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 we are damaged, take control

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bad blood - we live here

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◆ Manuscrits : 265
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Sujet: we are damaged, take controlLun 12 Oct - 23:42

Jimmy n’arrivait pas à dormir. Cela devait bien faire une heure qu’il se tournait et se retournait entre les draps sans parvenir à trouver le sommeil. A force, il aurait dû avoir l’habitude, mais la maladie l’épuisait déjà suffisamment pour que ses cycles de sommeil dans tous les sens n’en rajoutent pas une couche, en plus. Il tendit pesamment le bras pour attraper son portable et l’alluma, manquant de s’aveugler au passage. 3h38. Le genre d’heure entre deux eaux qui ne servait vraiment qu’à dormir. Il poussa un très long soupir et se redressa dans son lit, réveillant Romero qui émit à son égard un miaulement courroucé. Bon, de deux choses l’une. Soit il restait là à tousser et à suer comme un pestiféré toute la nuit, soit il se bougeait le rond et se décidait à faire quelque chose. Autant dire que c’était tout décidé. Il repoussa donc les couvertures et posa le pied à terre en se frottant les yeux. La pensée d’allumer son ordinateur et de traîner sur Internet ou sur un jeu vidéo lui traversa l’esprit, mais il la remisa tout aussi vite. Ce n’était pas de ça dont il avait besoin. Il lui fallait de l’air. Littéralement. Hah. Hilarant, Jim, vraiment.

Il enfila un pantalon et un T-shirt dans le noir, attrapa sa lourde veste de moto et se mit aux pieds les premières Doc qui passaient à portée. A vrai dire, il ne savait pas encore où il allait atterrir. Il ne planifiait jamais vraiment ces trucs-là. Il se contentait toujours de conduire au hasard jusqu’à pouvoir trouver un endroit où se poser ; ou jusqu’à ce qu’un caprice quelconque lui vienne en tête.  Que ce soit une envie de donuts ou un élan soudain à se jeter dans la mer, d’ailleurs. Tiens, ceci dit, il n’avait jamais fait, ça. Ça pouvait être une idée, d’aller voir la mer. Avec un peu de patience, peut-être pourrait-il même voir le soleil se lever sur l’horizon… Il repoussa son chat du bout du pied et se faufila par l’entrebâillement de la porte. Il régnait sur le couloir un silence de mort, à peine ponctué par les grésillements des néons. L’inverse l’eut étonné, vu que les seuls êtres encore réveillés à cette heure devaient être les étudiants qui bâclaient leurs derniers dossiers,  mais le bruit de ses pas résonnant sur le sol le fit tout de même grincer des dents. La discrétion, un don naturel. Bref. Il dévala l’escalier avec la même légèreté, et ouvrit la porte de l’immeuble du pied.

La rue était franchement sombre, depuis que le lampadaire du coin était cassé. On en aurait flippé pour moins que ça, par les temps qui couraient, mais bon. Il ne se sentait pas plus concerné que ça. Il n’était ni riche, ni en bonne santé, alors ça limitait les risques. Et puis, pour se faire agresser, il aurait encore fallu qu’on puisse le suivre… Il enfila sa veste et rejoignit enfin sa moto, dont il retira l’antivol et alluma le moteur en quelques secondes. Ouais, ça allait lui faire du bien. Rester à se morfondre en attendant de cracher du sang n’aurait fait qu’empirer son moral. Autant sortir faire un petit tour, et … Ses yeux s’arrêtèrent sur son coffre. Le casque… Qui avait besoin d’un casque ? Il eut un petit rire pour lui-même, et son excitation monta d’un cran. C’était illégal. Raison de plus pour le faire. Il se passa la main dans les cheveux. Game on.

Il lui fallut moins de deux minutes pour se retrouver à débouler sur Bishop Avenue à toute berzingue cheveux au vent… Et à être contraint à s’arrêter dès qu’il eut atteint une vitesse respectable. Putain, il était un crétin. Conduire sans casque était une chose, mais conduire vite sans se protéger les yeux était juste douloureux. Il les frotta vigoureusement en grognant dans le col de sa veste. Il allait sérieusement falloir qu’il songe à se procurer des lunettes s’il voulait mettre à bien ce projet-là… En tous cas, ce ne serait pas pour aujourd’hui. Merde… Il s’apprêtait à ouvrir son coffre pour y récupérer son casque à contrecœur lorsque son regard s’accrocha à autre chose. Un échafaudage… Voilà qui pourrait totalement rattraper le fiasco de ce soir, dites donc…

- Salut, toi…

Il gara la Suzuki dans un coin, avec le sourire du Jimmy qui va faire une connerie sur les lèvres. Bon, ça ne se présentait pas trop mal… Le premier étage était trop haut pour qu’il ne se hisse à la force des bras, mais il y avait une voiture garée de laquelle il pourrait peut-être sauter… A venir voir de plus près, il y avait même une échelle raccrochée là-haut. S’il pouvait juste l’atteindre… Il se mit sur la pointe des pieds et tendit le bras, sans grand succès. …Bon. Il y avait bien la solution yamakazi, mais à choisir, il préférait trouver autre chose. Il n’avait pas un capital physique illimité non plus, et le but recherché n’était pas forcément de faire une crise d’asthme tout seul en pleine nuit, alors s’il y avait une manière de faire ça de manière légèrement plus classe, il ne dirait pas non. Il jeta un coup d’œil alentour dans l’espoir de trouver un bâton ou une accroche quelconque, mais les quelques canettes et autres déchets ne vendaient pas du rêve, et il dut imaginer autre chose. A la limite, sinon… Il enleva sa veste et l’envoya par-dessus le premier barreau de l’échelle. Hé bah voilà, le pouvoir de l’intelligence humaine. Une simple traction des manches, et l’échelle descendit. …Le bruit grinçant n’était pas idéal, certes, mais comme disait sa grand-mère, dans la vie, on n’avait pas toujours ce qu’on voulait.

Une fois sa veste récupérée, il commença son escalade, de bien meilleure humeur à présent. Il allait bien avoir droit à son petit coup de jus, finalement. Peut-être même arriverait-il à dormir après ça. Ou à comprendre encore une fois pour quoi il se battait, à quoi bon répéter les mêmes gestes et les mêmes pilules, ce qu’il foutait encore là quand tout était perdu d’avance. Ah, ça y était. C’était le moment de creux avant l’adrénaline, il faisait souvent ça. Déprimer pour mieux se réveiller, quoi. Il grimpa quatre étages d’un pas tranquille, les yeux levés vers le haut. Pourvu que ça monte jusqu’au toit. Le plus haut possible, que ça touche le ciel, même. Un frisson d’anticipation lui parcourut le dos lorsqu’il atteint le dernier palier, et il faillit avoir un rire victorieux. Le toit. Un toit, pour être précis, car il ne s’agissait que d’une des trois surfaces qui constituait le sommet de l’immeuble, et même pas de la plus haute, mais il s’en fichait. Elle était au coin et donnait sur le vide, et c’était la seule chose qui comptait. Il grimpa sur le parapet. Son estomac commençait à crépiter, mais il s’agitait pour rien. Pour l’instant, l’échafaudage s’interposait encore entre lui et le vide. Un pas. Deux pas, trois pas… Il tourna au coin.

Oh, mon dieu… Ceux qui disaient de ne pas regarder en bas manquaient quelque chose. Leur cœur ne s’effondrait pas dans leur poitrine comme dans la sienne. Ils ne sentaient pas l’appel du vide, la manière dont le vent entre leurs jambes les appelait à tout lâcher, le sourire qui se dessinait sur ses lèvres à cet instant précis. Il était vivant. Il faisait partie du ciel. Et surtout, il avait le contrôle. Personne ne semblait capable de comprendre ça, mais il n’y avait que ces moments-là pour lui redonner un semblant de choix. La mort arrivait peut-être, mais il pouvait choisir quand, s’il voulait. Il avait la possibilité de sauter. En cette minute-là, maintenant, c’était à lui de décider de vivre. Il s’arrêta face au paysage urbain, laissant le bout de ses pieds dépasser du bord. Et puis la vue était loin d’être moche.

Tout petit dans une mer de béton, à une vingtaine de mètres du sol, Jimmy s’assit au bord du toit. Tant qu’à faire, autant faire durer le tambourinement de son cœur un peu plus longtemps. Ce n’était pas comme si on allait venir le déloger…
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Sujet: Re: we are damaged, take controlMer 14 Oct - 9:55

Et un, et deux, et trop de cadavres. Les corps tombaient comme des gouttes de pluie acides, cinglant les quelques visages qui se risquaient encore à regarder vers le ciel. Les forçant à fermer les yeux, à baisser la tête, et à contempler la fosse mortuaire où s'empilaient les victimes. Toujours plus nombreuses. Il leur faudrait bientôt creuser un second trou au fond de leurs propres âmes pour enterrer tous ces corps inertes aux yeux torves, ouverts sur un monde qui les avait laissés tomber. Tomber dans l'oubli. Les uns après les autres, les cadavres étaient recouverts d'épaisses couches de bulletins météo et d'informations diverses, dont on gavait les éplorés, jusqu'à ce qu'ils se croient tirés d'affaire. Puis, dès lors qu'ils croyaient apercevoir quelques rayons de soleil, dès qu'ils se risquaient à s'arracher à leur contemplation, on leur jetait quelqu'un d'autre en pâture. Ils ne valaient pas mieux que des chiens. Des chiens qui cherchaient frénétiquement un peu de chaleur, grattant la boue pour s'y faire un lit, s'y rouler en boule et tenter de passer la nuit. Les griffes noircies par la terre humide et visqueuse qui vous collait à la peau comme du pus sur une plaie. Creuser de toutes ses forces, à vif, pour enfin retrouver un peu d'espoir.

Mais il n'y avait qu'elle, elle et son visage, son inertie, la boue, le sang. Il n'y avait qu'elle d'immobile, et le chien grattait, l'enterrant à la recherche de son nid, maculant son visage froid de boue à la poursuite de son havre de paix. Il n'y avait qu'elle, et il y avait John, assis à côté, un rictus au coin des lèvres, qui hurlait c'est de ta faute, et le chien creusait, la peur au ventre. Jusqu'à disparaître. Et soudain, la morte ouvrait ouvrait des yeux pâles, puis se mettait à hurler, hurler, hurler de douleur, de terreur, d'horreur.

Willow s'éveilla tant bien que mal. Le crâne défoncé par les images de cadavres et autres revenants qui avaient fait de ses nuits un repaire où ils aimaient à se prélasser. Ses mains tremblèrent à la recherche de la lampe de chevet, et elle réalisa qu'elle était trempée d'une sueur glacée. La gorge sèche, brûlante comme si l'on venait d'y verser de la lave. Un coup d'oeil à son réveil manqua de lui faire retomber la tête dans l'oreiller. Mais elle ne pouvait pas sciemment remettre la tête au fond du cercueil, pas vrai? Non. Non. L'immobilité, tout à coup, devint pesante. Comme si quelqu'un allait refermer le couvercle, et l'enfermer à clef, à double, triple tour. Être sûr et certain qu'elle n'allait pas s'échapper à nouveau. Dans la nuit, la pile de vêtements sur sa chaise de bureau prit forme humaine, quelques instants, et elle bondit de son lit.

