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 but it's just a supercut of us

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bad blood - we live here

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◆ Manuscrits : 78
◆ Arrivé(e) le : 21/05/2017
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Sujet: but it's just a supercut of usLun 28 Aoû - 2:46


——————————————
In my head, I play a supercut of us
All the magic we gave off
All the love we had and lost
And in my head...


MAI 2016

Simon n'était pas particulièrement fier de son mensonge. Qui n’en était pas vraiment un quand il y songeait vraiment. Amber lui avait dit qu’elle allait travailler un peu plus tard que d’habitude, il l’avait rassurée, lui avait dit qu’il allait boire un verre avec quelques amis, quelques connaissances. Le propriétaire du petit tabac à coté de son ancien salon de tatouage était plus qu’intéressé par le panneau à vendre qui était venu agrémentée la devanture, désormais propre, des locaux de Simon. Il essayait de le convaincre avec quelques bières et le grand blond laissait l’autre homme penser que ses blagues vaseuses et sa compagnie étaient suffisantes mais c’était autre chose qui l’animait et c’était pour une toute autre raison qu’il avait voulu se rendre dans ce bar si particulier du centre ville, son regard perdu au loin, fixé sur une jeune femme en particulier.

Non, Simon n’en était pas fier, du tout, mais suivre Caroline faisait partie d’une seconde nature pour lui et il arrivait toujours à la trouver dans Fairhope, toujours. Elle était la raison pour laquelle il avait débarqué en Alabama, sans un sous en poche et avec pas la moindre idée de ce qu'il allait faire de sa vie. Il n’y avait pas eu de plan, ou peut-être qu’il se voyait taper à la porte de l’endroit qu’elle considérait désormais comme sa maison pour lui révéler la vérité et … ensuite quoi ? Simon, plus naïf et plus jeune à l’époque avait prévu d’improviser. Mais il avait été cloué sur place par l’adolescente qu'il avait vu, encore plus par son sourire et par la vie parfaite qu’elle semblait mener depuis l’accident qui avait scindé la famille Harrington en deux. Quelque part, oui, c’était complètement égoïste, mais Simon aurait voulu la voir malheureuse, il aurait voulu être son héro, celui qui la protégeait de tout et qui la faisait sourire comme… comme avant. Sauf que Caroline n’avait plus deux ans, elle n’allait plus se réfugier dans les bras de son grand frère dès que les remontrances de leur mère arrivait et elle ne butait plus sur son prénom, plus de « imon », plus de rires… Il avait été lâche, pour la première fois, incapable de lui faire ça, de l’arracher à cette vie parfaite, il avait préféré la laisser rêver, avait rangé son coeur loin et il l’avait observée de loin.

Pas depuis la prison, pas depuis qu’il avait quitté Mobile et sa cellule et les cauchemars qui le hantaient encore. Amber avait été sa priorité, ils avaient leurs propres cicatrices et la blonde avait perdu quelque de trop important pour que cela puisse être ignoré. Mais s’il y avait bien quelque chose que Simon ne pouvait pas faire, c’était ignorer Caroline, et regarder la météo tout en prétendant ne pas le faire n’était pas sain, l’observer de loin non plus mais… le blond préférait de loin cette alternative-là. Tant pis si ses intentions n’étaient pas louables, tant pis s’il passait pour un pervers fini, après la prison, tout ça n’avait pas d’importance, il avait juste besoin de voir qu’elle allait bien et ensuite il pourrait tourner la page. Pour quelques semaines. Jusqu’à ce que ses pieds le guident de nouveau devant son immeuble sur Fairhope Avenue, pathétique vraiment, si Amber savait… Sauf que Amber ne savait pas, que c’était le seul secret que Simon possédait encore, malgré tout, malgré toutes les promesses et qu’il savait qu’elle ne lui pardonnerait pas. « Allez je te paye un autre verre et après on pourra parler de mon idée si jamais tu acceptes mon offre. »

Simon n’écoutait pas vraiment l’homme en face de lui, il se contenta d’un simple hochement de tête, ses yeux bleus rivés sur Caroline, qui n’était décidément pas une petite fille, il avait vu les têtes se tourner sur son passage à son arrivée et il avait senti son poing se serrer en même temps qu'un sentiment de fierté l’envahir. Mais une chose était certaine, Simon ne voulait pas que sa soeur finisse avec quelqu’un comme lui, elle méritait mieux, pas de doute là dessus. Il fut pratiquement sur ses deux pieds quand il finit par discerner du mouvement de la part de la blonde, chose qui surprit son interlocuteur, oui, pas très discret. Simon soupira intérieurement et il chercha une excuse débile, prétextant une envie pressante de ... cigarettes et il vida sa bière rapidement, jugeant que oui, le gout lui avait définitivement manqué et finir par sortir du bar lui aussi, cherchant son paquet de cigarettes dans sa veste en cuir. Il ne s’attendait certainement pas à tomber nez à nez avec Caroline, le bleu de ses yeux si similaire au sien. Les souvenirs lui revenaient à toute vitesse, il se rappelait encore de la fois où après s’être fait grondée, elle avait essayé de fuir le domicile familial, son sac préféré sur les épaules, c’était Simon qui l'avait arrêtée, surpris par l’audace de sa trop jeune soeur. Il lui avait promis qu'un jour ils finiraient par fuir ensemble.

