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 lost and found

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bad blood - we live here

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◆ Manuscrits : 1822
◆ Arrivé(e) le : 13/11/2016
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Sujet: lost and foundDim 6 Aoû - 11:26

Les basses résonnaient en écho lointain, filtrant à travers les murs fins de la discothèque. Il ne faisait pas froid à l’extérieur, la nuit étant douce et claire. Néanmoins, Millie, déchaussées sur le pavé, avait la chair de poule. Les reliefs de ses tressaillements étaient visibles à la surface de sa peau au toucher velouté, et l’éclat pâle de son teint était exacerbé par la lueur de la pleine lune. Elle se maudit de ne pas avoir apporté quelque chose pour se couvrir, et frottant doucement ses avant-bras avec les paumes de ses mains, ses chaussures à talons bringuebalant au bout de ses doigts peints en rouge vif, elle s’éloigna de l’entrée du Fizzy, chancelant sur la plantes de ses pieds nus pour mieux s’enfoncer furtivement dans la nuit. En trottinant vers l’angle de rue le plus proche, elle tira distraitement sur le bas de sa petite robe noire dont les manches en dentelles ajourées ne couvraient pas grand-chose, et regretta que la chaleur répandue par l’alcool, qu’elle avait largement consommé ce soir, en avait fini de la réconforter. Elle sentit sa peau réagir davantage au passage d’une brise tiède, et ses cheveux relâchés cascadant sur ses épaules dénudées par endroit gigotèrent pour exposer la ligne de son cou à l’ennemi invisible qu’elle sentait rôder. Où avait-elle niché son téléphone portable, déjà ? Pour parer un frisson, elle croisa fermement les bras sur sa poitrine, ayant soudain l’impression d’être nue, et sentit un renflement cabossé lui caresser l’intérieur du poignet. Elle sourit à demi, se rappelant qu’elle avait glissé son téléphone dans son décolleté pour s’éviter la corvée de transporter un sac ou une pochette, et de fait s’en empara. Pendant que les rires enthousiastes et les éclats de voix alcoolisés l’accompagnaient sur le chemin incertain qui s’ouvrait devant elle, Amelia actionna l’écran de son appareil.

Elle ignorait l’heure qu’il pouvait être sur le moment, mais tiqua fort en voyant 2h30 du matin s’afficher sur l’écran de veille de son téléphone. Elle avait eu raison de se dire, en croisant son reflet dans le miroir des toilettes du club, qu’il était temps de mettre les voiles et de rentrer chez elle. En parlant de son reflet dans le miroir, elle ne s’était pas reconnue. Les néons fluorescents dardant à peine pour dessiner son profil dans l’obscurité, et dévoilant des ombres abstraites dans ses yeux élargit par l’effervescence de la fête et par l’énergie libératrice qu’elle avait déployée en foulant le plancher éclairé de la piste de danse, elle avait eu comme un choc en observant la jeune femme qui lui faisait face à ce moment-là. Ce n’était pas seulement dû à la nouvelle couleur de ses cheveux, cette incapacité soudaine à mettre une étiquette sur ce qu’elle avait longuement observé dans la glace. Il y avait quelque chose sous ces boucles châtain – dont la couleur, nettement plus sombre et soutenue que son blond hollandais, faisait ressortir les deux biles bleus éclatantes qui lui servaient d’yeux – qui ne tournait pas rond, sinon elle ne serait pas échinée à venir dans cet endroit qu’elle n’avait jamais fréquenté.

Elle l’avait deviné le matin-même lorsque, prise de panique au réveil, elle s’était fait porter pâle pour manquer le travail. L’air devenait irrespirable à Fairhope. Jusqu’ici, Amelia avait réussi à ménager ses réserves d’oxygène en faisant tout son possible pour ne pas se laisser atteindre par l’ambiance pesante et assassine qui régnait en ville. Ses sourires chaleureux avaient fait scandale, plus encore que les accusations portées à son encontre. Et puis, il y avait eu sa rupture avec Andy, sa discussion avec Nathan, la mort de Tobias, les interventions de Ruby et Oscar, et son désaccord avec Ezra. Le poids qui s’était accumulé dans sa cage thoracique avait pris trop de place désormais, et elle n’arrivait plus à émerger sous la pression épaisse qui l’empêchait de retrouver un semblant de vie normale. Elle avait nourri l’espoir de s’accrocher farouchement à son métier comme on s’accroche à une bouée en pleine noyade, mais pendant la classe, le regard trop souvent rivé sur l’espace rendu vide par la disparation tragique de Rose, elle avait fini par se rendre compte qu’elle retenait sans cesse sa respiration. Elle suffoquait, saisie d’une peur irrationnelle de plus jamais être capable de ressentir autre chose que l’absence, le manque, la colère et la culpabilité. Elle ne trouvait le répit nulle part, pas même dans le sommeil qu’elle avait bien du mal à trouver, et qui avait creusé des sillons bleutés sous ses yeux de plus en plus éteints.

Son téléphone dans la main, elle actionna la fermeture des applications qu’elle avait laissé actives tout au long de la journée, et laissa apparaître l’interface du dernier message texte qu’elle avait envoyé à Seth pour s’excuser de lui faire faux bond, encore une fois. Elle marqua une pause dans sa marche, et ses sourcils bien dessinés se froncèrent légèrement lorsqu’elle regarda par-dessus son épaule pour embrasser le paysage de lumières criardes et de vitrines ouvertes sur la foule de fêtards ivres. C’était un paysage dans lequel elle s’insérait difficilement, finalement. Elle avait certes l’apparat du fêtard de base, mais elle eut soudain le sentiment de n’être qu’une poupée qu’on avait déguisée pour l’introduire de force au milieu d’un jeu qu’elle détestait – le plus difficile à accepter, c’était que personne ne l’avait forcée à quoi que ce soit, si ce n’était-elle. Une boule se forma au fond de sa gorge, et elle eut encore un plus froid. Comment avait-elle pu penser que boire et danser la soulagerait ?

« Je sais qu’il est tard. » s’entendit-elle minauder, le téléphone ficher à son oreille. Elle se recula de l’artère adjacente, bondée même à cette heure, pour s’appuyer contre un mur de briques, plongé dans la pénombre, tandis qu’elle s’adressait à du vide à l’autre bout du fil. Seth devait déjà dormir, elle était tombée sur sa messagerie. Toutefois, Millie s’obstina, se tortillant en cherchant ses mots « C’est cruel de ma part de souhaiter de t’avoir réveillé ? Parce que j’aurais besoin de toi tout de suite. Je ne suis pas saoule, ou peut-être que si… » Elle savait que non, mais le prétendre lui permettait de ne pas avoir à faire le tri dans ce qu’elle disait maintenant « Je suis à pieds, planquée à l’angle de Fairhope Avenue et Fly Creek. Il y a du monde, et je ne suis plus très sûre de la direction à prendre pour rentrer chez moi. J’ai oublié que le couvre-feu avait été annulé, je comptais sur lui pour me faire rentrer tôt, mais j’ai perdu la notion du temps. J’ai un peu peur, je sais que tu me comprends. » Des mensonges plutôt bien débités, elle eut du mal à s’en vouloir d’en user – elle savait parfaitement ce qu’elle faisait, et pourquoi elle avait choisi d’appeler Seth plutôt que quelqu’un d’autre ; la seule impression de normalité qui la ravisait ces temps-ci, c’était lui qui lui offrait en acceptant de prendre un café avec elle plusieurs fois par semaine. Elle pinça les lèvres, rendues soyeuses par son rouge à lèvres qui avait totalement disparut maintenant, et releva les yeux pour mieux les plisser en regardant un groupe de jeunes dévaler la côte en s’esclaffant gaiement – eux n’avaient pas l’air d’avoir peur, ne serait-ce qu’un peu. Elle se trouva stupide « OK, je vais plutôt appeler un taxi. Je suis désolée d’avoir manqué notre rendez-vous de ce ma… » Un bip la coupa dans son élan, lui indiquant que son message était déjà trop long. Interdite, elle lança à l’écran de son téléphone un regard un peu triste, et après avoir lâché un rire semblable à une expiration, contrainte de faire avec, elle entreprit de reprendre son chemin. Sauf qu’elle ne bougea pas, ses muscles se tétanisant face à la déception et l’angoisse.
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◆ Manuscrits : 2298
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Sujet: Re: lost and foundMer 9 Aoû - 15:04

Je sais qu'il est tard.

