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 Madmen know nothing

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◆ Manuscrits : 278
◆ Arrivé(e) le : 27/06/2015
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Sujet: Madmen know nothingLun 9 Nov - 0:04

"he had the eye of a vulture"



Une question taraudait sérieusement Aiden, depuis quelques temps. Il la contemplait avec un étonnement toujours vivace, sans jamais être capable d'y apporter ne serait-ce qu'un seul élément de réponse. Oh, bien sûr, il pouvait retracer les différentes étapes qui l'avaient mené, immanquablement, ici et maintenant, avec un problème insoluble sur les bras. Et ce qui s'approchait le plus d'une explication était la phrase déclarative suivante: Tu as ouvert la porte. Ce qui, en soi, et hors contexte, semblait loin d'être prêt à enfanter un problème aussi épineux que celui auquel il était à présent confronté. Et par épineux, il était sous-entendu qu'il s'était jeté dans un démêlé de fils barbelés, dans lesquels il était à présent bloqué, le moindre mouvement risquant d'accentuer la douleur et l'hémorragie. L'hémorragie étant, ici, une métaphore maladoite représentant la panique qui faisait déjà vibrer le monde devant ses yeux. Les barbelés, eux, représentaient de manière légèrement imagée la scène, le décor, dans lequel il se trouvait prisonnier. Peter Howell était assis dans son salon. Un problème somme toute épineux, vous en conviendrez.

Un rapide retour en arrière nous permet d'observer plus en détails les évènements précédant la complication de l'histoire, nous ramenant à l'Aiden dans son habitat naturel, assis entre son lit et son mur, à ruminer. N'allez pas l'imaginer mâchonnant de l'herbe comme les vaches et autres ruminants qui portaient bien leur nom. Non, rien de cela, il s'agissait d'un homme, plongé dans un état de profonde réflexion, mastiquant des idées jusqu'à ce qu'elles se réduisent en une bouillie infâme que les oubliettes se faisaient un plaisir d'avaler dès qu'elles parvenaient à contourner le noeud qu'il avait dans la gorge. Puis les mêmes idées revenaient d'entre les morts, tentant, à grands coups d'arguments et de coups de genoux dans les côtes, de se faire bien voir, de se faire accepter, de survivre. Mais quelles idées, pourrait se demander le spectateur, rendu curieux par tous les micro-changements qui opéraient chez le sujet sans qu'il ne se passe absolument rien. Il avait toujours les bras enroulés autour des genoux, les yeux baissés sur le plancher. C'était le frémissement d'un sourcil, la dilatation éclair de la pupille, le spasme convulsif d'un bras contre l'autre. Presque rien, quand on considérait l'ensemble, l'épaule droite appuyée contre le mur, la gauche contre le bord du lit. Ainsi, il savait parfaitement où son corps commençait, où il s'arrêtait, et c'était toujours ça en moins à considérer. Parce qu'essayez de décider de votre propre sort quand vous êtes incapable d'affirmer que les mains que vous observez sont bien les vôtres. Mais, présentement, le problème ne se présentait pas, comme expliqué précédemment.

Les pensées se tiraient dans les pattes, prêtes à tous les coups fourrés et autres ruses pour évincer les autres et revendiquer un trône depuis bien trop longtemps vacant. Cela faisait quelques semaines, déjà, que le rien et le vide avaient repris possession de leur domaine, et qu'il se promenait constamment entre la douce mélodie du silence et la lourde absence d'un quelconque bruit. Oh, il ne fallait pas se méprendre. Nombreux étaient les sons qui emplissaient ses oreilles, qui  attiraient son regard ou qui lui arrachaient quelques mots, mais ceux dont nous discutons l'absence étaient inaudibles, mis à part pour les geôliers de la malheureuse prison dont ils avaient fini par s'échapper. En quelques mots plus clairs, Aiden ne pensait à rien. Jamais. Il se laissait porter par les heures creuses et stériles qui rythmaient ses journées et amenaient ou chassaient le soleil, selon leur humeur, sans qu'il ne puisse saisir le processus. Mary Wilson l'avait débranché.

Mais le souffle de vie qu'on lui avait ôté était revenu se loger dans ses poumons, arrosant le jardin désert et sec de ses affabulations. Et une phrase, qui, une fois de plus, représentait la cruelle lutte pour le pouvoir qui sévissait derrière les yeux hagards, s'était répercutée entre les murs de sa chambre forte. Parler, ou garder le silence? Résumé grotesque face aux magnifiques plaidoyers qui s'étaient fait écho, le tout en huis-clos, les lèvres pincées. C'était après l'une de ces grandes démonstrations que l'on avait frappé, et soudain pris de folie, il s'était précipité pour ouvrir, prêt à divulguer les vérités qui lui noircissaient l'âme. Sans doute était-ce Jesse, le policier, qui avait entendu son appel et venait écouter ses confidences. Mais la porte n'avait révélé aucun visage amical, et son récit s'était barricadé tout au fond d'un ravin entouré de ronces. Ce qui nous ramène à l'instant où notre histoire a commencé. La victime, encore chaude, et le rapace, car il n'était rien d'autre aux yeux d'Aiden, qui se dévisageaient en chiens de faïence dans un endroit suintant d'horreurs non-dites. La situation dans son ensemble, et chaque élément séparément, accentuaient l'état de panique qui avait supplanté le néant émotionnel dans lequel il s'ébrouait depuis trop longtemps. Lui, et Peter Howell séparés par seulement quelques mètres était terrifiant. Mais le fait que, du coin de l’œil, le tapis du salon soit vaguement décalé sur la gauche lui nouait tout autant la gorge. Et il faisait les cent pas, à présent, se demandant si la torture était bien illégale aux Etats-Unis, mais pas rassuré par la réponse positive. Trop de fois déjà, le journaliste avait voulu se frayer un chemin vers des informations quelconque. Inconsciemment, sa main couvrit la cicatrice qui se tenait à la place des mots du Poète, les mêmes mots qui s'étaient inscrits ailleurs, peu de temps après. Les maux sanguinolents qui avaient fini de saccager une vie déjà perdue. Il s'arrêta enfin, osant rencontrer le regard inquisiteur du reporter quelques secondes. Le royaume n'avait plus qu'un maître, plus qu'un but, s'enfuir.

«Vous voulez quoi?»

Longue vie au roi!
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Sujet: Re: Madmen know nothingLun 7 Déc - 13:34

Le monde avait tourné trop vite. Ou peut-être était-ce Peter qui l’avait embarqué à force de le refaire à grand renfort de gorgées, de lampées désespérées, déshydratant jusqu’à ses pupilles asséchées par la fournaise dans laquelle il s’était enfermé. Plus d’issue de secours ni d’échappatoire. Juste lui, sa liqueur, le goût du sang séché sur ses papilles lorsque le goulot de sa bouteille rencontrait sa lèvre fendue un peu trop violemment, rouvrant la plaie, l’alcool anesthésiant la blessure encore tiède ; juste lui, ses calepins, ses notes griffonnées à la hâte entre deux émissions, ses fiches rédigées avec soin les veilles de directs, vulgaires papiers de brouillon tachés de café, imprégnés de l’odeur de bois moisi qui rappelait vaguement celle des bureaux des studios de la chaine locale. Le blond continuait d’éplucher les remarques qu’il avait couché dans les cahiers, tournant les pages trop violemment pour ne pas qu’elles s’arrachent dans la foulée. Derrière lui, la même vidéo était jouée en boucle sur l’écran de télévision presque trop grand pour qu’il ne soit pas considéré comme un cinéma à part entière ; les images de la battue paraissaient alors d’autant plus impressionnantes. Ou dénuées du moindre intérêt. La boue revenait sans cesse s’écraser contre l’objectif, plongeant la pièce dans l’obscurité la plus totale avant que la lumière se fasse à nouveau, une fois Peter sur ses deux jambes et prêt à récupérer sa caméra. Puis des cris, des sifflements, la précipitation. Des flics. Et le noir ensuite. Le noir. Retour à la case départ. Il avait forcément manqué un détail, un indice qui lui aurait échappé au premier visionnage, qu’il aurait raté alors qu’il était encore au coeur de l’action. Rien. Rien.