La réalité le rappela à l’ordre quand il fit tomber son paquet de cigarettes sur le sol, juste devant elle. « Shit. » murmura le grand blond, se penchant pour partir en quête de ses clopes, maudissant ses mains tremblantes. Simon n’était jamais nerveux, non, surtout pas quand on savait qu'ils s’étaient déjà parlé et qu'elle allait surement le prendre pour un type un peu trop collant, ni plus, ni moins.

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Sujet: Re: but it's just a supercut of usDim 10 Sep - 15:58

Elle le sentait, ce regard posé sur elle. Il pesait sur un nuque, cuisant comme l’esquisse d’un tout nouveau tatouage, la démangeant férocement sous la cascade de cheveux blonds qu’elle se sentit soudainement obligé de replacer avec un mouvement de tête aérien. Les conversations allaient bon train autour d’elle, mais Caroline avait du mal à s’y intéresser. Juchée sur un haut tabouret, ses jambes couvertes par le jupon d’une robe étoffée, coupée à la perfection pour flatter sa silhouette, elle tacha de se donner bonne contenance en allant pêcher une olive dans son verre à cocktail, puis suça le bout de ses doigts, séchant les quelques gouttes de martini qui rendirent brillantes sa manucure du jour. Elle avait l’habitude de l’attention, des regards insistants tournés dans sa direction. Elle avait choisi un métier qui la plaçait directement sous le feu des projecteurs, dans une société où l’image avait une importance capitale, et compte tenu des atouts qu’elle avait à son avantage, elle était considérée comme une vraie petite célébrité au sein de la communauté de Fairhope. On l’arrêtait dans la rue pour lui demander des selfies, on investissait ses réseaux sociaux pour lui faire des éloges ou des reproches… Et elle aimait ça. Elle avait assez de caractère pour reprendre la situation en main lorsque ses admirateurs allaient trop loin, oubliant parfois qu’elle n’avait rien d’un singe à qui il suffisait de lancer des cacahuètes pour la faire agir à leur guise ; elle avait toujours refusé d’être suivie par une quelconque forme d’escorte afin d’assurer sa sécurité. Ses employeurs avaient insisté, mais elle avait fini par démontrer qu’elle était la plus à même d’assurer sa propre protection. Se rendant accessible, elle n’avait jamais été la cible de quiconque, et elle ne craignait pas de se faire attaquer. Elle avait survécu à New York, ce n’était pas à Fairhope qu’elle risquait quoi que ce soit, n’en déplaise au meurtrier qui sévissait et qui s’attaquait aléatoirement aux habitants de la ville qui la regardaient chaque jour si fidèlement.

C’était à cause de ce regard posé sur elle qu’elle se sentait autant en sécurité. C’était étrange. Il n’avait rien de menaçant. Si tel avait été le contraire, elle s’en serait aperçue, et aurait agi en conséquence pour faire passer l’envie à cette personne de la regarder avec autant d’audace – en engageant des poursuites judiciaires, par exemple. Ça serait facile... Si seulement elle savait qui la regardait ainsi. Elle avait tenté à maintes reprises de surprendre cette personne en train de l’espionner, et elle s’était sentie plus que stupide à héler des inconnus dans la rue en les questionnant avec véhémence sur leurs intentions à son encontre, et sur le pourquoi de leurs œillades incessantes ; on l’avait accusée de perdre les pédales face au poids de la célébrité, mais il n’en était rien, et elle avait très bien su se dédouaner – par des pirouettes impliquant son charisme indéniable, on finissait toujours par tout pardonner à Caroline. Mais il continuait à la transpercer, ce regard, de part et d’autre, chaque fois un peu plus longtemps et un peu plus fort, faisant naître doutes et contradictions, tandis qu’elle restait convaincue que, malgré les conclusions qu’en aurait tiré les professionnels, ça n’avait absolument rien de malsain.

Il n’était pas si tard que ça, mais Caroline commençait à fatiguer, occupée à déployer toute son énergie à démêler cette histoire de regard protecteur, quoi que suspect, et d’attention. Elle avait quitté la station de radio après une réunion de travail mouvementée au cours de laquelle sa répartie avait fait des merveilles, détendant l’atmosphère pesante qui flottait dans l’air au moment où la question de coupes budgétaires avait été mentionnée ; elle n’était pas friande de bavardages administratifs, et son côté comédienne avait fait des émules auprès de ses collègues lorsqu’elle avait déclamé qu’ils en parleraient plus tard. Ça, c’était plusieurs heures plus tôt. Maintenant, elle avait les yeux perdus dans le contenu de son verre, un peu comme si elle espérait que l’image de l’individu qui la surveillait apparaîtrait soudain devant elle. Tout à coup, elle se donna un coup de fouet et siffla les dernières gouttes de sa boisson qui lui picotèrent la langue. Elle se leva d’un bond pour rassembler ses petites affaires, enfila sa veste en jean, rechaussa sa capeline en feutre, et salua le barman après lui avoir déposé un pourboire généreux sur le comptoir. D’un pas conquérant, elle s’engagea vers la sortie. Au regard qui la contrariait tant s’ajoutèrent des dizaines d’autres qui la suivirent quand elle passa la porte du bar pour rejoindre le parking.  

Ce n’était pas une surprise : elle avait oublié l’emplacement sur lequel elle avait garé sa voiture. La pénombre ne l’aidant pas à faire le point sur la ribambelle de véhicules qui s’étalaient devant son regard, elle soupira fort. Sa mémoire n’était pas fiable, c’était son plus gros défaut, et évidemment, elle avait tendance à l’oublier – quelle blague. Après avoir glissé frénétiquement son sac sur son épaule, elle actionna la commande sur sa clef pour déverrouiller son carrosse, espérant sur l’allumage de ses phares la mettrait sur la piste. Mais rien ne se passa, et alors qu’elle se maudissait, arrachant rageusement son chapeau de sa tête, et plantée à quelques centimètres de l’entrée du bar, une voix se fit entendre derrière elle. Elle fit volte-face pour suivre les mouvements de l’homme qui s’était penché pour ramasser son paquet de cigarettes.

