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 Better than revenge

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bad blood - we live here

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◆ Manuscrits : 1837
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Sujet: Better than revengeVen 18 Aoû - 16:15

Millie ne s’était pas rendue à l’office du dimanche depuis un bon paquet d’années. C’était donc à la surprise générale qu’elle avait fait un détour par l’église ce matin-là. Après s’être réveillée d’une très courte nuit, elle avait tenté de se rafraîchir les idées sous le jet d’une douche glacée, puis avait enfilé une tenue adéquate, plutôt sage, mais estivale et colorée. Elle avait pris le temps de natter ses cheveux bruns maintenus par des attaches invisibles, dégageant son visage adoucit par un maquillage frais et discret ; sa tenue du jour lui donnait des allures de princesse en représentation. Son succès auprès des enfants n’avait rien d’étonnant quand on la regardait attentivement, et lorsqu’elle avait grimpé les marches du perron de l’église pour s’y installer discrètement, elle n’avait pu échapper aux murmures et aux questions entourant sa visite impromptue. On avait beau la savoir très proche du révérend Frey, elle ne brillait pas par sa présence d’ordinaire. Que faisait-elle ici aujourd’hui dans ce cas ? Essayait-elle de renouer avec le Seigneur dans l’espoir qu’Il lui pardonne les péchés qu’on lui avait tant reproché, ou venait-elle pour parader et démontrer que, quoi que l’on raconte à son sujet, elle continuerait à ne pas se laisser atteindre ? Il y avait un peu de tout ça dans la démarche de l’institutrice. Aussi, elle avait ignoré les regards indiscrets, s’en remettant à celui d’Ezra qu’elle salua d’un sourire encourageant lorsqu’il commença son sermon. Elle avait du mal à déterminer la raison de sa désertion religieuse, mais probablement que ça avait quelque chose à voir avec le laxisme latent de ses parents à ce sujet. Entériné par la rancune tenace qu’elle nourrissait peu à peu à l’encontre de ce qu’elle considérait davantage comme un abus de faiblesse et une usurpation, son rapport avec la religion était devenu houleux. Ezra lui avait conseillé de pardonner, et bien qu’elle s’évitait le douloureux souvenir de leur dernière conversation, elle avait une confiance aveugle en la bonne parole prêchée par son meilleur ami, si bien qu’elle tentait de faire un effort pour lui en lui démontrant par sa présence qu’elle était capable de tourner la page et d’aller de l’avant, de pardonner à ceux qui l’avaient offensée, et de retrouver la voie paisible qu’elle avait quitté quelques temps, s’étant bêtement laissée charmer par le chant entêtant de la vendetta.

Cette comédie durerait le temps qu’il faudrait. Millie avait confiance en sa capacité à la jouer sur une durée indéterminée de toute façon – autant faire de ce que la bien-pensance considérait comme un défaut une arme à utiliser avec parcimonie. Car en réalité, depuis que Ruby Swann était entrée en contact avec elle, le sentiment que quelque chose ne tournait définitivement pas comme il le fallait au sein de l’enquête menée par les forces de l’ordre de Fairhope la gardait éveillée. Elle avait beaucoup réfléchi à la proposition de la jeune femme et au rôle qu’elle tentait de lui faire endosser. Comme le confirmait le message texte qu’elle lut à la dérobée entre deux versets récités par le pasteur, et qui confirmait le rendez-vous qu’elle lui avait proposé en fin de matinée, elle était en passe de prendre les mesures nécessaires pour donner un coup de pied dans la fourmilière et pour libérer sa parole en rejoignant la résistance, pour l’instant silencieuse, de Ruby Swann.

Elle était anxieuse à l’idée de se confronter à son propre récit des évènements, mais dans un même temps, elle ne cessait d’y penser pour mieux en peaufiner les détails – elle avait déjà pris des décisions, comme son refus de citer ne serait-ce qu’une seule fois le nom de Jesse. Elle ignorait encore quelle serait la méthode de Ruby pour la mettre en scène, et leur prochaine rencontre devait l’éclairer à ce sujet. C’est pourquoi elle ne s’attarda pas sur le parvis de l’église. Ezra était entouré de sa cour de fidèles dont elle remarqua qu’il tenta de s’échapper plusieurs fois pour venir lui parler. Avant qu’il ne le puisse, elle tourna les talons et préférant s’oxygéner avec l’air marin qui fit s’échapper quelques mèches de sa coiffure en couronne, elle délaissa sa Prius, et rejoignit l’avenue de Beach Road à pied, direction le quartier résidentiel.

