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 I'm just trying to get myself back home • toni

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bad blood - we live here

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Sujet: I'm just trying to get myself back home • toni Ven 23 Juin - 14:01

I'm just trying to get myself back home

début mai 2016
Il était enfin sorti de sa demeure.
Ce n’était pas vrai, Simon était déjà sorti. Mais parcourir le chemin qui le séparait de sa maison à la plage n’était qu’une affaire de minute, surtout pour pouvoir mettre les pieds dans le sable et fixer l’horizon. Et fumer son poids en cigarettes jusqu’à ce qu’Amber finisse par rentrer. Elle l’avait déjà trouvé dans cette position et avait jeté un regard désapprobateur à ses cigarettes. Une habitude qu’il avait repris derrière les barreaux, le blond n’en était pas particulièrement fier, mais Simon faisait de son mieux pour arrêter. Ou ce fut ce qu’il se dit ce matin-là, alors que cigarette à la main il reprenait enfin le volant de son véhicule. La vieille Chevrolet avait été contente de le retrouver il en était certain, ce n’était pas Amber qui allait passer des heures à se préoccuper de cette antiquité. Mais Simon lui… du temps il en avait à revendre.

Il était libre, libre d’arpenter les rues de Fairhope et de parader avec son statut de suspect. Il avait dit merde à tout ça, merde aux responsabilités et merde à son boulot et à son esprit qui lui jouait des tours et qui lui demandait parfois s’il était vraiment parti. Si Amber était vraiment là. Il se réveillait parfois en sursaut en plein milieu de la nuit, comme un idiot, à s’imaginer encore là-bas et pas ici. Il devait alors s’extirper de ses draps, laisser Amber dormir sans lui et fixer les vagues de ses propres yeux pour y croire. Voilà où il en était. Voilà à quel point il était perdu. Simon avait l’impression de devenir fou pendant des nuits telles que celles-ci. Amber l’avait déjà surpris, mais elle n’avait rien dit, qui y avait-il à dire de toute façon ? Autant qu’elle passe ses bras autour de sa taille et essaye de lui rappeler que c’était ça la liberté, que c’était ça chez eux. Qu’ils n’avaient besoin de rien d’autre. Simon y croyait, il y croyait sous les draps, il y croyait quand il pouvait l’embrasser à sa guise et oublier les mois précédents.

Seul c’était plus difficile. Il avait décidé de se bouger un minimum aujourd’hui. Peut-être que c’était l’annonce d’un nouveau meurtre, peut-être que c’était le ciel particulièrement bleu mais il n’avait eu aucun regret en se garant devant son ancien salon. Toujours fermé. Il roula des yeux fac à la pile de courriers qui s’était accumulé devant la porte et encore plus face aux graffiti et aux divers insultes que des lâches s’étaient amusés à peindre sur l’enseigne. « Well… might as well start somewhere. » grogna Simon en s’emparant de la pile de lettres non lues. Dix minutes plus tard, le tri entre les factures et les publicités mensongères était fait. Il ouvrit enfin la porte et poussa un soupir. Rien n’avait changé. Il ne savait pas à quoi il s’attendait en fait. Il y avait toujours les dessins sur le mur, dessins qu’il avait évidemment réalisé lui-même, toujours la chaise bien en place, toujours les frigo et les autres appareils qui dormaient tranquillement. Et pourtant, il ne pouvait plus faire ça. Il ne pouvait pas revenir à ça. Il lui suffisait de fermer les yeux pour revoir la police le déranger en plein travail, lui passer les menottes. S'il devait tourner la page, le salon devait disparaitre. Simon n’était pas venu les mains vides et après quelques allers retours entre le salon et sa voiture, il dénicha des cartons et des sacs poubelles qu’il entreprit de remplir pendant tout l’après-midi. Au moins, il était occupé et son esprit était sans cesse assailli de questions qui ne le forçaient pas à se rappeler qu’ici, il s’était juré de repartir à zéro. Que parfois Amber venait lui rendre visite, s’installait dans le fauteuil juste là et parlait de se faire tatouer autre chose, autre chose qu'il serait le seul à voir. Des bons souvenirs, des souvenirs qui avaient été salis par deux mois de prison et qui ne pourraient jamais être récupérés, comme toutes ces babioles que Simon mettait dans ses sacs poubelles comme si de rien était.

Trois heures plus tard, Simon s’autorisa une pause devant son salon, assis sur le trottoir à siroter le mauvais café qu'il avait fait ce matin. Mais les insultes et autres dessins obscènes le dérangeaient vraiment, alors il prit sur lui et après avoir fait un tour à la supérette du coin, ce fut une éponge à la main et un seau dans l’autre qu’il parti à l’assaut de ce qui avait été à lui un jour. S'il devait vendre l’endroit, autant le faire dans de bonnes conditions. Et puis Simon avait besoin de passer ses nerfs sur quelque chose, alors cette devanture ferait très bien l’affaire. C’était du travail manuel et ingrat mais c’était le seul genre de travail qu'il connaissait, qu’il adorait et qu’il comprenait. C’était honnête, un peu d’huile de coude et voilà. Et Simon était sur le point de retirer son t-shirt quand il capta le regard d’une jeune brune qui devait l’observer depuis quelques minutes maintenant. « On est fermés… je ne te recommande pas l’autre salon de tatouage de la ville, c’est beaucoup trop cher pour ce que c’est. Va à Mobile tu auras plus de chance. »  

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Sujet: Re: I'm just trying to get myself back home • toni Lun 26 Juin - 19:01