Sa main se resserra sur sa capeline qui se ratatina sous la pression de ses doigts qu’elle crispa douloureusement. Il se releva. Ses yeux trouvèrent tout de suite les siens. Et en un déclic….
« Je me souviens de vous. » Elle-même fût surprise par ce qu’elle avançait – sa satanée mémoire ne pouvait-elle pas être effective quand il le fallait ? Surtout que, finalement, elle eut bien du mal à dater le moment précis où elle avait rencontré cet homme ; six mois, un an, deux, ou plus ? Elle se raidit sans le vouloir, et fronça les sourcils, ne pouvant se résoudre à lâcher des yeux ceux qu’elle s’obstinait à fixer sans ciller. Elle connaissait ce regard, elle le connaissait, elle… « Vous me suivez ? »
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Sujet: Re: but it's just a supercut of usLun 18 Sep - 0:13

Simon n’était pas un menteur.
Non, il n’excellait pas dans la catégorie, il n’était pas particulièrement doué pour cet art-là, il arrivait, le plus souvent, à orienter la conversation dans le sens qu'il voulait et ce sans aucune difficulté particulière. Plus jeune, on l'avait qualifié de fauteur de troubles... Tout simplement parce que les âmes les plus belliqueuses et les moins recommandables trouvaient une certaine logique dans ses propos et acceptaient de suivre ses ordres sans vraiment trop y réfléchir. Il avait dit à Amber que c’était un don dont il était pas particulièrement fier mais qui l’avait sorti de mal de mauvaises situations. Situations dont il était souvent l’élément déclencheur. Face à sa femme, Simon ne mentait plus depuis des années, les choses étaient différentes depuis leur mariage, il avait promis de ne plus trainer dans les mêmes affaires qu’avant, regarder de l’autre coté, laisser son business servir de passe et de couverture, c’était fini tout ça, seul Amber comptait à présent et c’était pour le mieux. Certes, accumuler de argent était plus facile avant mais il ne regrettait absolument pas d’avoir raccroché, savait qu’il devait s’estimer heureux d’être reparti vivant de ce genre de business, peu pouvait en dire autant.

Et pourtant, elle était , la seule ombre au tableau, juste en face de lui, à quelques centimètres seulement, ses yeux bleus plantés dans ceux de Simon, une expression de pure surprise sur le visage. Ils avaient probablement la même expression sur le visage, assurément, mais celle de Simon se changea dans une grimace à peine voilée aux mots de Caroline. Oh si seulement, si seulement elle pouvait se souvenir de lui, si seulement elle pouvait lui attraper la main comme au bon vieux temps et l’entrainer dans une aventure dont elle seule avait le secret. Simon avait envie de repartir à cette époque, où tout était plus simple, beaucoup plus simple. Au fil des années, il s’était souvent interrogé, demandé ce qui serait advenu de lui, d’elle, d’eux, si la famille Harrington avait tenu, si leurs parents avaient pu les élever, si Caroline aurait réussi à supporter ce grand frère protecteur… Il se serait surement amusé à faire fuir les prétendants un peu trop collants et elle l’aurait remis à sa place en lui rappelant qu’elle n’était plus une petite fille, peut-être que pendant les longs jours d'été ils se seraient lancés dans leur road trip et qu’elle aurait été avec lui sur la route, dans sa voiture, à chanter à tue-tête et à dormir à la belle étoile. Ça le peinait rien que d’y penser, il en avait le souffle coupé, happé par ses propres regrets alors il rangea tout ça dans un coin de son esprit comme il savait si bien le faire et hocha la tête, allumant sa cigarette.

« Non… » Son intonation était à peine convaincante et Simon se retrouva à tirer sur ce bâton de nicotine comme si sa vie en dépendait. Il n’aurait pas dû venir là ce soir, il aurait dû attendre Amber et s’occuper de sa femme, comme tous les soirs, c’était une putain de mauvaise idée d'être ici. Tout comme ce mensonge, un de plus au tableau, un de plus alors qu’il pouvait tous les deux les libérer, lui dire la vérité là, et regarder sa réaction, toujours la clope au bec. Il y avait peu de chance qu’elle le croie, elle le traiterait surement de fou, un fou qui venait chambouler sa vie avec des années de retard. Et Simon ne pourrait pas vraiment la blâmer, il ne voyait pas vraiment ce qu’il pouvait lui offrir à présent. Il sortait à peine de prison, il arrivait à peine à maintenir Amber debout, non franchement, l’équation était plus que mauvaise pour elle. « … Oui, autant que je sois honnête sur ce point. » finit par souffler Simon, il réalisait l’ironie d’une telle chose et se retrouva à se maudire intérieurement. Il avait envie de faire demi-tour, de souffler des excuses et de la laisser vive sa vie, tout simplement.

