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 the autopsy of Seth Coleman

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bad blood - we live here

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◆ Manuscrits : 113
◆ Arrivé(e) le : 27/05/2017
◆ Âge : 21 ans
◆ Métier : Aspirante réalisatrice et scénariste de films d’horreur. Actuellement en plein processus créatif et serveuse au Tony’s
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Sujet: the autopsy of Seth ColemanDim 18 Juin - 21:00

Une bulle de chewing-gum éclata, coupant la chique à la chanteuse pop qui s’époumonait à travers les baffles disposés au-dessus des bacs à disques. Toni avait beau apprécier les ritournelles niaises de sa génération – et encore, sans jamais l’avouer ouvertement, plutôt crever – elle n’éprouva aucune espèce de honte à mâcher avec tellement d’obstination, imitant la cadence empruntée par les vaches ruminant dans leur pré avec un talent insoupçonné, qu’elle lui piqua la vedette. Sa salive avait désormais un arrière-goût de fruit beaucoup trop sucré. Et parce que l’avaler n’arrangerait rien à son problème, elle le retira de sa bouche pour s’en débarrasser, et le colla sous un bac en bois élimé. L’air de rien, elle fit un pas de côté pour reprendre ses occupations, son skate-board pendant au bout de son bras. Ses lunettes de soleil rondes à monture métallique empêchant sa longue tignasse brune de lui boucher la vue, fixées sur son crâne comme un serre-tête, elle avait clairement mieux à faire que de se soucier du bruit qu’elle faisait avec sa bouche, ou encore du jugement qui suintait de tous les pores de la peau grasse du client-barbu-et-chevelu qui se trouvait en face d’elle, et qui l’avait prise en flagrant délit d’incivilité. Ignorant le regard sévère qu’il lui adressa à travers ses sourcils broussailleux, elle considéra pendant une fraction de seconde de lui répondre avec le majeur dressé devant son nez, et en lui conseillant de rejoindre sa forêt pour aller y couper du petit bois – espèce de hipster de mes deux ! –, sauf qu’elle avait soudainement entendu la voix de son père se désolant de ses mauvaises manières. Du coup, c’est sur le fil qu’elle se ravisa après l’avoir tout de même gratifié d’un roulement d’yeux ostentatoire. De toute façon, ce n’était pas dans son intérêt de se faire virer de cette boutique empestant la poussière et la prétention. Il n’y avait qu’à voir l’homme qu’elle avait dans son champ de vision, à trois rangées de disques de là, et qui avait l’étiquette « je suis snob, et je le vis bien » collé sur le front.

Seth Coleman, Toni ne le connaissait pas (comme la majorité de la communauté de Fairhope qu’elle avait rejointe il y avait à peine six mois, en définitive). Néanmoins, elle était tombée sur son nom à de nombreuses reprises lors de ses recherches pour The Blood Poetry. Elle avait creusé sans vraiment aller trop loin, la profession de Seth ne faisant pas partie des éléments estampillés « secret défense » de cette affaire qui, si elle la faisait rêver en pleine journée, l’empêchait pourtant de dormir la nuit. Il s’était visiblement chargé des autopsies des premières victimes du Poète avant de raccrocher sa blouse blanche pour faire elle ne savait trop quoi aujourd’hui. Enfin si, elle le savait, et à son grand désarroi. Elle l’avait pris en filature à partir du moment où elle avait compris qu’il lui serait d’une grande utilité – ce n’était pas bien difficile de savoir où il habitait –, et putain qu’il était chiant, ce type ! Il lui donnait l’impression de vivre dans une autre époque, et de se la raconter un peu trop avec ses costumes trois pièces et sa clope meurtrière au bec. Comment un médecin pouvait fumer autant, Toni se l’était demandée sciemment, navrée de pressentir la puanteur du cancer émaner de ses vêtements hors de prix. Elle n’avait donc pas été très étonnée de l’observer en train de se rendre plusieurs fois chez le disquaire de la ville. Un scénariste n’aurait pas fait mieux pour caricaturer ce personnage – car il était un personnage, et un sacré, mais ce n’était pas pour cette raison qu’elle s’intéressait à lui. Contournant le bac derrière lequel elle était restée un moment, elle fusilla du regard le client-barbu-et-chevelu qui continuait à la regarder, et tandis qu’elle lui laissait le temps de se remettre de la grimace puérile qu’elle lui fit en arrivant près de Seth, elle laissa tomber, avec fracas, son skate-board à ses pieds.

« Je sais ce que vous faisiez avant. » Au moins, on ne pouvait pas lui reprocher de tourner autour du pot. Elle aurait bien aimé lui sourire, ou même lui accorder ne serait-ce qu’une attention particulière pour le mettre en confiance, mais l’odeur de son after-shave mélangé à celle du tabac froid lui fit repousser cette démonstration de bienséance. Elle fronça le nez, arborant soudain une expression exagérée de dégoût, et tout en posant un pied sur la planche de son skate, elle baissa la tête vers le bac de disques sur lequel il avait jeté son dévolu. Une moue pleine de scepticisme chassant le reste, elle dit, tout en empoignant le vinyle de Paul Anka qui avait attiré son regard « Vous y croyez vraiment à votre délire à la Mad Men, hein ? J’imagine qu’écouter du jazz, ça va avec la panoplie du parfait macho des années 60. Mais hey, faut vivre avec son temps, Seth. » Elle pouvait parler avec son style pompé aux icones du milieu des années 90 et son attitude je-m’en-foutiste à la Courtney Love. Elle lourda le disque au milieu des autres – il retomba dans un léger bruit feutré qu’elle aurait trouvé réconfortant si elle n’avait pas eu conscience qu’elle n’avait pas le temps de tergiverser « Enfin, j’ai un truc à vous demander à propos de, vous savez… » Elle tourna la tête vers lui pour mieux mimer des boyaux s’échappant de son abdomen, et ce à grands coups de langue pendante, d’yeux révulsés, et de gargouillements gutturaux, digne des meilleurs bruitages de films d’horreur. Elle en rit franchement pendant qu’elle ajoutait « Vous auriez un peu de temps à m’accorder ? »
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Sujet: Re: the autopsy of Seth ColemanMer 28 Juin - 12:54

