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 And the sky will bleed again tonight

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fonda - lost in the fire

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◆ Manuscrits : 6558
◆ Arrivé(e) le : 15/03/2015
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◆ Décédé le : 3 Mars 2016, suite à une altercation avec les forces de police
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Sujet: And the sky will bleed again tonightJeu 5 Nov - 19:20

and the sky will bleed again tonight



20 mai 2015
Seul. Il était seul. Désespérément seul. Pas pour longtemps, certes. L’espace de quelques dangereuses minutes au cours desquelles Désirée s’était absentée pour aller chercher leur diner. Tandis qu’il se retrouvait planté là, au milieu de ce salon, le pied encore dans le plâtre et le regard fixé au mur comme si un détail cherchait à l’attirer tout particulièrement, prenant son attention en otage, l’homme restant figé, les sourcils froncés et les pupilles baignées de haine. Tobias était seul, mais ce n’était pas uniquement une histoire de départ, d’abandon ou de brève sortie pour passer récupérer son dû dans la pizzeria du coin ; c’était autre chose de plus profond que cela, qui n’était pas seulement physique. Une sensation de solitude qui ne s’exprimait pas par les mots. Le brun serra la mâchoire, s’agrippant fermement au canapé sur lequel il se trouvait assis comme un abruti. Est-ce que la blonde était au moins partie ou avait-elle fait semblant ? Peut-être qu’elle était restée debout derrière lui, silencieuse, respirant le plus discrètement possible pour ne pas alerter celui qui continuait d’agoniser sans émettre le moindre son. Ou juste un grognement, parfois. Cela n’avait plus rien à voir avec la douleur lancinante qui avait saisi sa cheville lorsqu’ils étaient sortis se promener, près d’un mois auparavant. Une promenade parmi tant d’autres où Laurel avait une fois de plus manqué à l’appel. À moins que ce soit ce jour-là qu’ils l’aient retrouvée morte, assise au pied d’un arbre. Il l’avait entendue susurrer au creux de la nuit noire, soufflant avec la brise qui avait emporté son parfum, qui l’avait rendu à la nature ; elle lui avait confié qu’il était arrivé trop tard. Trop tard, Tobias. C’est trop tard.

Et ce mot continuait de marteler douloureusement son pauvre crâne tandis qu’il était là. Seul. Tard. Ses doigts semblèrent se planter dans le rembourrage du canapé, ses ongles soudainement aussi aiguisés que des couteaux, des lames tranchantes qui faisaient grincer le tissu sous sa poigne d’acier, froide, cruelle. Meurtrière. Son autre main chercha à se saisir d’autre chose, mais quoi ? Rien. Du vide, du néant, le creux de l’atmosphère. Seul. Tobias cherchait, le regard fuyant à présent, se posant partout autour de lui, virevoltant dans la pièce tel un papillon fraichement sorti de son cocon étroit et ridicule. Il s’était dit qu’il ne trouverait rien ici à part une énième preuve de l’existence de Désirée, mais plus aucune de celle de Laurel, sa Laurel, celle qu’il avait chérit alors que sa raison aurait du lui souffler de ne jamais la toucher, jamais poser ses lèvres sur les siennes, jamais effleurer ses hanches ou laisser ses baisers courir ailleurs sur sa peau. Dans la paume de ses mains surtout, là où elle lui demandait toujours de venir l’embrasser. Elle disait qu’ainsi, elle gardait les baisers de son frère bien au chaud entre ses doigts, dans ses poches, et qu’elle pouvait les poser partout où elle le souhaitait, qu’elle pouvait s’en couvrir, s’en recouvrir dès que l’hiver approchait. Il n’avait pas compris, jusqu’à ce qu’elle lui montre. Jusqu’à ce qu’il voit où ses baisers s’égaraient parfois, quand elle était seule entre ses draps. Jusqu’à ce qu’elle lui explique où elle voulait que s’attardent parfois ses lèvres. Le bourgeon s’était offert, Tobias en goûtant la sève, les feuilles volant au dehors tandis que le ciel pleurait contre la fenêtre de leur chambre. Ils étaient beaux, à ne faire qu’un avant de se déchirer à nouveau, Laurel gardant l’homme blotti contre elle. Elle s’était donnée à lui comme on vendait son âme au diable ; elle lui appartenait. Et dans le fond elle savait. Elle savait qu’elle s’était faite prisonnière de ses bras et qu’elle ne pourrait plus jamais repartir. Elle savait que c’était à elle de le sauver de sa propre folie.

Mais c’était trop tard. Trop tard maintenant qu’elle était partie, qu’on avait retrouvé le bourgeon meurtris au pied d’un arbre, l’écorce déchirée, saignante, se vidant de la sève qui était sienne, qui n’appartenait qu’à lui et à lui seul. Ce n’était pas sa cheville qui l’avait fait hurler, non. C’était le fait de la voir là, morte une deuxième fois, le visage dissimulé, encapuchonné, le ventre certainement fendu sous cette veste trop ample pour son petit corps frêle. Sûrement pour l’empêcher d’enfanter. Tobias tapa du poing sur l’assise du sofa qu’il occupait. C’était trop. Trop et tard à la fois, pour lui qui était seul, qui était seul ici. Misérable, infâme individu laissé seul face au vide. Pauvre homme abandonné dans ce maudit appartement, condamné à tourner en rond comme un poisson dans une cage. Non. Ça, ça ne voulait rien dire. Ça, ça n’avait strictement aucun sens. Et pourtant, il s’essoufflait à tenter de retrouver son milieu naturel, se débattant à grand coup de nageoire sur le plancher pour s’évader et regagner les étendues d’eau qui lui étaient destinées. Tobias secoua la tête, chassant ces pensées encombrantes de son esprit déjà pollué. Il fallait qu’il parvienne à communiquer avec Laurel, par tous les moyens. Qu’il rompe le silence qui durait depuis trop longtemps maintenant. Depuis que la vipère s’était immiscée entre leur deux corps pour les distraire avec ses histoires de fruit défendu. Satanée vipère. Créature maléfique. Il fallait y remédier, au plus vite. Vite, avant qu’il soit tard. Trop tard.

