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 lost and found

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bad blood - we live here

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◆ Manuscrits : 1587
◆ Arrivé(e) le : 13/11/2016
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Sujet: lost and foundDim 6 Aoû - 11:26

Les basses résonnaient en écho lointain, filtrant à travers les murs fins de la discothèque. Il ne faisait pas froid à l’extérieur, la nuit étant douce et claire. Néanmoins, Millie, déchaussées sur le pavé, avait la chair de poule. Les reliefs de ses tressaillements étaient visibles à la surface de sa peau au toucher velouté, et l’éclat pâle de son teint était exacerbé par la lueur de la pleine lune. Elle se maudit de ne pas avoir apporté quelque chose pour se couvrir, et frottant doucement ses avant-bras avec les paumes de ses mains, ses chaussures à talons bringuebalant au bout de ses doigts peints en rouge vif, elle s’éloigna de l’entrée du Fizzy, chancelant sur la plantes de ses pieds nus pour mieux s’enfoncer furtivement dans la nuit. En trottinant vers l’angle de rue le plus proche, elle tira distraitement sur le bas de sa petite robe noire dont les manches en dentelles ajourées ne couvraient pas grand-chose, et regretta que la chaleur répandue par l’alcool, qu’elle avait largement consommé ce soir, en avait fini de la réconforter. Elle sentit sa peau réagir davantage au passage d’une brise tiède, et ses cheveux relâchés cascadant sur ses épaules dénudées par endroit gigotèrent pour exposer la ligne de son cou à l’ennemi invisible qu’elle sentait rôder. Où avait-elle niché son téléphone portable, déjà ? Pour parer un frisson, elle croisa fermement les bras sur sa poitrine, ayant soudain l’impression d’être nue, et sentit un renflement cabossé lui caresser l’intérieur du poignet. Elle sourit à demi, se rappelant qu’elle avait glissé son téléphone dans son décolleté pour s’éviter la corvée de transporter un sac ou une pochette, et de fait s’en empara. Pendant que les rires enthousiastes et les éclats de voix alcoolisés l’accompagnaient sur le chemin incertain qui s’ouvrait devant elle, Amelia actionna l’écran de son appareil.

Elle ignorait l’heure qu’il pouvait être sur le moment, mais tiqua fort en voyant 2h30 du matin s’afficher sur l’écran de veille de son téléphone. Elle avait eu raison de se dire, en croisant son reflet dans le miroir des toilettes du club, qu’il était temps de mettre les voiles et de rentrer chez elle. En parlant de son reflet dans le miroir, elle ne s’était pas reconnue. Les néons fluorescents dardant à peine pour dessiner son profil dans l’obscurité, et dévoilant des ombres abstraites dans ses yeux élargit par l’effervescence de la fête et par l’énergie libératrice qu’elle avait déployée en foulant le plancher éclairé de la piste de danse, elle avait eu comme un choc en observant la jeune femme qui lui faisait face à ce moment-là. Ce n’était pas seulement dû à la nouvelle couleur de ses cheveux, cette incapacité soudaine à mettre une étiquette sur ce qu’elle avait longuement observé dans la glace. Il y avait quelque chose sous ces boucles châtain – dont la couleur, nettement plus sombre et soutenue que son blond hollandais, faisait ressortir les deux biles bleus éclatantes qui lui servaient d’yeux – qui ne tournait pas rond, sinon elle ne serait pas échinée à venir dans cet endroit qu’elle n’avait jamais fréquenté.

Elle l’avait deviné le matin-même lorsque, prise de panique au réveil, elle s’était fait porter pâle pour manquer le travail. L’air devenait irrespirable à Fairhope. Jusqu’ici, Amelia avait réussi à ménager ses réserves d’oxygène en faisant tout son possible pour ne pas se laisser atteindre par l’ambiance pesante et assassine qui régnait en ville. Ses sourires chaleureux avaient fait scandale, plus encore que les accusations portées à son encontre. Et puis, il y avait eu sa rupture avec Andy, sa discussion avec Nathan, la mort de Tobias, les interventions de Ruby et Oscar, et son désaccord avec Ezra. Le poids qui s’était accumulé dans sa cage thoracique avait pris trop de place désormais, et elle n’arrivait plus à émerger sous la pression épaisse qui l’empêchait de retrouver un semblant de vie normale. Elle avait nourri l’espoir de s’accrocher farouchement à son métier comme on s’accroche à une bouée en pleine noyade, mais pendant la classe, le regard trop souvent rivé sur l’espace rendu vide par la disparation tragique de Rose, elle avait fini par se rendre compte qu’elle retenait sans cesse sa respiration. Elle suffoquait, saisie d’une peur irrationnelle de plus jamais être capable de ressentir autre chose que l’absence, le manque, la colère et la culpabilité. Elle ne trouvait le répit nulle part, pas même dans le sommeil qu’elle avait bien du mal à trouver, et qui avait creusé des sillons bleutés sous ses yeux de plus en plus éteints.