Il avait écrit quelque chose à propos de la santé du cœur. Seth Coleman avait peut-être déjà rêvé d'être écrivain un jour, mais voilà, écrire des articles destinés aux hypocondriaques inquiets lui convenait mieux. Son ami lui avait présenté les choses de cette façon : «A part pas mal de choses sexuelles ou bizarres, la majorité des questions que les gens posent sur internet concernent leur santé. C'est comme un miroir de leur inquiétude. Et toi, tu peux être l'oracle qui saura répondre correctement à leurs angoisses. Comme une sorte de courrier du cœur, tu vois ? Puis-je guérir de mon diabète, puis-je donner du doliprane à mon chat... C'est ce genre de questions qui pousse le quidam d'aujourd'hui à consulter notre site. » Il avait haussé les sourcils. « Les gens se posent vraiment ce genre de questions ? » Et son interlocuteur avait soupiré, à l'autre bout du combiné. « Tu n'as pas idée, Seth. La moitié des interrogations concernent les chats... Bref, je pense que tu serais parfait pour ça. Je sais que ce n'est pas idéal, mais tu pourras écrire des choses un peu plus poussées, de temps en temps. »

De toute façon, il n'avait jamais été doué pour les fictions. Il avait tendance à être beaucoup trop descriptif. Certes, il était arrivé qu'il imagine des ébauches d'histoires, de belles phrases durant les longues heures d'autopsie qu'il avait pratiqué, mais ces histoires prenaient immanquablement des teintes lugubres et mortifères. Même lorsque tout commençait bien, la plupart des personnages qu'il inventait finissaient par mourir ou tuer quelqu'un.
Bon. L'ancien légiste jeta un dernier coup d’œil à son travail, avant de se préparer à sortir. Ce n'était pas seulement son ancienne profession, mais cette ville entière... Comment imaginer des récits positifs, dans ce contexte ? Le disquaire, qui se trouvait non loin de chez lui, s’approvisionnait constamment de nouveaux arrivages, et il ne manquait pas d'y aller une à deux fois par semaine. Le meuble où étaient soigneusement rangés tous ses disques vynils, classés par genre, était pourtant déjà suffisamment fourni. Mais il ne parvenait pas à combattre ce besoin irrésistible de se procurer toujours plus de raretés. Il ne voulait rien manquer. Seth avait tendance à être excessif dans ses passions, comme l'illustrait son cendrier toujours plein, et cette façon d'allumer une nouvelle cigarette seulement quelques minutes après avoir consommé la dernière. Sa tendance à boire un verre l'un après l'autre. Ou à quitter femme et enfants pour une histoire fragile et peut-être trop poétique.
En définitive, le vide l'effrayait sans doute bien plus qu'il ne l'admettait. 

Il parcourait les disques avec une certaine dextérité, ses yeux analysant avec rapidité les pochettes et les noms qui défilaient sous ses doigts, et il se sentait bien. Si quelqu'un passait par là, il aimait l'idée que cette personne pense « ce type sait ce qu'il fait ». Car sans aucun doute, il savait ce qu'il faisait. Seth connaissait bien le gérant de la boutique avec le temps, et il reconnaissait les mêmes visages familiers venus plonger leurs regards attentifs au-dessus des bacs, tous concentrés et à la recherche du trésor qui manquait à leur collection. Il savait quel genre de musique chacun d'entre eux préférait, même s'ils ne parlaient pas. Ils venaient accomplir leur rite si spécial, presque apaisant, au son du disque qu'avait choisi de diffuser le vendeur ce jour-là.

Parfois – c'était difficile à expliquer – il avait le sentiment d'être tellement touché par une musique, qu'il ne savait pas quoi en faire. Il n'y avait qu'à rester coi, bêtement, et réécouter le morceau, l'user indéfiniment en ayant l'impression de ne jamais totalement atteindre l'étendue des émotions qu'il offrait ; un moment passé, une voix d'outre-tombe enregistrée sur un simple objet qui devenait alors une relique précieuse : tout ça si proche et lointain en même temps. Ça avait quelque chose de magique, c'était un cadeau, comme un voyage à travers l'espace et le temps. C'était un sentiment pur et inépuisable de nostalgie.
Il était si absorbé à travers ses recherches ferventes, presque émues, qu'il n'entendit pas la jeune femme s'approcher de lui, jusqu'à ce qu'elle ne laisse tomber son skateboard avec fracas sur le sol, le faisant sursauter.

Seth eut à peine le temps de la détailler – ses grands yeux clairs, ses lunettes de soleil relevées sur sa tête et son expression désabusée – la phrase qu'elle prononça en l'abordant se fit tranchante et directe. Ses lèvres eurent à peine le temps de former un début de mot interrogatif, sonné, qu'elle continua, le laissant cette fois complètement pantois, une expression presque légèrement amusée se formant sur son visage tant il était ébahi par l'impertinence de la jeune femme. Elle l'appelait par son prénom, et pourtant, cette personne ne lui disait absolument rien, à moins qu'il ne s'agisse d'une amie d'un de ses fils ; et il détailla ses traits dans l'optique de la reconnaître, sans succès. Il jeta un coup d’œil autour d'eux, comme cherchant une éventuelle caméra cachée, une farce, ça devait être ça, tenant encore un disque des Mills Brothers sous son bras.
Un habitué barbu, non loin d'eux, paru compatir à sa peine avec un haussement d'épaule, avant de s'éloigner vers un autre rayon.

