AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  


Partagez | 
 

 here's to the heartache

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 

bad blood - we live here

avatar

◆ Manuscrits : 74
◆ Arrivé(e) le : 26/05/2017
◆ Âge : 40
◆ Métier : Professeur dans sa propre école de théâtre
◆ Points : 106
◆ DC : Aiden, Willow, James, Sean, Charlie
◆ Avatar : Hugh Dancy


Sujet: here's to the heartacheMer 27 Sep - 23:23


juillet 2016

Il n'avait pas dédié le spectacle à Rose. Il n'avait pas entamé la soirée, ou plutôt la fin d'après-midi, par un petit discours sur la perte de sa fille, comme on lui avait pourtant suggéré de le faire. Même les membres de l'association des victimes avaient tenté de le convaincre que son témoignage serait bénéfique à leur cause, avaient tenté de lui faire entendre le pouvoir qu'auraient ses mots sur le public presque exclusivement composé de parents. Ils avaient expliqué à ses oreilles sourdes que quelques mots sur sa terrible perte, sur l'assassin qui lui avait pris la vie et qui courait toujours, sur sa fille et la joie qu'elle n'apportait plus, aideraient à mobiliser des gens et peut-être même à recruter de nouveaux membres. Ils avaient, une fois de plus, tenté d'en appeler à sa colère, à la soif de vengeance que les films et autres livres montraient comme insatiable, comme irrépressible et dévastatrice, en disant qu'on ne pouvait pas laisser les gens oublier le Poète simplement parce qu'il ne s'était pas manifesté depuis longtemps, et que son dernier meurtre n'avait presque pas fait parler de lui. Puis finalement, s'essoufflant face à son silence fait de briques, le loup s'en était allé, et Nathan avait pu desserrer les dents, juste assez pour y laisser couler un peu de whisky. Il n'était pas monté sur scène, avait laissé à Amelia le soin de présenter la pièce, puis il avait observé la performance depuis les coulisses, un sourire encourageant rivé aux lèvres pour donner confiance aux jeunes acteurs et actrices qui étaient un peu pâles. Perfectionniste quand il s'agissait d'art, il était lui-même tendu et stressé par cette représentation. Des mois durant, il s'était répété que ça importait peu, Rose n'était plus là pour le voir, plus là pour insuffler de la vie dans un personnage, ou même simplement dans l'école qu'ils avaient décorée pour l'occasion, mais il s'était laissé aspirer malgré lui. Il s'était laissé prendre au jeu des répétitions et des costumes, des invitations à envoyer et des ajustements de dernière minute. Cette fin d'année apportait son lot de pièces et de représentations, aboutissement d'un an de travail pour lui comme pour ses élèves, mais c'était bien cette pièce-là qui lui retournait l'estomac.

Les applaudissements étaient francs et sincères alors que les élèves saluaient à nouveau, et Nathan avait applaudi également, la pression redescendant aussitôt et le laissant un peu vide. Bientôt, il lui avait fallu quitter sa cachette dans les coulisses, mené par des enfants qui n'étaient pas les siens, et se mêler à la foule assemblée dans sa petite école, où l'on avait aménagé une buvette de fortune pour l'occasion. Il avait ensuite dû maintenir son sourire à travers toutes les interactions qui suivirent, les félicitations allant trop souvent de paire avec les condoléances, même plus d'un an après, les parents n'ayant pas eu besoin de discours pour se remémorer les faits, et pour les rappeler à sa mémoire, des fois que les longs mois lui aient fait oublier. Peu à peu, le calme avait repris ses droits sur l'école alors que les élèves et les parents quittaient la fraîcheur de l'école pour s'engouffrer dans la touffeur des rues. Ça ne lui était pas arrivé depuis qu'il avait perdu Rose, ce sentiment de vertige qui accompagnait la fin d'une représentation.

