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 Sugar

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◆ Manuscrits : 278
◆ Arrivé(e) le : 27/06/2015
◆ Âge : 28
◆ Décédé le : 16 Mars 2016
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Sujet: SugarJeu 2 Juil - 15:36

"Nous sommes désolés pour le désagrément, madame. Voici une portion supplémentaire pour vos grosses cuisses!" Aiden ruminait à voix basse, les poings serrés le long de son corps, alors qu'il marchait à grandes enjambées vers son appartement, le long de Fairhope Avenue, trop peu fréquentée. Le froid, sans doute. Oui, oui, forcément. Quoi d'autre, hein? Rien, rien d'autre ne pouvait empêcher les gens de sortir, pas vrai? Pourquoi se seraient-ils sentis mieux à l'intérieur? Une nuit fraiche, voilà tout. "Oh, il manque un glaçon? Je vais vous le mettre où je pense votre glaçon!" Peut-être, seulement peut-être, que c'était un moyen comme un autre d'oublier à quel point il était en danger ici, dehors, tout seul. Ou peut-être simplement que cette ogresse arrivant à deux minutes de la fermeture avec une commande pour elle et ses quatre enfants et les exigences d'une star internationale du cinéma l'avaient vraiment mis en rogne. Quoi qu'il en soit, il ignora le frisson qui courut le long de sa colonne vertébrale comme une légère décharge électrique, et accéléra un peu plus le pas. Ne pas courir. Ne pas attirer l'attention. Surtout pas, jamais. La peur avait atteint son ventre cette fois, saisissant ses entrailles à pleines dents.

'Stop!' Sans même le vouloir, il obéit. La clé était à quelques millimètres du trou de la serrure, et s'immobilisa, figée. 'Écoute, écoute...' Il tendit l'oreille et cessa de respirer, concentré. Le vent, au dehors, fit crisser quelques branches, presque volontairement, et Aiden lâcha la clé de surprise. Il resta inerte quelques instants, comme paralysé, comme s'il venait de mourir. Le bruit métallique de la clé touchant le sol résonna dans ses oreilles, dans sa tête. Un, deux, trois, quatre. Quelque chose, en lui, s'était éteint. Un, deux, trois. Il n'y avait plus qu'un grand cri. Un, deux. Un hurlement incohérent et primitif. Un. Brusquement, il se jeta sur la clé et franchit les escaliers en quelques foulées, puis la porte, puis la rue, en courant. A perdre haleine, comme si sa vie en dépendait, et qui sait, peut-être que c'était le cas. Probablement. Le cri s’apaisa, et il s'arrêta, haletant, le cœur bondissant dans sa cage d'os, et scruta les alentours. 'N'y retourne pas.' Il hocha imperceptiblement la tête, et se mit en marche, l'oeil alerte. Sa démarche n'avait plus rien du pas pressé et agressif qui l'avait mené chez lui inconsciemment, comme on mène un cochon à l'abattoir; chaque mouvement était mesuré, et il rasait les murs. Il erra dans les rues une heure, puis peut-être deux, sans jamais relâcher son attention. "Il est parti, maintenant?" demanda-t-il dans un murmure, comme un enfant qui demande à ce qu'on chasse les monstres sous son lit. 'Non.' L'enfant qui s'accrochait aux draps, se réfugiant dans la chaleur presque maternelle de son lit, sous ses couvertures, protégé des monstres par une magie très ancienne et très puissante, qui bénissait les draps du monde entier et qui s'appelait l'illusion. Le lit d'Aiden, dans son antre, son domaine, son sanctuaire, n'avait plus rien de béni, et semblait même possédé par le plus vil de tous les monstres, le souvenir. Non, non, pas le souvenir. Ce souvenir, qui était devenu cauchemar, récurrent et invasif, et qui le mettait à la porte, régulièrement; qui l'enfermait, parfois dehors, parfois dedans. Il errait dans les rues comme un fantôme, comme une proie. Qui sait si c'était la fraîcheur de la nuit ou la terreur qui le faisait trembler.

Par lassitude, il trouva refuge dans l'un des bars de la ville, le Vanilla Palace. Le nom était assez rassurant pour qu'il daigne entrer, et il poussa la porte avec seulement une seconde d'hésitation. La chaleur qui l'envahit réchauffa ses doigts mordus par le froid. Bien qu'il ne fasse jamais vraiment froid à Fairhope, déambuler dans la ville en simple T-shirt une nuit de février n'était pas l'idée la plus brillante qui soit, même Aiden aurait pu en convenir. Il n'avait jamais su adapter ses vêtements à la chaleur, allez savoir pourquoi. Il resta quelques instants à l'entrée, prêt à déguerpir s'il le fallait, mais rien ne lui sauta à la gorge pour l'étriper, et il se risqua à avancer vers le bar. Il jaugea les tables mais décida qu'elles laissaient trop de place à l'inconnu, et que n'importe qui pouvait venir s'asseoir en face de lui. Il s'installa donc, le cœur juste un peu plus léger, l'étau autour de son cou se desserrant juste assez pour respirer sans s'arracher la gorge. Il avisa l'homme derrière le bar, et regarda vaguement la carte des boissons disponibles, avant de se lancer, effaçant les éventuels derniers sursauts dans sa voix en s'éclaircissant la gorge. "Bonsoir," commença-t-il avec une ébauche de sourire, vaguement cordial mais surtout figé. Aiden s'en rendit compte au moment même ou la grimace prit place sur ses lèvres et détourna les yeux légèrement, regardant une nouvelle fois la liste des breuvages pour se donner une contenance. "Une bière, s'il vous plaît," reprit-il, rictus effacé. Cet endroit était un parfait échappatoire, ne serait-ce que pour un temps, le temps que son appartement se vide des fantômes habitant entre ses murs. L'ambiance était trop agréable pour qu'il prétende y rester indifférent, et il aurait presque pu dire qu'il se sentait en sécurité.
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Sujet: Re: SugarMer 22 Juil - 19:01

Les yeux d’Adam étaient rivés sur le l’horloge murale dont le cliquetis incessant commençait à l’angoisser. Les secondes fuyaient trop lentement pour que les heures ne se changent pas aussitôt en supplice, le propriétaire des lieux cherchant à s’occuper par tous les moyens. Il avait refait ses comptes, passé du temps devant l’écran de l’ordinateur portable qu’il gardait dans un coin à l’arrière de sa boutique, ne serait-ce que pour s’assurer qu’il était bien à jour ou que les versements sur le compte en banque du Palace avaient bien été faits… Des activités passablement ennuyeuses pour le commun des mortels mais auxquelles Adam prêtait évidemment une attention toute particulière. Ce soir en revanche, plus rien à faire. Même la musique raisonnait à peine entre les murs du Palace, l’ambiance se voulant pourtant toute aussi feutrée que d’habitude. Mais personne. Rien. Pas un rat. Depuis que la petite Rose avait été assassinée, les rues semblaient désertes, et les tables de son bar restaient inoccupées. Le trentenaire aurait sans doute du en faire autant, ne pas quitter ses draps ni sa demeure, et même si son bar comptait plus que tout le reste, la solitude commençait sérieusement à lui miner le moral. Certes, il y avait bien plus grave que la gestion de son commerce et la liste des victimes ne cessait de s’allonger. Mais diable, ce n’était pas pour autant qu’il fallait s’arrêter de vivre ! Et depuis que Fairhope avait décidé de se mettre à l’abris, c’était au tour d’Adam de tuer le temps, et chaque minute lui donnait l’impression qu’il allait finir par asphyxier dans tout cet espace inoccupé.

Pour la millième fois au cours de la soirée, il agrippa son torchon, astiquant le comptoir du bar pour que les lumières se reflètent joliment dans le bois laqué, la moindre empreinte laissée par un client disparaissant alors, comme un souvenir trop douloureux qu'il ne pouvait plus supporter. À croire qu’Adam lui-même ne voulait plus laisser aucune preuve de son passage derrière lui, à l’image du Poète. Ils avaient bien plus en commun que ce que le barman voudrait bien admettre au final, et l’ennui qui se répandait dans ses veines tel un mauvais poison lui aurait presque donné des envies de meurtre. Voilà. Adam avait résolu le mystère. Le Poète n’était pas plus fou que les autres, c’était juste un type frustré qui avait pété une durite un soir après le boulot, qui avait eu envie de passer ses nerfs sur le premier individu qui s’était trouvé dans son champs de vision, et la pauvre Ruth avait donc fait les frais de cet employé exploité par un patron ingrat. Le trentenaire se souvenait avec précision du nom de la victime originelle, n’ayant pas oublié un seul instant ce qui s’était produit lors du bal organisé en mémoire de la septuagénaire le mois dernier. Entre celui qui avait manqué de s’étouffer et le portable d’Adam qui était resté introuvable au moment où il avait voulu contacter les secours, rien ne s’était passé comme prévu. À l’image de cette soirée interminable qu’il était justement en train de vivre -ou plutôt de subir- derrière le comptoir impeccablement lustré de son enseigne qui commençait sérieusement à lui rappeler le club désert qu’il tenait précédemment en lieu et place de ce bar banal. À l’époque, ce n’était pas les sièges qui s’étaient vidés mais bien les canapés, les espaces confinés dans la pénombre, ou encore les divers instruments mis à disposition des habitués. À l'époque, l’endroit paraissait d’autant plus lugubre et à force de ruminer au milieu des fouets et des chaines, Adam avait fini par se résigner et par refaire l’ensemble du local pour lui donner une allure plus accueillante. Ce qui n'était plus vraiment valable ce soir-là.