A pas feutrés pour n'éveiller aucun de ses colocataires, elle rassembla habits, chaussures et sac à main pour finalement s'éclipser. Comme trop souvent. Il aurait probablement été faux de dire qu'elle n'y avait jamais passé une nuit entière, mais son lit était bien plus souvent froid qu'occupé. La nuit, elle se sentait dans son élément. Il n'y avait plus rien à cacher. Plus à prétendre. Ces derniers temps, évidemment, le ton était différent. Même la nuit était angoissée. Les rues désertes. Les trottoirs semblaient encore saigner et pleurer les corps. D'ailleurs, elle s'efforça de ne pas jeter un oeil en direction du lac. Elle s'efforçait simplement d'aller de l'avant. L'endroit importait peu, tant que ça n'était pas ici. Tout le monde semblait se dire ça, depuis le meurtre. Le quartier était désertique. Les seuls âmes à marcher à ses côtés étaient celles des fantômes qu'elle traînait derrière elle comme des chaînes à ses chevilles, comme une pénitence, une peine de mort lente, et douloureuse. Donnez-lui l'injection à tout moment. L'air était lourd, lourd des exclamations de la foule, derrière elle, qu'elle entendait encore. Les murmures agités qui s'amplifiaient à mesure qu'ils comprenaient, qu'ils apercevaient, qu'on les repoussait, tant et si bien que les murmures se transformèrent en brouhaha, qui continuait de résonner dans sa tête. Elle se demanda qui étaient les véritables victimes du Poète. Parce que les cadavres, sans doute, devaient bien moins souffrir que ceux d'en haut. Ceux avec leurs deux pieds plantés dans le sol, qui peinaient à soulever les poids morts de ceux qu'ils avaient perdu. Ceux-là n'étaient-ils pas les plus à plaindre? La pensée passa, fugace, et elle se contenta de l'immense amas de rouages qui tournaient dans le vide, et elle marchait de plus en plus vite, et elle ne pensait à rien, et elle ne pensait à rien. Non, vraiment, à rien. Pas aux cadavres. Certainement pas aux cadavres.

Lorsqu'elle finit par relever la tête de ses cauchemars, elle le regretta presque. Parce qu'elle avait levé les yeux au ciel, pour trouver un peu de courage, un peu de lumière, peut-être. Elle n'avait plus que quelques heures à tuer, après tout. Mais là-haut, sur le toit d'un immeuble, elle aurait juré avoir vu une silhouette. Debout. Au bord du toit. Elle plissa les yeux, s'approchant fébrilement, les battements de son cœur accélérant légèrement alors qu'elle réalisait. Il y avait quelqu'un. Quelqu'un qui allait sauter. Quelqu'un qu'elle allait regarder s'écraser violemment au sol dans un bruit sourd d'os brisés. Quelqu'un qu'elle n'allait voir mourir que parce qu'elle était au mauvais endroit au mauvais moment. La faute à pas de chance. Elle aurait pu tourner les talons, et repartir dans l'autre sens. Se boucher les oreilles, et simplement partir. Personne ne saurait qu'elle avait été là, après tout. Personne ne saurait qu'elle l'avait juste laissé tomber. Ce n'était pas comme si elle l'avait poussé, après tout. Et un, et deux, et trois cadavres. Oui, elle pouvait faire ça. Pas vrai?

Sauf qu'elle ne pouvait pas avoir ça sur la conscience. Elle ne pouvait pas se promener avec l'idée que peut-être elle aurait pu faire quelque chose. «Hey!» La situation la mettait mal-à-l'aise. La silhouette s'était assise à présent, d'après ce qu'elle devinait d'elle dans la lumière blafarde. Le malaise avait cette fâcheuse tendance à se transformer en rage. Soit le futur cadavre ne l'avait pas entendue, soit n'avait pas daigné répondre, soit ses mots s'étaient perdus dans l'air putréfié par la mort. Elle ne voulait pas vivre ça à nouveau. L'odeur de sang, de mort, le regard vide. Rapidement, elle avisa une échelle. Qui n'aurait probablement pas dû être là et accessible. Elle grimpa le plus vite possible, jusqu'à se retrouver sur le même toit. Peut-être qu'elle pouvait sauter aussi? Et puis qu'est-ce qu'il attendait, d'abord? «Qu'est-ce que vous pensez être en train de faire?!» Elle restait au milieu du toit, trop effrayée à l'idée d'être grisée par la hauteur. «Y a pas assez de gens qui crèvent comme ça?!» Un officier de police lambda aurait peut-être trouvé à redire à ses méthodes anti-suicide, mais elle n'allait pas jouer les psychologues pour égoïstes. Elle piétinait, puis s'arrêta enfin. «Oh, et puis allez-y.» Il lui semblait que s'il sautait, à présent, elle pouvait aller en prison pour 'encouragement au suicide'. Mais personne n'aurait à le savoir. «Sautez, et je compte le temps que vous mettez à arriver en bas.» Willow chancela légèrement. Elle avait réellement dit ça?

Sautera, sautera pas?
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Sujet: Re: we are damaged, take controlJeu 15 Oct - 19:13

Un bruit inconnu lui fit relever le nez. Ça avait l’air d’une voix, mais il n’en était pas certain. A cette hauteur, chamaillées par les couloirs de vent qui s’agitaient autour d’elles, ses oreilles ne pouvaient de toute façon être sûres de rien.  Cela aurait aussi bien pu être un boulon qui se cassait la gueule qu’il n’aurait pas fait la différence. Par acquis de conscience, il se pencha un peu pour tenter de discerner ce qui s’était passé, mais il faisait un peu trop noir pour trouver un coupable, et il se désintéressa vite de la rue en contrebas. Il n’y avait rien à voir de toute manière, tout le monde se terrait chez lui à cette heure-ci. Sachant que le Poète frappait plutôt des lieux connus, ça lui semblait un peu paradoxal, mais en même temps si la peur rendait les gens intelligents, lui-même n’aurait probablement pas été assis sur un bout de toit à contempler le vide, alors sans doute était-il mal placé pour juger. Il replia un genou contre son torse, laissant son autre jambe se balancer dans le vide. Il était bien ici. La pensée de redescendre n’était qu’un futur lointain, l’ombre d’une autre vie dont le souvenir lui parvenait à peine. Seul importait le maintenant, et le rattacher à un passé ou un futur en gâchait un peu le goût.

Il prit une profonde inspiration, profitant à fond du vertige qui faisait trembler son souffle. C’était indescriptible, cette vibration dans le cœur. Ça le mettait dans un état pas possible, un genre d’hypersensibilité qu’il ne retrouvait nulle part ailleurs. Ça le forçait à tout remarquer, à faire attention à chaque tressaillement de son corps, à chaque murmure de la ville tout autour de lui, à chaque sensation en équilibre. Et puis son corps lui parlait. Son corps qu’il détestait tellement, contre lequel il voulait régulièrement se révolter, son corps se réveillait enfin. Il frissonnait, battait, tremblait. Il lui hurlait en silence de reculer, de redescendre. Il ne voulait pas mourir, finalement. Et noyé dans cette certitude qui lui faisait d’ordinaire cruellement défaut, Jimmy lui pardonnait presque de le bouffer de l’intérieur le reste du temps. L’instinct disait toujours de vivre plutôt que d’aller s’exploser sur le bitume, c’était une pensée rassurante, nan ? Lui, il trouvait.

Un écho de pas résonna sur l’échafaudage. Quelqu’un le rejoignait. Merde, pourvu qu’on n’ait pas appelé les flics à son encontre… Nan, il avait à peine eu le temps de s’installer, si les flics de Fairhope avaient été aussi efficaces, ça se serait su. Surtout qu’ils avaient quand même d’autres choses à foutre que de poursuivre tous les jeunes en mal de frisson. Alors quoi, un insomniaque curieux ? Il suivit la progression des pas avec attention, tournant la tête pour voir arriver le nouveau venu. La, nouvelle venue, plutôt, à en juger par la voix furibonde qui l’apostropha avant même qu’elle ait posé les deux pieds sur le toit. … Ouais, bonsoir aussi. Il plissa les yeux pour distinguer son visage dans la lumière blafarde des lampadaires et des néons en contrebas. Peu de chances qu’il la connaisse, mais autant pouvoir identifier sa nouvelle maman s’il la recroisait. Parce que bon, fallait pas péter une durite, il ne jouait pas non plus à la roulette russe, inutile de beugler comme ça. Il eut à peine le temps de soupirer et de rouler des yeux qu’elle revenait à la charge. Euh … pardon ?

Aah, c’était de suicide qu’on parlait. C’était donc pour ça qu’elle s’agitait toute seule depuis tout à l’heure. Remarquez, ça paraissait plutôt logique, maintenant qu’il y pensait, surtout ici et maintenant. Ce qui l’était moins, par contre, c’était sa stratégie. Il haussa les sourcils. C’était comme ça qu’elle gérait les gens suicidaires, elle ? C’était passablement discutable, comme méthode. Il avait lui-même abandonné la notion même de tact depuis le diagnostic, mais il était prêt à parier que même lui aurait été moins bourrin. A moins que ce ne soit une tentative tordue de chatouiller son esprit de contradiction ? Elle avait quand même de la veine de tomber sur lui plutôt que sur quelqu’un de véritablement désespéré, parce que là, aucun doute que le type se tuait direct. Ne serait-ce que pour échapper à sa voix nasillarde.

- … Okay then.

Il se remit debout, s’aidant un peu d’une main. C’était bien la première fois qu’il avait un public. Non pas qu’il en ait jamais désiré, parce que risquer sa vie était en définitive une expérience solitaire, et qu’il ne tenait pas à admettre avoir besoin de ça pour tenir, mais il devait bien avouer que là, tout de suite… Encore dans l’instant, toujours suspendu au présent … Se savoir regardé donnait à la situation une gravité qui relançait la machine. Elle pesait le risque, elle aussi. Il trouvait un écho dans deux personnes, il résonnait plus fort. Jimmy  ne pouvait s’empêcher de trouver ça grisant. Cruel, mais grisant. Il eut un mouvement brusque vers l’avant pour lui faire peur, allant jusqu’à soulever un pied vers le vide. Et il le garda là une demi-seconde, le temps d’apprécier sa réaction… Et de se convaincre lui-même qu'il n’avait pas ressenti une pointe de panique au moment fatidique, aussi.

- Tu devrais voir ta tête.

Il sauta au bas du parapet avec un petit sourire victorieux. Elle l’avait pas volée, en même temps, qui disait à un potentiel dépressif de sauter ? Qu’est-ce qu’elle aurait fait s’il avait vraiment suivi son conseil, hein ? Enfin, il se doutait bien. Fuite, traumatisme, cauchemars, la brochette classique de PTSD, tout ça… Il ne le lui souhaitait pas vraiment, au final. Mais bon. L’imaginer toute seule sur le toit à cligner des yeux en cherchant un juron plus fort que merde le faisait ricaner quand même. Et ouais, c’était horrible, mais il tolérait beaucoup mieux l’humour noir depuis quelques années. Pour une raison mystérieuse.

Il s’approcha d’elle, inclinant légèrement la tête pour l’observer. Elle devait avoir grosso modo son âge. Une étudiante, sûrement, ça pullulait dans le coin ces bêtes-là… Ceci dit, il se demandait bien comment elle avait pu échouer là. C’était passé de mode, le sommeil ? Il se gratta rêveusement la nuque.

- Oh, et pour assouvir ta curiosité, je dirais pas plus de deux secondes. On doit être à une vingtaine de mètres… Ouais, deux secondes, grand max.
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Sujet: Re: we are damaged, take controlMar 20 Oct - 0:05

Lorsqu'elle fermait les yeux, elle avait l'impression qu'il avait sauté. Ou peut-être que c'était elle? Que le vertige, c'était la chute, et que son corps s'était brisé trop vite pour qu'elle ait le temps de souffrir. Un instant, elle était, puis elle s'éteignait. Comme la flamme d'une bougie entre deux doigts. Violemment, le crâne fendu en deux sur l'asphalte. Enfin, enfin libre. Les pensées pouvaient enfin s'échapper et mourir, plutôt que se cogner et pourrir au fond de sa tête. Plus besoin de tourner en rond dans une cage trop petite, plus besoin de s'arrêter en bas des cordes vocales, plus besoin d'être refoulées, reléguées en arrière-plan. Elles n'avaient plus qu'à s'évaporer, qu'à cesser de lui brûler le crâne comme autant de brûlures de cigarettes qui marquaient la peau à chaque fois qu'elles venaient s'y écraser, traçant des arabesques à la pointe de l'idée. Les yeux fermés, le corps mort, rendu lourd par le squelette atrophié, elle ne s'était jamais sentie si légère. Fondue dans le bitume, elle ne s'était jamais senti si près des étoiles. D'ailleurs, si elle parvenait à ouvrir les yeux une dernière fois, elle pourrait voir le ciel. Pas vrai? Il suffisait d'avoir la force de lever les paupières. Au fond, ça n'avait sûrement jamais été lui qui voulait sauter, parce qu'elle n'aurait jamais pu dire ça. Pas vrai? Alors c'était elle, seule sur le toit, poussée par le vent ou Dieu savait quelle connerie, qui lui avait susurré saute et qu'elle avait écouté.

