AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  


Partagez | 
 

 don't you tell me no truth, i want all of your lies

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 

bad blood - we live here

avatar

◆ Manuscrits : 265
◆ Arrivé(e) le : 26/09/2015
◆ Âge : 23
◆ Métier : Livreur
◆ Points : 365
◆ Avatar : Thomas Brodie-Sangster


Sujet: don't you tell me no truth, i want all of your liesVen 30 Oct - 20:21

Génial. Tarés et radins, en plus. Jimmy poussa la porte du restaurant japonais tenu par des Coréens qui l’employait. D’accord, la répression touchait toute la ville et son loyer était compris dans cette remarque, mais quand même, ça allait pas les tuer de scotcher un billet sur la porte, quand même, si ? Ils avaient peur que ça attire les serials killers, cinq dollars sur un paillasson ? Rah. Il ne savait pas pourquoi il s’irritait comme ça, il n’en avait pas un besoin monstre, de cet argent. Ce n’était jamais qu’une maigre source de revenus en plus pour pouvoir faire semblant d’être indépendant tout en vivant sur le dos de ses parents… Mais ce n’était pas l’argent qui le soûlait, en fait. C’était leur peur. Leur panique générale qui entravait la vie. Il trouvait ça limite indécent, lui qui était sûr de pouvoir crever à tout moment. Ou peut-être jalousait-il leurs chances de survie, au fond, il n’en savait rien. C’était juste une soirée de merde comme il en avait déjà vu une vingtaine, et comme toutes les soirées de merde elle réveillait les sujets qui faisaient mal, voilà tout. Il s’assit lourdement à une table vide, posant son casque, et dégaina son portable pour jouer à Tetris en attendant qu’on le renvoie à l’autre bout de la ville.

Il y avait peu de chances, ceci dit. On était un soir de semaine, il venait d’y avoir un nouveau macchabé… C’était glauque de s’en réjouir, mais il allait sûrement encore pouvoir rentrer plus tôt. Il jeta un coup d’œil à la pendule. Ouais, franchement, encore un petit quart d’heure et Madame Soo le lâcherait pour la soirée. Les habitués du mardi avaient été livrés, la ville entière se terrait derrière ses volets, inutile de le payer à ne rien glander. Enfin, techniquement, il pouvait toujours rentrer et revenir si besoin, mais s’il fallait redescendre pour un pauvre quidam qui ne lui ouvrirait même pas la porte, honnêtement … La flemme de la vie. Autant attendre qu’on le congédie officiellement, à ce compte-là. De toute façon, ce serait sûrement l’affaire de quelques minutes… Il posa le menton sur la table, ayant dans l’idée de se lancer dans une micro-sieste en attendant, mais une soudaine vague d’agitation en cuisine le fit décoller de son support. Ah bah, quand on parlait du loup. Le quidam s’était décidé, fallait croire. Il se releva mollement de sa banquette pour aller consulter l’adresse qui s’affichait sur l’écran d’ordinateur, et un sourire éclaira son visage. … Ah. Tiens. Eh bien, elle n’était peut-être pas si pourrie, cette soirée.

Etrangement, il ne lui fallut pas aussi longtemps pour se mettre en route que les fois précédentes. Partial, lui ? A peine. Ce n’était un mystère pour personne ici qu’elle était une de leurs meilleures clientes, qu’elle laissait des pourboires absolument royaux et qu’elle ouvrait la porte, elle. Soit, ça n’avait aucun rapport avec son véritable intérêt pour Miss Cravy, mais celui-là, il ne savait pas vraiment sur quoi il s’appuyait. Enfin… Il devait y avoir un fond de bonne vieille attirance d’ado attardé, mais ça n’effleurait même pas le fond réel du truc, et il n’était de toute façon pas très à l’écoute de ces instincts-là. Nan, nan, c’était bien plus tordu que ça. Il avait envie de gratter la surface et de voir derrière. Comme toujours, mais en pire. Pas seulement parce que tout était bon à savoir et que ça lui donnerait des billes, mais aussi parce qu’elle était trop parfaite. Ça le chatouillait. Trop belle, trop riche, et capable de pondre des idées absolument ignobles, ça faisait déjà pas mal de raisons d’être curieux.  Ou bien peut-être qu’il était juste malade dans sa tête et incapable de prendre les belles choses pour ce qu’elles étaient, c’était possible aussi.

Enfin bon. Ça ne coûtait rien de le dire, et outre de l’épluchage d’Internet et du feuilletage de bouquins, il n’était pas allé très loin. C’était plus un sentiment qu’une enquête, au final. Mais après tout, il était certainement loin d’être le premier timbré à faire une drôle de fixette sur une femme célèbre. Il aurait même été jusqu’à dire qu’elle devait y être habituée, à force. Peut-être même le voyait-elle venir à trois kilomètres, qui savait ? Vu le temps qu’elle passait dans la tête de personnages stalkers au possible … Il arrêta sa moto devant son immeuble. Il n’avait même plus à y réfléchir, tout comme il n’eut même pas besoin de se remémorer le code, ses doigts s’en souvenant pour lui.

Dire qu’il s’était senti intimidé par l’endroit la première fois… Maintenant, tout ça ne lui faisait plus rien. Presque comme s’il avait vu des cages d’escalier propres et des murs dénués de tags toute sa vie. Presque. Parce qu’en bon révolté de la société, il se sentait quand même la tentation de souiller les murs avec un bon vieux message au Sharpie. Faire chier les riches, laisser une marque, tout ça tout ça. Malheureusement pour lui, il respectait trop Désirée Cravy pour ça. Un gâchis de bon coin, à son avis, mais quelque chose l’en empêchait, et il n’avait jamais réussi à aller plus loin qu’enlever le bouchon du feutre. Il poussa un soupir en entrant dans l’ascenseur. Son penchant pour la romancière était une excellente raison de s’en méfier. Il se surprit même, quelque part entre le troisième et le quatrième étage, à contrôler son reflet dans le miroir. Putain, sérieusement ? Il roula des yeux et détourna le regard, exaspéré par lui-même.

- Sois pas ridicule, Jim, t’as la même gueule que d’habitude.

Celle d’un pré-ado mort-vivant, pour être plus précis. Et ce serait sûrement le cas jusqu’à la fin, alors ça ne servait à rien de perdre des neurones là-dessus. Il resserra sa prise sur le sac en papier, légèrement irrité, et sortit de l’ascenseur pour rejoindre la porte de sa cliente. Tout ça pour cinq minutes, le temps de poser le sac sur la table, d’attraper le billet qu’on lui tendrait et d’être reparti aussi sec. BREF. Il arrêta de s’énerver tout seul et sonna à la porte, puis attendit qu’on lui ouvre pour la saluer d’un très désinvolte :

- Avouez, je vous manquais.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t384-jonathan-jimmy-robert-mulligan

bad blood - we live here

avatar

◆ Manuscrits : 753
◆ Arrivé(e) le : 12/05/2015
◆ Âge : 31 ans
◆ Assoc. des Victimes : secrétaire
◆ Métier : Écrivain, romancière reconnue
◆ Points : 133
◆ DC : Jesse, Ruby, Jacob, Jonathan, Simon & Eva
◆ Avatar : Scarlett Johansson


Sujet: Re: don't you tell me no truth, i want all of your liesJeu 5 Nov - 18:52

Un titre.
Un titre n’était jamais une chose facile à trouver, voilà ce que Désirée pouvait dire sans paraitre trop prétentieuse et sans se faire descendre par une ribambelle de critique.
Un titre était le premier aperçu, la première chose que le spectateur, que le lecteur voyait, c’était ce titre qui polluait la rétine et qui s’imprimait dans l’esprit des gens. Pour toujours.
Un titre qui définissait tout une oeuvre et des mois et des mois de travail.

Enfin, dans le cas de Désirée il s’agissait plutôt de trois semaines d’acharnement et d’enfermement. La blonde avait toujours été de ceux qui écrivaient vite et ce avant même qu’elle ne mette les mains sur un ordinateur de la dernière génération. Oui, si le cliquetis rassurant produit par ses doigts parfaitement manucurés qui appuyaient sur les touches d’Henri, son macbook et compagnon d’infortune, était devenu familier, ça n’avait pas toujours été le cas. Désirée avait commencé comme la plupart des gens de son espèce. Une feuille, des stylos, un crayons, le souffle de son grand frère dans son cou… Des choses tangibles qui lui revenaient parfois quand elle fermait les yeux et qu’elle laissait ses mains glisser sur le clavier. Qwerty était l’accord du monstre et c’était elle qui écrivait la symphonie et elle qui allait cherchait les notes. Nul part ailleurs qu’au plus profond de son crâne, que dans son coeur, que dans son âme. La danse était facile, Désirée connaissait la routine, elle savait comment faire, comment se tenir. Au final, ordinateur ou sa simple main, c’était la partie la plus… familière, la plus rassurante. Les premiers jets lui venaient facilement, elle n’avait jamais vraiment souffert du syndrome de la page blanche vu qu’elle ne se forçait jamais à écrire. Non, jamais elle ne se posait devant sa machine parce qu’elle devait écrire. Ça ne fonctionnait pas comme ça.

C’était un élan, une respiration, comme fermer les yeux et reprendre un rêve qu’on avait déjà fait la nuit dernière depuis le début. Il fallait que les bonnes conditions soient réunies et que ses montres personnels viennent chuchoter à son oreille et qu'ils viennent oui dicter ce qu’elle devait écrire. Elle n’avait jamais été pourvue de talents mais eux si, eux tissaient leur toile et ils se servaient de ses cheveux, de sa peau, de ses yeux, de tout ce que Désirée pouvait fournir pour écrire leur histoire. L’histoire était écrite à présent et Désirée contemplait les trois cent pages imprimées depuis environ trois jours, désormais posées sur la table de son salon. La première page était blanche et un joli stylo plume, cadeau du New York Times, était juste à côté. Elle écrivait toujours le titre après. Une fois qu’elle l’avait trouvé. C’était la partie… plus problématique.