Les bourrelets formés par l’intérieur de sa bouche commencèrent à déborder entre ses dents bien entretenues, égratignant sa peau humide au passage. Le goût du sang se répandit sur sa langue emprisonnée au fond de sa gorge, mais Antonina n’y prêta pas attention, occupée à mâchouiller l’intérieur de ses joues avec entêtement – elle avait oublié ses chewing-gums. Depuis qu’elle était arrivée à Fairhope, elle s’était habituée à cet arrière-goût d’hémoglobine, et encore plus à son odeur, comme si on avait aspergé les rues avec cette fragrance aux relents de rouille et de souffrance. C’était une chose d’apprécier l’effet d’une bonne giclée de jus de framboise sur un écran de cinéma, ça faisait toujours son petit effet auprès du public venu en partie pour ça ; c’en était une autre d’être au cœur d’une intrigue où le pourcentage des victimes ne faisait que grimper avec le temps. Non, elle n’avait pas peur, elle avait simplement conscience que l’image qu’elle s’était faite de son immersion dans ce fait-divers sordide avait dépassé tout ce qu’elle avait pu imaginer, au point de se demander quand est-ce que les autorités arrêteraient de se tripoter la nouille pour enfin mettre ce taré sous les barreaux d’une prison hautement sécurisée. Non seulement, ça soulagerait les habitants de Fairhope qui avait atteint des sommets dans l’échelle de la paranoïa – personne ne les blâmait pour ça, ils vivaient l’enfer, après tout –, mais aussi ça lui permettrait d’établir son schéma narratif avec plus de précision. Des détails, encore des détails, toujours des détails, Toni se nourrissait des élucubrations des experts interrogés à la télévision tout en menant ses propres interrogatoires en parallèle, tentant de démêler le vrai du faux, et prenant fait qu’au final, rien ne semblait avoir jamais avancé dans cette enquête. Tout le monde semblait se reposer sur des on-dit et sur des accusations creuses et inutiles.

Il y avait eu nombre de victimes au cours de la carrière meurtrière du Poète, toutes étaient connues à travers le pays : qu’en était-il de celles qui avaient été indirectement touchées, accusées par les autorités et les médias ? Elles étaient peut-être toujours en vie, mais à quel prix ? Il y en avait un paquet de ces victimes collatérales, elle s’en était aperçue en établissant une liste qui était maintenant accrochée à son tableau de brainstorming suspendu juste au-dessus de son petit lit. Antonina n’avait pas l’étoffe d’une sauveuse, elle n’avait pas d’autres prétentions que de devenir la meilleure réalisatrice de film d’horreur de tous les temps, pourtant elle avait réfléchi à l’âme qu’elle souhaitait donner au film qui lancerait sa grande carrière. Elle ne réhabiliterait sans doute personne en choisissant d’inclure le point de vue d’un accusé au milieu des scènes d’horreur de The Blood Poetry, mais elle se démarquerait sans doute en le faisant. On lui prêterait alors des intentions plus louables que celles qu’elle nourrissait véritablement, et on lui accorderait davantage le bénéfice du doute. Ou pas. Pour ce qu’elle en savait, ça ne lui coûtait rien d’essayer.

C’était en se renseignant sur les quelques individus figurant sur sa liste d’accusés à tort qu’elle avait appris que l’un d’eux travaillait à quelques pâtés de maisons du Tony’s. Lorsqu’elle avait pris connaissance de l’existence de Simon Harrington ce dernier était en prison – putain de quotas policier, avait-elle alors pensé. La chance avait tourné néanmoins, pour elle comme pour lui : d’après les Alertes Google qu’elle avait programmé à son nom ainsi que les flashs infos menés tambours battants par l’équipe de bras cassés du journal de la nuit, il était sorti au début du mois de mars. Toni avait surveillé son salon de tatouage à peu près tous les jours depuis… Sauf qu’il n’avait pas daigné s’y montrer, sans doute occupé à autre chose que de revenir sur les lieux de son arrestation. Elle avait plusieurs fois pensé à lui rendre une petite visite de courtoisie chez lui, mais son nom et sa description – petite, rondelette, mal peignée, grossière, jamais sans son skate et portant des jeans troués, et parfois même un Polaroïd accroché à son poignet ou une caméra de bonne qualité dans son sac à dos – commençait à circuler au milieu des assemblées de ragots de Fairhope. Alors pour s’assurer que personne ne sabote le bon déroulement de ses investigations en lui refusant le droit de s’adresser à la populace grouillante de la ville, elle s’était faite on ne peut plus discrète en refilant petits billets et sucettes gratis aux gamins du quartier qui surveillaient, depuis un mois au moins, le salon à sa place.

Ce matin-même, grazie al cielo, elle avait reçu un texto l’informant qu’il y avait de l’agitation sur place. Elle n’avait pas eu à marchander avec Lino pour prendre sa pause, la méritant amplement après avoir pelé son poids en tomates, et ce depuis six heures du matin. Après avoir récupéré son Polaroïd dans sa chambre toujours située au-dessus du restaurant, elle était sortie des cuisines avec, encore, son tablier taché de rouge sang fermement noué à la taille – on en revenait toujours au sang dans cette ville. Elle avait laissé son skate board derrière elle, préférant remonter la rue du Tony’s à pieds pour venir s’installer sur le banc de son côté de la rue, juste en face du salon de tatouage de Simon qui était flanqué devant sa la vitrine de sa boutique dans toute sa splendeur de taulard. Elle l’observa un instant, le temps d’apprécier le tableau. Et quand il la remarqua, à deux doigts de retirer son t-shirt, elle se leva d’un bond. Tout en traversant la rue, elle siffla entre ses doigts à la manière des soulards lourds du samedi soir titubant devant une rangée de belles femmes apprêtées et prêtes à aller danser – et totalement hors de leur ligue.

