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 To feel alive

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◆ Manuscrits : 4849
◆ Arrivé(e) le : 05/08/2015
◆ Âge : 24
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Sujet: To feel aliveVen 7 Aoû - 14:17

Stretch me out and press me down 
And slide me on to your skin again 


«Peter?» Elle ne savait pas comment elle était arrivée là. Elle ne savait pas, ne savait plus, et à l'instant, ça lui était bien égal. Il lui semblait, vaguement, qu'elle l'avait appelé. Ou peut-être que c'était lui? Non, non, elle se rappelait chercher son nom dans le répertoire, fébrile, des larmes acides le long des joues, incapable d'enrayer l'envie, le besoin, la nécessité de changer de monde, ou du moins d'air, de fonctionnement, d'horizons, de peau. Sortir de là, à tout prix. Pourtant, elle avait eu l'impression de s'en sortir. Elle avait eu l'impression de gagner du terrain, de s'éloigner un peu des démons du passé. Elle croyait qu'avec tous les efforts mis en œuvre et l'énergie dépensée, elle mettait un peu plus de distance entre elle et cette noirceur, cette gangrène qui menaçait de la consumer toute entière. Puis il y avait eu Rose. L'innocence bafouée, la pureté salie, abîmée dans sa transparence, tâchée. Le teint diaphane, séraphin, rougi par le sang, maculé par la mort. Une victime de plus, une victime de plus qu'elle n'avait pas sauvée. Qu'aurait-elle pu y faire? Mais elle aurait dû, elle aurait dû, et elle n'avait rien fait. Et ça la rongeait, ça la bouffait, ça lui absorbait les tripes et les sourires. Il y avait ce vide, ce trou béant qui s'étendait un peu plus, puis un peu plus, chaque fois que quelqu'un rendait l'âme sous les mots du Poète. Comme si, quelque part, avec chacun d'entre eux, quelque chose en elle mourait aussi. Elle se fragmentait en milliards de morceaux putrides et nécrosés. Si ça ne prenait pas fin, que resterait-il d'elle ? Un tas de chaînes, de chairs, de viande, de vide. Une carcasse qui se traîne d'un bout à l'autre d'une vie dénuée de sens. Mais elle allait mieux, pas vrai ? Elle était en train de s'en sortir, alors qu'est-ce qu'elle faisait là ?

Fix my joints till I'm whole again
Till my bones break again


Ils s'étaient retrouvés, ils s'étaient noyés dans l'alcool, dans l'oubli, dans le plaisir, l'un dans l'autre jusqu'à ne plus pouvoir respirer. Jusqu'à ce qu'ils rendent l'âme, que les ongles et les dents se plantent dans la chair encore vivante, encore chaude et frémissante, jusqu'à ce que plus rien d'autre ne compte. Jusqu'à ce qu'elle oublie qui elle était, qui ils étaient, qu'ils étaient. Puis ça ne suffisait plus, et ils s'étaient retrouvés à boire de nouveau, les yeux fermés, trop proches pour se sentir si mal, et pourtant c'était le cas. Il lui faisait l'effet d'une drogue, et chaque fois qu'elle tentait de s'en défaire, de s'éloigner, de s'arracher à cette emprise, c'était pour mieux s'y réfugier, pour mieux s'y précipiter et tomber plus bas, toujours plus bas. Ce n'était peut-être pas Peter, c'était cette ambiance perpétuelle d'abandon et de vie. Certains cherchaient la sécurité, cherchaient le confort, le réconfort, la chaleur d'une étreinte, le rayonnement d'un sourire. Eux, cherchaient le danger, la peur, l'oubli, la mort, mais surtout la vie. Le sentiment oublié, l'impression d'être vivant. Toujours à se pousser un peu plus vers le bord de la falaise, à se défier d'y sauter à pieds joints, une bouteille à la main et un sourire douloureusement inconscient fendant le visage. Pieds et poings liés aux sensations divines de vitalité. Ils étaient défoncés à l'envie d'exister.

Break my fall
'Fore I lose it all


Et les voilà partis, bouteilles au creux des mains et éclats de rire au creux des reins, le pas titubant mais confiant, jusqu'à l'est de la ville. Le chemin parcouru, déjà, s'effaçait, et elle se demandait s'ils avaient vraiment couru jusqu'ici, et pourquoi elle était trempée de la tête aux pieds, comme si elle s'était jetée à la mer, ou qu'elle avait échoué dans son escalade de la fontaine, et, très vaguement, pourquoi elle trouvait ça si drôle alors qu'elle mourait de froid. Willow s'arrêta subitement, le souffle court, pivotant rapidement vers son camarade de jeux. « Wow. » Elle parvint à retrouver son équilibre, et patienta trente secondes, histoire que le deuxième Peter puisse aller voir ailleurs si elle y était aussi. «Tu crois qu'on peut démarrer la grue ?» Bien sûr qu'ils pouvaient. Ils étaient invincibles, ils étaient tout-puissants. Ils étaient merveilleux, et rien ne pouvait les arrêter. «Celui qui arrive en haut en premier, il a- gagné.» Les mots roulaient quelques secondes de trop sur sa langue, comme s'ils peinaient à s'écrire. Et, vraiment, ça semblait être une bonne idée, la meilleure qu'elle ait jamais eue. «On verra les réponcenses, les récompenses aprèèès, dans la cabine, » continua-t-elle, tout sourire. C'était exquis, et quelque part, très, très, très loin sous les litres d'alcool et de mauvaises idées, elle se maudissait d'avoir jamais arrêté. Déposant sa précieuse bouteille, qui avait par miracle survécu au voyage, au pied de l'imposante structure métallique, elle avisa une nouvelle fois son comparse. «On se retrouve de l'autre côté !» Il y avait là un constat terrible, une vérité non-dite, que personne n'entendait, ou du moins certainement pas elle. C'est la mort qui nous attend. Les mains agrippées aux barreaux jaunes, elle entreprenait la grande évasion. Sortir de sa cage. Un gloussement. «Peter !» le héla-t-elle, savourant les syllabes, buvant son prénom comme si l'appeler lui donnait mille et un pouvoirs. Du pouvoir, il en avait, surtout sur elle, avec ses sourires et ses mots, sa persévérance et son irrépressible envie de prendre des risques. Il y avait de l'amusement au fond de ses yeux. «Je crois que si on tombe, on meurt.» Et c'était hilarant.

Cleanse the doubt from my blood again
Bleed me of pain
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Sujet: Re: To feel aliveSam 22 Aoû - 20:08

Le blond n’était pas utile. Il n’était pas nécessaire. Il n’était pas là pour changer le cours des choses ou faire de la vie cet espèce de truc à peu près supportable. Au contraire. Il était cette façade, ce masque parfaitement dessiné, chaque mèche blonde qui lui tombait sur le visage venant embellir ses traits, ses doigts cherchant à jamais à remettre ces rebelles en place. Peter était un leurre, une mascarade. Un clown resté trop longtemps dans sa cave qui avait perdu son nez rouge et qui cherchait encore à faire rire le public qui scrutait le moindre de ses faits et gestes. Mais le gamin commençait à effrayer la foule, à lui donner la nausée. Lui qui n’était déjà pas grand chose était en passe de devenir un moins que rien, un cafard de la pire espèce, un vers rongeant les corps laissés à l’abandon pour les recracher dans les entrailles de la terre, formant ainsi une boue qui viendrait tacher les bottes des vivants, de ceux qui respiraient encore ; une boue aussi tenace que le sang laissé sur la clé du cabinet du monstre à la barbe bleue. Et Peter se retrouvait bêtement avec l’objet entre les mains, à frotter cette goutte pourpre pour qu’elle disparaisse. Non, elle était pourtant bien là, angoissante, indélébile. La preuve qu’il était déjà trop tard. Pas de famille à l’horizon pour venir le sauver dès les premiers rayons de soleil, juste ses doigts tremblants et moites et cette fichue clé qui ne lui permettait pas de comprendre ou de savoir, simplement de découvrir l’horreur. Chaque porte cachait un cadavre de plus, le suivant plus déchiqueté encore que celui qui le précédait, jusqu’à ce que le Poète finisse par se faire un manteau de la peau de ses victimes. Jusqu’à ce qu’il les emporte tous et que Peter se retrouve enfermé à ses côtés pour servir les intérêts de ce fou.

Mais la voix de Willow tremblait plus que la sienne. Ses paumes étaient encore plus moites, son regard plus triste et plus perdu que le sien. Oh, le blond n’avait pas la prétention d’être un phare, non. Il était assez lucide et intelligent pour se rendre compte de ce qu’il était. Pas grand chose, un ersatz d’individu qui ne connaissait pas la peine que la jeune femme avait vécu. Alors il se contentait de répondre présent, de la prendre contre lui juste un instant, de lui tendre une bière avant d’ôter son t-shirt pour dévoiler ses muscles. À force de lui répéter qu’il était beau, il avait fini par le savoir, et c’était bien ça le problème. Tout semblait plus simple lorsqu’il ouvrait grand ses bras, les cuisses des inconnues qui peuplaient son lit s’écartant alors de plus belle. Il ne les possédait pas, non, Peter savait que rien ne lui appartenait. Ses corps s’offraient à lui, des sacrifices volontaires qui le maintenaient en vie, qui lui donnait l’impression d’avoir un but. Ses reins bougeaient avec force, comme s’il voulait que la réponse soit là, entre les hanches d’une autre, ou peut-être de la prochaine, à l’image des cadavres qui s’entassaient dans cette fichue ville. Il se surprenait parfois à songer au Poète au milieu de ses ébats, les yeux plongés dans les pupilles de celles qu’il habitait, se demandant si elles finiraient par le croiser à leur tour une fois disparue dans la nuit noire. Cette possibilité l’enivrait de plus belle, le rendant presque fou, ses veines sur le point d’exploser à force de contenir cette idée aussi invraisemblable que répugnante. Et puis dans l’obscurité, un souffle qui le ramenait vers la rive, son prénom murmuré dans la pénombre, comme une complainte, un poème qui s’échappait des lèvres de Willow, un peu d’écume sur sa bouche qu’il venait gouter à son tour ; ces cinq lettres qui pansaient son coeur et lui donnaient la sensation d’avoir encore quelque chose à perdre.

Et puis ils étaient parti envahir la ville après avoir pris le temps de conquérir leurs corps, le désir s’estompant pour laisser place à la liqueur, ce poison qui attaquait les cellules nerveuses du grand blond et l’empêchait maintenant de marcher droit. Ou peut-être était-ce l’univers qui tournait de travers depuis qu’ils s’étaient retrouvés coincés à Fairhope la maudite où tout espoir était toxique. « Hehehe » Le rire incontrôlé lui avait échappé quand Willow avait évoqué une potentielle récompense, l’esprit de Peter dérivant sans aucune surprise en-dessous de sa ceinture. « Je vais monter et tu vas voir. Tu vas voir, mademoiselle. » Quoi exactement ? Rien, sans doute. Pas grand chose de plus que lorsqu’ils se trouvaient sur la terre ferme, mais qu’importe. Peter était déjà ailleurs, la tête plantée au milieu des nuages et le coeur ancré au planché. Il ne se fit pas prier davantage, escaladant la grue que Willow lui avait pointé du doigt quelques secondes auparavant. « Pfff, on peut pas mourir. Si on avait du mourir, ce serait déjà fait depuis longtemps. » Un discours incohérent qui faisait pourtant sens dans la bouche du journaliste. Il s’arrêta à mi-parcours, se tenant à une main seulement, s’écartant de la machine pour se pencher vers le vide et sentir un frisson faire trembler sa chair. « Wooooow. » Son coeur manqua un battement avant de reprendre du service, plus tonitruant que d’ordinaire. Il apprécia la sensation, prenant de grandes inspirations, ses poumons s’emplissant douloureusement d’oxygène avant de recracher le dioxyde létal. « Si on monte encore un peu, on verra l’hôpital. Et là où j’ai grandit. Vieeeeeeeens. » Monter un peu plus vers le ciel pour retrouver ses racines. Dangereuse ironie. Peter n'avait plus rien à perdre de toute façon. À part la raison.

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Sujet: Re: To feel aliveMar 25 Aoû - 0:45

Tout à coup, Willow était un guerrier. Puissant et valeureux, gravissant une montagne pour aller terrasser un dragon qui terrorisait les villageois, le tout à la seule force de son épée. S'agrippant de pierre en pierre, elle jetait de temps à autre un œil à son compagnon d'armes. La lune était ronde et pleine, et quelques loups hurlaient à la mort dans les forêts environnantes, tandis que d'autres tentaient de lécher vainement les blessures fatales infligées par les chevaliers. Ils étaient adulés et prospères, et tous comptaient sur eux pour ramener la paix dans le royaume. La sueur lui dégoulinait dans le dos, mais sa poigne était d'acier, et elle ne flancherait pas. Ils ne pouvaient plus reculer, à présent. Si près, si près du but. Et pourtant si loin du sol. Les parois menaçaient de se dérober sous ses mains, et le vide semblait dangereusement aspirer son comparse. Un éclat de rire. Mais ce son cristallin et inapproprié ne pouvait pas être sien, pas vrai? Quel genre de bête rirait de l'infortune d'un être cher. Cher? En un sens, oui, sans doute. En un sens, cet être qui peinait à ses côtés, ce compagnon d'infortune et d'aventure, surtout d'aventure, lui importait. Non, non, elle ne pouvait pas penser à ça, elle ne pouvait pas penser au fait qu'il était le premier auquel elle avait pensé quand l'angoisse était revenue serrer ses ongles tranchants autour de son cou. Certainement pas. Il était juste un peu plus doué pour lui faire oublier, voilà tout. Non? Les loups firent silence, l'air frais et pur de la montagne se pollua légèrement, la tanière rétrécit, et les parois pierreuses devinrent métalliques sous ses doigts. Soudain, elle n'était ni courageuse, ni adulée, elle n'était qu'un poisson perdu dans l'océan, parmi des milliards, en chute libre. Le dragon à terrasser n'était qu'un homme. Un monstre, sous forme humaine. Un prétendu artiste. Ou peut-être était-ce plus que ça? Peut-être qu'ils cherchaient à vaincre leurs propres démons? Ou alors, ils cherchaient simplement à escalader une grue parce qu'ils trouvaient ça drôle. Peut-être.