Désirée poussa un énième soupir et elle pivota sur elle-même, recommençant à faire les cents pas dans son salon. Depuis plus de trois heures, la blonde tournait autour de son propre roman, prête à l’attaquer, prête à l’achever avec une dernière note finale. Son éditeur pouvait le lire sans titre, Martin se ferait un plaisir d’en trouver un mais Désirée refusait un tel arrangement, il était suffisamment pénible pour elle de devoir se plier à la règle des corrections et adapter ses manuscrits en fonction des notes de Martin. Il ne pouvait pas avoir le contrôle sur tout. Ses yeux bleus se posèrent une nouvelle fois sur la page et elle s’arrêta, les mains sur les hanches. La romancière s’était dit que cette fois ci, ça serait plus facile, elle faisait ça depuis des années, pourquoi est-ce que ça ne venait pas facilement ? Un titre, juste un tout petit titre, de rien du tout, pour son dernier roman, un tout petit titre, juste un mot pouvait suffire… Le silence qui régnait dans l’appartement était pesant, tellement pesant que Désirée pouvait presque le sentir en train de lorgner sur ses jambes nues, ou alors c’était son imagination qui lui jouait des tours. Ou elle devait tout simplement aller s’habiller, plutôt que de trainer dans ce débardeur blanc et dans ce short rouge. Elle n’avait plus dix-sept ans, il fallait vraiment qu’elle se débarasse des vêtements qu’elle portait quand elle vivait encore dans l’Indiana…

Cette réalisation en tête, Désirée ne bougea pas pour autant, son seul mouvement fut de se mordre la lèvre inférieure à en faire craquer sa peau, ses yeux rivés sur le manuscrit. Elle resta ainsi dix minutes de plus, son esprit à la recherche d’une chaine de mots qui pourrait bien faire sens. Ce fut avant que son estomac ne la rappelle à l'ordre et Désirée roula des yeux avant de chercher son téléphone. Son corps se manifestait enfin, elle le lui avait interdit de le faire pendant qu’elle écrivait et il fallait croire que ses trois semaines à ne boire que de l’eau et à manger des biscuits secs quand elle était aux toilettes ne lui avait pas réussi. Enfin, elle avait le ventre plus plat que jamais mais… Ce n’était pas ce que son estomac voulait. Le frigo était vide, comme c’était souvent le cas et elle ne prit pas la peine de vérifier avant de taper le numéro de son restaurant japonais favori. Fut une époque, la grande époque, où Désirée habitait encore à New York et tout ce qui n’était pas japonais n’était pas comestible pour elle. Elle ne savait pas ce qui lui plaisait tant dans ce type de mets, sûrement les couleurs et le fait qu’elle pouvait tout engloutir en une seule bouchée sans y penser… Sûrement. Elle commanda pour deux, comme à son habitude et elle alla s’asseoir en tailleur devant son manuscrit, priant à son estomac de se taire pour qu’elle puisse avoir une illumination. Pas d’illumination, juste la porte qui sonna et qui la fit sursauter.

Frénétiquement, Désirée s’empara des pages et alla les poser sur son lit avant d’aller ouvrir la porte. Désirée cligna les yeux plusieurs fois face au livreur, l’écrivaine ayant passé tellement de temps ailleurs aujourd’hui qu’elle devait tout remettre en place. Livreur. Japonais. Jimmy. Oui, Jimmy, cet espèce de gringalet qui posait trop de questions et qui squattait parfois son canapé. « Oui. » fit Désirée en souriant enfin d’une façon qu’il connaissait. « Je me suis dit à quoi bon passer la soirée toute seule quand certains sont payés pour se ballader dans tout Fairhope hein? » Elle roula des yeux et s’écarta pour le laisser passer. « Fais comme chez toi… Je crois que c’est ça qu’il faut dire. » Désirée ne savait pas, elle referma la porte derrière Jimmy. En ces temps de panique dans Fairhope, elle, elle n’hésitait pas à ouvrir la porte à ce livreur qui avait l’oeil vif et qui jouait parfois au plus intelligent. Jimmy n’avait pas des allures de tueurs en série non, plus la dégaine de l’étudiant qui tentait de finir le mois. « Combien est-ce que je te dois… Oh peu importe. » Le porte-feuille de Désirée était toujours à sa place, sur le meuble télé et elle le vida entièrement avant de tendre les billets à Jimmy. « Garde la monnaie. » L’estomac de la blonde choisit ce moment pour se manifester et elle haussa une nouvelle fois les épaules. « Tu es mon sauveur comme tu peux le voir. Ou l'entendre. »

_________________

"I had a vision, A vision of my nails in the kitchen, Scratching counter tops, I was screaming..."


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t164-i-ve-never-seen-a-diamond-in-the-flesh

bad blood - we live here

avatar

◆ Manuscrits : 265
◆ Arrivé(e) le : 26/09/2015
◆ Âge : 23
◆ Métier : Livreur
◆ Points : 365
◆ Avatar : Thomas Brodie-Sangster


Sujet: Re: don't you tell me no truth, i want all of your liesMar 10 Nov - 23:29

Une seconde, il crut qu’elle ne le remettait pas, et son ego commença de s’enfoncer dans les tréfonds de sa cage thoracique. Oh, mon dieu, sérieux ? Il voulait bien admettre qu’une bonne partie de leur relation avait lieu dans sa tête, mais c’était quand même loin d’être la première fois qu’elle le voyait, il ne fallait pas pousser… Il haussait un sourcil, prêt à lui rafraîchir la mémoire, lorsqu’elle répondit enfin, d’une réplique qui rattrapa un peu l’instant de latence. Oui ? Genre, l’inverse de non ? Elle avait beau dire ça par pure gentillesse, probablement sans le penser, le compliment le fit sourire quand même. Une réaction tout à fait puérile, mais c’était bien à ça que servait la flatterie, à éblouir les jeunes crétins en leur faisant se sentir importants. Autant dire que c’était un pari réussi, car le Jimmy qui franchit enfin le seuil de la porte se tenait soudainement un peu plus droit, et avait le pas bien plus sûr que celui qui était sorti de l’ascenseur. A croire que c’était peut-être ce qu’il voulait, au fond, quoiqu’il en dise. Manquer à quelqu’un. Ou en avoir l’impression du moins. Un signe de faiblesse, à son sens, mais il ne voulait pas y penser maintenant, aussi remisa-t-il vite ce sujet pour se focaliser sur Désirée.

Non pas que ce soit un sujet qu’il maîtrise mieux, remarquez. Par exemple, il n’était pas sûr de suivre ce qu’elle avait insinué, en le laissant entrer. Est-ce qu’elle voulait dire que ça faisait du bien de le voir cinq minutes, entre le posage de paquet et le paiement, avant de le congédier, ou est-ce qu’elle s’attendait à ce qu’il reste plus longtemps ? Fais comme chez toi… Oh, c’était ce qu’il fallait dire, oui, mais à un invité, pas à un sous-fifre. Et s’il lui était arrivé de s’attarder sur son canapé, jamais auparavant n’avait-il vraiment effacé de sa tête le mur de service qui les séparait. Il était peut-être un employé un peu trop curieux et aux manières un peu trop familières, mais il en restait un. Et là, tout de suite… Il n’était pas très sûr de ce qu’il était, tout d’un coup. Il fit quelques pas dans le couloir, hésitant un peu. …Eh,  n’importe quoi, Jim. Jusqu’à nouvel ordre de sa part –nouvel ordre clairement énoncé, cette fois – il n’était encore que son livreur. Son boulot était d’aller poser les sushis sur le meuble de la cuisine. Et d’arrêter d’écouter les chants des sirènes et de s’inventer une vie, si possible, ce serait bien aussi. Tout ça parce qu’il voulait croire qu’il était aussi intrigant qu’il était intrigué. Une belle blague, quoi. Pour la forme, il se donna quand même la peine de trouver une boutade à lancer en retour.

- … C’est sûr que je suis moins cher qu’un escort boy.

Toujours en équilibre entre l’insolence et les sous-entendus niveau collège, donc, Jimmy fit enfin ce pour quoi on le payait, et alla déposer le futur repas de la demoiselle sur la table, avant de revenir vers elle mains dans les poches. Oh, c’était vrai qu’en parlant d’être payé … Il cligna des yeux une seconde avant d’attraper les billets qu’on lui agitait sous le nez. Bah tiens. Typique de Désirée, ça. Comme si ça n’avait aucune importance et que la seule incidence qu’une telle dépense aurait sur sa vie serait de devoir passer au distributeur le lendemain. Lui-même avait toujours un peu de mal à digérer les sommes qu’il se faisait sur un trajet aussi court. Genre, littéralement, elle le payait une petite fortune pour faire une centaine de mètres et dix étages en ascenseur. Oh, il n’avait rien contre, bien au contraire, il manquait juste toujours de s’étouffer en recomptant sa marge une fois rentré chez lui… Il crut bon de rectifier quelque peu son propos en empochant la mise.