« Pffuu ! Te gêne pas pour moi surtout, j’admirais juste le vue. Un petit sourire ! » Elle ne lui laissa pas le temps de réagir à sa demande et actionna son Polaroïd sans même regarder dans le viseur – la force de l’habitude, on dira. Simon fut subitement ébloui par le flash « Je passe mon tour pour le tatouage, c’est toi qui m’intéresse. » Une danse des sourcils plus tard, l’appareil cracha une photo qu’elle déroba vite-fait. Toni la regarda à peine, sachant qu’il fallait plusieurs minutes avant qu’une silhouette n’apparaisse sur le papier et posa plutôt les yeux sur la devanture du salon souillée par maintes insultes et croquis explicites « C’est sympa comme petits mots de bienvenue, j’ose pas imaginer quel genre de cadeaux t’as dû recevoir dans ta boîte aux lettres. » La haine engendre bien des réactions irrationnelles.

Antonina fit une pause silencieuse, à peine dérangée par la vie citadine se jouant dans son dos – tout le monde vaquait à ses occupations, ou se terrait dans son trou par crainte de croiser quelqu’un de mal intentionné, et ça se comprenait. Elle lut les inscriptions sur la vitrine, puis secoua la tête avec désolation. Comment ces gens devaient se sentir maintenant que Simon avait été innocenté ? Mal, très mal, du moins, elle l’espérait. Soudain gênée par les reflets du soleil se réverbérant dans la vitrine, elle tendit une main pour faire visière devant son front, la photo qu’elle avait prise de Simon pendant nonchalamment au bout de ses doigts. Elle tourna alors la tête vers lui pour lui adresser un regard franc.

« Alors, c’est comment la prison quand on a rien fait ? On a aussi droit au traitement de faveur spécial dans les douches, ou on te fait cadeau d’une espèce d’immunité carcérale, ou je sais pas quoi ? » La photo devait être prête maintenant – et elle l’était. Toni en fût satisfaite. Elle se demanda néanmoins si Simon savait sourire. Toujours est-il que cette gueule burinée lui plaisait bien ; elle se dit qu’il devait faire bonne impression devant une caméra. Aussi, elle repoussa cette réflexion pour mieux planter la fameuse photo devant les yeux de Simon, histoire de lui faire croire qu’il avait un droit de regard, alors qu’elle glissa aussi vite la photo dans la poche arrière de son pantalon. Une seconde après, elle posa son appareil sur le trottoir, juste à côté du nécessaire de nettoyage du jeune homme. Elle dénoua son tablier qu’elle joint au reste de ses affaires et posa ses deux mains sur ses hanches pleines « T’as besoin d’aide sinon ? Je suis bonne pour décrasser, mais il va me falloir un escabeau pour la corniche, je suis petite. »
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Sujet: Re: I'm just trying to get myself back home • toni Dim 16 Juil - 17:10

C'était le flash, le crépitement soudain, le bruit, la vive lumière, qui l'avait profondément irrité et Simon avait tourné la tête, presque machinalement, instinctivement, pour essayer d'échapper à l'oeil froid et pâle de l'objectif, mais c'était déjà trop tard. Dire qu'il détestait être pris en photo était un euphémisme. Le blond faisait une exception pour sa femme, parce que parfois Amber était prise d'une envie soudaine de filmer son mari en train de faire les activités les plus stupides du monde. Comme se brosser les dents, ou passer la tête sous le capot de sa voiture, ce genre de choses... Il laissait couler car il voyait toujours un sourire sur le visage de la blonde et il se prêtait au jeu, juste parce que c'était elle et que si elle lui demandait de faire le pitre pendant quelques minutes... il le faisait sans absolument aucune once d'hésitation. Mais c'était pour Amber et uniquement pour elle. Et l'ancien tatoueur savait très bien qu'elle ne serait pas de retour derrière l'objectif de si tôt, pas après tout ce qui s'était passé...

On l'avait pris en photo après qu'on lui ait passé les menottes, pendant le procès, pendant les allées et venues entre sa cellule et le tribunal. Et là pas un seul sourire sur le visage du grand blond, juste une expression blasée. À quoi bon sourire ? Simon n'avait lu aucun article, ne savait pas ce qu'on avait raconté sur lui, il pouvait deviner sans aucun problème et il savait alors que son image à Fairhope était ternie. Ce n'était pas comme si l'avis de ces gens-là comptaient, loin de là, mais il y avait quelque chose de particulièrement dérangeant quand on entendait sans cesse des murmures sur son passage, qu'on se sentait constamment pointé du doigt...  Ça ne l'avait pas motivé à sortir c'était certain, et maintenant face à la jeune fille, Simon commençait vraiment à regretter de s'être extirpé de sa demeure. Vraiment. « Pitié dites-moi que c'est une caméra cachée... » murmura alors le blond, sa main droite se resserrant sur l'éponge qu'il tenait toujours là, histoire de se calmer un peu et d'écouter ce qu'on était en train de lui dire. Le discours n'était pas mieux et Simon n'était pas un homme patient, les hommes de sa carrure et de son tempérament l'étaient rarement et il fronça les sourcils à chaque mot, sentant l'irritation grandir en lui. Il avait envie de lui demander pour qui elle se prenait avec son foutu appareil photo et si tout cela n'était qu'un jeu pour elle. Visiblement. Puis le blond se demanda s'il avait été aussi stupide à son âge, il lui donnait quoi...? la vingtaine ? C'était l'âge où on croyait encore qu'on pouvait changer le monde, ou que si on ne le changeait pas, il allait se plier d'un simple claquement de doigts à notre volonté. Le pire âge qui soit en fait.

