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 god knows i tried › amelia

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bad blood - we live here

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◆ Manuscrits : 348
◆ Arrivé(e) le : 31/10/2016
◆ Âge : 31 ans (15.08.85)
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Sujet: god knows i tried › amelia Dim 24 Sep - 2:41


La première fois qu'elle avait vu ce visage, un matin aussi ordinaire que tous les autres, Alba s'était figée au beau milieu de la rue, brusquement paralysée. Ce n'était pourtant qu'une vision fugace, un sourire dans la foule, un regard azur, des boucles blondes qui attirent la lumière vers elles. Le temps qu'elle cligne des yeux, l'apparition avait disparu. La jeune femme avait alors tourné les talons, des larmes dans les yeux et le coeur frappant sa cage thoracique - courant, courant à en perdre haleine le long du trottoir, malgré son sac qui lui battait les côtes et ses bottines qui lui faisaient mal aux talons. Courant jusqu'à rentrer chez elle. Elle avait tourné la clé dans la serrure les mains tremblantes, et s'était précipitée aux toilettes pour voir. Le sang battant dans ses tempes, violent, un goût de sang sur les lèvres. La minute d'après, elle gisait dans son lit, les genoux ramenés contre sa poitrine, un somnifère immédiatement avalé. Certes facile de s'évader dans les bras de Morphée, mais elle voulait être certaine de censurer son subconscient. Les réminiscences de sa culpabilité n'avaient pas besoin de ressurgir pendant son sommeil.

La seconde fois, quelques mois plus tard, Alba avait failli s'étouffer avec son café, et encore une fois, s'était sentie mal, bafouillant un prétexte auprès de ses amis pour sortir prendre l'air, alors que le fantôme blond disparaissait dans la rue, noyé parmi des dizaines de visages anonymes. Combien de temps était-elle restée dehors, le vent froid ne l'effleurant même pas ? Immobile en face du café où certains l'observaient de manière suspecte derrière les vitres. Et le même leitmotiv qui jouait dans sa tête, ne cessant de la torturer, faisant sauter un à un les points de suture dans son esprit. « Kelly est morte, Kelly est morte, Kelly est morte... » Il avait fallu que l'un de ses amis vienne la chercher pour la ramener à l'intérieur, au bout de vingt minutes, alors que la pluie commençait à tomber, impassible, sans que la jeune femme ne bouge.

Et plus rien depuis. Les traits du visage de son amie recommençaient à hanter ses jours et ses nuits, mais ne parvenaient jamais vraiment à se fixer. Les yeux bleus, oui. Les cils longs, aussi, la mâchoire fine, le sourire toujours accroché aux lèvres. Mais le son de sa voix, l'éclat de son rire et sa douceur apaisante, tout cela avait disparu. Mort. Anéanti. Par sa faute. Pendant quelques semaines, Alba resta éveillée tard les soirs, avant que la fatigue d'avoir trop pleuré la contraigne à s'endormir. Et puis ses mécanismes de survie reprirent le dessus. Enfouir, ignorer, mentir. Rebâtir ses défenses pour ne pas devenir folle, encore. Alors elle avait plaqué ce sourire sur son visage, enfilé ses plus beaux vêtements, et s'était maquillée avec application. Parfaite. La routine avait repris ses droits, doucement mais sûrement, et Alba avait feint d'oublier. Elle restait plus tard à la boulangerie, sortait plus souvent, variait ses occupations, et essayait de bien se comporter. Peut-être que si elle agissait mieux, le karma la laisserait enfin tranquille, et elle ne serait pas obligée de rencontrer inopinément le spectre de ses erreurs passées.