Son téléphone dans la main, elle actionna la fermeture des applications qu’elle avait laissé actives tout au long de la journée, et laissa apparaître l’interface du dernier message texte qu’elle avait envoyé à Seth pour s’excuser de lui faire faux bond, encore une fois. Elle marqua une pause dans sa marche, et ses sourcils bien dessinés se froncèrent légèrement lorsqu’elle regarda par-dessus son épaule pour embrasser le paysage de lumières criardes et de vitrines ouvertes sur la foule de fêtards ivres. C’était un paysage dans lequel elle s’insérait difficilement, finalement. Elle avait certes l’apparat du fêtard de base, mais elle eut soudain le sentiment de n’être qu’une poupée qu’on avait déguisée pour l’introduire de force au milieu d’un jeu qu’elle détestait – le plus difficile à accepter, c’était que personne ne l’avait forcée à quoi que ce soit, si ce n’était-elle. Une boule se forma au fond de sa gorge, et elle eut encore un plus froid. Comment avait-elle pu penser que boire et danser la soulagerait ?

« Je sais qu’il est tard. » s’entendit-elle minauder, le téléphone ficher à son oreille. Elle se recula de l’artère adjacente, bondée même à cette heure, pour s’appuyer contre un mur de briques, plongé dans la pénombre, tandis qu’elle s’adressait à du vide à l’autre bout du fil. Seth devait déjà dormir, elle était tombée sur sa messagerie. Toutefois, Millie s’obstina, se tortillant en cherchant ses mots « C’est cruel de ma part de souhaiter de t’avoir réveillé ? Parce que j’aurais besoin de toi tout de suite. Je ne suis pas saoule, ou peut-être que si… » Elle savait que non, mais le prétendre lui permettait de ne pas avoir à faire le tri dans ce qu’elle disait maintenant « Je suis à pieds, planquée à l’angle de Fairhope Avenue et Fly Creek. Il y a du monde, et je ne suis plus très sûre de la direction à prendre pour rentrer chez moi. J’ai oublié que le couvre-feu avait été annulé, je comptais sur lui pour me faire rentrer tôt, mais j’ai perdu la notion du temps. J’ai un peu peur, je sais que tu me comprends. » Des mensonges plutôt bien débités, elle eut du mal à s’en vouloir d’en user – elle savait parfaitement ce qu’elle faisait, et pourquoi elle avait choisi d’appeler Seth plutôt que quelqu’un d’autre ; la seule impression de normalité qui la ravisait ces temps-ci, c’était lui qui lui offrait en acceptant de prendre un café avec elle plusieurs fois par semaine. Elle pinça les lèvres, rendues soyeuses par son rouge à lèvres qui avait totalement disparut maintenant, et releva les yeux pour mieux les plisser en regardant un groupe de jeunes dévaler la côte en s’esclaffant gaiement – eux n’avaient pas l’air d’avoir peur, ne serait-ce qu’un peu. Elle se trouva stupide « OK, je vais plutôt appeler un taxi. Je suis désolée d’avoir manqué notre rendez-vous de ce ma… » Un bip la coupa dans son élan, lui indiquant que son message était déjà trop long. Interdite, elle lança à l’écran de son téléphone un regard un peu triste, et après avoir lâché un rire semblable à une expiration, contrainte de faire avec, elle entreprit de reprendre son chemin. Sauf qu’elle ne bougea pas, ses muscles se tétanisant face à la déception et l’angoisse.
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◆ Manuscrits : 2002
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Sujet: Re: lost and foundMer 9 Aoû - 15:04

Je sais qu'il est tard.

