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 you cut the silence like a knife

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bad blood - we live here

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◆ Manuscrits : 323
◆ Arrivé(e) le : 12/01/2016
◆ Âge : 42
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Sujet: you cut the silence like a knifeMar 12 Jan - 13:11

james arthur shelley

◆Come and take me off my daily dose of pain◆



◆ 18/12/1973 - 42 ans
◆ En ville depuis 5 ans
◆ Britannique par son père, français par sa mère
◆ Médecin
◆ Célibataire
◆ Homosexuel
◆ bad blood
◆ David Tennant gaah

entre les lignes

L'affaire : «Comment pouvez-vous expliquer que vous traitiez plusieurs personnes qui ont été tuées par le Poète?» James ne s'était jusqu'à présent pas beaucoup senti concerné par cette affaire. Il essayait simplement de faire profil bas, de ne pas attirer l'attention sur lui. Ca ne lui avait pas trop mal réussi, mais à présent, c'était fini. «C'est une petite ville.» Il n'avait rien fait, alors pas d'inquiétude, pas vrai? Ce n'était pas comme s'il avait des squelettes dans son placard, après tout. Question après question après question, ils avaient décidé de le garder à l’œil. Une ou deux (ou trois) victimes avaient poussé sa porte à plusieurs reprises, et il n'était pas stupide, d'ici à ce qu'on lui colle ces meurtres sur le dos, il n'y avait qu'un pas. Que les forces de l'ordre s'appliquaient à vouloir franchir. Qu'un fouineur allait se perdre dans les fantômes de son passé, et on avait un ancien drogué, habile avec un scalpel, plus ou moins suspecté d'homicide involontaire, débarqué deux petites années avant que l'horreur ne commence, avec un accès facile à des drogues pour assommer les victimes et des contacts prouvés avec quelques unes d'entre elles. Un regard à son orthographe peu soignée et à son manque de talent flagrant pour l'écriture aurait dû suffire à le discréditer, mais apparemment pas. Alors à chaque fois que quelqu'un arrêtait de respirer, il avait droit à l'habituel interrogatoire, aux mêmes regards suspicieux, et il n'avait qu'à prier pour avoir un bon alibi.

Caractère : Le James d'avant Fairhope n'est sans doute pas très différent de celui qui est arrivé en ville il y a cinq ans. Malgré tout, ces différences existent et, pour bien comprendre James Shelley, il est impératif de regarder des deux côtés du rideau. Auparavant, on le décrivait comme un fou du travail. Il passait ses journées entières à travailler, beaucoup de ses nuits, sans se lasser ou fatiguer, parce qu'il adorait ça, et qu'il avait déjà les yeux en haut de l'échelle. Demandez à n'importe qui l'ayant connu en Angleterre, c'est son ambition acharnée qui ressort lorsque l'on tente de décrire le James de Londres, la même ambition qui l'a poussé tout au long de sa vie, et à laquelle ses parents ne sont sans doute pas étrangers (Mais évitez de leur demander quoi que ce soit, en fait). La chirurgie ou rien, et même après, ça n'était pas assez. La quantité de travail ne le dérangeait pas puisque c'était un moyen d'atteindre un objectif clair et précis, et il pouvait parfois se fermer complètement aux autres pendant de longues périodes d'examens, de recherches ou même, plus tard, d'interventions.

Autre chose qui l'a toujours défini, c'est sa curiosité et son intérêt illimités pour presque tout. Cela tourne parfois à l'obsession, et le nombre de questions qui s'enchaînent peut vite devenir affolant pour celui qui doit y répondre. Du fonctionnement du relais téléphonique, aux détails de la vie des gens, en passant par la recette du célèbre brownie de la voisine d'en face, et le cycle de vie du lamantin, tout peut susciter son intérêt. Il est toujours en quête d'apprentissage, de connaissances, et est plus que ravi d'avoir tort et de recevoir des explications. Bien sûr, il essaye de tempérer ses interrogations s'il y a des réticences, mais il a parfois un peu de mal à les déceler. Ah, oui, il y a ça également. Toujours très engrossé dans ses propres émotions et ses propres pensées et raisonnements, il est souvent fermé aux ressentis des autres. Pas qu'il s'en fiche, loin de là, mais il n'est pas forcément capable de se rendre compte qu'il a blessé ou ému sur l'instant, ce qui a parfois donné lieu à des conversations intéressantes par le passé. Pour ne pas dire explosives. «Je crois bien que si ça avait pas été toi, ça aurait été mieux fait.» Ca n'était pas vraiment de la franchise, parce que ça n'avait pas pour but d'être un reproche. James est et a toujours été un homme énergique, et ses seuls moments de calme étaient face à une table d'opération et, plus récemment, à des patients. Tout le reste de sa vie est vécu à toute vitesse, probablement avec un peu trop d'intensité, et s'il n'est pas agressif pour un sou, il a tendance à être blessant lorsque poussé dans ses retranchements. Certains ont dit qu'il était hyperactif, et si rien n'a été prouvé, disons simplement que l'inactivité lui sied mal.