Adam ruminait depuis longtemps, trop longtemps pour qu’il sache encore véritablement l’heure qu’il était. À croire que les aiguilles avaient fini par l’hypnotiser, l’endormant à moitié, sa joue blottie nonchalamment dans le creux de sa paume, le regard perdu dans le vide. Il frissonna en se redressant, convaincu que l’air frais de février y était pour quelque chose ; ou peut-être qu’à force de ne plus bouger, le froid l'avait envahi et le faisait frémir sans qu’il puisse lutter. Mais pas de quoi s’inquiéter, pas vrai ? Ce n’était qu’un simple tremblement de chair provoqué par l’ouverture de la porte de son bar et l’arrivée de… Un client ?! Trop perdu dans ses pensées, Adam n’avait même pas fait attention, et son coeur s’emballa un peu trop rapidement dans sa poitrine. L’inconnu réalisait-il qu’il avait été attendu comme le messie ? Certainement pas, et le propriétaire des lieux s’empressa de le servir au moment où on lui passa commande, la rapidité de ses mouvements manquant presque de faire chavirer Adam dans le même temps. Rien de grave, juste la fatigue qui s’était faite trop lourde sur les paupières du trentenaire l’espace d’un instant… Souriant jusqu’aux oreilles, Adam ne prêtait plus aucune attention au reste, se concentrant maintenant sur son seul client de la soirée avec qui il espérait pouvoir discuter un peu. « Vous êtes mon sauveur, je commençais à m’ennuyer fermement. C’est plutôt calme par ici… En ce moment.  » Inutile d’affoler ce jeune homme en lui parlant de ce qui s’était récemment produit en ville s’il n’était pas de Fairhope ; autant essayer de le mettre à l’aise pour le voir ensuite revenir avec quelques collègues ou amis au cours de la semaine. «  Vous bossez tard ou vous mourriez d’ennui tout comme moi ? » Adam mon dieu, apprends à choisir tes mots avant de parler… De nouveau accoudé au comptoir, le Miller avait hâte de faire la connaissance de cet inconnu, passant outre la nausée qui s’emparait doucement de lui, faisant mine d’être en pleine forme. Mais pour combien de temps seulement ?
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Sujet: Re: SugarVen 24 Juil - 16:33

Tout était désert. Depuis que l'enfant était morte, Rose, c'était comme si toute la ville était descendue dans sa tombe. Depuis que l'enfant avait rendu son dernier souffle, elle s'appelait Rose, c'était tout Fairhope qui avait cessé de respirer. Rose. Tu sais, comme la jolie fleur qui s'épanouit aux beaux jours ? Elle a fâné, Aiden, elle est morte, comme toi, alors pourquoi tu marches toujours? Les rues s'étaient vidées, les visages s'étaient flétris, les rires s'étaient étranglés. La vie avait quitté le navire, et les rares silhouettes qu'on pouvait apercevoir à la nuit tombée étaient des fantômes. Les échos lointains des personnes riantes et chaleureuses qui s'étaient réfugiées au fond de leurs âmes, cherchant du réconfort dans la sécurité et le confinement de leur chez-eux. Entre les quatre murs de leur chambre. Comme si l'odeur de la mort ne les atteignait plus une fois la porte passée. Comme s'ils pouvaient ignorer qu'elle s'était infiltrée dans tous les placards et toutes les cheminées, et que rares étaient ceux qui chantaient encore sous la douche ou dansaient devant le miroir. Parce qu'ils étaient fatigués d'être en deuil. Une lassitude d'avoir à se dire 'Encore.' Et s'il attaquait les enfants, qui était encore à l'abri ? Alors tout était silence, et les morts menaient la danse. Vidant les rues pour ne pas se faire oublier, terrifiant les passants et ralentissant les commerces, fermant les écoles et monopolisant les informations. Impossible de passer à côté, impossible de faire semblant, impossible de ne pas sentir les morts marcher dans chacun de vos pas, vous suivre comme la peste, s'infiltrer dans vos veines.

Aiden détestait cette ambiance polluante. Il aurait juste voulu oublier. Se laisser glisser à côté du flux, et ignorer simplement que, quelque part dans le monde, il y avait cet endroit dont parlaient les gens et les livres. Oublier qu'il existait ce lieu mythique où ça 'n'arrive pas qu'aux autres,' et qu'il y vivait. Qu'importe ce à quoi il tentait de penser, le cheminement des idées finissait toujours par le ramener à Fairhope et son désespoir, comme un insecte irrémédiablement attiré par la lumière, aussi dangereuse soit-elle. C'était aussi pour cela qu'il avait poussé la porte du Vanilla Palace. Oublier. Mais il n'allait pas au bar. Il n'y allait plus, parce qu'il était moins dangereux de boire jusqu'à plus soif confiné dans son appartement qu'en public, surtout s'il oubliait plus que de raison et finissait par se perdre lui-même. Alors quand il lui prenait cet irrépressible besoin de tout effacer, il s'enfermait chez lui et s'anesthésiait jusqu'à l'amnésie. Pas aujourd'hui, cependant. Parce qu'aujourd'hui, quelque chose d'autre que le souvenir hantait ses murs. La chair meurtrière en personne. Alors il s'accoudait au bar et se résignait à l'expectative.

Les mots avaient à peine quitté sa bouche que la boisson se présentait devant lui, et il lança un 'Merci,' au barman qui était resté à proximité. Aiden jeta ensuite un regard plus attentif aux alentours, et remarqua enfin qu'il n'y avait personne d'autre qu'eux deux, corroborant tristement sa réflexion précédente. Quand les hommes n'avaient plus le courage d'aller boire, l'heure était sombre. Il avala une gorgée de bière avant de relever les yeux vers le jeune homme qui lui tenait compagnie. Une compagnie agréablement souriante, qui lui faisait l'effet d'un verre d'eau fraîche après une traversée du désert. Une saveur presque oubliée. "Calme?" répéta-t-il, dubitatif, faisant écho à son interlocuteur. Il aurait voulu dire que tout était mort et qu'ils savaient tous les deux pourquoi. Il aurait voulu dire que c'était pesant, que c'était usant de penser qu'une si petite tombe avait réussi à enterrer tout une ville. Qu'ils n'avaient pas besoin de se mentir, et que le fait qu'ils étaient les deux seuls dehors était un signe. Il aurait voulu dire que le moment risquait de s'éterniser, jusqu'à ce que les gens oublient, se croient tirés d'affaire, qu'un autre corps tombe et qu'ils recommencent la même danse funèbre. Que calme était un euphémisme presque grotesque pour le silence et le vide qui remplissaient les rues de la ville. Il n'en fit cependant rien, jugeant qu'il n'était sans doute pas la peine d'en rajouter, et se contenta de reprendre une gorgée de bière. "Un peu des deux, je suppose." Tout bien considéré, il ne regrettait pas d'avoir passé cette porte. Quand bien même son appartement aurait été vide, eh bien il n'aurait été que ça, vide. Et bien qu'un soulagement, cela n'aurait été qu'une longue soirée de silence en plus. Il ne supportait plus le silence. Il lui fallait des mots. N'importe lesquels. Rose est morte. Sauf ceux-là. Il se retint de justesse de répondre, voire de grogner. Il avait appris à ignorer ce genre de sarcasmes un rien acides. C'était juste pour le ridiculiser, alors il prenait garde à ne plus s'emporter. "Vous êtes l'un des seuls bars ouverts, je suis l'un des seuls encore dehors, et on s'ennuie tous les deux, ça tombe plutôt bien," rajouta-t-il dans un sourire, sans trop savoir pourquoi. Il avait besoin de bruit, de son, de voix et de phrases agréables. Il regarda de nouveau autour de lui. "L'endroit est à vous?" Aiden était ravi. Savoir le Poète dans son appartement avait un avantage inégalable: il n'était nulle part ailleurs. Il pouvait donc profiter, pour une fois, d'un moment en sécurité. "Dire que je n'étais encore jamais entré..." dit-il, plus pour lui même que pour qui que ce soit. Jamais. Alors qu'il habitait juste à côté, qu'il avait dû passer devant des centaines de fois. Ca importait peu, à présent. Pour une fois, la morosité contagieuse s'était arrêtée sur le seuil, et il n'aurait pas pu rêver mieux pour finir cette soirée.
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Sujet: Re: SugarMer 5 Aoû - 4:31