Il en avait jeté ses notes par terre. Il en avait retourné des livres, jeté des bouteilles contre les murs avant de se rendre compte que son pauvre animal de compagnie allait se blesser s’il ne nettoyait pas les lieux dans les plus brefs délais. Peter observa le chien. Peut-être qu’avec le sang que la bête pourrait perdre, il pourrait faire croire à un meurtre. Dans sa propre demeure. Peut-être qu’il pourrait convaincre les autorités qu’il avait été visé par une attaque finalement avortée du Poète qui s’en était tout de même pris à son fidèle compagnon à quatre pattes. Mieux encore ; il filmerait la scène de crime inventée de toute pièce, zoomant sur les trainées de pourpre laissées sur le carrelage de sa villa, les suivant jusque dans la pièce suivante où il s’attarderait finalement sur un message laissé sur un mur, une menace écrite en lettres de sang. Un avertissement pour prévenir le reste de la population de ce qui allait bientôt se produire à Fairhope. Une inscription angoissante qui aurait au moins le don de forcer chacun à rester chez soi et à ne rien faire d’autre que suivre les reportages de Peter. Soupir. Ce n’était pas encore d’actualité ; il était trop tôt pour envisager de reprendre l’antenne. Le journaliste avait vu sa paupière dégonfler et son arcade semblait enfin cicatriser convenablement, mais le violet profond autour de son oeil faisait encore tache sur son minois de coureur écervelé. L’heure n’était pas encore arrivée pour lui de reprendre le chemin du travail, pas avant que les traces de sa lâcheté aient complètement disparu de son visage.

Tant pis. Lui aussi allait tourner en rond, en boucle ; un cercle vicieux qui consistait à faire en sorte que le sang dans ses veines soit aussi empoisonné, aussi létal que les pensées qui enlisaient son discernement. Et sans doute Peter avait-il embarqué l’humanité dans sa valse avec la mort, parce que le monde semblait tourner bien trop vite. Tellement vite qu’il commençait à perdre haleine et patience dans le même temps, jusqu’à ce que sa propre raison soit également attaquée et que ses jambes décident de s’étirer pour se rendre à l’autre bout de la ville, sur l’artère principale ; si toutefois Fairhope avait encore le luxe d’avoir un coeur battant. Pas Peter. Sans quoi il ne se serait pas retrouvé devant cette porte, son poing martelant trois coups stricts sur la porte, ne se souciant pas un instant de l’heure qu’il pouvait être. Si le blond avait eu un organe palpitant dans sa poitrine, il n’aurait pas avancé pour rentrer dans l’appartement du jeune Tyler, ne perdant pas une seconde, prenant les devants sur l’invitation que son interlocuteur allait très certainement lui lancer dans la seconde à venir. Le fauve venait de rentrer dans l’arène, et la proie faisait les cent pas, visiblement inquiétée par la présence de l’animal. Tant mieux.

« Dis-moi ce que tu sais sur Clyne. » Est-ce qu’il pouvait se permettre de chercher une bouteille, de bière ou d’autre chose ? En passant sa langue sur sa lèvre inférieure en prédateur affamé qu’il était, le souvenir de l’alcool vint hérisser les poils sur sa nuque. Et toujours, le sang qui venait s’y mêler. Comme une incitation au meurtre. « Dis-moi ce que tu sais sur lui. Et dis-moi ce que tu sais sur le Poète. » Des injonctions qu’il avait déjà énoncé par le passé, qu’il se contentait de répéter, le regard aussi aiguisé que la lame d’un scalpel. « Dis-moi ce que tu sais, ou je te promets… » Que quoi ? Qu’il le finirait lui-même? Qu’il trouverait de quoi maquiller le meurtre pour le mettre sur le dos d’un autre fou ? Peter n’eut pas besoin de le dire. Cette pensée se suffisait à elle-même. « Parle. »

Ou le silence l’emporterait.

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Sujet: Re: Madmen know nothingLun 7 Déc - 17:43

Aiden aurait pu jurer que quelque chose était en train de brûler, quelque part. Ou peut-être, peut-être que quelqu'un avait vomi dans la cage d'escalier. Ou alors, un rat, un énorme rat était venu mourir dans ses murs, sous son sol. Quoi qu'il en soit, l'air avait changé d'odeur. Et il ne voulait pas simplement dire les effluves alcoolisées du journaliste qui avait défoncé sa porte à grands coups de poings. Ca n'importait pas qu'il l'ait ouverte, ça n'importait vraiment pas. Ce qui importait, la seule chose qui avait un tant soit peu d'importance à l'instant, c'était de tout détruire jusqu'à ce que cette odeur pestilentielle s'évapore, que l'air respire et qu'il puisse penser. Mais l'air, justement, lui collait aux mains, au visage, lui hurlait à la figure. Lui rugissait à la figure. C'était ça. C'était comme si toutes les petites molécules d'atmosphères, ou les atomes, ions ou autres électrons, il n'était qu'un serveur après tout, avaient été éclaboussés par le sang d'une bête blessée. Qu'ils l'avaient absorbé, s'en étaient nourris, et ils grondaient à leur tour, le sang séché emplissant les narines, leur voix assourdissante masquant les appels au secours. L'air, en un mot, était devenu sauvage, et la jungle de son appartement n'avait pas assez d'espace pour lui permettre de s'y cacher. Il était à la merci du prédateur. Et la bête avait faim, à l'évidence, se résignant même à se rabattre sur des restes.

De sa peau, le journaliste ne ferait sans doute pas de grandes victuailles. Parce que d'Aiden, il ne restait plus grand-chose. Ce qui n'avait pas été emporté par le Poète, maigre trophée, s'était depuis éparpillé au gré des angoisses et des détours. De sorte qu'il n'était plus guère qu'un tas de chair qui, par miracle, parvenait toujours à se déplacer, se mouvant d'un sommet de paranoïa aux tréfonds de l'inexistence. Bien sûr, c'était un mensonge. L'affamé n'avait que faire de ce qu'il était, et que faire de piétiner ses organes égarés aux coins de la ville dans sa quête de pitance, marchant sans un égard sur le cœur dans lequel il aurait buté en chemin. Les mains rougies enfoncées dans le thorax à la recherche du trésor. Ce qu'il voulait, peut-être même sans vraiment savoir si ça existait, c'était le petit coffre que le serveur se surprenait de plus en plus souvent à observer, ces derniers temps. Le coffre scellé, qu'il avait logé tout tout au fond d'un dédale de couloirs et dont il n'avait pu se résoudre à jeter la clé. Et à l'intérieur, si d'aventure quelqu'un venait à forcer la serrure, tout ce qu'il se refusait à savoir. Ca n'était pas grand-chose, au fond. Ce qu'il se refusait à dire. Ce qu'il se refusait à être. A vif.