Tobias avait d’abord saisi une feuille qui trainait sur la table basse, s’armant d’un stylo qu’il eut toute la peine du monde à récupérer dans un coin de la pièce, lui qui était ralenti par le boulet qui lui servait de pied. Les mains tremblantes, le regard tranchant et glacial, il s’était mis à écrire. Frénétiquement. Pour tenter de lui parler, de lui faire comprendre. Les discours ne suffisaient visiblement plus. Ni les pensées. Ni même ses songes. Alors à quoi bon ? Laurel souhaitait certainement qu’il se remette à écrire. Et les pages vierges qui défilaient sous ses doigts ne l'aidaient déjà plus. Les traits fins qu’il dessinait sur les feuilles d’un vieux journal ne convenaient pas davantage. Des lettres plus épaisses peut-être ? Un marqueur, oui, sans doute cela aiderait-il. Il rouspétait, toussant, crachant sa haine à l’égard du moindre bout de papier qui tombait sous sa main, qui passait entre ses doigts. Il finit par céder, claudiquant jusqu’au mur, boitant jusqu’à son but, le coeur battant au creux de sa paume inspirée.

Tard. Tard. Tard. Trop tard. Quand il fait rouge. Tu dis qu’il est trop tard quand il fait rouge, quand il fait rouge dehors et que les nuages saignent. Mais il ne pleut pas, il ne pleure pas. Personne ne pleure plus. Je suis là quand il fait tard, quand il fait rouge. Et tu ne parles plus, tu soupires rouge, tu vois tard et tu me laisses seul. Ce n’est pas tard, pas trop tard, pas trop tard pour faire rouge.

Et le ciel saignera encore ce soir.
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Sujet: Re: And the sky will bleed again tonightVen 20 Nov - 21:55

Désirée ne faisait pas partie de cette catégorie des gens qui avaient beaucoup d’amis. Elle n’en avait tout simplement pas. Sa nature ne le lui permettait pas et les conversations trop banales l’ennuyaient rapidement et elle préférait s’enfermer dans son propre monde plutôt que de rester dans celui trop réel de la réalité. Pourquoi aller au cinéma pour voir des effets spéciaux à la qualité douteuse lorsqu’elle pouvait rester chez elle, bien au chaud, dans des vêtements confortables, sans aucun jugement et avec la possibilité de voir ce qu’elle voulait, et aller où elle voulait. Juste avec ses propres mots, juste par la force de… ses propres pensées. La blonde était très forte à ce jeu-là, c’était son jeu favori et c’était également le genre de petit plaisir qui se faisait seul. Pas besoin de partenaire et Désirée le vivait très bien. Le commun des mortels voulait mettre ça sur sa nature d’écrivain, très bien, qu’ils le fassent, l’un n’empêchait pas l’autre et si Désirée n’avait rien de King et de ses cabines recluses au fin fond des États-Unis, desquelles venaient le tirer les fantômes de sa panne d’inspiration, elle aimait bien la solitude et surtout le son de sa propre voix. Petite, on la surprenait souvent en train de se parler à elle-même. Encore innocente au possible, avec ses yeux bleus plus vides qu’aujourd’hui, elle récitait à voix haute la moindre de ses pensées, elle pensait naïvement que c’était la marche à suivre et que tout le monde le faisait. Le regard des adultes l’avait rapidement corrigée et elle avait fini par se taire, scellant ses lèvres et son esprit à tout jamais.

C’était bien plus tard que la libération était venue, et c’était pour cela que Désirée ne manquait jamais vraiment d’inspiration. Elle avait été contrainte de se taire pendant des années et jamais ses pensées n’avaient été aussi libres qu’à l’heure actuelle. Libre de courir sur le papier et de le noircir de poison, poison qui allait nourrir les yeux et l’âme des dizaines de milliers de lecteurs qui se ruaient vers les ouvrages. C’était… réconfortant dans un sens. De savoir que tant d’anonymes lisaient son journal intime en quelque sorte. Elle avait déjà vu son grand frère avec un de ses romans entre les mains, il avait rapidement fermé l’ouvrage avant de fixer celle qui avait pour habitude de venir se réfugier dans son lit les soirs d’ouvrage. Même lui sentait que c’était quelque chose de trop privé et qu’il ne pouvait pas lire, même lui. Alors non, Désirée n’avait pas vraiment eu d’amis au cours de sa vie, difficile donc de dire ce que la blonde faisait avec Tobias. Tobias et son regard si sombre… Mélodramatique parfois, elle se disait que Tobias pouvait la tuer, qu'il finirait par la tuer.

C’était vrai, une de ses mains aurait largement suffi pour l’étrangler ou la clouer au sol, elle savait qu’elle testait sa patience... souvent. Cela la faisait doucement sourire et elle attendait, elle attendait le jour où ce regard sombre allait se poser sur elle avec une seule intention, la faire tard à jamais. Mais si les démons de Tobias ne prenaient qu’une seule et unique forme, ceux de Désirée en avaient plusieurs, ils étaient à l’affût et offraient des sourires face à Tobias. Elle l’avait vu craquer près du corps de la dernière victime du Poète, il l’avait vue s’emparer d’une preuve. Elle ne craignait pas que Tobias la dénonce non, elle était venue le voir chez lui, à sa sortie de l’hôpital puis à quelques reprises, histoire de s’assurer qu’il allait bien. Son plâtre n’avait pas amélioré son humeur et elle s’était retenue d’écrire sur le dit plâtre histoire de le faire sourire. Elle n’était pas Laurel, qui était-elle pour demander ses sourires, pas vrai? Elle était assez importante cependant pour que Tobias investisse son appartement ce soir-là.