La voix d'Amelia s’infiltra dans son oreille, à travers le téléphone qu'il appuya contre sa joue pour mieux entendre. Il ne perdit rien du silence qui suivit, et qui était recouvert par un mince soufflement lui indiquant qu'elle se trouvait probablement à l'extérieur ; des éclats de voix, en arrière plan, sa respiration, au premier, alors qu'elle reprenait enfin la parole.
Il s'était redressé dans ses draps, soudain inquiet d'avoir tardé à répondre à un appel de sa part, à 2h30 du matin. Jusqu'ici, ils s'étaient contentés des messages écrits, et la plupart du temps, ceux-ci concernaient leurs rendez-vous matinaux, de plus en plus manqués. Manqués, évités, peut-être. Depuis la mort de Tobias, il n'avait plus eu l'occasion d'apercevoir la jeune femme, et son propre manque d'initiative avait sans doute participé à cette mise à distance. Mais maintenant, il ressentait une certaine tension le gagner, à mesure qu'il l'écoutait parler, en différé, à distance.
Immobile et interdit, il buvait ses paroles, précieuses, brusquement interrompues par la coupure indiquant que le message avait atteint son maximum.
Seth raccrocha, et il s'activait déjà à enfiler une chemise, trouver le reste de ses vêtements, se lever et quitter son lit qu'il avait à peine rejoint quelques temps plus tôt, épuisé par sa propre soirée. Il avait remporté 1400 dollars, grisé par le jeu et par son propre culot, car il savait comment gagner les parties de poker de la meilleure façon : en n'ayant aucune peur de perdre. En ayant le sentiment de n'avoir rien à perdre. Régulièrement, les mots de Sebastian s'étaient rappelées à lui au cours de la partie, depuis cette nuit où ils avaient bravé le couvre-feu, seuls au bord de la plage : «Je n'ai pas d'enfants ou de femme pour me rappeler de ralentir... ». Quelque chose le piquait, dans cet aveu, et il le balayait de nombreuses fois, adressant un sourire reconnaissant à celui qui posait un verre plein devant lui. Il pouvait ralentir, il pouvait arrêter, il en était certain. Mais comment prendrait-il conscience que le temps passe, si c'était le cas ? Ces soirs étaient les seuls qui lui permettaient de réaliser ce qu'était la vie qu'il menait, d'un seul coup, comme une grande claque ; sa situation, ses regrets, les morts qui étaient déjà partis depuis longtemps, et qui se manifestaient soudainement, comme s'il passait son temps à oublier, à penser tout le jour à ce qu'il fabriquait de ses journées depuis des années. « Impossible ». pensait-il. Impossible que tout cela soit arrivé. Qu'il s'agissait bien de la même personne, ce lui étranger. Que l'on disparaisse comme ça. Qu'il était maintenant bien plus vieux que sa mère ne l'aura jamais été. Et pourtant.
Malgré toutes ces leçons à tirer, il avait laissé filer son fils. Jared était apparu sur le pas de sa porte, peut-être venu chercher de l'aide, ou la réconciliation ; il ne le savait pas vraiment, mais dans tous les cas, ils avaient échoué tous les deux. Qui aurait pu croire que ce genre de retrouvailles allait terminer dans le même fracas, après 4 ans de silence ? L'ancien légiste avait tenté de choisir ses mots, mais peu importe : le gosse avait quelque chose à régler contre lui. La vérité était là, apparaissait une fois de plus à l’extrémité de ces soirs d'introspections : quelque part, il avait pourri la vie de son propre fils. C'était encore cette pensée qui le harcelait, alors même qu'il se laissait gagner par le sommeil, quelques minutes plus tôt.
Seth se sentait totalement réveillé à présent, et les paroles d'Amelia se répétaient par morceaux dans son esprit, tandis qu'il s'activait, et tapait une réponse sur son portable, qu'il lui envoya :

Seth a écrit:
Ne bouge pas. J'arrive

Il n'était plus vraiment ici, distrait ; elle s'était introduite dans l'immobilité de son quotidien. Il craignait tout de même de ne pas la retrouver à l'angle de Fairhope Avenue et Fly Creek, et alors, qu'est-ce qu'il ferait ? Balayant ces pensées inquiétantes, il attrapa sa veste, et ses clés de voiture à la hâte.