Seth la regarda, interdit, mimer un macchabée à grand renforts de bruitages et d'yeux révulsés. Puis, elle rit de sa propre imitation et lui demanda un service, ce à quoi il finit par réagir, sans avoir bougé d'un pouce :

- Sûrement pas, non.


Il reporta son attention sur le bac qu'il fouillait avant cette interruption impromptue, proprement ébahi par le culot de cette inconnue. Il ne pensait pas avoir été aussi insolent à son âge. Ce genre d'attitude nonchalante et rentre-dedans lui semblait puérile, et il n'avait aucune envie de rentrer dans ce jeu. Il se dispensa donc de répondre à sa provocation par une autre, même s'il ne manquait pas d'inspiration en la voyant.

- Vous savez, on évite d'insulter une personne avant de lui demander une faveur, en général. soupira-t-il avec un ton égal, tout en reprenant ses recherches. De toute façon, j'en ai fini avec ça. C'est donc que non, je n'ai pas de temps à vous accorder, qui que vous soyez.

Au fond de lui, il s'interrogeait, à propos de l'identité de cette personne, et de la façon dont elle avait pu connaître son identité. Sa dernière autopsie avait été celle de Laurel Clyne, en 2012, c'est-à-dire assez de temps pour penser que tout cela était définitivement derrière lui. Néanmoins, il ne voulait pas lui laisser penser qu'elle éveillait un quelconque intérêt chez lui en lui posant la question, et s'attacha à ne plus la regarder, lui signifiant par la même occasion que la conversation était terminée.
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Sujet: Re: the autopsy of Seth ColemanSam 1 Juil - 18:50

« Oh allez, Sethster ! » Toni et la familiarité, c’était toute une histoire.
Dans le passé, elle avait déjà eu des tas de problèmes pour s’être comportée avec impertinence. Son dossier scolaire, aussi épais que sa lourde tignasse mal peignée, débordait d’anecdotes à ce sujet, et n’en finissait plus de faire honte à son pauvre père qui se demandait parfois ce qu’il avait fait de travers pour se retrouver en charge d’un tel phénomène. De son côté, elle aimait se dire que ça faisait son charme de considérer que tout le monde était logé à la même enseigne, sans exception. Et Seth avait beau avoir l’allure d’un grand homme, il se vidait les intestins de la même façon que tout le monde, et ça finissait droit dans les égouts ! Elle le regarda alors à travers une rangée de cils longs comme des pattes d’araignée – merci le mascara –, et pensa qu’il avait d’ailleurs le même orifice que le commun des mortels qui le lui permettait et qu’il ferait bien de se le déboucher à grand renfort de tout ce qu’il voulait, tant que ça lui permettait de se détendre la nouille, et de considérer les choses avec plus de flegme.

Elle médita une courte seconde, faisant la moue en observant le profil quasi-parfait de son interlocuteur. Le double-menton pointait, mais il avait encore tous ses cheveux, et pour un homme de son âge, c’était ce qui s’apparentait le plus à un petit miracle. Inconsciemment, elle attrapa la croix qu’elle portait autour du cou et la tritura du bout des doigts, le faisant glisser sur sa chaîne en se retenant de faire une remarque à ce sujet. Légèrement contrariée, mais pas suffisamment pour la faire renoncer à l’idée qui lui trottait dans la tête, elle roula des yeux à l’écoute de sa réponse. Ce serait sans doute plus compliqué que ce qu’elle avait imaginé en s’aventurant à sa rencontre, sauf qu’en plus d’être une casse-cou grossière et éhontée, Antonina avait aussi une pugnacité qui lui avait permis d’obtenir bon nombre de choses au cours de sa jeune vie – là encore, son père s’était arraché quelques cheveux face à ses caprices d’enfant impliquant des figurines rares de ses héros de films d’horreur préférés, ou des masques de psychopathes de fiction dont elle avait fini par se lasser. Il pouvait donc faire mine de ne plus la regarder pour la congédier, elle s’accrocherait à lui comme une moule à son rocher.

Pour se faire, elle se hissa à la force de ses petits bras pour mieux s’asseoir sur le rebord du bac à disques auquel elle tournait le dos, et après avoir pris une très grande inspiration qui fit gonfler sous son t-shirt sa poitrine proéminente, elle reprit en balançant ses jambes au-dessus du sol, l’air de rien :