L'air brûlant au fond de la gorge, le vent qui cherchait à lui faire perdre l'équilibre, tout était grisant. Mais elle devait gagner, elle devait prouver, quoi, déjà? Qu'elle était là. Que la terre tournait trop vite, que la vie n'avait pas de sens, mais qu'elle était accrochée à ce petit bout de rocher comme un chiot à sa mère. Peut-être que Peter la retenait au sol, peut-être qu'elle était simplement trop bornée pour laisser tomber. Est-ce qu'ils se faisaient mal, à s'écorcher vif? Sans doute, sans doute qu'à force de se jeter dans les flammes, dans le vide, ils finiraient par se brûler, par s'écrouler. Qui entraînait l'autre vers le fond, à la longue? Qui attirait l'autre vers le haut? Le rythme endiablé de leurs soirées n'avait de cesse d'accélérer, de prendre de la vitesse, de l'élan, pour se préparer au grand saut, mais lequel? Rien n'avait de sens. Willow se contentait de grimper, concentrée sur une tâche, même si elle ne savait plus vraiment laquelle, s'arrêtant de temps à autre quand le bruit d'une épée ou le cri d'un corbeau la faisait changer de royaume. Elle se sentait mieux là-bas. Le mal avait un nom, le mal avait une forme, et il pouvait être détruit. Puisqu'il était plus facile d'exterminer un titan que de vivre. Ici bas, qui pouvait abattre ses fantômes? Qui pouvait faire face dans l'adversité? Survivre au monde, se battre à corps perdu pour gagner son bout de pain, pour ne pas perdre la face, pour continuer d'avancer? Mais vers où? Où couraient-ils tous? Vers quel but, quelle finalité? Qu'attendaient-ils de la vie? Deux confettis et une salve d'applaudissements? Des ovations, une cérémonie et une récompense? Il n'y aurait qu'un corps inhabité pourrissant au fond d'une boîte, si l'on était chanceux. Non, vraiment, cette montagne était immense.

La voix de Peter réussit à la tirer de ses chimères, la ramenant à la réalité dans un nouvel éclat de rire. Les rues bétonnées. Les travaux. La grue. La mort. Peter parlait de mourir. C'était parfaitement sensé. «Alors si je lâche...» Elle jeta un œil au sol qui disparaissait dans la nuit, malgré les réverbérations des quelques lampadaires qu'on ne se risquait plus à éteindre. Ou peut-être était-ce la lune? Ses doigts lâchèrent prise quelques secondes, juste le temps de perdre l'équilibre, juste le temps de sentir le sang battre dans les veines, de sentir la vie s'insuffler dans son corps comme une bourrasque dans une maison. Puis Peter parlait de nouveau, et elle récupéra ses appuis, s'élançant vers le ciel avec une énergie renouvelée. «Tu as grandi à l'hôpital?» cria-t-elle par-dessus le vent, tentant de se faire entendre alors qu'elle avait déjà du retard sur lui. Loin d'elle l'idée de se plaindre de la vue, cela dit. «T'es vachement plus beau vu d'ici!» ricana-t-elle, s'efforçant d'accélérer l'allure pour tenter de regagner du terrain. Mais le monde tournait un peu trop vite à présent, si vite que même ses yeux pouvaient le percevoir. «Oh.» Il lui fallut de nouveau quelques secondes de pause. A force d'escales et d'appuis confiants, Willow finit par atteindre l'objet de sa convoitise, et elle se vit soulagée de trouver l'appareil ouvert. Qui viendrait voler une grue, franchement? Où la cacher? «Youhou!» Elle s'installa dans la cabine, le grand blond à ses côtés. «On est les meilleurs!» L'euphorie laissa vite place au calme, ne serait-ce que pour un instant, l'espace reclus et tranquille apaisant son esprit enflammé, et elle se risqua à poser sa tête contre l'épaule de Peter. «Montre-moi, montre-moi!» Lui montrer son monde, son univers, ouvrir la porte des coulisses, l'envers du décor, même si elle ne réalisait pas, même si elle ne se rendait pas compte.
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Sujet: Re: To feel aliveSam 5 Sep - 3:39

Grandir ? Ce n’était pas le terme exact, non. Peter avait poussé, comme de la mauvaise herbe, debout sur ses deux pieds, le corps tendu vers les étoiles pour s’offrir à elles, leur demander de l’accueillir, de le happer tout entier pour qu’il disparaisse. Ou pour qu’il existe. Enfin. Cette perpétuelle course après la vie, qu’il possédait pourtant, qui lui martelait les côtes à chaque pas pour lui rappeler que ce n’était pas un rêve, que tout ceci était réel et que les parois de chair et de sang dont il était composé pouvaient finir par craquer à tout instant. Mais Peter n’avait jamais grandi. Jamais. Peut-être était-ce pour cette raison qu’il avait l’impression que la mort allait le rattraper plus vite que prévu ? Parce qu’il était venu au monde pour se tenir droit face au vide et pour apprendre à se maintenir en équilibre, pour survivre, pour regarder les autres tomber dans ce trou sans fond, engloutis par le néant. Et toujours, inlassablement, son regard désespéré qui le tirait vers les cieux. Cela expliquait sans doute sa taille impressionnante, sa carrure. S’étendre, s’étirer ; oui. Grandir ? Il n’avait pas eu le droit de le faire tout simplement parce qu’il n’avait pas eu d’enfance. La mort de sa mère d’abord, la dépression de son père qu’il s’efforçait de ne pas voir pour ne pas sombrer à nouveau. Sans doute était-ce à cette époque qu’il réalisa qu’il fallait qu’il se barricade, qu’il se détache de tout, parce que la mort lui servirait toujours de nouveaux corps en pâture. À lui de choisir. Il pouvait continuer de les pleurer, éternellement, les uns après les autres. Les regretter. Ou s’en nourrir, pour devenir plus fort encore, pour prendre du muscle et gagner quelques centimètres supplémentaires afin de toiser le reste de l’humanité et obtenir la gloire et le respect qu’il pensait mériter. Si sa mère était restée ? Il ne serait pas le même, c’était évident. Il aurait certainement pris la main de Willow pour la caresser doucement, la blottir au creux de la sienne avant de lui pointer les étoiles depuis leur cabine en lui promettant qu’un jour il lui en décrocherait une à force de s’étendre vers les cieux.

Mais non. Au lieu de cela ils étaient là, serrés l’un contre l’autre, la tête de Willow contre son épaule tandis qu’il avait passé sa main derrière le dos de la jeune femme pour la poser sur sa hanche. Juste comme ça. L’ivresse faisait bien les choses. À son tour il avait posé sa joue contre le crâne de la brune, lui qui avait laissé ses yeux rouler dans leurs orbites en entendant les derniers mots que sa complice avait prononcé en se hissant jusque dans leur perchoir métallique. D’un air faussement agacé qu’elle ne comprenne pas tout, il avait eu envie de répondre, mais il avait été interrompu par une autre pensée qui s’était évaporée au moment même où elle était arrivée. Quelque chose à propos du sourire de Willow. Il était contagieux. Oui, ce devait être cela… Il prit place lui aussi, faisant remarquer au passage qu’il était beau sous tous les angles, sans la moindre exception. Après tout, il fallait bien que le blond bichonne son ego, pas vrai ? Et elle, plus que quiconque, savait certainement que le personnage cachait bien d’autres expressions derrière son masque et son air charmeur minutieusement étudié et travaillé. Ainsi, il en avait profité pour acquiescer par la suite, sautant sur une occasion supplémentaire pour affirmer qu’ils étaient bel et bien les meilleurs et que personne d'autre dans cette fichue ville ne pouvait leur arriver à la cheville.

Puis une pause. Le temps d’un soupir.

Peter cherchait son ancienne demeure du regard. Celle sur Cowpen Creek, celle dont certains murs avaient commençé à se fissurer. Celle dont les placards sentaient parfois le moisi. Celle où il avait pris l’habitude d’étaler tous ses soldats de plomb pour les faire partir en guerre contre la maladie dont sa mère souffrait. Celle où il avait repeint la chambre parentale après la mort de cette dernière avec l’aide de son géniteur, parce que le jaune était la couleur préférée de la défunte. Celle où il avait envoyé balancer ses cahiers et ses classeurs contre les murs, hurlant, criant, alertant parfois le voisinage. Celle qui avait été témoin de ses premiers ébats, souvent maladroits. Celle qui l’avait vu s’endormir sur le carrelage de la salle de bain après de nombreuses cuites qui l’avaient rendu malade. Celle où il avait retrouvé le cadavre de son père bien des années plus tard, mort d’une balle dans le crâne, le canon dans la bouche, la gueule béante et la cervelle explosée contre le béton. Peter avait soufflé. Le temps d’un soupir. Comme à cet instant. Il s’était laissé glisser contre le mur de cette même pièce, les jambes tremblantes et le coeur déchiré. Il s’était mordu la main pour se retenir d’émettre le moindre son, ravalant les larmes qui lui brûlaient les yeux et lui arrachaient la gorge. Et quand il avait pu respirer à nouveau, il avait jeté un dernier coup d’oeil vers ce corps, murmurant des excuses avant de regagner l’étage où il avait composé le numéro des urgences. Le mois suivant, Peter évoquait rapidement le suicide de son père dans les faits divers avant de lui dédier un reportage qui passa inaperçu. Chapitre clos. Fin de l’histoire.

Son bras se leva enfin, le doigt pointé vers la fameuse maison et non vers les nuages comme il aurait pu le faire si la vie avait été clémente avec eux. Au lieu de ça, il désignait la porte vers l’enfer. « Là-bas. La maison avec la balançoire et le portail en ferraille. Ce truc faisait un bruit monstre à chaque fois qu’on le claquait, les voisins gueulaient sans arrêt. » Il étouffa un rire nostalgique. « Et l’hôpital est pas bien loin, juste derrière là-bas. J’y ai pas vraiment grandi, c’était juste comme ça. J’avais huit ans je crois la dernière fois qu’on y a foutu les pieds. » Haussement d’épaules. « Au final ma mère a pas mis longtemps à mourir. Je sais toujours pas de quoi d’ailleurs. » À quoi bon hein ? Qu’est-ce que ça pouvait bien lui foutre de savoir si c’était la faim, la vieillesse, un cancer, la tristesse ou le sida qui l’avait emportée ? Elle pourrissait, elle se faisait bouffer par les vers entre ses quatre murs de bois à présent. Peter n’avait pas besoin de connaître les détails de ce qui l’avait précipitée dans sa tombe. « J’ai grandi là, au milieu des grues. C’est marrant tu vois, je m’étais jamais dit que je finirais par en escalader une. Je pensais… » Qu’il ne quitterait jamais le plancher. Jamais. Que ce ne serait pas pour lui. Pourtant il y était parvenu. Il avait atteint son but, il avait réussi à obtenir un semblant de notoriété même s’il avait rarement était aussi seul. « Je pensais. » Il préféra mettre ainsi fin à sa réflexion parce que dans le fond, on s’en fichait éperdument. Il n’était plus ce gamin des ruelles de Cowpen Creek qui claquait le portail pour emmerder les voisins et leur rappeler qu’il existait. Il n’avait plus rien à voir avec ce bon à rien qui était passé inaperçu et qui répondait autrefois au prénom d'Abigail. C'était autrefois justement. Peter Christian Howell était aux commandes à présent.