Sauf que ce n’était pas lui, sauf qu’il était complètement incapable de tourner la page sur eux. Il avait fait en sorte, pendant toutes ces années de ne pas l’oublier, courant après les bribes de souvenirs comme un fou, comme quelqu’un de désespéré. il avait brisé des règles pour la retrouver et encore plus pour être là, ce n’était pas pour tout simplement tout envoyer valser maintenant qu’il était perdu dans ses propres mensonges. Il se reconnaissait mal en face de Caroline et c’était bien ça le problème, car il ne savait pas s’il devait simplement être Simon ou essayer d’être ce grand frère qu’elle n’avait jamais eu.  « Mais ce n’est pas aussi bizarre ou malsain que ça en a l’air… » Simon réalisait bien en disant cela qu’il n’arrangeait rien à son cas, il finit par ranger son paquet de cigarettes dans la poche de son blouson en cuir et il ajouta : « Je ne suis pas un fan qui a du mal à passer à autre chose ou quoi que ce soit du genre, je suis casé et tout... »  Simon lui montra son alliance, il pensa quelques secondes à Amber, il pouvait déjà voir son regard empreint de tristesse et de déception si elle venait à apprendre l'existence de Caroline et de ce qu’elle représentait pour Simon. Il était coincé là aussi, incapable d’avoir tout ça à sa femme, incapable d'être lâche devant elle, incapable de lui avouer qu’il préférait être un parfait étranger dans les yeux de sa soeur que de savoir qu’elle l'avait vraiment rayé de sa mémoire. Il devait bien résider quelque part là, sous les mèches blondes, et cette simple possibilité lui allait parfaitement. « C’est juste au cas où… » finit par marmonner Simon, presque fatigué de se chercher des excuses.

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Sujet: Re: but it's just a supercut of usMer 20 Sep - 15:09

Caroline n’était pas paranoïaque. Néanmoins, dans la situation présente, il y avait de quoi se laisser bercer par son chant mélodieux. Elle regretta d’avoir cédé à l’appel du cocktail, l’alcool ne l’aidant vraiment pas à prendre un peu de hauteur pour observer ce qui était en train de se passer. Après une longue seconde de stupeur, elle se raidit face à la silhouette qui se développait face à elle, son ombre s’allongeant dans l’obscurité à mesure qu’il se redressait, dominant l’entrée du bar sans avoir à rouler des mécaniques. Si elle sentait ses membres se crisper, ses doigts se cramponnant farouchement à son sac, à ses clefs et à son chapeau, elle ne craignait pas l’homme qu’elle toisa prudemment, et à qui elle finit par s’adresser sans émoi, si ce n’était cette sensation familière, inexplicable. Elle aurait dû rebrousser chemin sans regarder derrière elle et suivre les conseils donnés par la municipalité et par son père concernant les dangers encourus à se promener seule dans les rues de la ville en ce moment, sauf que ses pieds étaient rassemblés en un bloc, impossible à soulever.

L’air de rien, et parce qu’elle n’était pas totalement dépourvue de jugeote, même sous l’effet d’un choc incompréhensible, elle jaugea ses chances de s’en sortir s’il venait à lui tomber dessus. Le bougre avait l’air costaud, pas particulièrement baraqué, mais il s’entretenait, et ça se voyait. Elle se chassa aussitôt ces pensées de la tête, son regard se ranimant soudain lorsque qu’une flamme jaillie du briquet avec lequel l’homme alluma sa cigarette. Une lueur de lucidité qui lui permit de reprendre ses esprits, et d’accueillir sa réponse avec flegme. Elle ne put s’empêcher d’apprécier sa franchise, et sa voix résonna à son oreille comme un doux carillon, confirmant peu à peu le signal que sa mémoire tentait de lui faire passer : elle en était sûre, elle le connaissait.

Encore un instant, Caroline le regarda, plissant les yeux pour mieux distinguer ses contours, tandis qu’elle furetait dans ses souvenirs, à la recherche d’autres informations au sujet de cette impression grandissante qu’elle avait de l’avoir déjà vu – de lui avoir déjà parlé ? Ça en revanche, elle ne saurait l’affirmer. Ses parents s’étaient parfois inquiétés des difficultés qu’elle rencontrait à garder des souvenirs en mémoire. D’après eux, elle n’avait jamais connu aucun traumatisme, mais elle était beaucoup tombée lorsqu’elle était enfant, dont une fois à cheval. Cet accident lui avait valu plusieurs jours d’hôpital et un beau plâtre rose-bonbon que toutes ses amies avaient signés dès son retour en classe, mais inutile de préciser qu’elle ne s’en souvenait pas vraiment, comme tous les pépins qui lui étaient tombés dessus depuis, tous les chocs physiques et émotionnels qu’elle gardait en elle, dissimulés derrière des barricades trop hautes pour qu’elle ne puisse les atteindre, et desquelles elle préférait se détourner, parce que c’était plus facile de cette façon. Mais ici, et c’était étrange, la barricade ne lui paraissait pas si hors d’atteinte. Ses doigts se détendirent lentement.

Compte tenu de son impression permanente d’être examinée de loin, sa première réaction avait été de lui demander s’il la suivait, ne serait-ce que pour s’assurer qu’elle n’avait pas divagué tout ce temps, à sentir les cheveux se dresser sur sa nuque. C’était à ce moment-là que le déclic c’était fait, appuyée par la réponse franche et nette qu’il lui accorda. La barricade qu’elle avait face à elle n’avait pas besoin d’être grimpée ; il suffisait d’utiliser la clef qu’il semblait lui tendre de bon gré pour ouvrir la porte et entrer. De façon perceptible, la tension qui maintenait Caroline droite sur ses deux pieds disparut pour de bon, lui permettant de faire un pas vers lui, un sourcil dressé.