La voix d'Amelia s’infiltra dans son oreille, à travers le téléphone qu'il appuya contre sa joue pour mieux entendre. Il ne perdit rien du silence qui suivit, et qui était recouvert par un mince soufflement lui indiquant qu'elle se trouvait probablement à l'extérieur ; des éclats de voix, en arrière plan, sa respiration, au premier, alors qu'elle reprenait enfin la parole.
Il s'était redressé dans ses draps, soudain inquiet d'avoir tardé à répondre à un appel de sa part, à 2h30 du matin. Jusqu'ici, ils s'étaient contentés des messages écrits, et la plupart du temps, ceux-ci concernaient leurs rendez-vous matinaux, de plus en plus manqués. Manqués, évités, peut-être. Depuis la mort de Tobias, il n'avait plus eu l'occasion d'apercevoir la jeune femme, et son propre manque d'initiative avait sans doute participé à cette mise à distance. Mais maintenant, il ressentait une certaine tension le gagner, à mesure qu'il l'écoutait parler, en différé, à distance.
Immobile et interdit, il buvait ses paroles, précieuses, brusquement interrompues par la coupure indiquant que le message avait atteint son maximum.
Seth raccrocha, et il s'activait déjà à enfiler une chemise, trouver le reste de ses vêtements, se lever et quitter son lit qu'il avait à peine rejoint quelques temps plus tôt, épuisé par sa propre soirée. Il avait remporté 1400 dollars, grisé par le jeu et par son propre culot, car il savait comment gagner les parties de poker de la meilleure façon : en n'ayant aucune peur de perdre. En ayant le sentiment de n'avoir rien à perdre. Régulièrement, les mots de Sebastian s'étaient rappelées à lui au cours de la partie, depuis cette nuit où ils avaient bravé le couvre-feu, seuls au bord de la plage : «Je n'ai pas d'enfants ou de femme pour me rappeler de ralentir... ». Quelque chose le piquait, dans cet aveu, et il le balayait de nombreuses fois, adressant un sourire reconnaissant à celui qui posait un verre plein devant lui. Il pouvait ralentir, il pouvait arrêter, il en était certain. Mais comment prendrait-il conscience que le temps passe, si c'était le cas ? Ces soirs étaient les seuls qui lui permettaient de réaliser ce qu'était la vie qu'il menait, d'un seul coup, comme une grande claque ; sa situation, ses regrets, les morts qui étaient déjà partis depuis longtemps, et qui se manifestaient soudainement, comme s'il passait son temps à oublier, à penser tout le jour à ce qu'il fabriquait de ses journées depuis des années. « Impossible ». pensait-il. Impossible que tout cela soit arrivé. Qu'il s'agissait bien de la même personne, ce lui étranger. Que l'on disparaisse comme ça. Qu'il était maintenant bien plus vieux que sa mère ne l'aura jamais été. Et pourtant.
Malgré toutes ces leçons à tirer, il avait laissé filer son fils. Jared était apparu sur le pas de sa porte, peut-être venu chercher de l'aide, ou la réconciliation ; il ne le savait pas vraiment, mais dans tous les cas, ils avaient échoué tous les deux. Qui aurait pu croire que ce genre de retrouvailles allait terminer dans le même fracas, après 4 ans de silence ? L'ancien légiste avait tenté de choisir ses mots, mais peu importe : le gosse avait quelque chose à régler contre lui. La vérité était là, apparaissait une fois de plus à l’extrémité de ces soirs d'introspections : quelque part, il avait pourri la vie de son propre fils. C'était encore cette pensée qui le harcelait, alors même qu'il se laissait gagner par le sommeil, quelques minutes plus tôt.
Seth se sentait totalement réveillé à présent, et les paroles d'Amelia se répétaient par morceaux dans son esprit, tandis qu'il s'activait, et tapait une réponse sur son portable, qu'il lui envoya :

Seth a écrit:
Ne bouge pas. J'arrive

Il n'était plus vraiment ici, distrait ; elle s'était introduite dans l'immobilité de son quotidien. Il craignait tout de même de ne pas la retrouver à l'angle de Fairhope Avenue et Fly Creek, et alors, qu'est-ce qu'il ferait ? Balayant ces pensées inquiétantes, il attrapa sa veste, et ses clés de voiture à la hâte.

En roulant lentement au bord de Fairhope Avenue, il la cherchait déjà des yeux, parmi les silhouettes des derniers fêtards qui reprenaient la route, finissaient leurs verres en groupe, tandis que les bars fermaient les uns après les autres. Des voix enjouées, et pourtant, il comprenait en quoi tout cela prenait des dimensions effrayantes. Les derniers échos de la soirées se perdaient à travers la nuit, dans les rues vides. Il finit par se garer et marcher, guettant une silhouette aux cheveux blonds, jusqu'à ce qu'il aperçoive cette jeune femme seule, qui se tenait immobile, plongée dans l'ombre d'une petite rue adjacente. Le doute s'estompa lorsqu'il se rapprocha. Millie avait des cheveux bruns, et qu'il n'avait jamais vu relâchés, mais c'était bien elle. Le manteau et le cartable qui l'accompagnaient à chacune de leur rencontre avaient été abandonnés pour révéler son corps parfait, qui émergeait d'une robe noire et très courte. Il n'avait jamais aperçu autant de peau dévoilée par l'enseignante, et en parcourant l’entièreté de son profil, son regard fut irrémédiablement attiré vers la ligne de son cou, légèrement caressée par ses boucles foncées. C'est à cet endroit, près de son épaule, qu'il posa sa main pour attirer son attention.
Elle se retourna un peu rapidement, et il s'en voulut de l'avoir approché de cette façon, aussi silencieux qu'un prédateur contournant sa proie.

- Désolé, je ne voulais pas te faire peur.


Ses yeux bleus ressortaient d'autant plus, tout comme le rouge de ses lèvres pleines, mais cela la rendait également plus pâle. Ses yeux semblaient brillants, fatigués ; Amelia avait l'allure de ces personnes qui passent une mauvaise fin de soirée. S'agissait-il seulement de la soirée ? Il ne pouvait le dire. Ils ne s'étaient plus assez vu, et il aurait dû s’enquérir de son état, lui demander des nouvelles, ce qu'il n'avait pas fait. Mais il était là, maintenant. Prêt à endosser de nouveau son rôle de gentleman, comme elle le lui avait si bien dit la dernière fois.

- Tout va bien ? demanda-t-il en sondant son visage, plantant son regard dans le sien. Ton message était un peu inquiétant.

Elle paraissait si vulnérable, ce soir. Désarmée, peut-être, quand son sourire ne parvenait plus à illuminer ses traits comme c'était le cas d'ordinaire. Autour d'eux, les basses d'une musique techno poussée à plein volume faisaient vibrer la nuit, mais de façon trop lointaine, presque triste ; un adieu aux moments d'ivresse qui continuaient de hanter le dancefloor, pour tous ceux qui venaient s'y réfugier. Pourtant, Seth ressentait une once d’exaltation, quelque part : heureux qu'ils se croisent à nouveau.
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Sujet: Re: lost and foundVen 11 Aoû - 21:45

Les yeux fermés, elle posa une main, celle tenant ses chaussures, sur le mur de briques dressé à ses côtés, tout en se sommant de ne pas céder à l’agitation qui faisait battre son cœur beaucoup trop fort dans sa poitrine, tandis que son corps refusait de lui obéir. J’ai un peu peur, je sais que tu me comprends. Millie avait prononcé ses mots sans y réfléchir, laissant son intuition répondre à l’influence de l’alcool qu’elle sentait tanguer dans son estomac maintenant, à deux doigts d’être malade. Elle n’avait pas réalisé à quel point elle disait vrai pourtant, et ouvrant la bouche pour prendre une profonde bouffée d’air, espérant soulager le sentiment d’oppression qui la gagnait, elle rouvrit les yeux pour les poser sur les dernières lueurs de la fête qui, au loin, continuait de battre son plein.

Elle n’avait jamais eu peur de la nuit. Au contraire, elle aimait quand elle tombait, à l’image d’un rideau magique à l’opacité changeante et constellée d’étoiles, faisant se métamorphoser le monde extérieur ; les réverbères s’éclairaient alors, les fenêtres des grands immeubles et des petites maisons s’illuminaient soudain, faisant scintiller le ciel nocturne. Lorsqu’elle était étudiante, elle ne sortait pas beaucoup le soir, dévouée à ses études et à sa vie future – ou à l’image qu’elle s’en faisait – qui se profilait déjà, mais les fois où elle se laissait aller, elle chérissait sincèrement l’anonymat que la nuit conférait : les possibilités étaient infinies lorsque le soleil ne diffusait pas sa lumière sur les reliefs de la ville. Amelia n’avait jamais eu peur de se promener dans les rues tard dans la nuit, au grand désarroi de sa pauvre mère. A Fairhope, elle s’était toujours sentie en sécurité. Le bruit de la circulation lointaine, les coups de klaxons impromptus et les sirènes hurlantes étaient une musique particulièrement mélodieuse à ses oreilles, la nuit. C’était en partie pour cette raison qu’elle avait choisi de s’installer en ville, s’attirant le courroux d’Andy qui de son côté avait un attrait évident pour le calme paisible de la forêt. Mais il avait fait des concessions, et peut-être qu’il s’agissait là de l’une des raisons qui l’avait contraint à la quitter.

Aujourd’hui, ce sentiment de confiance avait totalement disparu. Il n’y avait plus rien d’exaltant à ses yeux à l’idée de se promener dans la nuit. L’obscurité était devenue terrifiante, alors que des crimes atroces étaient commis dans la ville de son enfance ; quel genre de choses innommables étaient tapies dans l’ombre en ce moment-même, et qu’attendaient-elles pour frapper ? Pendant que cette pensée lui traversait l’esprit, son téléphone vibra dans le creux de sa paume. Millie sursauta violemment, appuyant les réflexions sur la nuit qu’elle venait de se faire, recourbée tout contre le mur froid et rugueux qui la fit frissonner. Néanmoins, elle poussa un soupir de soulagement lorsqu’elle lut le message de Seth, et elle se redressa légèrement sur ses deux pieds nus, s’écartant du mur pour mieux guetter son arrivée. Seulement, elle était désorientée, alors elle pivota du mauvais côté, somme toute alerte.

Bataillant avec son envie de s’enfoncer davantage dans la ruelle et celle de ne pas tenter le Diable, Amelia piétina sur place au bord du trottoir, visiblement nerveuse – ou était-elle impatiente ? Un peu des deux, sans doute. Elle rechaussa ses escarpins, ses pieds ne parvenant à ses réchauffer et devenant douloureux à force d’effleurer les quelques cailloux disséminés ici et là, et serra très fort son téléphone portable entre ses doigts transis de froid. Combien de temps Seth mettrait à arriver ? Elle ne put s’empêcher de lire une seconde fois le message qu’il lui avait envoyé, alors qu’elle s’attirait les sifflets de deux ou trois goujats qui lui réservèrent des démonstrations imagées de toute la classe qui leur manquait lorsqu’elle ne répondit pas à leurs propositions grivoises – il lui sembla entendre des insultes, mais elle ne broncha pas. Ne bouge pas. J’arrive. Sans y penser, elle tira sur le bas de sa robe courte, comme si ça l’aiderait à la faire paraître plus longue et moins vulgaire, et rassembla ses cheveux bruns d’un seul côté, laissant de nouveau la ligne de son cou, pâle et gracile, à la vue de celui qui passerait par là ; elle leva la tête d’un coup, sentant une pression se faire sur sa clavicule saillante, et aussi vite, elle se retourna.

Dans le court laps de temps durant lequel elle se demanda ce qui lui arrivait, Amelia tenta de rationaliser, et ce n’était pas évident compte tenu de son alcoolémie. Elle se souvenait de la façon dont le maire Young l’avait abordé de la même façon, au milieu de sa salle de classe plongée dans le noir, et comment elle avait failli lui casser le nez en prenant peur, certaine d’être entrée dans le viseur du tueur. Sauf que ce dernier ne s’y prendrait pas de cette façon pour mettre la main sur elle, et c’est cette sensation de douceur qui se propagea dans tout son corps pour la réchauffer qui l’empêcha d’attaquer avec un geste, mais pas d’avoir de nouveau sursauté. Quand elle se retourna en vitesse, son regard rencontra immédiatement celui de Seth, et une expiration plus tard, une main posée sur le haut de sa poitrine pour retenir son cœur qui allait définitivement finir par s’échapper, elle se détendit à vue d’œil.