« Me faites pas croire que vous avez mieux à faire, votre vie est chiante à crever, et dans cette ville, c’est quelque chose. » Faire preuve d’un tantinet de sensibilité était aussi difficile que de lui faire admettre que son humour n’était certainement pas du goût de tout le monde à Fairhope ; c’était un fait qu’elle balayait d’un geste de la main comme une nuée de mouches au-dessus de sa tête. Elle reprit en rentrant la tête dans ses épaules qu’elle haussa très fort « Je vous ai suivi ces derniers jours, je peux vous résumer à la seconde près ce qui va se passer. » Elle poussa la comédie jusqu’à s’éclaircir la gorge en se la raclant bruyamment, s’attirant les regards des clients à proximité. Elle s’en fichait, trop appliquée à regarder en l’air pour faire mine de fouiller dans sa mémoire à la recherche de son exemplaire original de « La vie ennuyeuse de Seth Coleman ». Sans détour, elle annonça « Vous allez continuer à faire votre marché en choisissant ce que vous considérez comme des classiques, puis vous sortirez d’ici avec la sensation d’avoir déniché un trésor. De là, vous prendrez la direction de votre appartement en vous en grillant une ou deux au passage – spoiler alert : on vous diagnostiquera sans doute un cancer du poumon d’ici une dizaine d’années, va falloir penser à arrêter. » Elle avait soudainement baissé la tête pour dire ça avec un sérieux déconcertant, pointant un doigt accusateur en direction de son interlocuteur. Elle se ressaisit soudainement, poursuivant sur le même ton « Là, hum, j’hésite. Soit vous déciderez de vous enfermez chez vous pour dîner et ensuite écouter vos trouvailles en sirotant ce que vous considérez comme votre poison – un truc dégueulasse, genre, du bourbon. » Elle grimaça en frissonnant, s’animant comme si elle venait de recevoir une décharge électrique dans tout le corps « Ou alors, vous passerez votre chemin pour aller casser la croûte en ville dans l’espoir de tomber sur quelqu’un. Une femme, un homme ? Pour ce que j’en sais, ça vous regarde, vous devriez l’appeler. » Tout en hochant la tête avec conviction, elle sauta avec souplesse du rebord du bac à disques. Toni se pencha alors pour récupérer son skate et contourna Seth. Elle vint se flanquer juste à sa droite « Si vous étiez pas si ancré dans vos habitudes de vieillard, l’éventualité de passer un moment à discuter avec quelqu’un comme moi vous ferez envie, mais… » Soupir théâtral « Vous avez raison. » Elle renifla avec une tristesse surjouée. Elle pensa à faire trembler son menton, mais elle en avait déjà fait trop, et tandis qu’elle s’apprêtait à tourner les talons, elle conclut avec une provocation dissimulée sous les lunettes de soleil qu’elle laissa retomber, d’un coup de tête, sur son joli nez « Continuez à vous raconter des histoires sur le fait que vous en ayez terminé avec tout ça. J’avais quelque chose à vous proposer, quelque chose qui aurait pu vous faire sortir de votre routine mortelle, mais j’imagine que vous avez trop peur, en vrai. » Et vlan ! Si ça ne titillait pas sa fierté masculine en plus de sa curiosité, elle ne s’appelait plus Toni Michele.
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Sujet: Re: the autopsy of Seth ColemanMer 12 Juil - 1:31

Sethster. Sethster...
Il retournait le surnom dans tous les sens, sans trouver de jeu de mots, et sans discerner à quel moment il avait pu lui laisser penser qu'ils avaient atteints ce niveau de familiarité. Les sourcils légèrement froncés, l'ancien légiste abandonna tout effort de compréhension ; apparemment, il se trouvait face à un cas particulier.
Lorsqu'elle se décida à entamer sa petite histoire, en s'asseyant sur le rebord du bac à disque qui se trouvait non loin de lui – encore un comportement ostensiblement provocateur, et il jeta une nouvelle fois un regard circulaire au cas où quelqu'un d'autre aurait noté l'incivilité – il hésita à partir définitivement, à la laisser seule et bête avec tout son récit pour lui prouver qu'il n'en avait rien à faire. Ah, ça lui aurait coupé le sifflet, d'un coup. Elle avait l'air si sûre d'elle, et sans doute habituée à couper la parole elle-même plutôt que d'être tu. Mais au lieu de cela, un mot tomba dans son oreille, et il se tourna à nouveau vers elle, ébahi et un peu furieux.

- Suivi ?

Suivi. Le cas était plus grave qu'il ne l'avait présumé. Et l'inconnue continuait son manège ; l'information avait été lâchée sans émoi particulier, comme si tout était ordinaire. Comme si ce comportement n'avait rien de choquant, ou d'inquiétant compte tenu de ce qui se passait à Fairhope. Il devait bien admettre qu'il ne pouvait plus l'ignorer, désormais, et il croisa les bras en recouvrant son calme pour assister au déroulement de son long récit. Un vrai roman, dont elle détailla chaque action, en choisissant ses mots avec soin. L'histoire commençait de façon plutôt fidèle, même si son aparté à propos des méfaits de la cigarette le fit soupirer intérieurement. Ils se connaissaient depuis trois minutes seulement, et elle reflétait déjà les inquiétudes exprimées par ses proches les plus intimes. S'il avait besoin de conseils, ce qui n'était même pas le cas, il estimait les trouver en dernier lieu auprès d'une inconnue qui avait moins de la moitié de son âge.
Et puis, il avait déjà essayé d'arrêter, une dizaine d'années en arrière. Depuis, l'ancien légiste avait abandonné tout effort pour réguler son importante consommation. C'était simple : il se fichait éperdument des conséquences de celle-ci.
A propos du reste de ses activités, il devait bien s'avouer qu'elle avait plutôt le nez fin, même s'il ne buvait pas de bourbon. La jeune femme ne pouvait pas deviner toute l'étendue de ce qu'il faisait une fois enfermé chez lui – fort heureusement - mais sa capacité à observer et deviner les choses le rendait plutôt admiratif. Ce jeu étrange et intrusif prenait des tons amusants. De toute évidence, elle était douée pour captiver son audience.