Alba n'avait pas prévu que ce spectre viendrait finalement à elle, un énième après-midi ordinaire, en faisant tinter la sonnette de la porte de la boulangerie et provoquant l'équivalent d'un trou noir dans son havre de paix. Cet après-midi là, Alba travaillait seule, et les clients ne se bousculaient pas - ce qui lui laissa tout le loisir dévisager cette femme alors que le sang se retirait peu à peu de son visage. Un long silence, alors que sa cliente promenait un regard gourmand et innocent sur les pains, bonbons et gâteaux. La chilienne prit une grande inspiration, et enfonça ses ongles dans la paume de sa main, presque jusqu'au sang ; se mordit la langue pour refouler ses larmes. Enfouir, ignorer, mentir. Oublier, prétendre, défendre. Un sourire bien faible. « Vous... vous souhaitez quelque chose en particulier ? » Sa voix tremblait un peu, et sûrement que l'expression dans ses yeux la trahissait, mais elle devait savoir. Les principes universels de la rationalité lui hurlaient que ce n'était pas possible, mais elle devait savoir. Par elle-même. « Excusez-moi, vous ne seriez pas Kelly Hamilton ? »

Alba pria pour une réponse, mais par la suite fut complètement incapable de dire si elle voulait qu'il s'agisse d'un oui ou d'un non.


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Sujet: Re: god knows i tried › amelia Sam 14 Oct - 14:33

A l’autre bout du fil, une voix stridente s’échauffait en néerlandais. Pour échapper aux jurons exprimés par Romy, sa mère, prise de panique pour une raison qui, pour l’heure, lui échappait encore, Amelia recula doucement son téléphone portable de son oreille échauffée par ses complaintes sonores, et ses yeux roulèrent lentement dans leurs orbites. L’école venait tout juste de se terminer, elle pensait donc en avoir fini avec les jérémiades puériles. Mais visiblement, elle pensait à tort. Un enfant qui geignait, ça avait beau être agaçant au possible à certaine occasion, c’était pourtant franchement mignon ; un adulte qui – elle se mit à imaginer Romy en train de taper du pied au milieu de sa cuisine parfaitement aménagée – faisait un caprice pour un gâteau de réception raté, c’était tout simplement ridicule. Mais le respect de ses aînés étant un principe profondément ancré chez l’institutrice, qu’importe les circonstances, et elle se garda bien de le faire remarquer à sa génitrice, définitivement au bout du rouleau.

Assise au volant de sa petite voiture, Amelia regretta de s’être enthousiasmée en entendant son téléphone sonner. En cet instant, son allégresse était presque entièrement retombée, comprenant que rien ne se déroulait comme Romy l’avait prévue, à en juger par l’énergie qu’elle déployait à lui faire un topo désorganisé de la journée de malheur qu’elle était en train de passer. Il ne fallut rien de moins que l’intervention de Jon, son père, en arrière-plan pour lui faire retrouver le sourire, et malgré l’exaspération profonde que lui inspirait les tergiversions pâtissières de sa mère, elle décida de jouer les gentilles filles en lui répondant en anglais :

« Je suis sûre que tu exagères, il ne doit pas être si raté que ça. Demande à papa de m’envoyer une photo. » Elle entendit de petits bruits à l’autre bout du fil, lui indiquant que sa requête avait été entendue, et patienta.

Aujourd’hui était l’anniversaire de mariage de ses parents. 33 ans d’amour inconditionnel et de petites attentions subtiles et charmantes qui avait encore de beaux jours devant eux. Ils se faisaient une joie de célébrer leur amour chaque année à la même date. Il s’agissait d’un véritable événement qui avait, à leurs yeux, plus d’importance que Noël, et qui donnait lieu à de jolies petites soirées chaleureuses en comité restreint. Millie était ravie d’avoir des parents qui s’aimaient autant, faisant exception au milieu de ses amis aux parents divorcés, mais cette année, c’était douloureux d’avoir ce modèle de perfection sous les yeux, qui plus est quand vous aviez passé ces dernières années à vouloir le reproduire, en vain. La sauvant in-extremis de l’introspection de ses fiançailles ratées, une notification teinta à son oreille

