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 DEVIL MAY CRY

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bad blood - we live here

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◆ Manuscrits : 398
◆ Arrivé(e) le : 15/02/2017
◆ Âge : 33 ans
◆ Métier : Journaliste pour le Fairhope Tribune (aux bords du licenciement)
◆ Points : 172
◆ DC : n/a
◆ Avatar : Ben Barnes


Sujet: DEVIL MAY CRYMer 28 Juin - 18:18


"Faces in the crowd will smile again,
And the devil may cry at the end of the night"


« Votre ticket ! » aboya Antwon Coffey, le conducteur de bus de la ligne K, avec impatience, levant à demi sa grosse carcasse de son siège en cuir défoncé comme pour donner du poids à son propos. Oscar réprima un sursaut de surprise en portant une main à sa poitrine, puis hochant la tête d’un air embrumé, fronça les sourcils dans l’espoir de contenir une migraine. Il tâta les poches de sa veste à la recherche du titre de transport qui lui coûtait 40 dollars tous les mois, et le passa devant la borne de contrôle sous l’œil invariablement suspicieux de Coffey. Traînant des pieds, Oscar s’avança jusqu’à l’arrière du bus où une foule d’autres passagers s’entassaient déjà en attendant le départ. Il se fraya un chemin entre deux poussettes, deux mères de famille, et quelques sacs de courses surchargés, avant de trouver une place contre la vitre. Elle était fraîche, et il poussa un soupir de soulagement quand il appuya son front dessus. Il était près de quinze heures, et le soleil s’était retiré derrière un voile de nuages lourds de pluie.

Il plongea la main dans la poche de sa veste après avoir calé sa besace en cuir entre ses genoux pour gagner de la place. À la demande de son rédacteur en chef, il avait passé la journée à Mobile. Avec une ponctualité rare, il s’était présenté à l’accueil de la boîte où il était censé rencontrer le coordinateur d’un projet d’urbanisme controversé. Mais le type ne s’était jamais pointé. Il avait bullé pendant plusieurs heures dans le lobby, se plongeant dans le roman qu’il avait emporté avec lui, avant de se faire congédier au milieu de l’après-midi après avoir été informé que le déjeuner d’affaires de Mr. Delaunay s’était « prolongé ». Son nez avait frétillé, mais il n’avait pas pris la mouche. À quoi bon, de toute manière ? Ce n’était pas comme s’il tenait l’article de sa carrière ce jour-là. Alors, il s’était contenté d’arborer un sourire poli. C’était la seule chose à faire. Et puis, il avait été dans les chaussures de cette assistante qui devait se débrouiller pour trouver des excuses à son patron pour des gens comme lui ; alors, il comprenait. Ils avaient prétendu que le mensonge était passé comme une lettre à la Poste, et avaient convenu qu’il rappellerait le lendemain matin pour fixer un nouveau rendez-vous avec cette enflure de français, et il avait pris la route de la gare routière. Là-bas, les lèvres sèches, il avait acheté une flasque de whisky bon marché qu’il avait presque immédiatement transvasé dans son thermos, avant d’y ajouter une bonne quantité de Pepsi pour faire illusion.

Avec la discrétion des habitués, il en but une bonne gorgée avant de se pencher sur sa boîte Gmail. Le bus s’ébranla soudainement, et bientôt, ils s'élancèrent sur l’avenue principale de la ville. Il se rappela la lettre qu’il avait envoyée quelques semaines plus tôt. Rédiger un courrier avait toujours été une tâche délicate aux yeux d’Oscar. Les formules de politesse lui semblaient toujours trop grosses sous la pointe de son stylo noir, trop pompeuses pour être sincères. C’était du léchage de bottes socialement accepté – exigé – et il détestait ça. C’était pourtant la base de la bienséance, et il lui en faudrait pour convaincre Amelia Williams de collaborer avec lui. Mais elle ne l’avait toujours pas rappelé. Il commençait même à douter qu’elle le fasse un jour. Il aurait aimé pouvoir la rencontrer en personne. Aussi étrange que ça puisse être pour un homme qui gagnait son pain en écrivant, il s’exprimait beaucoup mieux à l’oral. Au lieu de ça, il avait dû se contenter de lui écrire un mot, en pattes de mouche, disant : Miss Williams, je m’appelle Oscar Washington, et je travaille pour le Fairhope Tribune. J’aimerai vous rencontrer dès que possible pour m’entretenir avec vous à propos de votre expérience de la police locale et, plus généralement, de l’enquête en cours. Vous pouvez me rappeler au 251 124 – 1990. J’attends votre appel. O.W. Pas de « cordialement », pas de « bien à vous ». Il aurait peut-être dû. Après un long moment de réflexion au cours duquel il but les deux tiers de sa coupe, il décida qu’en arrivant à Fairhope, il irait directement la trouver.