Et puis cette femme est morte, et l'ambition est morte avec elle, et sa carrière, ainsi que toutes ses relations, sa mère (que Dieu garde son âme, ça lui ferait plaisir), son identité, et sa vie sur le continent Européen. L'avantage, c'est que son addiction a suivi le mouvement. Il s'est un peu fermé, après ça. Après quelques mois, au moins douze, un peu tristes, il a finalement retrouvé ses marques, ses repères et son énergie. Maintenant, il évite simplement de parler de lui, de dire qu'il a existé avant 2010. C'est plus simple comme ça. L'autre avantage, c'est qu'il a réalisé que la vie avait d'autres attraits que le travail, ce que ses petits-amis avaient souvent essayé de lui inculquer sans succès, toujours trop occupé qu'il était à apprendre et à travailler, et ce alors même qu'il était chirurgien, toujours à suivre des formations et autres stages pour se perfectionner. Autant dire que son temps libre n'est plus consacré au travail, qui reste à présent confiné dans son cabinet, où à l'hôpital lorsqu'il y est de garde. Il peut lire, regarder, apprendre à foison. Et aller courir, ce qu'il n'avait jamais pris le temps de faire. Il n'a jamais été très sportif. D'ailleurs, il ne s'est jamais battu de sa vie, et on a pu remarquer qu'il a une (très) faible tolérance à la douleur physique. Avec le Poète dans les parages et la police sur son dos, il essaye d'éviter d'attirer trop l'attention sur lui.

Il n'a jamais manqué de rien, mais a refusé l'aide financière de ses parents dès que cela lui fut possible, et s'est toujours démené pour obtenir ce qu'il voulait, ce qui fait de lui quelqu'un d'indépendant et de travailleur. Une fâcheuse tendance à vouloir être le meilleur, aussi ne vous avisez pas de lui lancer un défi. Très mauvais perdant, aussi ne vous avisez pas de gagner. C'est un homme compétitif. Exigeant, fier, possessif par-dessus le marché, et avec la vilaine habitude de verser dans les excès, quels qu'ils soient. Ne presque rien manger pendant quelques jours puis se goinfrer pendant une semaine; ne rien acheter pendant des mois et puis devenir fou et craquer sur tout ce qui lui passe par la tête. Dit manque d'équilibre qui veut, il avait plus le sourire que pas mal de gens prétendus 'équilibrés'. Pas toujours véridique, parce qu'il a un peu tendance à se cacher derrière un sourire radieux et derrière son exubérance. On lui jette un œil, on se dit qu'il est fou d'être si heureux, et on n'y pense plus, et il peut se laisser ronger par les regrets et la culpabilité autant qu'il le veut. Jamais trop longtemps, cela dit. James est un homme heureux à 70% du temps, ce qu'il considère être une bonne moyenne. Oh, on lui a dit qu'il manquait de sérieux, aussi, pour tout ce qui ne touchait pas au travail. Tout ce qui était plus personnel, plus intime. Tout ce qui ressemblait à la vraie vie, en somme. Mais après tout, on lui a aussi dit qu'en vieillissant, il se calmerait. Allez savoir.