Une fois l'école redevenue présentable, Nathan et Amelia s'étaient rendus sur Fairhope Avenue pour décompresser et célébrer autour d'un verre et pour, peut-être, débattre des heures de travail qu'ils avaient mis dans cette pièce de théâtre, ou simplement s'autoriser un peu de fierté. Rose aurait pu se joindre à eux, exaltée d'avoir passé une si belle soirée et de pouvoir rester debout si tard, survoltée par la perspective des grandes vacances et de toutes les activités qu'elle avait prévu d'entreprendre, ainsi que les deux semaines qu'ils passaient chaque année en Italie. Aujourd'hui, tout ce qu'il restait de ces grands projets de vacances, de ces éclats de rire et des rayons de soleil jouant dans les boucles brunes, tout ce qu'il restait de ces promenades, de ces verres de limonade, et du sable entre les doigts de pied, tout ce qu'il restait des heures d'avion, des piqûres de moustique et des coups de soleil, tout ce qu'il restait de la Toscane et d'un magnifique coucher de soleil, tout ce qu'il restait du bonheur, c'était les deux longs mois de vide et d'ennui qui attendaient l'enseignant. L'an passé, il avait été trop abattu pour seulement s'apercevoir que les jours continuaient de s'écouler, la froideur de l'hiver ne l'ayant jamais vraiment quitté. Cette année, cependant, il voyait dores et déjà les longues journée d'été se prélasser devant lui, il sentait déjà l'odeur des barbecues que les voisins organisaient à loisir, il entendait les rires et il rentrait dans sa maison vide. Rose n'était pas là ce soir, et c'est aux yeux d'Amelia que s'accrocha le regard de Nathan, un sourire aux lèvres alors qu'il levait son verre pour trinquer. «On peut dire que c'était un succès.» Le stress de ces dernières semaines était tranquillement en train de le quitter. Parce qu'il avait beau feindre l'indifférence, il ne voulait pas donner aux parents présents dans le public des raisons de le penser fragile, de le penser affaibli et détruit. C'était privé, c'était à lui. C'était sa blessure. «Félicitations à toi et tes élèves.» Pour l'instant, il allait se contenter de faire couler un peu d'alcool au fond de son âme, pour endormir la douleur et profiter d'un moment de détente. Il allait tenter d'ignorer le fantôme de sa fille assis à leur table.

«On a réussi. »
Rose souriait aussi.


_________________
the look in your eyes, i've seen it before,
it's a dead man's look, eyes that say no matter where you go or what you do, it feels like this world doesn't fit anymore
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur

bad blood - we live here

avatar

◆ Manuscrits : 1837
◆ Arrivé(e) le : 13/11/2016
◆ Âge : 28 ans
◆ Assoc. des Victimes : Membre
◆ Métier : Professeure des écoles (5th grade)
◆ Points : 1936
◆ DC : Caroline R. Walker
◆ Avatar : Margot Robbie


Sujet: Re: here's to the heartacheDim 15 Oct - 20:45

Le sourire ne quittait pas son visage, irradiant jusqu’au fond de ses iris soulignés par le mascara, et ce même quand elle repensait à la façon dont elle avait éloigné les quelques journalistes qui avaient voulu s’infiltrer dans l’école pour couvrir l’événement de cette fin d’année scolaire. Amelia avait fait en sorte que cela passe totalement inaperçu. Ne tenant pas à ce qu’un scandale de cette espèce vienne entacher l’unique représentation des CM2, elle avait pourtant été d’une efficacité redoutable, faisant éclater une douce autorité qui lui venait de ses années de services auprès des enfants. Et pour la première fois depuis que des soupçons avaient pesé sur elle, cinq ans auparavant, elle avait reçu le soutien de ses collègues de travail qui avaient fait bloc avec elle pour empêcher quiconque se présentant avec une carte de presse, un micro ou une caméra estampillée du logo de la chaîne ou du journal local de pénétrer dans le théâtre. Nathan n’avait pas besoin de ça ; elle n’avait pas besoin de ça, s’étant jetée à corps perdu dans ce projet de pièce pour oublier ses propres problèmes. Ce soir sonnait la fin de son répit personnel. Ça reviendrait vite, cette manie qu’elle avait prise de ressasser ; sa vie devenue compliquée, ses invitations laissées sans réponses, et son envie de partir de plus en plus ancrée.

