AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  


Partagez | 
 

 Without much hope...Ft Elyan

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 

Invité


 Invité


Sujet: Without much hope...Ft ElyanDim 3 Jan - 1:04

Elyan. Un simple prénom. Elle s'éveilla en sursaut au coeur de la nuit. Pourquoi penser à lui maintenant et pourquoi cela la réveillait-elle ? Elle ne comprit pas tout de suite. Elle se leva, alla chercher un verre d'eau et s'assit dans le salon. Son fils était chez un copain, elle était donc tranquille. Bon évidemment elle savait pourquoi elle pensait au medium et l'heure de prendre une décision semblait avoir sonné. Peut-être le passage de Tom, son frère, aujourd'hui à la librairie avait-il servi de déclencheur. Non, elle y pensait depuis longtemeps sans s'en rendre compte mais les mots du jeune homme cet après-midi l'avaient rendue songeuse. «Parles-en à Ely. Il peut t'aider. »

Depuis cinq ans qu'elle était arrivée à Fairhope, Erika avait toujours laissé ses clients lire comme ils le voulaient sans payer. Elle avait même installé un coin lecture confortable au fond de sa boutique et servait du café aux habitués. Rares étaient ceux qui profitaient de l'occasion sans rien acheter et au fil du temps, sa clientèle avait grossi, le bouche à oreilles reconnaissant cet endroit comme un petit coin de tranquillité bien apprécié et un point de rencontres aussi. Pendant quelques temps cependant, elle avait eu un visiteur régulier qui n'achetait que rarement. Tom Miles avait bien souvent été déposé devant sa porte pour quelques heures, comme en garde, par son frère, sachant bien que dans sa librairie, le jeune homme ne risquait rien. Elle n'avait rien dit, laissant le jeune handicapé choisir ses comics et les lire tranquillement dans un fauteuil en attendant que son aîné ne le récupère. De temps en temps elle discutait avec lui, cela dépendait de l'humeur de chacun, de la clientèle présente et du travail d'Erika. Elle avait fini par en apprendre pas mal sur la famille Miles, sur leur vie et sur le métier du plus âgé. Oh ! Elle ne jugeait pas, simplement elle ne croyait pas à ce  genre de choses. Elle écoutait donc patiemment le récit des exploits du medium, subjugués par son frère, entièrement dédié à l'hagiographie de Saint-Elyan. N'eut été la détresse dans laquelle s'étaient déjà trouvés les deux frères et la situation plus ou moins précaire qu'ils occupaient souvent, et l'affection qu'elle portait au cadet, elle lui aurait dit depuis bien longtemps ce qu'elle pensait du monde des esprits et des capacités de son frère. Mais elle n'en faisait rien et lui donnait plutôt deci-delà un tupperware avec un bon repas. Elle préférait nourrir leur estomac.
De son côté elle avait un peu raconté sa vie à Tom et finalement c'était sans doute une des personnes qui la connaissaient le mieux à Fairhope. Alors maintenant que l'aîné avait pu trouver un foyer adapté pour Tom et que lui-même avait acquis  une renommée et une certaine notoriété, les visites du jeune homme s'étaient espacées mais étaient restées régulières, ce dont elle était somme toute très fière. Erika avait donc toujours le sourire quand elle le voyait franchir le seuil de sa boutique. Il avait mûri et beaucoup gagné en autonomie. Il adulait toujours son frère et parlait de ses capacités avec enthousiasme, ce qui faisait toujours lever les yeux au ciel à la brunette.

Il savait que son père avait disparu. Elle lui avait raconté l'histoire un jour et il l'avait écoutée, la tête penchée sur le côté, concentré sur ce qu'elle disait, conscient peut-être qu'elle ne parlait pas souvent de ces choses-là. En général elle était plutôt joyeuse et s'intéressait à lui. Une fois qu'elle avait  fini, il avait simplement dit doucement : « Parles-en à Ely. Il peut t'aider. » Elle avait souri et avait changé de conversation.  
Tom était passé cet après-midi et avait perçu qu'elle était chamboulée. Alors, comme un mantra, il avait dit «Parles-en à Ely. Il peut t'aider. » Exactement la même phrase. Il s'était pourtant écoulé deux ans. Elle l'avait regardé, suprise et perplexe parce qu'il avait l'air de très bien savoir à quoi, plus exactement à qui elle pensait : à son père. Cela faisait juste vingt-trois ans qu'il avait disparu. Elle n'avait pas répondu mais la phrase était restée accrochée à son subconscient, bien après le départ du jeune homme. Alors à trois heures du matin, elle n'était pas tellement surprise en fin de compte de penser au medium. Elle alluma machinalement une cigarette. Elle avait toujours repoussé la proposition de Tom, ou changé de sujet quand il voulait avoir son avis sur les prouesses de son frère, pas frontalement bien sûr, elle ne voulait pas le vexer. Elle n'était pas prête à prendre ce monde au sérieux, voilà tout. Pourtant, suite au décès de sa mère il ya dix ans, elle avait repris les recherches à propos de la disparition de son père, dans l'idée de le retrouver et de lui balancer au visage que sa tendre épouse était morte en l'attendant encore, jour après jour. Elle lui en voulait mais ne savait même pas s'il était encore en vie, l'enquête n'ayant rien donné à cette époque. Du coup, elle n'avait de lui qu'une vieille photo cornée, qu'elle conservait dans son portefeuille comme une relique. Le départ récent de son collègue Bertram, au beau milieu d'une nuit l'avait un peu secouée aussi et ramenée sur celui de son père. Et sur les dons d'Elyan, vantés par son frère.

Pourquoi pas ? Finalement, au point où elle en était, elle pouvait bien explorer cette piste, sans y accorder trop d'importance. Elle ne voulait pas de la douleur de la déception en plus de celle du vide. Elle finit par se recoucher, l'esprit plus serein, ayant pris sa décision. Il fallait qu'elle prenne rendez-vous. Deux jours plus tard, nerveuse, elle sonna à la porte du medium.
Revenir en haut Aller en bas

overjoyed - we survived

avatar

◆ Manuscrits : 867
◆ Arrivé(e) le : 10/09/2015
◆ Âge : 36
◆ Assoc. des Victimes : Ancien bénévole et membre
◆ Métier : Ouvrier de chantier
◆ Points : 940
◆ DC : Aiden, Willow, James, Charlie, Nathan
◆ Avatar : Jake Gyllenhaal


Sujet: Re: Without much hope...Ft ElyanLun 11 Jan - 0:08

Aussi loin qu'il s'en souvienne, son petit frère avait toujours été une nuisance, à ses yeux. A l'époque où leurs parents étaient en vie, c'était celui qui lui volait la vedette à leurs yeux, qui l'humiliait à l'école. Après l'incendie, chez leurs grands-parents, Tom était devenu un bruit de fond désagréable dans ses pensées moroses. Le plus jeune avait besoin d'attention, d'affection, d'écoute, parce que ses parents lui manquaient et que, vraiment, il ne pouvait pas rester tout seul dans cet état-là, pas vrai? Bien sûr, le fait qu'Elyan aussi avait perdu ses parents semblait passer au-dessus de la tête de tout le monde. Et après, il était devenu le boulet qu'il avait traîné toute sa vie, le promenant de logement précaire en logement précaire, de bribes de salaires en vêtements rafistolés. Que personne ne se permette de dire qu'il ne respectait pas son cadet, qu'il ne respectait pas son handicap ou qu'il ne s'en était jamais assez bien occupé, parce qu'il avait toujours fait ce qu'il avait pu en fonction des besoins du plus jeune, et l'avait défendu contre les railleries toute sa vie. Et même si Elyan pouvait être méchant, voire cruel avec son frère lorsqu'ils étaient seuls, ce dernier lui portait une affection sans limites et pardonnai tous ses écarts. Tom n'avait jamais vraiment pu apprécier les efforts du médium, puisque celui-ci s'arrangeait toujours pour se débarrasser de son frère le plus souvent possible, mais il était reconnaissant. Encore heureux.

Nuisance mise à part, Tom était un panneau publicitaire vivant. Dans une autre vie, il aurait pu faire l'étudiant en manque d'argent déguisé en sandwich au milieu de la rue. Mais pour l'heure, il se contentait de vanter ses mérites à quiconque voulait bien l'entendre. Cela faisait sans doute peu de gens, et encore moins qui y accordaient une once d'importance, mais le plus jeune ne semblait jamais se lasser d'aller raconter au monde que son frère avait un don, et qu'il aidait son prochain. Ce qui rendait le médium malade, c'est que ce qui avait donné cette foi inébranlable à son frère, c'était lorsqu'il était entré en contact avec leurs parents. Quelques semaines après l'incendie, il l'avait fait, avec l'espoir un peu fou et naïf que cela pouvait marcher. Il s'était relevé au milieu de la nuit, et leur avait demandé s'ils étaient là, suppliant presque au silence de lui prodiguer une réponse. Tom, éveillé par les murmures, l'avait rejoint dans son lit et, pour faire naître un sourire sur son visage, Elyan avait fait semblant. Il avait dit ils sont fiers de toi et ils sont toujours là, et avait refusé d'en reparler pendant des années, jusqu'à ce que l'idée lui revienne alors qu'ils crevaient de froid dans la rue, plus de vingt ans plus tard. Tout ça pour dire que, pour une fois, Tom avait réussi à attirer quelqu'un chez lui, apparemment. La libraire chez qui il le déposait fréquemment, avant. La librairie où ils allaient auparavant avait fermé, et c'était le moyen le plus sûr pour être débarrassé du cadet pour l'après-midi entier. Il lui semblait qu'il avait parlé d'elle en termes élogieux, mais il parlait de tout le monde comme ça. Et puis, elle leur avait parfois donné à manger, cela comptait pour quelque chose, non?

Toujours était-il que le jour J, c'était aujourd'hui, que Tom l'avait appelé plus tôt dans la journée, en l'assassinant de remerciements d'aider son amie et bla et bla et bla. Après la première phrase, il avait posé le téléphone sur le comptoir de la cuisine et préparé son petit-déjeuner. Puis il avait coupé court à la conversation d'un super, je dois y aller, et avait soupiré en raccrochant. Erika Sheppard était donc son premier rendez-vous de la journée. Il passa quelques minutes à nettoyer le salon, ramassant principalement quelques miettes de gâteaux tombées sur le canapé où il entrait en contact avec les morts. Cela faisait mauvais genre. Et puis quelqu'un avait sonné à la porte.