À savoir : - Il a un accent britannique prononcé.
- James Shelley est un faux nom.
- Il a tendance à parler beaucoup et très vite.
- Il n'est sorti qu'avec une seule fille, lorsqu'il avait 14ans.
- Il vit presque exclusivement dans des costumes.
- Et, fidèle aux clichés, s'abreuve dans un océan de thé.
- Il parle couramment le français, grâce à sa mère.
- Il a du mal à s'endormir dans le silence, ayant toujours vécu dans une grande ville.



derrière l'écran

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Âge : Toujours 20, pour l'instant!
Déjà un compte ici ? : Un, deux, et même trois, il paraît.
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Où avez-vous connu le forum ? : Mystère!
Un commentaire ? : Je me disais que trois comptes, c'était bien, and then this happened zen

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Sujet: Re: you cut the silence like a knifeMar 12 Jan - 13:11

once upon a book

◆ All that remains is an obsolete illusion ◆


Il resta quelques instants abêti, les gants ensanglantés, l'oeil un peu affolé. On lui jetait des regards. Il quitta le bloc. «Votre femme...» Il avait la gorge sèche, les mains moites et des cernes sous les yeux. Il avait enfoui ses mains dans les poches de sa blouse, pour que personne ne les voit trembler. «Elle n'a pas survécu.» Le visage de l'homme, jusque-là confiant, jusque-là serein, s'effondra, et s'il resta debout sur ses pieds, ce ne fut qu'en s'agrippant au dossier de la chaise derrière laquelle il se tenait. S'en suivirent des plaintes, de longues notes d'agonie, pendant des minutes entières, de pleurs et de cris mêlés, qui se faisaient écho entre les murs de cette pièce confinée, de cette pièce à malheur. Puis les pleurs s'étaient calmés, et la colère, l'injustice avaient pris place, balayant quelques instants la peine, le temps de lever les yeux sur le coupable, le seul fautif, celui qui n'avait pas pu la sauver, qui n'avait pas fait ce qu'il fallait. C'était toujours de sa faute à lui, au moins quelques instants. Et il l'acceptait. Restait là, patiemment, à supporter les accusations qui se tarissaient d'elles-mêmes, à accepter les reproches, à avaler, ne serait-ce qu'un peu, de la douleur du mari, de la sœur, de l'enfant. Prendre sur lui et attendre que l'orage passe, parce que c'était son métier, et que les gens finissaient généralement par admettre que c'était faux, que ce n'était de la faute de personne, et qu'ils avaient fait ce qu'ils avaient pu. Que le chirurgien n'était pas tout-puissant. La plupart du temps. Parfois, ils ne parvenaient pas à admettre que leur bien-aimé était au-delà des soins, ils ne parvenaient pas à comprendre que les miracles n'existaient pas. Sauf que cette fois, cette petite fois, c'était de sa faute. C'était sa mauvaise décision qui lui avait coûté la vie. C'étaient ses mains tremblantes, c'était son manque de réaction, c'était son manque de concentration, c'était lui qui n'avait pas su la sauver. Pire, c'était lui qui avait causé sa mort. C'était la sueur qui lui avait coulé le long du front, c'était un mouvement hasardeux, c'était lui qui avait oublié, quelques instants, ce qu'il faisait là. Et lui qui devait vivre avec ça. «Heure du décès: 15h27.» Les fluctuations de l'électro-cardiogramme s'étaient tues, s'étaient résumées en un son monocorde qu'il avait toujours maudit.

Tout ça pour quelques foutus cachets.




«Monsieur Shelley, vous étiez bien le médecin de Mme Williams?» Au début, c'était sans incidence. Ils voulaient savoir si elle n'avait pas semblé différente, quel traitement elle suivait, quand il l'avait vue, où il était ce soir-là, et il avait fourni les informations demandées sans y repenser. Et puis ils étaient revenus, pour d'autres, posant les mêmes questions, avec déjà plus de suspicion, avec moins d'amabilité. James n'avait pas fait le lien immédiatement, les pauvres devaient simplement déplorer une nouvelle victime au compteur du serial killer qui semblait avoir élu domicile dans le coin. Ils exploraient toutes les pistes et, c'était assez vrai, quelques-uns d'entre eux étaient suivis chez lui. C'était vrai, il avait accès à leurs dossiers médicaux et oui, naturellement, qu'il savait quelle dose prescrire pour assommer quelqu'un. Il avait compris, au moment où les mots lui échappaient, qu'ils avaient atteint leur objectif, et qu'il venait de se passer la corde au cou. Mais après tout, savoir mesurer les somnifères, n'était-ce pas là l'apanage de tout le corps médical? Alors évitez de vous éloigner, où étiez-vous ce soir-là, et est-ce que vous vous étiez disputés, hm? Pourtant, il aurait dû savoir s'y prendre, avec les policiers, mais il n'était pas resté assez longtemps pour vraiment apprendre les ficelles. Tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous.