Désirée se sentait d’humeur assez joyeuse pour sourire pour deux et distraire un peu le brun. Elle se disait qu’il en avait grandement besoin, il avait l’air encore plus… Tobias que d’habitude et c’était pour dire. Commander à manger s’était avéré être long et elle avait dû multiplier les sourires, Tobias n’aimait pas les compromis et il avait grogné plus d’une fois face à Désirée et son téléphone. Désirée qui revenait en direction de son appartement à présent, les bras chargés. Tout ceci avait des allures de soirées normales. Une fois que les pizza seraient englouties, Désirée sortirait certainement la bouteille de champagne qu’elle gardait dans son frigo et elle dirait à Tobias qu’elle avait fini un nouveau roman. Le brun allait boire contre son gré et ils allaient certainement regarder un film, comme deux amis qui passaient une soirée ensemble. Une soirée normale. Désirée avait presque réussi à se convaincre lorsqu’elle poussa la porte de son appartement. « Je suis de retour. J’ai laissé un généreux pourboire vu qu’ils ont du inventé une nouvelle pizza pour t… » Le ton enjoué de blonde s’envola rapidement et elle manqua de lâcher les pizza face à la vue qu’offrait Tobias.

Oh Tobias, se dit la romancière. Elle posa les pizzas sur la table basse lentement, presque comme si elle craignait qu’un geste brusque ne l’énerve davantage et elle se redressa, retenant son souffle.  « Tobias … » murmura enfin Désirée. Elle ne savait pas comment le brun avait fait pour se lever, enfin elle savait, mais elle ne comprenait pas qu’est-ce qui l’avait poussé à noircir son mur de la sorte.  « Tu as décidé de refaire la décoration … ? » La remarque n’était pas complètement sarcastique. Par réflexe, Désirée tira son téléphone de la poche arrière de son jean, photographiant rapidement les mots de Tobias. Elle posa son téléphone sur la table et remarqua que si, il y avait du papier bien en vue du brun.  « Le papier ne… »  Pas suffisant, chuchota aussitôt quelqu’un. Pas suffisant, lui répéta t-il, et Désirée hocha la tête. Elle fit un pas de plus avant de lire les quelques lignes. Tobias semblait hanté par quelque chose et après avoir relu les mots, Désirée se retrouva à deux doigts d’être en colère. Ce n’était pas elle qui avait un quelconque pouvoir sur Tobias, absolument pas elle. Elle, elle parlait, elle, elle n’était pas entourée de rouge. Désirée tourna la tête de part en part du salon, prête à poser les yeux sur Laurel Clyne, nue, tremblante, hurlante, recouverte de sang de la tête au pied et suppliant son grand frère de la libérer. Non, se dit férocement la blonde, Laurel était morte. C’était Tobias qui était là, Tobias qui l’avait guidée jusqu’au corps de Mary Wilson. Tobias. Désirée ferma les yeux quelques instants, réfléchissant à toute vitesse. Comment enfermer Laurel dans une boite, juste quelques instants, juste le temps que Tobias y voit clair ? Elle devait jouer le jeu bien sur, sourire, être légère, se déguiser, rire même, rire face au soleil alors qu’à l’ombre elle complotait avec un serpent qui aurait rendu jaloux Satan en personne.

« Est-ce qu’Elle est là ? » demanda t-elle alors.

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Sujet: Re: And the sky will bleed again tonightLun 7 Déc - 20:25

Tobias, écoute-moi.

Mouvement de tête. Non.

Tobias, c’est moi. Je t’assure. Écoute.

Grognement. Non.

S’il te plait, Tobias. Je t’en prie.

Un trait droit et épais sur le mur. Non.

Je suis là, je ne suis pas partie, Tobias.

Hurlement. « Non! »

Ce n’était pas vrai. Pas vrai. Juste le vent qui soufflait ; qui souffrait. Et aussitôt son stylo repartait dans une course folle, les quelques mots qui lui venaient à l’esprit apparaissant bien trop lentement sous ses yeux, frustrant le biographe, lui arrachant sans cesse des grognements de mécontentement. Une plainte. Une chanson. Un poème. Des vers qui traineraient là jusqu’à ce les murs s’écroulent et s’effritent, jusqu’à ce que l’humanité ne soit plus présente pour témoigner de sa folie, de son génie, de ses cris qui déchiraient la nuit, qui la griffaient, impuissante. Nuit sanglante au soleil d’argent, gouttes de sang en croissants de lune. Tobias écrivait, l’inspiration bouillonnant au creux de ses entrailles, sa bile se déversant de manière incontrôlée sur les remparts de la forteresse qu’il avait conquit, vomissant son venin tel un reptile agressif et malade. En dernier recours. Avant que ses écailles s’écorchent et se froissent, avant que ses crocs se plantent dans sa propre chair tandis qu’il se mordait la queue. Son regard affuté se planta dans les chairs de Désirée, brûlant, incisif, ses inspirations plus profondes que d’ordinaire, plus lointaines, comme un changement dans sa posture, une tension dans sa mâchoire. De l’homme, il ne restait qu’une ombre lointaine, vacillante, aussi fragile que la flamme d’une bougie, qu’une expiration au creux de l’hiver glacé ; aussi incertaine que les secondes qui s’écoulaient, aussi imprévisible que les journées à venir. De Tobias, il ne restait pas grand chose. Le monstre avait tout saccagé. La bête avait déjà dévoré l’innocent qui s’était offert à sa tumeur sans rechigner.