Mais c'était toujours la silhouette trop fine, trop fragile, qui se tenait sur le bord prête à sauter, et qu'elle venait d'encourager. Ses organes fonctionnaient, le cœur affolé, les entrailles qui se tordaient d'appréhension, la gorge nouée en un nœud inextricable, un nœud de pendu. Et au bout de la corde, dans son estomac, son ventre, des pierres. Lourdes, lourdes. Elle l'avait tué. Lourdes. Puis il avait fait un pas en avant, et elle aussi, instinctivement, pour l'empêcher de tomber. Dans un dernier effort tardif pour le retenir, lui attraper la main au lieu de le pousser dans le vide. Les yeux qui s'écarquillent, la respiration qui se bloque, le bras qui se tend, le sursaut qui la traverse, le corps qui tombe. Trois victimes son poison avait fait. Peut-être que sans son intervention, il se serait rendu compte que sa vie n'était pas si minable, que quelque chose, quelque part, valait le coup qu'il s'accroche. Mais il avait fallu qu'elle vienne tout piétiner, fouler ses espoirs d'un pied à la semelle assassine, aux mots meurtriers. Sauf que le corps n'était pas tombé. Il était toujours là, en équilibre, et le temps lui-même sembla sortir de sa transe. La Terre se remit à tourner, la lune à briller, les aiguilles à s'activer, courant toujours les unes après les autres. L'air était brûlant au fond de sa gorge. Le soulagement manqua de la noyer dans son étreinte et, un instant, elle se serait jetée sur l'inconnu pour le prendre dans ses bras et l'éloigner du bord. Lui dire que tout irait bien. Le prendre sous son aile brisée pour le couper du vent.

Un instant, un seul, avant que la peur et l'apaisement ne laissent place à la colère. Les émotions se succédèrent trop rapidement pour qu'aucun commentaire ne parvienne à se former, et pourtant les insultes s'entrechoquaient dans son cerveau. Peut-être que ça n'était rien d'autre que l'anxiété qui s'exprimait, sa culpabilité ne trouvant que de piètres moyens de s'expier du mieux qu'elle le pouvait. Peut-être que d'autres, au commissariat, à l'école, auraient réagi plus posément, se seraient contentés de froncer les sourcils, soucieux de la sécurité de ce gamin -qui n'était sûrement pas plus jeune qu'elle-, l'auraient rouspété et convié à descendre de là avant de se tuer pour de vrai sans le vouloir. Peut-être qu'ils auraient eu raison, et il serait sans aucun doute grand temps qu'elle commence à se soucier de ce qu'il fallait ou faudrait faire, plutôt que de ce que lui dictait son tempérament abrasif. Peut-être. Mais elle avait les poings serrés, les lèvres pincées. Il avait sauté du rebord, à présent. Chaque pas qu'il faisait vers elle, c'était un bidon d'essence vidé sur le feu de bois. Corrosif.

Dans une autre vie, peut-être qu'elle aurait eu de l'humour. «Tu trouves ça drôle?» Grincé entre les dents serrées. Si les choses s'étaient déroulées autrement, elle aurait appris à utiliser le cynisme, le rire, pour faire passer un mal-être, pour se détacher de ce qu'il se passait réellement. Peut-être même qu'elle aurait pu être joviale, lui sourire, dire que c'était un malentendu, et qu'ils pourraient éviter l'animosité qui semblait omniprésente dans sa vie ces derniers temps. «Si tu veux vérifier, te gêne pas.» Parce qu'elle ne pouvait pas nier être lassée de sa propre impétuosité, du climat presque toxique de son entourage en ce moment. Elle ne pouvait pas nier s'être jamais assise au bord d'un toit à la recherche du grand frisson, à la recherche de la vie qui venait lui courir dans les veines comme si c'était la première fois. Et si quelqu'un était venu lui hurler de sauter, qu'est-ce qu'elle aurait fait? Aurait-elle réagi différemment? Sans doute qu'elle aurait parlé plus fort, fait plus de bruit. Ou peut-être qu'elle aurait ri au nez du prétendu sauveteur, comme lui. Et à mesure qu'elle gardait le silence, elle parvenait à retrouver raison. Un tant soit peu. «Pas de suicide en fait, hein?» La mâchoire s'était relâchée. Les poings desserrés. Un tant soit peu. Et si même elle était capable d'être raisonnable, pour une fois? Peut-être? Une remise en question, un soupçon de réflexion avant de parler. Il n'y avait que des heures sombres et étranges comme celles-là pour assister à de tels miracles.

Elle inspira profondément pour la première fois depuis des heures, peut-être des jours. Le sentiment de calme était inattendu, inhabituel et presque agréable. C'était la fatigue, c'était le sommeil qui se dérobait sous ses paupières, c'était l'épuisement, moral plus que physique, qui l'avait fait céder. Elle était trop lasse pour s'énerver. «Maintenant que je suis là-haut...» C'était un sourire timide. Son visage lui donnait l'impression d'une grimace informe tant il avait perdu l'habitude. L'idée manqua de la rendre triste, mais à la place, elle se contenta de dépasser le jeune homme pour aller prendre la place qu'elle l'avait forcé à quitter. Puis elle se tourna légèrement vers l'arrière. «Autant profiter de la vue.»
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Sujet: Re: we are damaged, take controlDim 25 Oct - 0:40

Il s’en était douté. Elle avait beau avoir des réflexes complétement absurdes en cas de crise, il lui semblait un peu improbable qu’elle ait vraiment grimpé tous ces étages pour l’encourager à crever. Il revoyait son geste, sa main tendue, tout son corps qui avait sursauté… Au moins, il avait bien accompli son but, elle était complètement réveillée, maintenant. Et si ça pouvait la faire réfléchir à deux fois avant de sortir n’importe quoi à n’importe qui, ce ne serait pas perdu. Il enfouit ses mains dans ses poches, attendant qu’elle dise quelque chose, sans se départir une seconde de son sourire. Elle avait l’air sacrément en pétard. Une réaction relativement normale, pour changer. Il n’aurait pas aimé qu’on le confronte à ses conneries, lui non plus. Mais bon. Qu’est-ce qu’elle allait bien y faire ? Les gens s’énervaient souvent face à lui, mais ils allaient rarement au-delà de la gueulante. Surtout quand il avait raison, et de son humble avis, c’était presque toujours le cas.

S’il trouvait ça drôle ? Evidemment que oui, elle en doutait ? Peut-être aurait-il dû être un peu plus clair sur ce point : oui, carrément, la faire flipper et potentiellement culpabiliser, il trouvait ça super drôle. Il aurait pourtant cru que c’était flagrant. La prochaine fois, il essaierait de rire plus fort. Pourquoi était-il le seul, d’ailleurs ? Elle aurait dû être contente, elle n’avait tué personne. Cette nuit. Encore. Enfin bref, elle pouvait se détendre un peu. Ça lui casserait vraiment quelque chose d’être un peu contente de vivre ? On venait de lui démontrer par A + B que c’était un état temporaire et fragile, et elle, tout ce qu’elle trouvait à faire, c’était de ronchonner. « Ouais bah finalement, tu peux sauter, j’ai re-re-changé d’avis. » Ce que ça pouvait être lunatique, une fille, c’était pas Dieu possible. Il y eut un temps de silence, durant lequel il resta à sa place à tenter de se frotter la nuque avec le col de sa veste, puis elle reprit la parole et il sentit que quelque chose avait changé. Dans sa voix, quelque chose avait changé. Elle lui transperçait un peu moins les oreilles. A croire qu’elle s’était un peu calmée. Comme quoi, il suffisait de demander.

Bah non, pas de suicide. Il secoua la tête avec une petite moue faussement désolée. Désolé du faux espoir, mais ça n’avait jamais été son truc. Enfin, il y avait pensé. Parce que c’aurait été le stade suivant, le pied de nez ultime, de pouvoir décider quand. Mais ça restait dans le domaine des idées et des grands coups d’egos qu’il ne réaliserait jamais, parce qu’il se heurtait toujours à un problème plus que conséquent : en fait, il ne voulait pas mourir. Légèrement embêtant quand on envisageait un suicide, pas vrai. Donc le projet s’était vite retrouvé écarté, au final. Mais ça restait une idée poétique. Débile, mais poétique. Sans oublier égoïste, parce qu’il avait beau faire de son mieux pour rester aussi distant que possible des autres humains, il restait encore en ce bas monde des gens pour le pleurer. Moins qu’avant, et sans doute moins fort, mais il était quand même inutile d’en rajouter.  Quelle idée de faire un enfant avec des poumons pareil, aussi.

Bref. On lui parlait. Il cligna des yeux en réalisant même qu’on lui souriait. Tiens, c’était nouveau, ça… Il se poussa légèrement sur le côté pour la laisser passer, un peu perplexe. Hé bah … Quelle drôle de fille, quand même. Il la suivit du regard tandis qu’elle grimpait à son tour, pivotant sur lui-même dans un léger crissement de semelle. Vraiment ? Il aurait cru devoir se justifier pendant des plombes et des plombes, ou au moins se voir demander une petite explication quant à la raison de sa présence à vingt mètres du sol, mais rien. Apparemment, ça lui avait paru naturel. Et pour être honnête, la voir se percher au bord du vide l’était tout autant. Il la fixa quelques secondes, estomaqué. Il ne l’avait pas attendue, celle-là. Elle ? Elle aussi ? Quelles étaient les chances ? Planté là dans son énorme veste, il se demanda combien de personnes en arrivaient à avoir besoin de se faire peur pour se sentir vivant. Plus qu’il aurait cru, en tous cas, apparemment. Les gens normaux étaient décidément une espèce en voie de disparition.

Le jeune homme grimpa de nouveau sur le rebord pour la rejoindre, veillant à ne pas la gêner dans ses mouvements, et se perdit dans la contemplation des toits, comme si elle venait de les lui faire remarquer.

- Ouais, c’est pas dégueu.

A ceci près qu’il caillait sévère. Il resserra sa veste contre lui en frissonnant. Ou alors ça venait de l’intérieur, c’était possible aussi. Ça lui donnait toujours trop chaud ou trop froid, cette connerie. Parfois même les deux à la fois. Il ne restait pas aussi longtemps, d’habitude, aussi… Mais maintenant qu’elle était là, et sa complice de surcroît, il était hors de question de se barrer juste pour une simple question de température. Il lui jeta un regard en coin, puis il eut une de ces idées débiles qu’on n’était jamais censés mettre en pratique. Il laissa sa veste glisser de ses épaules au sol et se tourna vers elle.

- Hey, tu veux danser ?

Il lui offrit la paume de sa main, et un haussement de sourcils vaguement interrogateur. Pour la forme, il ajouta même quelques pas d’avant en arrière à l’aveuglette, histoire de lui montrer l’intérêt du truc. C’était bien parce que c’était débilement périlleux que ça lui était venu. Sans compter que s’ils se tenaient, l’erreur de l’un avait de fortes chances d’entraîner l’autre. Ou même que l’un des deux en fasse basculer un vers le vide, qui savait ? Il ne lui faisait pas confiance, et c’était certainement mutuel… Mais c’était bien ce qui rendait l’entreprise intéressante.