Ils avaient déjà eu cette conversation. Celle que Peter Howell allait bientôt lancer. Plus d'une fois. Mais ça n'avait de conversation que le nom, puisqu'Aiden, souvent, continuait son chemin, s'emmurait dans le silence ou se contentait d'ignorer le journaliste. Il avait déjà dit qu'il ne savait rien. En vain, à l'évidence. Et à présent, il était acculé, dans son propre repaire, et il était évident que l'homme, passablement alcoolisé, n'irait nulle part. Pas maintenant qu'il avait rendu l'air ivre et probablement enivré ses murs, tapis et autres réfrigérateurs. Il lui suffisait de se faufiler hors des filets du journaliste. Oui, il n'avait qu'à faire ça. Glisser, comme une ombre, le long des murs, et puis quoi? Le laisser dans son appartement, au risque qu'il saccage tout, qu'il trouve quoi que ce soit d'important? Une tache de sang, une note qu'il ne se souviendrait pas avoir écrite? Ou pire, au risque qu'il soit toujours là lorsqu'il finirait par rentrer? Non. Alors, alors quoi? Il n'était pas de taille à l'affronter, ni physiquement, ni verbalement. La plupart du temps, il n'était même pas de taille à s'affronter lui-même.

Clyne. Le nom le faisait toujours tressaillir. Il espérait simplement que le sursaut était dans sa tête, pas réel, mais il en doutait. Le journaliste était toujours focalisé là-dessus, et Aiden ignorait si ça le rapprochait ou l'éloignait du grand secret. Parce qu'après tout, il y avait un lien, non? La police avait beau dire que ça n'était pas lui, ça ne pouvait pas être une coïncidence, pas vrai? Mais il n'allait pas y penser. Il n'allait pas y penser. Aussi s'appliqua-t-il à rester immobile, observant son interlocuteur avec appréhension. De l'habituel ton plus ou moins cordial, ils avaient basculé purement et simplement dans le domaine de l'hostile, et des menaces. Puisque c'étaient bel et bien des menaces qui étaient en train de le faire pâlir. Il cligna rapidement des yeux, tentant de combattre la soudaine sécheresse qui lui laissait la bouche pâteuse et les yeux hagards. «Je vous ai déjà dit ce que je savais.» S'il avait osé le regarder dans les yeux, il aurait presque pu paraître calme. Presque. A cela près qu'il piétinait, d'un pied, à l'autre, et il recommençait. Le vouvoiement avait pour but de garder de la distance entre eux, ne serait-ce qu'au figuré s'il décidait de l'achever lui-même. S'il avait été courageux, fort, ou quoi que ce soit d'autre qu'Aiden, il lui aurait peut-être tenu tête, mais il ne pouvait que fondre sous son regard d'acier comme une petite goutte d'eau que le soleil, s'il avait été alcoolisé et passablement démoniaque, aurait pris pour cible. Jetant tout son dévolu, et tous ses regards noirs, sur la pauvre goutte incapable de s'enfuir.

«Je ne sais rien, rien du tout là-dessus!» Peut-être même qu'il avait osé céder du terrain et faire un pas en arrière, mais vraiment, où avait-il la tête? Partout, et nulle part, pour répondre à une question que personne n'avait posée. Il pensait à tout en même temps, ce qui résultait en un brassage incessant de bribes d'idées, de mots, qui, à son tour, produisait, tout au plus, le léger son du vent. «Alors partez, sortez de chez moi!» Il jeta un regard vers la porte d'entrée. La bonne attitude aurait sans doute été de lui expliquer par a+b qu'il n'avait rien à voir avec ça, et que s'il avait connu la jeune femme, ça n'allait pas plus loin que ça, et que, donc, il pouvait, avec tout le respect qui lui était dû (et ça en faisait peu), aller se faire voir ailleurs. Mais l'éternelle panique, qui ne s'éloignait jamais beaucoup de la jetée avait saisi la première perche venue pour venir semer le trouble, et il aurait voulu courir dans tous les sens sans aucun autre but que de courir. Lui qui n'aspirait à rien d'autre qu'à une vie paisible et sans aucune vague, qui n'aspirait à rien de mieux qu'à de la vase stagnante, semblait embarqué sur un océan déchaîné. «Je la connaissais pas, je l'ai déjà dit!» Mais bien sûr, il avait fallu qu'il dise la quand on parlait de lui, et Aiden s'était mordu la lèvre en maudissant le monde entier. Le serveur qui en savait trop. On supprime ceux qui en savent trop, non? Bien sûr. «Partez.» Etait-il trop tard pour prendre des résolutions au mois de mai? Quoi qu'il en soit, Aiden en avait une nouvelle: se taire. C'était encore ce qui semblait être le plus sûr. Il n'aurait pas voulu que le Poète vienne finir le travail, pas vrai? Tu veux pas finir comme Laurel, huh?
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Sujet: Re: Madmen know nothingVen 25 Déc - 18:38

Ce n’était pas humain. Se réjouir de la réaction d’un autre, jouir de son angoisse et de ses inquiétudes, voir sa nuque et tout son corps se tendre, se crisper de peur ; comme tétanisé. Ce n’était pas humain de voir une fine courbe malicieuse se dessiner sur les lèvres du blond quand le brun était à l’agonie. Pourtant quelque chose l’excitait dans cette scène. Il n’aurait pas su l’expliquer simplement. Il n’aurait pas osé en parler de toute manière. À quoi bon, et à qui se confier dans un tel cas ? Personne n’accepterait de se faire témoin d’une telle confidence ; celle du monstre enivré par les griffures qu’il laissait sur la peau intacte de sa victime tandis qu’il s’approchait à pas de loup. La chair d’Aiden n’avait cependant pas été épargnée auparavant, par le Poète puis par le jeune homme en personne, mais le fou était bien loin d’être en connaissance de tels détails. Il se contentait d’être là, de cracher ses vapeurs de liqueur à la face du monde en espérant que celles-ci seraient assez insupportables pour arracher la vérité de la langue des plus craintifs. Et plus Aiden tentait de se débattre et de se dépêtrer de la boue verbale dans laquelle il s’embourbait, plus le regard de Peter s’éveillait. Partir ? Au lieu de cela, le journaliste faisait un pas vers l’avant pour que l’étau se resserre doucement et dangereusement autour de l’oisillon blessé. Il était indéniable que le monstre qu’il était n’aurait pu faire qu’une bouchée du pauvre animal, mais ce n’était pas encore l’heure de passer à table ; il fallait bien qu’il cuisine sa proie avant de s’asseoir et de se délecter d’un tel festin. Un sentiment de puissance lui emplit soudainement les poumons, une liqueur plus puissante encore que celle qui polluait déjà ses veines, tandis qu’une pensée nauséabonde vint infecter son esprit. Il comprenait le Poète.