En roulant lentement au bord de Fairhope Avenue, il la cherchait déjà des yeux, parmi les silhouettes des derniers fêtards qui reprenaient la route, finissaient leurs verres en groupe, tandis que les bars fermaient les uns après les autres. Des voix enjouées, et pourtant, il comprenait en quoi tout cela prenait des dimensions effrayantes. Les derniers échos de la soirées se perdaient à travers la nuit, dans les rues vides. Il finit par se garer et marcher, guettant une silhouette aux cheveux blonds, jusqu'à ce qu'il aperçoive cette jeune femme seule, qui se tenait immobile, plongée dans l'ombre d'une petite rue adjacente. Le doute s'estompa lorsqu'il se rapprocha. Millie avait des cheveux bruns, et qu'il n'avait jamais vu relâchés, mais c'était bien elle. Le manteau et le cartable qui l'accompagnaient à chacune de leur rencontre avaient été abandonnés pour révéler son corps parfait, qui émergeait d'une robe noire et très courte. Il n'avait jamais aperçu autant de peau dévoilée par l'enseignante, et en parcourant l’entièreté de son profil, son regard fut irrémédiablement attiré vers la ligne de son cou, légèrement caressée par ses boucles foncées. C'est à cet endroit, près de son épaule, qu'il posa sa main pour attirer son attention.
Elle se retourna un peu rapidement, et il s'en voulut de l'avoir approché de cette façon, aussi silencieux qu'un prédateur contournant sa proie.

- Désolé, je ne voulais pas te faire peur.


Ses yeux bleus ressortaient d'autant plus, tout comme le rouge de ses lèvres pleines, mais cela la rendait également plus pâle. Ses yeux semblaient brillants, fatigués ; Amelia avait l'allure de ces personnes qui passent une mauvaise fin de soirée. S'agissait-il seulement de la soirée ? Il ne pouvait le dire. Ils ne s'étaient plus assez vu, et il aurait dû s’enquérir de son état, lui demander des nouvelles, ce qu'il n'avait pas fait. Mais il était là, maintenant. Prêt à endosser de nouveau son rôle de gentleman, comme elle le lui avait si bien dit la dernière fois.

- Tout va bien ? demanda-t-il en sondant son visage, plantant son regard dans le sien. Ton message était un peu inquiétant.

Elle paraissait si vulnérable, ce soir. Désarmée, peut-être, quand son sourire ne parvenait plus à illuminer ses traits comme c'était le cas d'ordinaire. Autour d'eux, les basses d'une musique techno poussée à plein volume faisaient vibrer la nuit, mais de façon trop lointaine, presque triste ; un adieu aux moments d'ivresse qui continuaient de hanter le dancefloor, pour tous ceux qui venaient s'y réfugier. Pourtant, Seth ressentait une once d’exaltation, quelque part : heureux qu'ils se croisent à nouveau.
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Sujet: Re: lost and foundVen 11 Aoû - 21:45

Les yeux fermés, elle posa une main, celle tenant ses chaussures, sur le mur de briques dressé à ses côtés, tout en se sommant de ne pas céder à l’agitation qui faisait battre son cœur beaucoup trop fort dans sa poitrine, tandis que son corps refusait de lui obéir. J’ai un peu peur, je sais que tu me comprends. Millie avait prononcé ses mots sans y réfléchir, laissant son intuition répondre à l’influence de l’alcool qu’elle sentait tanguer dans son estomac maintenant, à deux doigts d’être malade. Elle n’avait pas réalisé à quel point elle disait vrai pourtant, et ouvrant la bouche pour prendre une profonde bouffée d’air, espérant soulager le sentiment d’oppression qui la gagnait, elle rouvrit les yeux pour les poser sur les dernières lueurs de la fête qui, au loin, continuait de battre son plein.

Elle n’avait jamais eu peur de la nuit. Au contraire, elle aimait quand elle tombait, à l’image d’un rideau magique à l’opacité changeante et constellée d’étoiles, faisant se métamorphoser le monde extérieur ; les réverbères s’éclairaient alors, les fenêtres des grands immeubles et des petites maisons s’illuminaient soudain, faisant scintiller le ciel nocturne. Lorsqu’elle était étudiante, elle ne sortait pas beaucoup le soir, dévouée à ses études et à sa vie future – ou à l’image qu’elle s’en faisait – qui se profilait déjà, mais les fois où elle se laissait aller, elle chérissait sincèrement l’anonymat que la nuit conférait : les possibilités étaient infinies lorsque le soleil ne diffusait pas sa lumière sur les reliefs de la ville. Amelia n’avait jamais eu peur de se promener dans les rues tard dans la nuit, au grand désarroi de sa pauvre mère. A Fairhope, elle s’était toujours sentie en sécurité. Le bruit de la circulation lointaine, les coups de klaxons impromptus et les sirènes hurlantes étaient une musique particulièrement mélodieuse à ses oreilles, la nuit. C’était en partie pour cette raison qu’elle avait choisi de s’installer en ville, s’attirant le courroux d’Andy qui de son côté avait un attrait évident pour le calme paisible de la forêt. Mais il avait fait des concessions, et peut-être qu’il s’agissait là de l’une des raisons qui l’avait contraint à la quitter.