« C’est souvent quand on se défend avec autant de conviction qu’on est précisément ce qu’on nie être. » Elle avait plusieurs exemples en réserve, mais étonnamment, elle s’abstint de révéler ses déboires libidineux devant un illustre inconnu. Sa phrase lui sembla insensée, mais elle n’en fit pas cas, et haussa les épaules en risquant un second pas pour se confronter directement au regard qu’il lui adressa, tandis qu’elle ignorait l’observation de l’alliance qu’il lui brandit sous le nez.

« Si j’étais elle, je me ferais quand même du souci. Pister à longueur de journée les nanas dans mon genre, ça finit toujours par une partie de jambes en l’air dans un motel sur le bord de la route. » Son sourcil s’arqua davantage, lui donnant un air sévère qu’elle ne réussit pas à garder bien longtemps, tant elle ne pouvait s’empêcher de sourire ; elle était bizarrement soulagée. Et elle le fût encore plus quand ses yeux se mirent à danser dans ses orbites, se calant sur le mouvement de ceux du jeune homme qu’elle avait dans son champ de vision. Ces yeux. Cette nuance de bleu. Cette forme précise. La longueur de ses cils. Dans un mouvement de recul sautillant, elle fronça brièvement les sourcils, et après un tour sur elle-même, elle rejoignit le bout de trottoir qu’elle avait quitté quelques secondes plus tôt, riant sans trop savoir pourquoi « Vous m’observez. C’est flatteur, et je suis prête à prendre vos explications en compte, mais si vous avez quelque chose à me dire ou à me demander, autant ne pas tourner autour du pot, ça devient préoccupant. » Elle pencha la tête, lui accordant un sourire plutôt amical et compréhensif – parce qu’elle avait des bribes de souvenirs des fois où la présence de cet homme l’avait réconfortée, et qu’elle ignorait encore qu’il y avait des tas de raisons à ça : Caroline n’était pas une vipère imbue d’elle-même, elle savait discerner la bonne volonté, et il en faisait preuve, alors autant se montrer courtoise de son côté « Aussi louables soient vos intentions, je n’ai pas envie que mon nom se retrouve en une des journaux pour une sombre histoire de harcèlement. Et entre nous, je n’ai pas non plus envie d’engager qui que ce soit pour veiller à ma sécurité. Je tiens à mon indépendance et à mon intimité, vous comprenez ? »
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Sujet: Re: but it's just a supercut of usVen 6 Oct - 20:29

« Don’t flatter yourself sweetheart, you’re not that pretty… » avait rapidement répliqué le blond, ses lèvres se courbant dans un sourire naissant. Mais qu’on se le dise Simon appréciait la franchise de Caroline, c’était quelque chose qu’ils avaient en commun, la preuve, elle avait fini par lui arracher l’ombre d'un sourire et cela l’aida à se défaire d’une partie de la tension qu’il pouvait sentir se former dans son estomac. Était-il nerveux ? Peut-être et ce même s’il était difficile d’imaginer quelqu'un comme lui être nerveux, il ne tourna cependant pas la tête et ne songea pas une seule seconde à faire demi-tour. Son sens moral lui criait qu’il lui devait au moins un semblant d’explication. Au moins. Caroline avait toutes les raisons du monde d’être sur la défensive ou de vouloir qu'il disparaisse de son champ de vision, dans la catégorie mec lourd, Simon venait de gagner quelques points rien qu’en était là devant elle et ce même si ce n’était pas son intention. Mais quelle était son intention justement ? Le blond en avait le coeur qui battait la chamade et plus il se posait la question, plus elle lui posait la question et plus il avait le tournis et il se disait qu'il était absolument ridicule, sauf qu'il ne bougea pas,  ses deux pieds restèrent ancrés dans le sol et il ne laissa absolument pas transparaitre sur son visage le bordel monstrueux qui se tramait dans son esprit et il se contenta de tirer sur le bâton de nicotine comme si sa vie en dépendait… Comme si, comme si être ici ce soir avait vraiment de sens… Simon avait espéré qu’en plongeant ses iris bleuté dans celles de sa soeur, tout aurait finalement un sens et qu’il saurait pourquoi est-ce qu’il avait pris la décision de mentir à Amber ce soir et pourquoi il se trouvait là.

Sauf que Simon ne savait pas, il était aussi perdu que la première fois qu'il avait mis les pieds à Fairhope, avec le mince espoir de la retrouver et de récupérer toutes les années qu’ils avaient perdus… La vérité était qu'il ne pouvait pas faire ça, personne ne pouvait vraiment le faire et ça l'attristait de savoir qu'il ne pourrait jamais la voir grandir, cela l’attristait de savoir qu'il était déjà trop tard. Simon poussa un autre soupir, hochant la tête aux explications de Caroline, qui en plus d’avoir la langue bien pendue savait se défendre et pendre soin d’elle. « Je comprends, mais je ne suis pas un fan non plus. » Peut-être que c’était ça la vérité qui effrayait le plus Simon, de se rendre compte, de réaliser que Caroline n’avait plus besoin de son grand frère, elle n’avait plus besoin de lui, pourquoi aurait t-elle eu besoin de savoir la vérité à présent, cela n’allait certainement pas lui apporter quelque chose de plus ni lui permettre de tourner la page. C’était Simon qui devait tourner la page dans toute cette histoire, juste Simon et personne d’autre. « Juste quelqu’un qui est là et qui veut aider… » finit-il par maronner d’un ton qui se voulait convaincant. Il ne voulait pas grand chose dans le fond, peut-être que s’il gardait ses lèvres scellées et qu'il ne lui disait pas la vérité, peut-être qu’ils pourraient être amis, qu'il pourrait faire parti de sa vie en restant sur la touche et en se contentant juste d’observer ? Plus il y pensait et plus il réalisait que même dit comme ça, son explication ne faisait guère de sens. Pas de doute, la prison lui avait définitivement grillé quelques neurones, surtout s’il pensait qu'il suffisait juste qu'il fasse une apparition, pour le moins surprise dans ce cas-là, dans la vie de Caroline pour récupérer sa place d’antan, il était bien naïf. « Rien de plus, rien de moins. Je sais que c’est difficile à croire dans une ville comme Fairhope avec un taré en liberté mais ça ne va pas plus loin que ça… »

