.

Depuis, il était assis là, face à la scène. Il se levait parfois, souriait aux élèves, corrigeait une position, une diction, une intonation. Il acceptait un paiement et notait une absence dans son planning, il retournait s'asseoir, puis il se relevait pour résoudre une dispute, ou pour apaiser des inquiétudes, il donnait des renseignements et écoutait les mécontentements, puis il retournait s'asseoir. Il regardait les silhouettes se déplacer sur la scène, habiter des personnages et réciter des textes avec plus ou moins d'aisance, de fluidité, de passion. Son habituel sourire bienveillant était à présent dessiné à la pointe d'un couteau, mais il était là, résolument gravé sur son visage. Il ne savait pas depuis quand il était assis là. Cela faisait un mois, peut-être deux, voire même trois, il avait perdu le compte. Il n'avait plus d'anniversaires à fêter, il n'avait plus de futur à attendre, plus d'événements, plus de vacances à planifier, plus rien, alors les jours pouvaient bien perdre le fil également s'ils le souhaitaient. Il restait assis là tard le soir, longtemps après que les élèves soient tous partis, longtemps après que le silence ait repris possession des lieux. Quelques fois, il noyait les minutes dans des verres de whisky. Il aurait bien passé la nuit là, à contempler la scène vide et à se souvenir de Rose qui arrivait toujours en courant entre deux cours, ravie à l'idée de lui présenter les nouvelles merveilles que son imagination débordante avait concoctées. Il voyait ses cheveux bruns ébouriffés et ses joues rougies par des prouesses acrobatiques, ou encore son air fier alors qu'elle récitait un poème qu'elle venait d'écrire sur Simba. Un poème. Nathan secoua la tête. Simba. Souvent, c'était l'animal qui le forçait à rentrer. Ce dernier ne le quittait plus d'une semelle, et il s'allongeait toujours à ses pieds. Parfois, il regardait la scène aussi, et son maître aimait à penser qu'il la voyait également. Mais il leur fallait rentrer, et quand l'heure se faisait trop tardive, le chien se rendait à la porte d'entrée et pleurait jusqu'à ce que le corps du brun se mette en mouvement. Ils rentraient alors, et après un court rituel où le chien recevait sa pitance et retrouvait son lit, c'est sur ses tableaux que Nathan s'écroulait finalement, puisque le sommeil et la faim étaient devenus occasionnels.

Il ne savait pas exactement depuis quand il était assis là. Il lui semblait que ça faisait quelques heures. Le bruit de la porte d'entrée l'arracha finalement à son inanité, et il traversa les rangées de sièges jusqu'à l'accueil. Il avait presque fini de recréer son sourire lorsqu'il l'aperçut. L'illusion s'effondra aussitôt, et ses yeux ne s'attardèrent qu'un instant sur la jeune femme qui venait d'entrer. La regarder semblait aussi douloureux que d'observer directement le soleil, et les yeux de Nathan s'accrochèrent aussitôt à n'importe quoi d'autre. Il continua de ne pas la regarder en silence, pendant qu'il se débattait contre sa mémoire et le souvenir que l'institutrice faisait resurgir. Elle avait mis les pieds dans cette salle aujourd'hui. Est-ce que ses yeux s'étaient égarés vers la chaise où –

«Bonjour,»
Un regard à la dérobée, Nathan combattait le silence.

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'Till you see the world turning without you, the merry-go-round has left you behind. You stand hollow and soaked through, under the clouds and shattered streetlights
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bad blood - we live here

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Sujet: Re: it's all been saidHier à 18:55

Ses yeux s’égarèrent sur le pupitre de Rose. Et comme à chaque fois, c’était comme être plongée dans un bain d’eau glacée. Il y avait d’abord la sensation mordante du froid qui se répandait sous sa peau, et qui attiédissait le sang dans ses veines jusqu’à ce qu’elle ressente son parcours douloureux pour alimenter les battements effrénés de son cœur cognant trop fort dans sa poitrine. Puis le vide qui se faisait autour d’elle pour la ramener au centre d’un passé trop proche pour qu’elle ne consente à l’oublier. C’était le silence de cette nuit-là qui n’en finissait plus de la hanter. Chaque fois, l’ambiance feutrée des heures après la classe, heures durant lesquelles elle restait à son bureau pour mieux avancer dans ses corrections, elle ne pouvait lutter, et se voyait ramenée de force à février dernier. Elle frissonna brutalement, tressautant sur sa chaise, et voulut se réchauffer en se frictionnant les bras avec les paumes de ses mains, mais au lieu de quoi, elle se leva doucement, lunettes chaussées au bout de son nez, et cheveux relevés en une queue de cheval brouillonne, faite à la va-vite, pour ne pas être distraite par la caresse d’une mèche sur sa joue.