« Calme? » Ce n’était rien qu’un mot de plus, mais les mots à Fairhope avaient bien trop d’importance. Ils étaient les lames aiguisées qui tranchaient la chair et qui la faisait saigner, qui la déchirait de toute part comme une vieille tapisserie dont on chercherait désespérément à se débarrasser. Toute cette peau intacte qui ne s’imprégnait que des maux les plus graves devenait maintenant l’étendard d’une souffrance qui ne semblait pas supportable. Pas humaine. Pourtant si. Ce bourreau l’était, sans doute même plus que la plupart des autres mortels. Abject, infâme. Les habitants auraient pu songer à des milliers de termes à inscrire sur le corps de ce meurtrier, mais au final, combien d’entre eux auraient été capables de venger les victimes ? Et pourquoi lui faire honneur après tout, pourquoi lui porter une quelconque importance en approuvant ses méthodes ? Adam se vengeait autrement, en ouvrant son bar, en faisant couler la bière dans les verres des derniers irréductibles et en leur offrant son sourire. Il ne songeait pas au reste, il se l’interdisait. Il ne voulait pas penser au soir où le Poète le trouverait à son tour, seul ici, dans ce Palace qui n’avait rien de luxueux, et qu’il agripperait l’arme pour commettre un énième crime. Il refusait de croire que ça lui arriverait un jour parce que son esprit n’était pas capable d’envisager le pire, de le rendre crédible, tangible et palpable. Oui, les rues étaient vides et les cercueils défilaient les uns après les autres jusqu’au cimetière. Oui, le monde entier avait les yeux braqués sur eux, mais Adam semblait ne pas y croire, ne réalisant pas. Alors en entendant ce simple mot des plus banals, il avait senti la lame du crime lui effleurer la poitrine, son coeur se resserrant, caché derrière une épaisse couche de chair et de sang qui lui appartenait toujours. Pour l’instant. Il avait pris conscience que ses propos étaient bien trop mesurés face à l’ampleur des évènements. Il baissa simplement la tête, ses doigts venant masser l’organe qui l’ennuyait à force de battre contre son torse, les palpitations ne s’estompant pas pour autant. Adam tenta finalement un sourire lorsque l’homme reprit la parole avant de s’occuper les mains en saisissant une nouvelle fois son torchon. L’inconnu pouvait le dire, ça tombait plutôt bien, oui. Comme la lame aiguisée d'une arme. Comme un couperet.

« Je suis propriétaire, oui. » reprit alors Adam, ses lèvres s’étirant toujours de la même façon sur son visage tandis qu’il enfonçait ses lunettes sur le bout de son nez sans comprendre pour quelle raison elles cherchaient à se faire la malle sans arrêt. Sans doute suait-il plus que d’ordinaire sans s'agiter pour autant ce soir-là, voilà tout. « J’ai hérité d’une maison à l’autre bout de la ville… Je ne sais pas si vous êtes du coin. Du côté de fly creek, tout près du lac. J’ai mis du temps à la retaper, j’ai quelques colocataires qui m’ont aidé mais… Bref. Je m’égare, pour changer. » Haussant distraitement les épaules et levant les yeux au ciel, s’agaçant lui-même d'être aussi bavard, il déglutit difficilement, essayant vainement de ne pas prêter attention à ce qui semblait vouloir s’emparer de lui. Le début d’un mauvais rhume peut-être, rien de grave dans tous les cas. Rien d’alarmant ni d’urgent. « Et finalement j’ai hérité de ce local par la même occasion. Ça n’a pas toujours été un bar, et un ami de mon père m’a fait savoir qu’il voulait en faire une librairie une fois à la retraite. Enfin, c’était bien avant que… » Adam ne s’était pas arrêté par pudeur ou par crainte. Non, c'était juste le décor autour de lui qui paraissait soudainement bien plus trouble que d’ordinaire, l’arrêtant net dans son récit. Il releva ses lunettes, passant ses paumes sur ses paupières pour tenter d’ôter le voile qui s’agitait maintenant devant ses yeux. « Pardon… La fatigue… » Reposant ses binocles à l’endroit où elles devaient être, il se massa distraitement la nuque, persuadé que cela pourrait l’aider à ne pas flancher. Pas quand son seul et unique client de la soirée venait de pousser la porte de son bar. « Je disais ? Ah, oui. »

Mais non. Le reste avait raisonné contre les parois de son crâne mais n’avait jamais franchi ses lèvres. Il s’était agrippé au comptoir pour ne pas s'écrouler, sentant le sol se dérober sous ses pieds comme si la terre s’était mise à tourner cent fois plus vite. Est-ce que c’était lui ? Est-ce que ce client là était celui de trop ? Est-ce qu'il s'agissait du Poète ? Adam parvenait encore à réfléchir, c'était bon signe ; il fallait qu’il lutte, qu’il se redresse, qu’il se défende. Qu’il appelle Jesse mais son portable était trop loin. C’était maintenant ou jamais, il fallait qu’il réagisse, qu’il ne reste pas là sans rien faire. Où était-il exactement ? Encore dans le bar, oui ; mais où ? À quelle hauteur du sol ? À quelle distance du ciel ou de l’enfer ? Sa respiration s’accélérait en même temps que son coeur et les vertiges continuaient de le précipiter vers le plancher, sa tête maintenant trop lourde pour qu’elle reste vissée sur ses épaules. Il fallait qu’il se reprenne. Vite. Avant que ses paupières ne se rouvrent et que les mots qu’il avait tant de fois accueillis sur ses hanches de la plume de ses anciens amants ne se retrouvent gravés au plus profond de ce dont il ne pourrait jamais se séparer. Dans sa chair.  
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Sujet: Re: SugarVen 7 Aoû - 0:06

Il ne posséderait jamais rien. C'était un constat douloureux, et déplaisant, mais ça n'était rien d'autre que la vérité. La vérité froide et mordante qui avait logé ses crocs au plus profond de sa cage thoracique depuis un moment déjà. Il écoutait le propriétaire des lieux, la réalité susurrant à son oreille qu'il n'aurait jamais rien. Ni personne, puisqu'il ne pouvait même pas gérer ses propres tourments. Il ne pouvait que les fuir, les éviter et courir à toute vitesse dans l'autre sens jusqu'à ce que mort s'en suive. S'il s'arrêtait, épuisé, le temps de souffler, il serait rattrapé, rattrapé, attrapé, éventré et détruit. Personne n'y pouvait rien, et surtout pas lui. Il n'avait qu'à se laisser emporter par le courant, par les murmures et les bruissements inquiétants qui suivaient le moindre de ses pas, le chassant inlassablement plus loin du monde et des autres. Peut-être qu'un jour il se perdrait trop loin, trop loin de la surface, sous des couches et des couches de superstitions, d'inquiétudes et de monstres féroces. Peut-être qu'il finirait par manquer d'air, à force de vivre à des kilomètres sous terre, écrasé. Ou par se dissoudre à force de s'éparpiller, de se morceler au gré du vent.

Il y avait quelque chose de rassurant dans l'égarement. C'était facile, c'était prévisible. Tout le menait vers la fin. La rapprochait, divisant les secondes. Il n'avait pas à s'imaginer survivre ainsi beaucoup plus longtemps. Il ne se voyait pas assis sur une chaise, le cheveux gris, l’œil torve, la peau plissée, le vieux chien peinant à ses côtés, à sursauter au moindre chuintement de latte, grincement de patte. A demander 'Qui est là' sans être capable d'entendre la réponse, voire même de formuler la question. Peut-être que ça serait plus tranquille, à bien y réfléchir. Qu'il pourrait se faire assassiner par le tueur en série du moment en paix, sans avoir à prendre mille et une précautions pour ne pas passer devant les fenêtres et marcher sur la troisième marche du perron ou n'importe quel autre stratagème pour ne pas être vu, entendu ou remarqué. Là n'était pas l'important, et il se força à s'extirper de sa rêverie passagère pour se concentrer sur sa conversation avec le barman. Froncement de sourcils.

Certains prétendent que les humains ressentent le danger. Qu'avant le moment terrible, fatal, voire pire, il y a quelque chose, quelque chose de primal, d'instinctif, qui sent, qui sait, et qui réagit. Les poils qui se hérissent, des picotements dans la nuque, le coeur qui s'emballe sans raison apparente. Ces gens supposent qu'il reste, quelque part, chez l'homme, cet instinct naturel qui pousse les animaux à fuir les tremblements de terre. Ces mêmes animaux qui se retrouvent parfois coincés dans des pièges grotesques, mais là n'était probablement pas la question, quelle qu'elle soit d'ailleurs. Qu'en cas de grand danger, l'humain peut anticiper et adopter une conduite appropriée. Que l'homme n'avait pas réussi à tout effacer de la fabrication magique de la nature en ôtant même ce sursaut de survie. Eh bien c'était confirmé, que certains puissent l'avoir ou non, Aiden, lui, ne l'avait pas. Il se précipitait vers les ennuis comme vers un aimant. Il avait même l'audace de se prélasser dans la salle d'attente, presque heureux d'être, lui qui vivait dans la terreur constante. Parce qu'il n'y avait, pour lui, qu'un seul danger. Un seul et unique danger qui tournait en rond dans son appartement en attendant une victime trop sage pour lui. Si vous lui demandiez, il vous aurait dit qu'il avait cet instinct, qu'il avait su éviter les ennuis en ne rentrant pas à la maison. Et puis il y a ceux qui ont inventé l'expression "Tomber de Charybde en Scylla," qu'Aiden allait consciencieusement appliquer à la lettre.