La tumeur observait Désirée. L’intruse. Pendant un instant, il n’était plus certain de son prénom ni de son visage. Que faisait-elle ici ? Elle essayait de le distraire ; de le détruire. Elle essayait de l’anéantir, on pouvait le lire sur son visage, entre les lignes qui se dessinaient près de ses lèvres et de son front. On pouvait sentir le parfum de la mort dans son cou, imprégnant la pièce. C’était Désirée, la tumeur. L’immonde animal. Mais il n’avait pas de temps à perdre, non, pas d’instant à prêter. Il écrivait pour Laurel, pour qu’elle puisse trouver son message sur les murs de cette demeure ou sur ceux de la ville. Quelque part, n’importe où. Que son regard vide, inanimé et immobile finisse par se poser sur les mots de son frère, ceux qu’il avait réussi à soustraire au reste du monde pour se les approprier et les offrir, comme on arracherait des fleurs dans un parc pour les tendre à son aimée. Plus personne ne pourrait jamais prononcer ces termes ; ils leur appartenaient. Est-ce qu’elle était là, lui avait-on demandé ? Non. Et la réponse de Tobias n'eut même pas besoin de franchir ses lèvres. Inutile de prononcer l'évidence.

Les ratures se succédaient alors tandis qu’il essayait, tant bien que mal, d’attirer l’attention de celle qu’il avait un jour cueilli. Était-ce au creux de l’hiver, quand les bourgeons glacés étaient encore paralysés sous une épaisse couche de glace ? Ou une fois le printemps revenu, la fleur à peine éclose déjà déracinée pour rester contre le corps de Tobias ? Je meurs de froid si tu ne reviens pas, inscrivait-il alors avant de grogner de plus belle, insatisfait, traçant de grands traits sur ce qu’il venait d'écrire en réalisant que sa technique ne fonctionnait pas. Un simple marqueur n’était pas à la hauteur de ce que sa soeur avait vécu, sa mémoire n’était nullement honorée par un banal objet du quotidien. Il lui fallait autre chose pour ériger un temple. Comment priait-on déjà ? Fallait-il nécessairement se mettre à genoux et planter son regard vers les cieux ? Non. Il resterait debout, dans la même posture qu’à l’instant où il l’avait trouvée, où il l’avait recueillie entre ses bras pour la porter jusqu’à la plage. Il garderait la tête baissée vers le plancher, comme si elle était toujours vivante, juste devant lui, réclamant son attention et répétant son prénom, un psaume qu’elle récitait pour le raccrocher à la réalité. « Du sang. » Un murmure affreux qui avait fait tremblé sa chair. « Du sang. Sur ma chemise. Partout. Il faut du sang. » C’était tout ce dont il avait besoin pour la faire renaître, pour qu’elle le retrouve et qu’elle panse ses blessures. S’il se vidait de son sang, elle reviendrait pour arrêter l’hémorragie. Elle reviendrait.

Tobias se précipita dans la cuisine, retournant tous les tiroirs, un par un, sans aucun ménagement, sans faire la moindre exception, déversant leur contenu directement sur le sol dans un bruit sourd et métallique pareil au son des chaines qu'on essaierait de briser. À la recherche d’une nouvelle plume plus aiguisée, d'une larme destructrice.
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Sujet: Re: And the sky will bleed again tonightLun 14 Déc - 14:40

Le cri de Tobias lui avait glacé le sang. Elle était habituée aux intonations du brun. Qui ne s'exprimait qu'avec des grognements sourds et froids la plupart du temps et qui refusait bien souvent de parler. Tobias était une créature singulière, un peu bancale et chacun de ses mots étaient précieux et se devait d'être soigneusement collecté. Une chose que Désirée avait toujours respecté et elle ne se prêtait qu'au jeu et à l'exercice quand elle avait la patience de le faire et surtout le temps. Il n'était pas facile de l'amadouer et de réussir à le mettre dans cet état où il pouvait être démonstratif. Tobias parlait parfois avec ses yeux, ses sourcils, son coeur tout entier et aujourd'hui un marqueur, aujourd'hui contre son mur. Ce cri pourtant, cette négation, ça venait d'autre part, ce n'était pas seulement ses lèvres qui s'étaient tordues pour que Tobias parle, non, c'était tout son corps, toute son âme qui pleurait et qui pleurait encore la mort de la défunte Laurel et qui essayait de vivre sans elle. Désirée n'était pas une meurtrière du genre physique, sinon, depuis longtemps, elle se serait emparée d'un objet tranchant afin de réunir les deux Clyne et d'accorder à Tobias son voeu de toujours, être réuni une bonne fois pour toute avec sa soeur. Non, Désirée était incapable de le mettre en terre et de l'abattre de cette façon, elle était dans un sens surprise que Tobias n'est pas mis fin à ses jours lui-même mais... Faisait-il vraiment la différence entre le monde des vivants et celui des morts ? Au final, tout devait être pareil pour lui et seul un épais brouillard devait le séparer de sa Laurel. C'était  comme un rideau, qui paraissait suffisamment fin pour qu'on puisse le toucher mais qui était assez lourd pour dissuader n'importe qui de regarder de l'autre côté.

Désirée n'était pas là pour exaucer ses voeux et ses prières, pas là pour faire naitre un sourire sur le visage de Tobias, non, elle était là pour observer ce drôle d'animal et voir de quelle façon il s'en sortait. Elle était là pour le tuer à petit feu et le regarder mourir. Sa décomposition avait déjà commencé et sa matière grise était infestée par les idées noires et par les verres qui rongeaient tout et qui pullulaient dans les parties logiques de son esprit. Il aimait les appeler Laurel, Désirée ne pouvait pas vraiment le blâmer, c'était plus simple de faire semblant que de voir la vérité en face. Il bougeait encore, trainant son corps trop grand dans la cuisine pour s'agiter, pour hurler encore et encore, pour soulever des tiroirs et les jeter sur le sol. Désirée ne disait rien depuis plusieurs minutes et sa respiration s'était faite plus silencieuse alors qu'elle tentait de comprendre où est-ce qu'il voulait en venir. Tobias était à la recherche de quelque chose de futile. Les morts ne pouvaient pas revenir, quelqu'un aurait dû lui dire. Mais ça aurait signifié le faire grandir, il était peut-être d'une taille supérieure à la moyenne cependant son esprit demeurait simple, et désormais il était fatiguée, tiraillé par la non logique de la mort de Laurel. Oh... peut-être qu'un coup de couteau bien placé dans la tempe et il finirait par atteindre une certaine paix intérieure, pas la mort non, juste le néant.