Drôle de personnage. Son indiscipline se caractérisait jusque dans son style vestimentaire et à travers sa longue tignasse ondulée, mais elle était plutôt jolie, remarquait-il à présent qu'il la détaillait vraiment. Dommage qu'elle semble si insupportable. Un autre signe qu'elle ignorait royalement les règles de politesse les plus basiques : elle n'avait même pas pris la peine de se présenter. Maintenant, elle se permettait de lui donner un deuxième conseil... Le plus étrange étant qu'il savait exactement de qui elle parlait. Comment pouvait-elle deviner ce genre de choses, simplement en l'ayant observé ? Lui-même n'était pas sûr de comprendre. Comme si elle avait un train d'avance sur ses propres intentions.
Seth resta silencieux, se gardant d'interrompre son laïus, ou d'afficher une quelconque réaction à celui-ci sur son visage ou à travers son attitude. Il était simplement attentif.
Qu'est-ce que ça pouvait bien changer, de toute façon, que tout le monde sache qu'il était au point mort dans sa vie affective comme dans sa profession ? Si l'on reprenait cette métaphore usée de la vie qui comportait des routes et des croisements, il était sûrement quelque part par là ; au bout de quelque chose, stagnant, et aveugle à ce qui se trouvait devant lui. Une aire d'autoroute, ou quelque chose comme ça. Le nier était inutile. Il n'était pas assez fier pour cela. Peut-être bien que les « habitudes de vieillard » le guettaient déjà, comme elle le prétendait. A vrai dire, il ne luttait pas particulièrement contre cela ; il attendait simplement que les choses s'éclaircissent, si c'était encore possible. Ça n'avait rien à voir avec la peur, et il reconnaissait là une tentative grossière de titiller son amour-propre. Ça n'avait rien à voir non plus avec la façon dont elle le provoquait. Ce qui achevait de le convaincre, et lui dessinait un léger sourire résigné sur le visage, finalement, c'était la qualité de sa prestation, et les efforts qu'elle déployait pour le persuader. Cette façon dont elle s'adressait à lui, sans prendre de gants, comme si elle ne lui devait pas plus de respect qu'à n'importe quel autre, commençait à devenir admirable. Peu de gens osaient lui parler de cette manière, et c'était étrangement énervant et distrayant à la fois.

- D'accord. concéda-t-il tandis qu'elle faisait mine de tourner les talons. Puisque vous m'avez complètement percé à jour, ma curiosité est désormais sans limites. Je vous écoute.

Il n'y avait aucune chance pour qu'il abandonne l'ironie qui marquait habituellement ses phrases, face à elle. Seth ne fit aucune remarque concernant le contenu de son analyse, en revanche. Avant que ses lèvres pulpeuses ne s'activent de nouveau, il ajouta :

- Par contre : J'aimerais au moins savoir qui vous êtes, d'abord. Et aussi : ne me suivez plus, je suis sérieux. C'est franchement inquiétant.

Il devait vraiment atteindre un point de non-retour, s'il acceptait d'écouter plus longtemps une étrangère qui se comportait comme une psychopathe, tout en essayant de piétiner allégrement son estime de soi. Vraiment. Il soupira, dans l'attente qu'elle pimente son « quotidien mortel ».
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Sujet: Re: the autopsy of Seth ColemanVen 21 Juil - 18:58

A peine s’était-elle retournée qu’un décompte se mit en route dans son esprit. La bande originale de Mission Impossible n’aurait pas été de trop, se dit-elle en pensées, en bonne cinéphile qu’elle était.
L’observation était d’une importance capitale lorsqu’on aspirait à devenir une réalisatrice qui compte. Toni était une jeune femme avec un caractère bien trempé. Seulement, et c’était bien malheureux, dans une société profondément misogyne, et compte tenu des dangers imminents relatifs à l’accession au pouvoir d’un coussin-péteur doté de paroles qu’elle refusait d’appeler autrement que Donnie Trumpet, elle devait se battre davantage pour obtenir ce qu’on accordait plus facilement à un homme – quelle erreur. Elle était toute jeune en plus de ça, autant dire qu’elle partait avec de fameux désavantages pour se faire remarquer, et pourtant. Elle avait fait de ses capacités de discernement, en plus de son tempérament explosif, la clef de sa future réussite.

New York pouvait paraître impossible lorsqu’il s’agissait d’aiguiser son sens de l’observation. Sauf qu’au contraire, c’était l’endroit rêvé pour se gorger des personnalités hétéroclites qui faisaient de la ville qui ne dort jamais le terrain de jeu parfait pour quelqu’un comme Antonina Chiara Michele. Elle avait passé une bonne partie de sa jeune existence à servir d’extra dans le restaurant de son père. A dire vrai, pousser la chansonnette pour faire plaisir aux clients étant loin de la remplir de joie et d’enthousiasme, même quand on lui laissait choisir son standard préféré – nulle autre qu’une ritournelle italienne pop des années 80 dont elle tairait le titre pour ne pas se fourvoyer, mais qu’elle fredonnait tous les matins sous la douche. En revanche, se tasser dans un coin isolé pour promener ses petits yeux perçants sur les mignonnes tables rondes débordant de mets fleurant bon la Méditerranée était une occupation à laquelle elle se pliait volontiers. Ça avait donc été trop facile de déterminer le quotidien de l’homme à qui elle tournait maintenant le dos, même à distance, tant elle avait vu défiler au Domani nombre de sujets d’études au cours des dernières années. Souvent, il lui fallait plus que quelques semaines pour viser juste et conclure ses analyses visuelles par un rapport complet, mais les habitants de Fairhope étaient moins extravagants que ceux de son Little Italy natal – ils étaient un tantinet prévisible aussi. La preuve en était ; il suffisait de titiller sa vigueur d’homme bien fait pour réveiller la bête fière et robuste qui sommeillait en Seth Coleman. Peut-être qu’ils arriveraient à s’entendre finalement. Malgré la profonde satisfaction qu’elle ressentit en constatant qu’il ne lui avait suffi que de dix bonnes secondes pour le faire revenir sur sa décision de lui parler, l’expression qu’elle lui adressa dégoulinait de perplexité. Elle lui répondit en persifflant :