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Sujet: Re: To feel aliveLun 7 Sep - 0:37

A mesure que les secondes s'écoulaient, Willow prenait conscience d'un fait dérangeant. Elle ne connaissait pas Peter. Certes, elle voyait au-delà de la façade. Elle voyait à travers le journaliste que tout le monde détestait et méprisait en ville ; sans quoi elle ne serait sans doute pas blottie entre ses bras à l'instant, comme elle l'était depuis quelques années déjà. Comme elle l'avait été depuis qu'ils s'étaient rencontrés, à quelques mois près peut-être, même si ça n'était rien de régulier. Elle savait qu'il y avait quelque chose d'enfoui, de caché, quelque chose qui lui donnait cette même folie destructrice qui la faisait se lever le matin. Elle savait qu'il y avait un autre Peter sous l'arrogance et le journaliste de l'extrême. Par extrême, elle entendait surtout extrêmement pénible. Elle le voyait blessé et abîmé, boitant le long de la vie comme un rescapé. Il était là, en dessous. Elle devinait les plaies derrière le maquillage. Elle les avait toujours vues, allez savoir pourquoi. Allez savoir comment ils en étaient arrivés là aujourd'hui. Elle se rendit compte, brutalement, que malgré cela, il était toujours un mystère. Qu'au-delà de ce qu'elle voyait, au-delà de ce qu'elle supposait, elle n'avait que des hypothèses, que des mirages. Si elle n'avait pas été assise, elle aurait probablement vacillé. Tout ce que Willow savait, c'était qu'il allait mal, et qu'il était là. Pour elle. Ça valait bien quelque chose, non? Il ne la renvoyait pas à sa misère quand elle l'appelait avec les larmes aux yeux, il ne la chassait pas de chez lui dès que leurs corps se séparaient. Peut-être parce que quand il la regardait, il reconnaissait son expression perdue, ses yeux tristes et confus qui cherchaient une réponse dans un monde où il n'y avait que des questions. Peut-être qu'il l'avait déjà vu dans son miroir. C'était ce que Willow ressentait, en tout cas. Elle avait l'impression d'être à la même hauteur que lui, par moments, même si elle ignorait s'ils étaient au-dessus ou en-dessous des autres. A leur manière bancale, peut-être qu'ils s'aidaient vraiment. Il l'aidait, c'était certain. A oublier. A lâcher prise. Ils pouvaient rire. Ils pouvaient boire, s'exprimer. Ils n'avaient même pas toujours besoin de parler. Le journaliste devait bien savoir que les mots ne contenaient que des mensonges, même les plus véridiques. L'on a beau vous dire que l'on souffre d'avoir perdu un proche aux mains du Poète, ça n'est jamais rien comparé à l'incision vivace et à la plaie béante que ça vous laissait au fond des tripes. C'est un mensonge, Peter devait bien le sentir, en les regardant. Les mots mentent, là où les regards révèlent la vérité. Mais Peter allait parler, et elle n'était pas certaine de pouvoir rêver mieux. Elle ne réaliserait pas tout de suite, il lui faudrait du temps. Comprendre le cadeau, que l'homme ne savait peut-être même pas qu'il offrait. Ni à qui.

Willow était bon public. Elle l'écoutait en silence. Elle plissait les yeux pour tenter d'apercevoir les bâtiments que Peter lui désignait. Elle ne pensait déjà plus à ce qui l'avait troublée quelques secondes plus tôt, parce qu'il parlait et qu'elle se devait de l'écouter. Tout le monde l'écoutait, à Fairhope. Tous les habitants écoutaient les mots dégouliner de sa bouche, écoutaient les morts, les vivants et les détails. Mais est-ce qu'on l'écoutait, lui? Elle regardait la balançoire, ou plutôt elle la devinait, et elle imaginait un enfant blond s'y balancer, toujours plus haut, toujours plus vite. Elle ne le voyait pas rire aux éclats. Elle ne voyait pas son visage, mais elle était sûre qu'elle n'allait pas y lire de joie si elle s'approchait. Mais déjà, avant qu'elle puisse esquisser un pas vers le portail, il lui attrapait la main et l'emmenait plus loin, l'emmenait à l'hôpital. Un jeune Peter la tirait par le bras vers ce bâtiment, et il était délabré. Presque en ruines. Ce n'était qu'une image, bien sûr. C'était celle que les mots du journaliste lui envoyaient, et elle ne pouvait que regarder. A présent, elle voyait l'enfant dans une chambre. Une chambre qui n'était pas la sienne. Une chambre qui sentait la mort, une chambre qui sentait comme sa propre mère, sans le côté stérile de l'hôpital, qui sentait comme John. Willow ferma les yeux quelques instants, se serrant un peu plus contre Peter, de peur qu'il disparaisse, qu'il s'évanouisse dans l'air, de peur qu'elle le tue, lui aussi. Elle aurait pu passer des heures ici, ainsi. Ils étaient loin de tout, ils étaient à l'abri. Ils surplombaient le reste du monde, ils surplombaient la maladie et la mort qui sévissaient en ville. Ils pourraient rester là. Entre ciel et terre. Entre la vie grouillante en bas, et l'immuabilité des cieux et des étoiles. En bas, il y avait de la chaleur dans certains cœurs, de l'horreur et des sanglots dans beaucoup d'autres ; mais la lumière des étoiles était si froide, si distante. Il pensait, quoi? Qu'il n'irait que vers le bas, vers le fond? Que la vie était drôlement mal faite? Que le ciel n'était pas fait pour lui? Que peut-être il y avait mieux ailleurs, là-bas, quelque part? Que sur une planète éloignée, sur une étoile déjà morte, il pourrait être heureux? Peter s'interrompit dans ses pensées, la rappelant à leur petit havre de paix et de souvenirs, et Willow savait que c'était à elle de dire quelque chose, à présent. Ce qui lui restait à décider, c'était de la marche à suivre.

Le silence qui suivit les mots de Peter était presque confortable. Willow avait posé une main sur sa cuisse à un moment durant ses réminiscences, juste pour qu'il sache qu'elle était là, avec lui, à l'écouter, et elle n'avait plus bougé, laissant la scène à Peter, comme il le voulait. C'était plus que ça, c'était un besoin. Pas là, pas à cet instant, mais à tous les autres. Elle le savait, elle le comprenait. Puis elle avait relevé légèrement la tête, délogeant le journaliste avant de poser un baiser sur sa joue et de lui lancer dans un sourire malicieux. «Je parie que je peux deviner à quoi tu pensais.» Elle aurait pu lui dire qu'elle était désolée, lui offrir son soutien s'il en avait besoin, lui dire qu'elle comprenait, alors que personne ne comprenait vraiment jamais. Elle aurait pu le réconforter, lui dire que ça allait s'arranger. Mais c'était mentir, c'était inutile, et ce n'était pas eux. Ça ne servirait à rien d'autre qu'à le replier sur lui-même. C'était ainsi qu'elle le voyait, et il n'y avait qu'une voie qui se dessinait devant elle. Détourner. «Tu pensais à cette merveilleuse bouteille qu'on a laissée en bas.» Restant à proximité du journaliste, Willow ouvrit la porte de la grue pour jeter un œil vers le bas et la referma aussitôt, réprimant la nausée derrière un autre sourire. «Toujours là. Elle nous attend.» La nuit noire et sa précipitation l'avaient empêchée d'en savoir quoi que ce soit, mais il y avait peu de chances que quelqu'un soit passé par là pour récupérer leur bien, surtout en ce moment. «Enfin, elle attend celui qui sera arrivé en bas d'abord. Ou alors...» Elle plissa les yeux pour se donner un air. «On grimpe sur le toit de la grue.» Elle réfléchit vaguement. «Et celui qui hurle le plus fort gagne.» Sur ces mots, elle ouvrit la porte de nouveau, attendant un signal. Tout était toujours un défi. Il fallait toujours gagner. Toujours tout repousser. Les problèmes, les limites. Ça évitait de se rendre compte qu'ils roulaient à toute allure vers une muraille infranchissable. Le gagnant serait-il celui qui mourrait en premier, ou celui qui parviendrait à survivre au monde le plus longtemps?
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Sujet: Re: To feel aliveLun 7 Sep - 3:17

Le silence les enveloppa, comme un épais manteau les protégeant de la brise nocturne. Ou bien était-ce la cabine en fer qui les enveloppait. La deuxième solution semblait tout de même la plus probable pour Peter qui sentait ses os se glacer malgré la tiédeur qui régnait au sein de l’habitacle et contre le corps de Willow ; il ne pouvait rien contre la fraicheur du métal, paralysé dans la structure juchée à plusieurs dizaines de mètres du sol. Un peu moins sans doute, sans quoi les deux acolytes n’auraient pas pu tenir jusqu’au bout et auraient fini par lâcher prise avant d’atteindre leur but. Mais recroquevillés au creux de ce silence, Peter se demandait si cela aurait été une mauvaise chose finalement. On bâclerait leurs cérémonies d’adieu avant de se concentrer à nouveau sur ce fichu tueur qui s’évertuait à décimer la population de Fairhope. La tranquille, la paisible. Celle qui avait autrefois bercé l’enfant aux reflets blonds qui courait sans relâche après son père, sa mère, le temps qui lui restait auprès d’elle. Il se souvenait encore du jour où Christian lui avait appris la mauvaise nouvelle, lui expliquant que celle qui lui avait donné la vie allait bientôt périr. Mais bientôt quand ? Combien de jours encore ? Combien d’heures avant qu’elle ne s’évapore ? Hein, papa ? Il lui semblait que le vent venait de souffler la question, une réminiscence qui lui saisissait la gorge et les tripes, tout en même temps. Le journaliste avait pris garde de ne pas resserrer ses doigts sur la hanche de la jeune femme pour ne pas l’alerter. Il savait bien qu’il n’y avait que lui pour entendre ce genre de murmures dans l’air du soir. Que lui qui connaissait la marche à suivre pour les oublier. Courir. Courir sans s’arrêter. Escalader des grues. Rire aux éclats. Boire tout son saoul. Finir ivre dans son jardin ou son salon. Hurler dans un coussin. Jouer à la roulette russe en se regardant dans un miroir. Et au moment d’appuyer sur la gâchette, renoncer à le faire, pousser un cri ou frapper le verre. Puis agripper une caméra. Chercher la mort. La traquer. La placarder sur tous les murs, la diffuser sur toutes les chaines pour l’envoyer se faire foutre. Oui voilà. Qu’elle les course à volonté, elle ne les aurait pas. Ou alors en leurs termes.

Willow lui arracha un sourire. Le millième de la soirée, de toute évidence. Il n’était pas moins sincère que les autres, au contraire. Elle le connaissait. Peut-être qu’elle ne le comprenait pas ; après tout qui pouvait prétendre comprendre qui que ce soit ? Qui pouvait se permettre de dire qu’il savait de quelle façon les autres ressentaient et fonctionnaient ? Mais au moins elle le connaissait suffisamment pour déduire ce dont il avait besoin, et il ne voulait pas s’attarder sur cette histoire, sur le peu qu'il avait vécu. Pas ici, pas maintenant. Pas quand il réalisait soudainement qu’il n’avait jamais pris la peine de confier ce genre de choses à qui que ce soit d’autre. Que ces aveux n’avaient encore jamais franchi le seuil de ses lèvres avant cet instant précis. Comme s’il fallait s’élever pour que le poids sur ses épaules prennent lui aussi de la hauteur et que les mots sortent plus facilement. Non, cela n’avait rien à voir avec la distance qu’ils venaient de mettre entre eux et le sol, c’était autre chose. Peter se perdit un instant dans les répliques de sa… Quoi au juste ? Une amie ? Une maîtresse ? Quelque chose. Quelque chose de trop bien pour que ça dure sans doute. Il aimait la faire rire, comme sa mère avant elle. Sa mère qu’il avait pris l’habitude de distraire pour que le quotidien soit plus facile, moins douloureux. Oh, il savait bien qu’elle serrait les dents entre deux éclats de joie. Il avait même vu ses longs doigts fins agripper les draps blancs de son lit d’hôpital pour se retenir de témoigner sa peine, pour ne pas imprégner son fils de sa souffrance ; ne pas la lui transmettre en héritage. À croire que ça n’avait pas suffi. À croire qu’il reproduisait le même schéma avec Willow afin qu’elle aussi se retienne d’agoniser un instant en sa compagnie ; mais elle finirait par se faire emporter. Son sourire allait s’éteindre et la lueur dans ses yeux allait s’éclipser. Et Peter n’y pourrait strictement rien, il n’aurait plus qu’à se rejouer la même symphonie en boucle, cherchant une raison à tout ceci quand il n’y avait strictement à comprendre. Ils étaient là, ils en bavaient autant que les sept autres milliards de fourmis et d’insectes, et il n’y avait rien d’autre à en tirer.

Peter posa sa main sur la sienne, pas assez tendrement pour que cela ait un véritable sens. Juste comme ça. Sa chaleur contre la sienne, une fois de plus ; pour oublier le métal et le battement trop lourd dans leur poitrine. Un contact pour se redonner du courage, pour aller de l’avant, pour sortir de ce cocon et retourner gueuler à la face du monde à grands renforts de liqueur et autres étreintes charnelles. Une empreinte supplémentaire laissée sur la peau de Willow, pour s’assurer aussi qu’elle n’allait pas tomber à la renverse en ouvrant la porte, vérifiant que leur trésor n’avait pas encore été dérobé. Et puis, comme à l’accoutumée, elle avait trouvé l’idée parfaite, l’occasion rêvée de jouer à chat perché avec la grande faucheuse. « Pars devant, je te suis! », dit-il avec entrain et enthousiasme, aidant la brune à se hisser au-dessus de leur demeure d’infortune, lui faisant la courte échelle en s’agrippant à une barre métallique qui se trouvait visiblement au bon endroit, lui assurant ainsi qu’il ne finirait pas écrasé sur le bitume. Une fois au sommet, perchée sur le toit du monde, Peter entreprit d’en faire autant, plus que déterminé à l’idée de la rejoindre. Il jeta un dernier regard vers le quartier, déçu de ne pas s’être trouvé dans un bulldozer plutôt qu’une maudite grue, sans quoi il aurait pu faire des ravages en détruisant l’enfer où il avait grandi. Plus que jamais, le blond avait besoin d’hurler, et il n’avait pas mis longtemps à rejoindre Willow, prenant le risque fou de se tenir sur ses deux jambes avant de tendre la main vers la jeune femme. Toujours lui tendre la main pour gagner la sienne contre sa paume. Toujours. Le cri qui lui avait ensuite échappé était grave, un peu étouffé ; comme si le souffle lui manquait parfois, le son s’estompant subrepticement pour se répandre autour d’eux afin de les couvrir, formant ainsi leur nouveau cache-misère. Galvanisé par ce rugissement, la bête s’était alors tournée vers la belle, agité d’un rire incontrôlable qui manqua de lui faire perdre l’équilibre. « Ton tour. » Il la mit au défi, sachant d’avance qu’elle allait l’emporter. Il faudrait être fou pour ne pas le reconnaitre, pour le nier.