Aujourd’hui, ce sentiment de confiance avait totalement disparu. Il n’y avait plus rien d’exaltant à ses yeux à l’idée de se promener dans la nuit. L’obscurité était devenue terrifiante, alors que des crimes atroces étaient commis dans la ville de son enfance ; quel genre de choses innommables étaient tapies dans l’ombre en ce moment-même, et qu’attendaient-elles pour frapper ? Pendant que cette pensée lui traversait l’esprit, son téléphone vibra dans le creux de sa paume. Millie sursauta violemment, appuyant les réflexions sur la nuit qu’elle venait de se faire, recourbée tout contre le mur froid et rugueux qui la fit frissonner. Néanmoins, elle poussa un soupir de soulagement lorsqu’elle lut le message de Seth, et elle se redressa légèrement sur ses deux pieds nus, s’écartant du mur pour mieux guetter son arrivée. Seulement, elle était désorientée, alors elle pivota du mauvais côté, somme toute alerte.

Bataillant avec son envie de s’enfoncer davantage dans la ruelle et celle de ne pas tenter le Diable, Amelia piétina sur place au bord du trottoir, visiblement nerveuse – ou était-elle impatiente ? Un peu des deux, sans doute. Elle rechaussa ses escarpins, ses pieds ne parvenant à ses réchauffer et devenant douloureux à force d’effleurer les quelques cailloux disséminés ici et là, et serra très fort son téléphone portable entre ses doigts transis de froid. Combien de temps Seth mettrait à arriver ? Elle ne put s’empêcher de lire une seconde fois le message qu’il lui avait envoyé, alors qu’elle s’attirait les sifflets de deux ou trois goujats qui lui réservèrent des démonstrations imagées de toute la classe qui leur manquait lorsqu’elle ne répondit pas à leurs propositions grivoises – il lui sembla entendre des insultes, mais elle ne broncha pas. Ne bouge pas. J’arrive. Sans y penser, elle tira sur le bas de sa robe courte, comme si ça l’aiderait à la faire paraître plus longue et moins vulgaire, et rassembla ses cheveux bruns d’un seul côté, laissant de nouveau la ligne de son cou, pâle et gracile, à la vue de celui qui passerait par là ; elle leva la tête d’un coup, sentant une pression se faire sur sa clavicule saillante, et aussi vite, elle se retourna.

Dans le court laps de temps durant lequel elle se demanda ce qui lui arrivait, Amelia tenta de rationaliser, et ce n’était pas évident compte tenu de son alcoolémie. Elle se souvenait de la façon dont le maire Young l’avait abordé de la même façon, au milieu de sa salle de classe plongée dans le noir, et comment elle avait failli lui casser le nez en prenant peur, certaine d’être entrée dans le viseur du tueur. Sauf que ce dernier ne s’y prendrait pas de cette façon pour mettre la main sur elle, et c’est cette sensation de douceur qui se propagea dans tout son corps pour la réchauffer qui l’empêcha d’attaquer avec un geste, mais pas d’avoir de nouveau sursauté. Quand elle se retourna en vitesse, son regard rencontra immédiatement celui de Seth, et une expiration plus tard, une main posée sur le haut de sa poitrine pour retenir son cœur qui allait définitivement finir par s’échapper, elle se détendit à vue d’œil.

« Je sais, je suis désolée. Je vais bien, je crois. » Je crois, pourquoi s’était-elle sentie obligée d’émettre un doute sur son état d’esprit ? Elle se mordit le bout de la langue, agacée par l’état dans lequel elle se trouvait, et son sentiment de stupidité s’accrut lorsqu’elle s’aperçut qu’elle frissonnait pour de bon. Par instinct, elle rapprocha de lui, et desserra l’étreinte de ses doigts faite autour de son téléphone pour, à son tour, poser une main sur l’épaule de Seth, craignant de perdre l’équilibre – et pour retrouver un semblant de la chaleur qu’elle avait ressenti à son contact, elle préféra se l’avouer. Elle leva la tête, observa son visage un court instant, et lui fit un faible sourire en notant les changements étranges qu’elle remarqua dans sa tenue : c’était donc à ça que ressemblait Seth Coleman à presque 3h00 du matin ? Elle baissa la tête, la secouant légèrement aussi, en riant sans vraiment le vouloir et déplaça sa main pour venir frôler le col de sa chemise avec ses doigts « J’ai peut-être sous-estimé mon ivresse, puisque que… qu’est-ce que je vois là, monsieur sort sans cravate, maintenant ? » Elle tâtonna le premier bouton de son col en pouffant comme une collégienne, et après lui avoir adressé un regard insistant, long et scrutateur, elle opéra un petit pas pour se dégager de lui, toujours un peu tremblotante. Millie vacilla sur ses pieds, se retint de justesse, et d’une voix forte, mais tout aussi vacillante que sa démarche, elle lui demanda « T’es venu en voiture ? »
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Sujet: Re: lost and foundJeu 31 Aoû - 23:09