Il ouvrit la porte dans un sourire, tendant la main à sa cliente. «Ah, mademoiselle Sheppard, bonjour!» Autant ne pas commencer par froisser les billets en se trompant dans les titres, mais il savait que la femme face à lui avait divorcé. Après une poignée de main, il s'écarta pour la laisser entrer, désignant l'intérieur d'un bras pendant qu'il refermait la porte derrière elle. «Entrez, je vous en prie, installez-vous.» Il la précéda ensuite à l'intérieur, lui indiquant de s'installer sur le canapé. «Je vous sers quelque chose?» Cela mettait souvent les clients dans de meilleures dispositions si l'on se montrait courtois. D'autres, certains, trouvaient cela grotesque et déplacé qu'on ose penser à se restaurer dans un lieu pareil, mais il avait appris à les voir arriver, et Erika ne semblait pas faire partie de ceux-là. Et après tout, elle ne venait pas à la suite d'une tragédie imminente. «Tom m'a beaucoup parlé de vous.» Ce qui était la stricte vérité, le fait qu'il n'avait écouté que d'une demie-oreille aux trois quarts endormie n'était qu'un détail superflu. «Vous avez mentionné vouloir retrouver quelqu'un, au téléphone.» Bien sûr, son frère lui avait donné les détails, mais il préférait l'entendre avec ses mots à elle, savoir ce qu'elle attendait de cette rencontre. Parce que ce que son frère attendait, c'était qu'Elyan retrouve cet homme par magie, le téléporte dans le salon et les fasse s'enlacer jusqu'à ce que plus personne n'ait de larmes de bonheur à verser. Évidemment, Erika aurait des attentes sans doute moins élevées. D'autant que, après un premier coup d’œil, elle était sceptique. «Excusez-moi un instant.» Il s'éclipsa à l'étage quelques secondes, le temps de récupérer de quoi préparer des boissons chaudes, ainsi que deux tasses, et redescendit. Dans un coin de l'espace qui lui servait de bureau, il avait installé une bouilloire, légèrement en retrait pour qu'elle ne soit pas à la vue des clients, pour éviter d'avoir à les laisser seuls en bas trop longtemps. «Parlez-moi de votre père.» Ce disant, il déposa les tasses aux côtés de la bouilloire, qu'il avait fait préalablement chauffer pour qu'ils ne soient dérangés par le bruit. Il n'avait aucun intérêt à prétendre deviner ce qu'il voulait savoir, elle devait se douter que Tom lui aurait tout raconté. Cela n'augmenterait pas sa crédibilité, cela risquait même de l'affaiblir. Après tout, elle connaissait bien le jeune Miles également.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t786-wrapped-in-guilt

Invité


 Invité


Sujet: Re: Without much hope...Ft ElyanJeu 14 Jan - 22:24

Depuis tout ce temps qu'elle connaissait les Miles elle n'avait pas adressé la parole à l'aîné plus de trois ou quatre fois, celui-ci préférant souvent laisser son frère parler. Erika à qui cet arrangement convenait parfaitement en faisait autant et c'est donc par l'intermédiaire du cadet qu'ils avaient communiqué pendant la période où elle avait servi de nounou ; elle était lucide sur ce point. Elle pensait que c'était par fierté que le medium ne lui avait adressé que parcimonieusement la parole, pas par snobisme. Il était simplement gêné aux entournures à ce moment et avait adopté le profil de l'invisible, peut-être peu désireux d'avouer ou de laisser paraître à quel point il tirait le diable par la queue. Ce temps était maintenant révolu et de furtive la présence d'Elyan était devenue inexistante puisqu'il n'accompagnait plus son frère à la librairie. Là non plus elle n'avait rien trouvé à y redire, n'abordant pas le sujet de son côté avec Tom et y passant le moins de temps possible quand le medium arrivait dans la discussion, ce qui arrivait tout de même souvent, le cadet étant dithyrambique et intarissable à son propos…

C'était donc de mauvaise grâce qu'elle avait fini par attraper son téléphone et prendre rendez-vous. Pas simplement parce qu'elle doutait de la réalité de ses capacités, mais aussi parce que ses antennes  lui disaient que cet homme était faux et qu'il n'affichait pas réellement ce qu'il était et que donc il fallait s'en méfier. Elle se méfiait des jugements assez catégoriques de son instinct, mais il fallait bien avouer qu'il s'était rarement trompé. C'est donc doublement circonspecte et sceptique qu'elle prit le chemin du cabinet, appelons-le ainsi. D'un autre côté elle était curieuse. Tom n'avait pas dû manquer de parler d'elle à son frère, de lui raconter toute l'histoire qu'elle lui avait confié. Elle attendait donc de voir comment le grand Elyan Miles allait aborder ce sujet dont il connaissait presque tout avant même qu'elle n'ait franchi son seuil. Il ne pourrait décemment pas attribuer sa bonne connaissance de sa vie, de ses drames et manques, à ses capacités, à son… pouvoir en quelque sorte. Elle était donc impatiente de ce côté-là, et aussi, elle était, oui, intéressée de faire la connaissance du frère de Tom. Ça c'était son côté humain, toujours avide de se faire de nouvelles relations, d'apprendre comment étaient les gens, de discuter avec eux, d'échanger. C'était donc paradoxal de connaître quelqu'un depuis si longtemps et d'en savoir aussi peu. Bon c'était aussi de sa faute, elle ne lui avait pas tendu la main ni posé de questions à son frère, braquée qu'elle était sur des a priori que sa curiosité regrettait à cet instant.

Encombrée par ses sentiments contradictoires, elle finit par sonner. La porte s'ouvrit peu de temps après révélant un homme d'apparence soignée, au timbre bien posé. Elle se souvenait d'un presque gringalet, certainement parce que pas bien nourri et elle reconnaissait que la notoriété n'avait pas fait qu'arranger ses finances. Elle fit le parallèle avec Tom qu'elle avait vu en pleine forme aussi. L'air de famille entre les deux frères était encore visible mais plus ténu maintenant qu'ils pouvaient mieux prendre soin d'eux. Elle entra donc, agréablement surprise par le cossu des lieux et par l'amabilité de son hôte. Elle accepta un thé, ayant déjà bu assez de café à son goût pour la journée entière et s'installa sur le canapé. Il s'éclipsa juste le temps d'aller chercher les tasses pour leurs boissons. Il dit au passage que Tom lui avait beaucoup parlé d'elle, ce qui était sans doute vrai mais constituait un compliment donné à peu de frais, qu'elle apprécia néanmoins. Le tour de charme était lancé, d'autant plus qu'il voyait son scepticisme accroché. Elle essayait de le cacher de son mieux mais savait qu'il se reflétait malgré tout sur son visage. Il était nécessaire qu'il la rassure et pour cela, il fit simple, ce qui la surprit.

«Vous avez mentionné vouloir retrouver quelqu'un, au téléphone.» puis«Parlez-moi de votre père.»

C'était à elle de se lancer puisqu'il lui posait une question directe, sans tralala autour pour essayer de l'impressionner.

« Et bien, voilà. Mon père a disparu quand j'avais à peine douze ans. Un soir il n'est pas rentré. Ma mère a laissé passer deux jours parce que parfois, quand il buvait, il ne rentrait pas. Une fois il est resté une semaine sans rentrer. Mais ma mère savait où il était ; elle savait qui appeler pour savoir. Mais cette fois-ci personne ne l'avait vu après sa journée et il n'est pas venu travailler le lendemain. Personne ne savait où il était. Il a tout simplement disparu. Ma mère a appelé la police et ils ont ouvert une enquête, mais ils n'ont rien trouvé, alors l'affaire a été classée sans suite et on est restés tous seuls ma mère, mon frère et moi. Depuis, ils sont morts tous les deux mais ma mère a toujours espéré que son mari revienne, comme si de rien n'était. Elle est morte en l'appelant. Quand elle est tombée vraiment malade, j'ai essayé de le retrouver. J'ai embauché un détective privé, mais aucun résultat. Alors j'ai laissé filer le temps et les années mais à l'anniversaire de sa disparition je suis toujours anxieuse et je me pose des questions. Est-il encore en vie ou pas ? Nous a t-il laissé tombé pour une autre femme ? Que lui est-il arrivé ? J'en ai parlé une fois à Tom et la seule chose qu'il m'a dite, c'est de venir vous en parler, que vous pourriez m'aider. Il me l'a redit il y a deux jours. Alors me voilà. Pouvez-vous m'aider à savoir ce qu'est devenu mon père ? »

Elle finit en le regardant bien droit dans les yeux, sans échappatoire. Elle lui avait raconté tout, sans fard, sans rien occulter, de la façon la plus neutre possible, sans étaler ses sentiments ou ressentiments.
Revenir en haut Aller en bas

overjoyed - we survived

avatar

◆ Manuscrits : 867
◆ Arrivé(e) le : 10/09/2015
◆ Âge : 36
◆ Assoc. des Victimes : Ancien bénévole et membre
◆ Métier : Ouvrier de chantier
◆ Points : 940
◆ DC : Aiden, Willow, James, Charlie, Nathan
◆ Avatar : Jake Gyllenhaal


Sujet: Re: Without much hope...Ft ElyanMer 20 Jan - 22:44

Heureusement que personne ne le payait pour être franc. Si c'était le cas, les gens n'auraient probablement plus envie de lui donner son argent après l'avoir entendu parler, de toute manière. Heureusement qu'on ne le payait pas pour être lui-même. Parce qu'a priori, personne n'apprécierait de se faire lire la bonne aventure par un type allongé dans son lit, en caleçon, avec la télécommande dans une main et un paquet de gâteaux dans l'autre. Personne n'aurait jamais envie de l'entendre soupirer tous les deux mots alors qu'il vous racontait que votre vie allait s'embellir drastiquement dans les jours à venir, ou que l'homme de votre vie habitait au coin de la rue. Personne n'aurait envie qu'il s'endorme au milieu d'une phrase cruciale, pendant la guérison miraculeuse de votre fils (qui n'était malade que dans votre tête, de toute façon), ou la révélation de votre oncle décédé depuis douze ans. Personne ne venait voir Elyan. Ça n'était pas lui que les éplorés venaient trouver pour un peu de réconfort. C'était sa devanture, c'était la vitrine. La façade qu'il avait érigée, celle qui rapportait de l'argent. La muraille souriante, soignée et attentive qui prenait vos problèmes très à cœur et n'avait jamais un mot déplacé. D'ailleurs, s'il pouvait, il préférait éviter que les gens aient un aperçu de l'épave qui gisait derrière, à moisir dans ses mensonges et son ennui, macérant dans sa propre malhonnêteté en permanence. De cette manière, il pouvait parfois nourrir l'illusion qu'il était la muraille.

Là, avec cette Erika que son frère avait attirée jusqu'ici, il n'avait pas cet avantage. Il ne savait pas ce que son frère avait raconté de leurs péripéties, mais connaissant l'énergumène et sa langue bien pendue, il se devait de présumer qu'elle en savait beaucoup. Histoire d'être paré à toutes les éventualités. Tout ce qu'il pouvait sauver, c'était les apparences, pour espérer être à la hauteur du portrait érigé par son cadet. Parce qu'il avait beau se dire que ce qu'autrui pensait ne l'atteignait pas, causer la déception d'un client blessait son ego, et blesser son frère lui faisait presque de la peine. Or, si d'aventure la jeune femme repartait insatisfaite, il ferait d'une pierre deux coups. Mais l'heure n'était pas encore à l'insatisfaction. Peu étaient déçus de ses performances, il fallait l'avouer. Quelques fois, il s'était trompé. Il était même allé jusqu'à prendre un coup de poing dans le nez pour avoir harponné la mauvaise personne dans la rue et avoir clamé que sa femme l'aimerait toujours alors qu'il venait de signer les papiers de divorce. Mais c'était une autre époque. Celle des expérimentations et de l'apprentissage, et il avait gagné en retenue et en prudence, depuis. Il prenait plus le temps d'observer les individus à loisir, ce qui était plus aisé maintenant qu'ils n'étaient plus de simples visages croisés dans la rue. Il ne se lançait plus dans les devinettes hasardeuses, non plus. Chaque affirmation se devait d'être calculée et réfléchie. C'était l'un des avantages (avec les rentrées d'argent et l'estomac plein) d'en avoir fait son travail, il s'occupait l'esprit. Même si, la plupart du temps, c'était toujours la même chose. Et l'autre moitié du temps, c'était du tâtonnement.