« Je sais, je suis désolée. Je vais bien, je crois. » Je crois, pourquoi s’était-elle sentie obligée d’émettre un doute sur son état d’esprit ? Elle se mordit le bout de la langue, agacée par l’état dans lequel elle se trouvait, et son sentiment de stupidité s’accrut lorsqu’elle s’aperçut qu’elle frissonnait pour de bon. Par instinct, elle rapprocha de lui, et desserra l’étreinte de ses doigts faite autour de son téléphone pour, à son tour, poser une main sur l’épaule de Seth, craignant de perdre l’équilibre – et pour retrouver un semblant de la chaleur qu’elle avait ressenti à son contact, elle préféra se l’avouer. Elle leva la tête, observa son visage un court instant, et lui fit un faible sourire en notant les changements étranges qu’elle remarqua dans sa tenue : c’était donc à ça que ressemblait Seth Coleman à presque 3h00 du matin ? Elle baissa la tête, la secouant légèrement aussi, en riant sans vraiment le vouloir et déplaça sa main pour venir frôler le col de sa chemise avec ses doigts « J’ai peut-être sous-estimé mon ivresse, puisque que… qu’est-ce que je vois là, monsieur sort sans cravate, maintenant ? » Elle tâtonna le premier bouton de son col en pouffant comme une collégienne, et après lui avoir adressé un regard insistant, long et scrutateur, elle opéra un petit pas pour se dégager de lui, toujours un peu tremblotante. Millie vacilla sur ses pieds, se retint de justesse, et d’une voix forte, mais tout aussi vacillante que sa démarche, elle lui demanda « T’es venu en voiture ? »
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Sujet: Re: lost and foundJeu 31 Aoû - 23:09

Ça ne servait plus à rien d'attendre. Il avait déjà attendu, anxieux, un appel, un message, cherché à déceler le moindre signe à travers des attitudes. Interprété chaque geste et chaque regard. Seth détestait ce sentir piégé de cette façon, et lorsqu' Erin s'était mise à apparaître relativement souvent dans ses pensées, tandis qu'il travaillait, marchait avec ses fils, parlait avec sa femme ; il s'était senti dérouté. Ça n'était probablement pas lui, ce type qui se cherchait des excuses pour retourner la voir, qu'il observait tenter de la séduire. C'était un étranger, mais c'était lui également, quelque chose qu'il avait enfoui quelque part pendant toutes ces années, sous le vernis repassé d'une vie respectable, un type fidèle et stable. Ce genre de passion était éphémère, il le savait. C'était justement parce que cela finissait, que tout était aussi excessif, aussi prenant. Aurait-il tout abandonné quand même, s'il l'avait su ? Probablement. Car l'ancien légiste avait imprimé tous ses contours dans sa mémoire, toute ses particularités, et peu de personnes lui inspiraient une telle admiration, peu lui semblaient atteindre une telle valeur. Erin valait l'abandon de son couple, de sa famille, de son travail et de tout ce qui avait constitué sa vie pendant très longtemps. Il l'aimait. Lorsqu'un ami tentait vainement de la critiquer, parce qu'elle l'avait trompé et puis quitté, il la défendait. Il était assez fou pour cela. Il l'avait été bien assez pour elle.

Pourquoi avait-il l'impression de retrouver cette étrange version de lui-même ? L'excitation, et cette satisfaction qu'il prenait à détecter les effets qu'il provoquait sur son visage : son sourire. C'était vrai, il se sentait regagner quelque chose, à travers le regard d'Amelia, celui qu'elle lui renvoyait à présent. Une sorte de fierté. Elle chavira néanmoins, abattue par quelque chose, mais il ne savait pas quoi. L'alcool triste. Une longue soirée qui avait fini par l'épuiser. C'était un sentiment décelable, à travers son intonation, à la façon dont elle ne parvenait pas totalement à mentir face à cette question simple. Il avait écouté son long message, laissé sur son répondeur à trois heures du matin. Au fond, il savait de quoi il en retournait.
Elle frissonnait, elle vacillait, et il étendit son bras pour entourer son épaule, tandis qu'elle se raccrochait à lui, les doigts caressant le col de sa chemise. Elle riait comme une enfant, éméchée mais toujours aussi encline à le taquiner.

- C'est mon côté imprévisible. répondit-il avec un léger sourire. Enfin, je vois que tu as fait mieux... J'ai faillit ne pas te reconnaître. Ça te va très bien.

Seth prenait conscience de son ton engageant, et ils échangèrent un long regard révélateur, tandis que les doigts de l'enseignante trituraient le bouton de son col. Il repensa un instant à leurs premiers échanges, la table qui les séparait et les mettait à distance, la gêne manifeste de la jeune femme à son égard, et à l'égard de son ancien métier ; tout cela brusquement franchi par ces gestes intimes, qui s'instauraient pourtant naturellement. Il savait à quel point elle pouvait être tactile ; mais le ton qu'elle avait pris. Et le regard qu'elle venait de lui adresser. Sa main s'était refermée doucement sur le bras de Millie, comme pour l'attirer doucement contre lui. Peu importe ce que c'était, s'il faisait ça simplement pour se sentir confiant ; il la trouvait vraiment jolie.
Elle s'écarta brusquement, pourtant, mettant fin à leur proximité pour entamer une démarche chancelante. Comme elle le questionnait d'une voix beaucoup trop forte, il secoua la tête, amusé. Il ignorait le goût de l'institutrice pour les longues soirées, et le contraste qui s'opérait entre leurs dernières rencontres et celle-ci était saisissant. Peut-être que ce goût pour la vie nocturne était un point qu'ils partageaient. Malgré cette transformation physique, il reconnaissait néanmoins sa maladresse légendaire.

- Non, j'ai couru. rétorqua-t-il en levant les yeux au ciel. Évidemment, j'ai pris la voiture. Pour te reconduire chez toi intacte, à moins que tu ne préfères marcher en vacillant... Franchement, quel modèle pour les élèves, Miss Millie...

Comme ils s'approchaient du véhicule, il compensa le ton moqueur de sa répartie en lui ouvrant la portière, l'invitant à s'installer avec un révérencieux : « Madame ». Il repensait à cette fois où elle lui avait dit avoir rêvé d'être une princesse. Il acceptait implicitement d'être cette présence rassurante : ne rien lui demander, apparaître lorsqu'elle en avait besoin. Rien de plus. Il en avait le temps et le détachement nécessaires.
Seth contourna la voiture pour s'installer au volant. L'habitacle sentait certainement la cigarette ; il ne s'en rendait plus compte, mais il ouvrit la fenêtre. Un air de jazz se mit à jouer, au moment où il déclencha le contact pour démarrer. C'était vraiment une soirée particulièrement étrange. La fraîcheur s'insinuait à présent à travers les vitres baissées, et les phares balayaient la nuit, tandis qu'il quittait la chaussée pour s'engager dans Fairhope Avenue.

- Il va falloir que tu me diriges. Je ne sais même pas où tu habites.


Ils se connaissaient toujours assez peu, et il n'avait jamais eu d'explications plus détaillées quand à cette bague de fiançailles qu'elle portait. L'ancien légiste affichait cet air concentré, si habituel, les yeux rivés sur la route. Il adorait conduire. Mais même si le moment semblait choisi pour mieux se connaître, l'ancien légiste bifurqua.

- Heureusement que tu m'as réveillé. Je pense que je m'en serais voulu, sinon.. Et c'est quand même mieux que le taxi, non ?


Il jeta un œil complice vers elle. Ses cheveux sombres étaient légèrement secoués par la brise du soir, et il se sentait plus éveillé, à présent. Bien entendu, l'inquiétude qu'il avait ressentie durant l'écoute de son message était toujours présente, et il notait la fatigue de ses traits, mais Seth était bien placé pour savoir qu' Amelia avait le droit d'avoir ses moments. Sans s'immiscer, il préférait profiter de l'occasion pour retrouver leur ton, pour retrouver leur jeu.


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Sujet: Re: lost and foundDim 10 Sep - 16:11

« Vraiment ? » s’entendit-elle lui demander d’une voix fluette, ne saisissant pas tout de suite la blague concernant le moyen de transport qu’il avait utilisé pour la rejoindre. Et puis, en même temps qu’elle retrouvait son équilibre et son sang-froid, les rouages de son esprit se remirent à tourner dans le bon sens. Avec une expression joueuse, les épaules inclinées asymétriquement, Millie se tourna vers Seth en s’exclamant, un clin d’œil charmeur échappant à son contrôle « Mais quel humour, docteur. » Dans l’espoir de faire bonne figure et d’atténuer les vacillements de ses jambes flageolants sous sa robe, elle glissa l’un de ses bras sous celui du jeune homme. Un sourcil parfaitement arqué se levant pour disparaître sous sa frange sombre, ce fût sur le ton de la confidence qu’elle lui murmura à l’oreille, sa bouche s’approchant doucement du profil de son interlocuteur « Ce qu’ils ne savent pas ne peut pas leur faire du mal. » Elle se retira tout aussi doucement, creusant une moindre distance entre eux, et haussa les épaules en feignant drôlement bien la désinvolture « Espérons simplement qu’on ne croisera pas l’un de leur parent sur le chemin, ça ruinerait ma réputation. »

Comme si sa réputation n’avait pas déjà été suffisamment entaché comme ça. Etonnamment, ça lui importait sincèrement peu sur le moment. La familiarité de Seth était un bon remède à l’angoisse qui l’avait frappée quelques longues minutes plus tôt. Elle avançait avec lui, bras dessus, bras dessous, sans éprouver la moindre once d’inquiétude au sujet du qu’en-dira-t-on. L’alcool avait sa part de responsabilité dans l’insouciance soudaine qu’elle éprouvait à ce sujet, elle qui n’en finissait plus de souffrir des ragots qu’on colportait sur son compte et du portrait peu flatteur qu’on avait fait d’elle au cours de ces dernières années. Mais il n’y avait pas que l’alcool qui anesthésiait ses scrupules. Seth avait un don qu’il ignorait sans doute, et peut-être que son influence ne trouvait racine que chez Amelia, néanmoins il émanait de lui, comme l’odeur réconfortante du tabac qu’elle avait distingué en s’approchant de lui et en lui parlant au creux de l’oreille. Si elle l’avait appelé lui, c’était pour plusieurs raisons, l’une étant que : elle se sentait bien en sa compagnie.