Poussé par son pied, un petit caillou quitta la corniche, et dégringola jusqu’au trottoir.
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Sujet: Re: we are damaged, take controlMar 3 Nov - 23:53

Le cœur au bord du vide, elle le sentait s'affoler derrière ses barreaux d'os et de chair, s'agiter, terrifié, à l'idée de la chute. Autant la sensation n'était pas nouvelle, habituée qu'elle était des situations simili-suicidaires qui ne servaient qu'à se rendre vivant ; autant l'effet était toujours aussi grisant. Le sang qui afflue, les doigts qui tremblent, accrochés au bord du toit, l'esprit aux aguets, prêt à tout pour s'empêcher de tomber. Et puis, insidieuse, sournoise, l'apathie du quotidien, la réalité froide et imperméable qui susurrait et si... Et si on sautait? Et si un jour, s’asseoir au bord d'un toit n'était plus suffisant? Il suffirait alors d'augmenter la dose, de se frotter à la faux d'un peu plus près, la mettant au défi de parvenir à trancher la gorge. Il suffirait de lui sourire, de lui ouvrir les bras. De se tenir debout sur les rails, face à la locomotive, et de ne sauter qu'une milliseconde avant l'impact, presque désireux d'y laisser la peau. C'était peut-être ça, le chapitre final de son histoire. Qu'elle coulerait au fond du lac gelé, qu'elle se ferait renverser par un train, qu'elle attendrait une seconde de trop avant de déclencher le parachute ou qu'elle perdrait l'équilibre au bord d'un toit. Rien de grandiloquent, que du minable et du grotesque, à l'image du reliquat d'existence qu'elle s'évertuait à mener. Et si la chute ne la tuait pas?

Mais à l'heure actuelle, elle refusait de s'adonner à de telles pensées. Après tout, personne ne mourrait ce soir, et elle avait gagné un compagnon d'infortune, une autre âme qui avait besoin de mourir pour se sentir en vie. Parce que si le corps restait en l'air, l'esprit, lui, dégringolait à toute vitesse, mais sans doute bien plus longtemps, jusqu'au sol. S'enterrer dans le macadam. Mais le vent qui lui mordait les doigts appelait à plus grand, plus beau. Il suffisait de regarder le ciel, la lune pâle trônant au milieu des étoiles, fière et puissante. Il suffisait de s'abîmer les yeux à sonder l'immensité obscure qui, selon, les enveloppait ou les écrasait. Dès lors, tout semblait bien insignifiant. Dès lors tout ce qui vagissait à l'intérieur, tout ce qui bouillonnait et vivait dans sa tête pouvait bien disparaître pour quelques instants. Se rendre assez léger pour flotter plus haut. Au-dessus des toits, au-dessus des constructions humaines, au-dessus de l'Homme, dans sa bêtise et sa crasse. Le palier suivant, qui n'existait que dans ces secondes euphoriques où l'en-bas ne suffit plus. Peut-être qu'elle se fatiguerait moins à sauter qu'à s'évertuer à réfléchir. Ca ne donnait jamais rien de bon, la réflexion, chez elle. Après tout, dans le cas contraire, elle s'y adonnerait plus souvent, non?

Elle lui était reconnaissante d'avoir pardonné à ses excès, d'avoir ignoré ses outrances. Il avait fermé  les yeux sur ses fautes plutôt que de les pointer du doigt. Il aurait pu rester campé sur ses positions, la traiter comme une hérétique pour avoir si violemment réagi, il aurait pu s'insurger contre ses méthodes anti-suicide qui, même elle l'avouait sans peine, étaient aussi efficaces qu'une corde glissée autour du cou. Au lieu de ça, il venait s'asseoir à ses côtés, il venait vivre ces énièmes derniers instants avec elle, l'intruse. Sans doute s'était-il demandé, dans son coin, quel était son problème, à elle, pour changer d'attitude de manière aussi radicale, mais il avait dû juger que la compagnie pouvait lui aller. La tension redescendit aussi vite qu'elle était montée, lui laissant un frisson dans le creux du dos, alors que la brise venait lui lécher les os. Si elle tournait la tête, elle apercevrait son camarade d'infortune, son Peter assis à ses côtés. Elle fronça les sourcils, secoua imperceptiblement la tête, et refusa catégoriquement de laisser ses pensées s'égarer par là. Parce que si elle pensait à lui... Mais non.

Entendant sa supplique silencieuse, le jeune homme s'était relevé, attirant son regard et ses pensées vers lui. Elle l'observa quelques instants, se demandant s'il avait décidé qu'il allait partir après tout. Mais il se contenta de laisser sa veste tomber, et un autre frisson lui remonta la colonne vertébrale. Puis l'idée la plus insensée et la plus dangereuse de la soirée s'infiltra dans l'air, et elle n'eut à la considérer que quelques instants avant d'attraper la main tendue dans un sourire imbécile. Fébrile, elle se hissa sur ses pieds, se refusant à jeter un œil vers le sol. A la place, elle les riva sur le visage qui lui faisait à présent face. D'aucun aurait dit que c'était stupide. Que c'était complètement inconscient et qu'ils étaient fous et imbéciles de seulement se tenir là, alors danser! Mais ceux-là étaient incapables de comprendre, sans doute, le sentiment exquis que cela procurait, le vide béant qui se comblait quelques instants. Tout oublier à part les quatre pieds qui déambulaient malhabilement au bord du toit, à l'orée du grand voyage. Ses yeux étaient accrochés à ceux de l'inconnu, comme s'ils étaient capables de la retenir en cas de chute, comme si elle pouvait y trouver un point d'ancrage, un port d'attache pour s'empêcher de s'écrouler. Alors que s'ils tombaient, ils tombaient à deux. Elle avait attrapé son autre main, et ils dansaient tant bien que mal.

«Les yeux fermés!» Parce que ça n'était pas encore assez dangereux, parce qu'il y avait toujours cet étau qui lui écrasait le cœur, ces pierres au fond de son ventre. Il n'y avait qu'elle, qu'eux, pour mettre sa vie dans les mains d'un étranger quand les cadavres pullulaient. L'idée ne lui effleura même pas l'esprit. Que viendrait  faire un assassin sur un bord de toit au beau milieu de la nuit s'il cherchait une victime? Ses pas s'étaient ralentis, ne serait-ce que parce qu'elle avait fermé les yeux, sans se soucier de savoir si l'inconnu suivrait le mouvement. Quelque part, elle espérait qu'il ne le fasse pas, parce que si personne n'avait le contrôle, ils risquaient fortement de ne plus jamais poser le pied nulle part. Malgré elle, elle s'assurait presque inconsciemment qu'il y avait de la surface sous ses pas. Le silence nocturne était couvert des battements de son cœur et du sang qui courait trop vite, des bruits de leurs pas sur le toit.

Lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle était toujours en vie, à l'évidence, et peut-être même plus qu'avant. Certainement plus que quand elle avait quitté son lit, abattue, au beau milieu de la nuit. Elle lui lança un sourire, et lâcha ses mains, reculant de quelques pas pour rétablir une distance correcte entre eux. «Au fait, moi c'est Willow.» Parce qu'après tout, après avoir partagé une danse aussi dangereuse, ils pouvaient bien partager leurs prénoms. Elle tendit la main pour faire les présentations dans les règles de l'art, parce qu'il n'y a rien de tel qu'une poignée de mains à vingt mètres au-dessus du sol au beau milieu de la nuit sur le terrain de chasse d'un tueur en série.
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Sujet: Re: we are damaged, take controlSam 7 Nov - 23:42

Il sentit le sourire sur ses lèvres s’élargir. Sa main était gelée dans la sienne, mais elle se mêlait sans peine au froid ambiant, et il oublia la différence dès que leurs paumes entrèrent vraiment en contact. C’était incroyable, ce qui était en train de se passer. Ça dépassait ses simples sensations, à présent, c’était un jeu de miroir entre elle et lui à en oublier qui était qui, ou qui avait lancé le jeu le premier. Il n’y avait aucun doute d’un côté ni de l’autre, aucune résistance. Elle n’avait même pas mis une seconde avant d’accepter. Tout se coulait dans un même mouvement. Il l’aida à se relever, les yeux fixés sur son visage. Il s’était trompé. Cette danse, il l’avait lancée comme un défi, pour la voir tenter de surenchérir, pour attiser leur petit jeu en se positionnant comme son adversaire… Mais c’était un contresens, il le voyait bien, maintenant. On ne pouvait pas être meilleur et pareil, et elle était comme lui. Elle était presque lui. Ils faisaient partie d’un tout, là maintenant, les mains jointes et les yeux dans les yeux, à onduler dans l’obscurité. Il ne voulait plus la lâcher, plus la quitter du regard. Elle était l’écho de son manque, de sa douleur, et de tous les trucs inavouables qui pouvaient pousser quelqu’un à jouer à la roulette russe. La sentir exister le calmait un peu.

Ça ne durerait qu’un temps, il le savait. Les jeux dangereux étaient une escalade à vivre sur l’instant, et le leur était certainement la seule chose qu’ils avaient en commun, une fois l’échafaudage redescendu et le moment rendu à la nuit. Mais le savoir depuis le sommet de l’euphorie, abruti par un nouveau record de risque, ou l’ignorer totalement, c’était du pareil au même. Il s’en fichait. La vie, à fortiori la sienne, existait toujours en équilibre. En suspension entre une seconde et l’autre. La vie n’était jamais qu’un milliard d’instantanés mis à la suite, et celui-ci dépassait toutes ses attentes. Et ça continuait ! Sa surenchère lui arracha un rire ravi, et il se pencha vers elle pour vérifier si elle passait à l’acte, avant de pouffer de nouveau. Ils étaient des gamins. Ça faisait un bien fou. Ils étaient invincibles. Rien ne pouvait les atteindre tant qu’ils resteraient perchés là.

…Pourtant, il ne ferma pas les yeux à son tour. Il aurait été incapable de dire pourquoi. Il pouvait. L’idée ne lui faisait pas plus peur que de se tenir là les yeux grands ouverts, et ça n’aurait été que la progression naturelle de ce qu’ils faisaient déjà. Mais il ne le fit pas. Peut-être était-il plus sensible qu’il ne le croyait, et se sentait-il bien obligé de veiller sur elle, maintenant qu’elle lâchait tout. Ou peut-être appréciait-il de prendre le contrôle qu’elle voulait bien lui donner. Bien plus pervers. Il jeta un coup d’œil à ses pieds, et la trouvant un peu près du vide, lâcha un instant sa main pour l’aiguiller vers l’intérieur d’une légère poussée sur sa hanche. C’était quand même bâtard, cette incapacité innée qu’avaient les humains à aller droit les yeux fermés. Elle avait tendance à dévier, sûrement sans même s’en rendre compte. Il continua d’accompagner ses pas en silence. La fièvre s’essoufflait, il ne tremblait plus. Il s’habituait à l’altitude, ça y était, il n’y avait plus grand-chose à faire. Son estomac finissait toujours par se détendre, à force. Son cœur finissait toujours par se calmer et l’électricité par s’éteindre. Ce qui le surprit, en revanche, fut qu’il trouvait toujours le moment agréable. La présence de la jeune fille continua de le réconforter une fois le souffle retombé. … Hé bah. Fallait croire qu’il lui restait un peu de chaleur dans le cœur. Ou que ça faisait vraiment longtemps qu’il n’avait pas baissé sa garde avec un autre être humain, et qu’il avait oublié ce que ça faisait.