- … ou pas. A ce prix-là, je devrais peut-être …

Mais personne ne saurait jamais ce qu’il devrait peut-être faire à ce prix-là, car  un gargouillis l’interrompit dans sa lancée. Il laissa échapper un petit rire étouffé. Ouais, totalement, un sauveur. Un héros, même. Pourquoi elle n’écrivait pas un bouquin sur lui, tant qu’elle y était ? Il pivota sur lui-même et fit quelques pas dans la pièce, se demandant silencieusement s’il devait bien se barrer ou enlever ses chaussures et se poser, au final. Bah… L’ambiguïté n’était pas forcément un état dérangeant, il suffisait d’être adaptable. Quitte à passer pour une sangsue à lorgner sur ses California Rolls. Tant qu’il ne lorgnait pas sur autre chose… Enfin. Il était insensible à ces kilomètres de peau découverte, en théorie. Mais la théorie, c’était comme les étiquettes : c’était joli et ça faisait propre, mais ça n’avait rien à voir avec le vrai bordel que vivaient les vrais gens. Alors non, physiquement, il ne ressentait rien. Son corps n’avait pas eu la moindre palpitation en constatant la légèreté de la tenue. Mais ça lui faisait quelque chose quand même. Peut-être parce qu’il savait que c’était censé lui faire quelque chose. Ou peut-être qu’il trouvait juste ça joli. Remarquez, personne ne lui demandait son avis. Simple curiosité. Vis-à-vis d’elle, aussi, est-ce qu’elle en avait particulièrement conscience ? Est-ce que ça avait une quelconque importance pour elle d’avoir ce pouvoir sur les gens ?

Il laissa distraitement courir son doigt le long des meubles en parcourant la pièce, cherchant quelque chose auquel accrocher son regard, mais rien ne retint vraiment son attention, aussi fut-il contraint de revenir se ranger près de la cuisine. Bon, hé bah voilà. Mission accomplie, il était son héros, et tout ça. Maintenant, quoi ? Par pure manipulation, il se dirigea vers la sortie, allant s’appuyer sur l’embrasure de la porte du salon. Hé, c’était elle la chef, après tout. Si elle voulait qu’il s’éternise ici plus que de coutume, c’était à elle de le lui faire savoir… Mettant ainsi fin à son service, du coup. Et à la censure qu’il s’imposait plus ou moins dans le cadre de son job, même si elle ne représentait pas grand-chose. De quoi ils parleraient, si l’un ou l’autre se montrerait honnête, ça … Il n’en avait aucune idée. Mais il ne pouvait s’empêcher d’espérer un peu, quelque part. C’aurait été sa seule chance d’aller plus loin que ce pouvait montrer son appart’, ses interviews ou sa page Wikipedia. Et de nourrir ses illusions sur un quelconque intérêt mutuel, aussi, c’était un mensonge qui lui ferait du bien, mais là n’était pas le but principal.

Pour faire bonne mesure, il lança une autre perche, plus directe. Il ne savait pas très bien à quoi ça l’avancerait de gagner quelques secondes, mais c’était une ébauche comme une autre de conversation plus sérieuse, alors il s'en contenterait. Baby steps, tiger.

- Oh, tiens, j’ai croisé un de vos bouquins.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t384-jonathan-jimmy-robert-mulligan

bad blood - we live here

avatar

◆ Manuscrits : 753
◆ Arrivé(e) le : 12/05/2015
◆ Âge : 31 ans
◆ Assoc. des Victimes : secrétaire
◆ Métier : Écrivain, romancière reconnue
◆ Points : 133
◆ DC : Jesse, Ruby, Jacob, Jonathan, Simon & Eva
◆ Avatar : Scarlett Johansson


Sujet: Re: don't you tell me no truth, i want all of your liesDim 22 Nov - 17:37

Si c’était de l’humour que Jimmy essayait, Désirée n’allait pas le déceler. Elle n’était pas dans cette humeur sociable qui faisait qu’elle allait rire à toutes les blagues et elle se contenta juste de cligner des yeux plusieurs fois avant de s’asseoir en tailleurs devant son repas. Elle n’était d’aucune humeur, elle était chez elle, au naturel. Tellement au naturel que c’était à se demander pourquoi est-ce qu’elle n’avait pas ouvert la porte à Jimmy dans le plus simple des appareils. Question de décence sans doute. Non ce n’était pas ça, ça ne pouvait pas être quelque chose d’aussi simple ou de logique avec la blonde. Elle ne fonctionnait pas de cette manière. La logique c’était pour les gens comme Jimmy, ceux qui avaient un boulot simple et non le genre de boulot qui exigeait de vous d’ouvrir votre boite crânienne et d’étaler votre matière grise sur le sol de votre salon afin d’aller chercher des idées. L’exercice était particulièrement déroutant et sanglant et Désirée n’était pas non plus d’humeur à y jouer. Elle redevenait humaine et ses premiers sens la rappelaient à la charge. La boite qu'il avait apportée fut très vite ouverte et avant que Jimmy ait le temps de lâcher un autre remarque elle avait déjà mordu dans trois maki, le fixant de ses grands yeux bleus aux cils naturellement recourbé. Pas de mascara sur ses yeux-là, non, Désirée détestait se maquiller les yeux alors quand elle n’était pas obligée de le faire, elle ne le faisait tout simplement pas. C’était aussi simple que cela.

Elle ne savait plus de quoi le livreur parlait et elle avait envie de lui demander des idées de titres, le premier qui vaquait dans son esprit, qu’il l’attrape et qu’il le lui donne. Désirée ne pouvait évidemment pas lui dire de quoi parlait la nouvelle. Pas parce qu’elle avait envie de protéger son bien ou pour des raisons légales qui auraient pu lui paraitre évidentes, non, mais bien parce qu’elle ne s’en souvenait déjà plus. Amnésie létale ? Non, tout à fait nécessaire. Une fois les mots couchés sur le papier, ils ne lui appartenaient vraiment plus. Tenter de les retenir aurait été bien futile et elle n’essayait meme plus. Elle avait appris plus jeune que toutes ses oeuvres finissaient par la dépasser et qu’il était mieux, pour son propre salut, qu’elle les laisse courir libre. C’était mieux ainsi. Désirée mordit impatiemment dans un California Rolls alors que Jimmy reprenait la parole. Zut où était-il? Elle l’avait laissé s’échapper lui aussi, pas vrai ? Désirée tourna la tête la bouche encore pleine, ses yeux se posant enfin sur le maigrichon de livreur. Qui semblait presque prendre ses aises dans son appartement. Elle avala, certainement de la façon la moins glamour du monde mais tant pis, elle attrapa ensuite une des serviette en papier pour s’essuyer les lèvres.

« Lequel ? » demanda abruptement Désirée. Elle se dit aussitôt que dans le genre journaliste, elle avait vu pire. Ce n’était pas comme si Jimmy pouvait sortir des horreurs de son passé ou l’accuser de faire de la propagande pour le meurtre avec ses romans. Et oui, c’était des choses qu’elle avait déjà entendues. Des choses qui l’avaient faites sourire intérieurement car Désirée n’avait vraiment pas la prétention d’insuffler quoi que ce soit à ses lecteurs avec ses romans. Elle écrivait avant tout pour elle même et non pour la gloire ou encore l’argent. C’était des notions qui lui échappait et qui surtout, ne l’intéressaient pas.

Elle fixa encore Jimmy assis avant de s’emparer d’un d’un coussin de son canapé et de taper dessus.  « Et mon dieu assieds toi, tu es en train de me donner le tournis. » La romancière, qui avait été ailleurs il y a quelques secondes de cela, voyait enfin où Jimmy voulait aller. À dire vrai, il ne voulait pas partir, il voulait certainement rester là et l’observer. Désirée comprenait que d’un oeil extérieur elle pouvait paraitre étrange et même stupide sur certains points mais en temps normal, les gens fuyaient sa compagnie, pas l’inverse. Peut-être qu’il était tout aussi taré qu’elle...  Elle coula sur le jeune homme, qui avait plus des allures d’adolescents que d’homme à dire vrai, un regard plus qu’inquisiteur avant d’esquisser un sourire. Jimmy n’avait pas envie de partir, du tout, il était facile à lire, trop dans le fond, mais comment le lui reprocher, il était si jeune, si jeune et si naïf et si … piquant quelque part, avec ses blagues et ses mains bien rangées dans ses poches. Le monde n’était probablement rien d’autre que ce qu’il voyait en face de lui pour le moment et Désirée sans doute, offrait une distraction intéressante, une issue de secours en quelque sorte. Vers le monde de l’imaginaire ? Non absolument pas, vers le monde des mensonges qui n’avaient jamais vraiment de fin.  « Tu sais, si tu veux rester, il suffit de le dire, je ne me suis pas encore penchée sur ton cas mais je suppose que personne ne t’attend chez toi hmm ? Ce n’est pas obligé d’être triste hein, mais tu peux juste t’asseoir et arrêter de faire ton intéressant. » dit-elle sur un ton qui était plus de rigueur pour ce genre de soirées. « C’est toi qui vois. »

La blonde haussa les épaules et elle le laissa seule quelques instants pour s’aventurer dans sa cuisine. Le frigo était presque vide, presque, y trônait seulement une bouteille de champagne et une bouteille de vin rouge. Elle attrapa la bouteille de vin et deux verres avant de refaire son apparition dans le salon. « Tu veux un verre ? Tu as quel âge déjà ? Seize ans ? Non je plaisante. Tiens. » Désirée n’attendait pas vraiment de réponses à sa question et elle finit par les servir généreusement. « Je disais donc … quel bouquin ? »

_________________

"I had a vision, A vision of my nails in the kitchen, Scratching counter tops, I was screaming..."