Elle ne sut sur quel bouton appuyer pour prévenir Ruby qu’elle était devant son immense portail, et elle marqua un temps d’hésitation. Un doigt posé sur le cœur de sa bouche, elle se jucha graduellement sur la pointe de ses talons pour tenter de jeter un coup d’œil par-dessus les remparts de ce château devant lequel elle passait régulièrement quand elle rendait vite à Ezra, ou encore quand elle rejoignait son père sur la marina pour l’écouter dérouler sa science en matière de pêche aux crabes. Elle comprenait mieux pourquoi cette bâtisse lui était toujours apparue si inaccessible ; elle l’était et pour des raisons louables, compte tenu de l’identité de celle qui y résidait. Millie descendit de sa marche de fortune, tandis qu’une pointe d’angoisse la fit déglutir bruyamment et reconsidérer son statut dans toute cette affaire. Elle avait été accusée à tort et s’apprêtait à faire équipe avec une victime de celui qu’on avait voulu qu’elle soit – il n’y avait pas plus savoureux comme retournement de situation, et si elle s’interdit de profiter de l’instant, elle ne put contenir le sourire rentré qui étira ses lèvres lorsqu’elle remarqua que le portail commençait tout doucement à s’ouvrir pour lui dégager l’entrée.
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Sujet: Re: Better than revengeLun 28 Aoû - 2:13

Shoes était rouvert depuis quelques jours à présent, le studio de danse de nouveau rempli des quelques rires des élèves, ainsi que le bruit des membres qui craquaient, la laque qu’on appliquait soigneusement sur les pointes neuves et la l’odeur si particulière du parquet... Tout ça faisait de nouveau parti de la vie de Ruby et cela ne déplaisait pas du tout à la jeune brune. Elle avait eu une certaine appréhension en poussant la porte du studio un plus tôt dans la semaine, le lieu ayant été vidé depuis si longtemps que cela lui paraissait tellement étrange… étrange de pousser la porte des vestiaires et de se changer, d’enfiler son justaucorps, de nouer ses cheveux dans un chignon propre et droit et de s’étirer. Pourtant, la trentenaire l’avait fait, les mains un peu tremblantes mais elle l'avait fait.

Reprendre sa vie là où elle l’avait laissé avant la mort de Tobias allait être difficile, elle avait été habitée dune telle colère et d'une telle rage en apprenant la nouvelle... Des émotions qui l’avaient laissée complètement froides et plus que tout vidée, à force de parcourir la ville, sur son vélo, sa caméra dans son sac, à essayer de trouver quelqu'un qui voulait bien parler. Peu était ceux qui voulaient le faire, beaucoup voulait se distancer de cette affaire, faire comme si de rien était, s’en remettre aux jugements des autorités. Et surtout, peu de gens comprenaient sa cause. Que cherchait-elle au juste ? À faire son intéressante ? À se faire un peu de sous comme cette chère Laura ? À tourner la page ? Ruby avait offert un sourire sans aucune saveur à l’infirmière qui lui avait posé cette dernière question… comme si tourner la page était une possibilité, quelque chose qu’elle pouvait faire comme ça. Comme si. C’était bien pour cette raison que Ruby avait décidé de rouvrir Shoes, pour raviver l’espoir, pour faire comme si… Comme si elle était libre, car danser avait toujours été sa seule vocation, la seule chose qu’on ne lui avait pas pris lors de cette nuit. Alors elle allait danser…

Elle avait chargé Marissa de rappeler tous les parents de ses élèves, de leur offrir de plates excuses et de leur rembourser le mois de cours que leur chère progéniture avait manqué. Ruby ne voyait là que de bons moyens d’éviter les conversations désagréables, la politique l’ennuyait, c’était sur les planches qu’elle évoluait, et au milieu de ses élèves, elle avait pu laisser sa tristesse et sa confusion se mêler et s’emmêler, se défaire, se débattre, se révéler. D’ordinaire, ses chorégraphies avaient quelque chose de mélancolique, un semblant de liberté, les ballets mis en scène parlaient d’amour, de rêves à avoir et à accomplir, mais pas cette dernière semaine. Non... il n’y avait eu que des coeurs blessés, trahis, bafoués, des visages masqués… Elle avait été surprise quand Amelia l’avait contactée, sa conversation avec la professeur lui semblant comme une anomalie, ce n’était pas son genre de laisser transpirer autant d’émotions négatives, muette oui, mais elle avait toujours espéré montrer au monde son coté le plus doux. Tout ça pour quoi pas vrai ? Le monde lui avait ri au nez et lui avait donné encore plus de cicatrices.

Aussi, Ruby ne savait pas quoi attendre de cette entrevue et elle s'était réveillée perplexe, préférant rester dans le grand pull confortable qu’elle portait encore pour dormir. Elle s’était jurée de ne plus porter les vêtements de son ex, mais les habitudes avaient la vie dure, surtout quand la brune réalisait qu’elle n’avait pas accueilli quelqu’un chez elle depuis longtemps. Il y avait bien eu Micha mais ce n’était pas pareil, elle connaissait Ruby et la présence de Louise avait suffi pour détendre l’atmosphère. Ruby ne connaissait pas Amelia, elle ne savait pas si elle pouvait la ranger dans la catégorie ami et surtout, elle ne savait pas encore si elle pouvait lui faire confiance, l’inviter chez elle était prendre un gros risque. Ruby sursauta presque, manquant de faire tomber son verre de jus d’orange au moment où la sonnerie se fit entendre, sonnerie qui indiquait que quelqu’un se trouvait devant le portail et ce depuis plus d’une minute, ça devait forcément être Amelia. Elle dévala les escaliers à grandes enjambées rapides, s’arrêta pour attraper un jean troué qui trainait dans sa pile de linge sale et elle l’enfila avant de descendre un étage supplémentaire et apercevoir le visage d’Amelia sur l’écran de son système de sécurité, il n’était plus question de faire marche arrière, se dit la brune avant de la laisser entrer. Tandis que le portail s’ouvrait, Ruby ouvrit la porte d’entrée, son regard se posant bientôt sur Amelia qui montait l’allée qui menait à sa demeure.