Sa requête était purement innocente et pourtant, elle n’avait aucune raison de le croire, elle ne le connaissait pas et tout ce qu'il savait d'elle, il l’avait glané à travers quelques conversations échangés, des on-dit de petites villes et les messes basses souvent faux que certains laisser échapper après son passage. Et lui alors ? Lui qui sortait franchement du centre pénitencier, peut-être quelle avait lu un article su son sujet, peut-être qu’elle l’avait même imaginé coupable… Il n’y avait absolument aucun moyen de le savoir à présent. « Simon au fait… vu que je connais déjà ton prénom et toi non… C'est déjà un début, n'est-ce pas ?  » Là encore, la question demeurait, qui cherchait-il à convaincre ? Caroline ou lui-même ?

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Sujet: Re: but it's just a supercut of usMar 17 Oct - 12:02

« Oh. Je vois. » Le menton rentré, Caroline recula brusquement la tête pour toiser de nouveau Simon dans la pénombre. L’expression de son visage passa de la curiosité à une sorte de ressentiment graduel qui trouvait racine dans l’affirmation immédiate du jeune homme.

S’il n’était pas un admirateur, était-il un détracteur ? Elle se garda de lui demander ouvertement, sans doute un peu piquée par cette révélation, mais trop fière pour le lui faire savoir. Elle faisait un métier public, alors quelque part, elle devait rechercher l’approbation ; elle ne l’avouerait jamais cependant, très peu douée pour l’introspection, et se croyant vaccinée contre les délires individualistes du genre identitaires et quêtes en tout genre. Même si elle savait très bien gérer son propre ego, il y avait pourtant des moments où ce genre d’incident l’embarrassait, comme maintenant. Ceci dit, ça lui était déjà arrivé à de nombreuses reprises de tomber sur des téléspectateurs qui n’appréciaient pas la façon dont elle présentait la météo – c’était plus rare de trouver des fidèles de son émission de radio qui la réprouvait, puisqu’ils avaient sciemment choisi de l’écouter. Souvent, et cela concernait avant tous les personnes âgées, les téléspectateurs regrettaient les speakerines de l’ancien temps qui se contentaient de lire un texte sur le prompteur avec le charisme d’une huître, leur chemisier étriqué boutonné jusque sous leur menton refait, et qui acceptaient de se faire claquer les fesses par le présentateur du journal télévisé à la moumoute engluée sur un crâne aussi imberbe que le derrière d’un nouveau-né.
A vrai dire, ceux-ci, les nostalgiques, n’étaient pas les pires ; en revanche, ceux qui la tenait responsable des caprices du temps étaient tenaces, farouchement convaincus qu’elle avait une sorte de pouvoir mystique qui lui permettait de chasser les nuages, et amener le soleil, comme si elle le tenait en laisse. Insultes et regards en coin, elle avait parfois l’impression d’être une sorcière qu’on traquerait volontiers pour un sortilège mal exécuté. Néanmoins, elle avait appris à ne pas s’inquiéter qu’on lui veuille des ennuis lorsque la pluie avait ruiné un petit weekend en famille, et prenait les reproches avec un sourire ultra-bright. Du moins, la plupart du temps.  

Caroline adressa un dernier regard à Simon, de pied en cap, tandis que son visage suivait le mouvement de son observation, puis elle arqua un sourcil en tournant les talons. Elle ébouriffa ses longs cheveux blonds, se stoppant au bord du trottoir pour observer les environs en se disant qu’elle ferait mieux de mettre les voiles, et de laisser cet homme à sa cigarette. Caroline lui tournait de nouveau le dos, et cette sensation de sécurité l’enveloppa de nouveau. Elle choisit pourtant d’ignorer cette vague pour amorcer un pas en direction du parking. Elle fit le compte mentalement : il n’était pas un dragueur un peu lourd, il n’était pas non plus un admirateur de son travail… il n’y avait donc plus rien à dire, et alors qu’elle enfonçait de nouveau sa capeline sur sa tête, elle s’apprêta à partir, quand ce qu’il lui dit lui fit faire volte-face.