Face à la soudaine proposition, il lâcha un rire, cynique et hypocrite au possible, avant de faire un pas vers la demoiselle. Simon n'avait pas vraiment besoin de ça en plus de la pile de problèmes qu'il trainait quotidiennement. Même lui n'avait pas les épaules aussi larges... Même lui. « Écoute l'emmerdeuse, je ne sais pas qui t'envoie mais j'ai d'autres chats à fouetter. Genre. Littéralement.» Simon insista bien sur le dernier mot, avant que son regard azur ne se pose sur l'appareil qui trainait sur le sol. Il réfréna son envie de faire disparaitre la chose sous sa botte, après tout, ça n'aurait pas été raisonnable et il inspira un grand coup, sa poitrine se soulevant par le même coup.  « Donc je te conseille de remballer ton appareil photo et d'aller faire mumuse ailleurs... » Et le plus loin possible de lui de préférence. « Avant que ça se termine mal pour toi.» Non pas que Simon soit de ceux qui faisaient des menaces. Il n'en avait jamais vraiment eu besoin et ce n'était pas une gamine qui allait le déstabiliser. Il savait juste ce qui arrivait aux gens qui étaient un peu trop curieux dans cette ville, ils finissaient soit par déserter Fairhope parce qu'ils en savaient beaucoup trop ou alors les autorités locales les retrouvaient mort, une inscription griffonnée sur le bras ou quelque chose d'aussi juteux que cela. Ou alors c'était ce qu'elle voulait et dans ce cas-là, Simon ne comprenait vraiment pas cette génération. « Parce que crois-moi, tu n'as pas vraiment envie d'énerver le type qui est sorti de prison il y a quelques semaines et qui n'attend qu'une excuse pour recroiser un de ses crétins de la police de la ville pour leur dire le fond de sa pensée.» Simon avait tout le département et leur erreur colossale dans son viseur, être rancunier ne lui apporterait absolument rien mais il savait qu'avec un verre ou deux dans le nez et en très mauvais compagnie, il aurait pu s'en prendre à une voiture de patrouille par exemple. Une belle erreur certes, mais cela lui aurait fait plaisir de casser des fenêtres avec une batte de baseball ou un autre objet du genre. Mais très mauvaise idée. Et il était hors de question qu'Amber s'inquiète ou qu'elle nettoie derrière lui encore une fois...  « Donc dégage. Genre maintenant.» dit Simon avec toute la sympathie qu'il était capable de formuler à cette seconde précise.

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Sujet: Re: I'm just trying to get myself back home • toni Dim 23 Juil - 11:53

Le regard contemplatif, les deux mains posées sur ses hanches, Antonina fixa la corniche sus-citée. Momentanément aveuglée par l’éclat du soleil de midi, elle regretta d’avoir oublié ses solaires, et se protégea des rayons qui l’ennuyaient en plantant la tranche de sa main empestant le jus de tomates fraîches sur son front pour faire visière. Ses longs cheveux ondulés gigotèrent paresseusement dans son dos lorsqu’elle secoua la tête, dépitée, en reprenant la lecture des inscriptions taguées sur la devanture du salon de tatouage de Simon. La prose de celui qui s’était échiné à donner son avis sur le jeune homme était très mauvaise, autant que celle du Poète qui sévissait en ville, constata-t-elle, et ce parallèle qui s’établit dans sa tête lui fit froncer très fort les sourcils. Un pincement au cœur inopportun la contraint à détourner les yeux, soudain gênée pour des raisons qu’elle préféra repousser, peu douée pour creuser dans ses propres émotions et les laisser l’atteindre. Bourrue et malpolie, Toni n’en restait pas moins humaine. Certes, elle ne pourrait probablement jamais se mettre à la place de l’homme à qui elle s’adressait sans aucune subtilité, cependant elle avait binge-watché Making A Murderer sur Netflix. Elle ne s’était jamais remise de l’histoire du tube de sang sous scellé, et en avait parlé à tout le monde dans son cercle proche pour les convaincre de regarder cette série-documentaire dans laquelle elle s’était replongée plusieurs fois pour chercher à comprendre, à la limite de l’obsession. Du coup, elle pensait avoir une idée précise du calvaire qu’avait été sa vie pendant quelques temps, et ça perdurerait, vint-elle à considérer en tournant farouchement le dos aux inscriptions malhonnêtes adressées à l’ancien prisonnier. Elle resta à bonne distance de lui, mais pas par frousse, bien qu’elle fût persuadée que les menaces qu’il proféra à son encontre n’était pas prononcées à la légère. Détaillant sa silhouette à peine quelques secondes, elle lui répondit du tac-au-tac.

« J’ai l’air de faire partie de la police, sérieusement ? » L’air affecté, elle posa une main sur le haut de sa poitrine généreuse, et ferma les yeux comme s’il venait de lui briser le cœur en des milliers de petits morceaux impossibles à recolmatés « Pire insulte jamais prononcée. L’emmerdeuse à côté, c’est du pipi de chat. » Elle renifla bruyamment, feignant le chagrin. Subitement, elle rouvrit les yeux pour ajouter de son ton désinvolte – sa signature « Nan, je vais pas dégager. Genre, jamais. » Elle tapa du pied, prête à camper sur ses positions. Si Simon ne l’avait pas deviné, ce fût par ce geste que sa jeunesse se révéla au grand jour, au moment même où la percée des rayons du soleil se confirma en baignant leur coin du trottoir d’une lumière éblouissante. Elle reprit, contenant les accents implorants qui menaçaient de sortir quand elle se rendit compte qu’il était plus que déterminé à la faire partir « Ecoute-moi, au moins. Je te propose mon aide pour décrasser ta devanture, et en échange, tu me parles de ton expérience. C’est pour la bonne cause, je te jure. T’aimes le cinéma, Simon ? » lança-t-elle alors, et elle fit quelques pas sur le trottoir. Récupérant la photo du jeune homme qu’elle avait prise en arrivant, et qui était complètement développée maintenant, ce fût sans crainte qu’elle s’approcha de lui pour la lui glisser sous le nez.