Tout ça pour un poème.




«Maman, Papa, j'aime les hommes, et j'ai un petit-ami.» A la réflexion, il aurait peut-être dû préparer le terrain, avant. Il n'aurait peut-être pas dû poser sa fourchette en plein milieu du gratin de pâtes, boire un peu d'eau et lancer ça comme si de rien n'était. Mais ils avaient l'optimisme de la jeunesse, la conviction idéaliste que l'amour, qu'il soit charnel ou parental, triompherait toujours. A en juger par le concours de hurlements et de portes claquées qui suivit, ils avaient tort. Et ils redescendirent rapidement de leur piédestal. James s'écroula le premier. Son père avait posé ses couverts très calmement, et l'adolescent avait eu l'audace de croire que ça allait peut-être aller. Et puis il s'était levé, et il avait frappé du poing sur la table, et puis il avait lancé son verre contre un mur. Bientôt, tout le monde était debout, le père et le fils se hurlaient dessus, jusqu'à ce que James finisse par prendre un coup de poing dans la mâchoire. Et puis papa avait dit dégoût, avait dit calamité, il avait dit dégage et je veux plus te voir, et maman avait pleuré, pleuré et pleuré, en longs sanglots bruyants dans un coin en demandant à Dieu ce qu'elle avait fait pour mériter ça. Il était celui que Dieu guérit. Alors pourquoi est-ce qu'Il lui avait donné un fils malade? Et puis lui il était resté planté là, au milieu de sa famille en lambeaux, à se demander pourquoi il avait jamais ouvert la bouche. Mais le mal était fait. Personne n'eut besoin de lui demander d'aller vivre ailleurs. Au bout de trois jours de silence, le dégoût au fond de leurs yeux quand ils les posaient sur lui suffit à le chasser du domicile familial où il avait passé toute son enfance. Et s'ils ne restèrent pas en conflit plus de cinq ans, plus rien ne fut plus jamais pareil, et s'ils se voyaient aux fêtes familiales, le sujet était formellement interdit, et quiconque s'y voyait dériver se faisait instantanément couper la parole.

Tout ça pour un connard.




«Le chirurgien ne semblait pas dans son état normal en entrant au bloc.» Le veuf avait porté plainte. L'opération était facile, autant qu'elles peuvent l'être, sa femme n'aurait pas dû mourir, elle n'avait pas pu mourir. «Vous ne trouvez pas qu'il a un comportement bizarre, depuis quelques temps?» Les murmures gonflaient la rumeur, le dossier. La tension. La culpabilité qui lui bouffait la peau, les os. Tous les yeux plantés dans son dos qui perçaient des trous, qui lui fendaient le crâne à se taire dès qu'il entrait quelque part. On posait des questions, les histoires variaient. Il aurait pu y faire face, il aurait peut-être même pu s'en sortir. Parce qu'il n'était pas seul. Mais l'hôpital le poussait dehors, poussait le scandale vers la sortie, lui faisant gentiment comprendre qu'ailleurs, c'était bien aussi. Qu'on ne voulait pas de ça chez nous. Et qu'on allait devoir vérifier nos propres stocks, et que, vraiment, un junkie avec un scalpel, ça faisait mauvais genre. Les griffes de la justice, la pression, les journalistes. Et puis ils avaient eu une dispute de couple, une de trop, et il s'était retrouvé tout seul, et il s'était mis à courir. Il venait de mourir. Il s'était mis à courir aussi vite qu'il le pouvait, fuyant, fuyant, fuyant à toute vitesse un passé qui voulait l'engloutir. De la lâcheté. Sans aucun doute. Il avait laissé sa vieille peau sur la vieille Angleterre, disparaissant derrière une nouvelle identité. Il s'effaça de la surface de la Terre, tant et si bien que sa mère en tomba malade, et mourut dans les mois suivants. Mais il n'en savait pas grand-chose, terré dans son pays lointain. C'est ainsi que, dans sa course effrénée, il posa ses bagages à Fairhope, Alabama, où il osa enfin reprendre sa respiration.