Amelia avait eu beau vouloir préserver l’âme de Rose au sein de sa salle de classe, laissant son pupitre se faire décorer par ses petits camarades avec des couleurs et des mots doux pour mieux effacer les traces sanguinolentes incrustées dans le bois, et changer toutes les semaines les fleurs qu’elle apportait pour égayer ce qui ressemblait davantage à une sépulture qu’à un mémorial, il y avait quelque chose de profondément morbide à l’idée de garder l’objet devant lequel elle avait été attablé pour la dernière fois de sa jeune vie. Elle en prenait davantage conscience aujourd’hui, même si elle avait été l’initiatrice de cette idée thérapeutique de prime abord, mais déchirante en définitive. Du point de vue de ses élèves, ce n’était sans doute pas grand-chose, pas de quoi en faire une histoire, juste un hommage qu’ils avaient pris plaisir à lui rendre, et qui leur mettait du baume au cœur lorsqu’ils rentraient dans la classe – certains lui disaient bonjour tous les matins. Mais du point de vue d’un adulte, c’était dérangeant. Millie s’arrêta devant le pupitre de Rose, et retira le vase rempli d’un pêle-mêle de fleurs sauvages achetées chez le fleuriste le matin-même, pour le poser sur la bordure de la grande fenêtre. Elle n’était pas bien costaude, mais elle saurait porter l’ensemble jusqu’à la réserve de l’école, située à quelques grandes enjambées de là, près de l’infirmerie : elle se sentait prête à le faire.

Quand elle referma la porte de la réserve, elle se jura de ne pas pleurer. Néanmoins, le chemin jusqu’à sa gorge s’était rétréci, et l’image autour d’elle se flouta pendant un moment donné. Elle expliquerait à ses élèves la disparition du pupitre de Rose avec des mots de maîtresse : sans leur mentir, mais en détournant légèrement la vérité, pour les protéger. Elle y réfléchit durant son trajet du retour jusqu’à sa salle de classe, mais comme toujours, elle conclut que l’improvisation serait sa meilleure alliée, et tandis qu’elle réorganisait le plan de classe pour combler l’espace vidé du pupitre de Rose, son regard dériva sur le bouquet de fleurs qu’elle comptait jeter, avant de s’en approcher doucement, et d’avoir une idée.

Elle hésita un long moment avant d’oser pénétrer dans l’enceinte de l’école de théâtre de Nathan Howard, son bouquet de fleurs – dont elle avait enveloppé les tiges dans du papier argenté pour éviter qu’elles ne s’égouttent sur ses chaussures – à la main. Elle avait appris sa réouverture quelques semaines auparavant, et n’avait cessé de se souvenir des bons moments qu’ils avaient passé à travailler ensemble sur les projets divers et variés de l’école primaire – Rose en chef de bande, survoltée par l’enthousiasme de faire connaître les talents de metteur en scène de son papa et de tenir le premier rôle des scénettes qu’ils avaient tant répétées. C’était douloureux de se dire que tout ça paraissait si loin, alors qu’en vérité, moins d’un an s’était écoulé depuis que tout avait volé en éclats. Il ne s’agissait pas seulement de la disparition de Rose, il s’agissait aussi des soupçons qui avaient pesé sur Amelia, et de l’idée commune qu’elle aurait pu, ou aurait dû, être la responsable pour arranger les autorités et la presse, et dans un même temps, soulager la douleur indéfinissable de Nathan. Sauf que sa douleur perdurerait encore longtemps, si ce n’était toujours, et que son innocence ayant été prouvée en partie, elle n’avait plus à risquer de se faire envoyer paître. Et pourtant, il y avait un nœud dans son estomac, et la cadence de son cœur dans sa poitrine avait atteint des records inquiétants… Et les choses ne s’arrangèrent guère lorsqu’elle dépassa la porte de l’école, et que son regard se posa immédiatement sur la silhouette de Nathan qu’elle n’avait pas vu depuis bien trop longtemps.

« J’ai appris la réouverture de l’école à la rentrée, je m’y prends sans doute un peu trop tard, mais je voulais juste… » entama-t-elle maladroitement après l’avoir salué pudiquement d’un signe de tête et d’un sourire timide. Elle remarqua qu’il évitait son regard. Une part vaniteuse de sa personnalité le regretta, mais le comprit aussi ; elle avait été celle qui, en plus d’avoir découvert sa fille morte, avait été accusée d’en être la responsable. Millie replaça son sac à main sur son épaule, amorça un geste pour remonter ses lunettes sur son nez, mais se souvint au dernier moment qu’elles les avaient retirées. Se sentant idiote, elle lui tendit le bouquet de fleurs qui, une heure plus tôt, reposait sur le pupitre de sa fille – elle ne le lui dirait pas, c’était un secret qu’elle préférait garder pour elle, ne sachant comment il le prendrait « C’est pas grand-chose, mais je sais que tu aimes les fleurs. Elles sont fraîches, un peu d’eau et de soleil, et elles dureront quelques jours. » Par réflexe, elle chercha son regard sous sa frange, mais cessa la lutte pour mieux lever les yeux vers le plafond haut du hall qui fit résonner sa voix lorsqu’elle dit « C’est toujours aussi joli ici. »
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