Après leur avoir servi thé et café sur la petite table basse devant le canapé, il s'assit face à elle, dans son fauteuil. Puis il l'écouta. Fixant son visage pour tenter de déceler les émotions, les pensées. Savoir si elle le voulait mort ou vif, en somme. Et si ça avait été à lui qu'elle avait posé la question, il lui aurait ri au nez pendant cinq minutes. Qu'est-ce qu'il en savait, franchement? Est-ce qu'il était allé demander au premier arnaqueur du coin si ses parents étaient dans un monde meilleur, lui? Et puis c'était pas comme s'il en avait quelque chose à faire, après tout. Il aurait compris, bien sûr, mais celui qui passait la plupart de ses journées enfermé dans sa tête aurait préféré se moquer que d'accepter d'entendre les arguments de celle qui était assise face à lui. Il songea aussi qu'avec à peine deux ou trois ans de plus que lui, elle avait un fils, une situation, alors que lui n'était jamais certain qu'il allait encore avoir un toit au-dessus de la tête dans six mois. Son joli visage (parce que oui, il avait remarqué ça aussi) le scrutait à présent, attendant sans doute de voir ce qu'il allait faire de toutes les informations.

«Peut-être.» Cryptique, mais il était surtout plongé dans ses réflexions. Il y avait peu de chances que l'homme réapparaisse, de toute manière, pas après plus de vingt ans. Donc, sauf acharnement du mauvais sort, quelle que soit sa réponse qu'il irait lui donner, personne n'irait le contredire. Il pouvait donc le clamer vivant ou mort selon son bon plaisir. Ou celui de sa cliente. «Après tout ce temps, le lien risque d'être ténu.» C'était le genre de choses qu'on s'attendait à ce qu'il dise, apparemment. Ou plutôt, il aimait bien le dire, ça lui donnait l'impression qu'il faisait quelque chose de difficile, qui nécessitait du talent. «Je ne peux pas vous garantir de le découvrir.» Il haussa un sourcil, «mais vous ne vous attendez pas à trouver quoi que ce soit ici, de toute manière.» Son visage se referma quelques instants, le temps d'adopter l'air presque vexé qui seyait à la situation. «Mais si l'on découvre quelque chose, vous comprenez bien que cela ne sera pas forcément la réponse que vous attendez?» Cette femme était sensée, elle était venue là dans un souci d'explorer toutes les pistes et les possibilités, et peut-être par curiosité pour Tom, sans doute, pas par conviction. Mais il préférait donner cette illusion qu'il n'y avait pas d'espoir. «Vous êtes prête? Je vais avoir besoin de votre assistance.» Il but une gorgée de café, puis saisit la main droite d'Erika dans les siennes. «Il faut que vous y accordiez ne serait-ce que le bénéfice du doute.» Il lui lança un sourire rassurant, avant d'inspirer et de fermer les yeux. «Pourquoi après tout ce temps? Qui a disparu?» Il tenait toujours la main d'Erika dans les siennes, réfléchissant dans un murmure. «Pensez à son visage, Erika. Vous avez douze ans, et vous le regardez. Montrez-moi ce que vous voyez.» Il avait toujours les yeux clos, et laissait sa voix traîner, calmement, tranquillement. Des fois, la plupart du temps, il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il était en train de faire. Ce n'était pas comme si c'était une science exacte. Généralement, on ne venait pas le consulter pour des disparus depuis vingt-trois ans. «Vous le voyez?» Parce que lui, absolument pas.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t786-wrapped-in-guilt

Invité


 Invité


Sujet: Re: Without much hope...Ft ElyanJeu 28 Jan - 23:36

Étrange. La réaction d'Elyan à la tirade d'Erika la surprit. Il parut tout aussi perdu et dubitatif qu'elle. Il avoua franchement que la partie serait difficile et elle cilla en l'entendant même si elle s'y attendait quelque peu. Elle s'attendait à un numéro pour la convaincre, non un banal «Je ne peux pas vous garantir de le découvrir.». Le décalage entre la description élogieuse, dithyrambique, presque extatique de Tom et la réalité ordinaire, triviale et normale la fit presque sursauter. L'expression même de son visage démentait clairement le portait que le jeune homme avait dressé de son frère, et ce qu'elle avait ressenti lorsqu'il avait ouvert la porte. Était-ce possible que le grand Elyan Miles soit une coquille vide, une devanture brillante et tapageuse pour gogos en mal de sensations, avides de nouvelles de l'au-delà et qui n'osant pas se mouiller eux-mêmes en manipulant une planche de ouija ou en participant à une séance de spiritisme, finissaient par avoir recours à un medium, et pas n'importe lequel évidemment ? Ses yeux éteints tout d'un coup, son teint plus fade, son expression quelconque le firent passer aux yeux de la trentenaire pour un imposteur en mal de cachet, un illusionniste ayant raté son tour. Elle fut déçue, presque révoltée de s'être laissée convaincre, en colère contre elle-même d'avoir été crédule et d'avoir laissé son cœur espérer. Elle allait reprendre la parole et s'excuser de l'avoir dérangé et fait perdre son temps puisque de toute façon elle le jugeait aussi compétent et efficace qu'une méduse qu'on enverrait acheter une baguette de pain quand un léger changement lui fit refermer la bouche et rester assise. Un peu de vie était revenu dans les yeux de cet homme, comme si une lumière venait de s'allumer, encore lointaine mais tangible. En même temps il parut vexé, fâché, presque piqué au vif tout en disant  «mais vous ne vous attendez pas à trouver quoi que ce soit ici, de toute manière.»

Erika baissa les yeux un instant, se sentant coupable de ses pensées et surtout qu'il les ait perçues. Finalement il n'était peut-être pas si tocard que ça… Elle se reprit aussitôt et attendit la suite parce qu'il ne pouvait pas s'arrêter à ça, il fallait maintenant qu'il la convainque. Elle afficha donc un petit sourire contrit, confirmant au besoin ses propos. Il poursuivit par une formule bateau qui le dédouanait de tout échec. En plus s'il « trouvait » quelque chose, il ne faudrait pas qu'elle vienne s'en plaindre, il n'était pas responsable de ce que les gens faisaient, ou pas, après tout. Une fois son boulot fait, à elle de se débrouiller avec, ce n'était plus son problème. Elle lut donc en filigrane le contrat qu'il lui proposait. A elle de saisir sa chance ou de reculer, il était encore temps, c'était le moment. «Mais si l'on découvre quelque chose, vous comprenez bien que cela ne sera pas forcément la réponse que vous attendez?» . Elle hocha simplement la tête, attentive et la gorge soudainement serrée, et sèche, en panne de salive. Elle attrapa sa tasse et avala une lampée de thé amer et froid qui la fit grimacer mais qui lui fit tout de même du bien. Il était très fort. En deux phrases il l'avait retournée comme un gant, et voilà qu'elle était prête à se lancer alors que trois minutes avant elle avait eu plus qu'envie de partir en lui disant ses quatre vérités. Elle le regarda d'un œil différent, surprise, mais dans le bon sens cette fois-ci. Son scepticisme avait du plomb dans l'aile, elle en avait conscience. Son discours désespérant empruntant et utilisant ses propres doutes avait fait mouche. Il était fin observateur et avait su tirer parti de ce qu'elle laissait transparaître.

La série de questions qui suivit ne fut que formalité ; elle lui avait accordé le minimum de confiance dont il avait besoin pour nourrir sa force et elle le vit donc s'animer, reprendre contenance, prestance et présence au fur et à mesure qu'il parlait, se redressant, le regard chaud et clair. Lorsqu'il attrapa sa main droite, elle ne fut pas surprise qu'elle soit chaude, sèche et ferme. Elle le vit fermer les yeux et fit de même, par mimétisme. Elle eut le temps de s'en rendre compte et d'en sourire avant qu'il ne dise «Pensez à son visage, Erika. Vous avez douze ans, et vous le regardez. Montrez-moi ce que vous voyez.»
Elle ne sut pas ensuite ce qui déclencha effectivement sa mémoire : la suggestion, l'ambiance qu'il était parvenu à instaurer si vite finalement, la confiance de Tom en son frère, ses pouvoirs peut-être réels, son besoin d'y croire quand même un peu… mais elle se retrouva à peine sortie de l'enfance avec son père, à la table du petit déjeuner, en tête à tête comme tous les matins.  Alors elle obéit à Elyan.

« C'est le matin et mon père a fait des pancakes et du bacon. Ça sent bon et je suis contente parce qu'il ne cuisine pas souvent. Pourtant il se débrouille bien mais il dit qu'il n'a pas le temps. Alors j'en profite. Il s’assoit en face de moi et me sert et on commence à manger tranquillement. On est vendredi et il me dit que ce soir il ira peut-être voir un match de basket avec ses collègues et que donc il rentrera tard et qu'il faudrait que je sois sage avec ma mère. Je comprends surtout qu'il risque de ne pas rentrer du week-end mais ce n'est pas grave, j'ai l'habitude… Je suis un peu triste parce que maman va encore se mettre en colère et crier mais aussi s'inquiéter, mais c'est comme ça.
Je regarde mon père. Il porte le pull bleu que je lui ai acheté à Noël et ça me fait plaisir. J'ai toujours pensé que le bleu allait bien avec ses cheveux blonds et ses yeux bleus. En plus ça lui fait les épaules plus larges avec les dessins dessus. Il a l'air content et de bonne humeur. J'en suis à la moitié de mon assiette quand il finit son mug de café et se lève. Il m'embrasse sur la tête comme tous les matins, attrape sa veste et part en claquant la porte, en criant 'A ce soir'. Je ne savais pas que c'était la dernière fois que je le voyais. Il n'est pas rentré le soir et on ne s'est pas inquiétées. »


Elle avait les larmes aux yeux quand elle les rouvrit mais les ravala. A quoi serviraient-elles ?
Revenir en haut Aller en bas

overjoyed - we survived

avatar

◆ Manuscrits : 867
◆ Arrivé(e) le : 10/09/2015
◆ Âge : 36
◆ Assoc. des Victimes : Ancien bénévole et membre
◆ Métier : Ouvrier de chantier
◆ Points : 940
◆ DC : Aiden, Willow, James, Charlie, Nathan
◆ Avatar : Jake Gyllenhaal


Sujet: Re: Without much hope...Ft ElyanLun 1 Fév - 1:35

Son frère lui avait demandé un jour, dans un terrible accès de colère (dont la rareté et la violence l'avaient surpris, Tom étant la personne la plus comblée et paisible qu'il ait jamais connue), et, peut-être, de lucidité, quand son grand-frère était devenu cet étranger apathique et indifférent, quand il avait arrêté d'être lui-même pour devenir ce large gouffre de rien et d'un soupçon d'ennui qui se présentait à la face du monde comme étant un grand coffre aux mille réponses. Il s'était probablement arrêté à étranger mais l'esprit du médium avait continué, poursuivant la pensée que son frère ne pouvait, ou plutôt ne voulait pas formuler. Une éponge. Voilà ce qu'il était devenu. Il absorbait tout ce que les gens laissaient derrière eux, les signes, les mouvements, les mots perdus, les expressions, les regards, les renseignements, aussi, éparpillés sur la toile, sur les lèvres, à mi-voix. Il s'imprégnait de leurs mots, chagrins, sourires. Et pour servir sa cause, il se desséchait, les bonnes réponses se déversant comme on essore une serpillière, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus une goutte et que le client soit satisfait. L'image l'avait plutôt amusé, sur l'instant, alors qu'il se surprenait à s'imaginer pressé dans une paume comme un vulgaire ustensile, laissé sur un coin de l'évier jusqu'à ce que le temps et les tâches l'usent et qu'il perde de sa superbe (d'éponge, toujours), et qu'on lui préfère d'autres âmes (d'éponge) plus belles, plus neuves, et qu'on l'oublie là. Il avait ricané, toujours assis face à son frère enragé, alors que l'image s'était imposée à lui, distrayant ses pensées quelques instants, ce qui n'avait évidemment fait qu'alimenter la rage de son cadet, et c'est la porte claquée qui le fit atterrir. C'était la vérité.