L’école primaire de Fairhope ressemblait à toutes les écoles du même genre. Il y avait un grillage en fer qui ne tarderait pas à recracher une marée de gamins surexcités, un panneau d’affichage informant les parents d’élèves des dernières actualités de l’établissement, et une rangée de boîtes aux lettres s’adressant aux différents services de l’administration. Oscar s’en approcha, les mains enfoncées dans les poches de son jean. La seule chose qui différenciait cette école des autres, c’était sans aucun doute la photo de Rose Howard – et les fleurs et messages de soutien qui continuaient de s’accumuler en-dessous depuis sa disparition. Sa mort, se corrigea-t-il, mentalement, et un poids lui tomba dans l’estomac. C’était incroyable, pourtant, c’était la vérité des choses. Rose, malgré son jeune âge, avait été assassinée par le Poète, et vouée à porter un message qu’aucun ne devrait avoir à transmettre. Il baissa les yeux, coupable. Parce que ce n’était pas pour rendre justice à Rose Howard qu’il était là aujourd’hui – et peut-être qu’il aurait dû. Seulement, une petite voix à l’arrière de sa tête lui murmurait qu’il n’y avait rien à faire pour rétablir le score, ce coup-là. Il n’était pas là pour rendre justice à Rose Howard – il était là pour rétablir la vérité d’Amelia Williams, et ça devrait suffire, quelque part, pour le moment.

« Je cherche Amelia Williams. » annonça-t-il après avoir appuyé sur l’interphone appelant la loge du concierge, sous le regard nonchalant mais attentif des parents qui attendaient leurs enfants. Il pouvait comprendre que, dans ces circonstances, un nouveau visage dans leur foule d’habitués n’était pas franchement le bienvenu – surtout autour des enfants. Le Poète avait tué beaucoup de monde, mais il était aussi venu à bout de la confiance que les habitants s’accordaient autrefois naturellement. À une époque, les étrangers étaient accueillis à bras ouverts, dans cette même ville. Il se rappelait très bien de l’année où il avait emménagé ici quand il était adolescent. Aujourd’hui, les enfants ne traînaient pas dans la rue au-delà de 17 heures, et on voyait d’un mauvais œil les adultes qui leur tournaient autour sans motif valable. « Elle va faire sortir sa classe d’ici quelques minutes. Attendez dehors. » Un déclic caractéristique lui apprit que son interlocuteur avait raccroché sans attendre. Il se passa une main dans les cheveux, et remonta le col de son blouson en sentant une brise se lever. Il prit son mal en patience. La pluie commença à tomber une dizaine de minutes plus tard. Une petite bruine d’abord, puis à grosses gouttes.