« Une seconde, je regarde. » Elle bascula l’interface de son téléphone pour admirer le chef-d’œuvre de sa mère, et se mordit le bout de la langue en se demandant Diable comment avait-elle put rater une recette aussi simple que celle qu’elle avait tenté de réaliser « Si seulement Ruth était toujours là, elle serait venue me prêter main forte sans hésiter. » Un pincement au cœur obligea Amelia à chasser la photo de son écran ; ça faisait toujours aussi mal d’entendre ses parents regretter l’absence de sa grand-mère. Elle recolla son téléphone à son oreille, et d’une voix confiante, changeant de langue sans s’en rendre compte, elle lui dit « Ecoute maman, j’ai une solution. Tu me fais confiance ? »

Si Romy lui avait évidemment exprimé sa confiance aveugle, elle n’en avait pas moins oublié de remarquer que son unique enfant – le deuxième amour de sa vie, la prunelle de ses yeux – n’avait pas tenté de la convaincre que son gâteau n’était pas raté ; il l’était, même en photo, inutile de mentir. Avant qu’elle ne mette fin à la discussion, son père lui cria, toujours en arrière-plan, de convier Ezra aux festivités, comme chaque année. Ni une ni deux, ce fût tout de suite après avoir raccroché son téléphone qu’Amelia démarra sa voiture pour se rendre dans le centre-ville avec une idée bien en tête.

Le trafic se trouvait être étonnamment fluide à cette heure de la journée. La ville se mettait déjà en veille à l’aube de l’été qui se profilait. En s’insérant dans l’agglomération, près du terrain de jeu, elle sourit en remarquant certains de ses élèves en pleine partie de football, délaissant leurs derniers devoirs pour profiter du beau temps de fin de journée. Elle leur fit un petit signe par la fenêtre, et bifurqua dans le centre, là où nombre de commerces étaient toujours ouverts. Elle s’arrêta à quelques emplacements du café qu’elle fréquentait presque tous les matins, parfois seule ou accompagnée, empoigna son sac à main, et sortit de son véhicule.
La sonnette de la boulangerie dont elle poussa la porte indiqua sa présence. Se parant de son plus beau sourire, Millie se risqua à contempler les mets disposés dans les différentes vitrines s’étalant sous ses yeux, avant de les poser sur la jeune femme flanquée derrière le comptoir. Elle cala son sac à main sur son épaule, et joignant les mains sous son menton, son visage se froissa lorsqu’elle lui avoua :

« Je viens pour une urgence. » Ses mains se resserrant, donnant l’impression qu’elle s’était mise à prier, elle regarda Alba avec désespoir, mais le sourire qui fendit son visage chassa toutes traces de panique dans son regard, et elle poursuivit « Ils vous reste des mignardises, des tartes, et même peut-être des viennoiseries en stock ? » Elle se mordit la lèvre inférieure, s’agitant pour mieux faire un pas vers le coin des ventes « Je vous explique ; c’est l’anniversaire de mariage de mes parents, et ma mère a voulu s’improviser pâtissière, sauf qu’elle est couturière… je vous laisse deviner la chute. Elle m’a appelée au secours, et j’ai tout de suite pensé à votre boutique comme plan B. » S’avançant davantage face au comptoir, elle desserra les mains pour les poser dessus, et opina négativement du chef en réponse à la question de la jeune femme « Millie. Comme vous allez sûrement sauver la vie de ma mère, je vous autorise à m’appeler par mon prénom, hum… » Elle hésita, chercha du regard celui d’Alba qui était inscrit sur un badge épinglé à sa poitrine. Elle sourit encore une fois, penchant la tête sur le côté, et termina alors « Alba. »
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Sujet: Re: god knows i tried › amelia Mer 25 Oct - 0:58


