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 Roulette Russe - between the lines

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bad blood - we live here

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◆ Manuscrits : 225
◆ Arrivé(e) le : 29/01/2017
◆ Âge : 34
◆ Métier : Ancien sergent, il est aujourd'hui professeur de criminologie à la FSCC
◆ Points : 160
◆ DC : Aiden, Willow, James, Sean, Nathan
◆ Avatar : Eddie Redmayne


Sujet: Roulette Russe - between the linesJeu 21 Sep - 22:34


9 Juillet 2016, 16h02


Charlie était un enfant de l'hiver. Il était de ces longues nuits froides, de ces brises glaciales qui mordaient les joues. Il n'était certes pas un enfant du givre, étranger à la neige et aux tempêtes qui secouaient les terres plus froides, mais il n'en restait pas moins dans son élément lorsque le thermomètre chutait vertigineusement. Il se plaisait dans un monde de blousons, de manteaux et de boissons chaudes, le froid seyant plus à son teint que la sueur contre laquelle il bataillait présentement. La dernière fois qu'il avait fait si chaud, il n'était pas né, et il avait la très ferme intention de ne pas être ici la prochaine fois que cela arriverait. Il migrerait nord, oiseau de proie à la recherche de son gibier. Pour l'heure, cependant, il n'y avait ni manteau, ni trench-coat, ni écharpe, ni foulard, et, si l'on demandait l'avis de Charlie, il n'y avait ni dignité, ni beauté chez les hommes, et certainement pas dans les masses suintantes de chair qui se rassemblaient d'un bout à l'autre de la ville, qui s'exposaient aux yeux de tous sur la plage ou qui, pour les moins chanceux, s'entassaient sur les bancs mal ventilés des amphithéâtres de l'université. Les examens de fin d'année arrivaient, et le stress palpable des étudiants aurait d'ordinaire amusé l'ancien sergent, mais par cette chaleur, plus rien ne l'amusait vraiment.

Des mois que cet inconnu était mort, laissant un goût amer d'ennui dans la bouche de Charlie qui attendait son heure et rongeait son frein. Pourtant prometteur, ce corps n'avait apporté ni le Poète, ni la furie médiatique habituelle. Difficile de faire larmoyer les téléspectateurs lorsqu'on n'avait pas de nom à leur donner, pas de famille éplorée à interviewer et, somme toute, rien à leur présenter. Alors Charlie passait son temps libre au seul endroit qui alliait connaissances, fraîcheur, et calme : la bibliothèque municipale. Évidemment, c'était désagréable d'y retrouver ses élèves et de devoir ignorer les questions qu'ils osaient diriger vers lui alors qu'il était en repos. Il restait là malgré tout, le nez enfoui dans les ouvrages du rayon des sciences sociales, plus précisément l'étagère consacrée à la criminologie qu'il avait, depuis qu'il avait pris ses aises à l'université, fait considérablement remplir, commandant livre après livre sur le sujet, au grand dam des employés qui le regardaient arriver avec exaspération. Ses diverses notes étalées autour de lui, sans aucune gêne pour quiconque aurait voulu s'installer à sa table, Charlie avait à présent abandonné tout effort intellectuel et avait décidé de prendre une pause bien méritée sur son téléphone. Malheureusement, les réseaux sociaux reflétaient la réalité brûlante au-dehors. Des photos ensoleillées, des goûts de vacances, les manèges de la fête foraine et les barbes à papa grotesques pullulaient sur ses fils d'actualité, ainsi qu'un bon nombre de selfies pris durant les fameuses visites guidées qui faisaient vomir les habitants et frémir les touristes. Il avait lui-même pris part à l'une de ces visites guidées, par curiosité et pour s'imprégner de l'univers du Poète, pour voir s'il ne pouvait pas glaner quelques informations et, qui savait, pourquoi pas rencontrer le Poète, venu se gorger du spectacle de ses admirateurs. Il avait évidemment été déçu, ça avait manqué de véracité, et les murmures et les exclamations des touristes avaient été plus qu'il n'avait pu en supporter, alors il avait abandonné le groupe au milieu de la visite, avait vaguement hésité à exiger qu'on le rembourse, mais avait finalement décidé que ça n'en valait pas la peine. Tous ces abrutis qui buvaient les mots du guide comme s'ils étaient les mots de Dieu lui-même, c'était pitoyable. Sans parler du fait qu'une simple paire de lunettes de soleil avait réussi à le faire passer inaperçu aux yeux de ce soi-disant expert. Il ne s'était pas caché, pourtant. Plus les mois passaient, plus il haïssait cette ville, trouvant une laideur renouvelée dans chaque immeuble sur lequel il posait les yeux, un ennui décuplé dans chaque conversation. Bien sûr, il avait eu quelques échanges alléchants qui lui avaient fait miroiter un peu d'action, d'excitation et d'adrénaline, mais les mois s'écoulaient sans tenir leurs promesses, et Charlie regardait sa valise de plus en plus souvent. Le seul avantage de cette affluence de touristes, c'était la diversification de la faune nocturne, et ses terrains de chasse fourmillaient de proies potentielles.