Elle aurait pu chercher à joindre Andreas. Outre le pathétique de cet éventuel appel, il aurait cherché à comprendre les raisons de son état en l’interrogeant sans relâche. Millie lui aurait fait savoir qu’il en était en partie responsable, l’enfonçant davantage dans le désarroi qui l’avait contrainte à se débarrasser de sa bague de fiançailles en la jetant dans le syphon d’un lavabo, pour ne plus avoir à être soumise à l’éclat aveuglant d’une histoire d’amour à laquelle elle avait cru si fort. Elle aurait pu chercher à joindre Ezra. Et là encore, elle aurait subi un interrogatoire dans les règles. Les dogmes de son pasteur de meilleur ami n’auraient fait que creuser le trou béant qu’elle avait dans la poitrine, et qu’elle s’évertuait à dissimuler en se raccrochant à la dignité qui lui restait. Cela suffisait ; elle ne voulait plus répondre aux questions, ni être contrainte à dévoiler des faits et des pensées intimes. Aussi, la seconde raison qui l’avait poussée à appeler Seth plutôt que quelqu’un d’autre trouvait sens là-dedans, dans ce désir d’échapper à cette curiosité malsaine qu’elle vivait de plus en plus mal. S’il avait ne serait-ce qu’une fois éprouvé l’envie de la questionner plus intimement sur quoi que ce soit, Seth s’en était toujours abstenu. Cette retenue, feinte ou non, elle en avait besoin, et à cette pensée, ses doigts s’agrippèrent un peu plus fermement à son bras.

Quand elle s’installa dans sa voiture, elle frissonna de nouveau. Le choc de température était moindre, mais la chaleur qu’elle avait grapillé en s’accrochant au bras de Seth était si agréable qu’elle ressentit nettement la différence, au point d’en avoir la chair de poule. Le plafonnier éclaira l’habitacle lorsqu’il se glissa du côté conducteur et qu’il démarra son véhicule, obligeant Amelia à plisser les yeux pour se protéger du flash de lumière. Elle rangea son téléphone portable dans la portière, puis l’obscurité se faisant de nouveau, elle tourna la tête vers lui pour lui répondre de but en blanc :

« Tu n’as qu’à m’emmener chez toi. » Et elle se tut brusquement pour laisser la musique faire écho aux sous-entendus distillés dans la perche qu’elle lui tendit sans trop savoir à quoi s’attendre, sans même l’avoir prémédité. Ses yeux, qui s’acclimatèrent lentement à la pénombre, se verrouillèrent aux siens – impossible d’y lire quoi que ce soit, et ce fût ce qui l’embarrassa.
Il n’y avait rien de lascif dans la façon dont ses lèvres s’entrouvrir pour lui permettre de reprendre sa respiration, pourtant elle se trouva un peu trop aguicheuse, et elle rompit soudain le contact visuel. Elle laissa échapper un bref rire en faisant basculer sa tête pour la poser contre l’appui-tête, et tout en s’incitant à regarder droit devant elle, elle reprit après un instant d’hésitation durant lequel elle se tortilla sur son siège « Au bout de la rue, engage-toi à gauche. » Elle marqua une pause « Du moins, il me semble. » Elle savait tout à fait quel chemin prendre pour rentrer chez elle, mais détendre l’atmosphère lui parut tout à coup vital. Alors dans un nouveau petit rire, elle ajouta « Ce serait une bonne idée, non ? De prendre un chemin au hasard pour quitter cette ville, même temporairement. » Son rire s’amenuisa lentement tandis que sa tête pivotait sur le côté et qu’elle concentrait son regard à travers le pare-brise impeccable de la voiture. Le ton de sa voix se fit lointain, se calant étrangement sur le rythme serein de la chanson qui passait à la radio « Ce serait le meilleur moyen d’échapper aux meurtriers, aux policiers et aux ex. L’ordre est aléatoire, vu mon état, j’ai du mal à déterminer quelle catégorie des trois est la pire. » Elle sourit à peine, et ne pouvant s’en empêcher, elle vrilla son regard vers Seth dont elle examina le profil avec un regain d’intérêt.
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Sujet: Re: lost and foundJeu 21 Sep - 23:56

Il s'était tourné vers elle, la voiture à l'arrêt, les traces d'un léger sourire encore affichées sur son visage. Le regard insondable. Et pourtant, bien sûr, il regardait ses lèvres entrouvertes. A l'instant même où la jeune femme avait prononcé ces mots évocateurs, quelque chose avait changé, dans l'atmosphère. Il ressentait à présent une certaine tension se déposer dans l'habitacle, délicieusement, s'installer dans leurs corps tandis qu'ils hésitaient, s'interrogeaient : Que voulait-il ? Que voulait-elle ? Ses lèvres étaient vraiment pulpeuses. Cette pensée lui était venue à l'esprit à de nombreuses reprises, ces dernières semaines. Et lorsque l'institutrice avait été proche de lui, lorsqu'il l'avait observée, il avait déjà éprouvé de la curiosité, de l'attrait pour son corps. L'envie de découvrir ce qui était caché. Il n'avait jamais eu la certitude que cette attirance aie été réciproque, mais à présent, le fantasme devenait accessible, et il fallait se demander s'il le voulait réellement.
Seth avait accéléré, et il suivait à présent ses indications.

Il était étrange que l'institutrice se souvienne si mal du trajet qui la mènerait chez elle, mais il mit ces doutes sur le compte de son ébriété. Et les questions et les réponses se bousculaient maintenant dans son esprit : est-ce que c'était l'alcool qui la rendait soudainement plus entreprenante, est-ce qu'elle allait finalement le regretter le lendemain ? Mais Amelia était adulte, et c'était elle qui l'avait appelé. Puis, pourquoi était-il aussi préoccupé ? Tout cela n'avait probablement aucune importance. Il ne s'agissait que de sexe. L'ancien légiste avait eu quelques histoires d'un soir, depuis sa dernière séparation, et aucune ne lui avait importé à ce point ; il fallait dire qu'aucune n'avait pris le temps de faire naître le désir de cette façon en lui, puisqu'il ne s'agissait que d'inconnues. Avec aucune d'entre elles, il n'avait pris le temps d'apprécier les moments passés ensemble, ni partagé de cafés ou écouté leurs ressentis. Puis, il n'avait emmené aucune d'entre elles chez lui, et on pouvait y voir un symbole inconscient : il n'était pas encore prêt à laisser qui que ce soit s'installer de nouveau dans sa vie.
Il suivait le fil de ses pensées, à l'image de cette route qui s'élançait devant eux, dans la nuit. Son visage se concentrait, sérieux, tout juste éclairé par intermittence, balayé par les phares blancs des voitures qu'ils croisaient.
De la radio émanait un nouveau morceau de jazz, il le reconnaissait ; c'était Night Bird, interprété par Anita O'Day. Un morceau qu'il écoutait assez souvent. Toute cette situation était étrange, et pendant qu'il s'interrogeait à propos de ce qui allait suivre, se demandait comment il aurait dû réagir à son insinuation, Amelia brisa le silence réfléchi qui s'était installé entre eux. Elle avait ce don de toujours savoir rebondir dans ce genre de situation, un sourire à brandir, une phrase qui allègerait la conversation. Il avait rarement croisé une personne aussi sociable.
Seth laissa s'échapper une exclamation mi ennuyée, mi amusée en l'écoutant.

- Je boirais à ça, si je le pouvais. La réponse convenable devrait être : le poète. Le poète est le pire. répondit-il en prenant un air d'intense réflexion. Mais bon... Si les policiers étaient des flèches, le poète ne devrait plus être un problème depuis longtemps. Et les ex(e)s... N'en parlons pas.

Quelques soirs auparavant, Sebastian avait évoqué la même idée ; prendre la route, et s'éloigner de ce lieu maudit. Cette nuit aussi lui avait paru « étrange ». Rien ne tournait rond, ces derniers temps, et Seth n'arrivait plus à se reconnaître. Tout ce qui le constituait, toute sa situation avait changé : il n'était plus un mari ou un père ou un médecin légiste. A présent, il ramenait chez elle une jeune femme qu'il avait rencontré récemment, à plus de trois heures du matin. Il ignorait où tout cela le menait, mais étrangement, il se sentait plutôt bien.

- Bizarre, tu n'es pas la première à m'en parler. continua-t-il, le regard toujours fixé vers la route. C'est comme si tout le monde voulait partir d'ici, mais personne ne le fait. Pourquoi ?

Il n'attendait pas de réponse particulière. Cette pensée était simplement apparue, flottante, pour contempler également sa propre indécision. Pourquoi ne partait-il pas ? Et tandis que cette question se formait dans son esprit, elle prenait soudain un ton excitant, plein d'espoir, une forme de « peut-être ? », qui était aussi teinté de vertige ; avant de retomber dans l'obscurité, son visage se fermant tandis qu'il pensait encore : les ex(e)s, n'en parlons pas...
N'en parlons surtout pas.

En évoquant ce sujet, il comprenait qu'Amelia tentait sans doute de le renseigner à propos de sa situation amoureuse, pour justifier la proposition qu'elle lui avait faite plus tôt, probablement, ou bien pour lui confier les difficultés auxquelles elle faisait face. La bague de fiançailles ne brillait plus à son doigt. Quelque part, il se sentait désolé pour elle, pour les échecs, pour le fait que l'amour semblait être désespéramment temporaire, et ne jamais correspondre à cet idéal que l'on entrevoyait, quelque chose de puissant et d'inexplicable, qui était capable de sauver tout le reste.
Mais il ne dit rien.
A la place, il suivit la direction qu'elle lui indiquait, et lorsqu'il se gara devant chez elle, il coupa le moteur. La radio s'éteignit en même temps, et le silence s'installa dans le véhicule. Ils ne dirent rien, pendant un moment, assis côte à côte dans la pénombre, à peine éclairés par la lumière bleutée de la nuit. Puis il la regarda, notant la fraîcheur qui s'installait sur sa peau, ses yeux brillants dans l'obscurité, et sa bouche, toujours si charnue, si attirante.