La danseuse remarqua plusieurs choses, le changement de couleur de cheveux de l’autre jeune femme et à quel point elle était belle dans sa robe taillée pour une silhouette comme la sienne. La brune signa un simple bonjour, et après une profonde inspiration, elle laissa Amelia rentrer chez elle. La demeure, imposante et immense n’avait qu'un seul habitant et Ruby guida l’autre brune au second étage dans un silence quasiment religieux, une chose commune dans la grande bâtisse. Dans la pièce à vivre principale, Ruby invita Amelia à s’installer sur le canapé d’un geste de la main et s’empara de son ardoise pour faciliter la communication. Bonjour. Merci d’être venue, je ne pensais pas que vous me contacteriez après notre première entrevue. Ruby ne voyait pas l’intérêt de lui mentir, Amelia avait de bonnes raisons de l’ignorer et de rester le plus loin possible d’elle. Vous voulez quelque chose à boire ? Thé ? Café ? Jus de fruit ? La brune n'oubliait pas ses bonnes manières, et ce meme si elle savait que son coeur cesserait de battre à cette intensité une fois qu'elle serait de nouveau seule chez elle. Ou alors on peut rentrer directement dans le vif du sujet. Je ne veux pas vous faire perdre votre temps. Car après tout, Amelia faisait partie des vivants, elle avait surement beaucoup mieux à faire en ce dimanche après-midi.

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Sujet: Re: Better than revengeLun 11 Sep - 14:15

Millie avait fait ses devoirs. Elle répondit sans hésitation au bonjour signé de Ruby, et accepta l’invitation silencieuse de la maîtresse des lieux à rentrer chez elle. L’espace dans lequel elle s’engouffra était impressionnant et lui fit lever la tête pour admirer l’architecture moderne et épurée qu’elle avait devant les yeux, de quoi confirmer l’avis qu’Amelia s’était déjà fait concernant la jeune femme qu’elle suivit d’un pas léger ; elle avait du goût, une classe innée qui la rendait fascinante, et cette démarche aérienne qu’elle trouvait si jolie lui rappela la danseuse de sa boîte à musique – la boîte à musique qu’elle avait expédié à Tobias, et dont elle n’était pas sûre de la réception. Le silence qui régnait entre elles était désarmant, mais l’institutrice estima qu’elle devrait apprendre à s’y faire. Et tandis qu’elle empruntait un chemin indiqué par Ruby, elle se mit à réfléchir à ce qui l’attendait. Sauf qu’elle devait bien admettre qu’elle n’en avait aucune idée. Ruby lui avait dit vouloir entendre son histoire pour faire la lumière sur les nombreuses erreurs commises par la police dans la résolution de l’affaire du Poète, mais il restait tant de questions qu’elles n’avaient pas abordées toutes les deux, qu’elle commença à en dresser une liste mentale – et cette liste mentale était sans fin.

Amelia avait l’habitude de poser des questions. Son métier la mettait dans une position particulière, une position dans laquelle elle se devait de jouer régulièrement les idiotes pour faire progresser ses élèves à grand renfort de problèmes et d’inconnus. Evidemment, ce n’était qu’une stratégie de base pour obtenir de la bouche des enfants les réponses qu’elle connaissait déjà, loin d’être aussi idiote qu’on aurait aimé qu’elle soit. Ici aussi, elle poserait des questions, mais contrairement à d’habitude, elle ignorait tous des réponses. Elle avait beau les avoir retournées dans tous les sens, analysant le moindre énoncé qu’elle pensait avoir en sa possession, elle était soudain passée de maîtresse à élève. Les réponses qu’elle attendait ne lui faisaient pas particulièrement peur, mais elles l’enfonçaient dans un questionnement perpétuel qui l’avait sans doute aidé à reconsidérer la demande de Ruby. Au-delà de son statut de victime qui aurait dû lui suffire pour comprendre sa démarche, Millie ressentait une curiosité irrésistible à l’encontre des véritables intentions de la jeune femme ; il ne s’agissait pas d’aider la police à attraper celui qui l’avait torturée, mais à dénoncer leur bévue et leur manque de volonté. Il y avait de quoi être dérouté.