« Du calme, papi. Je suis pas branchée gérontophilie, alors on va redescendre d’un étage. Si je vous ai suivi, c’est à cause de votre job. Ou de votre ancien job, rho c’est bon, arrêtez de jouer sur les mots. » Ses lèvres étaient réunies en une moue boudeuse qui la rajeunit considérablement. Toutefois, elle lui dit, et ce après avoir croisé les bras sur sa généreuse poitrine « Je m’appelle Toni, et ce serait peut-être judicieux de se bouger si vous voulez continuer à avoir vos entrées dans cette boutique. Ce que je vais vous dire risque de ne pas plaire à tout le monde, et d’après ce qu’on m’a dit, il y a beaucoup d’oreilles indiscrètes ici. » Brusquement, elle tourna son joli minois vers le client-barbu-et-chevelu qui avait rejoint leur aile du magasin, et qui écoutait leur conversation sans aucune honte. Elle abattit son pied sur le sol avec puissance pour l’effrayer, accompagnant son geste d’un faciès aux yeux exorbités. Le petit cri qu’il laissa échapper en rabattant ses deux bras sur sa poitrine la fit rire, tandis qu’elle se tournait vers Seth, et qu’elle lui disait « Je vous laisse payer vos machins, et vous me rejoignez dehors ? » lui demanda-t-elle dans un accès exceptionnel de politesse, désignant ce que Seth tenait à la main d’un coup de menton. Elle ne lui laissa pas le temps de répondre encore une fois. Elle crut bon prendre les devants, et après lui avoir donné un petit coup de poing sur l’épaule, elle empoigna son skate board. Antonina leva la main lorsqu’elle dépassa le comptoir du propriétaire qu’elle salua d’un vigoureux signe de la paix, poing fermé et index et majeur écartés, puis vint nonchalamment s’adosser contre le mur à l’angle de la boutique qu’elle venait de quitter.

C’était une fin d’après-midi ensoleillée, à Fairhope. Il faisait un peu frais, obligeant Toni à fermer les trois premiers boutons de sa veste en jeans, doublée d’une épaisse fausse fourrure qui l’alourdissait – un jour peut-être, elle saurait se mettre en valeur. Elle repoussa une longueur de cheveux qui vint effleurer sa pomette, et pensa un temps qu’il faudrait qu’elle se décide à les faire couper un peu, ne serait-ce que pour qu’ils arrêtent de l’ennuyer dans les moments les moins opportuns. Gênée par les rayons du soleil, elle chaussa ses lunettes rondes et opaques. Un pied, chaussé d’une vieille paire de tennis usées, posé sur son skate qu’elle avait jeté au sol, elle patienta. Attendant que Seth la rejoigne, elle s’enfonça dans la contemplation de l’architecture du bâtiment en briques rouges qui se déployait devant ses yeux protégés par la lumière éclatante du dehors. Elle n’avait aucune certitude quant aux vrais arguments qui l’avaient mené jusqu’au médecin légiste. En toute honnêteté, elle n’avait eu aucun moyen de prévoir si oui ou non il la prendrait au sérieux – son cœur manqua un battement à cette réflexion mentale, c’était l’histoire de sa vie. Elle se ranima en entendant des pas se rapprocher sur sa gauche. Toni baissa de quelques millimètres ses lunettes de soleil sur son nez pour mieux lancer à Seth un regard contenté. Compte tenu du revirement de situation qu’elle lui avait imposé, elle s’estimait déjà heureuse qu’il consente à lui laisser le bénéfice du doute. De fait, elle évita de s’encombrer la tête avec quelques états d’âme. Elle entama sans crier gare :

« Je veux faire un film à propos de tout ce qui se passe en ville. » Elle se décolla du mur pour se pencher, et ramassa son skate board qu’elle plaça à la verticale ; pesant tout contre sa jambe, la planche tint en équilibre, pendant qu’elle explicitait « Pas n’importe quel film cela dit. Un film d’horreur. » Elle ne lui laissa pas le temps de réagir « Mais il y a un hic ; j’ai fait des études de cinéma, pas de médecine, et je tiens à faire les choses bien. Hors de question que j’impose des inexactitudes médicales à mon public, c’est là que vous intervenez… » Sous les verres teintés de ses lunettes vintage, elle fixa intensément son interlocuteur, et puis, d’un ton un peu bourru, elle conclut « Je dois continuer, ou vous avez pigé ? »
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Sujet: Re: the autopsy of Seth ColemanJeu 27 Juil - 23:49

Il était inutile de se débattre. Après tout, il était en position de force ; il pouvait accepter ou refuser de l'écouter ; il n'avait qu'à recevoir, tandis qu'elle s'escrimait à lui donner l'illusion qu'elle avait l'ascendant. C'était elle, qui avait quelque chose à lui demander, et dans un sens, il comprenait son caractère et sa fierté. Cette Toni, visiblement, n'avait pas l'habitude de sourire, de prétendre ou de s'écraser, et encore moins lorsque sa position l'y aurait contrainte. Il pouvait saisir cela. Il allait lui laisser croire qu'elle maîtrisait parfaitement la situation, faire comme s'il ne suffisait pas qu'il décide de tourner les talons, pour mettre fin à ses attentes. Néanmoins, il pressentait que soupirer, et lever les yeux aux ciels devenait déjà une habitude constante en sa présence, et Seth ne manqua pas d'afficher encore son désarroi face à sa nouvelle répartie. Pourquoi se bornaient ils – se bornaient elles – absolument à lui faire comprendre qu'il était vieux ? Les conséquences, lorsque l'on fréquentait des personnes de la moitié de son âge, déplora-t-il.