Ennuyé, il entreprit de se remettre au travail. Sur la feuille qui contenait son plan de travail de l'après-midi, il restait quelques objectifs qu'il n'avait pas cochés, et c'est à ça qu'il avait l'intention de s'atteler. C'était sans doute trop organisé pour quelques idées poursuivies au hasard, mais il finissait par en apprendre beaucoup et, malgré l'indifférence qu'il affichait comme une bannière, il aimait apprendre. Charlie mémorisa la référence du livre dont il avait besoin, et, abandonnant son poste de travail quelques instants, entreprit d'aller le chercher. Il lui fallut quelques minutes pour le localiser, puis il retourna à sa place. Il siffla un Shhh agacé dans la direction des voix qui lui irritaient l'oreille, avant de lancer un regard meurtrier en direction du groupe d'étudiants qui discutaient à voix basse non loin de lui, ce qui eut le mérite de les faire taire temporairement. Enfin tranquille, il se mit au travail.
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bad blood - we live here

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◆ Manuscrits : 62
◆ Arrivé(e) le : 21/05/2017
◆ Âge : 31 ans
◆ Métier : Avocate, elle a ouvert son cabinet peu de temps après le début des meurtres
◆ Points : 110
◆ DC : ...on ne juge pas
◆ Avatar : Teresa Palmer


Sujet: Re: Roulette Russe - between the linesLun 2 Oct - 21:44

Tant mieux s’ils étaient tous occupés à se faire dorer la pilule au bord de la plage, les doigts de pieds en éventail. Tant mieux s’ils étaient nombreux à se presser devant les demeures des victimes du Poète. Tant mieux s’ils avaient mieux à faire qu’à venir peupler les bancs de la bibliothèque, les habitants de cette fichue ville avaient visiblement décidé de renoncer et de se concentrer sur le superflu. Grand bien leur fasse. Amber, en ce qui la concernait, n’avait pas spécialement envie de perdre son temps ; et il fallait bien avouer qu’elle était surtout particulièrement agacée à l’idée de devoir partager sa plage avec des dizaines de touristes, des mères de famille incapables de tenir leurs gosses qui avaient décidé de courir partout sans se soucier des autres, agitant leur serviette pleines de sable à la face des vacanciers en quête d’un peu de détente et de repos. Sans parler de ceux qui trouvaient que la chaleur était un excellent prétexte pour s’alcooliser dès le début d’après-midi, à une heure où le soleil était suffisamment haut dans le ciel pour faire fondre leurs minuscules cervelles… Amber n’était pas du genre à détester le monde entier, mais cette chaleur ne l’aidait certainement pas à se détendre. Simon faisait de son mieux pour qu’elle s’apaise lorsqu’elle rentrait du boulot, qu’elle balançait son sac à main dans un coin en rouspétant qu’elle n’en pouvait plus des crétins qui décidaient de divorcer au mois de Juillet, quand la chaleur dans son bureau était insupportable, et que l’entreprise supposée lui installer la clim avait déjà des chantiers plus importants à l’autre bout de la ville dans les maisons de retraite et autres établissements où la température était devenue une question de vie ou de mort.

« C'est une question de vie ou de mort pour moi aussi Simon, crois-moi, avec cette chaleur, je vais finir par commettre un meurtre… Un vrai meurtre Simon, avec du sang, et une arme du crime et... voilà. » Des arguments qu’elle énumérait sans jamais en peser toute l’importance, découpant les tomates pour les jeter dans un saladier avant de les saupoudrer d’un peu de sel. Elle n’avait d’appétit pour rien d’autre, et entre les bouffées de chaleur, sa propre colère et son boulot, elle avait déjà perdu un ou deux kilos, consciente qu’elle n’avait jamais eu besoin de faire le moindre effort pour rester fine. Les conseils des magazines féminins n’étaient clairement pas fait pour elle, et il fallait au contraire que Simon insiste pour qu’elle se nourrisse de manière conséquente, et qu’elle n’oublie surtout pas de s’hydrater. Sans quoi elle finirait par se faire emporter par la chaleur, un malaise qui serait mal venu avec tout le pain qu’elle avait sur la planche, et le nombre de coup de fils qu’elle recevait au cabinet depuis qu’elle avait réussi à sortir son propre mari de prison. Elle n’acceptait évidemment pas tous les dossiers dont on lui faisait part, et c’était parfois Emily qui prenait le relais. Emily qu’elle avait brièvement salué ce matin-là, avant de disparaitre au beau milieu de l’après-midi pour se rendre au seul endroit où elle arrivait à réfléchir clairement, sans que son esprit soit pollué par des pensées absurdes ou des envies meurtrières.