« J’ai préféré prendre le temps de la réflexion. Je suis moi-même étonnée, pour tout vous avouer. » Tout en lisant l’ardoise de Ruby, elle s’assit à la place qu’elle lui assigna « Je n’ai jamais voulu parlé de tout ça à qui que ce soit. » Le jupon de sa robe ne lui permettant pas de croiser les jambes, elle croisa plutôt les chevilles, et joignit ses deux mains sur ses genoux après avoir déposé son sac à main à ses pieds. Elle se sentait légèrement engoncée dans sa tenue du dimanche en comparaison à Ruby qui paraissait si confortable dans le large pull qu’elle portait sur le dos. Elle lui sourit, refusant d’un signe poli de la tête sa proposition de boisson « Je suis venue ici de mon plein gré, mon temps est le vôtre. » lui rappela-t-elle gentiment lorsqu’elle lui parla de temps perdu, et elle poursuivit, roulant ses lèvres l’une sur l’autre avant toute chose « J’ai beaucoup réfléchi comme je vous l’ai dit. Et je suis prête à m’engager dans le projet dont vous m’avez parlé, mais si je peux me permettre… » Elle se redressa légèrement, se repassant le film des funérailles de Tobias en avance-rapide. Amelia revit Ruby enchaînée à son ardoise, les yeux larmoyants, un masque de tristesse et de détermination fiché sur le visage, et elle sut que la question qu’elle s’apprêtait à poser était délicate – et que finalement, elle en connaissait la réponse, mais elle avait besoin d’en être certaine. Elle ne s’interdit donc pas de la poser « Pourquoi maintenant ? » finit-elle par annoncer, et elle attendit patiemment que la jeune femme griffonne sur son ardoise.
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Sujet: Re: Better than revengeDim 17 Sep - 23:56

Ruby n’avait pas quitté l’autre jeune femme des yeux, l’observant se faire à son nouvel environnement et l’univers plus qu’épuré de la danseuse. Elle se souvenait encore du moment où elle avait posé son premier carton dans cette gigantesque demeure, confortée par le silence et ce que ce dernier pouvait lui apporter. Son petit appartement de Fairhope Avenue était hanté par cette nuit fatidique, elle n’y était retournée qu’une seule fois après son agression, une seule fois pour remarquer que les services de police n’avaient pas réussi à faire partir la marre de sang dans la cuisine et qu’ils n’avaient pas non plus pris soin d’effacer les empreintes de doigts sur le téléphone correctement. Elle en avait eu la nausée, c’était là-bas qu’elle avait failli mourir, là-bas qu’elle avait dû lutter pour sa propre vie alors bien entendu, elle avait été incapable de rester. Ruby avait fait ses cartons sans vraiment y penser, emportant peu de souvenirs, préférant recommencer à zéro. Mais c’était la peur qui avait guidé ses gestes, l’effroi qui l’avait poussée à faire installer cet immense système de sécurité et ses cauchemars qui avaient été ses seuls amants pendant les premières nuits, pendant presque toutes les nuits.

Ruby revenait de loin et avoir quelqu’un, presque une parfaite étrangère dans son salon, était déjà le début de quelque chose. Peut-être le début d’une vraie guérison mais ça… la brune en doutait vraiment. Elle porterait ses cicatrices pendant quelque temps, serait-elle un jour capable de tourner la page ? Au moins, elle n’était plus effrayée par sa propre ombre, les cours de boxe qu'elle prenait depuis bientôt un an l’avait aidée à canaliser son énergie et son anxiété latente, c’était le début de quelque chose. Mais sa colère, sa frustration... elles étaient revenues lors de l’enterrement de Tobias, bouillante et dévastatrice et ne lui permettant pas de passer à autre chose. Elle hocha la tête face au discours d'Amelia, pas besoin de se perdre en formule de politesse, pas besoin de se perdre tout court, autant aller droit au but, c’était une chose que Ruby pouvait respecter.  La dernière question de l’autre brune lui arracha l’ombre d’un sourire, Ruby prenant elle aussi place sur un des confortables fauteuils de son salon. Elle s’installa en tailleurs, son ardoise juchée sur ses genoux et les premiers mots arrivèrent, presque assassins et punitifs. Pourquoi pas maintenant ? Répondre à une question par une autre interrogation n’était certainement pas juste, mais Ruby ne voyait pas par où commencer. Elle se voyait mal se livrer à Amelia, les confessions n’étaient pas son fort, et il n’y aurait pas eu assez de place sur cette ardoise pour expliquer sa peine ou ce noeud dans le ventre qui ne la quittait pas, qui ne la quittait plus depuis plus de deux ans.

Le marché n’était pas équitable, elle avait souffert physiquement une nuit, tout ça pour quoi… rester handicapée le reste de sa vie ? Est-ce qu’elle n’avait pas assez payé à la naissance ? Donner sa voix n’avait pas été suffisant, il fallait tout prendre maintenant ? Noyer ses espoirs dans l’oeuf et la contraindre à un silence quasiment éternel ? Ruby ne pouvait pas vraiment l’expliquer, mais plus qu’en colère, elle se sentait amère et fatiguée. Elle en avait assez de devoir s’excuser, de devoir faire des efforts, de gérer ses propres peurs, ses propres angoisse, elle voulait aller de l'avant et à chaque fois qu’elle tendait les bras vers quelque chose de concret, on lui brûlait la peau, encore et encore.
Je ne suis pas folle. Je sais que cela ne va pas ramener Tobias, ou Laurel, ou effacer ce que j’ai vécu ou ce que beaucoup ont vécu. Elle pensait à Adam en montrant les mots suivants à Amelia, elle pensait à Laura, à Rose, à Mary… Personne ne reviendrait, plus jamais, certaines histoires étaient finies beaucoup trop tôt, sans absolument aucune raison et bientôt personne n’y penserait plus. Ça semblait tellement injuste, injuste que certaines vies persistent et pas d’autres. Ce n’était pas la première fois que Ruby ressentait ce sentiment, pourquoi est-ce qu’Il l’avait laissé en vie ? Pourquoi pas Laurel ? Pourquoi pas Rose ? Elles qui étaient jeunes, qui auraient pu se mouvoir, rire, chanter, crier et apprécier tout ce que le monde avait à offrir. Tout ce qui n’était pas encore pourri ou cruel, tout ce qui était encore comme elles.. complètement pur.