Ainsi, il avait continué sur la même pente, et il buvait ainsi tout ce qu'Erika laissait à sa suite, dans ses intonations et ses hésitations. Il pouvait rester à l'écart, se distancier, il suffisait d'écouter, d'écouter et d'entendre surtout, entre les lignes. Les sous-entendus et les non-dits. Et de les répéter, les formulant à voix haute. Alors, la victime se trouvait satisfaite, les réponses enfin prononcées. Elle pensait qu'elles venaient de lui, alors qu'il ne donnait jamais rien, qu'il se contentait de lire le prompteur et de prendre un air inspiré. Elyan s'appliquait à ne pas s'impliquer. Jamais. Il avait gardé les yeux fermés, pas besoin de voir le visage d'Erika pour remarquer les fluctuations de sa voix et les émotions. Le souvenir était chaleureux, l'odeur des pancakes aurait certainement pu lui chatouiller l'odorat, s'il était parvenu à suivre Erika dans les tréfonds de sa mémoire, s'il avait réussi à dépasser le seuil. Au lieu de ça, il avait manqué de plonger dans ses propres souvenirs. Parce que son père avait disparu depuis plus de vingt ans aussi. Vingt-trois, pour être précis. Disparu au fond d'une large boîte descendue en terre. Il fronça les sourcils, effaça le souvenir et le remplaça par le silence tamisé et paisible, interrompu seulement par les images qu'Erika s'évertuait à lui envoyer, ou peut-être à redécouvrir.

Il avait rouvert les yeux avant elle, prenant quelques secondes pour analyser la marche à suivre. L'attente, l'espoir, éternels, intarissables, avaient dû être terribles. Toujours des peut-être et des et si que l'imagination produisait en surnombre, au début. Puis moins souvent, mais de temps à autre, des scenarii qui se jouaient à scène ouverte. Il y avait donc forcément de la colère, de la rancœur, de l'animosité envers cet homme. Assez pour le voir mort? Maintenant que la raison et la maturité avaient remplacé les emportements adolescents, qu'est-ce qu'elle voulait? «Bien.» Sa voix se fit à peine murmure, et il baissa la tête, serrant ses doigts autour de ceux d'Erika. «Très bien. Est-ce que vous pouvez le vieillir à présent?» Elyan ferma les yeux quelques secondes. «Vous pouvez faire ça? Vous voyez? Les traits du visage qui s'affaissent, la silhouette qui se tasse, un peu. Les rides au coin des yeux, du front. Vous les voyez? Faites-le au ralenti.» Le ton bas et monocorde, chaleureux, rassurant. «Je vous suis.» Il aurait pu lui demander s'il avait semblé différent, si rien ne s'était passé ce jour-là, mais il ne faisait pas partie de la police, et il ne courait pas après la vérité. L'homme avait simplement quitté le navire, probablement changé de nom, si l'on en jugeait par son absence complète d'internet. Certes, il y a vingt-trois ans, c'était chose aisée, mais bien moins à présent que toutes les données étaient collectées. Il se fichait pas mal de savoir pourquoi. Accès d'égoïsme? De folie? Décision irrationnelle? Amante? Allez savoir. Peut-être qu'il s'était réveillé ivre mort à côté d'un cadavre et qu'il avait dû prendre la fuite. «Quelques années, oui, de plus.» Ses sourcils se froncèrent d'eux-mêmes, connaissant l'exercice, ses yeux suivirent des mouvements imaginaires sous les paupières alors qu'il avait relevé la tête. «Acheter le journal, aller au travail, nouveau travail, et encore un. C'est diffus, confus.» Les mots glissaient sur sa langue sans qu'il ne prenne la peine de les articuler. «Un sourire, une ride au coin des lèvres. Des poignées de main, une paire de bras.» Il resta ensuite silencieux quelques instants, son expression peinée et confuse. «Et ça s'arrête.» Les sourcils froncés, à nouveau. «Je l'ai perdu.» Il regarda la femme assise face à lui, un rien de compassion au coin des yeux, puis il se concentra de nouveau quelques secondes. «Il- il est mort. Désolé.» Pourquoi il l'avait tué, dans le fond? Par égoïsme, sans doute. Parce que son père à lui était mort. Mais il se dirait que c'était parce que c'était plus facile. Il n'avait pas à essayer de lui trouver un lieu de vie, de lui trouver un nom, des raisons, une vie. Moins risqué. Au pire, à présent, il n'avait qu'à converser avec un mort de plus, ou trouver des causes à son décès.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t786-wrapped-in-guilt

Invité


 Invité


Sujet: Re: Without much hope...Ft ElyanDim 7 Fév - 23:39

En même temps qu'elle s'arrêtait de parler et rouvrait les yeux, une foule de souvenirs vint se bousculer dans sa tête, tant avec son père qu'avec sa mère, parfois les deux ensemble, parfois avec son frère. Les anniversaires, les dimanches en famille, rares mais savourés pleinement, les Noël, les vacances, les bonhommes de neige se succédèrent rapidement dans un kaléidoscope qu'elle n'arrêta qu'en refermant encore les yeux. Elle ne voulait pas voir tout ça, pas maintenant. Elle était tendue vers ce que le medium allait pouvoir dire après l'évocation de se souvenir qu'il avait réclamé, suscité, et obtenu. Elle attendrait le soir d'être tranquillement chez elle pour ouvrir de nouveau cette boîte de nostalgie heureuse et douce-amère. Elle s'était arrêtée juste dans le récit de son souvenir au moment où son père était parti. Elle avait simplement ajouté que ni sa mère ni elle ne s'étaient inquiétées tout de suite de l'absence de l'homme de la famille. Elle était plutôt honteuse de ça, d'autant plus qu'elle parlait à un orphelin. Peu de gens à Fairhope devaient aussi bien connaître le passé des Miles et ce qu'ils avaient traversé. Elle avait donc passé sous silence l'inquiétude et le désespoir, la colère, puis l'indifférence feinte, la rancœur et la détestation qui avaient suivi. Elle savait qu'il les devinerait, ayant perçu en lui un homme fin au sens de déduction très aiguisé. Elle avait donc un minimum d'égards pour lui, ne se souciant pas si le non-dit serait perçu comme du tact ou pas. Elle était focalisée sur la suite. La fraction de seconde enfermant cette réflexion passé, elle rouvrit les yeux encore une fois et croisa brièvement le regard du brun, avant qu'il ne baisse la tête et vit qu'il était perplexe, dans l'expectative. Elle n'attendit pas longtemps avant qu'il ne reprenne la parole, l'envoyant cette fois-ci dans un jeu de construction mentale sur lequel elle dut se concentrer pour bien le suivre.

«Très bien. Est-ce que vous pouvez le vieillir à présent?» «Vous pouvez faire ça? Vous voyez? Les traits du visage qui s'affaissent, la silhouette qui se tasse, un peu. Les rides au coin des yeux, du front. Vous les voyez? Faites-le au ralenti.»

Elle imagina alors son père avec 1 an puis 5 ans, 10 ans, 20 ans de plus qu'au moment de sa disparition. Comme il ressemblait beaucoup à son propre père elle n'eut pas trop de mal, superposant les deux visages. Elle commença à l'imaginer ailleurs, à suivre les suggestions d'Elyan, avec d'autres collègues, dans d'autres bars, pariant sur d'autres matches, rentrant dans d'autres appartements au gré des boulots qu'il trouvait, le voyant plus journalier ou saisonnier que fixe et sédentaire. En fait elle refusait de le voir s'installer dans une routine classique où il aurait pu construire un autre foyer avec une autre femme. Cette idée lui était insupportable et elle la repoussa donc, construisant plutôt une vie nomade à ce père évanescent. Elle savait que la vie entre ses deux parents s'était muée en une cohabitation plus ou moins houleuse en fonction des beuveries de son père qui asséchait les finances de la famille, des disputes fréquentes et parfois violentes, des moments d'accalmie où tout le monde retenait son souffle en savourant ce laps de bonheur, sachant pertinemment qu'il ne durerait pas. Néanmoins, elle savait qu'il y avait eu de l'amour entre ces deux-là et qu'ils étaient encore ensemble pour plus qu'elle et son frère. Elle connaissait les gestes de tendresse de son père envers son épouse, les petites attentions qu'il avait encore pour elle malgré tous ses travers, malgré l'alcool, malgré les absences. Elle commença donc à tiquer lorsqu'Elyan évoqua « une paire de bras.» Pour Erika cela voulut dire une autre femme et donc en raison de toutes ces petites choses, et puis parce que cela faisait voler en éclat tellement de choses, elle repoussa cette suggestion mentale.
Elle dit, dans un souffle, imperceptiblement, « NON », le laissant tout de même poursuivre, avec ce débit bizarre, presque pâteux. Stupéfaite elle entendit : «Et ça s'arrête.» puis «Je l'ai perdu.» et enfin «Il- il est mort. Désolé.»

Elle resta quelques secondes à le fixer, là en face d'elle, réalisant à peine ce qu'il avait dit, cherchant une autre signification à ses mots. Pendant ce temps, elle vit un cimetière et ses pierres tombales. Elle imagina le monde sans son père, sans cet homme qui, bien qu'à la présence discontinue, avait été le centre solide et concret de son univers pendant douze ans, et sut. Elle sut de façon intime mais sûre et inexorable que son père était encore en vie. Peut-être était-ce une chimère, une vue de son esprit qui refusait de voir la réalité que le medium lui présentait en face, mais toujours est-il qu'elle fut sûre, en son for intérieur, que le grand manitou qui lui faisait face, élégamment posé dans son salon-cabinet, mentait. Elle aurait juré qu'il ne savait pas plus qu'elle si son père était encore en vie, qu'il ne savait absolument pas à quoi il ressemblait et qu'il avait sans doute pensé au prochain film qu'il irait voir ou au menu de son prochain repas pendant qu'il lui tenait si délicatement la main. Elle sentit donc la colère revenir et le mépris pour cette profession qu'il exerçait et qu'elle exécrait. Cependant, son éducation reprit le dessus et parce qu'elle avait de la considération pour Tom et tout de même un doute sur ses capacités (il avait tout de même ravivé un souvenir qui était profondément enfoui dans la banalité quotidienne de son enfance, avec tous ces détails et lui avait fait entrevoir à quoi pouvait bien ressembler son père plus âgé, beaucoup plus âgé) elle reprit la parole, en contenant ses émotions, même si elle savait qu'elles transparaîtraient dans sa voix et qu'il les décrypteraient sans mal.