Non, ce qui serait fou, ce serait de l’embrasser.
Juste là.
Avec les étoiles pour témoins et le monde en guise de promesse.

Et quand le silence revint pour les envelopper à nouveau, l’animal gouta ses lèvres, leurs deux corps engourdis par la liqueur et la brise nocturne se frôlant au passage.

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Sujet: Re: To feel aliveLun 7 Sep - 7:53

Un instant, elle avait eu sa vie entre ses mains. L'espace d'une seconde, le temps d'y penser, elle aurait pu le condamner. Elle aurait pu l'abandonner à son sort, le laisser dégringoler de leur tour d'ivoire et s'écraser sur le sol. Peut-être qu'il aurait réussi à se rattraper, peut-être qu'il n'avait pas eu besoin d'elle, mais cette main tendue était symbolique autant qu'elle était réelle. Si elle ne l'attrapait pas, qui sait ce qui arriverait? Il finirait par la détester, par la haïr de l'avoir laissé tomber, de l'avoir précipité vers la mort, et elle ne pouvait pas vivre avec ça. Au moment où la main de Peter agrippa la sienne, au moment où elle l'aidait à se hisser vers le haut comme il l'avait aidée, elle s'imagina lâcher. Elle voyait les longues mains du blond battre l'air désespérément pour se raccrocher à quelque chose, à n'importe quoi, ne serait-ce qu'à une idée, et puis tout son être disparaissait, avalé par l'obscurité, englouti par le néant dans un bruit sourd. Elle voyait la confiance qu'elle pensait avoir, qu'elle pensait avoir gagnée, se briser dans ses yeux, comme un miroir éclatant en milliards de morceaux qui lui écorchaient le visage. Son reflet se fêlant, se cassant avec lui. Tout ça pour une main tendue, qu'elle n'avait pas été capable de saisir, ou de reconnaître. S'en saisissant, la pire chose qui pourrait arriver serait qu'un déséquilibre les entraîne vers le bas tous les deux. Au moins, il n'aurait pas à souffrir sa trahison, elle serait à ses côtés à chaque étape de la route, jusqu'à la destination finale. Jusqu'à la délivrance.

Mais déjà, le hurlement de Peter la tira de ses pensées cauchemardesques, lui glaçant le sang tant et si bien qu'elle voulut regarder en bas, vérifier que ce n'étaient que des pensées sordides. Mais il était là, à ses côtés. Elle aurait voulu le toucher pour s'assurer qu'il était bien là, elle aurait voulu le garder tout contre elle pour le protéger. Mais de quoi elle, l'éternelle égarée, pouvait-elle bien le protéger ? D'eux-même, de lui-même. Le protéger de cette vie acide qui leur tombait dessus comme une pluie battante, brûlant les vêtements et les chairs, jusqu'à l'os. Jusqu'à ce qu'ils ne soient que des ombres, incapable d'exister par eux-même, incapable de se lever et de marcher. Chuter d'une grue dans un moment d'euphorie semblait être un moindre mal. Se devaient-ils d'attendre qu'il ne reste rien d'eux? Willow ferma les yeux, se laissant happer par le son, par le cri qui reflétait tout ce qu'il était, ce qu'ils étaient. A bout de souffle. Essoufflés de courir après la vie, essoufflés de s'épuiser à la tâche ingrate qui leur avait été confiée sans aucune explication : Vivre. Parce qu'ils n'avaient rien demandé, dans le fond. Des femmes se permettaient de les lancer dans l'eau bouillante. Elles se promettaient, elles leur promettaient de les préparer à tout ça, elles leur disaient qu'elles seraient là, qu'ils iraient bien. Qu'ils ne seraient pas seuls. Puis elles s'éteignaient, l'unique flamme qui éclairait leur vie, qui lui donnait sens, s'éteignait, et ils étaient livrés au tiers de personne qu'ils avaient eu le temps de devenir. Si la petite fille qui avait refusé de parler pendant des mois avait pu se regarder à présent, elle se dirait sans doute que ça n'était pas si mal. Qu'elle avait fait ce qu'elle avait pu avec les maigres cartes qu'on lui avait données. Quoi que non, elle se dirait certainement qu'elle avait mérité tout ce qui lui était tombé dessus.

La nature reprit ses droits, reprit le silence, reprit possession de l'instant. Le silence les habita de nouveau. La ville était silencieuse, tout comme l'était la mort. Ils se tenaient au-dessus du précipice. C'était à elle à présent. Mais déjà Peter l'embrassait, et elle n'avait plus les pieds sur une structure de métal. Elle venait de s'envoler très haut, très vite, vers le firmament. Elle n'était plus que son goût, son odeur. Elle n'était plus que lui à cet instant. Elle était ce mélange d'alcool et de tout ce qui était Peter. A cet instant, sous le ciel étoilé, au milieu des carnages et du sang, elle lui appartenait entièrement. Toute sa volonté venait de plier, venait de tomber à genoux sous ses lèvres, et elle resta plantée là, ses yeux cherchant à le sonder, voulant lui demander ce que cela signifiait, si cela signifiait seulement quelque chose. Elle avait cru voir quelque chose de sauvage et de nouveau dans son regard. Elle aurait juste voulu... Non, elle ne voulait rien. Il pouvait faire ce qu'il voulait. Déjà elle s'effaçait. Ses contours s'estompaient pour laisser ses couleurs se mélanger à celles du journaliste. Ses mains finirent par se poser sur les hanches de Peter, pour garder l'équilibre, pour se stabiliser. A l'intérieur, tout était dévasté. Ça n'était pas du bonheur, parce qu'elle n'aurait pas osé. C'était la confusion la plus absolue, c'était les yeux rendus presque noirs par l'émotion et le désir, c'était la fraîcheur de la nuit tranchant avec le bouillonnement à l'intérieur, c'était son cœur qui manquait des battements à force d'aller trop vite, c'était l'air qui devenait rare, qui se dérobait sous ses lèvres, c'était la vie qui s'échangeait de l'un à l'autre, qui se partageait, même si elle avait l'impression que la sienne était en train de la quitter.

Puis l'air s'engouffra de nouveau dans ses poumons. La lame d'air glaçante transperça ses lèvres à présent nues. Démunies. Elle leva les yeux vers Peter, suffoquée. Elle aurait voulu dire quelque chose, plaisanter, commenter, disserter. Qu'importait, elle aurait même bien voulu bégayer. Mais il n'y avait que le silence, et les mots se bloquaient dans sa gorge, coincés entre ses cordes vocales, frappés par la foudre, frappés par la peur, l'angoisse meurtrière qui venait lui susurrer que rien n'était réel, que rien n'était vrai. Qui venait lui dire que ça ne durerait pas. Qui venait lui répéter, lui marteler que l'alcool faisait son œuvre, qu'elle n'était qu'un trait de plus dans son calendrier des conquêtes, des réussites. Ou pire, celui des défaites. Elle était là, pétrifiée, assaillie, vulnérable. Il y avait des larmes sur ses joues, tandis qu'elle regardait Peter sans plus le voir. S'était-elle déjà sentie si désemparée? C'était le risque, à trop vouloir caresser les étoiles, elle s'était écroulée encore plus vite, sans raison apparente. Le château de carte venait de s'écrouler face à un maigre alizé. C'était la hauteur, c'était l'instant, c'était la lueur dans les yeux de Peter. Fébrile, elle se tourna face au vide et se mit à hurler de toutes ses forces. Pour une fois qu'elle manquait de mots, elle n'avait qu'à former un cri, un son qui allait à nouveau résonner dans toute la ville, qui allait peut-être alerter les citoyens, les forces de l'ordre. Peut-être qu'ils croyaient déjà à une nouvelle attaque du Poète. Peut-être que certains avaient appelé, inquiets, alertés par les hurlements. Peut-être que des officiers cherchaient déjà une victime. Que le monde s'écroule, si ça lui chantait. Sa voix finit par mourir dans sa gorge, les ongles plantés dans les paumes. La nuit mit plus de temps encore à les envelopper de nouveau, comme si elle n'osait pas, comme si Willow venait de briser une promesse. Une promesse tacite et ancestrale qui voulait que personne ne tente d'exprimer toute la misère du monde, jamais. Un vœu qu'elle venait de balayer d'un vagissement presque guttural tant il était douloureux.

L'instant d'après, elle était lancée dans une course contre la montre vers le sol, les mains glissant en s'accrochant aux barreaux, les appuis instables et mal choisis. Elle fut en bas bien plus vite qu'elle n'était arrivée en haut, et elle ne résista à l'envie de s'enfuir en courant que parce que ses jambes lâchèrent prise à leur tour, la forçant à s'asseoir au pied de leur château d'or et d'argile. Elle ne savait plus exactement ce qui lui avait pris, le sol ôtant à la grandiloquence de la chose. Le sol la ramenant chez le commun des mortels, où elle retrouvait sa place de je-ne-sais-quoi aux côtés de Peter, et soudainement, ça lui allait très bien. Saisissant la bouteille sur laquelle elle avait failli atterrir, elle but à grandes gorgées avant de se relever et de se tourner vers le journaliste, qui, supposait-elle, était encore en l'air, était encore au-dessus, comme il l'était toujours. Elle avait le sentiment que quelque chose, ce soir, avait changé, mais elle ne savait pas quoi, ni vers quoi. «Alors, tu traînes, comme toujours!» C'était dit dans un sourire un peu étrange, comme s'il ne savait pas très bien ce qu'il venait faire au milieu de son visage. L'alcool tapa des poings, pas tout à fait prêt à se faire oublier de la sorte, et elle brandit la bouteille au bout d'un bras victorieux. «C'est une victoire écrasante de Willow!» Écrasant, c'était le mot. Tout ce qu'elle avait jamais été avait été écrasé quelques instants, aplati sous l'espoir, la peur et surtout lui. Mais cette fois, son sourire était franc alors qu'elle lui tendait son bien dans un geste vaguement pompeux, comme si elle lui offrait une sublime sculpture à son effigie ou une place parmi les étoiles. Peut-être qu'ils trouveraient mieux encore au fond de cette bouteille. Peut-être qu'ils trouveraient des réponses.
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Sujet: Re: To feel aliveLun 7 Sep - 16:02

L'espace d'un instant, Peter se dit que ce n'était pas plus mal si sa mère était partie. Si John avait été assassiné. Au moins Willow avait eu le temps de côtoyer la perfection, d'essayer de la saisir pour voir finalement ses doigts agripper du vent, une épaisse fumée qui traçait déjà son chemin vers le ciel. Quelqu'un d'humain qui n'avait rien de Peter, de ses manies, de ses répliques ridicules et parfaitement banales, à la limite de l'ennui. Quelqu'un qui n'était pas surfait, qui ne mentait pas sur son identité, qui chérissait Willow de tout son être. Quelqu'un qui n'était pas dangereux, qui n'était pas létal, le poison à l'état pur, l'alcool dans ses veines, le sol qui la rappelait déjà. Peter la suivit, tremblant, presque chancelant, déstabilisé par son cœur qui cognait trop fort d'un côté de sa poitrine, manquant de lui faire perdre l'équilibre. Ses paumes semblaient moites ; à moins qu'elles ne soient glacées ? Son palpitant lui paraissait bien trop lourd ; à moins que ce ne soit ses épaules qui s'affaissaient déjà sous le poids du lendemain qui les attendait ? Redescendre sur terre c'était admettre que le soleil allait se lever, que les étoiles allaient s'évanouir, qu'elles emporteraient cette nuit avec elles, gardant les confidences de Peter et le baiser qu'il venait de voler à la brune. Elle avait bien fait d'être heureuse un jour, parce qu'il ne pourrait pas commettre un tel crime. Les sourires qu'il ferait naître sur ses traits ne seraient là que par habitude, peut-être même par défi. Après tout c'était logique et Peter ne lui en voulait pas, il avait simplement le sentiment d'être... Vide. Comme le gouffre auquel ils venaient tous deux d'échapper, les larmes aux coins des yeux et le cœur au bord des lèvres. Ses pouces s'étaient égarés sur les joues de Willow afin d’essuyer sa peine, presque comme pour lui demander pardon d'être aussi fou, d'être aussi inutile et ridicule ; d'être encore ce gamin désespéré que la vie avait réussi à condamner bien avant l'heure. Pardon de ne pas avoir été là plus tôt, à l'époque où cela aurait pu changer le cours des choses, avoir une importance. Il aurait pu l'aimer, c'était certain. Il le pouvait encore, peut-être même qu'il était déjà trop tard, allez savoir précisément. L'homme savait simplement qu'elle était tout, et qu'il n'avait rien entre les mains, rien de particulièrement beau ou agréable à offrir au creux de ses paumes dont la pâleur commençait à lui donner la nausée. Il aurait dû l'avoir sur ses mains, tout ce sang déversé. Au nom de quoi ? Une gloire éphémère et pathétique, une notoriété qui lui retournait les tripes, qui le dégouttait affreusement en le ramenant vers la terre, dangereuse terre et ses sols durs et boueux au sein desquels on enfouissait les corps. Peter aurait dû avoir la mort des autres sur la conscience, il le savait pertinemment et pourtant. Pourtant il continuait, ne se nourrissant plus que de cela, ne respirant que la masse putréfiée des cadavres qui s'amoncelaient à ses pieds. Il aurait dû s'excuser, oui, vraiment ; platement. Lui dire qu'il arrêterait, qu'il ne ferait plus rien de tout ça et que leur vie serait faite d'instants comme celui-ci. Volés. Insaisissables.