Mais non, c’était Ruby qui était coincée ici, à écouter son coeur battre avec les larmes aux yeux, à se demander pourquoi. Ça ne fait pas vraiment de sens. Rien ne faisait de sens depuis quelques mois et Ruby ne faisait que tourner en rond. Pas depuis la mort de Tobias, pas depuis qu’elle s’était assise devant cette caméra. Elle avait presque l’impression d’avoir un but, presque l’impression d’avoir trouvé sa propre place dans ce géant puzzle. Bon ou mauvais, rationnel ou pas, elle n’allait pas laisser tomber ce sentiment non, elle allait s’y accrocher de toutes ses forces. Pour moi, il y a plus que les annonces officielles de la police et plus que les récits des journalistes. La vie n’est pas aussi simple, Tobias n’est pas mort des mains du Poète et pourtant beaucoup ont jugé sa mort nécessaire. Ça vous parait juste vous… que n’importe qui puisse jouer les juges ? Si c’est ça, alors moi aussi.

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Sujet: Re: Better than revengeVen 22 Sep - 16:13

C’était inédit de la part de Millie ; la verve silencieuse de Ruby fit soudain naître au plus profond d’elle-même un sentiment étrange de colère, à tel point qu’elle en oublia Tobias et les interrogations qu’elle nourrissait à son sujet. Elles étaient toutes les deux dans le même bateau, alors pourquoi sauter sur la moindre de ses questions pour faire preuve de cynisme et de sarcasmes, quand vraiment, Amelia était venue en paix, prête à entendre et assimiler ce que Ruby attendait d’elle ? Elle n’était pas ici pour qu’on la punisse, encore moins pour qu’on la juge en la prenant de haut comme Ruby semblait le faire. Qu’elle veuille s’attribuer le rôle de juge était une chose, mais pour l’heure, elle refuserait d’être son cobaye dans ce domaine. Elle se redressa sur son siège, se raidissant à vue d’œil, indisposée par le ton peu amène qu’elle percevait au travers des écrits de la jeune femme.

Cette rudesse qui émanait de la gracile Ruby la rendit davantage inconfortable, saucissonnée dans cette tenue endimanchée qui avait fait parler les paroissiennes et fait se retourner leurs chers maris sur son passage, si bien qu’elle tira sur le bas de sa robe fleuries, un peu comme une petite fille prise la main dans le pot de confiture. Elle comprenait plus que bien la fureur qui animait la jeune femme. D’une part, elle avait subi l’horreur ; désignée par le meurtrier comme étant sa prochaine victime, elle avait réussi à s’en sortir, lui échappant de justesse. Comme si ce n’était pas suffisant, le traitement qu’on lui avait infligé suite à son agression n’avait pas été juste ; elle se souvenait que Ruby lui avait avoué que la police avait mis son témoignage en doute, et Dieu savait qu’elle comprenait mieux que personne la frustration que ça engendrait d’être prise pour une affabulatrice. Ruby avait souffert, Ruby souffrait, Ruby souffrirait probablement encore longtemps… Il y avait vraiment de quoi être enragée et de montrer les dents à chaque intervention extérieure. Mais l’attitude on ne peut plus acerbe qu’elle distinguait à travers les mots qu’elle griffonnait sur son ardoise, et qui lui était destinés, la blessait profondément en plus de la faire bouillir de l’intérieur ; Millie n’avait pas besoin de ça maintenant. Elle se reposa sur ce sentiment immédiat de révolte, et sans réellement y accorder une réflexion poussée, elle ne put s’empêcher de lui rétorquer, sur la défensive :

« Ruby, écoutez. » Elle inspira très fort par le nez, faisant hausser ses épaules et vaciller son souffle qui s’hachura quand elle expira. Elle descella ses mains qu’elle avait posées sur ses genoux, et dans un même mouvement, elle verrouilla son regard teinté d’irritation à celui de son hôte « Je ne suis pas venue pour me battre, que les choses soient claires. J’ai suffisamment eu à me défendre face à la police et aux médias, je n’ai pas besoin que vous me jugiez par rapport aux questions que je vous pose en toute innocence. » Elle marqua une très courte pause durant laquelle elle modéra son ton avant de reprendre, les mains tendues devant elle, prêtes à appuyer son propos « Comme je vous l’ai dit, on a beau m’avoir attribuée le rôle de la protagoniste dans cette histoire, on n’a pourtant pas jugé bon de me mettre au courant du scénario. Alors soyez indulgente, et tout se passera pour le mieux, s’il vous plaît. Je veux vous aider, vraiment. » Elle inspira de nouveau, plus calmement. Dans son élan, elle se leva pour venir s’asseoir à côté de Ruby, juste sur l’accoudoir de son fauteuil. Amelia ne la toucha pas, restant à une distance sécuritaire pour ne pas la brusquer ou la mettre mal à l’aise, et d’une voix qu’elle empruntait souvent pour parler à ses élèves, elle reprit « On pourrait tenter de trouver un sens à tout ça ensemble, non ? Mais j’ai besoin de savoir ce que vous attendez de moi exactement. Je ne sais pas quel genre de juge je ferai, il faut que vous me guidiez. » Elle fronça les sourcils « Aucune mort n’est nécessaire. Je connaissais Tobias – assez peu, mais ça compte. » Pour elle en tout cas. Du reste, elle ne saurait jamais si son échange avec Tobias avait eu un quelconque impact sur lui. Elle estompa le rouge qu’elle avait sur les lèvres en les pinçant l’une contre l’autre, et dans un petit sourire emprunté, prenant tout à coup à cœur de détendre l’ambiance, elle chuchota très rapidement « Je prendrais bien un petit verre d’eau finalement. »
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Sujet: Re: Better than revengeDim 24 Sep - 2:16