Sans quitter des yeux son portrait au format carte de crédit, elle observa le rendu sur papier glacé ; il avait l’air blasé, mais pas blasé comme elle pouvait l’être à longueur de journée. En fait, il paraissait plutôt triste et fatigué. Postée à côté de lui, Antonina leva doucement les yeux pour les poser, en biais, sur son profil mal rasé.  A l’image de Steven Avery et de son neveu, Simon avait été jeté en pâture sous le prétexte, imaginait-elle, qu’il avait le profil qui collait aux faits qu’on lui reprochait. Dans la croyance populaire, un tatoueur n’était rien d’autre qu’un voyou, sinon il tacherait de se trouver un job plus respectable que de marquer à l’encre indélébile des inconscients. Imperceptiblement, elle soupira, ne pouvant s’empêcher de retrouver en l’écho des voix imaginaires qu’elle entendait déblatérer sur l’existence de Simon, quelque chose qui lui parlait, et qui lui faisait du mal. Car combien de fois lui avait-on dit qu’elle ferait mieux de se trouver un projet professionnel digne de ce nom, au lieu de compter sur sa passion pour le cinéma dans l’espoir de faire quelque chose de sa vie ? Si la politesse avait fait partie de ses compétences, elle aurait jugé ça tout à fait injuste et outrageant. En attendant, elle trouvait ça tout bonnement dégueulasse qu’on ait jugé un homme de cette façon – elle se trouva soudain bien plus investie qu’elle ne l’avait pensé. Tout en se reculant pour reprendre la parole, elle repoussa une longue mèche de cheveux en arrière.

« On va pas se mentir, t’es grave beau. » Elle n’avait aucun mal à reconnaître l’évidence quand elle se présentait à elle « C’est pas ça qui m’intéresse, si ça peut te rassurer. Tu peux même la garder. » dit-elle en désignant la photo d’un coup de menton rapide. Elle haussa les épaules, et son ton devint étonnamment plus posé « Je fais des films. Enfin j’essaye. Celui sur lequel je travaille en ce moment, ce sera mon premier vrai film, et je veux que tu sois dedans. » Elle sourit furtivement en se corrigeant, et ses yeux roulèrent dans leurs orbites. Elle se précipitait, c’était toujours le cas quand elle parlait de cinéma ; elle avait tant de choses à dire, que tout finissait par se bousculer, se chevaucher, et personne ne la comprenait jamais. De nouveau, elle mit sa main en visière pour se protéger du soleil. Toni regarda fixement Simon « Pas vraiment toi ; ton histoire. » Elle marqua une pause, sentant qu’il aurait peut-être besoin de temps pour avaler la pilule. Quand elle estima que ça devait être fait, elle murmura, se penchant un tout petit peu sur lui pour créer comme un aparté « Mais pour ça, il va falloir que tu me la racontes. »
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Sujet: Re: I'm just trying to get myself back home • toni Mar 8 Aoû - 1:49

Simon cligna des yeux, une fois, deux fois et puis il se demanda s'il n'était pas en train de rêver vu le petit discours que lui servait la jeune brune. Qui n'avait clairement pas l'intention de partir sans avoir fait son intéressante. Elle avait tort de penser que Simon était un homme patient, ou qu'il se montrerait un peu plus civilisé parce qu'ils étaient en public. Tout ça, c'était des concepts qui lui échappaient totalement et tout ce qu'il voulait pour le moment, c'était retrouver son éponge et continuer de faire quelque chose d'utile. Se prendre la tête avec une gamine qui avait des années de moins que lui ne faisait vraiment pas partie de sa matinée tranquille. This is what I get for going out, pensa amèrement le blond alors qu'elle se lançait dans la grande raison de sa venue. Simon écoutait à moitié, tiraillé par sa forte envie d'une cigarette, dans les prochaines secondes qui allaient subvenir et l'envie de lui dire de se la boucler car le timbre de sa voix était plus qu'agaçant pour quelqu'un qui comme lui, n'avait pas vraiment envie d'écouter. Surtout pas quand elle débitait des inepties plus vite que son ombre, alors comme ça la caméra avait un but hein ? Elle voulait jouer les Coppola des temps moderne et raconter son histoire ?

« ... C'est le moment où je te dis merci pour ta générosité et les compliments ? Non, vraiment, ça ne risque pas d'arriver.» Simon avait haussé un sourcil et avait une expression plus que dubitative sur le visage. Dire qu'il était excédé par la situation aurait été un doux euphémisme, s'il réfléchissait l'entreprise de cette brune lui donnerait le tournis.... vraiment. Il était triste dans un sens de se dire qu'on en était arrivé là. Il ne pouvait pas juste se balader avec son étiquette de suspect, non, il fallait en plus répondre aux questions des plus curieux et jouer les cobayes pour les autres. Le clown même. Simon n'avait visiblement pas été assez puni en prison, son ardoise devait être encore pleine si on lui envoyait quelqu'un comme celle-là. Pas de doute là dessus. « Et tu sais ce qui arrive aux fouineuses où je vais devoir te faire un dessin élaboré pour que ça puisse arriver au niveau des deux neurones que tu sembles avoir sous le capot ? » Son ton ressemblait plus à un grognement qu'autre chose et son avertissement était plus un conseil d'un Simon concerné. Car il se disait que cette gamine devait bien avoir une famille, des parents qui s'inquiétait pour elle, un frère qui la surveillait de loin et qui essayait de ne pas trop se mêler de ses affaires...