« Comment ?...Comment pouvez-vous être sûr qu'il est mort ? Et si c'est le cas, dîtes-moi où il est, que je puisse aller sur sa tombe. » Il lui tenait encore la main et elle la lui retira, brusquement, comme si celle du medium la brûlait ou était brutalement devenue visqueuse ou radio-active.  Elle s'assit au bord du canapé, raide et droite comme un I et le pointa de son index : « Jurez-moi Elyan, que vous me dîtes la vérité. Jurez-moi que mon père est mort et dîtes moi où il est. » Elle lui rattrapa alors la main qu'elle venait de lâcher. Elle savait qu'elle était grandiloquente, parfaitement ridicule, mais elle ne pouvait pas croire ce qu'il venait de dire. Aussi, pour la convaincre, il allait devoir faire plus ou avouer sa supercherie.
Revenir en haut Aller en bas

overjoyed - we survived

avatar

◆ Manuscrits : 867
◆ Arrivé(e) le : 10/09/2015
◆ Âge : 36
◆ Assoc. des Victimes : Ancien bénévole et membre
◆ Métier : Ouvrier de chantier
◆ Points : 940
◆ DC : Aiden, Willow, James, Charlie, Nathan
◆ Avatar : Jake Gyllenhaal


Sujet: Re: Without much hope...Ft ElyanJeu 3 Mar - 20:18

De nombreux tests, questionnaires, quiz et autres récits faisaient grand cas des animaux spirituels. Cette créature dont la nature profonde correspondrait à la vôtre et dont vous pourriez vous rapprocher. Ou quelque chose comme ça. Sans doute ne figurait-il pas parmi les résultats de ces questionnaires ou dans les listes et autres bestiaires des animaux totems, mais celui d'Elyan aurait sans aucun doute été le chat. Pas pour le grand chasseur agile et vif qui part explorer l'inconnu. Non, non. Voyez plutôt le chat d'intérieur. Vous savez, cette créature nonchalante, très portée sur la relaxation et toute autre forme de repos et d'inactivité ; à l'esprit vif, certes, mais peu enclin à l'utiliser. Fondamentalement indépendant et avec un ego somme toute assez disproportionné. Jusque là, carton plein. Et il était à présent possible de leur rajouter un autre point commun. Non, Elyan n'avait pas neuf vies, et heureusement, neuf vies à s'ennuyer, non merci, mais il avait cette faculté qu'ont les félins (paraît-il) de toujours retomber sur leurs pattes, et ce, même après des mauvaises décisions. Il n'avait pas de problème à admettre qu'il venait de tomber de son perchoir (même s'il refusait de penser aux raisons qui l'avaient déséquilibré), maintenant, tout ce qu'il lui restait à faire, c'était ce demi-tour en l'air et cet atterrissage maîtrisé qui faisaient croire à tout le monde que oui, ça avait été le but tout du long.

Cependant, il était absolument hors de question qu'il s'arrête trente secondes pour repenser à comment il en était arrivé là, et comment il aurait pu voir l'erreur arriver depuis le départ. Trente secondes, ç'aurait même été trop long, puisque cela pouvait se résumer en deux mots. Trop personnel. Sa force, c'était de se distancer, de tenir les autres à bout de bras. Personne n'avait besoin de savoir qu'il existait, tout était centré sur eux. Et là, dès le départ, tout tournait beaucoup trop près de lui. Elle était là parce que son frère lui racontait sa vie depuis des années. Du coup, qui pouvait vraiment lui en vouloir d'avoir inconsciemment voulu la renvoyer d'où elle venait plus vite que de raison? Bien sûr, il n'y avait pas que ça. Erika avait, d'une manière ou d'une autre, ravivé des souvenirs qu'il avait enterrés depuis des années. Probablement quand elle avait déterré les siens. La figure paternelle, disparue depuis des années. Certes, le sien n'avait pas disparu, mais c'était la même chose. Du jour au lendemain, une, deux chaises vides. Et puis, il avait beau dire, il n'avait jamais vraiment cessé d'attendre. Mais c'était inadmissible, ça lui laissait un goût amer au fond de la gorge. Il pouvait prétendre autant qu'il le voulait, il pouvait même arriver à se convaincre, mais lui aussi, il ressentait. Sensations étouffées, amoindries par son indifférence et ses multiples couches de déni et de léthargie, mais il arrivait qu'elles atteignent la surface. Alors, l'un entraînant l'autre, cela avait conduit à cette petite glissade stupide d'où nous étions partis.

Et où nous reprenons, après une légère digression. Elyan réalisa son erreur dès que le silence quitta ses lèvres pour venir s'écraser sur leurs épaules. L'expression de sa cliente confirma sa propre intuition qu'il manquait quelque chose. A dire vrai, même lui avait été surpris de sa propre vitesse, il avait plutôt tendance à prendre son temps, d'autant plus qu'il savait qu'en plus, il avait besoin de la convaincre. Mais il n'était pas du genre à dire vrai. Après tout, il avait choisi de faire des mensonges son métier, alors il se convainquait que ça n'était pas ça. Que ce n'étaient pas les rires dans sa propre maison il y a bien, bien longtemps qui lui avaient fait tourner court. Il n'avait plus qu'à appliquer le protocole d'urgence pour ces cas pas-si-rares où il mettait le pied dans des sables mouvants. C'était un petit exercice très simple en apparence mais un peu moins dans la réalisation. Il l'avait nommé la 'fixité souple' parce qu'il n'était pas très imaginatif quand il s'agissait de donner des noms, et qu'au moins, il savait précisément ce qu'il lui restait à faire. Comme l'existence de cet exercice était secrète, il pouvait bien avouer qu'il avait même créé un petit générique qui allait avec. L'enjeu consistait à s'immobiliser parfaitement, sans se figer, avant même que l'erreur ne se voit sur le visage. C'était plus que de l'indifférence, parce qu'il fallait volontairement empêcher son corps d'avoir une réaction naturelle, les sourcils qui se froncent, les doigts qui s'agitent, le buste qui se recule. Mais à force, il était devenu plutôt compétent, et fixa son regard sur Erika, observant sa réaction comme si elle était naturelle, comme si c'était exactement ce qu'il avait voulu.

Il laissa filer sa main, la regarda se raidir au bord de sa chaise. L'important, c'était de ne pas donner l'impression de s'inquiéter, ne pas se raidir en réponse. Rester relâché, rester nonchalant, toujours cette goutte de compassion au coin de l’œil. «C'est vous qui me l'avez dit,» expliqua-t-il simplement, comme si cela répondait à toutes les questions du monde et que c'était absolument évident. «Voilà comment j'en suis sûr.» C'était elle, cette fois, qui avait attrapé sa main, le mettant au défi de la convaincre à nouveau que ce qu'il disait avait ne serait-ce qu'un parfum de vérité. «Très bien,» concéda le médium. Il la regarda quelques instants de plus, puis ferma les yeux à nouveau. «Très bien. Cette fois-ci, c'est vous qui allez me suivre.» Il inspira profondément, remonta la ligne de vie de cet homme qui commençait sérieusement à l'ennuyer, et expira. «On y est. C'est un petit appartement perdu au milieu d'une grande ville. Il y a du bruit dans les rues, la circulation, les habitants. Un appartement où personne n'a vraiment vécu, peu d'effets personnels, pas de photos accrochées aux murs. Même l'éclairage est impersonnel. L'air est lourd, il fait chaud, dehors. Les volets fermés, les effluves d'alcool, du bon marché.» Les phrases s'étaient étalées, comme s'il découvrait les lieux à mesure qu'il parlait, qu'il arpentait l'appartement en question. Il ouvrit une porte, traversa un couloir, et suivit un chemin totalement aléatoire. Il s'agita légèrement sur sa chaise, comme si ça lui était douloureux. D'ailleurs, de sa main libre, il se massa quelques instants la tempe. «Il a.. fait une crise cardiaque. Peu de monde à la cérémonie. Surtout des absents. C... C'est une pierre toute simple, blanche, perdue au milieu de toutes les autres similaires. Penchées, cassées, vieilles, plus récentes.» Une, deux respirations, le froissement des traits. Une, deux autres. Une troisième. Rapides, laborieuses. «Washington? Non, non, ce n- Baltimore, dans le Maryland?» Il hocha la tête comme s'il parlait à quelqu'un, puis rouvrit les yeux et lâcha la main d'Erika, appuyant ses paumes contre son crâne. Honnêtement, il avait presque mal. «Pour le reste, vous pouvez toujours lui demander.»
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t786-wrapped-in-guilt

Invité


 Invité


Sujet: Re: Without much hope...Ft ElyanMar 8 Mar - 22:56

Erika se calma, agrippée à la main d'Elyan comme à une bouée de sauvetage. Elle avait brusquement besoin de lui, besoin qu'il la rassure, qu'il ne lui fasse pas mal. Finie l'envie de lui tordre le cou pour ces mots intolérables, l'envie de lui renvoyer ses esprits et son cinéma HD à la figure et de le tourner en ridicule en considérant son théâtre comme un mauvais pastiche, du réchauffé pas crédible. Finie l'envie de lui cracher en plein visage qu'elle ne croyait pas une seule seconde aux esprits, qu'elle n'y avait jamais cru et que ce n'était demain la veille qu'elle allait s'y mettre. Pour cette fois, ou maintenant pour toujours peut-être, elle avait besoin d'y croire, de croire en ce médium qu'elle considérait plus tôt comme un magicien de pacotille, un clown. Elle lui trouvait maintenant des accents de vérité, un talent certain et absorbait la chaleur qu'il dégageait comme la preuve irréfutable de son don. Elle avait bien conscience d'opérer un virage à 180°, un looping parfait dans ses convictions, de tourner le dos à une partie d'elle même, elle qui était si rationnelle et relativement calme d'habitude, sauf si on abordait le sujet de son fils. Elle venait d'accepter le monde de l'au-delà en demandant, en sommant d'un ton désespéré Elyan de lui préciser l'endroit exact où se situait la tombe de son père. Elle pensa fugacement qu'il allait lui donner aussi un itinéraire GPS, se maudissant d'être aussi mièvre et impressionnable. Mais elle avait besoin d'y croire et sa main ne lâcha pas celle du medium, au contraire. Elle sentit en revanche celle d'Elyan se détendre et se relâcher dans la sienne. Elle le sentit comme suspendu, déconnecté, privé de réflexe, ailleurs.
Que se passait-il? Allait-il prendre ombrage de son attitude, de son injonction et s'arrêter, ouvrir les yeux et la chasser, lui demander, fort poliment sans doute, de bien avoir l'amabilité de quitter son prestigieux cabinet parce qu'il ne tolérait pas qu'on s'adresse ainsi à lui? Allait-il se mettre en colère et lui répondre sur le même ton, rouge et offusqué? Elle attendit, attendit. Rien ne se passait, elle était dans l'expectative la plus complète et les muscles de son dos se tendirent et se raidirent, la préparant à toute éventualité. Elle n'avait pas enregistré les mots qu'il avait dits. Pourtant elle l'avait bien vu la regarder droit dans les yeux, ses lèvres bouger. Qu'avait-il prononcé? Elle fit un effort de concentration, ramenant les syllabes à sa mémoire.

«C'est vous qui me l'avez dit,». «Voilà comment j'en suis sûr.»