Tout ça pour une vie gâchée.




«James, celui que Dieu favorise.» Ce sont les premiers mots qui lui revinrent en tête alors qu'il ouvrait les yeux sur un décor familier. Ceux qu'il a entendus maintes et maintes fois répétés par ses parents. Les murs blancs aseptisés de l'hôpital, comme tous les jours, le bruit régulier de l'électro-cardiogramme, comme d'habitude.  Mais la douleur dans sa tête, c'était inhabituel. Dans tout son corps, d'ailleurs. Mais bientôt, une voix inquiète attira toute son attention, et il réussit à comprendre qu'apparemment, il était le patient. «Tu es tombé en faisant du ski, tu te rappelles?» Les vacances en France, pour fêter leurs quatre ans ensemble. Il se rappelait avoir lancé dans un sourire qu'il arriverait en bas en premier. Après tout, ses parents l'avaient traîné au ski plus souvent qu'à leur tour, il aurait dû savoir rester debout dessus. Il se rappelait qu'ils avaient pris le train, il se rappelait le froid, le magasin de location dont le vendeur moustachu lui avait refilé deux skis de différentes tailles, ayant résulté en une glissade mémorable et des éclats de rire. Il se rappelait qu'ils en avaient ri pendant des heures après ça, installés dans leur chalet, emmitouflés dans leurs combinaisons. «Tu t'es cassé la jambe droite. Et le poignet droit. Et un peu la tête, aussi.» Il sentait vaguement la douleur, lointaine, mais ça n'était pas si terrible. Il se rappelait avoir pris de la vitesse, perdu le contrôle, aperçu l'enfant trop tard dans le mauvais temps. Il se rappelait qu'il lui avait dit attention, et qu'on avait crié son prénom quelques instants plus tard, alors qu'il vrillait sur la droite pour tenter d'éviter la petite fille qui glissait tranquillement et puis il avait dû finir dans le décor, parce qu'il ne se rappelait de rien d'autre. «Avant que tu demandes, la petite n'a rien. Tu as réussi à l'éviter. Au moins, t'as fait ça de manière héroïque. Tu t'es pas juste payé un arbre comme la dernière fois.» Il avait voulu rire, mais s'était trouvé trop fatigué, et trop léthargique. S'il avait su, s'il avait seulement su que cette jambe cassée allait causer sa perte... «Ils t'ont prescrit de la morphine, pour la douleur.» Et ils l'avaient laissé repartir avec l'ordonnance, des vacances gâchées, un arrêt de travail, du temps à tuer, de la douleur en litres et un remède en pilules. Bien sûr, il aurait dû respecter la dose. Bien sûr, il aurait dû faire attention, il savait mieux que d'autres qu'il fallait faire attention. Cause une dépendance physique et peut causer une dépendance psychologique. Mais il avait foncé tête baissée. Comprenez bien, il avait tellement mal. Au début. Et puis il se sentait tellement bien, après. Et son poignet tremblait moins, après. Et de fil en aiguille, d'ordonnances falsifiées en renouvellement factices en passant par toutes les pharmacies de la ville, juste pour un peu plus, juste pour un peu moins mal. Ca commençait toujours comme ça, non?

Tout ça pour un pari perdu.