- Je devrais t'accompagner. Pour vérifier que le Poète ne t'attend pas, caché quelque part chez toi...


Mais au lieu de sortir, Seth se pencha, et il l'embrassa. Il posa ses lèvres sur les siennes, avec l'impression d'avoir attendu cela depuis très longtemps.
Ce n'était pas grave, si les sentiments étaient éphémères, s'ils n'arrivaient pas à partir et si tout cela n'était qu'une façon de retrouver un peu de la proximité qu'ils avaient perdu, ailleurs. Il faisait nuit, il était trois heures du matin ; elle avait froid.
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Sujet: Re: lost and foundVen 22 Sep - 20:52

Tacitement, Millie accepta de ne pas s’épancher davantage sur ses vieilles histoires de cœur – sur cette vieille histoire de cœur-là, car elle n’en avait pas vécu des centaines, même des plus éphémères que sa toute dernière. Et dans un souci d’apaiser l’espèce d’exaltation inopinée qui la faisait s’emballer intérieurement, désinhibée grâce aux effets miraculeux de l’alcool, elle se contraint à la retenue en serrant étroitement les jambes, enfoncée dans son siège. Entamant le premier sujet de conversation qui lui passa par l’esprit, mais toujours étonnamment réactive au moindre geste que Seth faisait en conduisant, comme dans l’attente d’une action concrète venant de lui, elle pinça doucement les lèvres.
Arrivés à l’intersection qu’elle lui avait indiquée quelques instants plus tôt, Amelia profita de sa réponse pour silencieusement lui désigner le chemin à suivre d’un geste de la main, attentive à la route, et en même temps si peu préoccupée par l’itinéraire qu’il empruntait, secrètement charmée par l’éventualité qu’il la prenne au sérieux et qu’il décide, pour lui faire plaisir, de laisser son véhicule les mener n’importe où, sauf ici.

Elle, elle saurait où aller si l’idée de quitter Fairhope se concrétisait. L’Europe lui tendait les bras depuis son enfance.  Amelia le savait, elle s’inclurait dans les paysages bucoliques d’Amsterdam sans avoir à s’échiner à apprendre la langue, à apprivoiser ses secrets, et à découvrir ses trésors, vu qu’elle les connaissait. Elle y avait passé toutes ses vacances d’été, de cinq à dix-huit ans, et ça lui manquait de ne plus être capable aujourd’hui de retrouver l’enthousiasme qui la motivait à boucler ses longues années scolaires pour préparer ses valises, s’accrochant désespérément à la promesse des visites culturelles qu’elle partageait avec ses grands-parents, ou à celle des retrouvailles avec ses amis de vacances qui attendaient son retour avec impatience, gardiens tout désignés de la cabane dans les arbres construite exprès pour elle. Parce qu’elle avait dû se construire sa propre vie, apprendre à envisager un futur à elle et s’en donner les moyens, elle avait abandonné ses voyages estivaux au Pays-Bas pour travailler et chercher sa voie. En contrepartie, elle avait rencontré Andreas. Il avait représenté un substitut à la douceur de ces jolies périodes d’insouciance, de chaleur et de bronzette près du vieux moulin. Il avait l’accent, la culture et la passion des gens de là-bas. Elle n’avait plus eu besoin de faire le voyage pour retrouver ces étés, ils étaient arrivés jusqu’à elle sans qu’elle n’ait jamais rien demandé.

Aujourd’hui, elle vivait continuellement dans un brouillard épais, une froideur cruelle, loin de l’étuve confortable qu’elle avait appris à appréciée au fil des années passées avec son fiancé. Il l’avait quitté, mettant fin à l’été interminable qu’il lui avait offert en tombant amoureux d’elle. Ça faisait qu’il n’y avait plus grand-chose qui la retenait en Alabama désormais, si ce n’était les souvenirs d’une vie paisible qu’elle avait été contrainte de mettre de côté, et l’exercice d’un métier qu’elle aimait par-dessous tout, et que finalement, elle pourrait continuer à pratiquer ailleurs si l’envie lui prenait. Et de plus en plus souvent, elle y pensait, alors pourquoi restait-elle ?
La question l’effleura en même temps que Seth la formulait à voix haute. A ce moment-là, son attention, qu’elle essayait de concentrer ailleurs que sur la courbe de son profil, se ranima pour littéralement le couver du regard. Et la chaleur qui lui manquait irradia pour mieux la réconforter, au point qu’elle en oublia de lui montrer le dernier angle de rue à dépasser.

Elle se rattrapa au dernier moment. Et constata, un peu déçue, que c’était bien chez elle qu’elle finirait la nuit. Millie soupira profondément, et le bruit plaintif de son souffle domina les dernières notes de musique qui s’échappèrent de l’autoradio. Ils étaient arrivés devant son immeuble, ce qui ne l’empêcha pas de légèrement se tourner vers Seth. Rien ne l’interdisait d’étirer les minutes, peut-être qu’au fil de la conversation, elle réussirait à le convaincre de mettre les voiles le temps de quelques heures. Il commençait à faire froid à l’extérieur, elle n’avait pas envie de s’y confronter, peu vêtue, et bien trop à l’aise dans ce cocon de tiédeur formé par Seth et sa présence.
L’extrémité de ses doigts commençait à lui picoter, s’enflant d’une multitude de fourmillements qu’elle connaissait, et qu’elle savait comment apaiser. Il lui suffisait de tendre la main, de la glisser sur son visage ou dans ses cheveux, et sans doute que ce fût pour s’y engager qu’elle remua soudain, faisant grincer les ressorts de la voiture quand elle se tourna vers lui pour de bon. Incommodée par cette position au-coude-à-coude, elle s’assit de côté sur son siège, et pencha de nouveau la tête pour la poser contre le renfoncement, cachant à peine l’état contemplatif dans lequel elle s’enfonça un long moment, les yeux rivés sur ce qu’elle voyait, même dans l’obscurité sommaire ; une barbe de quelques jours qui dévorait le bas de son visage, quelques rides qui creusaient des sillons discrets au coin de ses yeux qu’elle sentait posés sur ses lèvres. Cette image lui arracha un sourire furtif, qu’elle cacha en murmurant tout doucement :

« Merci, pour la balade. » Ses doigts tapotèrent sa cuisse sur laquelle elles les avaient posés, se donnant bonne conscience en prétendant réfléchir sérieusement à la possibilité de le toucher – comme elle l’avait déjà fait sans que ça ne lui pose aucun dilemme, mais visiblement, les choses avaient changé.

Le silence retomba. Avec un mimétisme latent, ses yeux vrillèrent pour s’attarder sur ce qu’elle distinguait des lèvres de Seth. Elles remuèrent dans la pénombre. Elle sourit en s’apprêtant à répondre à sa proposition – elle fit manquer un battement à son cœur, quand il se pencha sur elle avec une détermination qui la poussa à lui rendre le baiser qu’il lui donna, sans l’ombre d’une hésitation. Alors, elle ne chercha plus à faire preuve de raison ; elle posa une main sur le bas de son visage, et le nouveau sourire qui naquit sur ses lèvres rompit leur baiser.

« C’est la pire excuse que j’aie jamais entendue. » chuchota-t-elle sans prendre de recul, le souffle court, la voix éraillée et les yeux fermés. Elle les rouvrit brièvement avant de l’embrasser de nouveau, ayant vite pris goût à cet arôme inédit qui envahit sa langue, et la main qu’elle avait posée sur son visage se fit plus vigoureuse lorsqu’elle la glissa sur sa nuque.
Elle n’avait pas ressenti cette sensation depuis longtemps, et bien que ce fût tentant de se laisser consumer par les frissons qui naissaient au creux de ses reins, et ce malgré la position inconfortable dans laquelle elle se trouvait, elle s’interrompit de nouveau pour lui dire tout bas « Tu devrais te garer sur le parking, on ne sait jamais si ton inspection prend un peu plus de temps que prévu. »

Elle hocha la tête d’un air entendu, frottant le bout de son nez contre le sien, et tandis qu’elle détachait délicatement sa main de sa nuque, elle récupéra son téléphone portable dans la portière, l’ouvrit doucement, et après un dernier regard à l’attention de Seth, elle sortit de la voiture. Elle attendit qu’il dépasse l’angle du trottoir de sa résidence, direction le parking, pour retirer vivement ses chaussures, et rapidement, elle fit volte-face, pêchant ses clefs d’appartement dans son bustier. Chaussures et portable à la main, ce fût sans manquer de tomber plus d’une fois qu’elle sprinta jusqu’à la porte de son immeuble qu’elle ouvrit à la volée, avec la ferme intention de prendre de l’avance sur l’homme qu’elle venait consciencieusement d’inviter à passer la nuit chez elle.
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Sujet: Re: lost and foundDim 24 Sep - 22:28

Toutes ces fois où Seth et Amelia s'étaient rencontrés, il avait constaté que leurs regards se rencontraient souvent, se cherchaient, et puis, chacun de leurs gestes devenait subitement précieux. Chacun de leur geste prenait un sens démesuré. Par moment, il avait pensé qu'il sur-interprétait certains signes. Il était surpris, finalement, surpris que les choses se déroulent aussi simplement. Leurs corps s'attiraient comme des aimants ; et il se demandait comment il avait pu hésiter si longtemps, puisque tout semblait maintenant évident. Il pouvait atteindre ce visage qu'il avait souvent admiré. Goûter à ses lèvres, qui formèrent une nouvelle fois un sourire, tandis qu'elle le charriait à propos de son excuse pour s'inviter chez elle. Ils s'embrassèrent de nouveau, car ils s'habituaient vite à leur contact, comme s'ils avaient déclenché quelque chose d'inépuisable.
Sa main se posa dans le creux de son cou, et glissa vers son épaule nue, dont il sentait la fraîcheur et la douceur sous ses doigts. La sienne agrippait à sa nuque, et peu à peu leurs gestes devenaient plus assurés, leurs baisers plus profonds. Il se pencha encore un peu plus vers elle, provoquant un léger grincement à travers le véhicule, à deux doigts de l'inciter à s'étendre sur le siège. Mais elle interrompit leur étreinte, pour les ramener finalement à la raison. Son chuchotement inscrivait un souffle sur sa peau, et elle se détacha doucement de son corps, pour sortir de la voiture et l'inviter à entrer chez elle. Comme elle jetait un dernier regard entendu vers lui, il sourit légèrement, et elle claqua la portière. Sa silhouette s'éloignait, frêle et seule dans la nuit, et il se promit de la rejoindre le plus rapidement possible.