La blonde s'empara donc du seul vrai couteau de cuisine qu'elle avait, trop loin de Tobias pour qu'il le remarque et elle l'agita devant elle, presque menaçante dans le fond. Presque, son visage n'affichait rien d'autre qu'une certaine fatigue et lassitude, n'avaient-ils pas déjà eu cette conversation ?  « ... C'est ça que tu cherches Tobias ? » Elle connaissait la réponse, le tenter était une bonne méthode de lui rappeler où il devait se tenir et quelle était sa place. C'était plus important que tout le reste ça, tout le monde avait une place pour lui, une place essentielle et le bon moment pour tout dire et pour tout faire. « C'est ça hmm ? » répéta t-elle avec un peu plus de force. Ses cris n'avaient rien à voir avec ceux de Tobias, aucun signe de désespoir présent, juste la satisfaction de pouvoir lui faire comprendre quelque chose d'élémentaire. Tant qu'il ne se décidait pas à rejoindre Laurel, il lui appartenait. C'était elle qui décidait s'il était fou ou en bonne santé, elle qui le protégeait des yeux du monde et qui faisait en sorte que son monde à lui ne soit pas tout à fait gris. Elle et elle seule.  « Oh non, reste où tu es Tobias, reste exactement où tu es ou tu n'auras pas ce que tu veux et je me chargerai moi-même d'effacer les si jolis mots que tu as écrits sur le mur et Elle partira pour de bon Tobias.»  Le ton de Désirée était tout aussi féroce que ses grognements et la façon dont elle agita le couteau aussi. Elle n'hésita pas à le planter dans son plan de travail, donnant un coup sec avec la lame qui s'enfonça aisément dans la matière et le couteau resta suspendu là, tremblant légèrement.

Désirée croisa les bras sur sa poitrine et de ses yeux perçants et elle fixa Tobias. « Je peux te La rendre, je veux te La rendre, je L'ai entendue la dernière fois dans les bois, et la première fois que je suis venue te voir... tu penses que c'est un hasard si nos routes se sont croisées hein ? » Mensonges encore plus de mensonges versés dans l'esprit de Tobias, pour qu'il ne s'échappe pas, pour qu'il reste précisément à sa place et qu'il n'ose pas remettre en question ce qu'elle essayait de faire. C'était important, elle avait prévu de passer une bonne soirée avec lui, pas de lui expliquer pourquoi il devait garder sa muselière autour de la bouche et ne surtout pas protester...  
« Assieds-toi » dit la blonde en lui montrant la chaise qu'il avait renversée dans sa colère.

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Sujet: Re: And the sky will bleed again tonightJeu 7 Jan - 5:56

L’inspiration suivante fut douloureuse. Tobias aurait du s’arracher une côte, plonger à pleines mains dans sa propre poitrine pour aller gratter la chair jusqu’à ce que le sang coule, qu’il ruisselle sur son torse désespéré, le coeur tétanisé à l’idée de voir tomber ses barrières. Il aurait du se mettre à genoux et la fusiller du regard, la défier, lui montrer qu’il n’avait besoin de rien d’autre à part ses ongles meurtriers, ses doigts voraces et carnassiers, aussi pointus que les lames des couteaux qui s’étaient étalés sur le sol ; mare de métal et déluge d’hémoglobine. Il aurait du extirper l’os, au prix d’une douleur indescriptible, comme la cendre au bout d’une cigarette s’apprêtant à s’écraser dans le fond d’un récipient déjà noirci par les cadavres précédents ; comme la plaie brûlante qui ne s'était jamais refermée depuis que Laurel avait tragiquement péri. Il aurait du brandir cette arme blanche comme un trophée, et rester là, agonisant, le sang se réfugiant au bord de ses lèvres, pulsant de ses bronches, de chacun de ses pores. Il aurait du l’aiguiser avec ses dents, la frotter contre les autres parties visibles de son squelette jusqu’à que son extrémité devienne létale, dangereuse, aussi répugnante, prétentieuse et destructrice que le désir d’un homme. Et il aurait du la planter là, dans sa tempe, se confondant en hurlement et en supplications, gisant misérablement sur le carrelage. Mais même s’il avait fait tout ça, Tobias ne serait pas mort. Non ; ce qui l’habitait aurait continué de se déplacer dans cette cuisine, tournant en rond tel un chien enragé, la bave glissant sur le bord de ses babines pleurantes, cherchant avec intérêt la prochaine carcasse dont il pourrait se sustenter. Il aurait continué d’exister malgré lui, coincé quelque part entre le vivant et l’irréel, condamné à observer le reste de l’humanité se faire happer par sa folie.

L’homme tituba jusqu’à la chaise, la mâchoire serrée et le crâne lourd, tellement lourd qu’il cru faiblir et basculer sous le poids des pensées qui lui rongeaient les méninges. Agrippant un barreau de l’objet, il se demandait si tout n’était pas simplement fait d’os et de viscères encore tièdes. Comme les rideaux, sans doute. Ou le ciel tendu au-dessus du globe comme la peau tirée du ventre d’une mère, rond, prêt à éclore ; prêt à être déchiré par la progéniture ingrate et envahissante pour laquelle elle aurait déjà grillé tous ses espoirs, balles perdues balancées à la face du monde en guise de remède à la bêtise humaine. Et la pluie alors ? Était-ce leur Mère qui pleurait, qui les pleurait ? Pas de Dieu dans cet univers abandonné à sa propre destruction, juste une Mère aux seins lourds et aux côtes saillantes, aussi dures et cassantes que les barreaux d’une chaise. Tobias s’en saisit pour la remettre dans le bon sens, colonisant l’assise. Respire, soufflait-Elle ; mais il ne faisait que cela depuis des années et la douleur restait intacte, palpable, tangible. Pour certains il s’agissait d’un mot coincé en travers de la gorge ; pour d’autres elle était cette envie de se peler la peau pour sentir le vent brûler la chair à vif. Pour Tobias, la souffrance était cette sphère, toute cette encre qui s’était amassée dans ses entrailles à force de ne plus être jetée sur le papier. « J’ai mal. », murmura-t-il alors, une main frémissante plaquée contre son flanc, là où ses os reposaient ; patients.