La bibliothèque avait toujours été son repère. Lorsqu’elle était encore étudiante, qu’elle cherchait à fuir les dortoirs ou les salles de classe, elle venait généralement se réfugier ici, là où on la considérait pour ce qu’elle était réellement ; une jeune femme instruite et intelligente qui faisait de son mieux pour partir en quête de vérités en dévorant des bouquins. Il n’y avait rien d’autre. Pas de mains sur son corps, de lèvres dans son cou, de souffle sur sa nuque, ni de remarques désobligeantes et de fantasmes sadiques et pervers. Il n’y avait qu’elle, la fraicheur des lieux, les quelques âmes silencieuses assises autour d’elle. Elle et ses bouquins, les dizaines de pages qu’elle tournait à la recherche des réponses à ses questions, mise au pied du mur ce jour-là face à un divorce particulièrement difficile. Elle voulait au moins s’assurer qu’elle parviendrait à défendre sa cliente dans les meilleures conditions. Relevant la tête, remarquant qu’elle s’était assise face à une jeune femme arrivée bien avant elle et qu’elle s’était étalée sans rien demander à personne, elle s’excusa platement avant de ramasser un peu ses affaires. « Vous n’auriez pas un surligneur par hasard ? » dit-elle avant de regarder toute autour d’elle, priant pour qu’on entende sa question et qu’on se dévoue rapidement à lui en prêter un afin de la faire taire.

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+without you+
Boy you're so dope, your love is deadly. Tell me life is beautiful, They all think I have it all. I've nothing without you. All my dreams and all the lights mean nothing without you.
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overjoyed - we survived

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◆ Manuscrits : 418
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◆ Assoc. des Victimes : membre à temps plein
◆ Métier : Propriétaire et professeur à Shoes, une école de danse classique
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Sujet: Re: Roulette Russe - between the linesVen 6 Oct - 20:46

« Excusez-moi… je suis désolé de vous déranger… je n’étais pas certain que c’était vous mais vous bien elle, vous êtes Ruby Swann pas vrai ? Est-ce que je pourrais avoir un autographe ? »

Ruby avait cligné des yeux plusieurs fois pour être certaine d’avoir bien entendu et surtout pour s’assurer qu’elle n’était pas en train de rêver. C'était peut-être la chaleur qui lui jouait des tours, peut-être qu’elle aurait dû prendre deux bouteilles d'eau en sortant de sa demeure en ce début de matinée ou alors … se déplacer à vélo dans les rues de Fairhope par un temps pareil n'était pas la meilleure idée du monde. Mais la brune avait définitivement bien entendu et elle jeta un regard apeuré au stylo qu'on venait de lui tende. Le sourire de l'homme en face d'elle paraissait sincère et elle déglutit légèrement alors qu'il répétait les mêmes mots, après tout peut-être qu’elle ne l’avait pas entendu, lui tendant également une coupure d’un journal cette fois-ci.