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t164-i-ve-never-seen-a-diamond-in-the-flesh

bad blood - we live here

avatar

◆ Manuscrits : 265
◆ Arrivé(e) le : 26/09/2015
◆ Âge : 23
◆ Métier : Livreur
◆ Points : 365
◆ Avatar : Thomas Brodie-Sangster


Sujet: Re: don't you tell me no truth, i want all of your liesDim 29 Nov - 2:59

Hé bah, ça n’avait pas l’air d’être un sujet si anodin que ça. Lui, il avait lancé ça comme ça, pour tâter le terrain avant de creuser plus avant … Mais là, ça butait déjà. Il l’avait entendu dans sa voix, senti à la manière dont elle avait sauté sur son amorce pourtant très banale, en somme. Comment une phrase aussi bateau pouvait-elle l’étonner, ou retenir soudainement son attention là où elle avait tranquillement laissé le reste de ses paroles couler ? C’était pourtant ce dont elle devait entendre parler à longueur de journée, en quoi son opinion à lui pouvait-elle bien importer ? A moins que la question de ses livres ne la fasse toujours sursauter, par pure pudeur ou un truc du genre. Quoique dans la présente situation, il ne soit pas sûr que le mot soit bien choisi. Mais bref, en tant qu’écrivaine à succès, elle devait bien présenter quelques symptômes du complexe Frankenstein et avoir à ses créations un rapport particulier. N’étant pas vraiment artiste lui-même, il n’était pas certain de pouvoir mesurer l’étendue de ce micmac, mais c’était une piste. Pas la meilleure, vu le nombre de journaleux qui avaient dû essayer ce biais-là avant lui, mais bon. Précisément parce qu’il n’en était pas un, les enjeux n’étaient pas les mêmes. Ses chances n’étaient pas si mauvaises que ça. Il laissa distraitement ses doigts jouer avec ses clés dans le creux de sa poche. Le seul problème, c’était qu’il ne savait pas franchement ce qu’il cherchait. Ou ce qui l’avait amené à en discuter avec l’intéressée plutôt que d’espionner et de tout garder sous le coude comme il le faisait déjà pour le reste des gens.  Le mystère Cravy, comme dirait un titre de tabloïd.

En attendant, le mystère Cravy lui intimait surtout d’arrêter de piétiner partout. Message reçu. Il leva enfin le dos de son coin de porte, sans doute un peu trop fier de lui-même, et laissa enfin tomber ses fesses sur le bord du canapé, poussant un peu les coussins des coudes. Voilà qui s’était fait plus naturellement qu’il n’aurait pu le croire. Mais ça n’aurait pas dû l’étonner. Désirée faisait souvent ce genre de trucs un peu à côté du monde. Les pourboires ou la gentillesse, c’était du pareil au même. Elle était … hypernormale.  Trop normale pour l’être vraiment. Comme ces peintures hyperréalistes qui confondaient le cerveau, mais gênaient l’œil. Trop lisses. On ne se rendait compte de leur véritable valeur qu’en décelant les coups de pinceaux, de toute façon.  Il baissa les yeux sur la fermeture éclair de sa veste qu’il essayait d’ouvrir depuis tout à l’heure, et délaissa là la comparaison. Ce n’était pas le moment de se taper un trip poésie, au contraire. D’ailleurs, la réplique suivante de son hôtesse lui remit les pieds sur Terre. Il cligna des yeux, estomaqué, tandis qu’elle lui mettait une bonne dose de franchise dans la poire. Celle-là … Il ne l’attendait pas. Pas de sa part. Et peut-être aurait-il dû se sentir légèrement menacé qu’elle lise aussi clair dans son jeu, mais non. Elle n’avait pas l’air plus ébranlée que ça, elle, alors qu’elle le prenne pour un fanboy ou lui suspecte un intérêt plus tordu, c’était sans conséquences. Etre inoffensif aurait même tendance à pouvoir lui servir, centimètre par centimètre. Il se contenta donc d’esquisser une moue impressionnée et de lever les mains, la laissant rejoindre la cuisine avant de se mettre plus à l’aise. Il força sa veste à s’ouvrir, enleva méthodiquement ses chaussures, et s’enfonça dans le canapé.

C’était quand même une drôle de réplique. La petite nuance de complaisance – faire ton intéressant, avait-elle dit comme on aurait dit à un gamin - mise à part, la partie du milieu le faisait un peu tiquer. Se pencher sur son cas, hein ? Une expression qui laissait présumer qu’il y en avait un, de cas. Est-ce que les apparences ne lui suffisaient pas ? Si elle était capable de remplir les blancs elle-même, il ne voyait pas vraiment où résidait la question. Il évita bien évidemment soigneusement de rebondir sur le fait qu’elle ait raison. Simple coup de pot. Il aurait tout aussi bien pu vivre en coloc, et préférer traîner dans les pattes des grandes blondes plutôt que celles d’un névrosé en période d’exams, elle n’en savait rien.  Il bâilla dans sa manche. Au moins, le sondage mutuel promettait d’être intéressant. Et bien plus égal que d’autres conversations du style qu’il avait pu avoir dans le passé.

Il lui adressa un petit sourire vaguement équivoque à la vue du vin, et des deux verres. Vraiment un truc de riche, ça, de sortir le vin pour se poser avec le livreur. Ça, ou bien elle essayait de le troubler en jouant l’ambiguïté, ce qui ne l’ébranlerait pas franchement non plus. Elle aurait pu lui balancer un préservatif au visage qu’il n’y aurait vu aucune ouverture de ce côté-là. La soirée avait beau se prêter très bien au jeu du gros fantasme sur le papier, il n’en restait pas moins lucide sur le genre de tête qu’il avait. Eeeet elle aussi, forcément ! Il grinça des dents, aussi irrité que toutes les fois d’avant. Il avait beau toujours s’y attendre, être infantilisé n’était jamais plaisant, et c’était toujours encore pire dans la bouche de quelqu’un qui possédait déjà un ascendant sur lui. Comme un client, par exemple. Ou une belle femme. Ou quelqu’un d’un peu connu. Alors quelqu’un qui cumulait, fatalement… Inconsciemment, il modifia un peu sa posture pour occuper plus d’espace.

- Vous en faites pas, je suis majeur.

Refusant de s’appesantir sur le sujet, il se pencha pour attraper son verre, jetant au liquide rouge un bref coup d’œil suspicieux. Il n’était pas sûr que ce soit une bonne idée, le coup du vin. Non seulement parce qu’il était en plein territoire conquis et que c’était le dernier endroit où il voulait finir bourré, mais aussi parce qu’il revoyait clairement un de ses docteurs lui déconseiller toute prise d’alcool, lequel ne ferait pas bon ménage avec la rifampicine. Mais il ne pouvait évidemment pas dire ça à voix haute. Et vu qu’il avait très peu de chances d’être enceinte, il n’y avait pas beaucoup d’excuses à donner. Merde. Il leva le verre à ses lèvres. Ce ne serait pas la première fois qu’il ferait un petit écart du genre, mais si en plus il manquait ses doses ce soir … C’était qu’il n’était pas parti pour découcher, lui, à la base, hein ! Peut-être pourrait-il trouver une excuse pour s’éclipser un instant, se ruer chez lui, et récupérer ses pilules du s…

De quoi parlait-il, au juste ?

Quelle importance ? Toutes ces pilules et ces trucs chimiques qu’il mettait dans son corps n’étaient jamais là que pour soulager un peu les symptômes. Qu’est-ce qu’il en avait à foutre, de suivre les ordonnances, maintenant ? Tenter de se convaincre lui-même ? Il était en train de mourir. Traitement ou pas traitement. Il cligna des yeux, espérant faire passer son bref moment de latence, et avala enfin une gorgée de vin. Pas mal. Il faisait partie des rustres pour qui rien ne ressemblait plus à un vin qu’un autre vin, mais ça restait plus qu’avalable. Maintenant, retour au sujet.

- Oh, j’ai feuilleté Hospital et Hear Me.

Il s’était naturellement plus attardé sur Hospital, et c’était à celui-ci qu’il avait pensé en lançant son accroche, mais il n’était plus sûr de vouloir s’engager sur un terrain aussi miné. Il suffisait d’un détail pour que les choses deviennent personnelles, et tout pouvait très vite déraper vers des vérités de plus en plus énormes. Donc non. Généraliser, c’était le bien.

- … ça vous intéresse vraiment pas, les victimes, hein ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t384-jonathan-jimmy-robert-mulligan

bad blood - we live here

avatar

◆ Manuscrits : 753
◆ Arrivé(e) le : 12/05/2015
◆ Âge : 31 ans
◆ Assoc. des Victimes : secrétaire
◆ Métier : Écrivain, romancière reconnue
◆ Points : 133
◆ DC : Jesse, Ruby, Jacob, Jonathan, Simon & Eva
◆ Avatar : Scarlett Johansson


Sujet: Re: don't you tell me no truth, i want all of your liesVen 4 Déc - 15:46

Désirée avait esquissé un sourire face à Jimmy qui s’emparait de son verre et elle en fit de même. Elle but une longue gorgée de vin rouge, sans vraiment le savourer, sans laisser toutes les nuances de rouge l’envahir et la posséder. Ça, c’était pour les gens qui voulaient prétendre, la blonde ne comptait pas impressionner Jimmy sur ce terrain-là. Elle n’avait que faire de son avis, elle n’était pas là pour faire des grimaces et des courbettes mais… Elle devait admettre que ce livreur avait du potentiel, comme elle l’avait dit il y a de ça quelques minutes, il était intéressant. Pas parce qu’il était dans son appartement ou qu’il tentait de ramener la conversation sur sa carrière littéraire non, Jimmy était… quelque chose. Désirée rangeait toujours les gens dans des catégories, des boites bien pratiques, à savoir "à utiliser" ou "à jeter". Elle ne savait pas encore avec le livreur, certes, il offrait un divertissement assez intéressant avec son repas du soir. Mais pourquoi revenait-il ? Pourquoi est-ce qu’il avait pour elle un regard intéressé, un regard de curiosité mal placée ? Il devait bien voir qu’elle avait une case en moins, rien que ça devrait suffire pour la condamner aux yeux de n’importe qui. Était-ce le fait qu’il était encore jeune ?