Tandis qu'il redémarrait et écartait le véhicule du trottoir pour avancer vers le parking, il prenait le temps de réaliser ce qui venait de se passer ; et à cet instant où elle avait souri, son visage proche du sien, quelque chose s'était très clairement réchauffé dans l'air. Il en avait gardé une image très précise, comme s'il avait observé ce moment à travers un microscope ; Le sourire dans la pénombre, et qui transparaissait à travers sa voix, ses cils baissés, qui avaient papillonné pour le regarder. D'un coup une appréhension vint s'immiscer à travers l'euphorie qu'il ressentait.
C'était justement la simplicité et la spontanéité d'un tel moment qui l'incita à tout remettre en question, une seconde ; comme une sorte de réflexe défensif. Et finalement, il manqua de penser que tout cela était ridicule parce que : Millie avait la moitié de son âge, qu'ils se connaissaient déjà trop pour faire ce genre de choses, et puis leur relation allait devenir étrange, car ce n'était probablement pas le bon moment. Si une chose caractérisait Seth, aujourd'hui, c'était sa propension à réfléchir et à anticiper le pire. Conséquences de la façon dont s'étaient terminées ses deux uniques histoires sentimentales ; mais l'institutrice n'avait rien à voir là-dedans. Simplement, ce qui la différenciait des autres femmes chez qui il avait passé certaines nuits, c'était les gestes tendres qu'elle lui adressait. Il crû comprendre la source de ses inquiétudes : il craignait qu'elle ne s'attache.

Il était 3h40 du matin, l'obscurité était parfaite, et il n'avait vraiment pas le temps de s'attarder sur les craintes inconscientes qui auraient pu l'empêcher de parvenir à sa porte. Ils étaient deux adultes, lui seulement un peu plus qu'elle ; les souvenirs n'avaient pas leur place dans ce qui ne devait être qu'une nuit agréable. Une seule nuit. Il pouvait bien s'abstenir de se fixer à son passé pour une seule nuit. Et en marchant dans la rue assombrie, sur le trajet qui le séparait de l'immeuble d'Amelia, il se sentit plus léger, comme s'il se vidait de certains poids à chacun de ses pas, tandis que son excitation augmentait. Il se surprit à accélérer, jusqu'à atteindre la porte, qui s'était refermée. Il sonna, et attendit qu'elle lui ouvre, le cœur battant après sa course. Puis, il grimpa les marches en vitesse, peut-être parce qu'il était euphorique, peut-être pour avoir l'air dynamique. Dans tous les cas, il arriva excessivement essoufflé devant sa porte, se promettant pour la millième fois de ralentir sa consommation de cigarettes pour palier à ce problème. Ce qu'il ne ferait bien évidemment jamais. Le bras appuyé contre le mur, penché en avant, Seth attendit qu'elle apparaisse derrière le battant de la porte pour lui souffler :

- Puisque tu es arrivée en premier, tu viens d'anéantir totalement la seule excuse que j'avais pour entrer chez toi.

Il passa près d'elle pour entrer dans l'appartement, prenant le prétexte de son inspection pour en explorer les moindres recoins, curieux. Jusqu'ici, leurs rendez-vous restaient plutôt éloignés de leur intimité, et leurs conversations consistaient en quelques informations personnelles distillées ça et là, parmi un bon nombre de railleries. Ce genre de relation leur convenait, et dans cette optique il avait pris soin de ne jamais se mêler de ses affaires, qu'elles concernent ses histoires sentimentales ou son récent changement de couleur de cheveux. Tout cela ne le regardait pas, et de cette façon ils se sentaient à l'aise, l'un avec l'autre. Ce soir bouleversait la tendance. Il franchissait les limites physiques qu'ils s'imposaient ordinairement, et pénétrait dans tout son univers d'un seul coup. C'était donc l'endroit dans lequel Millie vivait ordinairement, seule. Récemment, d'après ce qu'il avait compris ; et il sentit une certaine proximité les relier de plus belle. A quoi rêvait-elle, ici ?
Seth termina son observation pour se retourner lentement vers son hôte. Il la parcourut entièrement du regard, évocateur, avant d'ajouter avec un sourire narquois :

- Pas de poète. Donc... Je vais y aller, parce que je ne vois aucune raison de rester. Vraiment, je n'en vois aucune.
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Sujet: Re: lost and foundVen 29 Sep - 17:08

Amelia ouvrit la porte de son appartement. Ce geste qu’elle faisait machinalement tous les jours, eut cette fois-ci un véritable impact sur elle. C’était comme sortir d’une transe. Flanquée dans l’entrée, elle cligna plusieurs fois des yeux, ses cils maquillés battant l’air au ralenti. Essoufflée par sa course dans les escaliers, sa poitrine se souleva par à-coups, pendant qu’elle s’enfonçait dans la pièce à vivre plongée dans l’obscurité.
Elle posa son téléphone portable sur le secrétaire de l’entrée, laissa tomber ses chaussures dans un coin, et pivota pour en rejoindre un autre à l’angle duquel un petit tabouret servait de station à une lampe qu’elle alluma aussitôt. L’éclat tamisé qui irradia, accentuant l’atmosphère chaleureuse de son chez elle, lui permit de s’entrapercevoir dans la baie vitrée séparant l’intérieur et l’extérieur. Et l’impression qu’elle eue tout à l’heure en s’examinant dans le miroir de la boîte de nuit s’ancra en elle pour de bon, tandis qu’hésitante, elle se rapprochait de son reflet pour mieux se confronter à une silhouette – voluptueuse, ne laissant pas grande place à l’imagination – qu’elle ne connaissait pas ; à un visage – encadré par les ténèbres, les lèvres gonflées ; qui n’était pas tout à fait le sien. Que lui arrivait-il ?

S’il y avait bien une chose dont Millie pouvait se targuer, c’était de savoir exactement qui elle était. Elle était quelqu’un de bien, avec des valeurs et un courage qu’elle peinait à reconnaître parfois, mais qui l’avait pourtant aidée à entrevoir la lumière au bout du tunnel interminable dans lequel elle était coincée depuis le meurtre de sa grand-mère. Seulement, debout face à son reflet, elle n’était plus sûre de rien désormais.
Ces dernières années, on s’était appliqué à la faire douter d’elle-même, peignant son portrait de façon ostentatoire sans chercher à se rapprocher, ne serait-ce qu’un peu, de la réalité ; séductrice aguerrie, menteuse hors-pair, fausse modeste et manipulatrice, elle était devenue une héroïne de roman noir que les femmes réprouvaient, que les hommes courtisaient. Elle se regarda encore un court instant dans la vitre de son appartement, refoulant la tension nerveuse qui s’amassa dans le fond de sa gorge, et en vint à la conclusion qui la fit se détourner de ce spectacle honteux : cette nuit, elle était celle qu’on l’avait accusée d’être. C’est-à-dire une femme qui usait de ses charmes pour obtenir ce dont elle croyait avoir envie, qui n’hésitait pas à arranger la vérité pour combler le vide qui l’animait et apaiser le chagrin qui l’épuisait.

Mais était-ce vraiment le bon moment pour se lancer dans une telle introspection ? Elle n’avait pas dormi, elle était ivre – même si elle l’était moins qu’elle le prétendait. Le carillon de l’interphone la fit se redresser, et le picotement inopportun qui la fit s’éclaircir la gorge fût chassé par l’effervescence qui l’avait fait gravir rapidement les marches jusqu’à son appartement.
Elle se revoyait répondre au baiser de Seth, apprécier son contact et sa chaleur, et anticiper la suite des événements sans craindre qu’il ne la repousse. Foncièrement, Amelia savait qu’elle était en terrain conquis ; les regards qu’il lui accordait, leurs rendez-vous, souvent manqués ces dernières semaines, auxquels il semblait tenir, ses blagues auxquelles il répondait sans donner l’impression de mal les prendre, et l’attention pudique qu’il lui portait étaient tant de petits indices qui l’avait conduite à se comporter avec autant d’audace avec lui, ce soir. Aussi, elle ne prit pas la peine de vérifier l’identité de la personne qui sonnait à cette heure, actionna la commande pour déverrouiller la porte de son immeuble, et marqua une longue pause.

Dans l'attente, elle s’appuya tout contre le mur près de la porte, n’ignorant pas ce battement incessant qui animait délicieusement sa poitrine. Elle tourna la tête pour embrasser le panorama que lui offrait son appartement à cette distance. Et là encore, elle s’aperçut d’une chose.
Andy n’était peut-être plus un occupant des lieux, il était partout. Ils n’étaient pas de ceux qui exposaient des photos à chaque recoin de leur appartement pour se rappeler qu’ils s’aimaient, plutôt subtils et n’ayant rien à prouver à qui que ce soit, pourtant le livre qu’il lui avait retiré des mains pour l’emmener dans leur chambre un de ces soirs où il n’était pas de garde était posé sur la table-basse, tout comme le pull en grosses mailles épaisses avec lequel elle dormait quand il lui manquait – et c’était souvent. Le chat qui sommeillait sur le canapé, c’était lui qui l’avait baptisé. Soudainement agacée, ce fût avant que Seth ne s’annonce à la porte d’entrée qu’elle expulsa la bestiole vers le balcon, expulsant avec lui toutes ces pensées qui l’empêchaient d’appréhender sereinement ce qui allait vraiment se passer, ici et maintenant.