Il l'observa, assise par terre, l'alcool le forçant lui-même à regarder l'état de ses mains au moment où il parvint à se tenir debout sur le plancher des vivants ; ou plutôt celui des morts qui pourrissaient sous une épaisse couche de bitume. Elles étaient rouges, comme chauffées à vif après l'effort qu'il avait fait pour se maintenir en vie. Elles étaient surtout vides. Aussi vides que lui, que tout ce qu'il était. Un soupir douloureux lui brûla la gorge avant de lui glacer les lèvres. Il avait envie de les tendre, de les montrer à Willow qui se noyait encore un peu dans la passion, dans leur prison liquide, leur monde de larmes et de promesses éclatées jamais tenues quand l'aube revenait les saisir. Elle retardait l'heure où ils seraient de nouveau sobres, tandis qu'il faisait un premier pas, les bras tendus vers l'avant, les mains jointes et les paumes ouvertes vers le ciel, vers les étoiles qui ne lui tomberaient jamais entre les doigts ; ce milliers de braises incandescentes, cet éternel tas de cendres divines qui ne seraient jamais pour lui. Peut-être parviendraient-elles à se refléter sur la peau trop blanche du blond ? Peut-être arriverait-il à les offrir à la jeune femme ? Le pas incertain, il fit un mouvement supplémentaire jusqu'à ce que leurs regards se croisent à nouveau et qu'il se trouve profondément stupide, l'alcool liquide coulant dans ses propres veines au point de l'inciter à se rendre pathétique et misérable. Un peu plus et il se serait laissé tomber à genoux devant elle, tête baissée, prononçant ses excuses à demi-mot en espérant qu'elle parviendrait à lui pardonner d'être ainsi fait. L'immonde vautour. Répugnante bête. Infâme créature.

Il se redressa de lui-même pour se redonner un semblant de contenance, plaçant instinctivement ses mains sur ses hanches, là où celles de Willow s'étaient égarées il y avait encore un instant. Cette montagne de secondes qui les séparait de la réalité. Le blond aurait voulu les saisir par poignées entières pour ne plus les lâcher, pour ne plus qu'elles s'écoulent encore un seul jour sans eux. Mais Peter voulait trop de choses et certainement pas toujours les bonnes, la vie le lui avait bien fait comprendre. Il fronçât les sourcils théâtralement, jouant l'énervé quand son sourire dévoilait la supercherie parfaitement calculée. « Et qui a dit que ça ne me plaisait pas, à moi, d'être à la traine, hmm ? » Il combla le peu d'espace qui existait entre elle et lui, ses traits s'apaisant et se décrispant à mesure qu'il se rapprochait. « J'ai le droit à ma part du butin quand même j’espère ? », dit-il en pointant la bouteille du doigt, ne perdant pas une seconde quand Willow finit par la lui tendre, l'alcool dévorant ses papilles, anesthésiant chaque cellule qui s'offrait au breuvage malgré elle. D'un revers de la main, Peter essuya ses lèvres alors qu'il rendait la boisson à sa complice, lui qui se tenait encore debout. Il savait pertinemment qu'il ne se relèverait plus, qu'il ne quitterait plus le sol si toutefois il se risquait à s'asseoir. Après tout, le bitume avait fait ses preuves, gardant bien des corps pour lui, nourrissant ainsi les entrailles de la terre. Peut-être que c'était ça, le plus horrible au final ? Qu'ils seraient tous servis en pâture à l'orange bleue qu'ils avaient eu l'audace de détruire en la foulant. Ils seraient tous engloutis par leur propre planète et non l'inverse. Peter eut du mal à se retenir de ricaner. Juste comme ça, pour rien. Parce que la vie, la mort, et ce truc insupportable qu'on leur refilait entre les deux que certains se risquaient à qualifier d'existence. « On n'avait pas dit que le perdant devrait porter le gagnant sur son dos dans toute la ville ? Il me semble que c'était ça, le deal. » Dans une position presque trop ingrate pour être décrite, Peter s'était baissé pour que Willow puisse grimper sur son dos sans trop de peine. Au final ce n'était pas vraiment une question, juste la sensation, l'intime conviction que c'était la prochaine meilleure chose à faire ; parader avec la brune se tenant à ses épaules ou enroulant un de ses bras autour de son cou. Elle aurait même de quoi embarquer leur bouteille pour déshydrater son fidèle destrier dès qu’il aurait besoin d’un petit coup de ravitaillement pour continuer sa course. Tenant fermement ses cuisses au niveau de ses hanches, Peter eut toute la peine du monde à se relever, manquant de manger le goudron à chaque fois qu'il essayait de retrouver sa stature naturelle. Il avait évidemment finit par y parvenir, après bien des efforts, et s'assurant que Willow était à l'aise, il tourna légèrement la tête sur le côté, son sourire n'ayant toujours pas quitté sa place habituelle. « Prête ? »

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Sujet: Re: To feel aliveMar 8 Sep - 0:04

«Prête!» Elle avait sauté sur son dos comme on saute dans un train. Elle prenait le premier voyage  direction la lune en compagnie de son alter ego. C'était exquis. Elle aurait pu mourir, maintenant. Elle n'avait pas besoin de vivre une autre heure, une autre journée. L'instant T lui suffisait. Accrochée au cou de Peter, sa tête dans le creux de l'épaule du journaliste. C'était inconfortable, c'était ridicule, et ça n'en rendait l'ensemble que plus merveilleux. S'il y avait un moment qu'elle voulait garder, c'était celui-là. Un seul à emporter dans la tombe, c'était être là, avec lui. Ivres de douleur, l'alcool cachant les larmes, les âmes écorchées et embrasées, prêtes à tout pour un peu d'enfance, de joie, d'oubli. Un peu de liberté dans leur monde de mensonges et de faux-semblants. A enfermer dans une boule de cristal, une boule à neige sur le coin de la cheminée. Une boule à sang, qui tournait au rouge lorsqu'on la secouait. Et elle sur son dos, comme s'il n'y avait qu'une seule entité. Ils n'étaient qu'un, et ils pouvaient tout faire. Il n'y avait qu'un seul cœur qui alimentait la machine, et elle était en marche. Ils pourraient raser cette ville maudite. Trouver un échappatoire. Ils pourraient s'enfuir. Plus loin qu'au fin fond de leurs propres esprits. Plus loin que dix bouteilles vides et le haut d'une grue. «En avant, toute!» Elle tenait la dernière survivante de leur massacre entre ses doigts, devant Peter, et pointa une direction au hasard en éclatant de rire. Les deux accablés, les deux mort-vivants reprenaient pieds. Ils avaient comme une seconde chance, l'espace d'une nuit, d'arpenter les rues, fiers et heureux, comme les enfants qu'ils auraient dû être. Ils pouvaient redevenir innocents et fragiles, aventureux et insouciants. Sauf qu'ils ne savaient pas, ils n'avaient jamais su. Et s'ils avaient su, la vie avait pris grand soin de le leur faire oublier, à coups de responsabilités et de tragédies.

C'était indécent de rire autant. C'était presque obscène, et Willow aurait vraiment voulu se blâmer, se reprocher ce terrible manque de respect. Le son presque cristallin de son rire tranchait dans le vif, tranchait dans l'atmosphère sanguinolente qui pesait sur la ville depuis la mort de l'enfant. Rose. L'air s'était comme raréfié, comme si elle avait emporté tout le souffle de Fairhope en rendant son dernier. Comme si toutes les victimes se retournaient dans leurs tombes, dans leurs trous moisis, vexées que l'on puisse se rire d'elles aussi ouvertement. La jeune femme s'en moquait éperdument. Elle vacillait dans les airs, accrochée à ses espoirs, à des espoirs, au désespoir. Que les citoyens la châtient, qu'ils la bannissent, qu'ils la lapident ou la brûlent au bûcher. Elle riait de plus belle au milieu des flammes, parce que c'était sa seule arme, c'était la seule chose qui lui permettait encore de tenir. Lorsqu'elle devenait trop lourde, lorsque Peter la traînait derrière lui depuis trop longtemps, il faisait naître un rire au creux de son ventre, un sourire au creux de ses joues, et elle se relevait de ses cendres. Tant pis si la mélodie faisait fermer les volets, froncer les sourcils ou fondre en larmes les éplorés. La douleur qui se répandait dans son ventre n'avait rien à voir avec l'aube qui approchait, c'était de trop rire. La nuit leur appartenait, ils s'appartenaient, mais une fois le soleil révélant ses rayons froids et aveuglants, elle n'était plus personne. Peter redevenait son masque. Celui qu'il avait tant de mal à défaire, celui dont il s'était fait une seconde peau. Et si, un jour, son Peter, celui qu'apparemment personne n'arrivait à voir, et s'il disparaissait? «Eh, y'a pas le lycée par-là? Emmène-moi au lycée Pete, s'il te plaît.» Elle ne voulait pas fermer les yeux, elle avait trop peur que le jour se lève. Que la lumière leur arrache ce rêve. Bien vite, la bouteille fut à ses lèvres, son corps se penchant pour mieux savourer la liqueur, manquant de les faire tomber tous les deux. «T'en veux?» D'un geste maladroit pour lui en offrir, elle en renversa dans le cou du journaliste, et s'appliqua aussitôt à lécher pour ne pas gâcher. Puis ses lèvres se perdirent dans son cou, à la base de son crâne, au bout de ses oreilles, sur la peau rendue diaphane par la lumière de la lune. Elle aurait voulu lui dire qu'elle ne pouvait pas vivre sans lui. Que leur course poursuite suicidaire maintenait sa carcasse entière, l'empêchait de se fracasser en mille morceaux à la moindre vague. Qu'il lui permettait de résister à la houle, aux morts, au temps, aux autres, aux mots, aux mots, à la tempête qui venait leur enlever quelqu'un au cœur de l'obscurité de temps à autre, sans raison, sans prévenir. Qu'il lui permettait de résister à elle-même, à ses propres pensées. Qu'il était sa bouée de sauvetage, et qu'elle savait qu'ils finiraient par regagner la terre ferme un jour ou l'autre, même s'ils erraient depuis des années. Elle aurait voulu lui demander de ne plus jamais la laisser. Elle aurait pu avouer qu'elle se sentait froide et amorphe sans ses sourires et sa présence. Elle aurait voulu avouer cette vérité qui ne saurait être dite que dans les méandres de la nuit, quand les esprits enivrés ne sauraient l'apprécier. Mais elle ne le ferait pas. Jamais. Elle reprit une gorgée.

«Ohh là poney, stop! Je vais t'appeler... Crapule!» Ce sourire semblait s'être accroché à ses traits, et elle ne parvenait pas à s'en défaire. Il résonnait dans sa voix et se faisait écho dans son ventre. «On pourrait rentrer. A l'intérieur, je veux dire.» Certainement pas à la maison, certainement pas maintenant. Il leur restait bien quelques heures, non? «Hey, c'est là dans cette cour que j'ai renc... Non, attends.» Elle n'irait pas là. Elle n'irait pas assombrir l'horizon de fantômes et de regrets. Elle était là, vivante, avec Peter, vivant. Peut-être qu'ils ne vivaient pas vraiment, qu'ils vivotaient de meurtre en meurtre, s'accrochant aux branches mortes pour tenter de garder la tête hors de l'eau. Ils sous-vivaient, mais ils étaient là, eux. Et la nuit ne pouvait pas déjà mourir. Pas après tout ça. D'ailleurs, peut-être que le soleil ne parviendrait pas à se hisser jusqu'au ciel aujourd'hui, peut-être que leur misère l'aurait atterré, enterré. Peut-être que la nuit durerait toujours, et qu'ils pourraient rester ivres et libres à jamais. «Ou alors...» Elle considéra les possibilités quelques instants, la joue posée contre les cheveux du journaliste. Un sourire machiavélique remplaça l'autre quelques instants, mais pas assez pour être convaincant. «Je te donne des défiiiiis!» Puis elle scruta les environs des yeux, ravie d'avoir trouvé de quoi poursuivre leurs cavalcades. «Tu sautes à pieds-joints jusqu'à l'enseignement, là-bas! L'enseignant, l'ens.. le truc de clopes.» Elle ricana et s'accrocha plus fermement au journaliste. «Et Peter...» Elle fronça les sourcils, prenant le même air faussement sévère qu'il avait tenté tout à l'heure. «Si tu me fais tomber, je te casse la figure.» Sauf s'il les jetait dans le vide, sauf s'il les précipitait dans la tombe. Sauf qu'il l'avait déjà fait tomber à ses pieds. Peter roulait à toute allure vers la destruction, alors elle avait pris la place du mort dans un éclat de rire, et elle attendait son dû.
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Sujet: Re: To feel aliveDim 27 Sep - 23:07

C’était marrant, n’est-ce pas ? Drôle au point de s’en fendre les côtes, de s’en faire exploser les flancs, de s’en pulvériser les tripes pour voir le sang se répandre autour d’eux comme une étendue infinie, un lac, une mer pourpre. Une mère. Qui les aurait vu naître, qui les regarderait périr. Eux, la vagabonde et sa crapule, la princesse et le fidèle destrier. Pourtant leur histoire n’avait rien de celles qu’on pouvait découvrir dans les livres ou les contes pour enfants. Ils étaient autre chose, impossibles à atteindre mais néanmoins bel et bien là, plantés comme de la mauvaise herbe sur le plancher des vaches, poussant vers le haut mais jamais assez grands pour atteindre ce qui aurait vraiment pu les apaiser. Ils riaient aux éclats, oui ; aux éclats de leurs os qui leur aiguisaient les coudes et les genoux, de leurs côtes qui leur cisaillaient la poitrine, de leurs mâchoires endolories qui continuaient pourtant de s’étirer à l’infini, vers les cieux, laissant échapper des sons qui leur tiraillaient les entrailles. Aux éclats de leurs vies qui s’éparpillaient autour d’eux, qui raisonnaient dans l’air du soir tel un écho, celui de leurs exclamations teintées de notes faussement joyeuses parfois. À moins qu’ils ne soient véritablement heureux, terriblement et affreusement heureux à cet instant précis, que le bonheur était réel, palpable ; que ce dernier brûlait et entaillait leur chair, qu’il les réduisait en cendre pour mieux les voir renaître. En une gigantesque flaque de sang, une mare, dans laquelle ils pouvaient contempler leur reflet et leur joie de vivre contagieuse. Peut-être que c’était pour tout cela et bien plus encore qu’ils riaient. Qu’ils riaient aux éclats.