Elle cligna des yeux, fronça les sourcils. Elle n'avait jamais rien dit de tel, elle le savait. Avant qu'elle ait pu penser à lui répondre, il enchaîna, d'un ton calme, sûr et posé, comme un professeur parle calmement à une enfant dissipée qui n'a pas bien écouté et à qui il faut répéter les choses. Il la regarda encore, les yeux indulgents, presque compréhensifs et désolés d'avoir à énoncer les choses, de les préciser. Elle eut envie de l'arrêter, de l'interrompre, mais il ferma les yeux. Erika se retrouva encore une fois suspendue à ses lèvres et stupéfaite du retournement de situation. Le tout avait pris quinze, vingt secondes, mais il était de nouveau maître de la situation. Quoiqu'il en sorte, elle ne pouvait qu'admirer une telle virtuosité. Son frère avait raison d'en faire l'éloge. Elle se laissa donc embarquer, se relâchant elle aussi, inspirant profondément comme en écho, focalisée sur les traits du medium qui semblait faire l'effort demandé.

«Très bien. Cette fois-ci, c'est vous qui allez me suivre.»

Elle porta la main à son cœur, touchée et émue, visualisant très bien ce qu'il décrivait. Un,appartement sordide, le manque d'argent, le manque de chaleur dans l'absence de décoration, dans l'absence d’éléments personnels, et la présence de l'alcool, toujours compagnon fidèle de la vie de son père. Le débit du brun ralentit, sa voix se fit plus caverneuse, plus basse. Il continua son chemin, la libraire toujours accrochée à sa main, comme à un fil d'Ariane ténu qu'elle ne voulait pas voir se rompre. Elle s'approcha de lui, au bord de son canapé quand elle le vit se passer son autre main sur le front, comme s'il avait mal, comme s'il ressentait le mal-être de son père, sa solitude et sa déchéance. Il confirma ensuite l'inéluctable dénouement, laissant Erika hébétée.

«Il a.. fait une crise cardiaque. Peu de monde à la cérémonie. Surtout des absents. C... C'est une pierre toute simple, blanche, perdue au milieu de toutes les autres similaires. Penchées, cassées, vieilles, plus récentes.» puis après une hésitation «Washington? Non, non, ce n- Baltimore, dans le Maryland?»

Il lui lâcha alors la main, rompant le contact, se pressant les mains sur la tête, comme s'il souffrait. Normalement, un élan de compassion aurait dû la pousser à l'allonger par terre ou sur le canapé et à aller chercher une compresse fraîche pour soulager sa douleur, mais elle resta pétrifiée, comme transformée en statue, tant par la confirmation sans appel de la mort de son père et la localisation de sa tombe, que par ce qu'Elyan lui dit en suite, sur un ton détaché, presque banal, comme s'il faisait ça tous les jours.  

«Pour le reste, vous pouvez toujours lui demander.»

Oui il faisait ça tous les jours, du moins elle le croyait maintenant. Elle se renversa dans son canapé, l'observant se frotter le crâne sans vraiment le voir. Elle ne savait que dire, comment réagir. Il lui proposait de discuter avec son père, elle avait bien compris? Elle balbutia alors, après quelques instants, encore sonnée:

« Vous voulez dire que..., enfin je ne comprends pas, expliquez-moi. Il est là? Mon père est là? Et je peux lui parler?» Elle s'était redressée pendant ce temps, sa voix montant dans les aigus sous la surprise, le choc. Elle ne parvenait pas à y croire, sans remettre en cause les compétences d'Elyan. Elle porta la main à sa bouche, ne parvenant plus à faire quoi que ça d'autre, fixant le spirite avec intensité.
Revenir en haut Aller en bas

overjoyed - we survived

avatar

◆ Manuscrits : 867
◆ Arrivé(e) le : 10/09/2015
◆ Âge : 36
◆ Assoc. des Victimes : Ancien bénévole et membre
◆ Métier : Ouvrier de chantier
◆ Points : 940
◆ DC : Aiden, Willow, James, Charlie, Nathan
◆ Avatar : Jake Gyllenhaal


Sujet: Re: Without much hope...Ft ElyanSam 30 Avr - 22:57

Finalement, c'était presque mieux comme ça. Il aurait eu du mal à l'avouer, à se l'avouer, mais les complications et autres glissements de terrain rendaient le moment plus agréable. Plus intéressant, excitant, risqué, quel que soit le terme. Ce n'était pas qu'un rabâchage pré-enregistré des mêmes platitudes qu'il servait à toutes les sauces et à tous les repas, jusqu'à l'indigestion. A en vomir d'ennui, de mots prémâchés, indigestes, imbéciles. Et qu'il accordait le pardon, la parole, le bénéfice du doute, qu'il inventait des réponses aux questions qu'on lui présentait, réparant non pas des familles mais des personnes, à sa façon, recollant les fissures avec du scotch bon marché, ignorant ses propres fêlures qui grandissaient à chaque instant. Mais là, face à Erika, il y avait un défi à relever, de quoi oxygéner son esprit, le faire fonctionner à nouveau. La routine était un poison redoutable pour le cerveau, l'anesthésiant, l'installant bien au chaud dans sa zone de confort, sa zone délimitée de savoirs, un large trou en terre, quatre planches de bois, et la tranquillité du silence éternel. C'était l'impression que cela lui donnait, en tout cas.

Le cimetière était réel. Ses grands-parents maternels avaient été enterrés là-bas, là où ils avaient vécu et si sa mère ne l'avait pas forcé à y aller, il avait depuis cherché le lieu en question, par curiosité morbide ou par ennui, et avait trouvé que ça ne valait pas le coup de faire le déplacement, que les quelques images disponibles sur internet étaient suffisantes et il avait, évidemment, mémorisé l'apparence des lieux. Il n'aurait jamais pensé que cela lui serait utile un jour. Souvent, on venait le consulter en sachant déjà où la personne était enterrée. Mais il avait tenté le tout pour le tout, et cela semblait avoir fonctionné, à en juger par l'appréhension et l'attitude de sa cliente. Sa colère avait cédé la place à l'étonnement. Savoir s'il et quand il arriverait à la convaincre était pour lui beaucoup plus intéressant que de lui raconter les déboires d'un père mort ou non. C'était ça, son défi. Et s'il jouait correctement sa prochaine carte, il allait peut-être enfin l'emporter.

Sa notion de paradis, de l'au-delà, était modulable en fonction de ses interlocuteurs. Certaines personnes avaient besoin d'un paradis idyllique où leurs êtres aimés pouvaient s'épanouir pour l'éternité, certains avaient besoin de fantômes, de manifestations physiques, certains voulaient croire à une nouvelle vie après la mort. Quelques-uns, plus rares parmi ceux qui choisissaient de le consulter, étaient naturellement sceptiques, et bien trop réalistes pour êtres convaincus par les anges et autres royaumes par-delà les nuages. Elyan plaçait Erika dans cette catégorie et, s'il avait dû croire à ce qu'il racontait, il s'y serait placé aussi. De toutes les explications possibles auxquelles il avait pu penser, c'était celle qui lui semblait le plus plausible. Aussi, c'était avec facilité et animation qu'il allait s'évertuer à lui expliquer, comme elle l'avait demandé.

«Non, non, il n'est pas . Il est mort, ce n'est pas un film. Il n'est pas devenu une entité  bienveillante placée derrière vous, sur votre épaule. Il n'est pas devenu un fantôme. Pas au sens où les gens l'entendent généralement. Il n'a pas d'apparence physique. Je ne peux pas le voir plus que vous. Il ne peut pas faire claquer les portes, tomber la vaisselle ou déplacer les objets. C'est l'esprit qui survit au corps, et qui se retrouve perdu. Sans réceptacle, si vous voulez. C'est un esprit dont je peux entendre l'écho. Tout comme j'ai pu le suivre grâce à l'écho en vous. Je ne sais pas avec certitude comment ça fonctionne, ça n'est pas une science exacte. Certaines personnes affirment qu'elles entendent leurs proches décédés leur parler, est-ce que c'est parce qu'ils sont sensibles à ces choses-là, que les esprits se concentrent sur eux ou simplement qu'ils croient les entendre? Je ne sais pas. Tout ce que je sais, c'est que je les perçois, qu'ils nous entendent, nous comprennent, et qu'avec le temps, ils finissent par s'étioler et disparaître. Et que je peux faire sens de ce qu'ils envoient dans ma direction. Pas vraiment des mots, plus des ressentis. Est-ce qu'ils perçoivent d'autres choses, je ne sais pas, est-ce qu'ils possèdent autant d'émotions qu'avant, je dirais que oui mais qu'elles sont moins nettes, moins définies, est-ce qu'ils sont vraiment conscients de leur sort, je ne sais pas. Ca n'est pas tellement la vie après la mort que la mort après la mort, ça je le sais.» Il fit une pause quelques instants, son regard insondable planté sur Erika. «Tout le monde n'est pas capable d'entendre ce que je viens de vous dire, mais vous méritiez la vérité.» Il jaugea sa réaction, et poursuivit. «Ce n'est pas avec un homme que nous allons, que vous allez communiquer, mais c'est toujours l'esprit de l'homme qui vous a tourné le dos il y a 23 ans.» Il n'avait probablement pas besoin de développer sa pensée, c'était une simple mise en garde. «Si vous voulez vraiment lui parler, faites des phrases simples, et je tâcherais de transmettre. A vous de décider quel souvenir vous voulez garder.» Il se passa une main sur le visage, but quelques gorgées de son café refroidi, grimaça et se dépêcha de reposer la boisson. Courir tout cracher dans l'évier aurait sûrement fait mauvaise impression. Le café froid, c'était le véritable enfer sur Terre.

«Prenez quelques secondes pour réfléchir, et si vous êtes sûre, je chercherais le contact.»
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t786-wrapped-in-guilt

Invité


 Invité


Sujet: Re: Without much hope...Ft ElyanDim 22 Mai - 22:50

Ça faisait longtemps qu'Erika n'avait pas été aussi stupéfaite, aussi chamboulée et aussi émue. Elle était adulte et s'estimait relativement équilibrée et posée, maîtresse de sa vie et de ses émotions. Elle n'était donc pas préparée à ce qu'Elyan Miles était en train de lui faire vivre, ayant toujours soigneusement laissé la porte de l'au-delà, du monde des esprits et des choses étranges qui se passaient de l'autre côté, bien fermée, ne laissant rien de trop irrationnel dans sa vie. Elle considérait que les coïncidences et le hasard faisaient partie de la vie mais que si on cherchait bien, on pouvait toujours très bien trouver une explication logique à toutes les choses qui survenaient. Du moins, c'est ce qu'elle se disait jusqu'à l'autre nuit à trois heures du matin.
C'est à ce moment précis qu'elle avait admis qu'il pouvait y avoir autre chose et qu'elle s'était résolue à venir voir le medium. Parce qu'elle avait besoin de réponses. Parce que l'enquête rationnelle de la police et celle sonnante et trébuchante du détective privé n'avaient strictement rien révélé. Son père avait disparu après une journée de travail, comme avalé par les entrailles de la Terre, sans aucun indice, aucun signe, rien à se raccrocher. Alors, parce qu'elle avait besoin de savoir, parce qu'elle avait besoin de tourner la page et de clore définitivement cette partie de sa vie, parce qu'elle avait besoin de faire le deuil de son père, elle était venue ici. Et voilà qu'au milieu de ses doutes, de son incrédulité et de ses soupçons, surgissait son père, avec lequel le medium pouvait la mettre en contact.
Son discours narquois qui la mettait en garde contre toute attente de sensationnalisme; démontant les clichés véhiculés par Hollywood et la littérature de gare, contre les charlatans qui teintaient de guimauve les allées verdoyantes et sympathiques du monde des morts ou qui le montraient comme le pire des cauchemars, autre machine à sous bien huilée de l'industrie du cinéma; achevèrent de la convaincre. Il lui expliqua ce qu'était pour lui ce monde, comment il percevait les choses, ou plutôt les sensations. Mettre des mots sur ce monde qu'elle ne comprenait pas, qu'elle n'appréhendait pas lui permit de définitivement lui faire confiance. Elle était venue sans trop d'espoir et voilà qu'il lui fournissait pourtant. Elle fut aussi flattée de cette explication qu'il ne fournissait pas à tout le monde.