Son cou se tendit vers la tumeur. « J’ai mal. » Plus insistant que la fois précédente, il fit un brusque signe de tête pour désigner le couteau planté dans le meuble, celui qui trônait fièrement à la portée de la blonde en attendant qu’on s’en saisisse. « J’ai mal, j’ai mal, j’ai mal… », commençât-il à ruminer, gesticulant sur sa chaise en attendant qu’on vienne l’abattre. « J’ai mal ! » Il hurlait, priant pour qu’on l’achève. Priant pour qu’elle approche et qu’elle le libère au moins de ce corps-là, au moins juste un instant. Quelque part, dans le fond de ses yeux bruns, il était encore présent ; les rares braises frémissantes qu’il restait encore de lui assistaient à la scène, désemparées, impuissantes, espérant que le souffle de Désirée serait suffisant pour les ranimer. Ou pour les éteindre tout à fait… Tobias avait toute la peine du monde à rester en place, jetant de multiples regards à ce couteau, aussi capricieux qu’un gamin auquel on aurait confisqué un jouet. Et dans un dernier élan, une ultime cartouche d’espoir, il remonta ses manches à la hâte, ne se souciant pas des boutons qui risquaient de se mettre en travers de sa course. Les avant-bras tendus vers l’écrivain, au bord de sa falaise de fortune, il l’implorait. « J’ai mal, il faut… » Ses ongles trouvèrent la solution avant elle, agrippant la peau pour la marquer. « Du sang. Il faut mon sang. » Son crâne maintenant. Son crâne. La paume écrasée près de son front, il sentait les larmes s’arracher à ses pupilles. « J’ai mal, vite. J’ai mal. » Déchire moi un mouton, dictait la voix qui l'avait poussé sur ses deux jambes, qui l'avait contraint à agripper un stylo pour salir les murs d'une autre pièce, une pièce trop loin de celle dans laquelle ils étaient à présent confinés ; une pièce qu'il avait déjà oublié, qu'il n'aurait pas su nommer. Puis le silence.

À bout de souffle, il réalisa enfin qu’il avait commis une erreur.

« Il faut qu'il revienne. Il faut qu’on le retrouve et qu’il m’arrache la peau à moi aussi. Qu’il écrive la suite. Il faut la suite, et elle sera là. Elle sera là. Il faut qu’il revienne, il faut qu’on le trouve et qu’il m’arrache la peau. » Et son regard implora l’approbation, adjurant le pardon, ses genoux trouvant le sol.
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Sujet: Re: And the sky will bleed again tonightMar 26 Jan - 0:16

Tobias aurait pu s’adresser à un mur, cela n’aurait pas fait la moindre différence à cet instant. Les yeux de Désirée avaient vaguement remué dans leurs orbites alors qu’elle avait vu le brun se mouvoir et enfin prendre sa place sur sa chaise. Aucune expression ne passa sur ce visage froid et le semblant de folie qui était apparu il y a de cela quelques secondes avait disparu. Elle ne ressentait rien face à la peine béante et apparente de Tobias, un autre être humain aurait probablement eu une vague de tristesse dans son propre coeur. L’empathie serait venue frapper à sa porte et il aurait pu comprendre Tobias et dans un sens le réconforter mais pas Désirée. Désirée ne bougea pas d’un centimètre et elle le regarda murmurer les mêmes mots en boucle comme si au bout de la centième fois, la blonde aurait été éblouie par leur sens profond et qu’elle aurait fait quelque chose pour le délivrer. Désirée était un mur, un mur au coeur battant sur lequel les échos de la voix de Tobias venaient se perdre alors qu’elle se demandait ce que ce grand homme voulait. Il n’était rien en sa présence et il n’y avait que cette chose immonde qui s’agitait sous son crâne qui le faisait être quelque chose. Quelque chose qui n’était pas trop médiocre ni trop détestable.

Désirée considéra le mettre à la porte, le jeter hors de son appartement, nettoyer sa cuisine et s’empiffrer toute seule des pizzas qu’elle était allée chercher. Elle aurait pu contempler ses dessins sur son mur, ces mots écrits à la hâte par cet homme possédé qui était encore là dans sa cuisine. La blonde pouvait presque se voir en train de mâcher et d’observer, ses yeux bleus se promenant sur absolument tout et tentant de faire sens à tout ceci. Elle ne voyait pas Tobias comme quelqu’un de particulièrement faible ou dérangé, elle le voyait simplement, sans jugement et sans appriori. Parfois, elle le rangeait dans cette catégorie particulière de personnes à utiliser et à d’autres moments, elle avait envie de l’écraser sous ses ongles parfaitement manucurés. Parce qu'il avait le don de l’énerver, à se reposer sur son malheur et à attendre du reste du monde qu’il le comprenne. Ce n’était pas un comportement acceptable et quelque part, la blonde savait que Tobias aurait dû rester enfermer, loin de tous et loin des regards. Mais qui pour hurler de la sorte alors ? Qui pour être fou et qui pour suggérer l’impossible comme Tobias savait si bien le faire ? Tobias aurait pu se gratter la peau jusqu’à l’os et se ronger de l’intérieur, saigner et saigner encore sur cette chaise, Désirée n’aurait absolument pas réagi.