LE POÈTE DE FAIRHOPE FRAPPE ENCORE, UNE VICTIME DE PLUS …

Ruby était plus que certaine d'avoir bien entendu cette fois-ci et elle dut faire un pas en arrière pour ne pas avoir la nausée. Ou mettre son poing dans la figue de cet homme qui était de toute évidence un touriste. Son ardoise était bien rangée dans son sac à dos, elle aurait dû lui écrire le fond de sa pensée avec les doigts tremblants, lui dire qu'il la répugnait, lui et tous ceux qui avaient décidé d'investir Fairhope dans le but de se distraire et de se lancer dans la chasse au Poète. Ruby regardait les informations, elle avait eu quelques échos de ce qui se passait en ce moment même au Willow Lake et plus que tout, elle avait déjà eu affaire à quelques curieux qui étaient venu sonner à sa porte, juste histoire de. Elle s'était retenue de passer dans son ancien appartement sur Fairhope Avenue,pas besoin, elle imaginait déjà le pire de toute façon…  Peut-être que la cuisine où elle avait commencé à se vider de son sang était devenue un vrai petit théâtre, il devait bien y avoir quelqu'un d'assez fou dans cette satané ville pour vendre des tickets pour voir ce genre de spectacle, on devait même genre du pop corn et proposer aux plus aventureux de les attacher sur une chaise comme cette chère Ruby et voir si ces derniers parvenaient à se défaire de leurs liens… Et quoi alors ? Ils avaient des points bonus s’ils arrivaient à faire tout ça sans parler, histoire de rendre l'expérience plus réelle car il ne fallait pas oublier que Ruby était muette… Cette fois-ci c'était certain, Ruby avait la nausée, elle fit brusquement demi-tour et ouvrit la porte du studio à la recherche des toilettes les plus poches, son estomac ne pouvant pas supporter la chaleur, la bêtise humaine et toutes les autres émotions qu’elle gardait enfouies juste là.

Quelques minutes plus tard, la jeune femme s'agrippait au lavabo, essayant de se donner un minimum contenance. S’aventurer hors de chez elle était une mauvaise idée, elle s’était terrée dans son immense demeure depuis le fiasco qu'avait été son entrevue avec Amelia, avec l’intention de sortir uniquement pour le strict nécessaire. Elle s'était aventurée dans le centre ville pour aller récupérer son courrier à l'école de danse dans un premier temps et ensuite se rendre à la bibliothèque. L'ironie était belle quand on savait que Ruby avait eu l'intention de consulter les archives de la ville, les journaux notamment, et de filmer tout ce qui avait un rapport avec le Poète. Elle s'était naïvement dit que cela ferait une bonne scène d'introduction… La danseuse songea un instant à rentrer, à boire tout l’intégralité de sa bouteille d'eau et juste oublier toute cette affaire. Ou de vraiment contacter Adam et Laura comme elle s'était jurée de le faire, eux au moins pourraient comprendre… Ruby jeta un coup d'oeil à son propre reflet, ce qu’elle y vit l'irrita profondément et elle décida que non, il n'était pas encore temps de faire demi-tour. Après avoir réussi à se maîtriser et s'être rapidement rincé la bouche, elle finit par affronter l’air frais encore une fois, elle fut ravie de constater que personne ne l’attendait au tournant cette fois-ci et la brune enfourcha rapidement son vélo et pédala jusqu'à la bibliothèque comme si sa vie en dépendait.

Ruby respira enfin quand elle fut entourée uniquement de livres, de quelques mines concentrées et par dessus tout, du silence. Elle se dirigea vers le bureau d'accueil avec un léger sourire, se disant intérieurement que cette journée n'était pas complètement ratée et formula sa requête. « Par ici. » lui indiqua l'employée plus qu'habituée à guider tout ceux qui étaient perdus dans ses hauts lieux. Assise, Ruby ne savait pas par où commencer, elle n'avait pas réalisé qu’elle aurait le doit à toute l'histoire de Fairhope devant ses yeux, certaines coupures de journaux remontaient aux années 50, rien d'important et pourtant, elle choisit de se perdre dans les mots et dans les faits divers d'autrui pour calmer son coeur. Elle était tellement investie dans sa lecture qu’elle ne songea pas à sortir sa caméra de son sac et elle ne releva la tête qu’à la question de sa voisine immédiate. Ruby lui fit un signe de la main, elle était venue préparée et elle fit glisser un surligneur dans sa direction.
Au moins ici, elle n'avait aucune raison d'expliquer son silence.

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"Nine times out of ten, I'm in my feelings... But ten times out of nine, I'm only human, Tell me, what did I do wrong?"

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Sujet: Re: Roulette Russe - between the linesVen 13 Oct - 17:50

La thérapie par le vide était un concept que Millie n’avait jamais envisagé, jusqu’à ce que l’été déploie ses grandes ailes sur la ville, et que l’année scolaire éprouvante qu’elle venait de vivre prenne fin, lui donnant bien trop de temps libre pour qu’elle ne sache quoi en faire. Ça avait commencé par un simple nettoyage de rigueur durant lequel elle avait vidé des étagères, et empaqueté les dernières affaires de Andy pour les lui rendre quand le cœur lui en dirait – c’est-à-dire qu’elles finiraient probablement dans une benne destinée à la récupération pour les plus démunis, car jamais le cœur ne lui en dirait. Et puis, elle s’était aperçue que, si elle voulait vraiment s’en sortir, elle devait repartir sur des bases plus saines. Pour se faire, elle avait retrouvé sa blondeur naturelle, son sourire affable et ses maladresses attendrissantes, mais ça ne suffisait pas : Amelia devait aussi changer d’appartement, et se débarrasser pour de bon des relents de sa vie d’avant pour avancer doucement, mais sûrement.