«Tout le monde n'est pas capable d'entendre ce que je viens de vous dire, mais vous méritiez la vérité.»

Ainsi il était presque sans fard pour elle, et au-delà de tout compliment donné à bon compte, elle le crut sincère. Sans doute parce qu'elle avait clairement affiché ses doutes et qu'il avait dû la convaincre, sans doute parce qu'elle connaissait très bien son frère et par ricochet, un peu lui même. Ses paroles, son débit, les mouvements de ses mains, tout portait Erika à le croire bien plus à ce moment là qu'il y a quelques minutes quand il lui avait annoncé tout simplement que son père était mort. Peu de clients avaient dû le sommer comme elle l'avait fait de lui prouver ses dires et il avait bien vu sa surprise, son désarroi face au choc de la nouvelle. Ce qu'il lui expliquait restait complètement abstrait pour elle, mais elle allait essayer. Elle écouta attentivement les derniers conseils d'Elyan.

«Ce n'est pas avec un homme que nous allons, que vous allez communiquer, mais c'est toujours l'esprit de l'homme qui vous a tourné le dos il y a 23 ans.» «Si vous voulez vraiment lui parler, faites des phrases simples, et je tâcherais de transmettre. A vous de décider quel souvenir vous voulez garder.»

Elle allait se lancer mais le spirite, certainement habitué à cet exercice ajouta simplement:

«Prenez quelques secondes pour réfléchir, et si vous êtes sûre, je chercherais le contact.»

Elle hocha la tête et regarda quelques secondes par la fenêtre. La journée était belle et le soleil donnait sa clarté à la pièce, sans pour autant dissiper les confortables ombres crées par les boiseries et les meubles. Elle finit par regarder de nouveau le brun qui, en face d'elle, attendait, détendu, qu'elle lui pose, ou non ses questions. Bien sûr, elle mourrait d'envie de tout savoir sur ce qu'avait fait son père depuis qu'il était parti, depuis qu'il avait décidé de changer de vie. Mais elle savait que c'était impossible. C'était déjà une chance d'avoir pu en apprendre plus, de savoir où il était. Peut-être qu'elle ferait le voyage d'ailleurs, pour concrétiser et matérialiser le fait que son père soit réellement mort. Poser un bouquet de fleurs sur sa tombe, se recueillir un instant, savoir qu'il était là.
Alors elle demanda tout simplement, par l'entremise d'Elyan:

«Papa, c'est Erika. Pourquoi es-tu parti? Est-ce que tu as été heureux?»

Deux questions toutes simples. Si le medium parvenait à les transmettre et peut-être à obtenir une réponse, alors elle pourrait le laisser reposer en paix et accepter enfin l'inéluctable. Elle se retrouva donc encore suspendue aux talents et aux dons du medium, en qui elle croyait de plus en plus contre toute attente. Elle avait décidé d'y croire, d'accorder crédit à tout, en bloc. Cela faisait-il d'elle une naïve, une personne facilement manipulable? Elle ne le pensait pas. Pour le moment en tous cas, elle y croyait de toutes ses forces, chassant son esprit rationnel et moqueur au diable.

Aussi parce qu'elle savait qu'il pouvait très bien ne pas y avoir de réponse, elle décida de remercier Elyan pour tout ce qu'il avait déjà fait. Elle se pencha vers lui, le regardant dans les yeux.

"Merci Elyan pour ce que vous faites. Votre frère a raison d'être fier de vous. Quel que soit le résultat, je vous remercie du fond du cœur de ce que vous m'avez appris."
Revenir en haut Aller en bas

overjoyed - we survived

avatar

◆ Manuscrits : 867
◆ Arrivé(e) le : 10/09/2015
◆ Âge : 36
◆ Assoc. des Victimes : Ancien bénévole et membre
◆ Métier : Ouvrier de chantier
◆ Points : 940
◆ DC : Aiden, Willow, James, Charlie, Nathan
◆ Avatar : Jake Gyllenhaal


Sujet: Re: Without much hope...Ft ElyanJeu 26 Mai - 0:36

Il avait réussi. Il avait brisé les murs qu'Erika avait installés dans son esprit. A grands coups de pseudo-réalisme, il avait abattu sa vision de la réalité, réduisant en poussière son scepticisme et son monde. Il lui avait ouvert les yeux sur ce qu'il y avait après, au-delà des douves et des murailles que la raison s'était acharnée à maintenir debout. Mais il n'avait pas cédé, ébranlant les pierres jusqu'à ce qu'elles cèdent, jusqu'à ce que la femme assise face à lui regarde à son tour dans l'obscurité enivrante des âmes que la mort n'aurait pas délivrées, comme si la vie elle-même n'était pas une punition assez grande. Voilà qu'à présent, elle marcherait dans des rues peuplées d'échos, et verrait dans l'occulte une porte vers des réponses qu'aucun autre n'avait su trouver. Ca lui importait peu, à lui, s'il avait ouvert son esprit aux mensonges, si elle allait rebâtir ses croyances sur de la poudre aux yeux. Elle avait marché sur son domaine avec ses doutes et son incrédulité, dommage pour elle. A partir de ce moment, son seul but avait été de la convaincre. Il ne pouvait pas risquer qu'elle ressorte de chez lui, clamant à son frère qu'il n'était qu'un menteur et un manipulateur. Alors il lui avait fait croire à un mirage, et le moins que l'on pouvait dire, c'était qu'il était fier de lui.

Elyan avait attendu qu'elle se décide sans grand espoir. Elle n'allait pas avoir fait tout ce chemin simplement pour refuser une opportunité de communication. Elle semblait suffisamment déterminée, et avoir suffisamment confiance en lui pour foncer, et tout ce qu'il pouvait faire, c'était patienter jusqu'à ce qu'elle s'évertue à former des phrases simples pour mettre des mots sur des questions qu'elle traînait derrière elle depuis plus de vingt ans. Qu'elle défasse toutes les complications et renonce aux mille et une autres questions pour se limiter au nécessaire. Sans aucun doute, pendant qu'il la fixait calmement, elle devait faire du tri, classant, rangeant, tissant son chemin au milieu du sentiment d'abandon, d'injustice, pour se concentrer sur ce qu'elle voulait véritablement savoir. Il avait fait le même travail, et sa question avait les mêmes allures que celle d'Erika, même si sa formulation était bien plus égoïste: pourquoi tu m'as laissé? Il hocha la tête et se prépara à répondre mais, avant qu'il n'ait pu faire quoi que ce soit, la brune reprenait la parole.

Dire que ses remerciements l'avaient laissé de marbre, ç'aurait été mentir. De là à dire qu'il se sentit coupable et prêt à tout abandonner et à lui dire la vérité, certainement pas. Mais, malgré tout, un nœud se forma un instant dans sa gorge, juste le temps qu'il lui fabrique un sourire chaleureux, l’œil  vibrant d'une émotion et d'une joie que ses mots ne lui avaient pas apportée. Une fois le sourire confortablement installé sur son visage, le nœud avait disparu, entraînant la décence, l'honnêteté et tout autre sens moral à sa suite. Il ne pouvait pas se laisser atteindre par de tels remerciements, se laisser penser que tout ce qu'il lui avait appris était un mensonge, et que l'air qu'elle respirait était tout aussi faux et vide que lui, et qu'elle traînerait ce mensonge partout avec elle jusqu'à la mort si rien ne venait réparer ses convictions. Il préférait penser que, pour réussir un tour pareil, son frère avait effectivement sacrément raison d'être fier de lui. Qu'est-ce que ça changeait s'il n'était qu'un imposteur? «Ca me touche beaucoup. Je suis ravi d'avoir pu vous aider dans votre quête, et j'espère pouvoir apporter un début de réponse à ces deux questions.» Là, c'était facile, vous voyez?

«Commençons par la question la plus simple. Est-ce que vous avez été heureux?» Elyan ferma les yeux une nouvelle fois, la réponse au bout des lèvres. «Je n'entends pas de bonheur. Ce sont plutôt... des moments éphémères de joie, entrecoupés de lassitude. Je ne...» Sourcils froncés, moment de réflexion, yeux ouverts sur Erika. «Si mon expérience est un tant soit peu utile, je dirais que ce qu'il essaye de dire, c'est qu'il a été heureux par moments, mais qu'il n'a jamais su trouver de bonheur durable.» Il respira profondément, et poursuivit. «Pourquoi êtes-vous parti?» Le noir, l'attente, l'écoute. Chien d'arrêt à l’affût d'une proie. «Votre père me dit que...» Il marqua un temps de pause, considéra Erika quelques instants, et secoua la tête. «Non. Je veux dire, je perçois un sentiment de confusion.» L'usurpateur avait lui-même l'air confus, ses traits froissés. «Je crois qu'il n'a pas comp...» Le médium fronça les sourcils, un frisson lui traversant le corps (il avait maîtrisé l'art du frisson sur commande depuis des années). «Alors, j'ai une avalanche de- hum, attendez.» La voix peinée, les traits froissés, les poings serrés. Comme si c'était épuisant, trop, trop, trop éprouvant, simplement «trop.» Le reste de sa chorégraphie n'était que trop bien huilé. «Trop. C'est ce qui ressort. Je pense... qu'en sortant du travail, en allant boire un verre ou sur le chemin du retour... il s'est dit que c'était trop, qu'il ne pouvait pas faire ça. Plus. Et il a fait demi-tour, et il n'a jamais vraiment arrêté de fuir.» C'était l'une des choses les plus sincères qu'il ait dites. Certes, il ne l'avait pas décodé dans les émotions d'un fantôme, mais c'était véritablement ce qu'il pensait. Et il ne pouvait pas exactement dire qu'il ne comprenait pas. «Bien sûr, comme je vous l'ai dit, c'est seulement mon interprétation. Dans tous les cas, je suis désolé, Erika.» La sincérité, c'était seulement à petites doses.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t786-wrapped-in-guilt

Invité


 Invité


Sujet: Re: Without much hope...Ft ElyanJeu 16 Juin - 0:32

Elle avait sauté le pas, accrochée au parachute que constituait Elyan, lui faisant de façon volontaire et obligatoire une confiance aveugle. Elle ne connaissait rien de ce monde, n'ayant jamais voulu en savoir quoi que ce soit, n'allant jamais regarder ces films d'horreur sur le paranormal, se gardant bien de rester éloignée de ces choses là, s'autorisant tout juste quelques superstitions. Ne pas mettre le pain à l'envers sur la table, ne pas passer sous une échelle, mettre sa main devant sa bouche quand elle baillait,... rien de très méchant. Elle avait pris une grande inspiration au moment de poser sa question et s'était rattrapée au dernier moment en remerciant le medium pour tout le travail accompli déjà. Elle ne le remerciait pas simplement par politesse, mais vraiment du fond du coeur pour lui avoir ouvert les yeux vers un autre monde par ces parcimonieuses explications. Elle trouvait normal qu'il ne veuille pas tout dévoiler non plus. Après tout, si elle voulait en savoir plus, elle n'avait qu'à se renseigner ou bien reprendre rendez-vous pour approfondir les choses. Erika était comme ça. Si vous arrivez à la persuader du bien-fondé de quelque chose, et que ce quelque chose est en plus un bienfait pour elle, alors elle vous suivra au bout du monde sur ce point. Et l'aîné des Miles avait réussi ce tour de force de lui faire croire en ce monde inconnu qu'elle repoussait de toutes ses forces jusqu'ici. Oh il avait fallu d'abord la force de persuasion tranquille et anodine en apparence du cadet, mais la réputation du medium et la curiosité de la libraire ajoutée à son besoin de savoir, avaient fait le reste et l'avaient menée, un peu contre son gré, contre sa rationalité, devant la porte d'Elyan. Celui-ci s'était chargé du reste, avec le talent qu'elle avait vu à l'oeuvre.