Mais ce qu’il venait de dire. Ce qu'il venait de suggérer avec ses propres mots, ses propres lèvres. Oui, le Poète devait revenir. Dans la vie de Tobias mais également dans celle de Désirée. Ils étaient tous les deux dans cette cuisine, leur deux bouts de vie liés pour quelques instants et probablement pour tous les moments qui viendraient après cette nuit-là. Il devait revenir, Tobias avait absolument raison. La blonde savait y faire avec les animaux, elle avait grandi éloignée de tout, les épaules de son propre frère pour seul repère, elle l’avait déjà vu chasser, elle lui avait déjà posé des questions. Elle savait qu’il fallait être patient et attendre que l’animal vienne, parfois, quand il s’agissait de prédateurs qu’on voulait éloigner de chez soi, il fallait les appâter, leur donner quelque chose de suffisamment intéressant pour les distraire, pour qu’ils baissent leurs gardes et qu’on puisse enfin leur tirer dans les flancs. C’était bien ça ce que Tobias lui demandait pas vrai ? De laisser le Poète le mordre et se repaitre de ses entrailles et d’attendre tranquillement, bien au chaud et à l’abris du danger, d’attendre le bon moment pour Le faire tomber ? Désirée eut un sourire, cette perspective l’enchantait plus que tout. Après sa conversation avec Elyan, la romancière était sûre de tenir quelque chose, une pièce de puzzle de plus dans la course vers le Poète. Elle n’avait pas la prétention de découvrir l’identité du tueur, cela ne l’intéressait pas vraiment, mettre fin à ses agissements non plus, mais si elle pouvait trouver une manière de lui faire savoir qu’elle savait et qu’elle s’en moquait complètement… Elle pourrait continuer à vivre. Après tout, elle ne pouvait pas tuer sa source principale d’inspiration, c’était complètement exclu. Elle avait besoin des meurtres pour continuer à écrire et pour trouver un véritable sens aux mots qui remuaient son propre esprit et qui ne la laissa pas dormir. L’idée était complètement folle mais, Tobias pouvait jouer son rôle. Il avait déjà été soupçonné à tort, peut-être y avait-il un moyen de provoquer la colère du bourreau et de tenter quelque chose ? Quelque chose de complètement stupide et téméraire...

« Tout le monde a mal Tobias. » lâcha enfin Désirée, lui répondant avec quelques minutes de retard. Tobias ne pouvait pas comprendre, savoir à quoi elle pensait, elle était déjà ailleurs et son esprit sautait déjà sur quelque chose d’autre, probablement aussi chaotique que celui de Tobias. « Tout le monde. » Elle murmura ces mots-là avant de s’éclaircir la gorge et de planter ses yeux dans ceux de Tobias. La blonde enregistra enfin le fait qu’il était à genoux, priant probablement silencieusement pour que le meurtrier passe la porte, et elle considéra l’information lentement. Pas de Dieu, pas de Poète dans cet appartement, juste eux deux, que pouvait-elle lui donner de plus ? Il fallait qu’elle trouve un moyen d’apaiser ses tourments pour ce soir. Ils partaient en chasse après tout, le moindre faux pas ne serait pas toléré, pour ce gibier-là, ils allaient devoir être silencieux et suivre la bête dans son domaine et en territoire inconnu. « Mais… peut-être que tu as eu une bonne idée au final. » Le bruit des talons de Désirée résonna dans la cuisine, elle avait fait un pas vers le couteau, elle en fit un de plus et l'objet tranchant termina entre ses mains. Elle se tourna vers Tobias; lui trancher la gorge aurait été facile, trop facile, ça n’aurait eu aucun intérêt, Désirée ne serait pas celle qui porterait les coups, ça serait Lui et seulement Lui. La blonde s’avança jusqu’à Tobias et leva la lame, la pointe du couteau toucha le front de Tobias, elle ne recula pas, elle ne respira pas non plus, non, son souffle se libéra seulement lorsqu’elle pressa la lame, légèrement, contre la peau de Tobias. Pas assez pour lui faire mal, mais assez pour lui couper la peau et regarder le sang rouler sur ce visage. Elle lâcha le couteau assez facilement, l'objet retomba sur le sol dans un bruit sourd, et elle croisa les bras sur sa poitrine.  

« Tu te souviens de ce que j’ai pris le jour où Laurel nous a guidés dans les bois pas vrai ? » Désirée marqua une pause, sa main droite trouva la joue de Tobias, elle lui releva le visage pour que leurs regards ne se quittent pas. Elle voulait qu’il se rappelle de leur petit secret et qu'il comprenne enfin où elle voulait en venir. « Ça va nous aider à Le retrouver… et alors Il pourra finir ce qu’il a commencé avec Laurel, Il pourra finir avec toi aussi… » Son pouce trouva la joue de Tobias et la caressa presque dans un geste qui se voulait affectueux. Presque. Car Désirée était dépourvue de douceur depuis longtemps, il n’y avait qu’un but qui l’intéressait encore et elle savait désormais que Tobias avait sa place dans la catégorie des gens à utiliser. « Je vais vraiment t’aider. » Elle se pencha, pliant les genoux et elle colla son front contre celui de Tobias. Pour que le rouge marque son visage, pour qu’il comprenne à quel point ils étaient liés. « Mais il faut que tu me promettes de te tenir à carreau en attendant Tobias, tu as bien vu, nous étions si proches il y a des semaines de cela, toi, moi, Laurel. Si proches. Et la police a débarqué, ils nous ont fait perdre le Nord et ils ont commencé à nous accuser et à poser leurs questions. Il faut que tu apprennes à respirer comme les autres, à sourire comme les autres, il faut que tu te comportes comme un gentil garçon et je Le trouverai pour toi et Il t’apportera ce que tu veux. » Le ton de Désirée était soudainement plus dur et plus froid et sa main contre la joue de Tobias aussi, elle dériva vers son menton, pas encore prête à le lâcher.

« That’s all I’m asking Tobias. Can you do that for me ? »

_________________

"I had a vision, A vision of my nails in the kitchen, Scratching counter tops, I was screaming..."