Il s’en était suivi de très longues soirées à se débattre avec des annonces immobilières, jusqu’à ce que, par hasard, elle tombe sur une publicité vantant l’ouverture prochaine de visites guidées des lieux où le Poète avait perpétré ses crimes, ce qui impliquait, entre autres, la maison de sa grand-mère. Ouvertes aux touristes, ces visites guidées l’avaient mise dans une colère noire, au point qu’elle s’était arrêtée de chercher un nouvel appartement, peu encline à continuer à vivre dans cet endroit de malheur – comment la police et la municipalité pouvaient accepter ce genre de choses, elle se l’était sincèrement demandée. Enfin, elle avait tout de même continué à faire des cartons et à remplir quelques valises, avant d’annoncer à ses parents qu’elle avait l’intention de quitter Fairhope en réalité.

Elle ne savait pas quand elle partirait exactement, mais c’était un fait ; Millie s’en allait. Dans son appartement, il n’y avait plus que le strict minimum, et, avec un peu de retard, considérant le caractère on ne peut plus impulsif de sa décision, elle s’apprêtait à donner sa démission. Ça lui brisait le cœur, surtout qu’elle avait promis à ses nouveaux élèves maintes joyeuses activités pour leur entrée chez les grands, mais c’était pour le mieux ; elle s’était trop longtemps laissée abattre par les événements qui se déroulaient autour d’elle, et tant pis si la police la pointait du doigt en l’accusant de fuir ce qui lui pendait au nez : sa patience avait des limites, et elles venaient d’être définitivement atteintes.

A l’exception de ses parents, personne ne connaissait ses véritables projets, ils savaient juste qu’elle déménageait. Seulement, tout comme elle pour le moment, ils ignoraient où. Elle ne partirait pas comme une voleuse, elle attendait juste le bon moment pour informer ceux qui avaient besoin de savoir qu’elle changeait d’air. Le pays entier avait beau vivre au rythme de cette canicule de juillet, qu’importe l’endroit où elle se réfugierait, elle n’aurait pas l’impression d’étouffer en s’imaginant l’excitation malsaine des voyeurs qui viendrait s’extasier devant des scènes de crime. Pour l’heure, elle évitait de penser aux grands adieux, mais aussi aux grands regrets.

Un carton débordant de livres calé tout contre sa poitrine, elle s’introduisit dans la bibliothéque municipale. Un tout dernier don en faveur de l’apprentissage des plus jeunes, c’était la moindre des choses qu’elle pouvait faire, et s’en étant donné à cœur joie, elle avait trié tous les anciens manuels qu’elle avait soigneusement gardés dans l’optique d’en faire profiter ses élèves les plus curieux à chaque fin d’année scolaire. Sauf que malheureusement, ils prenaient trop de place pour ses futurs projets, et après un coup de fil bienveillant à la direction de la bibliothéque, il avait été convenu qu’elle passe dans la journée pour faire acte de charité.

Elle en était ravie, et s’évitant la corvée de passer par l’accueil, connaissant plutôt bien les lieux, elle trouva très vite l’escalier qui la mènerait à l’endroit qu’elle convoitait. Dans sa tenue estivale et fleuries, chaussée de sandales qui révélait à quel point elle pouvait être petite en réalité, elle joua les francs-diables et dévala l’enfilade de marches sans aucunes anicroches, si ce n’était le poids des ouvrages qui commençaient à dangereusement pesés sur le fond du carton qui, sans qu’elle ne s’en aperçoive pour le moment, commença à doucement se craqueler. Pas peu fière de son exploit d’avoir descendu les escaliers sans se vautrer, Millie se redressa un peu en s’avançant au niveau des rangées de tables, quand la totalité des livres s’échappa par le fond du carton pour s’étaler bruyamment sur le sol de la bibliothéque, dérangeant le silence impérieux des lieux. C’était ce qui s’appelle une entrée en toute discrétion. Et confuse, Amelia mit un certain temps avant de s’activer pour ramasser ce qui venait de tomber à ses pieds, suppliant indiciblement le premier regard qu’elle rencontra de venir l’aider.
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