"Vous allez bien?" Il y avait quelque chose d'étrange dans les phrases entrecoupées et maladroites du propriétaire. Tout était décousu, perdait son sens, et venant d'Aiden, ça devait bien valoir quelque chose. Pour une fois, il voyait l'autre, autrui, et ce qu'il voyait ne lui plaisait pas du tout. Etait-il si pâle tout à leur? Enfin, par pâle, il entendait vaguement translucide. Est-ce qu'on pouvait être fatigué à ce point? Est-ce qu'il avait l'air si fatigué quelques minutes auparavant lorsqu'il a poussé la porte? Qu'est-ce qu'il pouvait bien faire? Aiden resta vissé sur sa chaise, impuissant, indécis, imbécile, à regarder le pauvre homme s'accrocher à la vie par tous les moyens, moyen qui se matérialisait ici sous la forme d'un comptoir. "Monsieur? Hey!" appela-t-il lorsque le jeune homme fut hors de sa vue. Etait-il mort? Est-ce qu'on allait l'arrêter pour ça? "Oh merde, merde, monsieur?" Qu'est-ce qu'il pouvait bien faire, maintenant? Peut-être qu'il était juste penché pour attraper un livre de comptes, ou quelque chose comme ça, non? Oui, sûrement. Est-ce que c'était sa faute?

Puis le murmure, est-ce que c'est un piège? Il fut debout en un éclair, renversant son verre à peine entamé par la même occasion. "Non, non, non!" Il jeta un oeil par-dessus le comptoir, puis se précipita vers la porte d'entrée, pour fuir, fuir à toutes jambes comme le lâche qu'il était, comme la larve pathétique qui préférait abandonner sans avoir essayé que de prendre un risque et d'échouer. 'Arrête!' hurla quelqu'un dans son oreille, si fort qu'il ne réussit pas à l'ignorer. Les doigts sur la poignée, il fit demi-tour, et si la situation n'avait pas été urgente, il se serait sûrement assis dans un coin avec la tête dans les bras en attendant que ça passe. Est-ce que c'est un piège? "Monsieur, qu'est-ce que je dois faire?"

Certains, probablement pas les défenseurs de l'instinct précédemment cités, cela dit, auraient pu trouver assez amusant qu'il se soit mis à courir dans toutes les directions à la recherche de la bouée de sauvetage qui le sortirait de cet enfer. Mais ça n'était pas amusant. C'était absolument atroce, et il aurait presque pu pleurer. Appeler les secours, voilà ce qu'il pouvait faire. Avec quoi, avec quoi? Il s'arrêta, repérant un téléphone portable de l'autre côté du comptoir. Il ne pouvait pas se résoudre à regarder la victime. L'objet, simplissime dans sa conception, venait, à l'instant même, de se transformer en réacteur de fusée, et il semblait incapable de le faire fonctionner. Le numéro d'urgence. Composer le numéro d'urgence. Mais quels chiffres? Quelle urgence? C'était quoi, le numéro d'urgence, déjà? Ses doigts tremblaient tellement, tellement. C'était un miracle qu'il ne se soit pas transformé en tas de cendres, encore. Puis il regarda l'écran, et vit qu'il était en train d'appeler quelqu'un. Jesse. C'était mieux que rien, pas vrai? Pas vrai? Pas vrai? "Allô? Au secours! Euh, le bar, hm, urgence!"

Pas vrai??
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Sujet: Re: SugarJeu 27 Aoû - 2:48

Flou. Fondu au noir. Rideau. Fin de l’acte. Plus rien. Silence. Une réplique de plus ? Oui, mais celle-ci se voulait distante, comme si les oreilles d’Adam étaient soudainement fourrées d’une épaisse couche de coton ou de textile, l’homme maintenant molletonné, enroulé dans la fibre à l’image de la chenille dans son cocon. Mais pas de papillon ici, non. Pas de poésie ni d’échappatoire possible à Fairhope. Pas moyen de s’envoler quand chaque pas devenait aussi lourd, les entrailles de la terre appelant déjà les habitants, les dévorant les uns après les autres, la boue aussi noire que la gorge du plus affamé des ogres. Adam tenta de bouger une première fois, priant pour que sa main parvienne à faire le voyage jusqu’au col de son vêtement pour qu’il puisse tirer dessus, pour que la sueur qui semblait ruisseler partout sur son corps frissonnant soit libérée, l’empêchant ainsi de se noyer dans ses angoisses. Du bruit. Trop lointain toujours. Une voix, des pas, presque précipités. Adam n’avait plus suffisamment conscience des rythmes pour le savoir, pour déterminer avec précision si on cherchait à le fuir ou lui nuire. L’un dans l’autre, n’était-ce pas finalement la même chose ? Lui qui ne supportait pas la solitude au point d’accueillir un nombre incalculable de colocataires se retrouvait prisonnier de la solitude, abandonné ici derrière le comptoir de son bar tandis qu’on ne se préoccupait pas de son corps et de ce qu’il adviendrait de sa carcasse.

Le barman fit pivoter sa tête contre le carrelage, ses paupières trop lourdes ne lui répondant plus l’espace d’une fraction de seconde, ses yeux roulant dans leurs orbites. Non, ce n’était rien. Il avait déjà connu ce genre de palpitations, ce tambour infernale qui lui pulvérisait les os, cette symphonie macabre qui lui donnait l’impression de rejoindre les bras de la mort plus tôt que prévu. Il savait qu’il s’en sortirait une fois de plus, pas vrai ? Il n’y avait pas de raison pour qu’il crève là, plus seul encore que la solitude même, oublié des hommes ou laissé à la merci de leur folie. Le blond entrouvrit la bouche, pâteuse, les sons s’échappant de ses lèvres n’étant pas suffisamment articulés pour qu’ils puissent avoir un quelconque sens, surtout pour le client qui avait l’air de se faire la malle. À moins que celui-ci soit trop occupé à fermer les portes du bar à triple tour afin que personne ne les surprenne ici. Quels seraient les mots qu’on allait lui graver sur la peau ? Adam avait presque envie de savoir. Quitte à crever dans ces circonstances, autant poser la question et s’assurer qu’il ne mourrait pas sans connaître le message qui le suivrait même dans l’au-delà. Qu’on lui grave sur les hanches tant qu’à faire, là où d’autres amants avaient eu l’occasion d'écrire eux aussi avant qu’Adam se fasse embarquer par la mort, qu’elle le berce et s’empare de lui en posant un ultime baiser sur ses lèvres déjà froides. La mort, cette garce. Cette chienne. Qu’elle trace sa vérité sur sa peau intacte, qu’elle le déchire de toute son horreur. « Je suis la solitude. Celle qui ronge. »

Adam refusait de se faire avoir de la sorte, de bouffer la poussière et de pousser son dernier souffle entre ses bras sales. On revenait. Ou peut-être qu’on débarquait simplement, alerté par les cris du client ? Mais quels cris ? Non, il n’y en avait pas eu. Ou sans doute Adam avait-il quitté ce monde un court instant, juste le temps pour lui de réaliser à quel point il tenait à la vie. À tout ceci. Son bar, ce comptoir ; la poussière, même. Ses colocs. Les éclats de rire qui lui retournaient les tripes et lui pulvérisait le coeur. Jesse. Oui. Jesse. Adam essaya tant bien que mal de tendre un bras vers l’inconnu, en désespoir de cause très certainement. Il fallait qu’il se raccroche à quelque chose et autant se jeter dans les bras du diable si cela lui permettait de s’en sortir, de renaitre de ses cendres une fois consumé dans les flammes de l'enfer. Il se concentra, faisant de son mieux pour discerner les mots qui s’échappaient de la bouche de l’autre homme pour venir s’écraser à ses côtés, à ses pieds, là où Adam se trouvait justement. Au secours! Par pitié, oui, du secours. N’importe qui. Quelqu’un. Vite. Pourvu que le Poète ne soit pas plus rapide. Pourvu qu’il puisse tenir jusqu’à ce qu’on rapplique et que l’oxygène n’ait à nouveau plus de goût, que le gaz vital ne lui colle plus au palet pour lui donner l’impression de suffoquer. « Jesse » Un murmure qu’il n’avait cessé de répéter sans s'en rendre compte. Une prière. Un appel. Pourvu qu’il s’en sorte. Pourvu que la lumière se fasse à nouveau, que le rideau s’ouvre et que la pièce continue. Pourvu.
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Sujet: Re: SugarVen 4 Sep - 14:56

Jesse ne surveillait plus l’école primaire ce soir et c’était tant mieux. Il en avait assez de parcourir la scène de crime la nuit. Assez de se demander si le Poète était assez stupide pour revenir sur ses pas et assez de se répéter que les choses allaient très mal aller s’il finissait par s’endormir. Lui et Denis étaient de repos, après plus d’une semaine à surveiller la scène de crime, ils avaient été remplacés par une autre équipe. Jesse leur avait fait un sourire et il leur avait prêté son Thermos… Ses collègues allaient en avoir besoin pour rester éveillés. Mais la caféine n’aidait pas vraiment dans ce genre de cas, non, la caféine n’aidait pas à s’ôter de la tête qu’une gamine était morte et que toute la ville de Fairhope tenait la police pour responsable.