De manière générale, personne n’avait besoin qu’on leur rappelle qu’un sursis pesait lourdement sur leurs épaules, et investie de la simple mission d’éviter le moindre dérapage à l’égard de Nathan, Millie s’était contrainte à l’observation, le nez plongé dans un gobelet de punch qu’elle n’avait finalement pas bu. Intervenant de justesse, et avec toute la distinction qui s’impose, lorsqu’elle surprenait une lueur larmoyante dans les yeux d’une mère, ou qu’elle discernait le mot de réconfort bourru d’un père, elle avait fini par négliger les câlins d’adieux de ses élèves, ainsi que leurs nombreux bouquets de fleurs qu’elle avait reçu en guise de félicitations bien méritées.

Accoudée au bar désormais, attendant qu’on lui remette les consommations qu’ils avaient commandé avec Nathan en arrivant, Amelia ne put s’empêcher de lancer un regard inquiet par-dessus son épaule, regard qui traversa la vitre, comme pour s’assurer que personne ne les avait suivis pour recueillir leurs impressions après le triomphe. Car, même si elle avait eu tendance à faire preuve de recul en glanant les compliments des parents de ses élèves, la représentation de ce soir en avait été un sacré, de triomphe. Emplie d’une fierté légitime, Millie se mit à se rejouer les mois de répétitions avec les enfants, faisant des bons moments passés, des souvenirs qu’elle chérirait encore quelques années. Non sans en éprouver une certaine culpabilité compte-tenue de la situation de Nathan, la satisfaction d’être parvenue à le convaincre, sans trop forcer, de rejoindre son projet lui fit oublier ses craintes de se faire talonner par les journalistes, et reprenant vie, elle récupéra deux verres. Dont l’un rempli à rebord de limonade, l’alcool ayant quitté son régime alimentaire pour le bien de tous, et surtout pour le bien de sa dignité, et elle se dirigea vers la table que son acolyte avait choisie.
Elle se glissa sur la banquette en face de Nathan, et n’hésita pas un instant avant de trinquer avec lui. Le son de leurs verres qui s’entrechoquèrent tinta délicieusement à ses oreilles, mais reléguant sa soif au second plan, elle se précipita pour lui répondre :

« Je n’ai pas fait grand-chose. » Il n’y avait pas de fausse modestie dans son ton, juste un fait énoncé avec lucidité, car sans Nathan, rien de tout ça n’aurait pu voir le jour. Elle enveloppa son verre de limonade avec ses deux mains, penchant la tête sur le côté en poursuivant avec un grand sourire dans la voix « C’est grâce à toi si les grands se souviendront longtemps de cette soirée, je n’ai fait que t’assister ; donner les trois coups, et lever le rideau. » Elle fit un geste de la main, comme si elle balayait l’information par-dessus son épaule, et marqua un temps en l’observant boire une gorgée de sa boisson.

L’éléphant dans la pièce était difficile à ignorer, seulement Amelia préféra ne pas s’y attarder. Pas vraiment en tout cas, et tandis qu’elle pivotait légèrement sur ses hanches pour ouvrir délicatement son sac à main, elle se demanda si ce qu’elle s’apprêtait à faire ne la placerait pas au même niveau que ces parents qu’elle avait retenus, après la représentation. Avant de sortir de sa voiture pour entrer dans le bar, elle avait retiré, de l’un des bouquets de fleurs qu’elle avait gentiment reçus, la plus belle des roses ; d’un rouge aussi vif que celui qu’elle portait sur les lèvres, ses pétales ressemblaient à du velours, et son parfum embaumait déjà l’atmosphère lorsqu’elle la posa sur la table, juste en face de Nathan.