Elle ne pouvait pas la quitter des yeux. Les mains tremblantes, cachées derrière la caisse enregistreuse ; les lèvres légèrement ouvertes dans un simulacre de sourire répété maintes et maintes fois, Alba dévisageait sa cliente comme le fantôme pour lequel elle la prenait, continuant de prier un dieu en lequel elle ne croyait pas pour être délivrée de sa lente torture. What if, what if, tournait comme un leitmotiv dans sa tête et déjà elle s'imaginait ce qu'il se passerait si la réponse était oui, si les miracles existaient. Mais la jeune femme blonde prit la parole, et Alba sut alors que non, les miracles n'existaient pas. Ses doigts agrippèrent le bord du comptoir et, se battant entre un intense soulagement et une immense déception, elle concentra toute l'attention qu'il lui restait sur les mots de sa cliente, qui lui parlait de tartes et de mignardises alors que ça n'avait aucun intérêt. Parce-que tout ce qu'elle avait imaginé n'avait été qu'une illusion créée par la force de son cerveau, parce-que son amie était bel et bien morte et enterrée par sa faute et jamais elle ne reviendrait, jamais elle n'aurait la chance d'entrer à nouveau dans une boulangerie pour choisir une tarte parmi mille pour une quelconque occasion.

Alba acquiesça doucement, ses yeux ronds voilés par une vague de mélancolie. « Enchantée, Millie. » Kill your idols, même s'il n'y avait qu'une syllabe de différence entre les deux noms. La chilienne se força à sourire un peu plus, enfilant le masque de la parfaite employée avant que son visage à elle ne s'écroule, forçant même un air guilleret et une plaisanterie. Qui a dit que les personnes les plus tristes offraient les plus beaux sourires ? « Bien sûr, les urgences sont une de nos spécialités ! Je suis flattée que vous ayez pensé à nous. Je ne vous ai jamais vue ici pourtant... Le bouche à oreille ? » Décidément, la voix de Millie ne collait pas à celle qui hantait ses souvenirs, qu'il s'agisse de confidences, de cris ou de rires. Millie n'était pas Kelly, elle n'était rien d'autre qu'une jolie femme en quête d'un gâteau pour sauver la détresse d'un repas de famille. Un cas moins rare qu'on pouvait le croire, facile à gérer. Elle pouvait y arriver. Elle était assez forte et elle pouvait y arriver. Si elle avait survécu trois ans dans une ville où sévissait un maniaque obsédé par la Poésie et les scalpels bien tranchants, elle pouvait supporter dix minutes en face à face avec le spectre de son passé.

« Oh, couturière, vraiment ? Quel joli métier... mais en effet, plutôt différent de la pâtisserie. Il me reste beaucoup de choses, mais si c'est pour une occasion spéciale, ce serait dommage de choisir une simple tarte. Enfin, vous décidez, bien sûr ! Voyons, je peux déjà vous proposer ce que nous avons en vitrine. Après une courte hésitation, traduite par un silence figé, elle contourna enfin l'espace réservé à la vente et s'approcha des compartiments dans lesquels étaient alignés tartes aux fruits, brioches, éclairs et autres douceurs. « Nos tartes sont faites à la française, et j'ai ici pommes ou framboises, ou alors une tarte au citron meringuée. Très demandée, et plutôt original. Une autre tarte aux pommes est en train de cuire dans la cuisine. Sinon, poursuivit Alba, j'ai les classiques américains. J'ai un cheesecake au citron et à la myrtille, un red velvet et un gâteau au chocolat. Je peux vous les faire en parts, si vous préférez. Ou vous pouvez assortir. Elle désigna alors deux gâteaux assez hauts, aux glaçages blancs et aux décorations pastels. Evidemment, on a ensuite des cookies, cupcakes, muffins, et même des éclairs au café. »

L'énumération de ses gâteaux, dont elle était la créatrice, la fit sourire. Elle tenait la plupart des recettes de son professeur de cuisine, un français expatrié aux Etats-Unis qui lui avait enseigné de nombreux secrets qui arrivaient aujourd'hui à la démarquer des chaînes ou des boutiques traditionnelles. Finalement, elle ne se débrouillait pas si mal ! Bien sûr, elle ne faisait pas tout elle-même mais sa petite équipe était très pro. Le secret de leurs douceurs était bien gardé. Millie promenait encore son regard sur les vitrines, visiblement un peu indécise. « Cela dit... » Alba prit la parole avant même d'avoir réfléchi à ce qu'elle allait dire, mais le sourire d'espoir dans les yeux de son interlocutrice la poussa à terminer sa phrase. « Si vous avez un petit peu de temps devant vous, disons, une heure, je peux vous faire quelque chose de spécial, un gâteau au chocolat ou aux fruits, selon ce qu'il me reste. Ou même customiser un produit existant. »