Le métis n’avait vraiment pas besoin de cette part de responsabilité en plus non, Jesse se sentait déjà coupable de beaucoup de choses. Le meurtre de Rose était quelque chose qu’il ne digérait pas, vraiment pas. Ça le révoltait, ça lui soulevait l’estomac et ça l’empêchait de dormir la nuit. C’était principalement pour cette raison que Jesse avait fini par fourrer quelques habits propres dans son sac à dos et qu’il avait terminé devant le seuil de la porte d’Adam. Le blond avait tout de suite compris pourquoi Jesse était là et le métis l’avait pris dans ses bras sans en dire plus. Il s’était installé dans la chambre du maitre de maison, avait salué les locataires du Miller au loin, son esprit était ailleurs. Le bruit ne le dérangeait soudainement plus, il n’avait pas envie d’être seul. Quand il était seul, Jesse pensait trop et ça l’énervait beaucoup. Il commençait à fermer les yeux et son esprit dérivait vers le Poète et il se demandait quel serait son prochain mouvement. Tuer une autre victime ? Une autre petite fille ? Un groupe d’enfants ? Un policier pour pouvoir les narguer un peu plus ? Les meurtres étaient complètement aléatoires pas vrai ? Mais ce soir il était de repos. Il devait donc en toute logique laisser toutes ses pensées noires au placard et se détendre un peu… Plus facile à dire qu’à faire. Jesse s’étira de tout son long dans le lit qu’Adam avait quitté quelques heures, il aurait bien voulu que le barman reste à ses côtés mais Adam était du genre très appliqué à la tâche. Son établissement restait sa priorité même en cas de crises, ce que Jesse pouvait comprendre. Il pouvait toujours aller dans le salon et voir ce que les autres faisaient, il pouvait proposer une soirée cinéma et faire du pop corn, c’était ce qu’Adam aurait fait. Voir Willow au boulot et ici n’était pas si dérangeant au final et il savait qu’il pouvait toujours aller la voir pour potentiellement motiver les autres colocataires. Hmm… Il devait descendre les escaliers pour cela.

Le métis poussa un soupir et tira la tête de sous l’oreiller et il alla élire domicile dans l’immense salle de bain d’Adam. Jesse prit son temps sous la douche et sous l’eau chaude en particulier pour ne pas penser. C’était un exercice difficile maintenant qu’il y songeait, comment est-ce qu’on faisait pour ne penser à rien ? Est-ce qu’il se concentrait sur un point particulier ou alors est-ce qu’il faisait le vide dans sa tête ? Jesse n’aurait pas été un champion de yoga, c’était certain. Il s’extirpa de la cabine de douche une quinzaine de minutes plus tard et il attrapa sa serviette de bain pensif. Il pouvait toujours aller embêter Adam au travail, son petit ami ne serait pas très réceptif, Jesse en était certain et il pourrait toujours essayer d’utiliser son sourire pour avoir un ou deux cocktails gratuits. Adam était le champion des boissons alcoolisées qui n’en avaient pas l’air. Le policier était en train d’enfiler son jean au moment où la sonnerie de son téléphone retentit. C’était Adam, justement quand on parlait du loup.

« Hey tu sais j’étais sur le point de venir te v… »
« Allô? Au secours! Euh, le bar, hm, urgence! »

Ce n’était pas la voix d’Adam qui lui parvint et Jesse fronça aussitôt les sourcils, son rythme cardiaque s’accélérant en même temps.

« Qui est à l’appareil? Passez moi Adam, il va bien au moins, hein? »

La question avait été posée avec beaucoup d’assistance et Jesse se maudit intérieurement. Est-ce qu’Adam avait pensé à manger ou à faire sa fameuse piqure aujourd’hui? Lui qui était tellement préoccupé par la gestion du Vanilla Palace, il avait pu oublier de… de… de…

« J’arrive. Appelez les urgences, j’arrive. » répondit Jesse à ce parfait inconnu avant de mettre son téléphone dans sa poche. Il avait la tête vide et il n’avait pas entendu les quelques informations qu’on lui avait fourni, non. Il savait juste qu’il devait rejoindre Adam. C’était ça la chose la plus importante à présent. Adam. Son Adam et juste ça. Il attrapa une chemise qu’il passa rapidement avant de se précipiter au dehors. Il n’avait pas de voiture à lui alors il courut, il courrait en direction du centre en se disant que c’était peut être complètement futile ou même trop tard. Peu importe, peu importe. Jesse n’avait jamais couru aussi vite de toute sa vie.
Jamais. Il n’avait jamais couru aussi vite quand Peter passait son temps à l’énerver quand il était plus jeune.
Ni même quand son père l’avait surpris dans le même lit que son meilleur ami et qu’il l’avait soulevé le traitant de tous les noms… Jamais.
Mais c’était différent, c’était Adam.

Il poussa la porte du bar à la volée, trop vite, le lieu était pratiquement vide, si ce n’était pas pour un homme au visage familier. Jesse était déjà certain de l’avoir vu quelque part mais ce n’était pas ça le plus important. « Où… » Il pouvait déjà avoir la réponse à cette question et il enjamba le comptoir, son coeur se serrant presque en voyant l’homme ainsi, sur le sol. Jesse attrapa la tête lentement d’Adam, caressant les mèches blondes. « Adam? Adam tu m’entends? Cligne des yeux si tu m’entends s’il te plait. »

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Sujet: Re: SugarLun 7 Sep - 0:30

214. Non. 874. Non, non, mais il y avait quelque chose, non? 459. Non. Non, non, non. Il énumérait tous les nombres qui lui passaient par la tête. 4. 67. 1450. Aucun ne correspondait à un numéro d'urgence. Ils se précipitaient dans le désordre, tous à la fois si bien que, bientôt, il ne fut plus qu'une suite de chiffres et de nombres sans queue ni tête. 6379. Appelez les urgences, avait dit Jesse. Qui était ce Jesse? Est-ce que tout ça n'était qu'une farce? Qu'un attrape-nigauds? Qu'un tour? Est-ce qu'il était en danger? 54. Non, probablement pas. Tout allait bien aller. La seule autre personne présente dans le bar était à l'agonie, il ne craignait rien. 687. Quoi? A l'agonie? Qu'en savait-il? Ce n'était pas comme s'il le veillait, comme s'il était à ses côtés, ce n'était pas comme s'il s'en souciait vraiment, après tout. 9678. Bien sûr qu'il s'en souciait, pourquoi serait-il là sinon? Il avait fait son devoir, il avait téléphoné. 942. Il n'était pas obligé. Il aurait pu tourner le dos, et partir. Il aurait pu ignorer celui qui lui avait commandé de rester. 924. Mais il était là, non? Qu'aurait-il pu faire de plus pour le pauvre homme? 94751. Etait-il mort? Aiden tournait en rond, piétinait, le portable écrasé entre ses paumes. C'était insensé. C'était absurde. C'était trop, beaucoup trop. Il voulait retourner au fond de son trou et y croupir à l'abri des regards. Il ne voulait pas s'improviser sauveteur, il ne voulait pas que lui incombe la responsabilité de joindre les secours à temps. 9. Il ne voulait pas être là. Il ne voulait pas vivre ça, il ne voulait pas subir ça. Personne ne pouvait le forcer, personne. Il pouvait partir. Quelqu'un viendrait, quelqu'un était en train de venir. 939. Il ne pouvait pas être là quand ils arriveraient, hein? Ils l'emmèneraient, ils penseraient que c'était lui. 191. Est-ce que c'était le cas? 119. Est-ce qu'il avait fait ça, d'une manière ou d'une autre?  Est-ce qu'il l'avait poussé? 911. Il n'en avait pas le souvenir. Est-ce qu'il lui avait violemment claqué la tête contre le rebord du comptoir à plusieurs reprises? Non. Une seule fois? Non, a priori non. 911. Mais il ne pouvait pas prendre le risque. 911. Si on le trouvait là, si on le trouvait là, c'était la fin, non? Une fois de plus, il s'élança vers la porte d'entrée. 911.