Désirée le savait : l’âge n’était pas forcément synonyme d’innocence, elle était très bien placée pour le savoir. La partie tendre d’elle-même n’avait jamais existé, ou alors elle était morte le jour où elle avait réalisé que oui, on l’avait abandonnée et qu’elle était dans ce lieu, dans cet orphelinat, pour parader devant des acheteurs potentiels. La marchandise n’étant rien d’autre que sa propre personne. Si jeune et déjà en train de se vendre, à sept ans, elle s’était dit que ça ne servait à rien d’essayer et à quatorze, précisément sept ans plus tard, en se regardant dans le miroir et en découvrant les formes que la nature avait envie de lui donner, elle s’était dit que ses parents avaient eu raison. Elle aussi aurait jeté loin un bébé comme elle, elle aussi l’aurait condamné. Bien entendu, tout ceci n’était pas écrit à l’arrière de ses livres, elle n’était que la petite blonde originaire de San Francisco qui avait grandi dans un Indiana rural. Les gens aimaient dire que c’était l’air de la campagne qui lui avait inspiré sa première nouvelle, Désirée avait envie de rire et de leur dire que non, ce n’était rien d’autre que les baisers de son grand frère dans son cou qui l’avaient inspirée, rien d’autre. Jimmy ne voulait pas de ça, il ne voulait pas savoir tout ça... Aussi elle eut un sourire en entendant le nom de ses deux ouvrages entre ses lèvres et posa son verre de vin sur la table basse pour enfourner deux autres California Rolls dans sa bouche. Elle mâcha lentement et prit son temps pour réduire les petites merveilles en bouillie et avaler. Elle préparait son effet, Jimmy devrait attendre un peu. « Tu sais mon chéri, niveau subtilité j’ai vu mieux… » dit enfin Désirée en roulant des yeux. Elle abandonna sa boite quelques instants pour poser son regard sur lui.

Elle fit plus que cela et attrapa son verre encore une fois, elle se tourna toute entière vers lui, croisant les jambes, un sourire en coin sur le visage. Jimmy. Désirée avait bien quelques minutes à tuer, elle pouvait jouer. Elle pouvait deviner. Un pauvre petit livreur perdu dans Fairhope ? Il n’était pas originaire de la ville, Désirée était ici depuis quatre ans et elle pouvait sans problème dire qu’il ne venait pas de Fairhope. Il avait débarqué ici pourquoi : les études ? La proximité de la plage ? Non, il y avait autre chose, Désirée ne savait pas quoi mais ça l’amusait bien de gratter la surface de ce livreur bien innocent. Lui aussi avait quelques secrets à révéler. Elle eut un soupir cependant, la conversation était encore centrée sur elle.  « Qu’est-ce que tu veux me faire dire ? Je crois que je me suis déjà exprimée sur ce sujet dans la presse ou que tu peux trouver une vidéo sur youtube à ce sujet. » Si ce n’est pas déjà fait, se retint-elle d’ajouter mais le sous entendu était bien là. Comme fan ou comme journaliste persistant, Désirée avait connu pire. L’adolescent ne portait pas de micro, elle se disait que ça n’était pas son genre, aussi idiot que cela paraisse, il était venu sans doute venu ici avec les meilleures intentions du monde.  « Je ne contrôle pas mon inspiration. » La romancière était sincère. Elle n’était pas de ceux qui prévoyaient quel allait être leur prochain succès ou qui se lançait dans une série de romans avec leur éditeur. Désirée fonctionnait avant tout à l’inspiration, elle n’écrivait pas tous les jours non, mais lorsqu’elle écrivait, c’était beaucoup, de longues pages sans fin et c’était principalement pour contenter une envie. Comme une envie de se gratter le nez, c’était exactement pareil pour la blonde. Elle savait très bien que peu comprenait son procédé d’écriture, elle ne les blâmait pas, elle-même était souvent réduite à rien par ce meme élan et elle ne prétendait pas comprendre.

« Les idées vont et viennent tout simplement. Alors oui, peut-être que de me trouver à proximité d’un serial killer titille quelques cellules là haut mais… » Désirée haussa ls épaules, une expression amusée sur le visage. La romancière avait également appris à devenir une bonne actrice avec le temps. Il le fallait pour survivre dans ce monde de l’image et surtout il le fallait quand on se savait déjà taré comme elle. « Pas besoin d’avoir ça pour savoir ce que c’est d’être une victime Jimmy, je suis une femme au 21ème siècle, crois-moi, je comprends très bien cette notion. » Elle pouvait lui dire à quel point il avait été déroutant pour elle, de voir que le monde la considérait déjà comme une femme accomplie à l’âge de quinze ans. Elle se souvenait encore de sa première nuit à New York, la moitié des vêtements qu’elle avait sur le dos étaient ceux de son frère et elle avait été perdue et presque aveuglée par le regard des autres. Ils voulaient tous savoir, savoir comment est-ce qu’elle avait fait pour écrire des mots qui les avaient transporté. Leurs regards, leurs sourires bienveillants… tout ça ce n’était que du vent, Désirée le savait à présent et elle n’était plus impressionnée par rien. Rien à part la seule raison qui faisait qu’elle restait encore à Fairhope.  « Et si tu veux tout savoir je viens de finir un roman et je suis à la recherche d’un titre... tu veux savoir de quoi ça parle aussi pour attester toi même de mon état de santé ou ça ira Docteur ? »  Désirée ne pouvait pas s'empêcher de taquiner Jimmy. C’était trop facile, se dit-elle, beaucoup trop facile.

_________________

"I had a vision, A vision of my nails in the kitchen, Scratching counter tops, I was screaming..."


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t164-i-ve-never-seen-a-diamond-in-the-flesh

bad blood - we live here

avatar

◆ Manuscrits : 265
◆ Arrivé(e) le : 26/09/2015
◆ Âge : 23
◆ Métier : Livreur
◆ Points : 365
◆ Avatar : Thomas Brodie-Sangster


Sujet: Re: don't you tell me no truth, i want all of your liesLun 21 Déc - 1:23

Il y avait bien quelque chose de fascinant, chez Désirée, on nageait en plein dedans. A l’écouter parler depuis son bout de canapé, à faire tourner le vin dans son ballon, Jimmy commençait enfin à mettre le doigt sur le paradoxe. Dire qu’elle lui reprochait son manque de subtilité. Il n’avait eu qu’à balancer une phrase, une vague amorce, pour qu’elle aille retrouver les mêmes vieux discours qu’elle répétait à longueur d’année. Comme quoi elle était plus sur la défensive qu’elle ne voulait bien le dire. Oh, c’était bien huilé, il ne pouvait pas le nier. Joli à voir et à entendre, et sans doute y avait-il une part de vérité dans son petit programme… Mais pourquoi lui servir ça à lui ? Surtout qu’elle se doutait bien qu’il avait fait ses devoirs, en plus, elle n’était pas naïve, non plus. C’était une question ouverte, à laquelle elle aurait pu répondre n’importe quoi, en somme, et qui venait de lui, en prime… Mais elle avait quand même choisi de la prendre comme une accusation, et de s’enflammer toute seule. Même en se doutant qu’il avait déjà entendu cette soupe dans ses interviews. Non seulement c’était plutôt égocentrique, ce qui pouvait se comprendre venant d’une petite célébrité dont on tournait autour du nombril, mais c’était aussi … Révélateur.

Parce que de deux choses l’une. Soit elle faisait ça à tout le monde, et ça ressemblait fort à un symptôme de parano caractérisée, son affaire, soit elle était honnête avec les journalistes, ce qui lui aurait semblé encore plus barge de sa part. Et ce n’était pas vraiment l’impression que lui donnait Désirée. Empressée de servir son image, oui. Blasée, quelque part, aussi. Mais transparente ? Il était prêt à parier que non. Elle était sûrement plus fine mouche que ça. N’empêche que ce n’était pas en lui refaisant sa conférence de presse qu’elle allait le convaincre. Si elle en restait à ce niveau, ils n’allaient pas aller bien loin, d’un côté ni de l’autre. Quoique… Les meilleures couvertures comprenaient toujours une part de vérité. Il releva les yeux du coussin qu’il était en train de triturer tandis qu’elle poursuivait, cette fois-ci avec des phrases qui sonnaient un peu moins chiquées. Il passa sur l’évocation de l’autre taré, qu’il n’avait absolument pas invité dans la conversation. Aucune envie de parler de lui maint… C’était vrai, ça, pourquoi parlait-elle du Poète, en fait ? C’était un lien qu’elle avait fait d’elle-même, naturellement… Encore ses foutus réflexes défensifs, il supposait. Tout le monde devait la bassiner avec ça, d’où son avance sur un supposé sous-entendu…  Admettons. Cette manie qu’avait ce type de planer sur toutes les conversations commençait vraiment à le soûler, mais d’accord. Le reste, par contre…

En tant que féministe de canapé, le côté patriarchie, tout ça, il connaissait. Mais de là à voir en Désirée une victime, c’était peut-être un peu trop lui demander. Il essaya, changea d’angle, effaça de son crâne sa décontraction et son luxe… Mais quelque chose bloquait toujours. Elle avait l’air de tout maîtriser. Etre une victime, n’était-ce pas précisément l’inverse ? Certes, il avait bon dos de dire ça. Sans doute que lui non plus ne payait pas de mine, à première vue. N’empêche. Si elle s’identifiait au mot, pourquoi évacuer vite fait ce thème-là dans ses bouquins ? Le pauvre type coincé au fond du lit, ça, dans Hospital, il ne valait pas mieux qu’un objet. Quant aux victimes de Hear Me, franchement, des pauvres cons. Quoi, est-ce que c’était trop douloureux de leur donner une voix ? Ou est-ce qu’elle considérait les bourreaux comme des victimes ? Lui, il considérait les victimes comme de potentiels bourreaux. Comme quoi, s’il y avait de ça, ils s’étaient bien trouvés.  