Ce fut un soupir qui s'échappa des lèvres de Ruby face au ton qu'employait Amelia pour lui répondre. Elle effaça les mots ancrés sur son ardoise d'un revers de la main, maudissant soudainement la craie et le fait de ne pas pouvoir s'exprimer normalement. Non, elle n'avait pas de voix à faire entendre, il n'y aurait pas d'inflexions impérieuses dans sa voix, elle ne pouvait pas hurler, pas faire passer la déception via différentes intonations et différents octaves. Non, elle n'avait que ses mains et cette ardoise quand les gens autour d'elle ne maniaient pas son langage à elle. La frustration était grande, Ruby vivait avec, un peu comme un drapeau qu'elle devait porter en permanence mais face à l'incompréhension d'Amelia, les choses étaient encore plus difficiles à avaler. La brune réalisa dans le même temps que l'opinion de l'autre femme ne comptait absolument pas, elle ne pouvait pas la forcer, elle voulait uniquement faire passer devant son objectif les gens qui le voulaient bien et qui étaient prêts à s'exprimer librement, sans aucun coup de montage subjectif et sans qu'elle fasse en sorte de déformer leurs mots.

Ruby voulait montrer tout ça, les gens normaux, normaux au possible qui faisaient de leur mieux pour vivre au milieu du foutoir créé par le Poète, par la police, par les médias et les curieux. Ni plus, ni moins. La brune avait le coeur lourd, Amelia ne savait pas à quel point il lui coûtait de s'ouvrir à ce point, d'accepter de la recevoir chez elle et décider de la faire participer à son petit projet. Il n'y avait pas de justification, Ruby ne savait pas quel genre de réponses attendaient Amelia, peut-être que tout ça était égoïste, stupide mais elle n'en avait que faire, maintenant elle faisait ça, demain, dans quelques mois, les choses seraient différentes et elle aviserait à ce moment-là et pas avant. Ruby finit par se lever, désireuse de mettre un minimum de distance entre elle et Amelia, histoire de se rappeler pourquoi est-ce qu'elle avait accepté qu'elles se retrouvent ici en premier lieu. Elle hocha la tête et se dirigea vers le coin cuisine de cette immense pièce à vivre, le silence régnant à présent... seulement pour être dérangé par le bruit caractéristique de l'eau qu'on versait dans un verre. Ruby revint lentement vers Amelia et plaça le dit verre en face d'elle, avant de poser un regard qui se voulait plus que fatigué.

Ruby n'avait aucune raison d'essayer autant, elle n'avait aucune raison de prêter attention à ce qu'Amelia venait de lui dire ou qu'elle lui dirait dans le futur. C'était une tragédie, l'horreur même qui les avait réunies ici, pas autre chose. Il n'y avait absolument rien à célébrer, rien à honorer et absolument rien à défendre. Aussi, s'efforçant de garder une expression mesurée, Ruby s'empara une nouvelle fois de son ardoise, choisissant ses mots avec le plus grand soin. Je ne veux pas de votre pitié. Surtout pas. Elle montra son ardoise à Amelia, un de ses sourcils dressé, seul signe que ce point-ci avait son importance pour elle. Peu importe l'agression, peu importe ses cordes vocales non fonctionnelles, peu importe tout ça, Amelia ne devait pas la traiter différemment parce qu'elle était elle. Elle ne l'acceptait pas, elle ne l'avait jamais accepté et elle n'avait jamais laissé son handicap la mettre de coté. Pas quand cela avait failli lui coûter la vie. Ou alors Ruby devait commencer à croire à la théorie d'Arthur, le très nouveau capitaine de la brigade de police persuadé que le Poète l'avait laissée en vie pour cette raison. Cela ne changeait rien au fait que Ruby était tout aussi capable qu'Amelia, absolument rien. Je n'ai pas l'intention de vous raconter toute ma vie, ni tout ce qui s'est passé depuis l'agression ou depuis la mort de Laurel. Cela ne servirait à absolument rien et Ruby ne tenait pas spécialement à en parler. Oui, sa vie avait été chamboulée depuis qu'elle était à Fairhope, il était impossible de le dénier, mais elle n'avait jamais été du genre à se plaindre et encore moins à s'épancher sur le moindre petit détail qui régissait sa vie ou non. La vie continuait...