Ça ne servait plus à rien d'attendre. Il avait déjà attendu, anxieux, un appel, un message, cherché à déceler le moindre signe à travers des attitudes. Interprété chaque geste et chaque regard. Seth détestait ce sentir piégé de cette façon, et lorsqu' Erin s'était mise à apparaître relativement souvent dans ses pensées, tandis qu'il travaillait, marchait avec ses fils, parlait avec sa femme ; il s'était senti dérouté. Ça n'était probablement pas lui, ce type qui se cherchait des excuses pour retourner la voir, qu'il observait tenter de la séduire. C'était un étranger, mais c'était lui également, quelque chose qu'il avait enfoui quelque part pendant toutes ces années, sous le vernis repassé d'une vie respectable, un type fidèle et stable. Ce genre de passion était éphémère, il le savait. C'était justement parce que cela finissait, que tout était aussi excessif, aussi prenant. Aurait-il tout abandonné quand même, s'il l'avait su ? Probablement. Car l'ancien légiste avait imprimé tous ses contours dans sa mémoire, toute ses particularités, et peu de personnes lui inspiraient une telle admiration, peu lui semblaient atteindre une telle valeur. Erin valait l'abandon de son couple, de sa famille, de son travail et de tout ce qui avait constitué sa vie pendant très longtemps. Il l'aimait. Lorsqu'un ami tentait vainement de la critiquer, parce qu'elle l'avait trompé et puis quitté, il la défendait. Il était assez fou pour cela. Il l'avait été bien assez pour elle.

Pourquoi avait-il l'impression de retrouver cette étrange version de lui-même ? L'excitation, et cette satisfaction qu'il prenait à détecter les effets qu'il provoquait sur son visage : son sourire. C'était vrai, il se sentait regagner quelque chose, à travers le regard d'Amelia, celui qu'elle lui renvoyait à présent. Une sorte de fierté. Elle chavira néanmoins, abattue par quelque chose, mais il ne savait pas quoi. L'alcool triste. Une longue soirée qui avait fini par l'épuiser. C'était un sentiment décelable, à travers son intonation, à la façon dont elle ne parvenait pas totalement à mentir face à cette question simple. Il avait écouté son long message, laissé sur son répondeur à trois heures du matin. Au fond, il savait de quoi il en retournait.
Elle frissonnait, elle vacillait, et il étendit son bras pour entourer son épaule, tandis qu'elle se raccrochait à lui, les doigts caressant le col de sa chemise. Elle riait comme une enfant, éméchée mais toujours aussi encline à le taquiner.

- C'est mon côté imprévisible. répondit-il avec un léger sourire. Enfin, je vois que tu as fait mieux... J'ai faillit ne pas te reconnaître. Ça te va très bien.

Seth prenait conscience de son ton engageant, et ils échangèrent un long regard révélateur, tandis que les doigts de l'enseignante trituraient le bouton de son col. Il repensa un instant à leurs premiers échanges, la table qui les séparait et les mettait à distance, la gêne manifeste de la jeune femme à son égard, et à l'égard de son ancien métier ; tout cela brusquement franchi par ces gestes intimes, qui s'instauraient pourtant naturellement. Il savait à quel point elle pouvait être tactile ; mais le ton qu'elle avait pris. Et le regard qu'elle venait de lui adresser. Sa main s'était refermée doucement sur le bras de Millie, comme pour l'attirer doucement contre lui. Peu importe ce que c'était, s'il faisait ça simplement pour se sentir confiant ; il la trouvait vraiment jolie.
Elle s'écarta brusquement, pourtant, mettant fin à leur proximité pour entamer une démarche chancelante. Comme elle le questionnait d'une voix beaucoup trop forte, il secoua la tête, amusé. Il ignorait le goût de l'institutrice pour les longues soirées, et le contraste qui s'opérait entre leurs dernières rencontres et celle-ci était saisissant. Peut-être que ce goût pour la vie nocturne était un point qu'ils partageaient. Malgré cette transformation physique, il reconnaissait néanmoins sa maladresse légendaire.