Il reposa son verre sur la table, pas plus pressé que ça de rouler sous la table, et considéra l’écrivain avec attention. Son nouveau roman, autant le dire, il s’en fichait pas mal. Une vague pointe de curiosité sur le pitch lui chatouillait la langue, c’était vrai, mais il n’avait pas envie de lui faire ce compliment-là. Surtout qu’elle l’appelait docteur, maintenant. Il s’abstint de faire le moindre commentaire à ce sujet, mais l’association ne lui fit pas particulièrement plaisir. Il lui jeta un coup d’œil en coin. C’était lui, ou elle s’était rapprochée ? Elle voulait quoi, finir sur ses genoux ? Bref. Ignorant de son mieux les formes qui s’agitaient à un mètre de son nez, il haussa les épaules.

- Je passe, merci. J’apprendrai rien de nouveau.


Inutile de faire dans la dentelle après tout ça. Elle avait elle-même cherché à le lancer là-dessus, avec sa petite moquerie, c’était bien qu’ils savaient tous les deux que ce n’était pas au vin qu’il trouvait de l’intérêt. Même si, il devait admettre, il avait l’impression qu’elle s’essoufflait vite. On ne parlait pas d’une experte des médias et de l’image parfaite, à la base ? Elle aurait quand même pu avoir la courtoisie de lui tailler une histoire sur mesure. A moins que ce ne soit trop se rapprocher d’un fond de vérité, puisqu’elle ne "contrôlait pas son inspiration"…  Il en connaissait un autre qui avait la même méfiance lors de ses séances de psy, mais là n’était pas la question.

- Si c’est juste pour me répéter la même soupe, pourquoi vous m’avez gardé ? Moi je dis ça pour vous, ça doit juste être super chiant à la longue.

L’honnêteté brutale. Technique discutable s’il en était, mais il n’était pas un parangon de patience avec les gens. Les raccourcis avaient au moins le mérite de remettre les choses à plat, et la surprise des gens pas habitués donnait toujours des billes un peu plus exactes. Il tira machinalement sur le cordon de son pendentif, puis étendit les jambes pour poser les pieds sur la table. Qu’elle s’énerve, peu importait. Peut-être pas, remarque, il n’avait eu aucune agressivité dans sa voix, mais qui savait. Certains en arrivaient très vite à la colère, quand on appuyait un peu. Enfin bref, qu’elle fasse un truc. Il ignora la partie de lui-même qui continuait de vouloir lui plaire. Quelle différence ça faisait. Elle avait voulu jouer, après tout.

- C’est le thème qui vous lance automatiquement, ou vous vous sentez menacée ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t384-jonathan-jimmy-robert-mulligan

bad blood - we live here

avatar

◆ Manuscrits : 753
◆ Arrivé(e) le : 12/05/2015
◆ Âge : 31 ans
◆ Assoc. des Victimes : secrétaire
◆ Métier : Écrivain, romancière reconnue
◆ Points : 133
◆ DC : Jesse, Ruby, Jacob, Jonathan, Simon & Eva
◆ Avatar : Scarlett Johansson


Sujet: Re: don't you tell me no truth, i want all of your liesMar 5 Jan - 3:00

Jimmy jouait à un jeu dangereux, il était sur une pente très glissante et peut-être qu’il s’en était déjà rendu compte ou alors… Non, peut-être qu’il attendait que Désirée délivre le coup fatal pour qu’il réalise qu’il était déjà trop tard et que c’était son maigre petit corps et sa raison qu’on trainait facilement dans l’autre pièce. Il jouait pour obtenir quelque chose et la blonde ne savait pas trop quoi mais elle avait décidé de se prêter aux courbettes et de lui donner un semblant de ce qu’il voulait avoir. Non, il ne voulait pas Désirée celle que l’on reconnaissait, il ne voulait pas le monstre de littérature et celle qu’on avait bien entrainé et rendu docile pour les interviews. Ça ne l’intéressait visiblement pas et la blonde pouvait le comprendre, cette femme-là était d’un ennui mortel et sans absolument aucune saveur. Rien à en tirer de celle-là, absolument rien. Jimmy posa son verre sur la table et Désirée en fit de même dans un geste un peu plus expert, avant de se repencher sur son repas à moitié entamé. Jimmy commençait même à la distraire des choses les plus simples. Son ton toujours aussi faussement désintéressé fit sourire Désirée qui préféra mordre dans autre maki plutôt que de l’écouter. Non, elle était trop occupée à tremper son sushi dans de la sauce soja pour prétendre que ça l’intéressait. Mais pourquoi l’avait t-elle gardé ?

Il était adorable assis à côté d’elle à croire qu’il avait une importance, une quelconque incidence dans son monde à elle alors...  pourquoi donc lui avoir demandé de reste?. Pour la blonde, c’était clair, comme le nez au milieu de la figure aurait-elle dit par faute de meilleure métaphore, et elle se tourna vers lui avec un sourire moqueur sur le visage cette fois-ci.  « Oh non non… Ne pense pas que tu es là pour que nous ayons une vraie conversation, que je me confie sur ta maigre épaule ou quoi que ce soit de ce style… » Elle se redressa, laissant son plateau repas vide et elle le pointa de son index droit. « Si tu es là, c’est parce que je m’ennuie, purement et simplement. » Juste une distraction de quelques heures, quelque chose pour la détourner de sa quête du titre parfait et de son envie de se gratter la tête, le cuir chevelu, le crâne et un peu le cerveau pour trouver encore une fois les bons mots. Rien de plus, rien de moins, Jimmy était devenu une habitude dans sa vie et tout écrivain qui se respectait savait que l’habitude n’était jamais une bonne chose. Jamais. Alors non, il n’était pas là parce qu’elle s’était pris d’un soudain élan d’affection pour lui ou parce qu’il lui faisait pitié, il était là parce qu’elle s’ennuyait et qu’il lui occupait l’esprit. Il était nettement plus facile de se pencher sur autrui en cas de problème personnel. C’était presque comme une fenêtre ouverte, elle pouvait épier, deviner, tenter de comprendre une scène qui lui était complètement étrangère et non propre avant de décider de tout fermer quand elle était lassée. Rien de plus, rien de moins.

« Et ne prétends pas que tu es là pour autre chose que ça. » Désirée avait un sourire malicieux sur le visage à présent. Elle attendait de voir s’il allait avoir une autre remarque bien tournée pour lui pour se défaire de cette situation. Jimmy n’avait pas de contrôle sur ce qui allait se passer ce soir, tout comme il n’aurait aucun contrôle sur les informations qu’il allait obtenir d’elle. Il pourrait poser les bonnes questions, se croire plus intelligent que la moyenne mais dans tous les cas c’était la blonde qui menait la danse. Toujours. « C’est précisément ce que tu veux. » Sinon pourquoi commencer cette conversation ? Pourquoi accepter de venir la livrer et de ne pas rebrousser chemin car il connaissait l’adresse sur le bout des doigts... Oh non, Désirée en était certaine, sur ce canapé, Jimmy était exactement là où il voulait être. Elle saisit une nouvelle fois la bouteille de vin et remplit le verre de Jimmy qu’il n’avait même pas encore fini, elle se resservit également pour lui montrer qu’elle avait les meilleures intentions du monde. « Bois. » La voix de Désirée était soudainement plus douce et comme pour lui montrer le bonne exemple, elle but une longue gorgée de son propre verre, pensive. Est-ce qu’il sentait que tout se refermait sur lui? Que tout était déjà décidé pour lui ? Tout ce qu’il à faire c’était d’admettre que tout était joué et tout se passerait bien.  « Donc de quoi parlions nous… Oui mes romans… Non, je ne me sens absolument pas menacée, je me sens très bien dans ma peau. Y compris à Fairhope. » Elle haussa les épaules avant de poursuivre. « Encore une fois, je ne suis pas maitresse de mon inspiration, si on m’avait dit que j’écrirai du policier il y a des années en arrière, j’aurais été la première surprise je te le rassure. J’ai commencé avec de la poésie, impossible de prévoir, je vais là où ma plume me guide. Il n'y a rien de secret, il n’y a rien de choquant à raconter et je ne suis pas particulièrement attirée vers un type de personne. Je suis juste écrivain Jimmy, j’écris pour vivre je donne aux gens ce qu’ils ont envie de lire. » Comme ça, ça paraissait simple mais en réalité c’était beaucoup plus compliqué, Désirée n’avait pas envie d’élaborer tout son procédé d’écriture avec lui dans tous les cas.

« Mais et toi alors ? Ne me dis pas que tu voulais juste rester pour me poser des questions banales au possible… Il doit bien y avoir quelque chose que tu veux vraiment savoir. Quelque chose qu’on ne trouve dans aucune de mes interview. » Désirée se pencha vers lui, un sourire un peu malsain, un peu reptilien sur le visage. L’expression ne dura que quelques secondes, quelques secondes avant d’être noyée par une autre vague de vin. « Vas y, peut-être que si je suis d’humeur je te répondrai… Ou alors tu pourras me dire ce qui t’a emmené à Fairhope. Tu n’es pas d’ici je peux le voir d'ici et … tu fuis quelque chose. Peut-être pas tout de suite, peut-être que toi aussi tu te sens en sécurité ici, mais, tu es loin de chez toi, ça je peux le dire. »

_________________

"I had a vision, A vision of my nails in the kitchen, Scratching counter tops, I was screaming..."