Elle lui rit au nez en le voyant si essoufflé devant sa porte, puis se décala de quelques centimètres à peine pour le laisser entrer, le frôlant furtivement en passant. Se gardant de réagir à son entame, Millie se fit brusquement plus silencieuse, et rejoignit un coin plus assombri de la pièce. Elle s’adossa de nouveau au mur pour observer Seth faire son inspection.
C’était étrange de voir un autre homme évoluer dans son appartement. D’autant plus qu’il paraissait curieux et intrigué par ce qu’il voyait en faisant le tour incomplet de ce qu’elle voulait bien le laisser entrevoir en réalité – sa bibliothéque pleine à craquer, son bazar de maîtresse disséminé sur le comptoir du petit déjeuner, son bon goût en matière de décoration d’intérieur et sa collection de coquillages, rangées par taille croissante, et dont les bocaux étaient soigneusement dispatchés dans la pièce. C’était la première fois qu’il laissait paraître une forme directe de curiosité à son égard, et au lieu de la déranger, la façon dont il fureta ici et là attisa quelque chose de plus en elle ; un vrai désir, une envie de proximité qui lui fit discrètement se mordre la lèvre quand il se tourna vers elle.
Elle retint un instant sa respiration. Seth ne pouvait pas être plus différent d’Andy. Outre leur profession, ils étaient le jour et la nuit. En surface en tout cas, car finalement Amelia ne pouvait prétendre connaître Seth autant qu’elle connaissait Andreas, et sans doute était-ce dernier point qui fit pencher la balance des doutes qu’elle repoussa définitivement en regardant fixement Seth.

« Moi, j’en vois plusieurs. » Elle le rejoint au milieu du salon, et attendit qu’il soit près d’elle, lui faisant face en la surplombant de plusieurs bons centimètres, pour placer ses deux mains sur sa poitrine, et les faire glisser lentement jusqu’à la ceinture de son pantalon. Elle arqua un sourcil en penchant la tête, soumettant volontairement son regard à celui de Seth « J’en vois une en particulier. »

Elle releva la tête pour le regarder. La lueur brillant dans ses yeux ne laissait plus aucun doute sur ce qu’elle avait en tête. Et pendant ce temps, sa conscience lui criait de laisser tomber, et d’aller dormir. Mais l’occasion était trop belle, et sa bonne volonté avait pris congé.
La chemise de Seth était consciencieusement rentrée dans son pantalon. Millie tira nonchalamment dessus pour l’en dégager avec un sourire, se penchant sur lui pour suivre l’ovale de son visage avec le bout de son nez. Ses mains marquèrent un temps, comme si elles réfléchissaient à quel chemin emprunter ; elles choisirent de tricoter pour défaire soigneusement la boutonnière de sa chemise, puis se juchant sur la pointe des pieds en même temps, elle plaça son visage bien en face du sien pour lui murmurer, ses lèvres se préparant à piquer doucement les siennes :

« Pour ton information: je suis probablement trop saoule pour ça. » Elle se sentit soudain obligée de le lui rappeler. Comme si, se sachant incapable d’éconduire l’envie qui l’animait, une part d’elle espérait que Seth soit assez fort pour l’arrêter.
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Sujet: Re: lost and foundSam 30 Sep - 16:04

Il aurait peut-être dû se sentir honteux. Parce qu'il se trouvait là, dans l'appartement d'un couple, qui venait tout juste de se déchirer. Parce qu'Amelia n'avait pas la force de renoncer : elle était seule. Lui-même était seul depuis presque un an. Erin se manifestait à lui chaque fois qu'il se forçait à arrêter d'espérer, à arrêter d'attendre ; elle apparaissait quelque part, son nom apparaissait quelque part, ou alors un souvenir, un résidu de ces quatre années passées ensemble. Il lui semblait bien qu'ils avaient vécu quatre années heureuses. Quatre années, et pas vingt-cinq ; il n'avait même pas eu le temps de devenir con. Il aurait certainement fini par tout massacrer, lui reprocher les sacrifices qu'il avait fait volontairement pour elle ; ou bien ils se seraient lassés, se seraient quittés en mauvais termes. Mais non, elle avait simplement aimé quelqu'un d'autre. Comment ne pas comprendre ? Ce sont des choses qui arrivent, et contre quoi on ne peut absolument rien faire.

Seth se tenait dans cet appartement cosy, et il ressemblait à ces types qui séduisent grâce à leur argent et grâce à l'aisance que la quarantaine bien tassée leur conférait ; il ressemblait à ces types qui trompent leur épouse avec une femme plus jeune et plus jolie. Il pouvait aussi bien ressembler à un snob, un mauvais père ou un raté qui s'inspectait le nombril en ressassant ses problèmes au fond d'un verre d'alcool. Amelia ressemblait à cette manipulatrice, qui utilisait son physique avantageux pour obtenir ce qu'elle voulait, pour obtenir l'attention des autres. Cacher ses travers sous des apparences trompeuses et attirantes. On donnait un nom à ce type de femme, et à ce type d'homme ; tout poussait ce genre d'individus à se rencontrer de la façon dont ils le faisaient cette nuit. Ils n'étaient peut-être rien de plus que cela. Et il se sentait déplacé, dans cet univers propre et doux, à la décoration soignée et réconfortante, introduit comme un élément grossier dans les cendres encore fumantes de ce couple dont il ignorait tout. C'était bien lui qui l'allumait, cette lueur dans ses yeux, tandis qu'elle glissait lentement ses mains le long de son buste, jusqu'à atteindre son pantalon ; et il lui rendit son regard, qui devenait moins rieur. Il la fixait à présent, et tout son corps la désirait. Il l'avait déjà désirée de cette façon, peut-être ne le savait-elle pas. Peut-être le savait-elle, et en avait joué, parce qu'il était toujours attentif à chacun de ses gestes, pendant leurs rencontres, et avait imprimé les contours de son corps dans sa mémoire, curieux de le découvrir.
Ses mains frôlaient sa peau, tandis qu'elle détachait délicatement les boutons de sa chemise, déshabillant peu à peu son torse. Puis elle se hissa sur ses pieds pour approcher son visage de celui de l'ancien légiste, et lui murmurer ce qui ressemblait à un dernier avertissement. Il marqua un temps d'hésitation, déboussolé, car cette remarque était la première qui lui indiquait que la jeune femme n'était peut-être pas tout à fait sûre d'elle. Ses gestes avaient été assurés, jusqu'ici, et son appel lui avait paru explicite. Mais les craintes que Seth avait éprouvées plus tôt ressurgissaient à présent, et le sentiment d'être une tâche sombre dans cet appartement se fit plus tenace. Il profitait peut-être d'un moment d'égarement, de sa vulnérabilité, exactement comme l'auraient voulu ces types qui l'avaient suivie des yeux dans la rue, tandis que lui s'était contenté de lui offrir un bras protecteur pour l'emmener.
Elle était vraiment jolie, vraiment parfaite, dans cette robe trop courte, qui laissait deviner les courbes de son corps. Ses cheveux devenus sombres, son aplomb soudain, lui donnaient l'impression d'être face à une autre personne. Ou bien une version légèrement différente de la Millie qu'il connaissait, celle dont il avait serré la main pour la première fois dans le couloir d'une morgue, après le décès de sa grand-mère, un millénaire plus tôt. Il savait ce que voulait celle-ci, elle le lui avait signifié, et il le voulait aussi.
Alors il se pencha et posa ses lèvres sur les siennes, parce que cette proximité le rendait fou, cette robe le rendait fou, et parce qu'il voulait les retrouver, depuis qu'il les avait quitté un peu plus tôt dans la voiture. Reprendre là où ils s'étaient arrêtés. Exalté, il repensait à ses mains, qui avaient hésité un moment près de sa ceinture ; il plaça les siennes sur ses hanches, et l'attira inexorablement vers lui. Il rompit leur baiser pour terminer d'enlever sa chemise, puis, il l'entoura avec ses bras, pour sentir sa peau contre la sienne, sa respiration tiède contre son visage ; comme une étreinte. Il plongea son regard dans le sien, comme ils l'avaient souvent fait.

Seth avait eu tord de considérer qu'elle avait changé, uniquement à cause de son comportement, uniquement à cause d'une couleur de cheveux. C'était bien Millie, cette jeune femme à qui il avait simplement essayé de faciliter la vie, au moins un peu, depuis qu'il l'avait vue se faire cracher au visage dans la file de ce café. Toutes ces attentions, qu'il lui avait portées à chacune de leurs rencontres, ne menaient pas à ce soir. Peu importait à quoi ils ressemblaient ; Seth n'avait jamais prêté attention aux commérages et aux stéréotypes. Dans les yeux de la jeune femme, il y avait de la douceur. C'était ce qui l'avait frappé, quelques temps plus tôt, lorsqu'elle avait souri, dans la voiture. Et cette douceur le ramenait sur terre. Il s'écarta légèrement, et dit d'une voix calme :

- On n'est pas obligés, si tu n'es pas sûre. 

Il pouvait simplement l'avoir raccompagnée. Ils garderaient le souvenir d'une nuit, où ils s'étaient rapprochés, sans prendre le risque de gâcher quoique ce soit. Désormais, ils avaient créé du désir, qu'il était difficile de repousser. Mais il voulait qu'elle prenne cette décision, une dernière fois. L'ancien légiste sourit légèrement, retrouvant le ton ironique qui animait leurs conversations ordinaires :

- Je ne voudrais pas que tu te réveilles en te demandant pourquoi tu as invité un vieux débris dans ton lit.

Bien sûr, il faisait référence à ses taquineries habituelles sur son âge, profitant du fait qu'elle pouvait constater à quel point son corps était tout à fait satisfaisant, en réalité. Ils retrouvaient leur bienveillance habituelle et rassurante. Le ton qu'ils se réservaient, comme un morceau de ce qu'ils avaient créé jusqu'ici, et qui n'était jamais perdu, même ce soir, même s'il avait crû l'oublier un moment. Trompé par les apparences.
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Sujet: Re: lost and foundVen 13 Oct - 18:06

Amelia n’avait pas pour habitude de nourrir de regrets. Ou alors ils étaient moindres, et elle finissait bien souvent par les négliger. Pourtant qu’importe l’issue que prendrait cette fin de soirée avec Seth, elle sentait déjà, sous les vapeurs d’alcool et d’hormones qui la firent se coller à lui toujours un peu plus, que le regret – le vrai, celui qui vous empêche de dormir et de penser –, pointait.