« Je crois que j’ai dû rater un épisode. M’aider ? M’aider pour quoi faire ? » Tous les traits de son visage étaient froncés, et bien qu’elle laissa échapper un petit rire de gorge, la contrariété commençait visiblement à s’installer ; que ce soit sur son visage ou dans son esprit. Caroline était confuse. Elle glissa la lanière de son sac à main sur son épaule en secouant la tête et ferma les yeux. « Ecoute, Simon. » Simon, Simon, Simon, Simon… son prénom résonna plusieurs longues secondes à ses oreilles sans qu’elle ne mette le doigt sur cet accent particulier qui lui faisait l’apprécier ; avait-elle connu un Simon dans le passé ?
Ne s'étant même pas aperçue qu'elle avait mis le vouvoiement de côté, elle se somma de se reprendre. Se redressant sur ses deux pieds, elle poursuivit comme si de rien était « Je travaille tôt demain matin alors… » Elle abattit une main dans l’espace qui les séparait, la lui tendit pour qu’il la saisisse et la serre, et en rouvrant les yeux, tachant de garder l’aplomb qui la caractérisait, elle conclut en secouant vivement leurs mains étroitement jointes « J’ai été ravie de te rencontrer. Si on se recroise, viens me voir à l’occasion. » Ou pas. Et alors qu’elle avait tant de fois éprouvée du réconfort, soumise sans le savoir au regard de Simon, une sueur froide se forma le long de son échine, et elle se détourna de lui pour aller retrouver sa voiture.
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Sujet: Re: but it's just a supercut of usLun 6 Nov - 16:57

Le regard que Caroline lui jetait était tout à fait justifié. Qui était-il à part un parfait étranger qui venait juste d’apparaitre dans la pénombre et qui lui offrait ses services? Il avait bien envie de faire une blague foireuse et de lui faire remarquer que les chevaliers aux coeurs purs ou les bons samaritains existaient encore mais à quoi bon… Il avait l’impression d’avoir détruit le peu de chance qu’il avait d’apprendre à la connaitre, le plus simple aurait été de lui dire la vérité, cette vérité qui lui brulait le bord des lèvres et le fond qui lui brulait le coeur. Bien plus qu’il ne pouvait l’admettre. « Je … » Le grand blond s’entendait lui aussi, il se trouvait plus que ridicule mais il était également fier de Caroline qui ne semblait pas disposée à jouer ce petit jeu plus longtemps. Elle avait raison de méfier et elle aurait dû faire demi-tour et pourtant, elle lui tendit la main, comme si c’était un au revoir comme les autres, comme si les choses à Fairhope étaient normales, comme s’il s’agissait juste d’une petite ville tranquille et que faire confiance à son voisin était normal.

C’était surement le cas quand Simon avait posé sa valise dans la petite ville il y a des années de cela, quand les seuls inquiétudes des citoyens locaux étaient l’arrivée des touristes au moment où les beaux jours surgissaient eux aussi, les quelques réunions municipales pour décider du slogan de la ville… Ce genre de choses tellement triviales et presque innocentes, qu’on ne voyait que dans les films et les documentaires qui relataient les faits avant les tragédies. Oui, innocente, c’était ce qu’avait été Fairhope dans le fond et c’était également l’image qu’il avait gardé de Caroline. Mais ce n’était pas la réalité, il en avait conscience, c’était un souvenir, encore moins que ça, juste un flash qu’il s’était juré de ne pas oublier, qu’il avait fait en sorte de saisir de ses deux mains et de garder le plus proche de lui possible. « Alors bonne soirée… » marmonna Simon, sur un ton des plus convaincants, sa main rencontrant enfin celle de Caroline dans un geste qui lui aussi était des plus ordinaire. Mais rien ne se passa, leurs deux regards azur se rencontrèrent, cependant elle ne lui offrit pas de sourire et elle ne le reconnut pas pour autant. C’était un souhait naïf qui venait de s’envoler, pas de doute là dessus. Il devait la laisser partir.

Caroline fit demi-tour, s’éloignant de lui, prête à disparaitre encore une fois. Simon aurait dû se résigner, rentrer chez lui aussi, mais il ne bougea pas d’un millimètre, rangeant ses mains dans son blouson de cuir, prêt à dégainer une autre cigarette comme si sa vie en dépendait. « Juste … je sais qu’on doit te poser souvent la question, ça fait quoi de présenter la météo ? » C’était plus fort que lui, sa voix avait finit par s’élever, le blond incapable de passer à autre chose, ni de la laisser retourner à sa vie. Le fait était qu’il n’était qu’un simple spectateur le rendait malade dans le fond, surtout depuis qu’il avait failli tout perdre, surtout depuis son séjour en prison. Et si quelque chose d’aussi conséquent arrivait à Caroline, si elle aussi perdait un être cher, un vie, est-ce qu’il y aurait assez de voix pour la réconforter, est-ce qu’elle aurait assez d’épaules pour pleurer, assez de bras pour faire disparaitre ses larmes… il était beaucoup trop cruel d’y penser et Simon ne voulait pas imaginer être un simple spectateur dans ce cas-là.

« Nan oublie ma question c’est stupide… je suppose que c'est vrai ce qu’on dit à propos des nerfs et des célébrités… » Simon roula intérieurement des yeux, au son de sa propre voix et du genre de remarque qu’il venait de faire. C’était la fatigue qui parlait, ou alors il était vraiment devenu fou et dire tout ce qui lui passait par la tête était une mauvaise idée. « Autre question stupide, tu n'as jamais songé à faire autre chose, quitter Fairhope, même si tu es née ici… enfin vu ton accent j’aurais plus dit que tu venais du sud… » Une autre remarque anodine, un semblant de vérité dans le cas de Simon, mais c’était dans ses souvenirs, il avait peut-être oublié les histoires qu’on lui lisait plus jeune ou les surnoms que lui avait trouvé ses parents. Mais il pouvait voir Caroline courir vers les vagues, sa main dans celle de Simon, à trainer son grand frère dans l’eau trop glacée et à fuir dans l'autre direction car la température n’était définitivement pas supportable. Il y avait des années Simon avait tout perdu, sa famille, son foyer, elle, tout reconstruire avec Amber était son futur mais il ne pouvait pas oublier d’où il venait.