Sa sincérité lui semblait absurde. Elle ne proposait que rarement - voire jamais - ce genre de services, puisque d'habitude, tout convenait à ses clients et elle n'avait pas que ça à faire de faire de la pâtisserie sur mesure. Elle pouvait bien sûr accommoder certaines commandes et s'arranger pour que ses habitués comme les clients d'un jour soient toujours le plus satisfaits possibles mais en trois ans jamais elle ne s'était aventurée à proposer elle-même, spontanément, une prestation spéciale. La petite voix dans sa tête lui souffla qu'elle ne parviendrait pas à se racheter une conscience en sortant le grand jeu pour cette fille, mais c'était déjà trop tard. « Tout dépend des goûts de vos parents, évidemment. Ça fait longtemps qu'ils sont mariés ? »  

La question presque indiscrète ne semblait pas déplacée à Alba puisqu'après créer et vendre ses produits, ce qu'elle préférait le plus consistait à poser des questions pour en apprendre le plus possible sur les gens, leurs vies, leurs petites habitudes. Là, en l'occurence, elle avait à faire au double de sa meilleure amie ; même si la déception lui brisait encore le coeur, elle n'avait mis bien longtemps avant de décider qu'elle devait connaître Millie. Malsain ? Peut-être, mais la tentation était bien trop forte.



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Sujet: Re: god knows i tried › amelia Sam 11 Nov - 13:25

« J’enseigne à l’école primaire, et d’après mes collègues, votre boutique est une valeur sûre. » Pas que les collègues en question se soient épanchés sur leurs habitudes en sa compagnie, étant donné qu’ils l’avaient évitée comme la peste pendant très longtemps. Pourtant, c’est bien ce que répondit Millie, tout en glissant distraitement une mèche de cheveux derrière son oreille, puis elle se balança d’avant en arrière sur les talons de ses bottines. Le plancher lustré de la boutique craqua sous son poids, et son regard se détourna de lui-même. D’abord rivé sur le badge épinglé à la poitrine d’Alba, il s’arrêta progressivement sur les gourmandises exposées à sa vue. Elle ignorait si c’était l’éclairage de très bon goût qui rendait ces gâteaux drôlement appétissants, mais elle se surprit à marquer un temps silencieux pour mieux admirer tous les détails subtils qu’elle releva des yeux en se penchant doucement sur la verrière.

Les perles de sucre brillaient, donnant aux couleurs pastel des glaçages une nuance plus vive qui mettait vraiment l’eau à la bouche. Sans qu’elle ne s’y attende, le visage d’une petite fille au visage émacié, mais barbouillé de sucre-glace, lui revint soudain en mémoire. Amelia se revit, moins d’une vingtaine d’années en arrière, le nez collé à une vitrine similaire à celle qu’elle convoitait aujourd’hui, prise d’une angoisse indescriptible à l’idée que la pâtisserie qu’elle avait insisté pour apporter à sa meilleure amie lui soit interdite par les infirmières, ou qu’elle la rende encore plus malade qu’elle ne l’était déjà.