Il s'agissait encore de son ancien métier. Il s'agissait toujours de son ancien métier.
Les années passaient, les meurtres continuaient - 9 victimes de plus au total, dont il avait lu les noms avec plus de distance, à travers les écrans, imprimés en toutes lettres sur les journaux – mais il restait fixé à cette affaire, enchaîné pour toujours aux articles qui avaient pris la liberté de le citer. Et il y en avait eu, des mots écrits, prononcés, à propos de ces meurtres, à propos de l'enquête. Des pages de dossiers, d'investigations, des interviews, des photos, des suspicions. Pas de héros. Seulement des coupables. Autant dire que la moindre erreur était rapidement décelée, analysée, et exposée aux yeux de tous. Les autorités de la ville en prenaient pour leur grade, jusqu'à suggérer même que celles-ci ne mettaient peut-être pas tout en œuvre pour retrouver le coupable ; autrement dit, qu'il s'agissait d'une sorte de machination. « Pagaille » était un mot qu'il avait lu ce matin même à propos de l'enquête menée par les forces de police. Les tensions créées par le couvre-feu, les émeutes, la bavure policière ayant conduit au décès de Tobias H. Clyne ; tout cela n'avait fait qu'empirer l'image déjà dégradée du pouvoir local. La ville se vidait de ses habitants. Les touristes ne venaient plus, mais on voyait des curieux, des amateurs d'histoires glauques, des caméras du monde entier venues se nourrir de leurs colères, de leurs malheurs, pour former un scénario tumultueux à servir à leurs spectateurs. Ils devenaient les cobayes d'un jeu dont personne ne connaissait les règles.
Il fallait éviter les questions, les coups de fils, et tous ces journalistes qui quadrillaient la ville à la recherche de détails sordides. Puisqu'il s'était déjà retrouvé acculé dans ce genre de piège médiatique, Seth avait ignoré toutes les sollicitations qui avaient succédé.
Et elle, que voulait-elle ?

Ses yeux s'étaient perdus dans le vague, fixés sur les gestes du vendeur qui encaissait l'unique vynil décelé ce jour-là. Ils n'échangèrent que très peu de mots. Plus tard, il allait installer le disque sur sa platine, et laisser défiler les morceaux les uns après les autres. Il allait écouter chaque face plusieurs fois, et se convaincre qu'il appréciait cette solitude, ce genre de soirées ; lui, les vynils, et un verre plein. Ou bien, ses pas allaient le mener dans la rue, dans un bar, animé par une sorte d'expectative légère. Une autre soirée de suspension. Toni était clairvoyante.

Seth s'arrêta une seconde, sur le pas de la porte du magasin, le temps d'allumer une cigarette. Il s'attendait bien à une remarque, à un air dégoûté ; peu importe. La jeune femme observait la rue, dans une pause qui imitait quelque chose de vaguement cool, lunettes de soleil sur le nez. Elle l'attendait, et cette image lui parût engageante. Il s'approcha silencieusement pour la laisser parler, une fois encore. Les pièces s'assemblèrent, pour dessiner quelque chose qui ne lui plaisait pas : une étudiante. En cinéma. Un film d'horreur.
Il avait conscience de ses craintes, de ses attentes, camouflées sous une attitude indifférente, tandis que les secondes s'écoulaient ; il réfléchissait.

- C'est sûrement une très mauvaise idée.
conclut-il, et il fit une pause avant d'expliquer : Un film d'horreur, sur l'affaire ? Alors que les meurtres continuent ? Vous risquez de blesser des tas de personnes. D'en énerver d'autres. C'est vraiment la dernière choses dont les habitants ont besoin, ici.

Il secouait la tête, sûr de ce qu'il avançait. Le film ne pouvait pas reprendre l'affaire du Poète. Pas visiblement. C'était trop sensible ; c'était trop tôt.

- Et puis, c'est quoi ce film ? Vous avez le scénario ? L'argent ?

Allait-il mettre le doigt sur ses faiblesses, dévoiler ce qui pouvait n'être qu'un délire, le film d'une étudiante qui pensait s'inspirer de la noirceur de cette ville, de tous leurs traumatismes ? Un bon scénario pour les amateurs de films d'horreur, de films policiers, sans doute. Mais tout cela n'avait rien d'une histoire. Tout cela touchait de vraies personnes.

- Vous n'habitez pas à Fairhope depuis très longtemps, pas vrai ?
devina-t-il, tout en pesant ses mots. Si vous viviez ici depuis plusieurs années, vous sauriez tout ça. On ne peut pas utiliser ces choses-là comme on le veut. Je veux dire, je pourrais le faire, vous aider. Techniquement. Mais je n'ai pas envie de participer à quelque chose d'insensé : j'ai besoin d'en savoir plus.

Il laissa s'échapper la fumée de son mégot, entre ses lèvres, les yeux plissés. Seth ne pouvait pas déterminer, à ce moment-là, s'il avait partiellement brisé les espoirs de son interlocutrice, ou si sa réponse se révélerait toujours aussi assurée, toujours aussi cinglante. Pourtant, malgré son refus, il avait pris soin de considérer sa proposition. Il n'avait jamais autant parlé depuis le début de leur conversation. Tout n'était donc pas perdu ; tout poussait à espérer.