Ses sourcils se froissèrent. Aiden ne la connaissait pas. Mais qui, la ? La victime ? Non ; c’était lui la proie, lui le plat de résistance, certainement pas Clyne. Ce n’était pas une façon adéquate de faire référence à l’un des premiers suspects de l’enquête, et de loin le plus dérangé d’entre eux. Alors qui ça, hein ? « Qui ?! » Le cri lui avait échappé comme un appel au secours au creux de la nuit noire, comme un dernier recours face aux ténèbres. L’information était là, juste devant lui, l’indice se trouvait sur le bout de cette langue, au fond de cette bouche. Fallait-il qu’il lui arrache les dents une par une pour lui faciliter la tâche ? Fallait-il qu’il lui noue pieds et poings pour le forcer à parler ? Fallait-il que sa main broie son cou, entoure sa mâchoire pour que les mots le fuient ? Peter devait en avoir le coeur net, il devait s’assurer qu’il ne repartirait pas d’ici les mains vides, sans avoir quoi que ce soit à se mettre sous la dent. Le souffle du vautour devint brûlant, presque létal, et les lésions sur le corps de l’être sans défense ne tarderaient pas à naître, de gigantesques roses se formant sur ses bras et le peu de peau nue qui restait accessible, laissant la douleur éclore et se répandre dans ses chairs. Bientôt le démon en aurait fini avec Aiden, et il ne resterait plus rien de lui qu’un tas de sang.

Un pas de plus. Peter refit non de la tête, inlassablement, une machine enrayée incapable d’être arrêtée dans sa lancée. Il allait l’attraper et lui faire comprendre qu’on ne plaisantait pas avec lui, qu’on ne rigolait pas avec ça. Finalement, il avait peut-être eu tort ; ce n’était pas son chien, son fidèle animal de compagnie qui ferait les frais de sa folie en premier, mais bien Aiden. Lui, qu’il éventrerait pour éplucher ses entrailles et essayer d’y trouver la réponse à ses questions. Lui, qu’il utiliserait pour faire croire au monde entier que le Poète avait encore frappé ; moins méthodiquement que les fois précédentes, certes, mais l’évidence serait tout de même là, crevant les yeux des spectateurs, les rendant justement aveugles pour qu’ils ne se rendent pas compte des mensonges qu’on leur servait... Peter allait le tuer. Ou peut-être était-ce la haine, la colère qui couraient dans ses veines et qui l’anesthésiaient ? Sa main se tendit devant lui avant qu’il ait le temps de la rappeler à l’ordre, ses doigts trouvant le col d’Aiden tandis qu’il cherchait à le coincer contre le mur le plus proche, son regard poignardant celui de l’autre homme, le clouant sur place. Sa main libre aurait du être armée. Le canon d’un revolver n’aurait pas été de trop. La lame d’un couteau aurait sûrement été la bienvenue. « De qui est-ce que tu parles, hmm ? Qui est-ce que tu connaissais ? » Ce n’était plus sa main qui maintenait Aiden en place à présent mais son avant-bras, bien plaqué contre le torse du brun, imperturbable. Le tout était de le contraindre au maximum sans l’empêcher de s’exprimer. « Réponds-moi avant que les choses tournent au vinaigre. Ce serait quand même dommage que ton si joli minois finisse dans le même état que le mien, pas vrai ? » Son visage était trop prêt de celui d’Aiden pour que la menace ne paraisse pas aussi réelle que terrifiante. « Je te promets que ce sera notre petit secret. Alors dis-moi. » Et ce même sourire vicieux qui revenait à la charge au creux de la confidence murmurée. Le monstre avait parlé ; il tiendrait ses promesses.  

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Sujet: Re: Madmen know nothingDim 3 Jan - 1:26

Mets-toi à l'abri. Il aurait voulu hocher la tête et s'élancer à grandes enjambées vers l'abri en question. Il aurait voulu se jeter à corps perdu vers la promesse d'un lieu sans danger, mais il n'avait nulle part où aller. Le rapace, le carnivore, lui barrerait la route, quelle qu'elle soit. Aucun point de fuite, aucun espoir, rien, rien, rien. Rien que du sauvage et du carnage. Le souffle coupé et l'âme, l'âme déchiquetée, déjà, en prévision, qui se tranche, se cisaille par anticipation, par peur panique. Il n'avait qu'à rester là, à regarder le charognard lui arracher les mots du fond de la gorge. Rester là, les bras ballants, même pas, même pas assez courageux pour tenter d'amortir la chute, de faire semblant de se défendre. Non, non, il resterait là, sagement, docilement, comme avant, comme il l'avait déjà fait, une fois. Une fois où il était resté assis, bêtement, à se faire lacérer, éventrer comme une bête. Et peut-être, peut-être qu'il ne s'en sortirait pas, cette fois. Peut-être, peut-être qu'il aurait droit à son repos, l'éternel, l'imperturbable, étalé dans une marre de son propre sang, pas une goutte, pas une seule goutte étrangère, les yeux ouverts aveugles. Que l'on fermerait la porte de son tombeau en repartant, qu'on le laisserait dans son silence. Peut-être, peut-être qu'il allait mourir aujourd'hui. Enfin, enfin, la fin. Cache-toi!

Certains se paraient de sarcasme, d'agressivité, certains levaient, pour seul bouclier, des poings ravageurs qui brisaient les mâchoires, les os. Certains, encore, s'armaient d'un sourire, d'une larme, se protégeaient derrière la nonchalance, l'indifférence, les hurlements, les pleurs étranglés, des éclats de rire. Et puis, à l'écart, il y avait l'effacé. Qui, sentant le danger, ouvrait grand les portes et trouvait refuge au plus profond de sa tête. Il suffisait d'y parvenir. Traverser les marais, monts et autres cataclysmes jusqu'à la petite cabane en bois, perdue au fond d'un océan de mauvais souvenirs. La cabane en bois entourée par des murailles. Il suffisait d'y parvenir. Il suffisait d'y parvenir. Aiden, d'un œil affolé, affolé mais bien vivant, chercha, quelque part, une once d'espoir, un petit rien qui lui aurait permis de faire face, ou de se fabriquer une armure, mais rien, rien que la peur, l'angoisse et la haine qui s'étaient déversées autour d'eux. Il l'avait senti. Au moment où ses mots s'étaient piégés, où il s'était lui-même trahi. Et s'il avait des doutes, le rugissement, le cri qui le fit tressaillir, qui le fit bondir hors de ses chairs blessées, finit de le convaincre. Il suffisait d'y parvenir. Jouons à cache-cache! Et, ainsi, un pas en arrière. Un.

Sur le mur, à sa gauche, une photo aux sujets sans visages, effacés par le temps, à droite, la peinture bleu pâle. Du bout des doigts, une irrégularité. Deux. Au bout de son col, les doigts du prédateur. Non, non, concentré, il devait rester concentré. Irrégularité, oui, oui, petite varice, petit accroc. Vieil incident, coup de couteau, allez savoir. Douze pas plus loin, une légère bifurcation vers la droite, et des escaliers. Trois. De grands escaliers de pierre, quarante-huit marches, et dans son dos, dans son dos le mur, le mur, un mur. Avance! Le dos au mur, les yeux, les dagues du prédateur plantées dans sa peau, la cicatrice brûlante, brûlante, brûlante. S'il avait pu bouger, s'il avait pu contrôler ses doigts, sans aucun doute, ils auraient griffé, quatre, et gratté jusqu'à ce que le sang coule et que la douleur remplace le feu. Encore dix-huit marches. Cinq, six, sept. La créature qui le maintenait sur place, qui lui coupait la respiration, le monstre qui l'assassinait, il pouvait l'ignorer. Il devait l'ignorer. Le monde tournait, le souffle haché, hésitant, la sueur, la sueur qui s'écoulait de ses pores, partout, et il mourait de chaud. Trois marches. Ses lèvres scellées étaient asséchées, les dents serrées. Huit. Figé, bloqué, coincé, immobile. Paralysé. Mais les yeux, les yeux! qui s'ébattaient et se débattaient, fuyant, fuyant, fuyant, le regard de l'autre. Fuyant la mort, la peste, peste noire qui s'abattait, qui l'abattait. Neuf. Le monde était tombé, non? Là-bas, dehors. Une porte poussée, un long couloir, taché de sang. Le sien, bien sûr. Mais au bout, au bout, si l'on courait assez vite, on était à l'abri, dix, un peu plus, un peu plus près du havre de paix. J'arrive!