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Sujet: Re: And the sky will bleed again tonightMar 9 Fév - 6:11

Paupières baissées. Brûlantes. Pincement.

Un souffle inespéré quitta ses lèvres après un instant, un soupir douloureux, presque traumatisé, paralysé dans l’atmosphère glaciale qui les enrobait tous deux. Immobiles, inaccessibles, à l’abris du reste du monde. Une expiration désespérée qui manqua de le vider complètement, de le laisser pour mort sur le carrelage de cette cuisine. Cruel destin que celui des Clyne. Cruelle sentence pour un fou. Il lui semblait pouvoir encore distinguer la lumière à travers la chair qui recouvrait ses yeux, deux rideaux de cellules censés lui octroyer un peu de calme et d’obscurité ; un peu d’éternité au creux de cette vie qu’il voulait qu’on sacrifie. Au nom de quoi ? Au nom de qui ? Les mêmes lettres revenaient alors s’agripper à ses lèvres en guise de réponse, courbes sucrées et essences divines. Dans son délire, il espérait qu’Elle serait présente lorsqu’il ferait le choix d’affronter l’humanité du regard une dernière fois. Son sourire. Sa peau douce et tiède. Ses mains sur sa nuque, dans son cou, contre son torse. Ses doigts fins et fragiles caressant sa chair rugueuse et craquelée, ses écailles répugnantes. Il lui avait suffit d’exister, de respirer simplement aux côtés de son frère pour que ce dernier bascule dans la folie. Folie tendre et apaisante dans laquelle il se plaisait à s’embourber. Ivresse des profondeurs, clémentes et paisibles abysses ; où pourrait-il maintenant se perdre ?

Les secondes s’étaient écoulées, sentences irrévocables communes à tous les mortels. Il avait senti la lame sur son front nu, sur sa peau souffrant l’absence de la griffure, et la chaleur qui se répandait lentement sur le haut de ses sourcils parvint à éteindre les braises des maux qui l’avaient tourmenté jusqu’ici. Jusqu’à quand ? La prochaine fois. Délivrance. Les paumes ouvertes, offertes, tournées vers le ciel, il s’était cristallisé, la voix de l’autre vipère paraissant soudainement bien trop lointaine avant que d’être intrusive. La main de cette dernière trouva la joue de sa victime, comme pour l’inciter à la regarder. Mais il refusait ; il refusait d’observer sans y avoir été invité au préalable par celle qui hantait ses nuits, qui les torturait de son absence. Le front blond contre le brun, l’homme sentit sa plaie se plisser et sa gorge s’éveiller tandis qu’un grognement lui échappait. La tumeur tentait certainement de s’immiscer dans le cerveau de sa proie par la brèche qu’elle venait d’ouvrir, et il faudrait bientôt lutter pour que la mémoire de Désirée ne vienne pas gangrénée les souvenirs de l’ancien suspect. Elle allait le contaminer, le rendre malade des mots qui devaient polluer son crâne et tout son être, son sang comme son regard. Le brun en oublia même qu’il était encore doté de la parole, sa respiration accélérant la cadence mais sa voix restant profondément enfouie, enfermée entre ses côtes.

En rouvrant les yeux pour l’affronter finalement, il crût voir sa mère lui réciter ce refrain à l’identique, ses pupilles braquées sur les siennes, prête à décharger des torrents de larmes pour le laver du mal qui le rongeait déjà. Il aurait pu la redessiner très distinctement, sans modèle, ses lèvres s’agitant, crachant les aveux les uns après les autres comme si cela pouvait faire sens dans les oreilles de son fils. Elle lui avait confié qu’il faudrait sourire aux voisins qui devaient leur rendre visite après une énième crise de Clyne Sr. Il faudrait faire comme si le verre ne s’était pas explosé contre le mur de pierre et que les vestiges de la lutte n’avaient pas laissé de traces sur le corps de sa génitrice. Il faudrait faire comme si. Comme si quoi ? Comme si la première goutte de sang ne lui avait pas donné envie d’en voir des milliers d’autres se répandre sur le plancher du salon, là où les paumes de sa mère avait été écorchées vives par la souffrance de son mari ? Comme s’il ne rêvait pas d’en faire de même, parfois, tandis qu’on le laissait sans surveillance ? Il revoyait encore cette pauvre femme désemparée se jeter sur lui tandis qu’il marquait le bout de chacun de ses doigts à l’aide d’une paire de ciseaux qui n’auraient jamais du trainer à sa portée. Il revoyait tout ça et cela ne rimait pourtant à rien. Cela n’expliquait pas grand chose. Ça n’avait pas plus de sens que le reste.

La blonde lui demandait l’impossible. Lui, qui ne savait pas, qui ne savait plus depuis la mort de soeur. Laurel avait réussi à lui apprendre à façonner ses masques, à les travailler, tirant sur des fils imaginaires pour tantôt hausser un sourcil, tantôt laisser ses lèvres s’élargir ou son front se plisser. Parfois, quand il essayait trop, elle lui disait d’arrêter, de laisser parler son corps plutôt que ses pensées. En vain, bien sûr, puisque sa nature profonde, destructrice et malveillante, finissait toujours par reprendre le dessus. Il n’y avait rien à espérer de lui. Strictement rien ; et la moindre promesse semblait creuse et insipide sur son palais acide et sa langue sournoise.

Le pourpre d’abord, ruisselant de son front blessé, puis les prunelles grisâtres de son bourreau. Le pourpre au milieu des nuages, coulant du haut des cieux. L’évidence même. La preuve qu’il attendait. « Le ciel. » Un murmure, et à nouveau, ce regard. Le ciel saignait, comme il l’avait écrit. Le signe de son retour, si seulement il promettait de faire comme si. « Juste une perle pourpre. Ça veut dire… Ça veut dire qu’il faut se sacrifier, pas vrai ? » Inspiration. « Whatever it takes. I promise. » Rideaux.

sujet terminé
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