C'est donc les yeux fermés qu'elle se jeta dans ce monde, suspendue aux paroles du spirite, avide d'entendre son père s'exprimer à travers lui. Avide mais en même temps pétrifiée car elle n'aurait jamais imaginé que parler à un mort (puisqu'il lui avait affirmé que son père était mort, elle le croyait réellement) soit possible. Elle avait envie de l'entendre et en même temps terriblement besoin de s'en aller, de tourner les talons, de s'arracher au douillets canapé et fauteuils de ce salon, de n'avoir jamais sonné à cette porte et d'avoir gardé son chagrin intact, gonflé par l'incertitude. Si elle écoutait, elle saurait. Si elle écoutait, son secret espoir que son père était encore là quelque part serait anéanti et elle devrait aller sur cette tombe pour concrétiser ce décès et faire, enfin, son deuil. Si elle écoutait, elle ouvrait en grand la porte à ce nouveau monde fait d'inconnu et de craintes, de doutes et d'angoisses et son confort s'évanouirait parce qu'elle chercherait d'autres réponses, d'autres certitudes. Sa conscience et sa rationalité lui commandaient de se lever mais son coeur et sa curiosité  lui demandaient de rester, ce qu'elle fit, assaillie aussi par la peur qui lui coupait les jambes. La bouche sèche et les yeux agrandis, elle entendit Elyan prononcer les premiers mots et elle ne bougea plus.

Les quelques instants qui suivirent furent suspendus dans le temps et chaque mot se grava dans la mémoire d'Erika. Sans qu'elle s'en rende compte, les larmes se mirent à couler sur ses joues. Ainsi son père était bien là, quelque part dans l’éther et son esprit ou au moins quelque chose de lui avait subsisté, répondant aux questions qu'elle avait posées. Elle re-bascula dans le passé, et se retrouva toute petite fille dans les bras de son père, les mains accrochées à son cou. C'était un matin et encore en pyjama, ils se faisaient des promesses de ne jamais se quitter et d'être toujours là l'un pour l'autre. D'autres souvenirs affluèrent mais elle eut la force de repousser ce kaléidoscope, elle le regarderait plus tard. Elle perçut les hésitations, la frustration, la peine et la honte de son père dans les paroles d'Elyan et sur son visage, dans ses expressions et son attitude. Son père était toujours honteux quand après un week end de beuverie il revenait à la maison. Il était alors doux et prévenant avec toute la famille et chacun se reprenait à y croire, que c'était la dernière fois qu'il agissait de la sorte.

Elle comprit donc très bien quand Elyan lui annonça d'un air contrit et désolé:
«Bien sûr, comme je vous l'ai dit, c'est seulement mon interprétation. Dans tous les cas, je suis désolé, Erika.»

C'était la fin. Elle avait eu la réponse à ses deux questions. Elle ne pouvait pas faire comme si elle n'avait rien entendu et reprendre sa petite vie tranquille. Non, elle devrait tenir compte de tout ça, de l'irruption de ce monde dans le sien, de la mort de son père. Elle essuya ses larmes, un peu honteuse de les avoir laissé échapper, et attrapa son sac à main qu'elle serra contre elle comme un bouclier. Elle en sortit les honoraires dont ils avaient convenus, qu'elle posa sur la table sans plus de cérémonie, comme si elle s'en débarrassait. Elle laissa passer quelques instants, ne sachant pas trop quoi dire ni quoi faire.

Finalement, elle regarda Elyan et se leva. Elle lui serra la main très fort, sans rien pouvoir dire autre chose que «Merci, merci, merci», inlassablement. Il n'y avait plus rien à dire. Elle n'avait plus la force de poser d'autre question et avait besoin de sortir. Elle se sentait prisonnière dans cette pièce et avait besoin, physiquement besoin d'être dehors, à l'air libre.

«Merci pour tout Elyan. Je m'étais trompée sur votre compte. Vous ne le savez peut-être pas, mais vous êtes quelqu'un de bien.»

Elle se retourna et repassa la porte dans l'autre sens. Pourquoi lui avait-elle dit ça? Elle ne le savait pas, mais elle le pensait sincèrement. Elle retourna chez elle en faisant un long détour par la côte et acheta des billets pour Baltimore pour elle et son fils.
Revenir en haut Aller en bas

overjoyed - we survived

avatar

◆ Manuscrits : 867
◆ Arrivé(e) le : 10/09/2015
◆ Âge : 36
◆ Assoc. des Victimes : Ancien bénévole et membre
◆ Métier : Ouvrier de chantier
◆ Points : 940
◆ DC : Aiden, Willow, James, Charlie, Nathan
◆ Avatar : Jake Gyllenhaal


Sujet: Re: Without much hope...Ft ElyanVen 17 Juin - 10:47

La saveur de la victoire était de courte durée. Fugace sentiment de fierté, légère sensation d'accomplissement, et puis le vide et l'ennui reprenaient leurs droits. Le défi, remporté, oublié, et la vanité de l'existence venait à nouveau faucher le sursaut de vie qui avait menacé de le saisir, ou même simplement de l'effleurer, passant à côté de lui sans se retourner. Il se consumait, et il se consumait à toute vitesse. Encrassé d'indifférence et de futilité, il fonctionnait au ralenti, chaque mouvement un effort, psychique à défaut d'être physique, nécessitant qu'il se convainque que ça valait la peine, et que non, rester allongé là jusqu'à la fin des temps n'était pas une option acceptable, même s'il était confortablement installé.

Erika était encore là, devant lui, mais il l'avait déjà presque oubliée, l'avait remisée dans l'armoire de ses victoires, ou son souvenir prendrait la poussière aux côtés de tous les autres, tandis qu'autour, au-delà des portes d'ébène de leur prison mentale, le vide enflait, enflait, avalant menues joies et grandes douleurs, ravageant son esprit, ouragan déchaîné, bête affamée, ne laissant derrière que de la poussière et les souvenirs, tous les souvenirs, vidés de toute émotion. La mémoire mise à nu, réduite à l'état de simple banque de données où tout s'entreposait en silence, sans s'agiter, sans créer de commotion. Les faits et les visages alignés bien en rang, certains se tenant la main pour ne pas s'oublier entre eux, enfermés dans le noir. Erika tenterait peut-être de se débattre, laissant une petite marque que quelques heures d'inactivité totale effaceraient.

Maintenant que le travail était fait, il n'avait plus qu'à rebrancher le pilote automatique, laissant l'habitude reprendre là où la vie s'était arrêtée. Parfois, Elyan se demandait comment un tel néant, comment des abysses aussi noires, pouvaient ne pas transparaître au dehors, pouvaient ne pas tâcher son apparence extérieure, ses mimiques, ses sourires. A coup sûr, la mélasse noire qui paralysait tout à l'intérieur devait lui couler entre les dents, remplir le blanc de ses yeux, lui noircir le bout des doigts. Il avait suivi la progression des billets jusqu'à sa table, mais il ne fit pas de mouvement pour s'en saisir. Communiquer l'impression qu'il n'en avait pas besoin, que le simple fait de l'avoir aidée suffirait à remplir son estomac et à lui maintenir un toit au-dessus de la tête. Il s'était levé, imitant Erika, les tonnes de vide ne ralentissant pas son mouvement. Ne jamais se lever avant le client, c'était une règle d'une importance capitale. Sinon, c'était leur faire part de son empressement, son envie de les voir partir. En d'autres termes, c'était ruiner tous les efforts effectués avant. Il l'avait donc suivie, recevant les remerciements dans la courbe d'un autre sourire préfabriqué, serrant chaleureusement la main qui l'avait nourri.

Le reste, par contre, il ne l'avait pas vu venir. Heureusement, il ne s'étouffa pas avec ses mensonges, n'ouvrit pas de grands yeux interdits, et ne se figea pas complètement. Il avait beau être beaucoup de choses, Elyan n'était pas quelqu'un de bien. Peut-être qu'il l'avait été, ou qu'il aurait pu l'être, mais il doutait que profiter du malheur des autres pour s'enrichir fasse de lui un homme bien, même s'ils étaient nombreux à en faire de même à travers le monde. Et encore plus à Fairhope, où le malheur proliférait comme des rats dans un égout. Un instant, il eut l'impression que sa main allait pourrir et noircir, là, sous l'effet du contact d'Erika, sous l'effet de la moisissure qu'il cultivait à l'intérieur. Il se contenta de la remercier à son tour, probablement l'air un peu étonné, malgré tout.

Puis il la raccompagna à la porte, referma, patienta dix secondes, et soupira profondément. Ensuite, il ramassa les billets sur la table, les compta à nouveau (action déjà pré-effectuée alors qu'elle les déposait), les rangea précieusement dans son portefeuille, puis il traîna sa carcasse morte jusqu'en haut de l'escalier, où il s'écroula dans son lit. Sans aucun doute, Tom allait l'appeler d'ici quelques dizaines de minutes, désireux de savoir comment cela s'était passé et ce qu'il en avait retourné, ce qu'il avait découvert et comment son amie Erika allait. Il s'emploierait ensuite à le féliciter, à chanter ses louanges et l’idolâtrer encore un peu plus, achevant de le colorer de noir. Mais avec un peu de chance, ou de malchance, selon le point de vue, il serait déjà endormi et raterait cet appel. Quel dommage. Sa dernière pensée fut pour le père d'Erika qui, peut-être, vivait une vie merveilleuse à l'autre bout du monde, loin de Fairhope et de sa vase.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t786-wrapped-in-guilt



 Contenu sponsorisé


Sujet: Re: Without much hope...Ft Elyan

Revenir en haut Aller en bas
 

Without much hope...Ft Elyan

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Forgotten hope 2.2 normandie
» STAR OCEAN - THE LAST HOPE
» SWANN ✚ hope you forgive me.
» Drink team : Campagne Terminator Falling Hope
» [Trial Deck] TD14 - Seeker of Hope | TD15 - Brawlers of Friendship

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: in the den :: archives :: écrits inachevés-