Il lui rendit son sourire tandis qu’elle s’écartait. C’était presque bizarre de la voir aussi polie après avoir été aussi loin tous les deux, mais il pouvait comprendre qu’elle veuille remettre un peu de distance, au propre comme au figuré. Willow. Comme le lac. Ça devait être dur à porter ces derniers temps. Mais il n’avait aucune envie de parler de ces derniers temps, aussi se retint-il de lui faire remarquer. Inutile de bousiller la rencontre avec des banalités, de toute façon. Aussi se contenta-t-il d’un gracieux hochement de tête et d’une poignée de main brouillonne. Il prit cependant une seconde avant de répondre. Un instant, il eut envie de dire Jonathan. Non pas parce que c’était son prénom officiel et qu’il trônait encore sur tous les papiers trop chiants à faire remplacer, mais parce que c’était celui qu’utilisaient ses amis, à une plus belle époque que celle-ci. … Une époque révolue, dont les occupants l’avaient déserté il y avait des années. Inutile de mettre ce souvenir sur le dos de Willow, si d’aventure ils devaient se revoir.

- Jimmy.

Il garda son sourire, et laissa un petit temps de silence s’installer. A vrai dire, il ne savait plus trop ce qu’il allait faire maintenant. Avant toute chose, bâiller et s’étirer. Voilà… Maintenant, quoi ? Il jeta un dernier regard à la silhouette des toits et aux lumières qui brillaient dans la nuit, au vide qui plongeait devant lui, récoltant un dernier affolement dans la poitrine, puis descendit enfin du parapet. Il était frigorifié, maintenant qu’il y faisait attention. Il frissonnait, et sa gorge menaçait de tousser à tout moment. Où avait-il été fourrer sa veste, au fait ? Ah oui… Il tira vainement sur les manches courtes de son T-shirt, puis s’entoura lui-même de ses bras, faute de mieux. Récupérer sa veste et se barrer, vraiment, était-ce ça le plan ? Lourder Willow aussi brutalement lui sembla impensable, mais son corps se rappelant à lui rendait l’idée de rester là de plus en plus pénible. Quelle heure était-il ? Encore trop tôt pour trouver quoi que ce soit d’ouvert, sûrement.

Il s’assit sur le toit pour lui accorder quelques secondes avant d’initier un mouvement, ramenant ses genoux contre lui.

- C’est fini, là. Tout ce que je sens, c’est le froid. Tu me suis chez moi ou le sommeil t’est revenu ?

Certes, c’était une proposition qu’on pouvait interpréter de différentes manières. Mais qu’elle le prenne comme elle voulait, comme ce qu’elle voulait entendre, ça ne le tracassait pas plus que ça. Qu’il s’agisse de sexe ou de manger des céréales dans le noir, il se ferait un plaisir d’improviser, comme toujours. Leur relation était déjà suffisamment spé pour ne pas s’en formaliser plus avant. Ce qui arriverait arriverait, tout le monde ici était majeur et vacciné.
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Sujet: Re: we are damaged, take controlDim 22 Nov - 22:57

Il y avait quelque chose de délicieusement absurde dans cette situation. Ce qu'ils faisaient, chaque pas, chaque sourire ou chaque coup d’œil, ne poursuivait aucun autre but que celui d'exister, d'être. N'avait aucun sens. Pas quand le monde, en bas, allait si mal. Mais ils n'étaient plus vraiment dans le monde, après tout. Pas dans ces instants suspendus entre la réalité et le vide, entre le rêve et le bitume. Ils avaient sauté à pieds joints dans une petite bulle, un univers de poche, greffé à l'autre, au douloureux, mais coupé de ses tourments pour quelques fragments de temps dérobés à la nuit, quelques secondes où l'instant ne battait plus la mesure. Un minuscule aparté dans le tourbillon du monde. Un presque rien de vie, au milieu d'un tout brisé. C'étaient quelques rires, des yeux fermés et une main tendue, c'était donner de son temps, un peu de sa vie, pour la voir revenir tout sourire, main dans la main avec une autre. C'était pas grand-chose, c'était sans doute un peu fou, mais c'était peut-être bien tout ce qui comptait, au final.

Les fantômes et les cauchemars étaient bien loin à présent, et l'instant l'avait dépecée de tout ce qui s'était construit autour du petit être qui avait eu des rêves, autrefois. Couche après couche, elle redevenait l'insouciance et les gloussements qui se faisaient écho entre des murs chaleureux. Avant que la mort et le drame ne viennent frapper à la porte, ne viennent laisser une première tache sur son âme. Mais il s'agissait de ne pas ruiner le souvenir avec des traces de sang. Aussi elle se contentait de courir à perdre haleine au milieu d'un champ dont les fruits, parce qu'à l'époque, il n'y avait que la douceur fruitée, et les champs de ses souvenirs ne voulaient se peupler que de sucre et d'ignorance, dont les fruits, donc, s'élevaient plus haut qu'elle vers le ciel. Les yeux clos, abandonnée au vide ou, plutôt, aux mains de Jimmy qui semblaient la remettre dans le droit chemin, c'était là-bas qu'elle fuyait. Et si elle plissait les yeux, elle pouvait l'imaginer courir aussi. Il y avait des éclats de rire et des épis de blé, ruisselant dans le vent et craquant sous les semelles.  

Jimmy, puisqu'il s'était présenté ainsi, lui rendit sa poignée de main. Quelque chose venait de naître, entre eux, même si Willow n'aurait su l'exprimer. Ni même l'imaginer. Ca n'avait pas de nom, pas d'étiquette, pas de visage. Ca n'avait pas d'existence, encore. C'était simplement quelque chose, nouveau, et c'était assez puissant pour lui rendre son sourire. Elle n'avait pas besoin de fouiller plus loin, d'aller leur chercher points communs et discordances, ils avaient déjà partagé la vie. Partagé une tombe. Et s'il n'y avait rien d'autre, c'était déjà plus qu'avec la plupart des visages qui défilaient dans les rues. Plus qu'avec ces figures inconnues qui apparaissaient et disparaissaient du champ de vision sans jamais prendre la peine de s'y arrêter. Mais, quelques fois, quelqu'un s'arrêtait quelque part, se tournait et offrait un mot, un sourire, une poignée de main, une grimace, une danse, des insultes. Marquait l'instant comme important, comme existant. Ici, et maintenant, c'était le visage à peine éclairé d'un jeune homme sans doute un peu plus jeune qu'elle, mais la nuit pouvait être trompeuse, qui serrait sa main avec hésitation sur le rebord d'un toit quelconque.

Puis il descendit du rebord, s'asseyant sur le toit. Willow l'observa depuis son perchoir, encore futilement accrochée à des sensations qui se tarissaient. La voix de Jimmy la fit presque sursauter, tranchant la nuit avec des mots aussi aiguisés. C'est fini. Un instant avant que la phrase suivante succède, elle se dit qu'il allait la jeter par-dessus bord. Oh, peut-être pas dans le vide, au-dessus des toits, mais qu'il la renverrait à la solitude qui l'avait poussée à se jeter sur le premier inconnu perdu au bord d'un immeuble. Que c'était la fin, et que plus jamais elle ne se sentirait plus vivante qu'elle l'avait été quelques minutes plus tôt. Le vide était toujours à portée de main, mais l'on s'habituait à côtoyer le vide, le vertige. A force, ça ne laissait plus qu'un vague malaise qui donnait plus la nausée que l'extase. A force, ça donnait envie de descendre, comme l'avait fait son camarade d'insomnie. Elle s'appliqua donc à l'imiter, parce qu'effectivement, il n'y avait plus que le froid qui s'infiltrait sous les vêtements et mordait le bout des doigts. Le regarder bras nus lui fit courir un frisson dans le dos.

Quelques instants, elle considéra sa proposition, ses options. Le sommeil n'en était pas une. L'adrénaline, ou quoi que ce soit que leur valse suicidaire avait déclenché, avait évincé, ou du moins retardé, les quelques grains de fatigue qui tentaient de s'imposer. Elle aurait fait n'importe quoi, sauf s'allonger dans un lit pour y dormir. Elle pouvait continuer son périple nocturne seule, mais l'idée ne l'enchantait pas outre mesure. Elle était suffisamment seule pour ne pas tourner les talons quand elle trouvait quelqu'un qui supportait sa présence. La décision était prise. D'autres, plus prudents, se seraient affolés de la voir suivre un inconnu chez lui sans crainte ni hésitation. Encore plus dans le climat de terreur constante dans lequel la ville était plongée. Mais elle n'y accorda aucune pensée, et si une toute petite voix susurra que c'était complètement stupide, elle se perdit dans la symphonie qui lui urgeait de le suivre. «Je te suis!» Ce fut son tour de lui tendre la main pour l'aider à se relever. Ce qu'ils feraient une fois chez lui, elle n'en avait pas la moindre idée, mais elle pouvait déjà profiter du chemin, elle trouverait sans doute une idée entre temps. Et si d'aventure elle n'en avait pas, elle s'arrangerait pour improviser quelque chose. Pour l'heure, elle alla se positionner en haut de l'échelle qui l'avait menée là, se tourna vers Jimmy dans un sourire. «On descend le plus vite possible!» Quelques échos se répondirent, une voix parentale grondant un 'on ne court pas dans les escaliers', mais elle n'écouta que son courage, ou peut-être sa folie destructrice, et s'élança aussi vite que possible. Son pied rata un barreau, et elle s'arrêta un instant, le souffle court, avant de repartir un rien plus calmement.

Une fois en bas, elle avisa la veste qui avait fait le grand saut à leur place, et la récupéra. «Tiens, c'est fou, j'ai trouvé ce truc par terre. Comme on dirait que tu trouves l'air frisquet...» Elle feignit l'étonnement dans un rire en déposant la veste sur les épaules de son comparse. Puis elle se tourna vers la rue déserte, regarda d'un côté, puis de l'autre, poings sur les hanches. Elle lui attrapa ensuite le bras, et le tira dans une direction au hasard. «Allez, viens.» Quelques pas plus loin, elle s'arrêta et lui lança un regard «Au fait, c'est par où?» Elle s'immobilisa à ses côtés, toujours accrochée à son bras, prête à se laisser guider. Abandonner le contrôle, volontairement, pour une fois, était délectable et inouï. Elle était rarement prête à un tel niveau de délégation et d'abnégation. Pas quand elle était sobre, pas par choix. Mais, là, elle rendait les armes, pour quelques minutes. C'était plus symbolique qu'important, mais elle se laissait porter par le courant. Qu'elle s'accroche à lui, symbole ou non, démontrait peut-être simplement son aptitude innée à s'attirer des ennuis, mais quand bien même, qu'est-ce qu'elle en avait à faire, au fond?
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Sujet: Re: we are damaged, take controlVen 11 Déc - 2:26

Il resserra son étreinte sur ses propres genoux, attendant sagement qu’elle prenne une décision. Lui dire de se magner la rondelle n’aurait fait que la braquer, de toute façon, alors il n’avait vraiment que ça à faire. Même si les secondes commençaient à lui mordre dans la chair et que le froid se teintait lentement de fièvre. Quelle idée de balancer sa veste par-dessus bord, aussi. Vraiment une idée de Jimmy parti dans son trip, ça, qui ne pensait pas une seconde à un possible futur, même pas celui de dix minutes plus tard. Il tourna la tête vers Willow, grappillant un peu de courage dans le lien indéfinissable qu’il y avait entre eux, et se surprit à espérer qu’elle vienne. Non pas que l’inverse chamboulerait franchement sa vie, non plus, mais il y avait tellement peu de chances pour qu’une rencontre aussi absurde se produise, s’arrêter là aurait été dommage, non ? Fatalement, ça donnait envie de pousser le truc plus loin. Voire même de regarder s’il résistait à la vraie vie, ou si ce n’était qu’un instinct de meute excité par l’adrénaline. Ce qui serait toujours ça de pris, d’ailleurs, il n’était pas trop regardant. Mais c’était une question à se poser.