« Pour te remercier. J’ai pensé qu’elle te ferait plaisir. »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t885-amelia-j-williams-diamond-heart#28183 https://scarjohnsson.tumblr.com/

bad blood - we live here

avatar

◆ Manuscrits : 74
◆ Arrivé(e) le : 26/05/2017
◆ Âge : 40
◆ Métier : Professeur dans sa propre école de théâtre
◆ Points : 106
◆ DC : Aiden, Willow, James, Sean, Charlie
◆ Avatar : Hugh Dancy


Sujet: Re: here's to the heartacheJeu 19 Oct - 17:37

C'était bien malgré lui que la vie s'était à nouveau insufflée dans son âme. Il aurait préféré passer des décennies entières enfermé dans sa tristesse ineffable, baignant dans les eaux stagnantes où il n'arrivait pas à se noyer. C'était bien plus simple, il était déjà un peu mort, tout était noir à l'intérieur, calciné et réduit en cendres, il n'avait plus qu'à attendre que le temps fasse son travail et l'achève. Il pensait que s'il ne bougeait pas, s'il oubliait de respirer par moments, s'il restait parfaitement immobile, la vie continuerait son chemin sans le voir. Elle l'avait vu, pourtant. Est-ce qu'il avait frémi, est-ce qu'il avait soupiré, est-ce qu'il en avait eu assez de vivre dans un tombeau, quoiqu'il en soit, il restait quelques braises au milieu des cendres, et un sursaut de vie avait fait son chemin jusqu'à son cœur, rallumant une flamme qu'il avait cru éteinte. Quelques sourires, quelques rires avaient osé briser ses murailles de tristesse, naissant au fond de son ventre avant d'exploser au milieu de sa cage thoracique, le laissant pantelant, confus et honteux. Parce qu'avec ces étincelles venait le constat inévitable : c'était épuisant, et intenable, de ne vivre que de malheur. Il s'essoufflait dans sa cage de souvenirs, dans son musée , dans la galerie mentale qu'il avait ouverte à la gloire de Rose. Tous les tableaux, toutes les photos qui tentaient de capturer son essence mais n'y parvenaient jamais vraiment, creusant un peu plus le gouffre au fond duquel Nathan pourrissait, à chaque fois qu'il posait les yeux sur un cadre vide et mort. Il était fatigué de ne se nourrir que de ses larmes et des parfums que Rose n'apportait plus, émacié par la faim qui le ravageait, la faim de vivre qui menaçait son jeun. Un an, pourtant, ça n'était pas assez. Elle méritait plus, et il ne méritait rien. Il aurait dû être là, et il ne l'avait pas été. Est-ce que Rose avait appelé après lui avant de mourir?

Nathan se surprenait à vouloir oublier. Il se surprenait à vouloir penser à autre chose. Et il avait beau se haïr, il avait beau se poignarder à coups d'une culpabilité affûtée, la pensée était toujours là. L'envie. Insidieuse, elle s'était glissée entre les battements de son cœur. C'était avoir envie d'acheter un certain paquet de chips en errant dans les allées du supermarché, c'était avoir envie de sentir les fleurs en marchant dans les rues, c'était voir l'affiche d'un film en se disant tiens, c'était quelques détails, quelques pensées banales qui différenciaient les vivants des morts. Il oscillait entre les deux depuis quelques temps maintenant. Plus vraiment mort, pas encore vivant, piégé dans l'entre-deux sans savoir à quel côté il appartenait. Nathan était suspendu dans le vide, incapable de tomber, incapable de voler. Il ne vivrait plus jamais, il y avait un large morceau de lui qui s'était allongé aux côtés de Rose dans son cercueil. Il l'avait regardé descendre en terre, dans une boîte qu'il avait choisie, sur quels critères? L'esthétique était tellement superflu, les différents bois, les différentes formes, la texture sous les doigts, comment choisir, quelle importance? Plusieurs fois, il avait manqué faire part de ces remarques à l'employé au sourire si parfaitement adapté à la situation qu'il lui avait donné la nausée. Il s'était simplement excusé et était sorti prendre l'air. Est-ce qu'il laissait un peu de lui dans tous les cercueils qu'il vendait? Nathan avait posé les trois quarts de son âme au fond de la boîte qu'il avait finalement choisie, celle qui veillerait sur le sommeil éternel de son enfant, jusqu'à ce que la nature ait raison de ses parois et que Rose ne soit plus qu'un vague souvenir pour le monde. Dans la jolie robe qu'il avait également dû lui choisir, une fois que les autorités eurent daigné lui rendre son cadavre, après l'avoir examiné, découpé, recousu, dénaturé. Un bout de tissu pour recouvrir les cicatrices, la peau grisâtre, la mort. Il avait choisi sa préférée, celle qu'elle portait tout l'été. Il s'était perdu dans l'armoire, s'était attardé sur chaque vêtement, ceux qui étaient déjà trop petits, ceux qui auraient dû bientôt l'être. Ceux qu'elle adorait, ceux qu'elle n'aimait plus. Sous plusieurs mètres de terre, cachée de tous, Rose arborait sa plus belle tenue, un air paisible qu'on avait forcé sur ses traits.