911. La main sur la poignée, les yeux qui s'écarquillent, la respiration qui sursaute. Le doigt sur la touche d'appel, un coup d'oeil par dessus le comptoir, et il était en ligne. Et deux secondes après, il avait raccroché. Il fallait qu'il sache ce qu'il allait dire. Précisément. C'était l'un de ces moments où il n'avait pas le droit à l'erreur. Finalement, après de longues minutes à arpenter le bar dans tous ses travers et avoir compté les tables et les chaises, il inspira et composa le numéro. 911. Il fallut deux tentatives supplémentaires pour qu'il parvienne à rester au bout du fil. Au bout de la corde. C'était comme attendre, la corde au cou, que quelqu'un pousse le tabouret. Patiemment, volontairement passer la tête à l'intérieur du noeud. De ce qui ressortait de la conversation, il n'en était pas certain. Il ne connaissait ni l'adresse, ni l'homme, avait refusé de donner son nom avec véhémence et avait paniqué sur la fin. Il lui semblait avoir réussi à articuler le nom du bar. L'Apple Pie Palace. Non. Non? Il lui avait semblé que c'était doux, que c'était rassurant. Il avait cru que...

Lorsque l'homme nommé Jesse poussa la porte, il fut debout en un instant et manqua de retomber en voulant s'enfuir. Cela faisait un long moment qu'il était assis, à se demander s'il devait rappeler les urgences ou pas. La joute verbale était sans issue, et il ne pouvait se résoudre à rien, il ne pouvait que rester dans cet état intermédiaire. Est-ce que l'homme était mort? Est-ce qu'on venait l'arrêter? Est-ce que ce Jesse était un pol... Attendez. Oui. C'en était un, non? Il était policier. Il se souvenait. Il l'avait déjà vu. Il l'avait vu dans son appartement. Il l'avait vu chez lui. Il venait l'enfermer, c'était certain. Aiden regarda, immobile, l'homme enjamber le comptoir, l'homme s'occuper de la victime, comme s'il n'était pas là. La voie était libre, et pour la troisième fois en l'espace de  quelques minutes, il pensa à s'enfuir. Mais ne serait-ce pas encore plus suspect? S'il le connaissait, Jesse, puisque c'était son nom, devait le connaître aussi. Il le retrouverait. Il l'attraperait. Il lui ferait payer.

Furtivement, il se pencha par-dessus le comptoir pour observer les deux hommes. "Il va comment?" Stupide. Stupide question. Mal, serait la réponse. Peut-être même qu'on lui dirait qu'il n'allait plus. Qu'il n'irait plus nulle part, qu'il irait d'ici à sa demeure finale, et que ses proches le regarderaient descendre sous terre en pleurant. Il les voyait, habillés en noir, se tourner vers lui, pointer leurs regards noirs et leurs doigts accusateurs, et se mettre à hurler, à hurler que c'était de sa faute, que c'était lui qui avait fait ça. Qu'il était responsable. Qu'il était le seul et unique responsable. Que ce qu'il avait fait, ou pas fait, avait été comme de le pousser dans la tombe et de le faire disparaître, pelletée de terre après pelletée de terre. Mais il n'était peut-être pas mort. Il n'était peut-être pas mort. Non, c'était vrai. Peut-être qu'il allait se lever et le pointer du doigt lui-même, traçant le nom de son meurtrier avec son propre sang. Mais il n'y avait pas de sang, pas vrai? Et il ne connaissait pas son nom, si? "Est-ce qu'il va bien?" Il n'entendait rien, rien que cette voix culpabilisante, il n'entendait pas les autres, il n'entendait pas le bruit des lumières, des voitures, des appareils, tous ces sons qui peuplaient toujours le silence. "C'est pas moi," se justifia-t-il précipitamment. "Il était là, il- et il est tombé." Ca n'était, pour une fois, que la stricte vérité. La fatigue, il avait dit. Peut-être qu'il s'était seulement endormi. Pour toujours? "C'est pas moi."
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Sujet: Re: SugarVen 9 Oct - 5:20

Il aurait voulu se raccrocher à quelque chose. N’importe quoi qui soit à portée de sa main, juste là, devant lui. Une branche, une main tendue. Une poignée quelconque qui lui permettrait d’ouvrir la porte donnant sur un monde moins tourmenté. Non, finalement peut-être que cette option-là n’était pas la bonne. Pas la porte, ni la lumière. Juste marcher, voilà. Continuer à avancer dans le noir, à tâtons, chercher, espérer pouvoir sentir la solution se glisser entre ses doigts tandis qu’il se retenait de se taper la tête contre les murs de cette prison. Est-ce qu’il rêvait encore ou est-ce que c’était déjà la fin, déjà terminé ? Est-ce que c’était un test pour savoir si il méritait les flammes des enfers où les doux matelas des cieux ? Ni l’un, ni l’autre, c’était le sol qui l’appelait. Il était déjà en train de se dérober sous son corps, son dos s’enfonçant dans la terre sans qu’il ne puisse rien faire face à la nature qui semblait vouloir l’ensevelir. Bientôt la poussière viendrait lui paralyser les poumons et attaquer son coeur. Alors il fallait qu’il trouve, n’est-ce pas ? Le moindre objet qui puisse le ramener à la surface avant de finir au fond d’une fosse, d’un gouffre sans fond, un puits, ou les entrailles de la terre. Avant qu’il ne disparaisse complètement et que des pelles entières de sable viennent recouvrir son corps. Il ne fallait pas suivre la lumière, non, surtout pas cette fichue lumière. Il allait revenir à lui, tout ceci n’était qu’un rêve, rien qu’un songe de plus, un mauvais cauchemar dont il allait se réveiller. Parce que la fin n’était pas aussi réaliste, pas aussi douce, pas aussi clémente. Elle ne laissait pas le choix, pas d’option envisageable.

Adam peinait à ouvrir ses paupières, persuadé que le marécage dans lequel il était en train de s’embourber allait bientôt masquer son visage, le contraignant à basculer la tête en arrière pour essayer de respirer le plus longtemps possible avant que le monde entier ne disparaisse et que la fameuse lumière s’éteigne. Haletant, il ne savait plus vraiment si la sensation de chaleur qu’il pouvait sentir près de sa nuque était du au plancher de son bar ou… à moins que ce ne soit du carrelage ? Il ne savait plus, ses yeux roulant dans leurs orbites tandis que ses lèvres laissaient toujours échapper la même complainte, cherchant à se hisser de ce cauchemar en agrippant de l’air, du vent. C’était sans doute pour ça qu’il frissonnait ; la brise, le froid, la fin de l’hiver. Ou le début ? Ce n’était pas ça le plus important, Adam avait au moins retenu qu’il faisait plutôt frais ce soir-là. Et puis un verre. Le sien ? Celui d’un autre ? Un breuvage quelconque, le néant. Jusqu’à cette voix, celle qu’il avait cherché au creux de cette nuit artificielle, celle qu’il avait espéré sans se douter un instant qu’elle viendrait le bercer ici. Dans sa tombe ? Non, impossible. Elle était faite de quatre planches et seuls les vers venaient faire crisser le bois. Il n’y avait pas de place pour un autre homme là où il irait reposer, une fois le moment venu.

Le propriétaire des lieux tourna difficilement la tête, la laissant rouler dans la paume du métis. Un murmure, à peine audible, comme si ses cordes vocales étaient soudainement hors service. Alors il hocha doucement la tête, parvenant difficilement à entrouvrir ses paupières, croisant à peine le regard du policier qui devait s’inquiéter. Inutile, avait-il envie d’avouer, de confier tandis que sa main quittait le sol avec toute la peine du monde pour essayer de se diriger vers le col de Jesse. Juste comme ça, pour le rassurer, pour lui montrer qu’il était encore capable de fonctionner, que la machine n’était pas suffisamment enrayée pour qu’il n’y ait plus rien à espérer de sa misérable carcasse. Tu vois je vais bien, aucune raison de s'inquiéter ; je n’ai pas choisi la porte et je suis resté loin de la lumière. Une déclaration qui resta enfermée entre les parois de son esprit, bloquée entre les murs de son crâne, là où Jesse ne pourrait certainement jamais l’entendre. Adam fronçât les sourcils tout aussi péniblement que le reste de chacun de ses mouvements, de chacune de ses expirations, sa paume moite et nue désespérée à l’idée de sentir la délicatesse d’une peau ou d’un tissu. « C’est… » Pour un mot prononcé, dix soupirs lui était arraché. Comme si la vie lui en voulait ; comme si elle souhaitait lui soutirer le dernier bien avant l'heure. « …Juste… C’est… » Il s’éclaircit la gorge, faisant de son mieux pour rester parmi les vivants, auprès des damnés. « …Le vent… » Encore en plein rêve, Adam ne se souvenait plus très bien de ce qui avait été réel ou inventé. Il n’était même pas certain qu’il s’agissait bien de Jesse auprès de lui, soudainement paniqué à l’idée que ce puisse être un autre, un écrivain de passage qui ne lui laisserait pas la vie sauve. Un poète inondant les rues du sang de ses victimes. « C’est toi… C’est… Non… » Il aurait aimé pouvoir se débattre. Que devait-il faire déjà ? Il n’avait pas entendu l’ordre, ou peut-être qu'il ne s’en souvenait plus vraiment. Il voulait rentrer chez lui et dormir. Dormir encore, jusqu’à demain puis au jour suivant et ainsi de suite. Adam reviendrait quand il serait suffisamment reposé. « Il faut qu’on rentre… Il faut rentrer… Le vent… » Et sur ces mots, il parvint enfin à agripper le col de Jesse, le serrant de toutes ses forces entre ses doigts pour ne pas flancher à nouveau. Pour ne plus sombrer.