Mais le journaliste plongea les bras dans sa fuite et le ramena à la réalité, l'y écrasant de sa voix de serpent, de son bras de golem. S'il avait été capable de produire un son, s'il avait seulement pu franchir la barrière du silence, Aiden aurait sans doute gémi. Comme un clébard galeux lapidé par la foule, comme un rat  entre les griffes d'un félin. Mais rien, rien, comme si on lui avait ouvert la gorge. La pensée l'affola, et, quelques instants, il tenta vaillamment de se débattre, ses bras battant vaguement l'air autour de lui, tentant d'agripper quelque chose sans oser l'agripper lui. Et l'abandon, encore, la main qui retombe, les ongles plantés dans les paumes. «Personne...» C'était un murmure. Même lui n'y croyait pas, et si le visage balafré n'avait pas été si dangereusement proche, les mots se seraient perdus, perdus, évaporés, comme lui, comme lui, calcinés par l'air avarié. La pourriture était partout. Entre eux, entre les quelques centimètres qui les séparaient, entre les lèvres qui s'ouvraient à nouveau, assénant une nouvelle menace. Le serveur, inconsciemment, passa en revue les blessures du journaliste.

Il aurait vraiment voulu y réfléchir. Prendre le temps. Peser le pour et le contre, valider ou discréditer ses arguments et formuler une réponse satisfaisante, ne serait-ce que cohérente. Il aurait vraiment voulu. Mais la terreur lui donnait la nausée, la proximité, l'alcool, les plaies, le sourire, le sourire carnassier, le sourire meurtrier, et ses genoux auraient volontiers courbé l'échine, le laissant suppliant. Si seulement le bras du journaliste ne l'avait pas maintenu fermement en place. «La...» Il voulut commencer, dire quelque chose, n'importe quoi, mais le mot se pendit au bout de ses cordes vocales, mourant au fond de sa gorge. Quelques autres borborygmes incohérents, quelques «Non» suppliants, se frayèrent un chemin entre ses lèvres. Tout, dans cette situation, était épouvantable, et trop, trop, beaucoup trop pour un homme qui peinait à trouver le courage de décrocher le téléphone. Sa volonté, son silence, venaient de flancher. La peur du Poète se trouva momentanément oubliée, juste le temps d'articuler le prénom acide. «L- Laur.... Laurel. Laurel.» Puis elle revint à la charge, supplantant le journaliste et ses menaces, remplaçant les mots par des faits et des cicatrices indélébiles, des souvenirs, des promesses. Et les mots devinrent suppliques, et avalanche. «Pas. Je la connaissais pas, à peine, j'ai pas, j'ai pas dit, j'ai pas dit que je la connaissais, je l'ai pas dit, c'est pas vrai, c'est pas vrai, je vous ai rien dit, je vous ai rien dit, personne ne peut le savoir, ne doit le savoir, personne, personne, j'ai rien dit, rien dit.» Parce que s'il n'avait rien dit, s'il n'avait rien dit, personne ne viendrait le tuer, pas vrai? Hein? Trouvé! Et il n'avait rien dit, hein? «Laissez-moi...»
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Sujet: Re: Madmen know nothingLun 25 Jan - 11:26

Le laisser ? L’offrir en pâture à un autre prédateur plus habile qui parviendrait à lui tirer les vers du nez sans l’amocher outre mesure ? Et ainsi renoncer aux informations dont il avait cruellement besoin, la chair encore tiède qu’il rêvait de sentir sous ses crocs aiguisés, sur sa langue affamée, roulant dans sa gorge brûlante ? Le laisser ? Non, pas question. Surtout, ne pas le laisser partir, ne pas le laisser s’échapper. Le laisser. Pour qu’il parle, pour qu’il retrouve ensuite le courage de se confier à d’autres sur ce qui venait de se produire ? Le laisser. La supplication raisonnait dans le crâne de Peter, écho insupportable qui semblait lui ordonner de lâcher le pauvre homme, de le libérer pour qu’il puisse avoir la vie sauve, que son corps ne soit pas retrouvé sans vie d’ici quelques jours, quand ses collègues se seraient inquiétés de ne pas l’avoir croisé au travail. Lui donner une chance de s’en sortir, de se battre bec et ongles pour parvenir à échapper aux griffes du bourreau. L’épargner. Le laisser respirer, ôter ce bras de son torse pour ne plus lui barrer le chemin et l’autoriser à passer au travers de l’unique barreau de la prison qui le maintenait encore contre le mur. Peter y songeait, sa conscience lui dictant de l’écouter, de prendre cet ultime souhait pour un ordre. Il n’y avait rien d’important, rien que le journaliste ne connaisse pas déjà, rien d’urgent à savoir, rien de nouveau à découvrir ; en tout cas pas ici, pas dans ces conditions, pas quand l’interrogé était à l’agonie. La minuscule part d’humanité qu’il restait à la bête lui hurlait de faire demi-tour et de laisser Aiden en paix.

Mais au creux de ses reins, dans son sang, dans le fond de ses prunelles bleues, jusqu’au bord de ses babines frémissantes ; la rage. L’envie de voir le brun se déchirer de douleur avant de laisser ses aveux se répandre sur le parquet, une mare de mots qui aurait pu faire pâlir le Poète lui-même. Un pas de plus vers le tueur, un roman aux nuances pourpres, une oeuvre à part entière. Et le discours incertain et apeuré du jeune homme le rendait fou, ses poings et sa mâchoire se serrant tandis qu’il refusait d’accorder la grâce que le brun espérait pourtant. Le poison reprit alors le dessus sur la raison, la gueule défoncée du bourreau l’obligeant à n’observer la victime que d’un oeil, regard malade et hermétique à la détresse de sa proie. Le blond aurait pu prendre son temps, persuadé qu’Aiden ne bougerait pas davantage si toutefois il en avait la possibilité, tétanisé par la peur, paralysé par la crainte d’être saisi par les chevilles, d’être attaqué au flanc avant de pouvoir fuir. Il n’en fit rien, trop occupé à se persuader que son gentil bout de viande, sa fontaine de sang, cette poche de chair allait lui faire faux bond si toutefois il s’écartait d’un seul et unique mètre. Pas question de lui laisser l’opportunité, de le voir se ruer sur la porte de son appartement pour se réfugier au milieu d’une foule, dans l’obscurité d’une impasse où Peter ne pourrait jamais le retrouver. C’était à se demander si les habitants de cette ville n’étaient pas plus en sécurité en pleine nature plutôt que sous leurs propres toits, entre le tueur et son fidèle représentant. À moins qu’il ne soit pas utile de se poser la question ; à moins que la réponse soit déjà évidente, coincée quelque part dans la gorge d’Aiden.