Crapule ne lâchait pas sa prise malgré tout l’alcool qui se répandait dans ses veines, qui courait dans son sang, s’échappant même de ses pores. Il ne rechignait pas non plus une énième gorgée, encore moins quand Willow tenait la bouteille contre les lèvres du journaliste et qu’elle laissait le liquide s'échapper dans son cou pour ensuite venir le goûter à son tour directement sur la peau du grand blond. Ce n’était plus le breuvage qui l’enivrait à présent, mais bien les baisers de la jeune femme qui lui permettaient de constater que le monde continuait de tourner de travers mais qu’il restait debout malgré tout. Elle lui parlait, juste là, dans son dos, contre lui. S’il se concentrait suffisamment, il pouvait sentir sa voix vibrer contre ses omoplates, son coeur frapper non loin du sien, le faisant frissonner. Peut-être était-ce le vent qui lui parlait, après tout comment en être certain ? Comment être sûr qu’il n'inventait pas tout cela et qu’elle était bien faite de chair et d’os, tout comme lui ? Impossible. Il était condamné à ne se fier qu’au poids et à la force que Willow exerçait sur ses épaules, et cela paraissait parfois bien trop léger. Il aurait pu la porter jusqu’au bout du monde sans craindre de poser un genou à terre, sans avoir peur de s’écrouler. Non, vraiment. Parce qu’au moins, avec elle sur son dos, il avait une raison de rester debout, de continuer, de mettre un pied devant l’autre. Peu importait s’il trébuchait, si ses pieds s’emmêlaient les pinceaux, ou s’il titubait jusqu’à la prochaine étape de leur tour improvisé de la ville ; il reprenait rapidement sa route, galopant pour rattraper le retard qu’il avait pu accumuler, oubliant bien vite l’incident pour continuer son chemin comme si de rien était. Parce qu’au moins, il avait une raison d’être, d’exister ; il ne se contentait plus d’être un vulgaire amas de cellules condamné à pomper de l’oxygène jusqu’à ce que sa peau soit suffisamment flétrie pour qu’il se fane, qu’il disparaisse enfin. L’espace d’un instant, rien qu’un instant, juste un court instant, il était utile et nécessaire. Il était.

Devant les grilles du lycée, il était resté immobile, observant la cour vide, rendant au monde l’un des nombreux souffles qu’il lui avait emprunté. Il contempla le bitume qui lui avait écorché les genoux plus d’une fois, avant de laisser son regard se perdre dans les branches des arbres plantés ça et là, derrière cette cage en fer qui commençait à rouiller. Le soupir fut lent, profond, et il sentit Willow peser plus lourdement sur ses épaules tandis qu’elle s’égarait elle aussi dans le souvenir. Une fraction de seconde qui parvint à les fuir bien rapidement, leur échappant. Ils n’avaient pas besoin de ça de toute façon, de ce poids qui viendraient ralentir leur course, et Crapule reprit aussitôt sa route comme elle le lui avait ordonné. Le visage du blond se fendit ensuite d’un sourire lorsque la jeune femme désigna la prochaine escale de leur périple, l’informant au passage qu’il devrait s’y rendre à cloche-pied cette fois-ci. « Comme si j’allais te laisser tomber. » Le ton qu’il employait aurait pu s’apparenter à de la fierté ; parce qu’on aurait pu croire que Willow remettait sa force en question, mais dans le fond, il n’en n’était rien. Il se contentait d’énoncer une vérité qui ne sonnait pas faux sur le bout de sa langue, qui avait un sens en frôlant ses lèvres. Il n’était pas fou au point de la lâcher, non, et il s’exécuta d’ailleurs sans même prévenir la jeune femme, sentant les bras de celle-ci se resserrer autour de sa gorge sous l’effet de la surprise. Sa posture précaire, ses sauts intempestifs et l’emprise de la brune sur son cou le contraignaient à s’exprimer avec difficulté. « Tu sais… » Leurs deux corps semblaient presque s’écraser sur le goudron à chaque fois que le pied engourdis de Peter regagnait le sol. « Il y avait… Un type… Au lycée. » Il marqua une pause, basculant légèrement vers l’avant pour que cet ersatz d’acrobatie soit plus confortable. « …Qui s’appelait Peter… Ce mec… Était… Genre… » Cette fois-ci, Crapule manquait visiblement de mots. « Parfait. » Il reprit son souffle, fixant le bout de son pied qu’il gardait par terre tandis que l’autre flottait quelque part derrière lui. « Je rêvais d’être comme ce mec, tu vois. Vraiment. » Il haussa les épaules avant de reprendre son élan et de repartir à cloche-pied. « Il doit avoir… Une femme et des enfants maintenant… Si ça se trouve… » Et lui il était là, comme un crétin, à avoir pris le prénom de ce même type afin de s’en faire un pseudonyme, juste pour se donner l’impression d’avoir enfin connu le semblant de gloire qu’il avait un jour tant convoité. Mais Willow ne saurait sans doute jamais. Qu’il n’était pas né sous cette identité-là, qu'il n'était pas devenu le Peter qu’il aurait souhaité être. Il était cette crapule qui avait pris le nom de jeune fille de sa mère pour tenter de la rendre immortelle. Rien de plus qu'un pauvre gosse encore traumatisé, riche de tout ce qu'il avait perdu, vide de tout ce qu'il avait acquis. « Et maintenant je vais où, hein?! Tu es gentille, mais tu pourrais au moins me tenir au courant de notre itinéraire, mademoiselle ! Et j’ai besoin de carburant, par la même occasion. » Pas le liquide, non. Pas d’alcool. Juste les baisers qu’elle avait laissé dans son cou. Juste ça pour repartir. Pour s’enivrer. Pour oublier.

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Sujet: Re: To feel aliveLun 28 Sep - 18:10

Il est des légendes qui se racontent à mi-voix. De celles qui sont interdites, qu'on susurre en espérant que personne ne l'entende. Il est de ces légendes qui se transmettent depuis des siècles, des millénaires, et puis de celles qui viennent de naître, dans l'ivresse et la douleur, dans les hurlements et le sang, dans le rire fou qui se balance au coin des lèvres comme un pendu au bout de sa corde. De ces légendes-là, il y a celle qui conte qu'un soir, alors que la nuit pesait comme une chape de plomb sur les épaules du voyageur, que les mères interdisaient à leurs enfants d'ouvrir les portes et que les cadavres s'amoncelaient sur la route, deux silhouettes dansaient au cœur de la tempête. Directement dans l’œil du cyclone. Deux silhouettes indistinctes qui se découpaient dans la nuit, et qui valsaient au milieu des corps dépecés et des structures de métal. Personne ne pouvait dire vraiment si c'était une danse morbide, funeste, à la lumière de ceux qui avaient fermé les yeux pour toujours; ou si c'était l'extase, la joie personnifiée qui tentait de refaire son nid, de se trancher un chemin jusque dans le cœur de l'opprimé. De se forger une place, à la cisaille et à la hache. Directement au cœur du gouffre, chez ceux qui n'avaient jamais eu d'espoir, chez ceux qui étaient déjà morts une fois, ou peut-être même deux. Les mouvements vacillaient, comme la flamme mourante d'une bougie au gré du vent, les protagonistes frôlant le sol quelques instants avant de s'élever de plus belle, titubant d'un bonheur factice, ou parce que leur fardeau leur faisait courber l'échine. Quoi qu'il en soit, c'était une façade qui s'effritait bien vite, ne laissant que le vide et l'angoisse entre les dents serrées. Les murmures rapportent que les borborygmes incohérents qu'ils laissaient s'échapper avaient glacé le sang du village tout entier, faisant taire jusqu'au moindre chat errant qui avait eu le malheur de croiser leur route.

Mais ils n'entreraient jamais dans la légende. Ils étaient de ceux-là, ceux laissés sur le côté, ceux qui portaient l'édifice sans savoir pourquoi, sans savoir vers où. Et s'ils avaient le malheur de faiblir, de céder sous le poids des morceaux de verre plantés sous les pieds nus, l'on se contentait de les remplacer, d'oublier leurs restes sur le bas-côté, jonchant la belle route pavée comme des tâches d'encre sur un brouillon. Les caméras n'éclairaient que le cortège, personne ne posait les yeux sur tous ceux qui tombaient au combat. Ils n'étaient que deux vers de terre, probablement, qui se repaissaient de cadavres et se complaisaient dans leur fange. Ils n'étaient que deux vers perdus au milieu d'un mauvais poème, au milieu d'un poème que tous se refusaient à lire. Personne ne voulait accéder à leur requête la plus chère, ne voulait les exaucer. Personne ne voulait les lire, les faire vivre et s'animer sur leurs pages noircies par les maux qu'ils se refusaient à avouer. On regardait la couverture, on l'admirait parfois, on pouvait même se surprendre à en caresser le cuir du bout des doigts, puis on le remettait sur son étagère poussiéreuse. On ne les voyait pas eux. On ne voyait que les corps qui s'activaient, que les mensonges qui prenaient feu au fond de la gorge. Pourtant ils étaient là, sous leurs masques de chair et de sang, les êtres qui habitaient les os, qui aspiraient à la réussite, à l’ascension. Les rêveurs invétérés qui s'esquintaient à trop vouloir mieux. Qui s'écorchaient les mains à tenter de s'accrocher aux ronces, qui s'abîmaient les yeux à trop observer le soleil. Les rêveurs qui n'avaient pas leur place, qui manquaient d'espace. Ils étaient trop grands dans un monde trop petit, ou peut-être qu'ils étaient simplement trop à l'étroit dans les costumes qu'ils s'étaient fabriqués. Les épaules se cognaient dans les murs, le crâne tentait de percer le plafond. Les barreaux. Les barreaux de la prison érigée autour d'eux, qui leur laissait miroiter les étoiles tout en leur interdisant l'accès.

Peter disait je suis là. Il disait je serais là. Allez savoir s'il voulait simplement dire que ses bras seraient assez forts pour la maintenir en l'air quelques minutes de plus, ou s'il voulait dire l'autre chose, celle qui venait de se répandre dans sa tête comme un poison dans les veines. Celle qui la terrifiait, qui la grisait bien plus qu'aucune bouteille d'alcool ne le pourrait jamais. L'espace d'un instant, le cœur qui battait à intervalles réguliers s'était emballé, affolé, comme frappé par la foudre. Galvanisé, terrifié. Paralysé. Qu'est-ce que ça voulait dire ? Est-ce que ça voulait seulement dire quelque chose? La cavalière n'avait même pas conscience de ces émotions fluctuantes qui se succédaient, elle était trop ivre pour saisir les vérités sous les bons mots. «J'espère bien que non.» Le ton était trop hésitant, trop apeuré pour maintenir l'apparence, l'illusion, mais bientôt ils s'élançaient à nouveau, ses bras s'accrochant à Peter comme ils le faisaient toujours. Comme ils l'avaient fait depuis qu'elle était tombée dans ce même trou putride d'où ils peinaient à s'extirper depuis. Trop engrossée dans ses propres réflexions, elle avait manqué l'intonation sérieuse dans la voix de Peter, aussi ricana-t-elle à ses vantardises. «Je connais un type qui s'appelle Peter.» C'était dit entre deux sauts, entre deux instants suspendus dans les airs, dans le temps. «Un journaliste, je crois. C'est un peu un connard.» Il y avait trop d'affection pour seulement faire semblant d'y croire. Son nez qui allait se perdre dans ses cheveux respirait, humait le contraire. «Par contre, j'ai un poney qui est parfait. Même qu'il a une super crinière.» Elle voulait l'embrasser. Le noyer sous les baisers pour qu'ils ne se relèvent jamais. Parce qu'il n'y avait rien de plus vrai, celui qui se cachait sous le masque était aussi parfait qu'elle aurait pu le rêver. Abîmé, éborgné, mal nourri, écrasé par les apparences et l'autre. Mais avec un sourire qui était certain d'en faire naître un sur ses propres lèvres. Ce sourire douloureux, qui hurlait à la mort parfois, quand il croyait que personne ne le voyait. Qui venait de si loin, sous les tourments et les souvenirs. Qui portait tout ça à bout de bras, mais qui parvenait à briller quand même. Briller bien plus que le rictus derrière lequel il se cachait tout le temps, bien plus que les projecteurs qui avaient la belle part dans toute cette mise en scène grotesque. «Tu veux çaaa?» Elle tendit la bouteille, se repositionnant plus confortablement dans le dos de Peter. «Moi je voudrais,» elle s'interrompit, lui tournant la tête du bout des doigts de sa main libre, pour venir voler un baiser au coin de ses lèvres, à défaut de pouvoir l'embrasser proprement. «Ca!» Puis elle lui offrit du breuvage. «Ou alors, tu veux ça peut-être?» Et sitôt dit, sitôt elle allait le parsemer de baisers. «Pourquoi tu veux aller quelque part? On n'est pas bien là?» Les mots entrecoupés de pauses, entrecoupés de contact, les lèvres rencontrant la peau, la goûtant. Elle résistait vaguement à l'envie de le marquer, de le faire sien, parce qu'elle savait, elle savait que ça n'était pas vraiment le cas. Que la nuit renfermait trop de promesses, trop de vœux pour qu'ils se réalisent, que le soleil les séparerait de nouveau. N'était-ce pas injuste, au fond? Puis tout à coup, nouveau coup de pied alcoolisé, elle se redressa brusquement. «Allez hue dada, tous au stade!! Et au galop!» Tagada, tagada. Elle déposa un dernier baiser dans ses cheveux, comme sa mère avait l'habitude de le faire avant de la lancer dans le monde, comme l'océan qui lançait ses vagues à l'assaut des falaises et des plages. Une chance qu'elle n'ait jamais été là pour se briser contre les rochers, pas vrai? «Et une fois là-bas, tu as le droit de choisir ton épreuve, petit étalon du vent!» Elle n'était qu'une flaque d'eau au creux d'un trottoir, et le soleil allait briller, briller, et encore briller, jusqu'à ce qu'elle disparaisse. Qu'il ne reste d'elle rien d'autre que lui.
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Sujet: Re: To feel aliveSam 10 Oct - 18:04