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t164-i-ve-never-seen-a-diamond-in-the-flesh

bad blood - we live here

avatar

◆ Manuscrits : 265
◆ Arrivé(e) le : 26/09/2015
◆ Âge : 23
◆ Métier : Livreur
◆ Points : 365
◆ Avatar : Thomas Brodie-Sangster


Sujet: Re: don't you tell me no truth, i want all of your liesMer 6 Avr - 7:49

C’était une réponse facile. A vrai dire, ce n’était même pas une réponse, plutôt une déviation. L’offense eut beau marcher et l’atteindre en pleine poche d’espoir mal placé, il y vit tout de même un signe qu’elle ne voulait pas affronter la question. Ou pas directement, pas avant d’avoir perdu un peu de temps et élaboré ce qu’elle allait en faire, une peine qu’elle ne se serait pas donné si elle avait vraiment été aussi indifférente qu’elle voulait le lui faire croire. Si elle ressentait le besoin de le rabaisser, c’était bien qu’elle le jugeait trop haut. Quant au reste de sa phrase … Il haussa les sourcils, blasé. Sans blague. Il ne s’était jamais fait d’illusions sur son rôle dans cette pièce. Le fait que Désirée n’ait pour lui aucune estime et ne le tolère qu’en tant que distraction passagère, il s’en était fortement douté. Il aurait été jusqu’à dire qu’il comptait dessus. Eh, dans sa bouche, c’était presque un compliment. Il se demanda même un instant si ce n’était pas le seul compliment qu’elle pouvait faire, depuis sa tour d’ivoire. Le petit peuple autour d’elle lui était tellement étranger qu’il n’était même pas dit qu’elle puisse le voir autrement. Il l’observa en silence tandis qu’elle délivrait son petit monologue, sourcils froncés, essayant sincèrement de voir le monde à travers ses yeux, et se surprit à la prendre en pitié.

Le dernier sentiment auquel il s’attendait. Peut-être était-ce le vin qui rendait tout pathétique, mais … Maintenant qu’elle avait confirmé n’avoir aucun lien avec lui, toute cette joute verbale et tous ces efforts pour extirper des informations l’un de l’autre perdait son sens. Il était toujours fasciné, bien sûr. Désirée restait quelqu’un de charismatique et de profondément complexe, et la voir dégringoler de son piédestal ne retirait rien à son attrait. Il n’empêchait que. Si tout ça n’avait aucun enjeu ni pour l’un ni pour l’autre, ils étaient rendus au même niveau, et sa prétendue supériorité sur lui n’était que de la poudre aux yeux. Il lui adressa un sourire affable tandis qu’elle prétendait supposer de ses intentions. Ce qu’il voulait, quoi ? La divertir ? Il n’avait rien contre, mais il n’aurait pas été jusqu’à dire que c’était son but principal. En avait-il seulement un, de but ? Tout ça ne partait jamais que d’une vague de curiosité, et ça ne révélait rien de ce qu’il ressentait envers Désirée, il voulait tout savoir de tout le monde, et c’était bien là son seul pouvoir. Il jeta un coup d’œil au verre qu’elle remplissait. Tiens. Pourquoi ? Qu’est-ce que ça pouvait bien lui faire qu’il boive ou non ? Lui délier la langue ? Voilà qui supposait un quelconque intérêt dans ce qu’il pourrait bien lui dire, et ça ne sautait pas aux yeux. Que savait-il qui pourrait intéresser quelqu’un comme Miss Cravy ? Il la laissa continuer dans le vide, bercé par la rengaine sous laquelle elle se cachait toujours, et considéra prudemment la question. Ses secrets n’auraient de valeur que s’ils la distrayaient pendant quelques minutes, et il n’était pas prêt à les vendre pour si peu.

Je suis juste écrivain, je donne aux gens ce qu’ils ont envie de lire. Il ne put s’empêcher un petit rire. Parlait-elle toujours d’écriture, ou du personnage de Désirée R. Cravy, si bien construit, et si putain de parfait ? Tous ces niveaux de fiction. Pas étonnant qu’elle se mette elle-même à les croire. Il en aurait eu le tournis aussi, à sa place. Pourquoi avait-elle besoin de tant d’armures, là où une seule aurait suffi ? Y avait-il seulement quelqu’un dessous, ou n’était-elle plus qu’un cumul de mensonges et d’histoires bien ficelées ? Il ramassa son verre de vin, plus intéressé par les reflets que le rouge envoyait sur sa main que par l’idée de le boire. Lui, hein… C’était une bonne question, une fois n’était pas coutume. Que voulait-il vraiment savoir ? Tout, mais la perspective de l’apprendre de sa bouche retirait l’espoir d’y gagner un ascendant quelconque. Il plongea les yeux dans les siens, tandis que les possibilités s’entrechoquaient au creux de sa tête. Le Poète. Son passé. Lui. Avec qui elle couchait. Si elle avait tué quelqu’un. Si elle pourrait le tuer. Ce qu’elle savait de Peter Howell. La lueur un peu malade dans ses yeux ne faisait que l’encourager à trouver les pires sujets possibles et imaginables.

Même sa pseudo-psychanalyse à deux dollars n’interrompit pas le flot de pensées qui submergeait son crâne. Au contraire, elle mettait toutes les questions en perspective. Rappelait l’urgence. Il s’entendit répondre d’un ton distrait, les yeux toujours fixés sur un point flou non loin de ses yeux.

- On ne peut pas se fuir soi-même, Désirée, c’est un paradoxe.

Sa voix n’avait aucune inflexion. Aucune émotion. Pures mathématiques. Il replia ses jambes sous lui, et reconcentra sa vision sur son visage. Deux questions encore en lice. L’une d’entre elles lui vaudrait une pointe de moquerie, il en était sûr, et il pouvait presque prédire la réponse. Elle découlait naturellement de tout ce qui avait précédé. Non, décidément, celle-ci n’avait pas besoin d’être posée. Probablement que non. Mieux valait creuser ailleurs, là où était la réelle interrogation, le vrai contresens.

- Pour quoi vous êtes encore en vie ?

Ce n’était pas une attaque, même si la violence de la question le surprit lui-même. C’était juste direct. Pour, espace, quoi. Il doutait franchement qu’elle ait quoi que ce soit à faire de sa montagne d’argent, de fans et d’autres vides qui s’accumulaient tout autour d’elle. Du peu qu’il puisse en juger, elle n’avait pas de proches, ou personne qui puisse la retenir si elle décidait quelque chose. Quant à vivre sans véritable raison, ce n’était tellement pas elle qu’il ne retenait même pas la possibilité. Elle était froide, mais intense. Non, il devait y avoir quelque chose qui … Il s’interrompit de lui-même, avant même de la laisser répondre.

- … Pour écrire.

Il eut un geste impatient de la main, irrité d’avoir laissé échapper une question inutile.

- Le Poète. Vous en pensez quoi, vraiment ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t384-jonathan-jimmy-robert-mulligan

bad blood - we live here

avatar

◆ Manuscrits : 753
◆ Arrivé(e) le : 12/05/2015
◆ Âge : 31 ans
◆ Assoc. des Victimes : secrétaire
◆ Métier : Écrivain, romancière reconnue
◆ Points : 133
◆ DC : Jesse, Ruby, Jacob, Jonathan, Simon & Eva
◆ Avatar : Scarlett Johansson


Sujet: Re: don't you tell me no truth, i want all of your liesLun 25 Avr - 20:26

De la fumée.
Voilà ce qui se dégageait des lèvres de Désirée. Absolument rien d’autre que la fumée, elle inspirait sur une cigarette invisible depuis sa plus tendre enfance pour venir recracher les voluptes de mensonges et de monoxyde de carbone sur ceux qui étaient assez fous pour s’approcher. Fou, c’était forcément le mot, ce n’était pas une femme ordinaire qu’ils avaient en face d’eux, ils devaient bien s’en rendre compte après un seul et unique coup d’oeil et pourtant, ces idiotes, ces ignares ils continuaient de venir, de s’approcher et ils se perdaient dans sa toile et ils ne pouvaient bouger, tout ce qu’ils devaient faire c’était attendre le jugement que Désirée leur réservait. Allait-elle les dévorer tout cru ? Leur arracher la tête ou juste jouer avec eux et s’amuser pour son propre plaisir ? C’était la pire des alternatives dans tous les cas, car Désirée savait exactement sur quel bouton appuyer pour faire mal et s’en prendre aux plus faibles mais également aux plus forts. Elle était changeante, elle pouvait sourire, pleurer et rire à la fois et ce en un simple battement de cils. Le politiquement correct ne l’intéressait pas, tout ce qu’il y avait en elle, de pire, de mauvais, de juste, de généreux, de pourri presque était concilié dans les pages de ses romans que tant finissaient par acheter pour quelques dollars et pour se donner un peu d’espoir.