« Bien. » Les poumons de Peter s’étaient gonflés. Lui, qui avait encore le luxe de consommer l’oxygène en quantité suffisante, contrairement à celui qu’il tenait en joue contre son avant-bras. Ses deux mains retrouvèrent ensuite le col de la victime, agrippant le tissu avec tant de violence qu’il manqua certainement de se déchirer au passage, le dos d’Aiden s’écrasant à nouveau contre le mur dans la précipitation. « Je crois qu’on ne s’est pas vraiment compris toi et moi. » Ses doigts trouvèrent la gorge et la pression se fit presque instantanément, bestiale, désespérée, incontrôlable. Nécessaire. « Tu vas tout reprendre depuis le début et tu ne vas pas en louper une miette cette fois-ci. » Il ne se rendait plus compte. Il ne réalisait même pas que ses empreintes seraient sans doute encore présentes le lendemain sur le cou d’Aiden, imprégnées dans sa chair tel un bijou nuisible et répugnant. « Je veux savoir où tu l’as rencontrée, comment, ce que tu sais sur Clyne, ce que tu sais sur elle. Je veux tout savoir dans les moindres détails, et ne t’avise plus d’oublier quoi que ce soit cette fois-ci. » Peut-être qu’Aiden était à l’agonie, mais l’esprit de Peter était trop embrumé pour en prendre conscience. Fairhope l’avait habitué aux cadavres et aux regards vides, aux lèvres sèches et violettes, aux doigts rigides et glacés. Fairhope lui avait pris tout ce qu’il n’avait jamais souhaité offrir, alors c’était à son tour. À son tour d’arracher aux vivants ce qui n’avait plus de raison d’exister, ce qui n’avait plus de raison d’être. Il trouverait une excuse, un alibi quelconque que Willow viendrait confirmer aveuglément, sans poser de question. Le blond prêterait serment, levant la main droite avant d'assurer qu’il n’était coupable d’aucun crime, qu'on pouvait le croire. Menteur. Tant pis. Tôt ou tard Willow aurait fini par le maudire, autant lui donner une bonne raison dès maintenant. « Dépêche-toi. Avant que je perde patience. » Le bourreau soulagea Aiden, sa main ferme et robuste entourant toujours son cou fragile et battant, le poussant jusque sur le canapé, le laissant tombé là sans aucun ménagement, son pied conquérant éloignant la table basse d’un geste vif et sec. « Dépêche-toi. » Et dans ses yeux, la rage.

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Sujet: Re: Madmen know nothingLun 1 Fév - 1:10

Rien dire rien dire rien dire rien dire rien dire non non non dire que non rien dire rien dire rien dire. Respiration. Bloquée, bloquée, crissante, sifflante, hurlante, mourante, au fond de la gorge, claquée quelque part entre les poumons et la langue, dans la gorge, la gorge tranchée, tranchée. Écrasée, le poids, le poing, le bras, poignard puissant contre la peau, bleutée, marquée, déjà, rougie. Chaque goulée d'air, la dernière, la dernière avant la suivante, plus laborieuse, plus pénible, plus douloureuse. Et s'il n'y en avait plus, et s'il n'y en avait plus jamais? L'air raréfié, l'oeil tuméfié, le pauvre, pauvre fou qui succombait sans mourir, sans périr, partir, pourrir, pétrifié, putréfié. Défiguré, défiguré, des figurants qui venaient, venaient toquer aux portes de sa folie, de sa pauvre tête qui claquait une fois de plus contre un mur, son mur, son mur. Visages volatiles, éphémères, qui riaient de son malheur dans un soupir d'aise, un masque, un masque d'oisiveté et de nonchalance qui crachaient, criaient, crissaient, lui vrillaient le crâne, perçant l'os pour se fendre d'un millième sourire, éclat de rire, éclaboussure. Loin, loin le paradis recherché, loin, loin l'abri, le refuge, le sauvetage. En lieu et place, l'abysse infini de sa propre folie, où il se traînait, inspiration après expiration après suffocation, jusqu'en bas, tout tout tout en bas. Dans la fange. La mare vaseuse d'où il avait mis des années, des années entières à s'extraire, s'écorchant les genoux et les ongles à s'accrocher à des mirages, se brisant le dos chaque fois qu'il retombait de haut. Et voilà, voilà qu'il était rentré, je suis là, tous les os brisés, émiettés, poussières dans le vent. De l'air, de l'air!

Les petits points qui dansaient devant ses yeux, noirs et blancs, ou blancs ou noirs, ou blancs et non noirs, ou, ou, ou peut-être que ce n'étaient pas des points. Le manque d'air, le manque d'espace, de sécurité, le manque de stabilité, le manque de salubrité, le manque. Les contours de son monde disparaissaient, petit à petit, petit à petit et puis tout à coup. S'il était rouge écarlate ou blanc comme la mort, il ne savait pas, n'existait plus. Vaguement, vaguement la sueur glacée dans le dos, sur le front. Peut-être que c'était du sang? Bientôt, il n'y avait plus que Peter Howell, et lui, petit petit microbe. Tout le reste s'était résorbé, effacé, lambeau de peau par lambeau de peau. Le monde, à moitié mâché, à ses pieds, un dernier morceau dans la bouche du prédateur, entre les dents rougies et la lèvre fendue. La terreur, la terreur était indescriptible. Violente, diffuse, confuse. Tout son corps qui voulait vibrer de peur sans pouvoir bouger. Les iris affolés qui regardaient partout sauf l'inévitable, qui brûlaient à trop rester ouverts, à s'ouvrir trop grand. Les yeux rouges, le sang teintant l'océan. Les vêtements insupportables, nettoyés à l'acide, glués à la peau, attachés, cousus. La panique qui festoyait de sa peau, les battements erratiques, affolés d'un cœur. La vision qui tremblait, ondoyait, dédoublait les images. La sueur dans la paume, les larmes séchées au fond des yeux. Il n'entendait que son cœur qui pompait, toujours plus de sang, mais qui allait où, allait où? Pas s'écouler, pitié, pitié pas s'écouler, pas tracer des lettres, pas tracer des mots, salir le sol, le tapis. Il n'y avait pas de tapis, pas de tapis, il l'avait jeté. Ça n'avait pas d'importance, pas d'impatience, petit, petit, bientôt, la mort, tapie dans l'ombre, viendrait, viendra, est venue?

Un gargarisme en précédait un autre, et, cette fois, les bras battaient le vide, vainement, faiblement, de désespoir, dans un dernier sursaut de survie. L'instinct, bestial, primal, le besoin. Sans doute serait-il à présent à jamais incapable de retenir sa respiration plus d'une seconde, de peur que ça se reproduise. Sentir la vie qui s'excusait par la sortie des artistes, glissant entre ses doigts comme une poignée de sable, ou comme une bouffée d'air qui se refusait à lui. Qu'on lui refusait.

De l'air.