«Moi, plus tard, je veux sauver des vies!» Le rideau de sa chambre enroulé autour des épaules, il avait dévalé les escaliers, un rouleau de carton dans une main, l'autre accrochée à la rampe. Entre le couloir et le salon, il avait fait un détour par le placard, y récupérant un balai, qu'il entreprit de chevaucher jusqu'au canapé où ses parents regardaient la télévision, imitant les bruits du cheval avec sa bouche. Brandissant son épée et faisant voltiger sa cape, il avait donc déclamé cette phrase, comme on récite un poème, un large sourire sur son visage de bambin. Son père avait haussé un sourcil, perplexe et amusé, et sa mère avait pouffé légèrement. Puis ils avaient éclaté de rire. James était reconnaissant que personne n'ait encore eu cette fâcheuse manie de tout photographier, sans quoi il aurait été ridiculisé à grande échelle. Même si sa mère s'était fait un plaisir de le lui rappeler toute sa vie, et de raconter l'anecdote à quiconque voulait bien l'entendre. De tous les différents métiers qu'il envisagerait par la suite, c'était le seul point qui ne changerait jamais, alternant parfois de l'homme à l'animal, mais il avait toujours voulu faire le bien. Allez savoir si c'étaient les super-héros des bandes dessinées, les récits abracadabrants de son grand-père sur la guerre et les horreurs qui s'y passaient ou si c'était simplement qui il était. Mais il avait été super-héros nocturne sauveur de vieilles dames à sept ans, pompier qui se jette dans un immeuble en feu à six, huit et neuf ans, ainsi que secouriste qui combat un requin à mains nues à cinq ans. Avant ça, il avait été vétérinaire pour les serpents et garde du corps de la reine dans l'année de ses quatre ans, avant de passer valeureux chevalier prêt à défendre son royaume à quatre ans et demi. Après avoir été militaire en mission pour son pays à neuf ans, il avait finalement choisi sa voie, qui était la chirurgie, et ce après s'être fait opérer de l'appendicite et avoir bombardé les médecins de questions à l'aube de sa première décennie. Papa militaire et maman institutrice dans une école maternelle étaient ravis, et encourageaient le travail acharné et le dépassement de soi.

Tout ça pour un brin d'héroïsme.




«Salut! Tu te souviens de moi? On s'était... croisés, à la fête des diplômés.» Il serra la main de Truc, apprenant par la même occasion qu'il avait un prénom. Qu'il avait toujours toujours ce même sourire ravageur, et que leur liste de points communs n'avait fait que grandir au fil des ans. Il ne leur fallut que quelques semaines pour se lancer dans une relation, quelques années pour emménager ensemble, quelques jours pour s'engueuler, quelques mois pour partir en vacances ensemble, quelques secondes pour se perdre à jamais. James n'irait pas jusqu'à dire que tout était parfait et merveilleux, puisqu'il était plus souvent chirurgien qu'en couple, plus souvent absent qu'amant. Mais cela fonctionnait, et c'était le principal. C'était être heureux, et l'on composait aisément avec les quelques fausses notes. Jusqu'à la rature. L'énième rature, celle de trop, celle qui vous faisait chiffonner toute la feuille et vous la faisait jeter dans les flammes de la cheminée.

Tout ça pour quoi?




«Celui-là me paraît parfait.» Il parcourut une dernière fois les lieux, tentant de s'y imaginer y vivre. Il n'était jamais venu aux Etats-Unis plus d'une semaine, et il avait douze ans, à l'époque. Mais il était là à présent, et même si les rues de Londres lui manquaient déjà, c'est ainsi qu'il avait emménagé à Fairhope, Alabama. Désireux de passer inaperçu, il avait presque pris le premier appartement venu. Presque, parce que le premier était petit et vraiment trop exigu et non, il ne pouvait décemment pas vivre là-dedans, et puis pas le second, non plus, pas assez de fenêtres, trop sombre, on s'y sentait enfermé. Le troisième aurait pu lui plaire, mais il voulait rester en centre-ville, et celui-là s'éloignait du cœur. La voisine du dessus du quatrième ne lui avait vraiment pas plu, avec son regard noir et le condensé d'agressivité qui jappait à ses pieds, mais le cinquième était parfait. Presque le premier venu, en somme. Il avait également loué un local, pour ses consultations, relativement proche de son appartement, pour pouvoir faire le trajet à pied et économiser l'essence. Séparer le personnel du professionnel. C'était une nouvelle vie qui commençait. L'ardoise avait été effacée. Il avait rangé le titre de chirurgien, rangé les blocs opératoires, en échange du moins glorieux insigne de médecin généraliste. Oubliées, les ambitions, oubliée, la folle course à la promotion, la recherche du succès à tout prix. Il avait également oublié la morphine, à travers les vomissements et les sautes d'humeur. Plus jamais. Le sang, le sang sur ses mains, il ne l'avait pas oublié, il n'avait rien oublié. Il revoyait le regard abattu du mari, il le revoyait enlacer ses enfants en leur disant qu'ils ne reverraient jamais leur mère. Et puis il avait oublié son prénom, son nom de famille, il avait oublié tout ce qu'il était avant. Il avait oublié tout ce qu'il avait avant. Une vie, une carrière, un avenir, un couple, une famille, évaporé. Il serait simplement le médecin d'une petite ville perdue des Etats-Unis. Et même qu'avec un peu de chance, il pourrait oublier tout ce qu'il avait perdu et laissé à Londres. Avec un peu de chance.