Qu’elle mette fin à leurs échanges de baisers et de caresses, et elle se dirait qu’elle avait eu tort de sauter le pas de cette façon ; elle n’était pas dans son état normal, et son ardeur n’était induite que par son besoin, ce soir en particulier, de se savoir protégée. Qu’elle réussisse à se raisonner en demandant à Seth de se rhabiller et de rentrer sagement chez lui, et elle se demanderait pourquoi elle avait laissé filer une occasion si parfaite d’approfondir leur relation, quelle qu’elle était à ce moment-là, quelle qu’elle serait après tout ça.  Et sur ce dernier point, elle en était absolument convaincue : combien de fois avait-elle regretté de ne pas avoir su attraper la perche que Tobias lui avait tendu lors de leur danse improvisée dans Knoll Park ? Aujourd’hui encore, il lui arrivait d’imaginer une fin différente à ce chapitre de la vie du martyr de Fairhope – comme s’il avait eu pour lui une quelconque importance, comme s’il avait eu pour elle une quelconque importance aussi. Elle aimait se dire que non, mais en attendant, elle avait la très nette impression que c’était depuis cet instant-là que tout était remonté à la surface : sa colère, son chagrin, et les regrets qu’elle prétendait ne pas avoir.

Ce fût parce qu’elle prit conscience de la situation sans issue dans laquelle elle se trouvait de toute façon qu’elle continua à embrasser Seth, cherchant encore et toujours à sentir sa peau frémir sous la pression de ses doigts qu’elle glissa jusqu’à son visage. La façon dont il l’enlaça fit naître en elle une sorte d’empressement fiévreux, et le soupir qu’elle laissa échapper avant que ses lèvres n’entrent de nouveau en contact avec les siennes prit des accents d’impatience.

En le mettant en garde une toute dernière fois, Millie lui laissait l’opportunité de choisir pour elle, sans doute parce qu’elle était certaine que le désir qui émanait de lui était aussi difficile à repousser que son propre désir. Elle comptait sur leur faiblesse respective pour arriver au bout de cette longue entrée en matière qui mettait ses sens et sa patience à rude épreuve. Il n’était pas question de savoir si c’était bien ou pas tant l’envie était présente chaque fois que sa bouche repoussait celle de Seth pour venir la chercher de nouveau, chaque fois que ses mains exploraient une nouvelle parcelle de sa peau ; elle pariait qu’ils n’auraient pas le temps de se rendre jusqu’à sa chambre. Aussi, Seth s’écarta légèrement, et plus ou moins sûre de ce qu’il se passerait maintenant, Amelia haleta profondément, au point de perdre un court instant le fil de ce qu’il lui disait, tandis qu’elle notait le déséquilibre auquel elle l’avait contraint en lui retirant sa chemise. Il était beaucoup moins couvert qu’elle, et ce fût le souffle fragile qu’elle baissa la fermeture éclair de sa robe qui resta en place, ne dévoilant rien de la dentelle de ses sous-vêtements, mais dénuda légèrement son dos. Puis relevant la tête pour regarder Seth droit dans les yeux, son cerveau raccorda les fils de sa compréhension pour en conclure qu’elle les avait sous-estimés, lui et sa volonté. Et c’était une véritable délivrance de se rendre compte qu’il en avait beaucoup plus qu’elle n’en avait ; ça leur éviterait d’avoir à s’éviter justement, ou à mettre fin à leurs rendez-vous matinaux autour d’un café. Encore que.

« Je suis sûre. » Elle marqua une pause significative pour laisser le temps à Seth d’assimiler la sincérité de ce qu’elle venait de lui répondre sans aucune hésitation. Oui elle était sûre, il y avait un mais toutefois, et jamais il ne saurait combien elle lui était reconnaissante d’avoir réussi à le lui soutirer. Passant de nouveau ses bras autour de son cou, elle reprit dans un doux murmure « Mais je serais encore plus sûre si j’étais sobre. »

Elle ne l’expliquait pas, ses yeux se remplirent de larmes quand elle laissa échapper un rire en réagissant à la boutade du jeune homme, et elle l’embrassa une dernière fois du bout des lèvres – presque chastement, d’ailleurs. La honte s’infiltra dans ses veines, chassant l’alcool et faisant retomber sa fougue, et à son tour, elle se recula légèrement en maintenant le bustier de sa robe avec ses bras pour qu’il ne tombe pas, et n’en dévoile davantage. Millie était chez elle, mais pendant une très longue seconde, elle donna le sentiment de ne pas savoir où elle était ni même où elle allait, traduisant en direct son état d’esprit actuel : elle était perdue, tout simplement. Finalement, elle se laissa asseoir sur le bord du canapé, et après avoir ravalé son amour-propre, elle lui demanda en levant les yeux vers lui :

« Tu voudrais quand même rester pour la nuit ? Juste pour dormir, je… » Elle fit mine de rouler des yeux en esquissant un bref sourire de façade pour mieux faire passer sa confession, et se donner bonne figure « Je veux pas rester seule. »
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Sujet: Re: lost and foundDim 15 Oct - 16:27

Partir aurait sans doute été une meilleure idée. Seth en était convaincu, à présent : il n'aurait jamais dû bifurquer à cet angle de rue, et puis il aurait continué à rouler droit devant lui, jusqu'à traverser les frontières de la ville. Pour aller où, cela n'avait aucune importance ; il se serait contenté d'avaler les kilomètres, jusqu'à ce qu'ils se trouvent à une distance assez éloignée de Fairhope. Ils auraient alors contredit cette phrase qu'il avait prononcé un peu plus tôt : C'est comme si tout le monde voulait partir d'ici, mais personne ne le fait. Pourquoi ?
Pourquoi ? Parce qu'ils étaient si raisonnables. Et à présent, il se tenait là où s'était tenu son ex-petit ami, et sa chemise était posée sur l'accoudoir du canapé dans lequel le couple s'était lové. Cet appartement n'avait plus grand-chose de chaleureux, depuis qu'il était hanté par les souvenirs, par l'absence ; et il ne pouvait que comprendre la confusion  ressentie par Amelia, car il avait lui aussi vécu son lot de séparations difficiles. Des successions d'achèvements, de pertes, dont il n'avait pas encore trouvé de sens, puisqu'il n'avait encore rien reconstruit. C'était peut-être cette période très particulière de leur vie qui les avait mené là ce soir, et cet empressement à retrouver de la chaleur humaine, à reproduire par certains aspects la relation qui leur manquait. Il devenait une présence rassurante auprès de la jeune femme, et il le savait. Sa personnalité et son expérience intervenaient au moment opportun où l'institutrice avait besoin de se sentir sécurisée et réconfortée. L'ancien légiste avait accepté cet état de fait, en répondant à son appel, mais il le savait à présent : il n'avait pas sa place ici.
Debout au milieu des restes de ce couple saccagé, il n'était venu que pour une seule chose. Sentir son corps, ses frissons, et ses halètements se mêler aux siens. Accéder aux désirs qu'il entretenait toujours plus à chacune de leur rencontre, et qui devaient bien mener quelque part, jusqu'au soulagement. Alors, quand elle lui avoua qu'elle préférait faire marche arrière, il éprouva de la déception, et une certaine frustration face à cette robe qui était sur le point de la dévoiler. Face à son propre corps, aussi, qui la réclamait. Mais Seth ne regrettait pas d'avoir insisté à lui soutirer une réponse, et il sourit légèrement, lorsqu'elle l'embrassa pour la dernière fois. Les yeux remplis de larmes, elle manifestait enfin l'état d'esprit qui l'animait et qu'il avait crû ressentir au cours de la soirée : un mélange de solitude, et d'alcool triste qui la forçaient à trouver un refuge auprès de lui. Il connaissait bien cet état. Et il n'avait aucune envie de ressentir du plaisir là où se trouvait de la douleur ; des yeux tristes et une gorge serrée.
Silencieux, il s'écarta d'elle, interrompant le rapprochement qui s'était imposé entre eux si subitement, et un léger sentiment d'embarras s'installa dans cette distance. Il s'activa à ramasser sa chemise, l'enfiler et la reboutonner sous les yeux d'Amelia, qui semblait embarrassée par le revirement de cette soirée. Mais qui semblait aussi n'avoir aucun contrôle sur toute cette situation.
Lorsqu'elle lui proposa de rester lui tenir compagnie pour la nuit, la réponse se présenta immédiatement et clairement à lui : Non. Non, et d'ailleurs, pourquoi le ferait-il ? Il ne voyait aucune bonne raison de rester, puisque sa venue n'avait pas aboutie à ce qu'ils avaient espéré tous les deux. Ça n'était simplement pas le bon soir, ni les bonnes circonstances. Ou bien, tout cela n'avait été qu'un moment d'égarement, une gigantesque erreur qui ne se reproduirait plus jamais, à partir du moment où il aurait franchi les portes de son appartement. L'institutrice avait confondu de personne ou de relation, s'était trompée de numéro, s'était trompée sur ses propres envies. Pourquoi rester, dans ces circonstances ? Et pourtant, comme elle se tenait là, perdue, et qu'il se tenait là, perdu ; et comme il avait en mémoire leurs conversations et leurs rendez-vous matinaux, il répondit :

- D'accord.

Il ne lui posa aucune question, ne lui proposa pas d'expliquer ses larmes ou ses ressentis ; il comprenait.

Quelques heures plus tard, il s'était réveillé tandis que le soleil se levait à peine. Ses rayons froids éclairaient le visage de Millie, étendue près de lui, un bras replié sous sa tête. Ils étaient proches, et ils l'avaient été toute la nuit, partageant un espace à la fois distant et intime. Il avait observé ses paupières closes, sa chevelure foncée qui caressait sa peau, pendant un moment. Sa respiration était lente et profonde, comme une vague qui tire, puis relâche, à fréquence régulière. Elle était particulièrement belle, et ce constat lui avait donné un pincement au cœur, avait troublé légèrement la constance confortable qui s'était déposée durant leur sommeil, dans la chambre. Ils s'étaient endormis tout habillés, et lorsqu'il se leva en faisant quelques gestes pour défroisser légèrement sa chemise, il laissa un creux dans ses draps, à la place où il s'était allongé. Seth avait ensuite fumé une cigarette sur le balcon, surpris par la présence d'un chat qui s'était faufilé entre ses jambes pour entrer. Il était resté là pendant plusieurs minutes, les yeux dans le vague. Il avait rejoué le fil de cette nuit si particulière qu'il venait de vivre, s'en extirpant peu à peu. Et puis il était parti.


Sujet terminé
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