Nathan haussa les épaules, acceptant le compliment dans un sourire. Un peu de vie au milieu du vide. Il aurait pu lui dire que l'éducation qu'elle procurait à ces enfants les avait rendus réceptifs à la beauté du théâtre, il aurait pu lui dire que son soutien moral avait été crucial et que sans sa bonne humeur et ses sourires, il se serait découragé, mais il espérait qu'elle le savait. Il n'avait pas la retenue d'Amelia, et c'était bien du whisky qui laissait son arrière-goût caractéristique au fond de la gorge du brun. «Si personne ne lève le rideau, il n'y a pas de pièce.» Il soupçonnait vaguement que c'était la blonde qui l'avait ramené à la vie, en l'enlaçant subitement, des mois plus tôt. Elle avait dû créer l'étincelle qui avait mis le feu à l'intérieur. Il aurait probablement dû lui en vouloir un peu.

Voilà qu'elle posait une rose rouge devant ses yeux. Son premier réflexe, c'était de se crisper. Ca n'était même plus une décision consciente, simplement tout son être qui se contractait, comme pour adoucir un impact. Comme pour maintenir les autres à distance. Il contempla la fleur quelques instants. Ses mâchoires s'étaient serrées, et il aurait pu souffrir ainsi jusqu'à ce que l'un d'entre eux s'en aille. Statue de sel, pétrifiée à sa table. Seulement voilà, il était vivant aujourd'hui. Vivant et fatigué, et ses yeux s'étaient humidifiés d'eux-mêmes. Il les avait levés au plafond pour empêcher les larmes de couler. Puis il avait pris la fleur entre ses doigts, entre les épines, et avait respiré son parfum, les yeux fermés. «Merci, Amelia. Elle est magnifique.» Il arracha ses yeux à la rougeur de sa robe et les posa sur la jeune femme qui lui faisait face. Quelques gorgées de plus. «Rose l'aurait adorée.» Il regarda à côté de lui, où la silhouette de Rose n'était pas assise et n'arborait pas ce cadeau dans sa chevelure. Il aurait aimé tomber fou et la croiser à tous les coins de rue, il aurait aimé entendre sa voix, il aurait aimé refuser sa mort. Mais non, de l'omniprésence elle était passée à l'absence totale. Disparue. Il y avait quelque chose de lourd au fond de son ventre. Nathan posa la fleur sur la table, fixa son verre quelques instants et sembla se confier au liquide ambré. «Elle me manque tellement.» Là, elle était dehors. Il venait de la partager. Est-ce qu'il venait de choisir la vie? Il n'en savait rien, il ne se posait pas la question. Ses yeux trouvèrent le visage d'Amelia, et il aurait vraiment voulu chasser ça d'un sourire et reprendre les festivités. Mais il n'avait que de la détresse à lui offrir. «Désolé, Amelia, je ne suis peut-être pas la meilleure compagnie ce soir.»  