Tout ça pour ça.


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Sujet: Re: you cut the silence like a knifeMar 12 Jan - 15:34

Ahah, ce choix d'avatar, j'aime :D
Re-Bienvenue dans le coin donc ;)

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Shandra O. SarmoiseLieutenant de Police
Je suis ici depuis mon enfance, et je vois bien que ma ville autrefois calme, n'est plus le même havre de paix qu'autrefois. La faute à ce poète de malheur. Serais-je celle qui réussira à lui mettre la main dessus ? Je ne sais pas, mais j'ai déjà passé trois ans de ma vie à lui courir après, je suis prête à faire encore bien plus même si cela doit me ronger jusqu'à l'os.


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fonda - lost in the fire

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Sujet: Re: you cut the silence like a knifeMar 12 Jan - 17:44

pump it up Trois comptes c'est jamais assez siffle

Re-re-re-rebienvenue avec ton docteur hihi
J'ai hâte de pouvoir tout liiiiiire excited

Si tu as des questions, n'hésite pas, en attendant bonne rédaction :aw:
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Sujet: Re: you cut the silence like a knifeMar 12 Jan - 19:13

tu rejoins la famille des QC blaz
re-re-re-rebienvenue donc bounce

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Sujet: Re: you cut the silence like a knifeMer 13 Jan - 9:44

Merci beaucoup à tous les trois :luv:
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Sujet: Re: you cut the silence like a knifeJeu 14 Jan - 11:05

brille brille Non seulement c'est super bien écrit -comme d'habitude- mais en plus c'est tellement bien détaillé et logique et crédible et... gaah Tout ce que j'aime en somme, vraiment une très bonne fiche et j'aime beaucoup le style que tu as choisi pour écrire celle-ci :wow: :wow: Bref, tu es évidemment validée sans plus attendre, et si tu veux m'envoyer les noms de tous les patients de James qui sont morts par mp n'hésite pas, comme ça je pourrais ajouter son nom partout dans la liste des victimes run Amuse-toi bien avec ton Anglais!! hug



congratulations !



Félicitations, te voilà officiellement validé(e) ! Tu vas donc pouvoir déambuler dans les rues de la ville comme bon te semble. Sauf si tu crains de tomber sur une plume particulièrement... Inspirée.

Mais puisque tu respires encore, il est temps de t'occuper de toute la paperasse un peu ennuyeuse auprès des autorités locales. Ainsi, tu peux commencer par recenser ton métier avant de te trouver un logement.

Tu peux ensuite ouvrir ton répertoire afin de créer des liens avec les autres personnages ou poster dans les demandes de rp pour te trouver un premier partenaire de jeu.

Si tu as été validé(e) avant le 15 du mois en cours, sache qu'il faudra également songer à te recenser pour ce mois-ci.

Dans tous les cas, le staff reste à ta disposition pour la moindre question et te souhaite de passer d'agréables moments sur le forum.

N'oublie pas de rester sur tes gardes... Sait-on jamais.
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Sujet: Re: you cut the silence like a knifeJeu 14 Jan - 11:26

gng gng
Merci beaucoup Toto !!
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Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t564-you-cut-the-silence-like-a-knife

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Sujet: Re: you cut the silence like a knifeJeu 14 Jan - 14:34

Un peu en retard, mais re (x4) bienvenue ici pump it up yiii
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Sujet: Re: you cut the silence like a knifeJeu 14 Jan - 17:57

Toujours un grand plaisir de te lire.:luv:
Ton nouveau personnage promet! hehe1
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you cut the silence like a knife

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