Bien évidemment, son esprit avait dérivé vers Caroline, il n'avait pas pris des nouvelles de la blonde depuis sa sortie de prison. Pourquoi ? Parce que c'était plus facile d'être lâche tout simplement, de s'enfouir la tête dans le sable plutôt que d'aller le voir et lui avouer le lien de parenté qui les unissait vraiment, c'était beaucoup plus facile, tout simplement. Simon soupira, un soupir profond qui remua ses deux larges épaules et il finit par tirer une cigarette du paquet bien caché dans l'arrière poche de son jean. Il pouvait déjà voir le regard que lui adresserait Amber quand il rentrerait ce soir-là mais tant pis, il en avait vraiment besoin. « Je ne suis pas intéressé et si tu avais un minimum de jugeote tu ne serais absolument pas intéressée, je sais que les programmes sur Netflix deviennent de plus en plus ennuyeux mais je suis certain qu'il y a mieux à faire non? » Simon posait vraiment la question, la mettant au défi par son regard impérieux de répondre et de trouver une réplique à ça. Est-ce qu'elle ne pouvait pas se contenter de voler des bières à la superette du coin, songer à sa prochaine amourette et foutre la paix au reste du monde. À 20 ans, les choses auraient du être plus faciles que ça, et se soucier de la veuve et l'orphelin ou encore de son voisin, devait être sa dernière priorité... oui, beaucoup plus simple.

« Donc, avant que je ne m'énerve vraiment et que j'entreprenne de t'apprendre la vie... Dégage. Il y a tout un tas de conneries à filmer dans Fairhope, ma gueule n'en fait définitivement pas partie. » La cigarette était allumée à présent et Simon ne se gêna absolument pour lui envoyer un nuage de fumée en pleine figure, juste parce qu'il le pouvait et que dans sa tête, cette conversation était déjà terminée. « Sinon...avoir pris une photo de moi sans ma permission sera le cadet de tes soucis... Genre vraiment. » L'inflexion de sa voix était déjà punitive et il ne lui laissa même pas le temps de répondre, il se moquait bien de la réponse dans le fond, et s'empara de nouveau de son éponge, prêt à se remettre au travail.

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Sujet: Re: I'm just trying to get myself back home • toni Ven 11 Aoû - 15:08

Il n’y avait rien de plus perturbant que d’être confronté à quelqu’un avec le même tempérament que soi. Ça rendait les choses plus compliquées à traiter, car on avait tendance à éprouver tout de suite de la sympathie pour la personne qui partageait vos défauts et nourrissaient les mêmes ambitions que vous. Toni ne connaissait Simon qu’à travers les grandes lignes qu’elle avait surlignées au marqueur fluorescent au milieu des colonnes des journaux. Ils n’en avaient pas toujours fait un portrait flatteur et c’était peut-être ça qui l’avait poussée à s’intéresser à son cas plutôt qu’à celui d’autres accusés à tort – et il y en avait beaucoup dans cette affaire, une liste complète, si ce n’était plusieurs. Elle avait donc une vague idée de la personne à qui elle allait se frotter, mais c’était comme se retrouver face à l’adaptation cinématographique de votre livre préféré ; ce que l’imagination de l’un a construit n’est pas forcément ce que celle de l’autre a construit, et vous vous retrouvez à regretter d’avoir voulu vous y plonger, ça vous frustre. Toni l’apprenait à ses dépens, là, campée droit à côté de l’ex-taulard, au langage aussi fleuri que le sien, et qu’elle fixait d’un œil plissé, mi-agacée, mi-intriguée. Elle ne regrettait pas d’être venu trouver Simon, et puis quoi encore ? Cependant, en plus de sentir la frustration faire bouillir son sang, elle comprenait comme ça pouvait être rageant de se débattre avec l’entêtement de quelqu’un qui aimait avoir le dernier mot. En d’autres termes, elle se rendait compte à quel point elle devait être insupportable aux yeux du commun des mortels. Elle se recula d’un pas, glissant précipitamment le polaroïd de Simon dans la poche arrière de son pantalon, et le menton rentré, formant un petit pli disgracieux avec son cou, elle lui dit :

« Je dis ça mais j’en sais rien, hein ; c’est pas un peu risqué, pour un mec qui vient de passer les dernières semaines derrière les barreaux, de proférer des menaces en pleine rue ? » Elle mima la réflexion en posant un index au vernis écaillé au cœur de ses lèvres boudeuses. Elle finit par le pointer du doigt « Parce que tu viens de me menacer là, ou j’ai rêvé ? » Elle laissa éclater un bref rire d’où s’échappait le désenchantement pur, et n’ayant aucune intention de déguerpir comme Simon le lui demandait, elle se pencha pour attraper un chiffon sec qu’elle entoura d’abord autour de son poignet, s’avançant doucement près de la vitrine de la boutique pour y observer, sans vraiment le voir, son reflet « Vous me faites rire vous autres, les habitants de Fairhope, à jouer les divas. Tu te crois unique. Franchement, tu crois que t’es le seul qui pourraient éventuellement convenir à l’image que je me fais du héros de mon film ? Devine quoi, tu te goures. Des accusés à tort, y en a la pelle dans le coin. Tu le saurais si tu passais pas ton temps à te regarder le nombril et à te morfondre sur comment ta vie a été gâchée le jour où les flics ont débarqué dans ta boutique. » Elle prenait des risques en faisant des suppositions aussi cyniques, mais c’était de cette façon que Toni fonctionnait ; si on l’attaquait, elle contrattaquait. Elle avait un avantage, elle était jeune et se croyait encore invincible. Ca perdurerait encore quelques années, et elle comptait bien en profiter pour utiliser son imprudence notoire à bon escient.