_________________
the look in your eyes, i've seen it before,
it's a dead man's look, eyes that say no matter where you go or what you do, it feels like this world doesn't fit anymore
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur

bad blood - we live here

avatar

◆ Manuscrits : 1837
◆ Arrivé(e) le : 13/11/2016
◆ Âge : 28 ans
◆ Assoc. des Victimes : Membre
◆ Métier : Professeure des écoles (5th grade)
◆ Points : 1936
◆ DC : Caroline R. Walker
◆ Avatar : Margot Robbie


Sujet: Re: here's to the heartacheMar 24 Oct - 15:27

Amelia remarqua presque immédiatement la crispation de Nathan. Il se figea, comme frappé par une décharge d’électricité qui combla l’espace qui le séparait de la jeune femme. Cette dernière la ressentit jusqu’à la racine de ses cheveux qu’elle replaça d’un mouvement d’épaule pour dissimuler un frisson, la tête inclinée sur le côté, attentive à tout ce qu’elle apprenait en scrutant les traits de Nathan. Les muscles de ses mâchoires devenues saillantes firent tomber un voile de tristesse sur son visage dévoré par cette intarissable barbe de trois ou quatre jours, et pendant une longue seconde, elle se demanda si elle ne devrait pas plutôt s’en aller pour lui laisser un peu d’intimité. Elle respecta le silence soudain qu’il lui imposa après avoir pris la rose entre ses doigts, et fatalement, elle se mit à gamberger.

Il ne devait pas vivre le succès de la pièce comme elle le vivait. Nathan devait davantage ressentir le vide laissée par l’absence de Rose dans les coulisses. Rose qui se serait émerveillée des réactions des spectateurs en encourageant ses camarades pour le grand final ; Rose qui à ce moment précis, se serait trouvée aux côtés de son père, débriefant la représentation avec enthousiasme en sirotant la même limonade que son institutrice. Amelia percevait tout cela dans la paralysie temporaire de Nathan. Sûrement que oui, elle aurait dû le laisser seul un instant, mais même si elle s’en voulut sur le moment, ressentant un infâme sentiment de culpabilité lorsque ses yeux se mirent à briller plus fort que les dizaines de chandelles artificielles suspendus au-dessus de leurs têtes, elle ne bougea pas d’un iota, et sourit intérieurement en le regardant humer doucement la fleur qu’elle venait de lui offrir.

Finalement, elle plongea le nez dans son verre de limonade, par égard vis-à-vis de la retenue si singulière du jeune homme. Durant tout ce temps qu’ils avaient passé ensemble, elle ne l’avait jamais entendu se plaindre ou se complaire dans la délicatesse empruntée dont les autres usaient et abusaient pour s’adresser à lui – elle aurait aimé être capable de tant de dignité, mais à son contraire, elle s’était perdue ces temps derniers ; même si ça lui était difficile de se remettre de la perte de sa fille, son courage à affronter la situation comme il le faisait le rendait très spécial aux yeux d’Amelia. Elle n’irait pas jusqu’à le qualifier comme un modèle à suivre, mais à son contact, elle avait beaucoup appris sur la façon de vivre le deuil, et ce, bien qu’ils n’étaient pas coutumiers des confessions à cœurs ouverts. Et pourtant ils souffraient d’un mal analogue qui les avaient détruits – Nathan, plus que Millie ; ils avaient perdu quelqu’un qui leur était proche, un pilier qui les avaient longtemps empêchés de vaciller pendant toutes ces années, et dont la perte récente les avait déséquilibrés.

« C’est drôle que tu m’appelles Amelia. » Elle reposa doucement son verre sur la table, espérant que la façon dont elle ignora la confession de Nathan ne le heurte pas. Elle l’avait fait volontairement, et se pressa de mettre sa faculté de sociabilité en œuvre pour le détendre, et rendre la conversation qui allait suivre moins pénible pour lui. Souriant en rentrant la tête dans ses épaules et en se redressant, Amelia continua avec une bonne humeur instinctive, malgré ce qu’elle avança en lui expliquant « Tout le monde m’appelle Millie en général. Ma grand-mère était la seule à m’appeler Amelia quand elle en avait après moi. » Elle laissa échapper un petit rire nostalgique. Ruth en avait rarement après sa petite-fille, mais lorsqu’elle regrettait que ses visites s’égrènent, elle la réprimandait en l’appelant par son nom complet : Amelia Jordan Williams, la prochaine fois que tu prendras le temps de passer me voir, ce sera sûrement pour fleurir ma tombe ! Dieu savait que cet avertissement en particulier lui tournait sans cesse dans la tête, reflétant une réalité à laquelle elle ne se ferait jamais.