- Non, j'ai couru. rétorqua-t-il en levant les yeux au ciel. Évidemment, j'ai pris la voiture. Pour te reconduire chez toi intacte, à moins que tu ne préfères marcher en vacillant... Franchement, quel modèle pour les élèves, Miss Millie...

Comme ils s'approchaient du véhicule, il compensa le ton moqueur de sa répartie en lui ouvrant la portière, l'invitant à s'installer avec un révérencieux : « Madame ». Il repensait à cette fois où elle lui avait dit avoir rêvé d'être une princesse. Il acceptait implicitement d'être cette présence rassurante : ne rien lui demander, apparaître lorsqu'elle en avait besoin. Rien de plus. Il en avait le temps et le détachement nécessaires.
Seth contourna la voiture pour s'installer au volant. L'habitacle sentait certainement la cigarette ; il ne s'en rendait plus compte, mais il ouvrit la fenêtre. Un air de jazz se mit à jouer, au moment où il déclencha le contact pour démarrer. C'était vraiment une soirée particulièrement étrange. La fraîcheur s'insinuait à présent à travers les vitres baissées, et les phares balayaient la nuit, tandis qu'il quittait la chaussée pour s'engager dans Fairhope Avenue.

- Il va falloir que tu me diriges. Je ne sais même pas où tu habites.


Ils se connaissaient toujours assez peu, et il n'avait jamais eu d'explications plus détaillées quand à cette bague de fiançailles qu'elle portait. L'ancien légiste affichait cet air concentré, si habituel, les yeux rivés sur la route. Il adorait conduire. Mais même si le moment semblait choisi pour mieux se connaître, l'ancien légiste bifurqua.

- Heureusement que tu m'as réveillé. Je pense que je m'en serais voulu, sinon.. Et c'est quand même mieux que le taxi, non ?


Il jeta un œil complice vers elle. Ses cheveux sombres étaient légèrement secoués par la brise du soir, et il se sentait plus éveillé, à présent. Bien entendu, l'inquiétude qu'il avait ressentie durant l'écoute de son message était toujours présente, et il notait la fatigue de ses traits, mais Seth était bien placé pour savoir qu' Amelia avait le droit d'avoir ses moments. Sans s'immiscer, il préférait profiter de l'occasion pour retrouver leur ton, pour retrouver leur jeu.


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Sujet: Re: lost and foundDim 10 Sep - 16:11

« Vraiment ? » s’entendit-elle lui demander d’une voix fluette, ne saisissant pas tout de suite la blague concernant le moyen de transport qu’il avait utilisé pour la rejoindre. Et puis, en même temps qu’elle retrouvait son équilibre et son sang-froid, les rouages de son esprit se remirent à tourner dans le bon sens. Avec une expression joueuse, les épaules inclinées asymétriquement, Millie se tourna vers Seth en s’exclamant, un clin d’œil charmeur échappant à son contrôle « Mais quel humour, docteur. » Dans l’espoir de faire bonne figure et d’atténuer les vacillements de ses jambes flageolants sous sa robe, elle glissa l’un de ses bras sous celui du jeune homme. Un sourcil parfaitement arqué se levant pour disparaître sous sa frange sombre, ce fût sur le ton de la confidence qu’elle lui murmura à l’oreille, sa bouche s’approchant doucement du profil de son interlocuteur « Ce qu’ils ne savent pas ne peut pas leur faire du mal. » Elle se retira tout aussi doucement, creusant une moindre distance entre eux, et haussa les épaules en feignant drôlement bien la désinvolture « Espérons simplement qu’on ne croisera pas l’un de leur parent sur le chemin, ça ruinerait ma réputation. »

Comme si sa réputation n’avait pas déjà été suffisamment entaché comme ça. Etonnamment, ça lui importait sincèrement peu sur le moment. La familiarité de Seth était un bon remède à l’angoisse qui l’avait frappée quelques longues minutes plus tôt. Elle avançait avec lui, bras dessus, bras dessous, sans éprouver la moindre once d’inquiétude au sujet du qu’en-dira-t-on. L’alcool avait sa part de responsabilité dans l’insouciance soudaine qu’elle éprouvait à ce sujet, elle qui n’en finissait plus de souffrir des ragots qu’on colportait sur son compte et du portrait peu flatteur qu’on avait fait d’elle au cours de ces dernières années. Mais il n’y avait pas que l’alcool qui anesthésiait ses scrupules. Seth avait un don qu’il ignorait sans doute, et peut-être que son influence ne trouvait racine que chez Amelia, néanmoins il émanait de lui, comme l’odeur réconfortante du tabac qu’elle avait distingué en s’approchant de lui et en lui parlant au creux de l’oreille. Si elle l’avait appelé lui, c’était pour plusieurs raisons, l’une étant que : elle se sentait bien en sa compagnie.