Et à laquelle il aurait peut-être le loisir de répondre, finalement. Il eut un petit hochement de tête entendu, et attrapa sa main tendue pour se hisser sur ses pieds, sans ressentir le besoin de lui épargner son poids. La galanterie n’avait jamais été son truc, de toute façon. Il n’aimait pas l’implication que ça contenait, et Willow semblait plus que capable de danser sur un pied d’égalité avec lui, ça faisait partie de son charme. Ça et son sens inné de la psychologie, bien sûr. Hé, put… C’était qu’elle trichait, en plus, cette saleté ! Il s’élança à sa suite le long de l’échelle, une plainte de gamin au bord des lèvres, manquant de lui marcher sur la main à une ou deux reprises, sans se soucier des lourds échos de ses Docs sur l’acier de l’échafaudage. Ils pouvaient bien réveiller tout le voisinage qu’il n’en aurait rien à foutre. Etre un gamin aux côtés de cette fille sortie de nulle part, la faire danser, lui courir après, ça lui faisait du bien. Physiquement, c’était discutable, vu les plaintes qu’émirent son corps une fois revenu au bon vieux sol de béton, mais peu importait. Il ne pensait plus autant. Il se contentait de suivre, ou de mener, qui savait ? Il était juste là, dans le noir, à murmurer un "Gnagnagna"  idiot tandis qu’elle le traitait à demi-mot de frileux. Exactement comme il l’aurait fait avec ses potes geeks s’il avait eu onze ans.  Avec la même fausse pudeur, la même affection.

Il lui avait manqué, ce Jimmy-là. Il ne pouvait pas le laisser s’installer, plus maintenant, il était trop tard pour être attachant maintenant qu’il allait crever, il n’était pas sadique à ce point … Mais bon. Il n’allait pas crever ce soir, non plus. Tant que ce n’était qu’une aventure d’un soir – au sens propre, même s’il n’avait rien contre le figuré en théorie – les risques restaient minimes. Il verrait ça plus tard, quitte à passer pour un lunatique de première ; ou pire, à un protagoniste de romans pour adolescentes, avec toute la sauce "je t’en prie fuis-moi"  à en dégobiller… Mais plus tard, on avait dit. Il se recentra donc sur la jeune fille qui le traînait par le bras, qui venait apparemment de se rendre compte que pour aller quelque part, il fallait savoir où c’était. Certes. Il laissa échapper un petit ricanement et ce fut son tour de la traîner par la manche, vers le coin sombre où il avait garé sa moto. Etrangement, ça ne parut les perturber ni l’un ni l’autre. Jim se contenta d’ouvrir le coffre et d’en sortir son casque, puis de lui lancer un sourire provocateur.

- Sinon, dans le genre confier sa vie à un inconnu, j’ai aussi ça. T’as déjà tenté, la vitesse ?

Jouer avec la hauteur n’était pas une garantie que l’on avait essayé tous les types de rush, non plus. Même à lui, il en manquait quelques-uns, comme la drogue ou le sport, tous deux proscrits pour raisons de santé. Enfin, pour raisons de prolongation de vie, mais pssht, même chose. Il était question de Willow, de toute façon, et de l’allure à laquelle ils allaient rentrer. Est-ce qu’elle serait aussi prompte à fermer les yeux et à s’abandonner, maintenant que leurs têtes avaient eu le temps de refroidir ? Surtout que dans le genre acte de foi, on pouvait difficilement faire pire. Entre quitter un rebord et quitter une moto en marche, on venait de passer un niveau. Après, honnêtement, si on faisait les comptes, Jim trouvait sa maîtrise de la moto bien moins hasardeuse que celle de son corps en altitude … Mais Willow n’avait aucun repère, elle, et aucune raison particulière de le croire s’il lui disait qu’il maîtrisait. Il la laissa donc décider aveuglément, sans lui donner plus d’informations que ça, et s’employa à tousser violemment. Tiens, bah, elle se réveillait, celle-là. Un quart d’heure sur un toit venteux et c’était maintenant qu’elle décidait de se manifester. C’était sans doute une chance, remarquez, mais quand même… Il lui tourna un instant le dos pour éviter de lui cracher dessus. Putain, il n’y voyait rien, pourvu que ça n’atteigne pas ses vêtements. C’était tellement dur à nettoyer, le sang, surtout sur du cuir…

- Hkkff, khhff, khff… T’en fais pas, ça passe… Hkkf, hkff. J’ai dû prendre froid.

Il était tellement crédible quand il sortait ce genre d'énormités, c'était dingue. Du même acabit que les mensonges que sortaient les gens quand ils tentaient de se convaincre eux-mêmes. Il se passa doucement la main dans les cheveux, s’essuya le coin de la bouche du revers de la manche et se retourna enfin. Tout baignait. Ce n’était qu’une occurrence normale, après tout. Il ne ressentait rien de particulier.

La routine.
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Sujet: Re: we are damaged, take controlDim 13 Déc - 2:15

La vie, avait décidé Willow, était trop courte et foutrement trop mal faite pour s'en préoccuper. Elle n'avait pas encore exactement décidé du pourquoi et du comment, ni même de ce qui ne valait pas la peine qu'on s'en inquiète, mais elle se ferait un plaisir d'y réfléchir lors de sa prochaine insomnie. Pour l'heure, ce 'nouveau' constat fraîchement établi, libérée, donc, de toute forme de préoccupation, elle se sentait merveilleusement bien. Exagération? Peut-être. Probablement. Mais si l'on étudiait la courbe de ses fluctuations émotionnelles, le petit trait aurait fait une fantastique remontée au milieu de la nuit. Ca n'était pas rien, même si l'on était loin du plafond. Cette liberté lui permettait de danser au bord d'un toit ou de courir en descendant une échelle. Le bruit, le risque, l'éventuelle douleur, les apparences même, tout ça n'entrait pas en ligne de compte. Parce que tout bien considéré, ils n'avaient pas l'air malin. Si quelque vieillard grisonnant s'était trouvé témoin de leurs enfantillages, il aurait secoué la tête et soupiré en maudissant cette nouvelle génération d'imprudents, voire d'abrutis, aurait-il dit à sa femme, avant de s'en retourner à son fauteuil, son chat, et son feuilleton, en pestant contre ladite génération, le gouvernement et tous les autres responsables de cet échec.

Mais elle n'était ni vieille, ni aigrie, et le bol d'air frais, le bol de fraîcheur était plus que bienvenu. Une petite parenthèse rythmée par la vitesse à laquelle ils trouvaient une nouvelle idée. Jusqu'à ce qu'ils s'essoufflent, ou qu'ils meurent. Ou peut-être qu'ils parviendraient à l'accalmie, interlude paisible avant de reprendre chacun son chemin épineux. Parce que les routes pavées n'amènent pas au bord des toits. Les routes pavées n'amènent pas de rencontres hasardeuses aussi intenses. Willow se laissa guider en silence, tous les réflexes normaux aux abonnés absents. Parce qu'une jeune fille seule dans la nuit ne se laissait pas traîner par le bras dans un coin sombre et ce, meurtrier ou pas. Une fois encore, pas la moindre hésitation. Elle faisait suffisamment de sport pour s'en sortir contre un adversaire comme Jimmy. D'autant que pour le moment, il était plus partenaire de danse qu'ennemi mortel.

Son sourire resta figé sur place quelques secondes en apercevant le véhicule. Puis elle ravala les mauvais souvenirs qui n'avaient rien à faire ici, et lança un clin d’œil à son comparse. Elle savait mieux que quiconque qu'il n'y avait pas besoin de vitesse pour qu'une excursion en véhicule motorisé finisse en drame. Un petit rien, une toute petite seconde d'inattention, un moment de distraction. Les enfants qui babillent et s'amusent sur la banquette arrière, le son des rires qui emplit l'habitacle. Un truc aussi bête qu'un ballon rouge. Et paf, plus rien. Willow eut le regard un peu vague quelques instants, ce qui explique peut-être qu'elle n'ait pas réagi tout de suite à la quinte de toux qui avait saisi Jimmy. Sûrement d'autres éclats de verre, pas vrai? En vérité, elle ne se rappelait pas vraiment de l'accident. Mais son esprit s'était assuré qu'elle ait son lot d'images sanglantes pour compenser les vrais souvenirs. Hey, hey! Elle se secoua, presque physiquement, sortant son regard de l'épave de la voiture pour se concentrer sur l'instant présent. Jimmy. Qui, à en juger par le bruit, crachait ses poumons. «Tu vas bien?» Une main sur l'épaule, juste au cas où il s'écroule. Parce que c'était un peu l'impression qu'il donnait, là, tout de suite. On aurait pu la féliciter pour le train de retard, mais elle avait des circonstances atténuantes, pas vrai? La réponse, ou plutôt l'excuse, de Jimmy, lui fit hausser les sourcils face au dos de sa veste. Une analyse rapide de la phrase disait conneries mais elle n'était pas exactement bien placée pour juger de son état. Ils étaient de parfaits inconnus, après tout. Ça n'était pas son problème. Pas vrai? «Forcément, à balancer sa veste par-dessus bord aussi!» Elle laissa tomber le sujet. Pour l'instant, du moins.

Willow avait retrouvé le sourire quand Jimmy lui refit face, bien décidée à ne pas l'agresser avec des questions déplacées et à ne pas laisser ça gâcher l'ambiance de leur soirée improvisée. «Bon, on y va ou on attend que tu crèves de froid?» Grimper en moto derrière un inconnu, sans casque, ça serait définitivement à ajouter à sa liste des choses les plus insensées et dangereuses qu'elle ait faites. Mais ainsi soit-il, comme ils disent. Elle prit place, un peu moins assurée que quelques minutes plus tôt. Elle préférait la hauteur à la vitesse. Surtout quand elle ne contrôlait pas ladite vitesse. Mais c'était là tout l'intérêt de la chose, non? Elle pouvait courir jusqu'à avoir envie de vomir ses entrailles, se pencher au-dessus du vide jusqu'à avoir peur de tomber, boire jusqu'à oublier ce qu'elle faisait, mais ça n'était rien que de l'habituel. Ca, en revanche, c'était rare, c'était dangereux. C'était excitant.

Lorsqu'elle desserra ses doigts des flancs de Jimmy, auxquels elle était agrippée depuis que le moteur de cet engin avait démarré, elle était persuadée qu'elle aurait fait un trou, si ce n'est dans sa chair, au moins dans ses vêtements. A l'évidence, non. Et à part s'accrocher comme si sa vie en dépendait, quelle ironie, elle n'avait rien fait d'autre, les yeux fermés pour profiter de la sensation. Et parce qu'il lui était physiquement impossible de les garder ouverts. Une fois de nouveau sur la terre ferme, il lui fallut s'asseoir quelques instants, juste à l'endroit où elle était descendue. Le temps que ses genoux arrêtent de trembler. «Ca, ça c'était génial!» De nouveau sur ses pieds, elle lança un grand sourire à Jimmy, passa une main dans ses cheveux pour leur redonner un volume correct, et s'avança vers l'entrée de l'immeuble. «C'est là?» Il lui traversa brièvement l'esprit qu'elle n'avait pas la moindre idée de ce qu'ils allaient faire une fois en haut. Mais elle était certaine qu'ils trouveraient une idée, quitte à faire un combat d'épée avec des stylos, ou un château fort avec des couvertures, ou encore redescendre jusqu'au premier étage par les balcons s'il y en avait. Ou même regarder un film d'horreur, avant de descendre à la cave. Elle n'était pas difficile, et pas en manque d'idées, à défaut d'en avoir des bonnes. «Après vous, monsieur.» Elle s'aventura dans le hall à sa suite, attendant que son acolyte ouvre la marche.
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Sujet: Re: we are damaged, take controlMar 2 Fév - 5:28

Elle le serrait vachement fort. Il sentait ses doigts s’enfoncer dans sa peau malgré la couche de coton et de cuir qui les en séparait. Est-ce qu’elle avait vraiment si peur que ça, ou est-ce que c’était juste dans l’attente d’un coup de pute de sa part, ça, il n’aurait su le dire, mais il sentit un petit fond de culpabilité lui ceindre la poitrine, l’espace d’un instant… Puis disparaître, parce que c’était le but, après tout. Il maîtrisait suffisamment pour ne pas plus s’inquiéter pour Willow qu’il ne s’inquiétait pour lui-même. Ironiquement, et malgré ce que la principale intéressée devait en penser là maintenant, les risques ne venaient pas de lui. Il pencha en serrant le virage, histoire de rendre le truc intéressant, puis continua d’accélérer. Rien de folichon, à son sens, ils étaient presque dans les limites de vitesse, mais les sensations restaient relativement violentes, c’était le principe. Et l’intérêt du truc. Il fit quelques détours, le temps d’apprécier la vitesse, puis s’arrêta en douceur devant son immeuble. Non pas que l’idée de finir par un dérapage contrôlé ne lui chatouille pas tous les muscles, mais il était quand même capable de reconnaître une mauvaise idée lorsqu’elle s’installait dans son cerveau. Il était trop tard, il n’y voyait rien, il était trop fatigué. Et puis avoir une victime potentielle accrochée au dos lui donnait mauvaise conscience, qu’il ait envie de l’admettre ou pas. Il mit pied à terre.