Avoir peur était un luxe qu’elle ne pouvait pas se permettre, pas quand elle établissait son futur sur le récit d’une affaire criminelle comme celle du Poète. Elle pivota sur ses pieds, et se prit la fumée de cigarette de Simon dans la figure. Son instinct de survie lui dicta de cesser de respirer pendant quelques secondes, le temps que les relents de nicotine se dissipent, et qu’elle puisse reprendre la parole. Dignement, elle prit sa suite, et déroula le chiffon sec de son poignet pour frotter les traces humides qu’il laissait derrière lui, sur la vitrine crasseuse et taguée.

« Je m’en fous de ta gueule. Littéralement. Je compte pas te filmer, juste te créditer comme une source d’inspiration, et à la rigueur, donner ton nom à un de mes personnages. » Elle arrêta de frotter pour se tourner vers lui, le visage plus fermé qu’à l’accoutumé. Sa mâchoire crispée s’activa sous sa peau « Tu sais, c’est qu’une formalité ce que je suis en train de faire. Je pourrais m’emparer de ton histoire sans te demander la permission, rien qu’en me basant sur ce que les journaux ont raconté sur toi. » Ce n’était pas une tactique pour le convaincre, c’était la stricte vérité. Elle pourrait arranger les choses à sa sauce. Certes, ce qu’elle lui disait ne prouvait rien d’autre que son honnêteté, mais c’était déjà ça. Elle le regarda un bref instant encore, fixement, avant de se détourner pour reprendre son vif polissage de la vitrine « Estime-toi heureux que je tienne pas à me retrouver avec un procès au cul, et arrête de te faire désirer. Je veux juste que tu me donnes ta version des faits et comment tu l’as vécu. »
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Sujet: Re: I'm just trying to get myself back home • toni Lun 21 Aoû - 23:31

Une source d’inspiration ? Rien qu’à entendre ça, Simon avait envie de rouler des yeux ou d’allumer une autre cigarette et dire à la pauvre malheureuse d’aller voir ailleurs. Peut-être qu’elle était encore plus perdue que ce que le blond avait imaginé pendant les précédentes minutes et l’idée qu’elle puisse s’emparer de son histoire ne lui faisait ni chaud ni froid. Il s’en moquait royalement, car il savait très bien que dans le fond, le monde se moquait bien de Simon Harrington, les feux des projecteurs, trop brulant et crépitant sur lui, avaient déjà brillé sur lui. Lui ce pauvre bougre qui n’avait absolument rien demandé et qui souhaitait uniquement retrouver sa femme en fin de journée. Simon n’avait jamais eu des envies de grandeur, il avait compris bien assez tôt que la vie n’avait pas de sens et qu'il fallait s’accrocher aux choses les plus petites et s’y accrocher de toutes ses forces. C’était le sourire d’Amber qui l’avait fait tenir derrière les barreaux, savoir qu’il pourrait revenir vers elle, une fois de plus, encore et toujours sans que rien ne soit changé, sans que rien ait changé entre eux. Il n’était pas revenu pour redorer le nom des Harrington, pas là pour mourir comme une légende ou pour que ses futurs enfants racontent des histoires sur leur père qui avait su être si brave, si fort et si héroïque.

Non, ça, ça ne l’intéressait pas vraiment, depuis qu’il était rangé, depuis qu’il avait promis à Amber d’arrêter les bêtises, Simon voulait juste qu’on lui fiche la paix, qu’on leur fiche la paix et cette conversation avec cette brunette n’aidait pas vraiment sa cause. Il se retrouva à la fixer pendant quelques secondes de plus, un sourcil dressé, à se demander si quelqu’un n’allait pas venir la tirer par les oreilles et murmurer des excuses à Simon, pour le dérangement. Auquel cas, elle avait une existence encore plus misérable et plus tordue que celle de Simon, genre vraiment. « Tu as fini ? Non vraiment… » Il poussa un profond soupir, la clope toujours au bec, déjà fatigué par la leçon de moral qu’il s’apprêtait à lui donner et gratuitement en plus. Mais elle était jeune, trop jeune pour réaliser que tout ça n’était que du vent et que ça ne durerait pas éternellement, peut-être que c’était une phase ou sa réalité pour le moment. Le grand blond ne comprenait vraiment pas cette nouvelle génération, ne comprenait pas ce qu’il y avait de si divertissant à ouvrir une fenêtre et regarder la vie des autres, comme ça. C’était tout aussi chiant et tout aussi ennuyeux que sa propre existence et sur sa propre existence au moins, il avait un certain contrôle. « Tu sais ma chérie, moi j’ai une grande gueule mais je peux assurer mes propres arrières et ce n’est pas la prison qui a changé ça, mais toi, tu as une grande gueule mais à part ta caméra… qu’est-ce qu'il te reste ? »

Les gens comme eux, les grandes gueules n’avaient pas forcément des amis, ils étaient plus du genre à faire fuir les gens dans l’autre direction. Simon avait appris, avec les années surtout, à contrôler son tempérament en face des autres et avec les quelques personnes qu'il fréquentait, il était le meneur, le fauteur de trouble le plus souvent et celui qui avait l’autorité nécessaire pour qu’on le suive. Ça allait bien avec son caractère, pas de doute la dessus, il imaginait mal la brunette se faire facilement des amis, ou trouver quelqu'un qui pouvait supporter ce ton supérieur et cet air je-men-foutiste qui ne prenait pas du tout avec Simon. « Si t’en as rien à foutre de moi alors parfait, le sentiment est réciproque, tu peux aller chercher un autre idiot qui voudra bien te donner sa version de la vérité, comme tu l’as dit toi-même, la ville est grande. » Ou pas assez, songea l’ancien tatoueur, reprenant ce qu’il était en train de faire il y a quelques secondes, à savoir frotter la devanture de son ancien établissement. La peinture finissait bien par partir et il se disait que elle aussi. Simon n’était pas le premier à avoir été arrêté par erreur et il ne serait certainement pas le dernier, pas de doute là dessus. Son histoire n'avait absolument rien d’extraordinaire. « Mais ne viens pas sur mon petit bout de trottoir pour m’insulter et m’expliquer à quel point ce que tu fais es noble. » La véritable insulte était là et Simon appuya son propos par un regard des plus blasé avant de poursuivre. « Parce que ça ne l’est pas. Le monde se fout de mon histoire ma chérie, comme le monde se fout de ce que tu as à raconter et ce même si l’histoire te parait passionnante. Les gens meurent tous les jours, tout le monde finira par passer à autre chose et tu feras quoi ? Tu regarderas ton petit film en boucle en te félicitant d’avoir su tirer profit de la misère des autres ? » Encore une fois, le grand blond ne comprenait pas vraiment l’intérêt d'une telle entreprise, et si les choses étaient bien faites, tout ça finirait surement par revenir lui revenir en pleine figure, tôt ou tard. « Mais hein, personne n’a jamais du te remettre à ta place ou te mettre de fessée, je peux me porter volontaire pour les deux. » Un sourire, presque sincère, un poil sarcastique finit par passer sur le visage du blond à ces mots-là. « Et ça ce n’est pas une menace, juste la vérité. »