S’il l’avait vu dans un film, il n’y aurait pas cru. Il aurait rouspété, crachant quelques vérités à son écran de télévision avant de se lever pour aller se chercher une autre bière. Une énième. Avant la suivante puis la prochaine. S’il avait assisté à leur histoire de l’extérieur, il ne l’aurait pas aimée et l’aurait sûrement eu en horreur parce qu’il n’aurait pas songé un jour que cela puisse être possible, envisageable. Arrêter le temps et juste… Être. Exister. L’air qui gonflait ses poumons continuait de le brûler, la chair à vif, le coeur explosé contre ses côtes et le souffle acide, presque létal. Mais ils étaient là. À s’aimer ? Non. Peter ne vivait que sous ses baisers mais il ne pouvait pas y croire, pas si facilement, pas à chaque fois qu’elle revenait poser ses lèvres contre sa peau pour apaiser ses blessures. Elle au moins ne laissait de mots nulle part, elle lui arrachait les maux qu’il refusait d'avouer. Tout ça, c’était bon pour la nuit, quand personne ne les regardait, qu’ils erraient comme deux fantômes à l’abandon, perdus, sans foyer. Si ce n’était pour leurs bras, refuges improvisés où ils prenaient plaisir à s’égarer. Souvent. Le plus souvent possible. Oui mais pas suffisamment, pas assez. Le soleil allait revenir, menace fatale, épée de Damoclès au-dessus de leurs crânes fragiles qui s’ouvriraient sans doute contre le bitume qu’ils s’apprêtaient à rencontrer une fois que l’un serait parti et que l’autre n’aurait plus sa béquille. Une fois que la vie reprendrait son cours, ils auraient toujours le dos et les épaules courbés, le regard égaré, cherchant les yeux de l’autre au milieu de la foule. Ça n’allait pas durer, c’était évident. Ça ne pouvait pas être réel ; juste un songe, un doux rêve. Un cauchemar qui allait finir par le détruire à force de toujours vouloir s’y échouer. Peut-être que Willow n’existait pas au final, peut-être qu’il l’avait inventée. Elle appartenait à un monde qu’il ne pourrait jamais atteindre alors il l’avait créée de toute pièce afin qu’elle puisse le rassurer.

Ses lèvres contre les siennes l’avaient pourtant rappelé à l’ordre. Son souffle contre sa joue, près de sa nuque. Son sourire. Sa façon de lui tendre cette bouteille comme si le monde entier était en train de décanter à l’intérieur, et qu’ils n’en avaient plus rien à foutre de consommer l’humanité. Plus rien n’avait de sens, et tout était limpide à la fois, la liqueur aussi claire qu’une eau de roche, aussi ardente que la lame d’un couteau. Peter avait entrouvert la bouche, un son étouffé émanant simplement de ses lèvres restées sèches malgré le liquide qui revenait sans cesse lui inonder la gorge et lui calciner les entrailles. Évidemment qu’ils étaient bien ici, qu’il n’y avait pas besoin de faire un pas de plus. Faire pause. S’arrêter avant que le matin les agresse et les emporte. Est-ce qu’il pouvait se risquer à mettre les paumes fragiles de la brune au creux de ses mains abimées pour lui promettre qu’il reviendrait ? Il reviendrait dès le lendemain soir, avec les mêmes promesses éphémères et toujours ce goût sucré sur le bout de sa langue. Il reviendrait pour elle, quand il aurait fini d’être un autre, d’être ce connard que Fairhope abhorrait. Fallait-il qu’il se mette à genoux, juste à ses pieds, qu’il baisse la tête pour s’avouer vaincu, prisonnier d’un sentiment qu’il ne contrôlait pas, qui le dépassait complètement, esclave des regards de la jeune femme et de chacune de ses expirations. C’était insensé et ridicule, c’était pitoyable et particulièrement mièvre, à l’image des fictions qu’il ne supportait guère. Le blond avait soudainement envie de s’en coller une, se secouer dans tous les sens, remuant la tête afin d’oublier rapidement cet instant au cours duquel il préféra rester silencieux plutôt que de répondre qu’il ne voulait plus jamais faire un pas sans elle, même si elle décidait d’élire domicile sur son propre dos. Peut-être qu’en courant assez vite, peut-être qu’en fuyant la question il parviendrait à semer Abigail et ses délires romantico-absurdes. Peut-être qu’une gorgée supplémentaire parviendrait enfin à le noyer. Pour de bon cette fois-ci.

Peter s’était exécuté sans un mot, s’élançant au galop vers leur prochain arrêt, galvanisé par le baiser que Willow avait déposé dans ses cheveux. Il était grand, beau et fort, et le vent ne pouvait rien contre lui. Aucun élément ne pouvait plus l’atteindre, et même si l’étalon ressemblait davantage à un escargot, il avançait envers et contre tous, sa maison sur son dos, sa demeure agrippée à lui. Le stade. À croire que l’alcool ne lui réussissait réellement pas, le journaliste avait dû faire un détour, s’étant trompé de rue, manquant de rentrer dans des panneaux de signalisations ou autres obstacles qui avaient l’audace de se tenir en travers de son chemin. Il les évitait de justesse, se précipitant sur la route, s’élançant sur le pavé, ses pas claquant contre le bitume à un rythme presque régulier. Pas un regard aux alentours pour vérifier qu’aucun véhicule ne se jetait sur eux. À quoi bon ? S’ils finissaient déchirés sur l’asphalte, ça ne pouvait pas être pire que tout ce qu’ils avaient pu vivre. Si seulement ils en avaient un jour eu l’occasion. Peter aurait presque souhaité que cette voiture déboule de nulle part, qu’elle les fauche en pleine course, en plein vol, juste pour voir, pour savoir s’ils étaient capables de survivre à ça aussi. Il n’y avait pas de raison, ils étaient trop jeunes, ce serait trop tragique de les laisser crever la gueule ouverte dans une rue déserte, leurs regards rivés l’un sur l’autre, cherchant le phare, la lumière qui les guiderait jusqu’au bout de ce tunnel maculé de sang. Tout ce pourpre gaspillé qui continuait de marteler les tempes du blond à une cadence macabre, gâchette naturelle qu’on s’amusait à actionner jusqu’à ce que la balle parte et que son crâne explose. Une vulgaire pastèque qui aurait lâché sous la pression. Ouais, voilà. Peter était une pastèque, une putain de pastèque, un fruit trop mur et dégueulasse, gâté, avarié. Et cette histoire de sang et de moisi commençait à lui rester sur l’estomac tandis que ses mains tremblaient à cause de l’effort, à cause de la mort qui venait de les frôler, de courir juste à côté d’eux jusqu’à ce fichu stade.

Une fois arrivés à bon port, il déposa sagement Willow, s’écroulant sans précaution contre le gazon ou le béton ; tout se ressemblait sous ses paumes à vif. Le souffle court, saccadé, désespéré, il parvint à contenir la douleur, serrant les dents lorsque ses genoux rencontrèrent le sol, se laissant rouler sur le côté pour finalement faire face aux étoiles qui le narguaient encore de là où elles se trouvaient. Elle devait sûrement rire de sa mine déconfite de légume alcoolique. Elle devait certainement s’en fendre la poire, quelque part auprès de lui. S’il fermait les yeux, elle ne serait plus là. S’il se réveillait seul dans son lit, il ne pourrait plus se relever. La main tendue vers elle sans savoir si elle était encore debout où si elle l’avait rejoint pour s’étendre encore un peu plus près des morts, il haletait. « Je veux savoir, » Mille et une expirations. Un seul regard. « combien de temps exactement je peux rester sans respirer. » Il hocha la tête, approuvant ses propos. « C’est ma prochaine épreuve. » Récupérant la montre attachée à son poignet droit, il la tendit au songe qui revenait le hanter chaque soir. « Dis-moi combien de temps je tiens, je veux savoir si je suis invincible. » Une main sur sa poitrine, plus souriant encore que d’ordinaire et les yeux rivés vers les étoiles, il se dit qu’il n’avait sûrement jamais été aussi proche de sa mère qu’à cet instant, son coeur ralentissant dangereusement à chaque seconde supplémentaire. Une seule inspiration. Mille et un espoirs. « Alors, alors ?  »

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Sujet: Re: To feel aliveLun 12 Oct - 22:39

Il y avait quelque chose de monstrueux dans la nuit. Comme si elle, Willow, était un vampire, une créature de la nuit, glissant le long des murs comme une ombre dans le noir, comme un murmure sous le vacarme. Elle n'était qu'une idée qui se faufilait maladroitement jusqu'à l'air libre dont elle ne pouvait plus profiter. Un monstre qui fuyait le jour, pour oublier qu'elle brûlait, bien trop vite, bien trop fort pour survivre. Oublier qu'à chaque pas qu'elle faisait dehors sous un soleil de plomb, elle se réduisait en cendres et qu'à force, il ne resterait plus rien que de la poussière dans le vent, qu'un nom gravé dans la pierre, et trop peu de fleurs pour s'en souvenir. Elle se devait d'oublier que le royaume des vivants, des sourires et des joies lui était fermé, qu'elle en était bannie. Exilée, barrée au stylo rouge. Condamnée à la nuit et ses rayons froids, condamnée à la mort qu'elle s'appliquait à côtoyer avec une rigueur effrayante, accrochée à l'aile d'un avion en plein crash. Alors elle restait là, immobile, feutrée dans la lumière translucide d'une lune timide, le teint pâle, comme si elle tentait de s'effacer, petit à petit, morceau par morceau, sans laisser rien d'autre sur le papier que quelques lignes froissées et une tache de crayon. Parce qu'elle n'était qu'une goule suceuse de sang qui vivait d'animaux morts à défaut de pouvoir se jeter dans la foule. Parce que la foule avait déserté la nuit, la laissant affamée, aguichée par le sang qui coulait ailleurs, sans pouvoir y goûter, y tremper ses lèvres, y planter les crocs. Incapable de déchirer la chair tendre et d'enfin boire la vie à sa source. Tous ces litres de sang qui voyageaient à toute allure dans les veines et veinules de tous les autres. Pas elle. Plus elle. Sons et odeurs décuplés, amplifiés, s'écrasant dans sa tête comme un train lancé à pleine allure, mais le sang n'atteignait pas les joues, n'animait pas les regards, ne transpirait pas sous les sourires. Elle était exsangue, alors pourquoi est-ce qu'elle respirait encore?