Il lui fallut quelques secondes pour remarquer que sa passagère avait coulé jusqu’au sol. Merde. Il balança son casque dans le coffre pour s’assurer qu’elle était en vie, une vague question au bord des lèvres, lorsqu’elle reprit la parole. Ah bah tiens. Ça n’aurait pas dû le surprendre, remarquez, elle était aussi incorrigible que lui… N’empêche que c’était sympa de savoir qu’il ne l’avait pas encore terrorisée, ça donnait du potentiel à la nuit qui restait. Il la qualifia d’un petit hochement de tête entendu, un peu trop fier de lui-même, et la regarda reprendre leur chemin comme si de rien n’était. C’est qu’elle ne s’arrêtait jamais, cette bête-là. Il verrouilla donc son précieux engin et la dépassa, trop fier pour la laisser tout mener jusqu’à son propre immeuble. Non pas qu’elle ait franchement l’air de chercher la compétition, mais c’était sur ça qu’ils avaient basé leurs rapports, alors il n’était pas certain de pouvoir faire autrement. Ou de le vouloir, parce qu’arrêter d’être sur la défensive et lui foutre la paix demanderait beaucoup plus de confiance qu’il n’en avait en stock. Certes, c’était arrivé sur le toit, mais ils n’étaient plus sur le toit, et le moment avait changé de ton. Ils en étaient au moment maladroit et mal foutu de la suite, maintenant. L’adrénaline quittait leurs circuits, ils n’avaient plus de plans particulier en main, et la lumière dégueulasse qui baignait le couloir venait d’effacer tout mystère. Il lui jeta un regard en coin en attendant l’ascenseur. Elle faisait jeune, elle aussi. Un peu fille de bonne famille. Compte tenu des circonstances et de l’heure, elle arrivait même à être jolie.

Il garda le silence dans l’ascenseur. De toute façon, il n’aurait pas su quoi dire. Rester planté là, contre le mur, et lui envoyer des petits sourires complices de temps en temps était beaucoup plus simple que de s’expliquer ce qu’ils étaient en train de faire. A vrai dire, il ne savait même pas pourquoi il l’avait invitée chez lui, d’où il avait sorti ça. Parce qu’ils n’avaient nulle part d’autre où aller, sans doute. Et puis ce n’était pas comme s’il considérait son appart’ comme un sanctuaire sacré ou quoi, c’était juste quelque chose qu’il n’avait pas l’habitude de faire, c’était tout. Il se passa la main dans les cheveux, parcourant le couloir sans vraiment regarder si son acolyte suivait. Est-ce qu’il fallait qu’il planque ses pilules ? Qu’il couvre son planning ? Il était trop crevé pour ces considérations-là, mais l’instinct de paranoïa survivait à l’heure, il fallait croire. Bof, il … Il irait aux toilettes avant elle et fourrerait tout dans l’armoire, voilà tout.

Il tourna la clé dans la serrure, constatant avec agacement qu’il n’avait pas fermé à double tour, et s’effaça pour la laisser entrer. Hey, c’est qu’il faisait bon, dans cet appartement. Il avait dû laisser le chauffage. Fermant habilement la porte au nez du chat qui tentait de s’échapper, Jim s’accorda un soupir. Etrangement, il laissa la lumière éteinte. Il avait eu l’esquisse d’un geste automatique vers l’interrupteur, mais son bras s’était rangé tout seul. Le noir partiel lui semblait plus logique. Rassurant, dans un sens. Il connaissait l’espace par cœur, de toute façon. Quant à Willow, ses yeux s’habitueraient. Il lourda sa veste en direction du canapé et pénétra dans la cuisine, sans faire de commentaire. Il doutait fortement qu’elle en fasse, elle non plus. Ils avaient beau se trouver là sans vraiment savoir pourquoi, ils semblaient quand même partager la même volonté de rendre tout ça naturel, et d’éviter les questions. S’ils s’étaient posés une seconde pour se demander pourquoi, tout se serait écroulé, de toute façon. Rien de ce qu’il y avait entre eux ne s’expliquait. C’était là, c’est tout.

- Fais comme chez toi. T’as faim ? Je peux te faire un petit déj’, si tu veux.

Oui, pour une raison inconnue, le petit-déjeuner était encore le repas qui semblait le plus approprié pour cette heure indue. Allez savoir. Il avala une demi-tasse de café qui traînait sur le comptoir, et revint se poser dans le canapé pour enlever ses chaussures.

- Oh, si tu veux qu’on couche ensemble, tiens-moi au courant, aussi, que je m’endorme pas avant.
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Sujet: Re: we are damaged, take controlMer 2 Mar - 10:43

A force de vivre dans la large bâtisse qu'elle partageait avec Adam et d'autres colocataires, elle en aurait presque oublié l'allure et l'étroitesse d'une cage d’ascenseur et d'un hall d'entrée. C'était bête à dire, et encore plus à réaliser. D'autant qu'il y avait bien Michaela qui vivait dans un appartement, mais sans doute l'heure avait-elle à voir avec le sentiment étrange qui venait lui chatouiller le bout des doigts. Pas qu'elle ait la moindre idée de l'heure qu'il était, mais il était tard, ou plutôt très tôt, et cela la ramenait plus à son propre appartement, celui qu'elle avait avant, qu'à un autre. Elle suivit Jimmy dans la boîte métallique, oubliant de se dire qu'il aurait pu utiliser l'espace clos pour l'étrangler. D'autant que, maintenant qu'il y avait un tant soit peu de lumière, toute crainte de strangulation ou d'autres maltraitances se trouvaient dilapidées. Disons qu'elle avait eu un minimum d'entraînement, au commissariat, et qu'elle faisait suffisamment de sport pour ne pas avoir peur d'un gringalet comme son nouveau camarade. Mais, de toute manière, elle n'avait pas peur, et le silence était confortable. Comme s'ils se connaissaient depuis bien plus longtemps que les quelques dizaines de minutes qu'ils avaient passé ensemble. Ils donnaient l'impression de connaître la danse, chacun tombant en rythme dans les traces de l'autre, suivant le mouvement ou offrant l'idée au bon moment.

Le hasard faisait de drôles de choses. Qui aurait pu prédire qu'elle finirait par le suivre chez lui, quelques secondes après ses premières phrases? Pas elle, c'était certain. Pas qu'elle s'en plaignait, figurez-vous. Elle n'en était même pas surprise, justement parce que tout s'était fait avec une fluidité étonnante. Et ils disaient que les jeunes n'étaient plus sociables, de nos jours. Les portes de l'ascenseur ouvertes, elle avait suivi le mouvement jusqu'à l'appartement de Jimmy, se souvenant vaguement qu'il faudrait aller travailler, dans quelques heures. Ou quelques heures plus tard. Et avec cette réalisation, elle acceptait que sa journée allait forcément être désagréable, parce que la fatigue faisait toujours tout aller de travers. Les objets avaient beaucoup plus tendance à tomber, les boissons à se renverser, les gens à vouloir des choses invraisemblables et les heures à oublier de passer. Rajoutez à cela la somnolence quasi-permanente qui viendrait l'accompagner toute la journée, les réflexes ralentis et l'envie furieuse de s'étaler là et de dormir jusqu'au lendemain ; et l'on avait la journée parfaite. Mais après tout, une nuit pareille ne valait-elle pas l'inconfort qui en découlerait? Ca n'était tout de même pas de sa faute si elle était tombée sur Jimmy, si?

Elle le précéda à l'intérieur, jetant un œil aux alentours baignés d'obscurité. Lumières éteintes, c'était sans doute plus logique, même si ça la désavantageait un peu. Leur aventure nocturne perdrait tout son sens, sous l'éclat blafard d'une ampoule. Elle jeta un regard désintéressé au chat, et n'y pensa plus. Elle n'avait jamais été une grande amie des animaux. Pas qu'elle ne les aimait pas, elle pouvait même se surprendre à apprécier leur compagnie, mais elle ne leur portait, et ne leur trouvait, pas d'intérêt particulier. Peut-être que la politesse aurait voulu qu'elle reste poliment près de la porte avant d'être conviée à aller à droite, à gauche, s’asseoir, où que ce soit. Qu'elle ne se permette pas de rentrer franchement comme si elle rentrait chez elle, et qu'elle n'aille certainement pas calmer ses jambes encore fébriles de leur course-poursuite en tâtonnant à la recherche du canapé et en s'y laissant tomber, réussissant à rassembler assez de savoir-vivre pour ne pas sauter dessus et s'y étaler comme un éléphant sur un lac gelé. Le tout, bien sûr, dans un «Ah» de satisfaction. L'adrénaline quittait le navire, et les heures de sommeil ratées, elles, grimpaient à bord, lui faisant prendre conscience que si, ses yeux brûlaient déjà un peu et que, finalement, l'idée de crapahuter dans l'immeuble ou même dans l'appartement n'était plus si alléchante. Plus autant que le canapé sur lequel elle avait jeté son dévolu.