Pendant que le bout de son index effleurait le bord de son verre avec grâce et délicatesse, elle ajouta « Ça me fait penser à elle quand tu m’appelles comme ça. » Ça lui était passé à l’esprit tout à coup ; elle ne parlait pas de Ruth, comme Nathan ne parlait pas de Rose. Mais confrontée au chagrin du professeur de théâtre, elle voulut subtilement lui rappeler ce qu’elle ruminait depuis le jour où elle était allée le trouver pour lui proposer de travailler avec elle : elle le comprenait, vraiment. Elle leva la tête pour le regarder « Tu vois, moi non plus je ne suis peut-être pas de bonne compagnie. » Elle ne lui laissa pas le temps de réagir, et s’animant sur son siège, elle se pencha en avant en tendant le bras pour poser une main sur la sienne « On n’est pas obligés de faire semblant ce soir, Nathan. Je comprends ce que tu ressens. »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t885-amelia-j-williams-diamond-heart#28183 https://scarjohnsson.tumblr.com/

bad blood - we live here

avatar

◆ Manuscrits : 74
◆ Arrivé(e) le : 26/05/2017
◆ Âge : 40
◆ Métier : Professeur dans sa propre école de théâtre
◆ Points : 106
◆ DC : Aiden, Willow, James, Sean, Charlie
◆ Avatar : Hugh Dancy


Sujet: Re: here's to the heartacheMer 29 Nov - 19:15

Il avait lâché Rose aux chiens, exprimant son manque dans l'air que les autres respiraient. Il la regarda voleter devant lui quelques instants, terrifié à l'idée qu'on la lui vole, terrifié à l'idée de l'avoir perdue, à nouveau, mais Amelia la regarda passer tranquillement, et ne tenta pas de l'emprisonner, n'essaya pas de parler d'elle. Elle la laissa faire son chemin, peut-être lui souhaita bonne chance dans un sourire. Nathan relâcha la respiration qui s'était bloquée dans sa gorge, qui avait temporairement remplacé le hurlement inaudible qui s'était logé là. Une agonie silencieuse qui lui irritait la gorge et lui brûlait la langue. Un cri qu'il ne pouvait faire taire qu'en le noyant dans de l'alcool, pour ne plus l'entendre se répercuter entre les parois de son crâne, échos assourdissants d'une douleur qui ne se disait pas. Parfois il le retenait de justesse, serrant les dents sur les syllabes inintelligibles qui voulaient se frayer un chemin et hurler à la mort dans sa maison vide. Le chien l'aurait sans doute rejoint, il semblait partager sa tristesse. Il attendait toujours Rose à la porte de sa chambre, prêt à l'accueillir dans les formes quand, enfin, elle émergerait de son long sommeil. Nathan n'avait pas envie d'avouer qu'il attendait parfois avec l'animal, assis devant la porte, envieux de son ignorance. Sa peine était diffuse, incompréhensible et éphémère, temporairement oubliée lorsqu'il passait la porte. Celle de Nathan l'accompagnait partout. Elle ne connaissait pas de repos. Et la porte fermée faisait bien plus mal que le parquet froid et inconfortable sous son corps. Parce que si le chien caressait toujours l'espoir qu'elle allait finir par s'ouvrir, le brun ne pouvait même pas se laisser convaincre d'y croire un instant. Il savait. Derrière la porte, des draps bleu ciel sur un lit défait, un crayon de papier perdu sur la moquette, quelques habits balancés çà et là. Le lit était froid.