« Mademoiselle Williams ? » appela Oscar en apercevant une chevelure blonde qu’il avait repérée à de nombreuses reprises dans les coupures de journaux qu’il avait lue au cours des dernières semaines. Se protéger de la pluie avec son exemplaire du Conte de deux villes, il s’approcha de la grille pour s’adresser à elle sans avoir l’air trop pressant. « Je m’appelle Oscar Washington. Je suis désolé de venir vous trouver sur votre lieu de travail, je vous ai envoyé une lettre il y a quelques temps. On pourrait parler… au sec ? » Il serra les dents pour éviter qu'elles ne claquent.« S'il vous plaît ? Je ne vous demande que cinq minutes. Ça ne vous engage à rien. »

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LIABILITY
They say, "You're a little much for me, you're a liability, you're a little much for me". So they pull back, make other plans, I understand, I'm a liability. Get you wild, make you leave.
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Sujet: Re: DEVIL MAY CRYDim 2 Juil - 15:51

Quand on était institutrice, il y avait des journées plus difficiles que les autres, Amelia l’avait appris à ses dépens. Aujourd’hui, c’était une de ces journées qui, en plus d’avoir mal commencé pour de sombres raisons, se terminait par un bouquet final impliquant les pépiements insupportables d’une quinzaine d’enfants de onze ans, ou les approchants, enthousiasmés à l’idée de terminer leur longue semaine par un atelier d’Arts Plastiques. Millie adorait ses élèves, Dieu qu’elle les adorait. Parfois, quand elle se laissait tenter par l’introspection, elle se disait qu’ils étaient ce à quoi elle s’accrochait farouchement pour garder la tête sur les épaules et ne pas sombrer dans des divagations impliquant un départ précipité en Europe pour rejoindre ses grands-parents maternels qui lui manquaient terriblement. Elle vivait désormais seule, et l’opinion publique la traitant en véritable pestiférée, elle avait trouvé dans l’enseignement un havre de paix, une porte de sortie qui lui permettait de s’échapper de la folie dans lequel elle avait été propulsé par les accusations faites à son égard. Son travail, c’était tout ce qui lui restait de sa vie d’avant – c’était triste, mais c’était comme ça –, et elle chérissait sa place dans cette école, sincèrement, sans cracher dans la soupe, jamais. Seulement, il y avait des moments où elle aurait donné n’importe quoi pour ne pas avoir à supporter les états d’âme de ces enfants qui la considérait ; au mieux, comme un puits de savoir ; au pire, comme une Barbie-maîtresse à échelle réelle juste bonne à leur donner des devoirs et à les gronder quand c’était nécessaire – sans parler des commentaires qu’elle recevait parfois à la dérobée, et qui venaient sans doute des parents, très peu discrets à l’heure du dîner, quand il s’agissait de critiquer celle qui se chargeait pourtant de l’éducation de leurs enfants. Alors, c’était interdit de le dire, mais pas de le penser : il y avait des journées comme celle-ci où elle avait envie d’en attraper un pour frapper l’autre avec.

Elle en était venue à envisager l’application immédiate de cette méthode on ne peut plus extrême lorsqu’Emilie Sainsbury s’était mise à hurler de sa toute petite voix perchée en déambulant comme une dératée dans l’atelier de peinture, les mains enfoncées profondément dans ses longs cheveux couleur de blé. Peter Stratford avait trouvé hilarant de lui coller des boulettes de papiers mâchés dans les cheveux, ce qui avait terminé d’achever Amelia, déjà aux prises avec un conflit engageant Holly Bellamy et Katie Prescott, campées chacune sur leur position à propos du vol d’un stylo à gel pailleté – c’est elle qui l’a pris, non elle me l’a donné, et bla bla bla, du grand classique. Il s’en était suivie une leçon de morale dispensée par l’institutrice elle-même ; ils rentreraient au collège l’an prochain, pour l’amour du ciel ! Elle n’empêchait pas ses élèves de régresser de temps à autre, se prêtant elle-même à l’exercice avec panache, mais lorsqu’ils mettaient ses nerfs en pelote pour des queues de cerises, elle disait non. L’atelier d’Arts Plastiques avait donc été annulé. Millie avait fait rapatrier sa classe par sa stagiaire, beaucoup plus patiente qu’elle ne l’avait été, cette fois-ci. Elle avait eu besoin de prendre une longue minute pour recouvrer son calme et ses esprits. Les mains fichées sur ses hanches, elle inspira au point de se grandir de quelques centimètres, et refoula la détresse qui remonta le long de sa gorge pour s’y nicher sans lui demander la permission. C’était si difficile, ces derniers temps. Elle ignorait les raisons de ses difficultés – encore que, elles étaient pourtant claires et limpides, compte tenu des derniers évènements –, mais pourquoi avait-elle tant de mal à faire face, comme elle l’avait fait si souvent, depuis cinq ans ? Amelia ferma les yeux en posant une main sur sa bouche, et inspira une seconde fois par le nez pour se donner du courage. Avec un peu de chance, sa stagiaire aurait fait sortir les enfants avant qu’elle n’ait eu les temps de les revoir. Elle ne s’en sentait pas la force, pas en cette fin d’après-midi triste et pluvieuse. Elle fût donc ravie de constater que sa classe était vide lorsqu’elle y entra de nouveau pour rassembler ses affaires avec la ferme intention de ne pas rester ; ses corrections attendront, ce n’était pas pour une fois. Millie voulait rentrer chez elle, et fissa.