Des souvenirs d’enfance, Millie en avait, comme tout le monde. On s’attendrait à ce qu’ils soient tous très joyeux, ce qui n’était pas le cas. Quelque part, cela témoignait de sa capacité à répandre la bonhommie grâce à son sempiternel sourire, mais aussi à ses boutades maladroites, et surtout, à son refus pathologique d’accepter d’étaler sa propre détresse ainsi que sa propre douleur. Car dans son cartable de maîtresse, elle ne transportait pas que des histoires dans lesquelles elle s’obstinait à être la princesse de contes de fée qu’elle aurait tant aimé être, loin de là ; Amelia avait été une enfant martyrisée par un monstre qu’on appelait « Solitude ». On était venu l’en délivrer à temps, heureusement. Sa rencontre avec la petite sœur d’Ezra restait un événement clef dans la vie de la femme qu’elle était devenue aujourd’hui. Elle lui avait permis de s’affirmer en tant que défenseuse des bonnes causes, toujours prête à prendre les armes. Couronnes de fleurs fièrement vissée sur la tête, elle s’obstinait à grimper sur le dos de cette licorne imaginaire dont elle avait parlé à Seth, et qu’elle n’avait jamais su dresser, alors qu’elle prenait peu à peu conscience que si on l’avait laissée de côté encore un peu plus longtemps à cette époque-là, son angoisse et ses démons l’auraient poussée à emprunter la mauvaise porte de l’univers merveilleux qu’on lui avait dépeint – exactement comme quelques semaines plus tôt, quand elle avait revêtu sa robe de bal la plus courte pour s’abreuver d’une potion qu’on disait magique.

Atterrée par le parallèle qui naissait dans son esprit, Millie se concentra sur l’observation du montage des pièces en sucre. C’était étrange, car elle ne repensait pas souvent à tout ça ; à tous les tubes, les aiguilles, et les bips des machines reliées au corps de son amie, même si elle avait solidifié la charpente de ses principes et affirmée sa vocation. Avec Ezra, ils s’étaient tacitement mis d’accord sur la marche à suivre quand il s’agissait de se remémorer le temps passé avec sa sœur malade, et en aucun cas il ne fallait que cela devienne larmoyant. Seulement, ça le devenait irrémédiablement. Alors finalement, ils n’en parlaient plus – il lui semblait qu’elle-même la mentionnait parfois dans son sommeil, mais comment en être sûre ? Ses souvenirs s’étant superposés à l’instant-t, elle perdit momentanément le fil de ce que lui racontait la commerçante qu’elle avait pourtant sollicitée précipitamment, et la coupant au beau milieu de ses explications, elle lui dit tout à coup, et d’un ton plutôt lointain :

« Vous saviez que ce local était déjà une boulangerie-pâtisserie, il y a une petite vingtaine d’années ? » Elle redressa le menton pour planter de nouveau son regard dans celui d’Alba, et elle lui avoua timidement « Je n’étais encore jamais rentrée chez vous. Ça me rappelle des tas de souvenirs d’enfance, j’aurais dû mieux m’y préparer. » Aussi vite, elle se reprit. Dispersant un « bref » muet dans les airs, ses mains s’agitèrent devant elle, et c’est en fermant les yeux et en fronçant très fort les sourcils qu’elle se pressa donc de rajouter « Je vous ai interrompu ! Vous m’affamez avec vos histoires de cheesecake et de red velvet, comment vous voulez que je fasse un choix rationnel après ça ? »

Malgré le trouble évident qu’elle ressentit en étant confronté à ce sentiment de déjà-vu, elle tacha de garder cette pointe de bienveillance qui fit irradier l’éclat dans son regard quand elle laissa échapper un rire, rouvrant les yeux d’un même mouvement – ou alors avait-elle les larmes aux yeux ? Qu’importe. Elle sembla se départir visiblement d’un poids quand elle se mit à soupirer de soulagement en entendant la proposition suivante de la jeune femme. D’une main, Millie desserra le foulard qu’elle portait autour du cou.

« Vous feriez vraiment ça ? » Elle plissa un œil, signe de mise en garde « Vous êtes consciente que ça vous placera automatiquement sur la liste des invités ? » Ella la pointa brièvement du doigt, puis croisa les bras en lui répondant « 33 ans, et d’après ce que je sais, ils ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin. » Dignement, Amelia se ragaillardit. Ramenant ses deux pieds dans le présent qui l’occupait tant, elle toisa d’un œil faussement complaisant la silhouette menue de son interlocutrice comme pour lui lancer un défi « Si j’accepte votre proposition, vous vous sentez prête à endosser le rôle d’invitée d’honneur ? Parce que, connaissant mes parents, c’est ce qui vous attend. »
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Sujet: Re: god knows i tried › amelia

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