Il avait été sa seule famille. Il s'était toujours maudit de son comportement inexcusable qui les avait chassés jusqu'à Fairhope, lui et son nourrisson. Il s'était toujours demandé si Rose se sentirait plus heureuse, moins seule, si elle avait une mère pour compléter le tableau. Elle aurait pu avoir un petit frère, une petite sœur, elle aurait pu avoir d'autres épaules sur lesquelles s'appuyer. Elle aurait pu avoir quelqu'un pour venir la chercher à la sortie de l'école. A coup sûr, s'il était resté fidèle, s'il était resté aux côtés de sa compagne enceinte, elle aurait trouvé la force, le courage et la confiance nécessaire pour cet enfant. Ils n'auraient pas été heureux tout le temps, mais ils l'auraient été souvent. Des sorties en famille, des cheveux bruns dans le vent, l'eau salée cristallisée sur les peaux brunies par le soleil. Il aurait pris des photos sur lesquelles il n'aurait pas figuré et où Rose n'aurait pas été seule. Des repas de famille, des soirées en famille, des soirées entre fille, des soirées père-fille, des dimanche après-midi au bord d'un lac, chapeaux de paille et panier de pique-nique, qu'importait si c'était ridicule.

«Ma grand-mère faisait la même chose.» Il eut un sourire nostalgique. La jeune femme avait gracieusement changé de sujet, attirant Nathan avec elle grâce à son sourire. Il lui avait rendu la pareille, avait laissé Ruth s'échapper des lèvres de la jeune femme, somme toute moins accidentellement que Rose, qui s'était laissée attirer dehors par le parfum des fleurs ; et il ne l'avait pas retenue. Ruth et Rose étaient des prénoms qu'ils n'employaient pas, ils les chérissaient et les conservaient à l'abri du monde extérieur où ils n'avaient plus leur place. Il pensa à sa grand-mère, cette femme au tempérament de feu, bien plus grande que sa taille ne le laissait penser, qui avait élevé et aimé sans retenue. Rose ne l'avait que peu connue, elle qui vivait à l'autre bout du monde, mais elle l'avait adorée. Elle était décédée quand Rose avait 5 ans, et pourtant Nathan aurait voulu aller se jeter dans ses bras et qu'elle lui dise que tout irait bien. «Je n'ai jamais aimé les surnoms. Amelia est un très beau nom.»

Il avait tenté de soutenir le regard d'Amelia alors qu'elle plongeait au fond de son âme. C'était ironique, vraiment, que la dernière personne à avoir vu sa fille en vie, et la première à l'avoir vu morte, soit celle auprès de qui il trouvait du réconfort. Pas le genre de réconfort qu'offrait son frère, en lui servant un verre, en le serrant dans ses bras et en parlant d'autre chose, mais quelque chose de différent. C'était plus subtil, plus discret, ça se passait de commentaires. C'était simplement là, elle n'avait presque pas à essayer. Il pouvait voir dans son sourire ce que Rose lui avait toujours trouvé. Il pouvait voir l'amour que sa fille avait porté à son enseignante, et en un geste aussi banal que poser une main sur la sienne, il le comprenait. Elle était la seule à le toucher ainsi. Sans s'y sentir obligée, sans serrer trop fort, sans rechigner. Ca lui était venu comme ça, elle avait vu la détresse dans ses yeux, et elle avait tendu la main. La plus jeune de ses nièces avait le même genre d'innocence. Mais il avait baissé les yeux vers son verre, incapable de se laisser sonder, incapable d'être aussi vulnérable. Il avait saisi le verre et l'avait contemplé quelques instants. «Ma grand-mère ne parlait pas anglais du tout quand on a débarqué chez elle, et elle était incapable de prononcer nos prénoms, à moi et à mon frère. On se moquait d'elle tout le temps, et elle jurait en italien. C'est les premiers mots qu'on a appris, les insultes.» Le souvenir lui arracha un autre sourire, et seulement alors il trouva la force de regarder Amelia, un peu de gratitude au fond des yeux.

«Elle arrivait à dire 'Rose'.»
 

_________________
the look in your eyes, i've seen it before,
it's a dead man's look, eyes that say no matter where you go or what you do, it feels like this world doesn't fit anymore
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur



 Contenu sponsorisé


Sujet: Re: here's to the heartache

Revenir en haut Aller en bas
 

here's to the heartache

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: the city that we loved :: fairhope avenue :: eat & drink :: wasted shots-