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Sujet: Re: but it's just a supercut of usSam 11 Nov - 21:11

Certainement que Caroline aurait dû écouter son père qui n’avait cessé de la mettre en garde contre les prédateurs qui rôdaient en ville, et qui soi-disant, n’hésiteraient pas à se jeter sur elle dès le soir venu. Ne te promène pas seule la nuit, ne t’adresse pas aux inconnus qui t’offrent des friandises à l’angle de la rue, et n’hésite surtout pas à appeler à l’aide si tu ne te sens pas en sécurité dans l’environnement qui t’entoure. Il lui avait même offert un sifflet pour les cas d’extrême-urgence, un sifflet qu’elle n’avait jamais utilisé, tout simplement parce qu’il jurait avec son style vestimentaire soigné. Il s’agissait-là de conseils de base dont elle se souvenait pour les avoir entendus à de maintes reprises, et davantage depuis qu’un meurtrier s’était invité à Fairhope. Mais parce qu’elle s’interdisait de voir le mal partout, Caroline n’avait jamais pensé en avoir besoin, encore moins en devenant adulte. Et pourtant. Elle avait rencontré des sales types au cours de sa jeune vie. Des goujats, dont son foutu ex-mari, qu’elle avait su rembarrer en usant de toute sorte de tactiques culotées qui la rendait audacieuse aux yeux d’une certaine caste, car elle ne s’était jamais laissée marcher sur les pieds, même quand il s’était avéré que sa carrière de chanteuse de musical ne la mènerait jamais nulle part, si ce n’était devant un fond vert vissé au plafond de la chaîne locale d’une petite ville de province, sa ville natale ; au lieu de s’asseoir sur ses échecs, elle les surmontait pour gravir les échelons d’une autre façon, sans jamais craindre quiconque, parce qu’elle savait exactement ce qu’elle valait.

Maintenant qu’elle était confrontée à une sorte d’appréhension malvenue, sentant la matière de sa robe longue coller le long de son échine qui commençait à perler alors qu’elle accélérait le pas pour échapper à l’attention tenace de Simon, elle comprenait pour la première fois de sa vie ce que cela impliquait de se sentir véritablement en danger, et elle s’en voulut tellement d’avoir naïvement pensé être sous la protection d’une entité, prête à veiller sur elle à distance ; visiblement, il n’en était rien. Elle réenfila son chapeau, ressentant soudain le besoin de garder les mains libres, et de cacher son visage pour ne pas laisser ses traits trahir l’angoisse qui se faufila dans son tout son corps, et un frisson la parcourut. Elle ne l’avait pas ressenti de cette façon lorsqu’il l’avait abordé, mais il y avait quelque chose qui la dérangeait. Il avait cette façon de s’adresser à elle avec cette familiarité singulière, totalement différente de celle avec laquelle elle avait appris à vivre, étant devenue une espèce de personnage public : lui, il donnait l’impression de la connaître personnellement. Caroline avait beau passer en revue sa mémoire de poisson rouge, elle n’avait aucun souvenir d’avoir été un jour en présence de cet homme. Mais ses yeux lui disaient définitivement quelque chose, et lorsqu’elle s’engagea sur le parking du Wasted Shots, l’anneau de son porte-clefs de voiture enroulé autour de son index, et qu’elle rejoignit sa voiture dont les vitres lui renvoyèrent son reflet, brouillé par l’obscurité qui l’enveloppait, elle eut un hoquet de surprise.

« Je veux que tu me laisses tranquille, et je ne le répéterais pas deux fois. » scanda-t-elle d’une voix ferme lorsque Simon s’adressa de nouveau à elle – d’abord à distance, et il finit par s’approcher. La paume de sa main droite tournée vers l’extérieur, ses clefs de voiture formèrent une arme au travers de ses doigts qu’elle sentit légèrement trembler, une arme avec laquelle elle menaça ouvertement le jeune homme – mais cela restait timide, parce qu’au fond, elle ne comprenait pas pourquoi elle réagissait de cette façon ; après tout, la familiarité ne l’avait jamais effrayée, mais ses yeux… ils ressemblaient aux siens, et cette observation la fit se raidir d’un coup, et ajouter brusquement « Je veux simplement rentrer chez moi, et tu ferais bien de faire la même chose. » lui conseilla-t-elle donc, se radoucissant sans le vouloir – et sa main commença doucement à se baisser devant elle, avant qu’elle ne s’en aperçoive, et qu’elle se détourne de lui pour déverrouiller son véhicule, et y pénétrer avec précipitation.

L’examen de sa propre personne à travers le rétroviseur de sa voiture était une manie qui traduisait l’importance qu’elle accordait à l’image qu’elle donnait d’elle. Caroline était belle, et elle le savait, mais on n’était jamais à l’abri d’un accident de rouge à lèvres, ou d’eye-liner. C’est pourquoi elle s’échinait à toujours vérifier la bonne tenue de son maquillage, même après une longue nuit à la station de radio, ou le seul rendez-vous qu’elle honorerait serait celui avec les ombres fumeuses qui peuplaient ses rêves, et parfois ses cauchemars. Mais cette fois-là, quand elle s’installa devant son volant, son regard évita étrangement de s’attarder sur son propre visage, qu’elle s’obstinait à cacher derrière son chapeau. Plonger ses yeux dans leur reflet l’épouvantait soudainement, et l’homme dont elle percevait toujours la silhouette derrière la vitre de sa voiture, encore plus.
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