Et la vie, engouffrée dans sa bouche sèche, par vagues, par briques qu'il avalait volontiers, se délectant de la brûlure de l'air au fond de sa gorge, se réjouissant même du goût rance de l'oxygène. Rouge, bleu, un rien de gris, du rose pâle. Du blond et du violacé. Le monde reprenait des couleurs, existait à nouveau, né à nouveau. Son cœur battait toujours, il le sentait contre les doigts du journaliste, exalté et apeuré. Du mur, on le transporta jusqu'au canapé. Comme on emmène un porc à l'abattoir. Ses jambes avaient suivi le mouvement, fébriles, et puis on l'écroula, il s'écroula. Coula. La vie, engouffrée, certes, mais la vie salie, la vie teintée, la vie malsaine. Il avait toujours la peur au ventre, les doigts effleurant la cicatrice à travers les habits, inconsciemment. La table basse, décalée, déplacée. Il aurait eu la nausée, s'il en avait eu l'occasion. A la place, le rire qui s'arracha à sa gorge, et qui avait, en fait, tout d'un sanglot, mourut sur l'instant, secouant tout son corps. Sorti de sa stupeur, il osa, très brièvement, regarder le journaliste dans les yeux. Les yeux d'un dragon, d'un serpent. Peter Howell n'était qu'une tache, informe, illimitée, de haine. C'était comme ça qu'il l'aurait représenté, si on le lui avait demandé. Une page entière gribouillée de rouge, à grands traits désordonnés. «T-Tante, Clyne, il» il inspira profondément. Ce n'était pas comme s'il avait le choix, aucun choix. «Je,» Il s'arrêta quelques instants, écouta, et hocha la tête. «connaissais L-Laurel.» Un cynique se fendit d'un ah bon?! quelque part dans sa tête. «Tante, une tante, ma tante, la tante, connaissait, peut-être, p-peut-être Tobias. Connaît, connaît, ou plus, je sais pas, je sais pas, non.» Stop. Respiration. Ses doigts convulsaient vainement autour d'un des coussins du canapé, qui s'était perdu au bout de ses phalanges. «C'est tout, connue comme ça, promis.» L'art de faire des phrases, lui, avait dû s'asphyxier. «Je j'ai pas, je sais rien, je sais rien d'autre. Gentille, voilà, elle était, hm? oui, oui, gentille.» Il baissa les yeux vers ses genoux. Même à l'air libre, sa respiration demeurait saccadée, rapide, courte, comme s'il allait la perdre à nouveau à chaque instant. «Morte, voilà, voilà ce que je sais.» Le cynique rugit de rire, ce qui fit sursauter Aiden, dont le regard papillonna à nouveau dans la pièce. «L-la table, il faut, il faut remettre la table.» L'ordre. Il avait besoin d'ordre. C'était tout ce qu'il lui restait, après tout. Il alla même jusqu'à tenter de se relever, avant de se raviser de lui-même. «La table, la table, la table...»
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Sujet: Re: Madmen know nothingJeu 25 Fév - 2:49

« Tu sais ce que j’en fais de ta table, moi ? Hein ? Est-ce que tu sais ce que j’en fais ? » Il avait hurlé, il avait rugi sans même s’en rendre compte. Ce n’était plus du sang qui coulait dans ses veines, pas non plus du venin ou de l’alcool. C’était cet étrange liquide répugnant qui s’apparentait à du pétrole, de l’encre épaisse qui faisait brûler sa chair de l’intérieur, en pleine ébullition, sur le point de faire fondre ses cellules et de lui rendre l’apparence qu’il méritait certainement. Deux énormes pointes auraient alors fendu son front blond, ses cheveux s’arrachant d’eux-mêmes à la peau qui se trouvait encore sur son crâne. Tout son être se serait embrasé dans une seule expiration, tandis que ses yeux auraient gardé la profondeur et la clarté qu’on leur connaissait, son visage brûlé à vif leur donnant cet éclat supplémentaire qui viendrait alors trahir sa condition. Il n’était plus homme, il était fou, le malin en personne, victime de sa propre colère et de la peine qui tiraillait ses côtes depuis trop longtemps. Le diable aurait du mettre un genou à terre et demander pardon à la lune ou à Dieu, à quelqu’un qui puisse comprendre ses envies meurtrières, qui puisse comprendre que le sacrifice d’un homme n’était rien quand il s’agissait de s’emparer de la vérité. Mais Peter n’avait pas cette force-là, il n’était bon qu’à écraser ses poings contre les mâchoires de ses semblables avant de s’exploser les phalanges sur un adversaire artificiel. Il n’avait plus de temps à perdre avec les larmes qui s’égaraient parfois sur ses joues, ni avec la brûlure insupportable qui lui attaquait les flancs et les poumons à chaque fois que l’oxygène agressait son corps.

Sa paume puissante agrippa la nuque d’Aiden. C’était fini. Il était trop tard pour faire machine arrière et la colère trop grande pour essayer de l’éteindre. L’étouffer. Pour de bon cette fois-ci. Ne plus se laisser attendrir par sa conscience, par les frissons qui agitaient ses doigts, longues cordes pâles qui allaient bientôt s’enrouler autour du cou de sa victime. Resserrer le noeud au maximum jusqu’à ce que mort s’en suive. Compter jusqu’à dix, le laisser reprendre son souffle, puis enfoncer ses serres plus profondément encore. Ou le noyer ? Trouver une bassine, un évier rempli à ras bord, un seau. Ou un récipient bien moins noble souvent privilégié dans les films. Non, la torture était tentante mais la sentence ne serait pas prononcée assez rapidement. Et le plaisir ne serait pas le même. Comment ça, quel plaisir ? Peter eut la nausée. Mais tout s’était accéléré avant qu’il prenne conscience de ce qui était en train de se produire et l’étau se resserrait déjà autour de lui, misérable pantin de la bile qui lui pourrissait les entrailles. Une pression sur la nuque du brun pour le malmener à nouveau, pour qu’il quitte le confort de fortune du canapé pour le projeter la joue la première sur la fameuse table basse qui le préoccupait vraisemblablement plus que toute autre chose. Sa main libre rencontra alors le crâne du survivant sur le point de saluer la mort, sa haine s’écrasant contre sa tempe avant que le bourreau ne se baisse finalement, à hauteur du regard de l’autre homme. « J’en ai rien à branler de ta table basse. Strictement rien à foutre, tu m’entends ? » Les mots devenaient cris et le silence les secouait ensuite, aussi fracassant et terrifiant que la foudre, réveillant la vérité qui devenait insupportable pour le journaliste, pour ce vautour qui se surprenait à roder près des vivants avec l’espoir qu’ils périssent pour se délecter de leurs carcasses encore tièdes…