Elle ne savait pas vraiment où Jimmy voulait en venir avec ses questions, s’il espérait qu’elle se livre aussi facilement, qu’elle laisse tomber sa garde et qu’elle lui montre vraiment quelle folie régnait vraiment sous son crâne. Oh mais il voulait voir? Il voulait plonger avec elle dans la démence et revenir à la surface quelques heures plus tard couvert de son propre sang, sang qui allait servir à raconter l'histoire vécue ? Qu'il vienne, qu’il lui tienne la main et sois témoin et dise au monde qu’elle n’allait pas bien, qu’elle était tarée, bonne à enfermer, Désirée n’attendait que ça dans le fond. Mais elle ne dit rien, elle le laissa continuer d’attaquer, de tenter de gratter la surface. Elle vida son énième verre de vin, rougissant davantage ses lèvres; la romancière avait envie de lui dire que la curiosité avait déjà tué des chats plus téméraires que lui, qu’il devait se mêler de ce qui le regardait cependant, quelque chose de latent, peut-être dans son comportement ou sa nonchalance tout assumée lui disait qu’il était dans le même bateau qu’elle. Lui aussi préférait tomber en chute libre, sans vraiment d’importance, lui aussi, il allait faire un grand doigt d’honneur à la mort et rire avec elle dans les prochaines années à venir. « Je crois que tu te trompes vraiment sur ma petite personne Jimmy, vraiment. » finit par lentement articuler la blonde. Ses yeux blonds étaient posés sur la télé qui étaient éteinte et elle eut presque envie de l’allumer pour lui montrer que Poète ou pas, il y avait des horreurs partout, il devait probablement se concentrer sur autre chose.

Jimmy méritait peut-être un semblant de la vérité, une petite pièce du puzzle qu’il semblait avoir commencé à son effigie, même si ce n’était pas tout bien entendu… Non pas tout. « Qui t'a dit que j'étais encore en vie ? »  La question paraissait stupide et simple, elle était devant lui, elle avait un coeur qui battait bien, du sang qui circulait dans ses veines, elle se mouvait, elle était, donc elle vivait pas vrai ? Dans le monde de Désirée, la vérité était beaucoup plus cruelle et salée que cela, et c’était le genre de vérité que personne ne pouvait comprendre. « Qui ? » Le ton était un peu plus féroce et un véritable éclair bleu fixa Jimmy à présent. Lui qui voulait tant savoir, il devait savoir que la vérité avait un prix et que la connaissance était loin d’être un cadeau, oh que non… Désirée se rattrapa une seconde plus tard et elle tourna la tête d'une façon presque mécanique, inspirant et expirant profondément. Ne pas s’égarer, pensa aussitôt la blonde, ça ne servait à rien de toute façon pas vrai ? Le jeune homme lui avait posé une question sur le meurtrier qui était en liberté dans les rues qui leur était si familière. « Eh bien… je pense que c’est une affaire absolument tragique. Il y a un individu qui tente de nous dire quelque chose, il a tellement envie de nous parler qu’il ne peut même pas se servir du papier pour nous délivrer son message, parce qu’il a quelque chose coincé juste là… » Elle leva la main et pressa son index contre sa tempe, tapant dessus à deux reprises. « Pas sur le bout de la langue mais… . »

Désiré se pencha vers Jimmy, pour effectuer le même geste contre sa tempe à lui. Elle doutait vraiment qu’il puisse comprendre à quel point cela était frustrant pour quelqu’un d’avoir une pensée trappée, une phrase, un mot, quelque chose, qui avait besoin de sortir. Il n’y avait que comme ça que Désirée écrivait et quand elle voyait les états dans lesquels elle était quand elle écrivait, refusant de manger, de dormir ou de voir la lumière du soleil, c’était électrique et possédant dans un sens, ce désir de s’exprimer, d’hurler sur le papier. « C’est ironique pas vrai ? Alors voilà ce que j’en pense mon grand, rien de passionnant en somme.  »

_________________

"I had a vision, A vision of my nails in the kitchen, Scratching counter tops, I was screaming..."


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t164-i-ve-never-seen-a-diamond-in-the-flesh

bad blood - we live here

avatar

◆ Manuscrits : 265
◆ Arrivé(e) le : 26/09/2015
◆ Âge : 23
◆ Métier : Livreur
◆ Points : 365
◆ Avatar : Thomas Brodie-Sangster


Sujet: Re: don't you tell me no truth, i want all of your liesMar 17 Mai - 5:52

Elle était mignonne. Un terme qui lui aurait sans doute paru complètement à côté de la plaque s’il l’avait prononcé à voix haute, mais ça ne rendait la pensée que plus jouissive encore. Parce que ouais, elle était mignonne, à se débattre toute seule avec ses prétendus mystères, à devoir insister qu’il se trompait, qu’il ne savait rien, à se perdre dans ses propres envolées lyriques, tout ça tout ça. Comme quoi, au final, elle avait beau s’en défendre bec et ongles, Désirée Cravy restait très humaine. … Paradoxalement, tout le monde avait envie d’être spécial. Et qu’elle en ait conscience ou pas, il y avait une différence entre se foutre de tout et ressentir le besoin de l’affirmer partout. Quant à son truc comme quoi elle serait déjà morte … Chez lui, on appelait ça une bonne vieille dépression, mais si elle voulait se la jouer romantique, elle avait la profession pour. Si, l’espace d’un instant, le terme l’avait irrité, une minute plus tard il ne ressentait plus rien. Elle était loin d’être la seule à parler avec des mots dont elle ne comprenait pas l’épaisseur, et partir en croisade contre tous ceux qui se tapaient des trips tout seuls loin d’être ce à quoi il voulait employer le temps qui lui restait. Alors il se contenta d’un vague haussement de sourcils blasé, et retourna au fond de son verre de vin, dont il n’avait pas vidé la moitié. Mouais. Rien de bien folichon ni de bien sincère. Cela avait pris plus de temps qu’il n’aurait cru, mais ça y était, ils tournaient en rond. Il posa son verre sur la table, songeant sérieusement à se barrer sans autre forme de procès, lorsque l’autre réponse tomba.

Il s’y était préparé, mais pas attendu. Il lui fallut quelques secondes pour réaliser ce qu’elle disait, et le poids de ce qu’elle ne disait pas vraiment. Il sentit son corps se redresser sur son coin du canapé, son visage se figer légèrement. On y arrivait. Le véritable nœud du sujet. Un véritable coup d’œil à travers son cerveau, le sien, pas celui qu’elle prétendait avoir. Et maintenant … Il s’agissait de ne surtout pas être normal. S’insurger et balancer des poncifs sur la valeur des vies perdues ne mènerait à rien et l’ennuyait d’avance. Non, maintenant qu’il était là, il n’y avait que dans son sens qu’il pouvait avancer. Qu’en mettant de côté tout sentiment bien-pensant, en occultant toute empathie, en oubliant Rose. Alors c’est ce qu’il fit. Le plus surprenant étant sans doute à quel point ce fut facile, ici et maintenant, de faire taire son humanité. Il trouva ça dérangeant, de loin, étrangement anesthésié, tandis qu’il remettait tout en ordre. Si c’était elle, s’il avait toujours été enclin à se couper du monde, si son cœur avait été constamment prêt à occulter ce qui l’entravait, il ne savait pas, et peu importait. Il y réfléchirait plus tard. Ailleurs. Lorsque tout serait reconnecté et que Désirée ne serait pas en train de lui loucher dessus.

Il suivit son doigt des yeux tandis qu’elle passait de sa tempe à la sienne. Oui. Il comprenait le principe. Curieusement, être envahi de l’intérieur par quelque chose qui prenait trop de place, jusqu’à obstruer ses pensées et l’empêcher de fonctionner correctement, n’était pas un concept qui lui était franchement étranger. Serait-il allé jusqu’à tuer pour se débarrasser de ce qui grandissait en lui ? Vu d’ici, maintenant, il ne fut pas sûr de la réponse. Mais même vu d’ici, même noyé dans un océan de sang-froid, il trouvait la vision profondément naïve. Qu’on parle du Poète ou de lui-même – et il ne ressentit même pas de dégoût en apposant son nom au sien – le mal était au-delà de toute promesse de soulagement. Il était enraciné jusqu’à l’âme, entortillé dans leurs identités. Et le Poète n’avait aucune excuse. S’il ignorait que ses pulsions n’auraient jamais de fins, il était idiot. A en croire la vision de Désirée, pour ce qu’elle valait, le Poète était un être faible. Il avait fait le choix de céder, encore et encore, de céder toujours, jusqu’à ce que quelqu’un l’arrête. Les yeux bruns de Jim se perdirent un instant sur le mur. Il le ferait. Sans hésiter. S’il en avait l’occasion, il ne lui faudrait pas une seconde pour prendre sa mort sur ses épaules.

- … c’est une façon de voir les choses.

Mais on en était loin, et dans sa poche, sa main tremblait. Le peu de vin qu’il avait bu commençait à lui taper derrière le front. Il cligna des yeux, comme s’il réalisait à peine où il se trouvait, puis se leva, attrapant au passage la veste sur laquelle il s’était assis. Incertain d’où il allait, il baguenauda du salon à la cuisine, laissant ses pieds le perdre tandis qu’il réfléchissait à quoi lui révéler, puis se planta devant elle, bâillant à s’en décrocher la mâchoire, esquissant une moue faussement impressionnée.

- … Ouais. Vous devriez peut-être fonder un club. Moi, je vais me pieuter.


Et, après avoir lui adressé un sourire charmant et récupéré sa veste avec un vague bonne nuit, Jimmy quitta l’appartement. Il lui fallut une bonne demi-heure pour redescendre de l’état plus que bizarre dans lequel il s’était mis, et récupérer ses sentiments, et Rose, et se souvenir que la comparaison entre lui et le Poète relevait d’un autre univers, et reprendre la mesure de ce que la sympathie de Désirée pour le Poète impliquait, et de revoir la montagne de corps, et de penser à Elliott et à Willow, et à son propre besoin de rester humain … Mais ça revint, miette par miette.

Et lorsque tout ça forma un tout, il vomit.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t384-jonathan-jimmy-robert-mulligan
 

don't you tell me no truth, i want all of your lies

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» « Truth or Dare ? » feat. Hareton Blitswick
» South Park: The stick of Truth
» Search for the truth
» [Web] Bionicle.com : mise à jours de l'été 2009
» Vos Musiques préférées

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: the city that we loved :: fairhope avenue :: résidences-