Je veux juste que vous vous asseyez en face de la caméra et que vous racontiez votre version des faits, sans que je vous interrompe, sans que qui que ce soit essaye de déformer votre vérité. Car Ruby savait à quel point on se sentait démuni quand on finissait par allumer son poste de télévision, pour réaliser que plus rien ne nous appartenait. Pas même l'horreur qui était venue frapper à notre porte et encore moins le passé que l'on pensait en sécurité. Les gens se délectaient des nouvelles sans comprendre la misère qui se cachait derrière chaque mot, sans comprendre que derrière chaque fait divers, chaque anecdote, il y avait un lot de larmes, un lot de vies brisées. C'est tout ce que je veux. conclut Ruby. Elle ne savait pas si ce discours-ci parviendrait à rassurer Amelia ou à chasser ses doutes, mais au moins, on ne pourrait pas lui rapprocher d'être franche ou de mâcher ses mots. Je ne suis pas à la recherche d'un meurtrier ou de réponses. Mettre sa propre vie en danger ou celle d'Amelia n'était pas prévu au programme, mais rester assise sur ce fauteuil ou dans sa villa plus que protégée était également exclu.

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Sujet: Re: Better than revengeDim 1 Oct - 16:07

C’était l’accumulation de tout et de son contraire qui poussa Millie à répondre, sur la défensive.
« Est-ce que c’est ce que je vous ai demandé ? Est-ce que textuellement je vous ai supplié de me raconter votre vie, de me raconter ce qui s’est passé depuis votre agression, depuis la mort de Laurel ? » Elle n’attendait aucune réponse évidemment, son interrogation relevant plus de la rhétorique que d’un besoin vital de lire l’ardoise de Ruby une nouvelle fois.

Sa voix avait résonné dans la pièce, se répercutant sur les murs aseptisés de la demeure surprotégée de la jeune femme. L’écho de son emportement l’indisposa, et tout à coup, elle se leva de l’accoudoir qu’elle avait rejoint à peine quelques minutes plus tôt, n’y tenant plus. Amelia n’était pas parfaite, loin s’en faut ; elle était cependant extrêmement patiente. Elle travaillait avec des enfants après tout, des enfants à un pas de rentrer dans l’âge ingrat et qui lui donnaient chaque jour un peu plus l’occasion de démontrer à quel point elle savait se montrer persévérante, tolérante et débonnaire. Mais Ruby n’était plus une enfant ; elle était volontairement agressive et discourtoise, et qu’importe qu’elle le soit pour se protéger des autres et de leurs mauvaises intentions à son égard, il était intolérable pour l’institutrice qu’elle en oublie cette évidence : elles étaient toutes les deux dans le même bateau. Il n’y avait pas lieu de se lancer dans un tel rapport de force pour obtenir ce dont elle avait besoin pour quoi, pour continuer à avancer, et tourner la page souillée du carnet de sa vie ? Elle pouvait le comprendre. C’était d’ailleurs tout à son honneur, mais qu’elle l’accepte ou pas, ses méthodes n’étaient définitivement pas les bonnes.

C’était elle qui était venue la chercher dans l’espoir de recueillir son témoignage, et maintenant elle espérait qu’elle le lui donne sans même prendre le temps d’envisager les soucis qu’elles encourraient si la police les prenait de nouveau en grippe, comme elle avait pris Tobias en grippe, et quel genre de garantie avait-elle le droit d’espérer dans ce cas de figure ? Ruby voulait qu’elle se confesse, mais Ruby ne voulait pas partir à la recherche du meurtrier, encore moins à la recherche de réponses ; s’intéressait-elle seulement à ce que Millie voulait vraiment, elle ? Apparemment pas, et c’est ce qui la dissuada finalement de s’investir dans ce qu’elle lui proposait ; parce qu’elle avait l’impression que l’échange ne se ferait que d’un seul côté, exactement comme à l’époque où elle s’était fait interroger par la police, et ça la replongea dans de douloureux souvenirs qu’elle repoussa en se laissant progressivement envahir par l’indignation.

La colère de Ruby était visiblement contagieuse. Après un petit rire rentré, Millie s’avança dans la pièce, les deux mains posées sur le bas de son visage, et secoua la tête ; elle n’aurait jamais dû venir.
« Je n’ai pas pitié de vous ni d’aucune autre des victimes. En revanche, je suis triste, parce que contrairement à ce que vous pensez, je ne suis pas un robot. » Elle fit un tour sur elle-même pour adresser un regard à Ruby qui s’était dirigée vers la cuisine « Moi aussi j’ai perdu des gens depuis cinq ans. Ma grand-mère, l’une de mes meilleures élèves, et plus que ça encore. Je n’ai pas été attaquée, mais c’est tout comme, et n’espérez même pas que je m’excuse de comparer ce que j’ai vécu à ce que vous avez vécu en tant que victime directe du Poète. » Son regard se durcit distinctement, sa mâchoire se crispa en même temps que ses sourcils se froncèrent, se rejoignant pour lui donner un air sévère qui ne lui allait pas. Et tandis qu’elle récupérait son sac à main lesté au pied du canapé, elle poursuivit « Je ne peux pas faire ça, pas dans ses conditions. Pas en ayant l’impression d’être face à quelqu’un qui pense que me traiter comme le sujet d’une expérimentation fera avancer les choses. » A elle non plus, on ne pouvait pas lui reprocher de faire preuve de malhonnêteté. Elle qui avait si souvent usé de contrevérités pour s’en sortir à son avantage venait de faire un grand pas vers une toute nouvelle façon de fonctionner, et d’envisager qu’on arrête enfin de l’écraser. Amelia s’affirmait enfin, et ce fut en haussant les épaules qu’elle conclut « Je ne peux pas parler pour dire de parler, je l’ai suffisamment fait, et voyez où ça m’a menée. » Elle marqua un court temps, puis opinant une dernière fois la tête, elle chuchota doucement en passant devant le comptoir de la cuisine, dans l’idée de partir « Je suis désolée. »
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Sujet: Re: Better than revengeVen 6 Oct - 20:37