« Tu vas me donner l’adresse de ta tante, et je vais aller lui rendre une petite visite. Ou la tante de Clyne, whoever she is. » À quoi bon essayer de comprendre ou de déchiffrer les élucubrations de l’autre incapable pétri d’angoisse et tétanisé par la peur, ce qu’il avouait ne faisait strictement aucun sens, encore moins quand son interlocuteur principal ne parvenait pas à entendre quoi que ce soit, rendu sourd par la flamme qui l’animait. « Tu vas me dire où elle habite et on aura une petite discussion elle et moi, en tête à tête. » À croire qu’il le faisait exprès pour appuyer ses propos, pour rendre la situation horriblement comique, mais il ne pu se retenir de flanquer une autre raclée à Aiden, sa joue heurtant le bois de plein fouet avant que Peter ne se lasse et qu’il lâche la victime, la laissant ramper sur le sol de son appartement aussi ridicule et pitoyable que sa propre personne. Le blond s’était redressé quant à lui, droit et rigide, inébranlable, imperturbable. Pas question de se baisser, de défier l’équilibre ou de laisser l’alcool reprendre l’avantage sur sa splendeur. Pas question de se retrouver pantelant à son tour, le dos contre le plancher hostile et inconfortable. Pas question de se laisser berner par l’éclair de lucidité qui le frappait parfois soudainement, une décharge électrique qui manquait de faire imploser ses organes et qui menaçait de lui griller les méninges. Et à chaque fois, il fournissait le même genre de réponse à la peur, la secouant pour mieux la faire fuir, pour qu’elle se réfugie ailleurs, qu’elle se loge plutôt dans les os d’Aiden pour y graver des mots qu’on pourrait encore lire une fois l’homme enterré et digéré par la terre. Un coup dans l’abdomen, et son pied, incontrôlable, qui remettait sans cesse le couvert tel le couteau qu’on remuait indéfiniment dans la plaie afin qu’elle ne cicatrise jamais. Un souffle, un bref repos, une main moite et tremblante dans ses cheveux blonds dérangés et puis un autre coup, avant le suivant. Ce qui gisait au sol n’avait plus forme humaine à ses yeux, ce n’était qu’un amas informe de chair et de sang, un sac de peau remplis d’os. « Est-ce que tu sais à quel point tu m’as fait perdre mon temps Aiden, hmm ? Est-ce que tu sais ça ? » Un dernier tacle, plus violent que les autres, pour la table cette fois-ci. Cette fichue table qu’il envoya valser de toute sa hargne. « Si j’apprends que tu ne m’as pas tout dit, je reviendrai m’occuper de toi, crois-moi. Sûr que tu n'as rien d'important à ajouter ? »

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Sujet: Re: Madmen know nothingMer 16 Mar - 23:31

Ineffable, voilà ce que c'était. La terreur absolue qu'Aiden ressentait était au-delà des mots. Si quelqu'un avait eu l'occasion d'inventer le terme parfait, il n'avait jamais eu l'occasion de le transmettre à autrui. Comment le transmettre, de toute façon? A part le ressenti, rien ne permettait de ne serait-ce que commencer à appréhender le degré de peur auquel le brun était à présent confronté. Ses entrailles elles-mêmes semblaient mortes de peur, sa gorge un nœud inextricable qui peinait à laisser passer le moindre filet d'air, la vision, la vision troublée par les larmes qui crevaient dans ses yeux, triste répétition du sort qui, il en était persuadé, allait être le sien, la bouche comme asséchée par des années d'errance dans le désert. Pour une fois, une unique fois, il était douloureusement conscient de son corps, puisqu'il en sentait chaque millimètre se tordre de douleur dans une supplication sourde. Les cordes vocales s'étaient embrasées, consumées et éteintes et tous les muscles s'étaient dissous en une masse informe et c'est là qu'il était, gisant comme un amas de viande avariée. Il aurait été incapable de bouger s'il l'avait voulu. Il aurait été incapable de le vouloir s'il l'avait fallu. Cette fois, t'aurais bien voulu être drogué, pas vrai? Et les rires, railleries et doigts pointés, sanglants, hurlements de rire au fond de sa tête. A gorges déployées, déployées pour qu'on les tranche.

Le calme d'une petite ville, l'air pur et frais, la tranquillité. Voilà ce qu'il était censé trouver en venant ici. C'était ce qu'avaient préconisé les différents spécialistes chez qui on l'avait traîné, et c'était l'excuse parfaite qu'avait trouvé son père pour se débarrasser de lui. Ils avaient dit qu'être éloigné de l'agitation d'un grande cité était important. Mais ils avaient dit surtout surtout, pas de situations stressantes, pas d'angoisses, juste le cours plat et docile d'un ruisseau, dont personne n'avait dit qu'il prendrait la teinte rougeâtre du sang et le goût ferreux de la mort. Se terrer dans un coin et attendre que le temps passe, mais personne n'avait dit qu'il s'était terré au fond d'une tombe. Et il avait beau s'accrocher aux murs, il avait beau s'écorcher les bras sur les ronces, pelletée de terre après pelletée de terre, il se faisait ensevelir, quelque part à mi-chemin entre la vie et la mort.

Les surfaces se succédaient sous son poids, et il n'osa pas se demander laquelle recueillerait son dernier souffle, crachat sanglant qui viendrait souiller son visage, se mêlant aux autres traînées brûlantes qu'il sentait lui couler entre les dents. La bave aux lèvres, dans un ultime effort pour en finir, se débarrasser de cette vie qu'on lui avait enfoncé dans les côtes et qui se débattait pour ressortir, qui hurlait et frappait et brûlait et brûlait pour le quitter. Ses yeux avaient cessé de chercher à s'ouvrir, puisqu'ils ne voyaient rien, rien d'autre que du flou et une personnification monstrueuse de la rage dont la forme restait désespérément humaine, et c'était probablement ça, le pire. L'autre n'était qu'un homme. Pas une créature sortie de la gueule des Enfers, pas une créature sortie des limbes de son esprit malade. Rien qu'un homme, planté sur ses deux jambes comme deux dagues plantées dans le cœur de la Terre, la condamnant lentement mais sûrement à sa propre fin parce que, à tous les coups, le monde ne pouvait pas survivre à tant de rage. Son corps ne cherchait plus à se relever, les bras tentant simplement de protéger ses tripes d'un nouvel assaut. Il voulait seulement que ça s'arrête.

Juste avant, avant le fondu au noir, avant que toute pensée logique ne quitte le navire, il avait bafouillé. Quelque part entre deux coups, entre les murs imbibés de sang et de sueur et d'alcool et de peur, quelque part sur la scène du théâtre des horreurs, il avait obéi. Fourni l'adresse à grands renforts de bégaiements. Comme ça elle va mourir aussi, t'es content? Mais ça importait peu, ça importait peu tant qu'on le laissait tranquille, qu'on le laissait seul, s'il vous plaît qu'on le laisse seul. La plupart des sons qui se faisaient écho entre les murs étaient des borborygmes inintelligibles et Aiden était incapable de dire si c'était de sa bouche qu'ils sortaient. Un autre filet de sang lui macula le menton, ainsi que le sol, alors qu'un coup de plus venait rencontrer la cicatrice qui lui barrait déjà la peau, comme s'il cherchait à faire reparaître les mots qu'il avait cachés sous plus de sang. Le journaliste courait après les mauvais secrets, courait après des aveux sans importance, sans incidence. Aiden voulait juste mourir. Mourir avec le secret qu'il enterrerait avec lui. Celui qui l'avait mis dans cette situation, roulé en boule sur le sol tâché de son appartement maudit. Est-ce que ne rien dire valait le coup? Finalement, est-ce que ça valait vraiment mieux que de mourir sous les effets d'un quelconque somnifère sous les mains expertes du Poète? Promis, promis, il ne se débattrait pas, s'il n'y avait pas de douleur, pas d'éclats de rage. Rien que la promesse d'une mort certaine, pas la longue attente, dans une marre de sang, à risquer de s'en sortir. La bête avait dû partir, puisque le silence avait repris ses droits, et la proie à demi-dévorée, à demi-consciente, resta immobile.
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Madmen know nothing

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