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Sujet: Re: SugarMer 21 Oct - 20:16

Jesse avait le coeur qui battait fort dans sa poitrine. Tellement fort qu’il en avait mal. Il avait la peur à bout de bras alors que ses yeux clairs étaient posés sur Adam. Était-ce mal d’imaginer le pire dans un moment comme celui-ci ? Il voulait son Adam, il voulait le voir ouvrir les yeux, sourire, lui faire un cocktail en déclarant que c’était le meilleur de toute la région et que Jesse avait de la chance. Cet endroit, ce bar, c’était plus qu’un simple bar pour Adam et il s’y investissait corps et âme, juste pour pouvoir satisfaire ses clients, assurer les happy hours et surtout faire en sorte que tout le monde passe un bon moment. Adam avait toujours le sourire aux lèvres ici, toujours, même quand l’établissement était plein à craquer, même quand il était contraint de dire aux derniers clients de partir parce qu’il devait fermer ou même quand les affaires ne marchaient pas tant que ça… il avait toujours le sourire. Jesse le fixait donc en priant pour qu’il réagisse, qu’il lui dise quelque chose, n’importe quoi qui puisse l’aider à se relever, à faire en sorte qu’il retrouve le sourire. Le barman fronça les sourcils, il divaguait, Jesse s’apprêtait à lui redire qu’il était là quand la voix d’Adam s’éleva une nouvelle fois. Le brun se retint de serrer le blond davantage contre lui, juste pour lui prouver que si c’était bien lui et qu’il n’allait nul part. Juste lui, juste Jesse qui allait s’occuper d’Adam et faire en sorte que rien ne lui arrive. Juste son Jesse, juste pour lui et pour qu’il aille combattre les batailles qu’Adam ne pouvait pas encore gagner dans son état, pour qu’il puisse se dresser contre tous et contre ses ténèbres qui menaçaient de l’envelopper alors qu’il battait des paupières. C’était son Adam et tout ce qu’il pouvait lui demander c’était une inspiration et une expiration de plus, juste un souffle et Jesse s’occuperait du reste. Il n’avait qu’à respirer et Jesse serait là pour lui et c’était tout.  

« On va rentrer à la maison toi et moi Adam, juste toi et moi, d’accord. Tout va bien se passer. » murmura le policier avant de déposer un baiser sur le front d’Adam. Il était là et tout allait bien se passer, qu’il doive le soulever lui-même pour l’emmener voir un médecin ou pas, tout allait bien. Jesse se martela ce mantra en boucle, pour ne pas se mettre à paniquer lui aussi, ou secouer Adam et lui hurler dessus. Non, il devait garder son sang froid, paniquer ne servirait à rien, il pouvait juste se contenter de faire en sorte qu’Adam reste éveillé en attendant l’arrivée de quelqu’un de beaucoup plus qualifié que son petit-ami. Ou ce client. Leur regards se croisèrent et tandis qu'il s’enquit de l’état de santé du barman. Le visage de l’autre homme ne lui disait absolument rien, cependant, Jesse n’était pas dans son état normal et il aurait été incapable de pouvoir identifier son propre reflet dans un miroir.« Il a fait un malaise... ça peut être quelque chose de grave ou alors il a juste oublié de prendre du sucre je… » Jesse avait parlé sur un ton précipité, il fut interrompu par un autre son, un son qui n’était pas sa voix, ni celle d’Adam ou de cet inconnu mais de quelqu'un d’autre. Rien avoir avec la musique pop qui faisait office de bande son de malheur dans le bar, non, rien à voir. Même Katy Perry ne pouvait pas trouver quelque chose de positif ou de pétillant dans toute cette soirée, Jesse en était persuadé.

« Bonsoir, ici les urgences… Bonsoir, vous m’entendez? »

Mais oui, Jesse avait oublié que sa première requête en entrant dans le bar avait été de demandé à cet inconnu d’appeler les secours.« Vous avez les urgences, passez-moi le téléphone ! » Le ton de Jesse fut beaucoup plus sec qu’il ne l’avait anticipé cependant il s’en moquait. Pas le temps de s’excuser, il s’agissait d’Adam, les excuses viendraient beaucoup plus tard, quand le blond serait en sécurité, sous la surveillance stricte d’un médecin. Jesse tendit le bras vers le client et il respira un grand coup quand sa main se referma sur son téléphone. « Allo, ici l’officier de police Jesse Mahoney. »  Il récita son matricule rapidement. Jesse n’était pas de service ce soir cependant il fallait bien qu’être policier l'aie à avoir quelques privilèges et s’il pouvait faire arriver cette ambulance au plus vite, c’était pour le mieux.  « Un homme diabétique de type caucasien, la trentaine, a fait un malaise dans un bar sur Fairhope Avenue. C’est le Vanilla Palace. Envoyez vite une ambulance. » À l’autre bout du fil, Jesse entendit le son de distinct de quelqu’un qui tapait sur un clavier. C’était une femme qui lui parlait et Jesse jeta un coup d’oeil à Adam alors qu’elle lui dit de patienter. Elle lui demanda de quel type de diabète il s’agissait et à quand remontait le dernier repas d’Adam. Jesse fronça les sourcils, il ne pouvait pas répondre, il aurait voulu mais impossible… Une vague de culpabilité envahit le policier mais il la ravala bien vite pour dire qu’il ne savait pas. Il y eut une autre pause avant que l’employée de l’hôpital lui fasse savoir qu’une ambulance se trouvait à quelques rues d’ici, visiblement, c’était une mauvaise soirée pour l’hôpital de Fairhope. « Je vais les appeler et il ne devrait pas tarder à vous rejoindre officier. » Enfin une bonne nouvelle. Jesse finit par raccrocher et  il dit d'une voix un peu plus audible: . « Ils vont bientôt arriver, tu entends Adam ? »

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Sujet: Re: SugarJeu 5 Nov - 23:54

La soirée avait si bien commencé. Il se souvenait, vaguement, comme une vague réminiscence, s'être senti apaisé, calme. Il avait discuté un peu avec le barman, il était à l'abri puisque Il n'était pas là. Il se rappelait avoir ressenti de la chaleur, les faux serrées en permanence autour de sa cage thoracique relâchant prise juste assez pour que l'air pénètre calmement dans ses poumons, pour qu'il puisse prendre le temps de poser les yeux alentours et de voir les choses. Pour une fois, le monde extérieur ne s'était pas contenté d'être une suite rapide de lumières et de couleurs qui se succédaient à mesure que ses pas le ramenaient chez lui ou l'en éloignaient. Il s'était arrêté, avait regardé, et avait cru apprécier ce qu'il y voyait. Il lui avait même semblé qu'il pourrait s'y plaire, dans ce monde, un instant. Illusion douceureuse, qui se serait, tôt ou tard, trouvée balayée par les bourrasques, les tornades qui prenaient plaisir à laisser apparaître l'envers du décor, les monstres derrière les portes, les micros et les caméras accrochés çà et là autour de lui, la foule de curieux qui l'épiait constamment. Mais ce soir, l'illusion s'était écroulée d'elle-même, en même temps que cet homme. Terrassée par un ennemi encore inconnu. Tout s'était déroulé si vite, après ça. Le coup de fil, l'arrivée du policier. Le bien-être s'était noyé dans la masse d'inquiétudes et de doutes qui l'avait assailli.

Jesse. Le policier qui était venu l'arracher à son cocon, venu le forcer à ouvrir une porte qu'il avait cru, qu'il avait voulu condamner. Non. Ca n'était pas ce qu'il s'était passé. C'était l'homme qui était venu lui rendre sa liberté. Qui s'était frayé un chemin jusqu'à son bon sens, et dieu savait que ça n'était pas aisé. Sans doute Jesse avait-il dû s'échiner, s'abîmer à tenter de faire entrer la lumière entre ses murs. A l'évidence, Jesse et le barman se connaissaient. L'affection et l'inquiétude du policier s'épandaient partout dans le bar, et Aiden se serait presque senti à l'étroit. Les sentiments seuls auraient dû suffire à ramener qui que ce soit d'entre les morts, tant ils étaient puissants, et l'intrus, se dit vaguement que personne n'en ferait autant pour lui. Il ne savait pas bien où se mettre, tout perdu qu'il était au milieu de la foule de sentiments qui le bousculaient de toutes parts. Alors il s'était planté là, entre l'angoisse et le comptoir, et il ne savait pas bien sur quel pied danser. Alors il gesticulait de l'un à l'autre, maladroitement, tentant tant bien que mal de ne pas écraser les pieds de la peur qui prenait trop de place, et qui faisait les yeux doux à la panique et à sa pestilence. Et lui de se trouver là, comme une flaque d'eau dans le désert, mal-à-l'aise et à l'étroit en dépit de l'espace disponible. Est-ce que les deux autres hommes pouvaient le sentir aussi? Sans doute pas, ou pas autant, parce qu'Aiden aurait tous pu les décrire à la perfection, de la couleur des yeux à la forme du visage et au nombre de bras et de dents qui tentaient de l'attraper. D'arracher un morceau de chair au passage, dans leur lente procession jusqu'aux victimes, jusqu'aux inquiets, parce que ça n'était certainement pas ses émotions, pas vrai? Pas vraiment son cerveau qui fuyait, percé, qui s'écoulait sur le sol par tous les pores. Pas ça. Pas vrai?