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Sujet: Re: the autopsy of Seth ColemanJeu 10 Aoû - 21:06

Elle grogna. Fort.
« Vous m’aidez pas là. » C’est une putain de bonne idée, fut-elle sur le point d’ajouter, mais elle retint la propagation des appuis gestuels et autres moulinets compulsifs de ses mains qui ne faisaient aucun doute sur ses origines. Antonina se mordit prestement la langue, présumant que ses jurons ne joueraient pas en sa faveur pendant les négociations qui s’apprêtaient à démarrer, et joignit ses mains derrière son dos, illustration parfaite de l’enfant de chœur qu’elle avait été, fût un temps. Autant qu’elle mette toutes les chances de son côté en démontrant davantage de maturité, pensa-t-elle en écoutant Seth parler, attentive.

Elle aurait dû s’y attendre à celle-là. Qu’un habitant de Fairhope émette des griefs contre son projet de film, ça n’avait rien d’étonnant finalement. Et Dieu savait qu’elle s’était préparée à parer les lancés de tomates et autres fruits pourries à l’énonciation des raisons qui l’avaient amenée jusqu’ici. Néanmoins, elle roula des yeux sous ses verres teintés, car secrètement, la remarque du médecin la piqua dans son orgueil. D’autant plus qu’elle sollicitait l’expert qui sommeillait en lui, et que bien qu’elle prétendrait le contraire, quelque part, elle recherchait son avis, sinon elle n’aurait pas fait la démarche de le contacter en personne. Précédant son grognement, un léger soupir, difficile à traduire, s’échappa de ses lèvres charnues à mesure qu’il étirait ses interrogations. Dans son for intérieur, elle fut presque exaltée par l’intérêt grandissant qu’elle voyait naître dans son regard auquel elle accorda une attention toute particulière, le sien toujours dissimulé sous ses lunettes noires. Qu’est-ce que c’était grisant de s’entretenir avec un individu avec tellement de jugeote qu’il posait d’emblée les bonnes questions ! Comme quoi, le choc des générations qu’elle avait entrevu en commençant à se renseigner sur Seth ne l’empêchait pas de lui trouver des qualités, même si elles appartenaient à des temps bien trop reculés pour l’enfant des années 90 qu’elle était.

« J’ai pas dit que ça allait sortir demain, hein. Faire un film, ça prend du temps. » En remontant ses lunettes sur le sommet de son crâne, elle dégagea ses cheveux de son front d’un même chef. Le changement de luminosité lui fit plisser les paupières, mais elle haussa tout de même les sourcils tout en poursuivant « Tout le malheur que je souhaite à cette ville, c’est que, quand mon film sera prêt à être présenté dans les festivals, le tueur – ou la tueuse, pour ce qu’on en sait – soit derrière les barreaux. Je suis pas inhumaine, et j’ai pas besoin qu’on me fasse la leçon, merci. » Ça avait le mérite d’être clair. Inconsciemment, elle tripota la croix de baptême qu’elle portait autour du cou ; le seul qui avait le droit de poser un œil critique sur ses faits et gestes, c’était Lui.

Elle claqua rapidement la langue contre son palais, tandis que le sourire qui pointait doucement sur son visage se révéla ouvertement moqueur. Toni regarda Seth avec une lueur taquine dans les yeux « Vous alors, vous y connaissez vraiment rien au cinéma. Pourquoi vous croyez que je suis ici, pour enfiler des perles et tailler la bavette au retraité du coin ? » Elle lâcha sa croix, pouffant de rire en récupérant son skate qu’elle cala sous son bras et amorça un pas pour s’engager dans la rue. Elle ne supporterait pas de faire le pied de grue en attendant qu’il se décide, alors autant se dégourdir les jambes en sa compagnie, elle aurait moins l’impression de perdre son temps « L’argent, j’y reviendrai ensuite. Le scénario, je travaille dessus. C’est pour ça que j’ai emménagé en ville. Pour l’écrire en immersion. Je parle aux gens, je furète, j’explore, et je rassemble ce qui me semble substantiel… à ce point, tout l’est à mes yeux, c’est pour ça que j’ai besoin d’un peu d’aide, pour débroussailler le terrain, quoi. » Son ton paraissait plus adulte, plus posé, et l’éclat dans son regard se rengorgea d’un sérieux qu’elle n’eut pas besoin de forcer, ayant conscience des faiblesses de ce qu’elle avançait. Elle ne se démontait pas, cependant. Elle continua à marcher à côté de Seth, joignant son discours de gestes et de grimaces reflétant son caractère exubérant et monté sur piles « Quand je serai sûre d’avoir ce qu’il faut pour me lancer, je le ferai. Et quand ce sera fait, ce sera à ce moment-là seulement qu’il faudra démarcher les financiers qui accepteront de mettre la main au porte-monnaie si je leur démontre que mon histoire tient la route. Mais pour ça, je dois d’abord dénicher les bons partenaires. » Elle pila brusquement au milieu de la rue, et pour se donner un peu de courage – même si elle n’en avait clairement pas besoin, casse-cou dans l’âme –, elle ferma les yeux un tout petit instant en prenant une toute aussi petite inspiration « Ecoutez, je vous supplierais pas. Pas seulement parce que c’est pas ce que je fais de mieux, mais parce que je sais ce que je vaux, et qu’un non de votre part ne m’empêchera pas de continuer de toute façon. » Qu’elle paraisse présomptueuse, elle s’en fichait comme de sa première dent de lait, et ça se ressentait. Elle rouvrit les yeux pour les planter directement dans ceux de Seth « Faites-moi gagner du temps si ça vous intéresse pas. Vous en gagnerez aussi. Tout le monde sera content. »
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the autopsy of Seth Coleman

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