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Sujet: Re: I'm just trying to get myself back home • toni Mar 22 Aoû - 14:24

Ce n’était pas un secret, la patience de Toni avait ses limites. Elle était prête à batailler avec les états d’âme des autres à certaines conditions, tant que ça ne la mettait pas en pétard, et qu’elle pouvait continuer à vivre sans vraiment y penser, fermant son propre esprit pour préserver une sensibilité plus handicapante qu’il n’y paraissait. Dans la mesure où Simon était en train de se payer sa tête en tachant de faire tourner la discussion à son avantage, elle estima qu’elle en avait assez, et que ça lui apporterait sans doute trop de problèmes de remonter en selle pour le désarçonner, et alors qu’elle avait encore quelques joutes à lui servir sur un beau plateau, elle battit en retraite. Elle se recula très légèrement de la vitrine, se tourna de trois quarts pour jeter un regard neutre au jeune homme, et leva ses mains devant elle, donnant l’impression d’être une voleuse prise sur le fait. Elle laissa son chiffon tomber à ses pieds ; c’était terminé, elle capitulait. Qu’il ait un mauvais caractère dont il usait pour se défendre était une chose qu’elle parvenait à comprendre sans se forcer, qu’il s’en serve pour la faire tourner en bourrique en était une autre, et elle ne le supportait pas. Qui plus est parce qu’elle avait l’impression d’avoir joué franc jeu avec lui, en le bousculant un peu certes, il n’en restait pas moins qu’elle avait déballé ce qu’elle avait déballé sans faire des ronds de jambes dans le but d’apaiser son ego et d’attirer ses faveurs plus facilement. Elle fit retomber ses bras le long de son petit corps, et souffla fort et longtemps. C’était le problème de la génération d’avant et de celle d’encore avant ; ce besoin qu’ils avaient tous de lui faire la leçon et de remettre ses intentions en doute pour se donner l’impression de valoir plus que la jeune adulte pleine de fougue qu’elle espérait rester toute sa vie, n’en déplaise à tous. Et pourtant, c’était bien elle que Simon accusait de vouloir se faire passer pour plus noble qu’elle ne l’était, tandis qu’il se cachait derrière des remarques cinglantes, voire blessantes, dans le but de l’atteindre et de la faire quitter son bout de trottoir, ce qu’elle décida de faire finalement.

Elle lui adressa un nouveau regard où la neutralité avait définitivement pris ses quartiers. Elle aurait pu continuer longtemps à jouer le jeu de la répartie, mais elle aussi avait sa fierté, et cette dernière ayant déjà pris des coups, elle tenait à lui laisser du leste pour se relever et affronter dignement les différentes épreuves qui l’attendaient – car elle venait de perdre une bataille, mais la guerre faisait encore rage. Aussi, se mettre à genoux pour obtenir ce qu’elle désirait n’avait jamais fait partie de ses options, tant pis si c’était ce qu’il fallait donner à son interlocuteur pour qu’il accepte l’offre qu’elle lui tendait, enveloppé dans du beau papier d’argent.

« Et moi qui pensais que j’étais cynique. » fut le dernier commentaire qu’elle lui fit en passant de l’autre côté du banc qui traînait par là et à côté duquel elle avait posé ses petites affaires en arrivant. Encore une autre corde à ajouter à l’arc des gens comme Simon, des gens qui aimaient faire croire qu’ils avaient tout vu et tout vécu : ils semblaient tous bien déterminés à lui accorder plus de défauts qu’elle n’en avait. Elle ne tirerait aucun profit de la misère des autres – quand c’était Michael Moore qui se reposait sur le drame de Columbine pour asseoir les idéaux d’un peuple endoctrinés par leurs condisciples, le monde entier l’acclamait, mais une fois que la fiction faisait son entrée, une majorité s’échinait à la voir d’un mauvais œil. Toni laissa échapper un sourire sardonique pendant qu’elle pliait son tablier taché de jus de tomates pour le ranger dans la poche arrière de son pantalon, juste à côté de la photo de Simon. Elle se pencha pour récupérer son appareil qu’elle glissa autour de son cou, et se redressant avec impassibilité, elle désigna furtivement la vitrine du doigt « Bon courage pour ça, et bonne chance pour le reste. » Elle n’en dit pas plus. En revanche, lorsqu’elle passa à côté du seau rempli d’eau savonneuse, elle y donna un coup de pied l’air de rien, et un geyser atteignit Simon avant de se répandre sur l’asphalte qu’elle foula de sa démarche nonchalante pour rejoindre le restaurant.

- Terminé.
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