Le téléphone, écrasé dans la paume de sa main depuis qu'il s'en était saisi, émit un son, qu'on aurait pu apparenter à une voix. Il regarda quelques instants l'objet, confus, avant que le policier ne lui demande, ou plutôt lui ordonne, de lui donner l'appareil. Il échangea un coup d'oeil de l'un à l'autre et s'exécuta, tendant à son tour le bras vers l'officier, qui se dépêcha de demander les secours, ce qu'Aiden s'était trouvé incapable de faire. Est-ce que c'était un test? Où s'était sauvée sa soirée paisible? Est-ce qu'ils allaient l'attacher à un brancard? Peut-être, peut-être que c'était lui, le malade? Peut-être qu'ils venaient pour lui, qu'ils ne le laisseraient plus jamais, plus jamais partir. Peut-être que Jesse allait le ramener à son appartement et poser des verrous à l'extérieur, pour qu'il ne lui prenne pas la folle idée d'aller arpenter les rues à nouveau. Les quelques minutes qui suivirent s'étalèrent sur des heures, lui laissant tout le loisir de douter et d'être mal-à-l'aise en silence, goutte de sang sur la neige immaculée, restant d'épave dans l'immensité bleutée.

L'arrivée des secours lui arracha un sursaut, et il eut tout juste le temps de reculer de quelques pas, mettant de la distance entre lui et cet incident, avant que les ambulanciers n'entrent précipitamment, lui demandant, par défaut sans aucun doute, la localisation de la victime, un nom éventuel, lui demandant si c'était lui qui avait appelé. La bouche soudainement désséchée, il leur indiqua le comptoir d'un geste de la main, apeuré, terrifié par tant de questions et par le tumulte soudain. Car bien vite, le silence fut supplanté par un brouhaha incohérent duquel il ne parvenait à tirer aucune information, par des mouvements auxquels il ne comprenait rien, les gens faisant des allers et retours, échangeant des bribes de dialogue. La situation était trop inhabituelle, trop violente pour lui. Les quelques personnes qui s'agitaient autour de lui, le bruit, la victime. Il voulait déguerpir, s'enfuir en courant, et faire trois fois le tour du quartier sans s'arrêter pour être certain que personne ne le poursuivait. S'épuiser pour sortir de l'état de panique dans lequel il était bloqué. Mais pour l'instant, il était coincé là, les yeux affolés suivant tantôt un ambulancier, tantôt une lumière, puis une voix, puis une autre. Il aurait voulu se rouler en boule et se boucher les oreilles, mais il était comme hypnotisé par le spectacle funèbre qui s'était approprié la scène et jouait à lui en faire perdre la raison.
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Sujet: Re: SugarDim 8 Nov - 17:58

Sa gorge était sèche, sa langue claquant presque contre son palet à chaque fois qu’il osait ouvrir la bouche pour tenter de l’appeler. Du moment que son prénom s’attardait sur ses lèvres, il était en sécurité, pas vrai ? Du moment que Jesse était réel, qu’il ne s’était pas définitivement changé en mirage, que les traits de son visage ne s’évaporaient pas pour laisser place au souvenir. Non, il ne fallait pas encore qu’il disparaisse, Adam n’avait pas eu le temps de mémoriser les détails de ses lèvres, le nombre d’étoiles qui scintillaient sous ses yeux et sur ses joues. Le blond déglutit, cherchant de l’eau, un verre, quelque chose. Le moindre récipient qui pourrait contenir un peu de liquide pour l’extirper de ce désert étouffant qu’était devenu son bar. Car c’était bien là qu’ils se trouvaient, pas vrai ? Le barman n’avait pas perdu la mémoire et il n’avait pas sombré dans la folie, juste un étourdissement anodin, rien de plus. Rien de grave. Vraiment pas de quoi s’inquiéter. Il savait comment réagir dans ces cas-là, même lorsqu’il était seul et que personne n’était là pour assister à ses absences. Ce n’était pas si fréquent que ça, il n’y avait pas de quoi alerter qui que ce soit ou en parler à son médecin ; juste de rares oublis qui le plongeaient de le noir le plus complet tandis qu’il réalisait un peu trop tard qu’il avait omis de suivre son traitement à la lettre. Soit. Il savait faire avec. Pour commencer, il fallait qu’il se ressaisisse, qu’il regroupe les moindres bribes d’informations utiles pour reconstituer le puzzle de sa soirée et s’échapper du brouillard épais qui l’entourait.

Les sons paraissaient plus distincts, plus proches. Il pouvait percevoir la voix de Jesse derrière ce sifflement qui s’estompait doucement. Les urgences ? Non, pas la peine, ce n’était pas nécessaire. Il allait bien, vraiment. Quels avaient été ses derniers mots déjà ? Adam ne savait plus très bien, il dormait à moitié. À moins que ce ne soit un autre monde qu’il ait réussi à frôler l’espace d’un instant, que ce qui s’était bousculé entre ses lèvres était resté dans cet univers parallèle, où rien n’était palpable, où tout n’était que songe et éternité. Balivernes, il s’était simplement assoupi, et puisqu’il avait le réveil embrumé, il ne parvenait plus à remettre les choses dans l’ordre. Adam essayait de le retenir, de se retenir près de Jesse de sorte qu’il ne puisse couler à nouveau. Faisant non de la tête, il aurait aimé que la brûlure au fond de sa gorge l’autorise à s’exprimer, mais rien. Quelques murmures insignifiants qui s’étaient déjà égarés dans l’atmosphère. Alors tant pis, autant se concentrer sur autre chose, sur d’autres détails. Il avait ouvert son bar à l’heure habituelle et il avait attendu… De longues heures mortes et ternes, lassé, épuisé de n’avoir rien d’autre à faire qu’astiquer le comptoir de son bar comme si le contact avec le bois allait lui apporter la chance qu’il espérait tant ; un car entier d’étrangers, d’inconnus, de touristes venus pour marcher dans les pas du Poète et vivre l’enquête au jour le jour. Curiosité morbide qui aurait pu les faire atterrir au palace, là où Adam se serait fait une joie de s'occuper d’eux. Et peut-être que le monde et le bruit lui aurait fait oublier la fatigue ? Impossible de le savoir. Il n’y avait finalement eu qu’un client ce soir-là, et puis la Terre s’était mise à tourner beaucoup trop vite, fauchant Adam au passage. Le reste ?

Le reste était là, sous ses yeux, devant ses paupières trop lourds pour qu’il parvienne à les maintenir ouvertes plus d’un instant. « De l’eau… », avait-il réclamé après que Jesse ait finalement raccroché, interrogeant Adam pour savoir si ce dernier l’entendait ou s’il était toujours perdu dans des limbes trop profondes pour pouvoir le secourir. Il parvint à hocher la tête par le plus grand des miracles, pointant vainement son doigt fragile et tremblant vers les bouteilles qui siégeaient sous le comptoir. Jesse ne se fit pas prier, ne perdant pas une seule seconde ; tout comme les secours, qui arrivèrent presque aussitôt. L’unique client était vraisemblablement resté, à moins que ce ne soit l’esprit d’Adam qui ait tout inventé. À moins que ce fameux client n’ait jamais été présent et qu’Adam soit tombé seul, son téléphone contactant automatiquement le dernier numéro qu’il avait composé au moment de la chute. Et Jesse était apparu, venu de nulle part, entouré d’une horde de secouristes et d’urgentistes. « Je vais bien… » avoua-t-il à demi-mots, encore sonné, tandis qu'on prenait sa tension ou qu’on cherchait à l’évacuer dans les plus brefs délais. Que quelqu’un ferme le bar, qu’on pense à baisser les grilles et éteindre les lumières. « Le bar, je… » Personne ne l’écoutait. Ou peut-être que personne ne l’entendait, ses murmures à peine perceptibles pour le commun des mortels. Adam ne savait déjà plus où il était ni où il se rendait, ainsi allongé, comme prêt à rejoindre l’au-delà. Est-ce qu’on le croyait mort ? Il chercha Jesse du regard, sa paume fébrile saisissant celle du métis avec autant de vigueur que sa condition le lui permettait. « Il faut… Le bar… Je… » Se ressaisir. Vite. Maintenant. « Je vais bien. » Un souffle. « Je vais bien, je t’assure. »


sujet terminé

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