Elle se protégea maladroitement la tête avec l’un de ses bras, l’autre étant occupé à tenir son cartable trop lourd, comme à chaque fois. Traversant la cour de l’école en petite foulée, Amelia faillit dépasser la grille sans remarquer qu’on l’appelait, mais elle ralentit au dernier moment pour jeter un regard interrogateur au jeune homme qui s’adressait à elle et qui finit par se présenter. Elle campa sa main sur son front pour faire visière, importunée par les gouttes de pluie qui tombait drues sur son visage. C’était devenu chose courante qu’elle soit ainsi interpelée, et elle se mit à vraiment détester que tout le monde semblât se croire autorisé à venir sur son lieu de travail pour la questionner.

« Je ne me souviens pas. » répondit-elle en amorçant un pas pour partir.
Elle avait reçu nombre de lettres au cours de ces dernières années. Lorsqu’il ne s’agissait pas de factures ou de missives venant de la famille, ils avaient décidé avec Andy que ce serait lui, et lui seul, qui les liraient avant qu’elle ne le fasse. Il faisait donc le tri, et se chargeait de jeter ce qui lui apparaissait comme étant malhonnête, intéressé, ou carrément insultant. En d’autres termes, il avait fini par tout jeter, parfois même sans lui en parler, pour la protéger. Depuis leur séparation, Millie n’ouvrait plus du tout son courrier ; elle recevait toutes ses factures par internet et sa famille s’était mise aux nouvelles technologies, elle aussi. Alors, elle disait vrai en ce qui concernait – comment s’appelait-il, déjà ? Oscar Washington ? –, et de fait, elle le salua d’un signe cordial de la tête, bien décidée à s’en aller. Tandis qu’elle s’arrêtait sur le fil en pensant quand même lui demander quel était le sujet de sa demande, elle remarqua qu’il claquait des dents. Elle soupira intérieurement et s’entendit lui dire à la place :

« Suivez-moi. » D’un signe de tête, elle l’invita à la suivre. Amelia était tellement vidée par le comportement de ses élèves, épuisée par sa journée entre autres, qu'elle ignora les signaux lancés par sa paranoïa. Il pouvait être n'importe qui, après tout ; certain avait perdu la vie pour moins que ça en ville, mais trop fatiguée pour se mettre sur ses gardes, Millie ne s'en soucia pas.
Elle pivota sur ses pieds pour continuer à avancer et se dirigea d’un pas pressé jusqu’à son emplacement réservé. Elle manœuvra habilement pour récupérer son trousseau de clefs dans son sac à main accroché à son épaule, et déverrouilla sa Prius d’un geste souple de la main. Après avoir largué cartable et sac dans le coffre, elle ouvrit sa portière tout en ajoutant à l’adresse d’Oscar « Vous avez de la chance que je sois venue en voiture ce matin. » De nouveau, elle l’invita – à ouvrir la portière du côté passager cette fois –, et disparut aussitôt derrière son volant. Elle attendit qu’il soit assis lui aussi pour reprendre d’un ton où transparaissait l’épuisement « Alors, Oscar. Qu’est-ce qu’elle disait cette fameuse lettre ? »
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