Sauf qu'elle n'était pas seule dans son errance, et c'était presque pire. Parce qu'à la fin de la nuit, lorsqu'il fallait retourner dans la tombe, sous les masques et la lumière, son absence la consumait bien plus que les maigres rayons d'un soleil fatigué. Ils avaient beau rire, se gaver de vitalité en bouteille, s'arracher des sourires à la lame du couteau, ça n'y changeait rien, ça n'y changerait jamais rien. Ils pouvaient s'extasier tant qu'ils le voulaient, rire aux larmes au nez et à la barbe du monde entier, le jour finirait par les faire fuir, revendiquant son territoire, chassant les hérétiques, les renvoyant se terrer dans l'ombre. Et dans l'exil, dans les heures interminables du jour, dans l'errance agitée qui composait ses journées à la manière d'un mauvais musicien, grattant sur une guitare mal accordée quelques notes erratiques, elle était esseulée. Des heures à se demander si cette nuit il y aurait une place pour elle au creux de son lit, de sa nuit, s'il accepterait de l'emmener sur son petit bout d'étoile, juste pour quelques heures, s'il voudrait bien d'elle, la païenne, au sein de son ombre. S'ils pouvaient, ensemble, aller se lover dans les bras de l'ivresse, s'y croire aimés et choyés, et si, un jour, il accepterait de rester là, à ses côtés, pour souffrir et combattre la lumière à seule force de volonté. Peut-être qu'elle pourrait le demander, là, maintenant, alors qu'ils traversaient la ville comme deux parias, titubant et trébuchant, trop près du sol pour jamais atteindre la grandeur, et pourtant trop haut pour l'ignorer. En tendant le bras, elle avait l'impression de pouvoir effleurer cette illusion, du bout des doigts. Eux deux, qui se relevaient d'un énième revers, d'une énième nuit de débauche, vivants, clamant à qui de droit leur présence sur cette terre damnée. Alors, peut-être que, dans cet instant, alors que la mort tentait de leur sourire, elle pouvait demander d'arrêter la mascarade, tenter, peut-être, de tracer des lignes définies, précises, et non plus de vagues habitudes nocives qui lui faisaient perdre le sommeil. Même les nuits qu'elle passait à l'extérieur de son aura, elle se remémorait la chaleur d'un corps près du sien, des bras qui la berçaient, sans doute sans le vouloir, juste en étant là, enroulés autour de ses épaules. Deux yeux perdus et avides qui se reflétaient dans les siens. Et elle de rester éveillée, contemplant, redoutant l'idée que la fois précédente puisse être la dernière. Qu'elle ne soit plus jamais complète.

A force de pas chancelants, ils avaient fini par s'écraser à leur destination, Peter s'efforçant de la laisser sur ses pieds engourdis avant de s'écrouler. Elle regarda sa chute comme au ralenti, comme si elle ne pouvait pas comprendre que c'était lui qui tombait, parce qu'il ne pouvait pas tomber, pas vrai? Pas lui. Son air abêti ne la quitta que lorsque son... quoi? son Peter, peut-être, finit sur le dos pour compter les étoiles. Alors la bêtise devint sourire et, vraiment, ne suffisait-il pas d'arrêter de penser pour se sentir bien? Elle se laissa tomber à ses côtés, oubliant de protéger leur reliquat de trésor, dont elle avait lâché le bouchon quelque part dans leurs détours. La bouteille roula un peu plus loin dans l'herbe, mais Willow ne s'en soucia pas le moins du monde. Assise à ses côtés, elle l'observait, le nez dans les étoiles. Une main s'était tendue vers elle, hésitante, comme s'il ne savait pas où elle était, comme si elle avait pu être ailleurs. Comme s'il y avait un seul autre endroit où elle aurait voulu être, où elle aurait pu être. Elle attrapa sa main, se perdant un instant dans la forme de ses doigts, la courbe des ses phalanges, le grain de peau, les longs doigts qui s'étaient serrés autour de son cœur depuis trop longtemps déjà, refusant de lâcher prise, l'empêchant de respirer. Ou peut-être qu'ils le forçaient à battre, bam-bam, se serrant convulsivement, bam-bam, en un rythme qui se voulait régulier, bam-bam. Un rythme effréné. Les doigts qui l'avaient rattrapée, pendue au-dessus du vide, plus souvent que de raison. Mais la raison était passagère clandestine dans leur vaisseau fantôme. Et Peter parlait d'arrêter de respirer, sa paume toujours coincée dans celle de la jeune femme, parce qu'elle savait que lâcher prise voulait dire le perdre. Elle en était convaincue. Soit parce qu'elle finirait la chute entamée des années plus tôt, soit parce qu'il finirait par s'en aller, et elle de dériver hors de sa portée, hors de la portée de qui que ce soit.

Avant qu'elle ait le temps de comprendre, elle avait une montre dans la main, Peter ne respirait plus, et elle avait perdu le compte des secondes qui s'écoulaient trop lentement, et il ne revenait pas, et s'il ne revenait pas? Et s'il se laissait glisser trop loin pour pouvoir remonter? Elle serrait sa main plus fort, à présent, leurs deux mains posées sur ses genoux. «Peter?» L'appellation tremblante, insignifiante, qui renfermait tous ses maux à cet instant. Mais il y avait un sourire sur son visage, et bientôt il inspira à nouveau, et elle lui sourit en retour, d'un véritable sourire qui brilla dans ses yeux. «Alors t'es trop fort! Au moins, uh, 65 secondes!» Des heures. Soixante-cinq, ou quel que soit le chiffre, secondes de trop. Mais c'était inavouable. «Je te décerne le prix du meilleur apénéniste du monde!» Willow lui lança un autre sourire et, l'instant d'après, elle se pencha pour l'embrasser, toujours incapable de lâcher sa main. Baiser volé au creux des lèvres, et elle perdait sens à nouveau. Ou peut-être qu'elle trouvait sens, elle n'en savait trop rien. Tout était fondamentalement différent sous ses lèvres, comme si des portes qui avaient toujours été closes lui révélaient soudain mille merveilles dont elle ne pouvait soupçonner l'existence. «Voilà ta récompense.» Un sourire, et les portes se refermaient. D'autres menaçaient de s'ouvrir. «Pour ça et tout le reste.» Et bien sûr qu'elle parlait de Peter la portant sur son dos à travers tout le quartier. Quoi d'autre?

Puis elle se laissa glisser sur le dos aussi, les yeux tournés vers les étoiles, immobile, comme tous les cadavres se devaient d'être, croisant ses deux bras sur sa poitrine. Sa main vide et froide. Brûlante tant elle était glaciale. Elle aurait voulu se blottir contre lui, mais se contenta de murmurer, sur un ton de confidences, les yeux rivés vers un ciel moqueur qui, bientôt, leur rirait à la figure en vomissant sa clarté:

«Peter?»

Un silence. Une respiration. L'accalmie après leur course folle. Willow écouta la nuit quelques instants, et la nuit n'était remplie que du souffle de Peter et des battements désordonnés de son propre cœur. La nuit était à l'agonie.

«Je veux pas rentrer.»
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Sujet: Re: To feel aliveMer 14 Oct - 6:10

Est-ce que c’était vraiment sa compagnie qu’elle appréciait ? Est-ce qu’elle parvenait réellement à plonger son regard dans celui de Peter pour se dire qu’il n’était pas si stupide que ça au final ? Est-ce qu’elle remarquait sa valeur? Peut-être que non. Sûrement pas. Parce que le blond ne la voyait pas lui-même, parce qu’entre lui et les étoiles le choix était sans doute bien vite fait. Au moins, elles étaient déjà mortes, elles ne risquaient pas de fuir, de se lever un matin pour disparaitre. Est-ce qu’il était capable d’un tel crime, d’une telle absurdité ? Probablement. Il n’en savait rien, on ne lui avait jamais donné la chance de savoir si oui ou non il était capable de s’engager, de faire un pas vers l’avant sans en faire dix en arrière. Il aurait certainement peur, comme lorsqu’on s’approche trop près d’une flamme, d’un feu de joie qui brûle, qui hurle, qui danse, qui consume tout sur son passage, qui ne laisse pas de place au froid, aux larmes, à l’obscurité. Un feu qui éblouit, qui attire, qui passionne. Qui calcine la chair et qui la réduit en cendres, l’odeur de cette peau embrasée imprégnant l’air au point de donner la nausée. Est-ce qu’il parviendrait à s’approcher, à se laisser incinérer vivant pour enfin s'accorder une chance de renaître ? Qui pouvait le savoir. Qui pouvait l’établir avec certitude. Il avait erré, s'était égaré ; il avait trouvé une jolie brindille, sa branche à lui qui avait parfois des allures de béquille, et il l’avait imbibée d’alcool sans vraiment le vouloir, sans y réfléchir à deux fois. Alors forcément, elle allait cramer avec lui, et c’était sûrement ça qui devait la passionner chez lui. Ce feu, ces braises, cette folie destructrice, et le poison dans leur bouteille qui allait avancer l’heure de leur exécution. Ce n’était pas lui qu’elle aimait, c’était autre chose. La liqueur, l'ivresse de leurs baisers. Le drap sombre de la nuit, les petites étincelles qui scintillaient au-dessus de leur tête. À moins que ce ne soit déjà les restes de deux autres êtres qui s’étaient consumés avant eux, des cendres fixées au plafond, paralysées, neige divine et rayonnante en fin de combustion.

Peter avait fermé les yeux pendant une éternité qui avait duré soixante-cinq secondes. Pas une de plus. Dommage. Son prénom l'atteignit à peine ; pour commencer parce que ce n'était pas vraiment le sien, mais aussi parce que les morts ne pouvaient pas entendre. Il le savait. Il l’avait appris à ses dépens, le jour où sa mère avait décidé de jouer au même concours débile et qu’elle avait gagné. Ah ça, pour avoir remporté le premier prix, elle n’avait pas fait semblant de le faire, et l’enfant avait eu beau secouer sa main et l’appeler sans cesse, elle n’avait pas sourit en retour et elle n’avait jamais répondu. Il se souvenait encore des quelques fois où il avait essayé de la battre. Comme ça. Pour rien. Ou pour la beauté du geste, juste pour voir ce que ça pouvait bien faire, ce que c’était de se laisser mourir, d’abandonner, de baisser les bras et de transmettre son dernier souffle au reste de l’humanité en espérant que celui-ci laisse au moins une marque infime dans le coeur d’une autre fourmi toute aussi insignifiante. Parfois, il s’allongeait dans son lit de bambin, gringalet qu’il était, et tandis qu’il relisait les histoires que sa mère lui lisait quand elle hantait encore leur demeure, il se disait que c’était le moment. Là. Maintenant. Le moment de fermer les paupières pour oublier qu’il était un jour venu au monde, pour se souvenir de ce à quoi ressemblait l’obscurité la plus parfaite dans le ventre de sa mère. Le moment d’arrêter de respirer, d’arrêter de vivre. Pour faire comme elle, pour l’imiter. Pour lui ressembler. Pour avoir la même expression sur le visage et l’imprimer de manière définitive. Pour devenir une étoile à son tour, rester figé dans le temps et dans l’espace. Devenir quelque chose. Être.

Et puis il avait grandit et il s’était mis à courir. Dans le fond, c’était tout aussi pitoyable puisqu’il n'atteignait jamais son but, qu’il ne réussissait jamais à rattraper ce après quoi il courait. La vie ? Il n’en n’aurait pas assez d’une pour y parvenir. Il finirait par crever la mâchoire ballante et le regard vide lui aussi, alors à quoi bon retarder l’échéance, à quoi bon repousser l’instant fatidique. Autant aller droit dans le mur, autant la provoquer. Chienne de vie. Voilà, c’était sa conclusion à cette heure trop avancée de la nuit, tandis qu’il serrait la main de Willow dans la sienne, qu’il refusait de la lâcher. Parce que c’était peut-être ça qui avait empêché sa mère de rouvrir les yeux au final ; il avait laissé ses doigts se séparer des siens et elle n’avait plus trouvé de raison de rester parmi les vivants. Peut-être qu’il l’avait assassinée. Peut-être qu’elle avait su à l'avance, qu’elle avait prédit ce que son fils allait devenir et il n’était pas question qu’elle assiste à ce spectacle répugnant. Mais Willow lui parlait, ses lèvres s’égarant sur les siennes, le blond faisant tout son possible pour qu’elles ne se séparent plus à nouveau, jusqu’à ce que la brune s’éloigne, qu’elle paraisse lointaine et que le coeur de Peter s’emballe. Non, elle devait rester contre lui, entre ses bras ; c’était le meilleur moyen de la protéger du mal qui voulait s’emparer d’elle et l’arracher à lui. Elle lui parlait de récompense et pour ne pas rompre avec ses bonnes vieilles habitudes, Peter répondit par un sourire niais de mâle gratifié par une si douce attention avant de la regarder s'allonger. Elle cherchait probablement à faire la morte avec lui, lâchant la main du blond, la laissant libre, vide et inutile. Plus de flamme pour le consumer, plus de branche à laquelle se rattraper. Chute libre. Sa tête roula sur la côté pour continuer de l'observer. Avec un peu de chance, la silhouette de Willow s’imprimerait sur le fond de sa rétine et il pourrait la revoir à l’infini, projetée sur l’écran de ses paupières fermées, quand il serait seul et que le moment serait enfin venu pour lui de battre le record de sa génitrice. Pour l'heure, il continuait d’expirer. Il soufflait, il souffrait, et la douleur le clouait au plancher, préparant sa tombe pour que les murs de chair laissent bientôt place à la terre.

Peter partit alors en quête de sa main, l’invitant à lui faire face pour qu’elle vienne se blottir contre lui. « On a qu’à rester là. On peut dormir ici. » Ses paupières étaient déjà lourdes de tout ce qu’ils avaient bu, tout ce qu’ils avaient traversé. Tout ce qu'ils n'avaient pas vécu. « Peut-être que si on a l’air suffisamment morts, personne viendra jamais essayer de nous réveiller. » Un baiser sur le bout de son nez. Un ricanement. Une brise. Et puis Peter laissa le monde s’éteindre avec la certitude que c’était bientôt le moment, que l’aube allait venir les cueillir. Qu’ils allaient enfin s’enflammer.

Et qu'au petit matin, quand on viendrait ensevelir leurs corps calcinés au pied d’un arbre, on les coucherait dans la même tombe.

sujet terminé

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