Elle aurait pu chercher à joindre Andreas. Outre le pathétique de cet éventuel appel, il aurait cherché à comprendre les raisons de son état en l’interrogeant sans relâche. Millie lui aurait fait savoir qu’il en était en partie responsable, l’enfonçant davantage dans le désarroi qui l’avait contrainte à se débarrasser de sa bague de fiançailles en la jetant dans le syphon d’un lavabo, pour ne plus avoir à être soumise à l’éclat aveuglant d’une histoire d’amour à laquelle elle avait cru si fort. Elle aurait pu chercher à joindre Ezra. Et là encore, elle aurait subi un interrogatoire dans les règles. Les dogmes de son pasteur de meilleur ami n’auraient fait que creuser le trou béant qu’elle avait dans la poitrine, et qu’elle s’évertuait à dissimuler en se raccrochant à la dignité qui lui restait. Cela suffisait ; elle ne voulait plus répondre aux questions, ni être contrainte à dévoiler des faits et des pensées intimes. Aussi, la seconde raison qui l’avait poussée à appeler Seth plutôt que quelqu’un d’autre trouvait sens là-dedans, dans ce désir d’échapper à cette curiosité malsaine qu’elle vivait de plus en plus mal. S’il avait ne serait-ce qu’une fois éprouvé l’envie de la questionner plus intimement sur quoi que ce soit, Seth s’en était toujours abstenu. Cette retenue, feinte ou non, elle en avait besoin, et à cette pensée, ses doigts s’agrippèrent un peu plus fermement à son bras.

Quand elle s’installa dans sa voiture, elle frissonna de nouveau. Le choc de température était moindre, mais la chaleur qu’elle avait grapillé en s’accrochant au bras de Seth était si agréable qu’elle ressentit nettement la différence, au point d’en avoir la chair de poule. Le plafonnier éclaira l’habitacle lorsqu’il se glissa du côté conducteur et qu’il démarra son véhicule, obligeant Amelia à plisser les yeux pour se protéger du flash de lumière. Elle rangea son téléphone portable dans la portière, puis l’obscurité se faisant de nouveau, elle tourna la tête vers lui pour lui répondre de but en blanc :

« Tu n’as qu’à m’emmener chez toi. » Et elle se tut brusquement pour laisser la musique faire écho aux sous-entendus distillés dans la perche qu’elle lui tendit sans trop savoir à quoi s’attendre, sans même l’avoir prémédité. Ses yeux, qui s’acclimatèrent lentement à la pénombre, se verrouillèrent aux siens – impossible d’y lire quoi que ce soit, et ce fût ce qui l’embarrassa.
Il n’y avait rien de lascif dans la façon dont ses lèvres s’entrouvrir pour lui permettre de reprendre sa respiration, pourtant elle se trouva un peu trop aguicheuse, et elle rompit soudain le contact visuel. Elle laissa échapper un bref rire en faisant basculer sa tête pour la poser contre l’appui-tête, et tout en s’incitant à regarder droit devant elle, elle reprit après un instant d’hésitation durant lequel elle se tortilla sur son siège « Au bout de la rue, engage-toi à gauche. » Elle marqua une pause « Du moins, il me semble. » Elle savait tout à fait quel chemin prendre pour rentrer chez elle, mais détendre l’atmosphère lui parut tout à coup vital. Alors dans un nouveau petit rire, elle ajouta « Ce serait une bonne idée, non ? De prendre un chemin au hasard pour quitter cette ville, même temporairement. » Son rire s’amenuisa lentement tandis que sa tête pivotait sur le côté et qu’elle concentrait son regard à travers le pare-brise impeccable de la voiture. Le ton de sa voix se fit lointain, se calant étrangement sur le rythme serein de la chanson qui passait à la radio « Ce serait le meilleur moyen d’échapper aux meurtriers, aux policiers et aux ex. L’ordre est aléatoire, vu mon état, j’ai du mal à déterminer quelle catégorie des trois est la pire. » Elle sourit à peine, et ne pouvant s’en empêcher, elle vrilla son regard vers Seth dont elle examina le profil avec un regain d’intérêt.
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lost and found

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