«Je vote pour le petit-dèj, je vote tellement pour le petit-dèj.» Son dernier repas semblait bien loin, après tant d'aventures. Imitant le maître des lieux, elle retira ses chaussures à son tour. La phrase suivante reçut pour réponse un éclat de rire. Réponse qui aurait pu être inappropriée et potentiellement blessante, mais c'était plus la formulation incongrue que la proposition en elle-même qui l'avait fait rire. Pas qu'elle en ait l'intention. Mais tenter d'expliquer tout ça semblait bien trop compliqué et risqué, aussi se contenta-t-elle de poursuivre sur le même ton de plaisanterie confortable qui s'était instauré. «Non, je pensais plutôt à des toasts, des céréales, ce genre de petit-dèj là.» De bien des manières, ce petit morceau de conversation aurait pu tout faire rater. Qu'un inconnu aille vous lancer ça, et la porte aurait sans doute rapidement claqué derrière elle. Mais Jimmy lui donnait toujours cette même impression de familiarité, comme si c'était une blague faite par un ami de longue date. «T'as quoi comme films? T'as des films?» Classique, certes, mais d'un autre côté, qu'est-ce qu'ils allaient bien pouvoir faire entre elle qui avait pris racine dans le canapé et Jimmy qui menaçait -verbalement, du moins- de s'endormir incessamment sous peu? «Ca te dit, un film? Ou tu préfères faire le tour de l'immeuble en caleçon à cloche-pied avec un coussin sur la tête en chantant?» S'arrachant au sofa, elle partit à la recherche d'éventuels films, supposant que Jimmy prendrait la première option. Rien que l'idée de retourner dans la nuit froide manqua de lui arracher un frisson. «Bon, je trouve pas.» Elle n'avait pas cherché très longtemps, de toute manière. «Hey, si tu mettais quelque chose? Et je nous fais un petit-dej, au pire? Ca, je devrais trouver.» Elle s'était dirigée vers l'espace qui ressemblait à la cuisine, à pas hésitants, de peur de foncer dans un meuble inattendu, et s'était tournée vers Jimmy pour quêter son approbation avant de passer le rideau qui servait de porte. «A vos marques, prêts... c'est parti!» C'était un peu stupide, comme compétition, mais ils n'avaient jamais prétendu être des adultes matures après tout. C'était d'autant plus stupide qu'elle avait très peu de chances de l'emporter. Et qu'elle n'avait fait aucun mouvement pour se dépêcher. Mais soit, c'était parti.
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Sujet: Re: we are damaged, take controlMar 19 Avr - 1:42

Il fit glisser ses chaussures de ses pieds, puis les balança en travers du mètre carré qui lui servait d’entrée. A ses côtés, Willow riait toujours. Il s’enfonça dans les profondeurs du canapé, hésitant entre plusieurs réactions. Du reste, il ne savait pas vraiment à quoi il s’était attendu. Il avait sorti ça de nulle part, juste pour que ce soit dans l’air, juste pour ressentir la possibilité traîner dans leurs échanges, mais il ne pensait même pas qu’elle y répondrait, dans un sens ou dans l’autre. Boaf. Il bâilla bruyamment. Tout ça n’avait absolument aucune importance, et il était bien trop tôt ou trop tard pour s’attarder sur des miettes de sentiments dans les recoins, alors il bazarda le tout, et la pensée s’évapora d’elle-même. La perspective d’avaler quelque chose de chaud après avoir hanté les hauteurs aurait distrait n’importe qui. Il émit donc un vague bruit d’assentiment, et espéra silencieusement que ce serait à Willow de lever ses augustes fesses du canapé pour combler cette vision.

En même temps, vu tout ce qu’elle déblatérait à la minute, ça ne lui semblait pas si impossible que ça. C’était qu’elle pétait la forme. Si c’était juste un truc de personne normale ou si de la caféine lui coulait dans les veines, ça, il aurait été incapable de le dire, mais elle était restée perchée, ça, c’était sûr. Où trouvait-elle encore l’énergie de s’agiter comme ça ? Il avait pleinement conscience d’être un cas particulier, mais quand même. Maintenant qu’il avait cessé de bouger, son corps avait sauté sur l’occasion de le bombarder de reproches, et il n’était même pas sûr de pouvoir se lever.  Non pas qu’il soit particulièrement tenté par l’idée, remarquez. Mais bref. Ce qu’il tentait de dire, ou d’établir dans sa tête, c’était que franchement, se traîner un corps malade et fragile craignait, et qu’il ne le souhaitait à personne. Il enterra son visage sous son bras tandis que son hôtesse investissait la cuisine. Sa tentative de lancer un nouveau jeu lui parvint de loin, et il l’ignora. L’ignora, ou ne l’entendit pas vraiment, peut-être, parce qu’un silence perçant menaçait de lui déchirer le crâne. Oh… Dans quelques secondes, tout allait se mettre à tourner. Déjà qu’il avait du mal à penser, ça n’allait pas franchement l’aider à être cohérent à quatre heure du mat’. Il glissa le long du canapé pour s’allonger, les parois du monde continuant de trembler autour de lui, et attendit.

Une fois le brouillard un peu dissipé, il réussit à se dire que Willow prendrait de toute façon bien plus de temps pour trouver les céréales et les bols qu’il ne prendrait de temps à allumer la télé, mais il n’arriva pas à se rappeler l’intérêt du concours, ou celui de tenter de se lever. Il ouvrit les yeux, contemplant une épaisse couche d’obscurité qui devait être le plafond, et soupira. Il commençait à se rappeler à quel point il se sentait seul, enfermé dans son corps et dans son silence. Non pas qu’il ait tellement d’autres choix, parce que multiplier les invités à son enterrement n’était pas le but, mais même … Même s’il avait voulu., la maladie finirait juste toujours par s’inviter, et teinter tous les rapports qu’il avait. De pitié ou de défiance, selon si la personne savait ou pas, et s’il ressentait le besoin de mentir. Jamais rien de franchement réjouissant, ou qui donne envie de continuer aux participants, en tous cas.

Peut-être était-ce pour ça qu’il avait rendu les armes devant Willow. Parce que tant que ça ne restait qu’un moment continu et que demain matin n’existait qu’en théorie, il n’y avait aucune question à se poser. Pas même celle de lui cacher sa fièvre, qui pouvait facilement passer pour une bête crise de sieste dans le noir. Et que c’était quelque chose, même si ce n’était pas très défini et qu’il y avait peu de chances pour que ça débouche sur quoi que ce soit. Les humains étaient des animaux sociaux, et malgré tous ses efforts, même lui ne pouvait échapper à cette règle. Alors il se retrouvait là à grappiller une relation avec cette fille qu’il connaissait à peine. Il aurait sûrement dû trouver ça pathétique, il ne réussit qu’à trouver ça logique.

Il s’essuya le front du revers de la main, et s’entendit lui adresser une banalité quelconque, juste histoire de prouver qu’il n’était pas encore mort.

- Y a de la pâte à pancakes toute prête quelque part, si tu veux, fais-toi plaisir.

Il prit une profonde inspiration et roula sur le côté pour pouvoir tâtonner le sol, à la recherche de la télécommande. Merde, elle voulait dire un truc à voir ou à écouter ? Il se repassa ses dernières phrases à moitié écoutées à la recherche de la nuance, sans grand succès. Bof, au pire elle se plaindrait. Il n’avait aucun doute sur la capacité de Willow à formuler ses réclamations à voix haute. Il alluma donc la minuscule télé qui traînait là sans grand enthousiasme, forcé de plisser les yeux à la vague de lumière blanche qui inonda la pièce, et zappa d’un index paresseux à travers les programmes de la nuit.

La fièvre cédait du terrain, maintenant. Elle devenait presque confortable. Elle, et le chat qui venait de se décider à lui grimper dessus et à l’utiliser comme coussin, et les ombres des rares voitures qui passaient dans la rue, et le bruit de Willow qui farfouillait dans la cuisine… Il y avait soudainement quelque chose de particulier dans ce moment, un genre d’intimité qui lui avait profondément manqué, même s’il ne s’en était pas vraiment rendu compte jusqu’à maintenant. Se sentir chez soi, ou quelque chose comme ça. C’aurait été un bon moment pour mourir, à choisir.
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Sujet: Re: we are damaged, take controlMar 17 Mai - 22:33

Elle sentait bien qu'elle s'épuisait sur du temps emprunté. Emprunté à la journée suivante, où la fatigue viendrait empiéter sur l'énergie, alourdir les paupières et les jambes. Emprunté à Jimmy, peut-être, qui semblait tout au bout de sa propre corde; emprunté au moment qui, finalement, ne promettait plus rien d'autre que le repos. Mais demain était un concept auquel elle ne voulait pas penser maintenant, même alors qu'il approchait à grandes enjambées pour venir lui marcher sur le corps qui, certainement, allait lui dire le fond de sa pensée lorsqu'elle finirait par le poser quelque part. Pour l'instant, elle parcourait la cuisine de son hôte sans vraiment se rappeler ce qu'elle y cherchait à la base. Finalement, le sommeil était en train de la rattraper, elle aussi, et courir dans l'autre sens semblait trop éreintant et trop futile pour qu'elle s'y essaye. Jimmy, lui, avait l'air tout bonnement épuisé. La toux qui l'avait secoué, plus leurs péripéties et dieu savait combien d'heures il avait passé sur ce toit avant qu'elle n'arrive, le tout lui donnait bien le droit de tomber comme une masse dans son propre canapé. Du coup, elle se demanda un instant si elle ne ferait pas mieux de partir. L'air froid, la fatigue, la nuit noire et le manque de véhicule lui firent reconsidérer cette possibilité. Et puis au moins, elle avait échappé à la solitude. Et il l'avait invitée, peut-être que chacun chassait les fantômes de l'autre.

La vie d'adulte ne lui réussissait pas vraiment. A part se balancer d'une tasse de café à une autre journée de boulot, il n'y avait pas grand-chose à faire. Les contacts avec les autres avaient perdu de leur proximité et de leur charme et, si elle avait de très bons amis, rien ne comparait avec ce sentiment étrange d'inconnu et de confiance à la fois. Jimmy ne la connaissait pas, il ne l'associait pas avec le Poète, avec ses méfaits, avec la mort et la perte. Elle n'était rien d'autre qu'une autre fille un peu bizarre qui se promenait dans la ville au milieu de la nuit et qui voulait bien prendre des risques inconsidérés juste pour le plaisir. Ca lui allait bien, de n'être que ça. Pas de pression, pas d'attentes, pas de passé. Cette nuit, et peut-être les suivantes, si d'aventure ils se recroisaient, ils n'existeraient pas en dehors du moment présent. Ils ne viendraient de nulle part et y retourneraient après. Il y avait quelque chose de libérateur, là-dedans. Comme deux gamins qui se seraient croisé au parc et auraient sympathisé instantanément, partant à la conquête du toboggan, du bac à sable, sans aucun autre but que de passer le temps et de s'amuser ensemble. Grandir, c'était perdre cette confiance instinctive que les enfants accordaient à tort et à travers. La vie mettait, au milieu de tout ça, quelques barrières, de la méfiance, des bâtons dans les roues qui ressemblaient plutôt à des coups de briques dans les tibias. Elle enfantait la peur de l'autre, cultivait les défenses qui, d'elles-mêmes, n'avaient pas trop su qui elles devaient éloigner, jusqu'à ce qu'il devienne évident qu'elles devaient éloigner tout le monde. Que le danger était partout, dans tout le monde, et que suivre un inconnu aveuglément était au mieux stupide et au pire complètement suicidaire. La vie d'adulte, c'était le no man's land entre l'individu et l'inconnu, mais elle venait de prouver qu'on pouvait s'autoriser à traverser, parfois.

Lorsqu'elle regagna enfin le canapé, elle avait cédé une bonne partie des commandes au sommeil qui lui courait après depuis des heures, et elle nota vaguement, à l'arrière de son esprit, que leur cavalcade avait vraiment l'air d'avoir abîmé le pauvre Jimmy. Elle avait réussi, après maints essais, à localiser de quoi leur préparer quelque chose pour achever de les réchauffer. Le café semblait hors de propos, à quoi bon tenter de se réveiller quand il était évident que le canapé de Jimmy serait leur dernière demeure pour cette nuit? Elle avait alors opté pour du lait chaud, étant donné que la perspective d'avaler quelque chose de solide lui laissait finalement déjà un poids sur l'estomac. C'était donc avec les deux tasses qu'elle avait rejoint son hôte, se hissant hors de ses chaussures à son tour. Le silence était devenu confortable, drapé autour de ses épaules comme une couverture chaleureuse, et elle se laissait glisser dans le moment comme on se glisse entre ses draps. Les yeux fixés sur les images qui passaient à la télévision, elle ne tarda pas à ne plus vraiment les voir. Dans un sursaut de conscience, elle arracha son regard à l'écran pour vérifier que Jimmy allait ne serait-ce qu'un peu mieux. Si jamais il avait pris froid parce qu'il avait jeté sa veste et que le lendemain matin n'était pas trop étrange, elle trouverait probablement le moyen de lui en toucher deux mots, juste histoire de prouver s'il en doutait qu'elle avait un talent naturel pour râler. Mais elle n'avait pas encore remis ses barrières en place, aussi se contenta-t-elle de reporter son attention sur l'écran qui aurait bien pu annoncer la fin du monde qu'elle n'aurait pas réagi. Elle ferma simplement les yeux quelques instants.
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