« Je suis désolée. »
Le silence de la demeure était soudainement dérangé. Et Ruby n’en avait pas l’habitude, personne ne venait jamais ici à moins d’avoir une bonne raison de le faire, personne ne venait se perdre de son côté de la plage et elle ne pouvait pas vraiment les blâmer. Pas du tout d’ailleurs, pour eux, la vie était différente, Poète ou non, la vie de la danseuse avait toujours été différente et il n’y avait rien qu’elle pouvait faire pour changer cela et elle ne voyait pas comment faire comprendre à Amelia qu’elle se trompait lourdement à son sujet et qu'il n’y avait aucune raison de diriger sa colère contre elle. Ruby n’était pas en colère justement, c’était autre chose qui l’animait à présent et elle se contenta de poser son ardoise sur la table et de croiser les bras sur sa poitrine et elle laissa Amelia dire ce qu’elle voulait. Ce qu’elle avait sur le coeur, car la brune ne savait pas ce que l’autre femme était venue chercher ici mais Ruby n’allait pas lui apporter une bonne dose de réconfort et passer à autre chose. Elle n’avait pas menti et lui avait dit ses intentions dès le début, si c’était trop pour l’autre femme, elle savait à présent et elle ne pouvait guère la retenir.

Ruby aurait pu répondre, laisser d’autres mots venir s’inscrire ici sur son ardoise et démentir un à un les dires d’Amelia mais elle n’en avait pas envie. Elle n’avait pas envie de se justifier dans sa propre demeure. À quoi bon ? L’opinion que l’autre femme avait de sa personne ne la dérangeait absolument pas, le fait quelle ne comprenne pas ce qu'elle cherchait à faire non plus, Amelia exerçait son droit, elle avait une voix, elle voulait s’en servir pour déranger l’air autour de Ruby et souiller sa demeure, parfait, elle savait déjà à quoi s’en tenir. Ruby le savait déjà, Amelia et elle vivaient dans des mondes diamétralement opposés, Amelia était née avec une voix, avec le sourire et peut-être qu’avant Fairhope, avant les meurtres et l’horreur, peut-être qu’avant tout ça elle avait toujours réussi à s’exprimer comme elle le souhaitait et qu’elle avait toujours réussi à obtenir ce qu’elle voulait, en travaillant pour ou pas. Peut-être que c’était la première fois qu’elle se trouvait confrontée à une telle difficulté, qu’elle était propulsée au devant de la scène de la sorte, qu’on analysait ses propos et qu’on doutait d'elle. Peut-être que les cinq dernières années de sa vie avait été un cauchemar en effet… Mais Ruby ne pouvait pas compatir, non, elle se trouvait de l'autre coté du miroir, il y avait toujours eu quelqu'un pour remettre en doute la véracité de ses propos, pour questionner ce qu’elle avait vraiment voulu dire, ce qu’elle avait vraiment voulu hurler au reste du monde. Et personne ne prenait vraiment la peine d’écouter, tout se répétait aujourd’hui et Amelia glissait lentement dans la catégorie des gens commun.

Ruby ne lui en voulait même pas, elle était trop habituée pour que cela la dérange, trop habituée pour avoir une vraie réaction, aussi, elle se contenta simplement d’hocher la tête, pas surprise du tout par le fait qu’Amelia se dirige vers la sortie. Au revoir, signa simplement Ruby, tant pis si l’autre femme ne la comprenait pas, il n’y aurait plus rien entre elles à présent, l’histoire d'Amelia resterait la sienne et Ruby irait chercher quelqu’un d’autre qui voudrait bien comprendre et surtout qui voudrait bien écouter le silence qu’elle avait à offrir. Ce n’était pas Amelia alors tant pis, elles resteraient des étrangères et tout ce que Ruby pouvait faire à présent était lui ouvrir la porte et passer à autre chose. Et ce fut exactement ce qu’elle fit, son expression demeurant impassible et inchangée, un désintérêt profond que l'autre jeune femme interprétait comme elle voulait, Ruby n'était pas d'humeur à appliquer un sourire automatique sur son visage, pas cette fois-ci, elle songea un instant aux excuses d'Amelia et hésita à en formuler elle-même. Non, cela avait été tellement hypocrite dans les lèvres de la blonde, désolée pour quoi ? Elle ne voulait pas parler juste pour parler, c’était précisément ce qu’elle venait de faire et l'ironie de la situation était probablement visible unique pour Ruby qui se contenta de lui ouvrir la porte, se disant que c'était définitivement la dernière fois qu’elle invitait quelqu'un ici.

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