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 still breathing

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overjoyed - we survived

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◆ Manuscrits : 419
◆ Arrivé(e) le : 28/08/2015
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Sujet: still breathingMer 3 Fév - 21:35

still breathing

juillet 2015

Shoes était fermée au mois de Juillet et ce en dépit des efforts que Ruby pouvait fournir pour son école de danse. C’était comme ça, dès que l’année scolaire tirait à sa fin, la plupart de ses élèves régulières abandonnaient leurs pointes pour les maillots de bains et envahissaient les bords de la plage, pour rire et se laisser aller parce que c’était l’été. Les choses n’étaient pas aussi simples pour Ruby et elle passait encore dans le local pour nettoyer les miroirs et s’élancer les planches au son du silence lui-même. Le silence ne dérangeait pas vraiment la brune, c’était devenu une habitude, une coutume et une veille amie alors autant ne pas chercher à s’en défaire. Donner des cours lui manquait sévèrement et elle avait hâte que la rentrée arrive, l’empêcher de danser c’était comme l’empêcher de respirer et c’était une chose dont Ruby ne pouvait pas se passer. Bien sûr, elle avait suffisamment de place dans sa grande maison mais ces derniers temps, elle était beaucoup trop occupée à s’installer à sa terrasse, regardant le soleil qui pointait à l’horizon, la télévision à plein volume dans l’espoir de glaner quelques news. Son voisin Peter était de retour sur le petit écran et Ruby ne savait pas quoi en penser. Au moins, il ne parlait pas de malheur, pas de nouveau corps découvert et pas de disparition non plus. Si ce n’était pas pour les touristes qui la pointaient du doigt quelque fois en ville, cela aurait pu être un été… normal.

Normal, même ça, Ruby ne savait pas ce que ça voulait dire et pourtant, elle s’accrochait à cette notion de toutes ses forces, priant pour que son téléphone sonne et que Genesis l’appelle avec une bonne nouvelle. Peut-être que la vie redeviendrait normale lorsque le Poète serait derrière les barreaux. Peut-être. Comme tous les étés, ses parents s’étaient proposés de quitter leur Chicago natal pour venir lui rendre visite, chose que Ruby avait catégoriquement refusé. Elle aimait ses parents mais elle préférait réunir le courage nécessaire pour aller les voir eux, cela nécessitait une certaine préparation et elle n’était pas prête à répondre à toutes les questions de sa mère. « Ils ne l’ont toujours pas mis en prison ? Et pourquoi tu restes là bas ? Tu pourrais ouvrir ton école de danse ici aussi, tu le sais ça, hein ? Et tu manges bien au moins… ? » Miss Swan avait tendance a être protectrice, elle l’avait toujours été, les parents d’enfants handicapés l’étaient toujours, c’était les mots du médecin de Ruby pas les siens. L’été était également synonyme d'hôpital avec Ruby, impossible d’y échapper, elle avait beau fuir l’hôpital de Fairhope le reste de l’année, le message sur son répondeur l’avait rappelée à la réalité et elle avait fait de son mieux aujourd’hui.

Devant l’établissement, la brune avait été perplexe, elle avait détaché ses cheveux et resserré la bandoulière de son sac. Cet endroit ne lui rappelait que des mauvais souvenirs... L’odeur du sang, les flash lumineux des photos, les questions des officiers, les piqûres des médecins. Elle plongea la main dans son sac, pour effleurer ses pointes et respira un grand coup… Juste un check up, juste quelques heures, juste quelques heures. Ruby se répéta ce mantra dans la salle d’attente et encore une fois lorsque son médecin la pesa et la mesura. Les commentaires sur son poids furent complètement ignorés et elle hocha docilement la tête alors qu’il lui notait le numéro d’un nutritionniste. Il ne savait pas que dire à une danseuse étoile de manger plus c’était… c’était comme dire à un médecin d’arrêter de prescrire des médicaments, absolument impensable. Ruby se retient de lui dire que lorsqu’elle se forçait à manger, elle rendait absolument tout, pas besoin de passer davantage pour une victime. « Vous avez songé à consulter ? Vous savez Miss Swan vous n’est pas obligé de traverser tout ça seule. » Tout ça, les médecins avaient une drôle de façon de s’approprier son handicap et son agression, ils pensaient tous pouvoir se mettre dans ses chaussures après avoir lu son dossier, elle n’était pas juste un nom. La brune se refusait à demander de l’aide de cette manière, elle avait fini par trouver la salle de sport et un punching ball, ça lui suffisait amplement. Elle se garda évidemment de confier tout ceci au médecin et au lieu de quoi, elle fut envoyée dans un autre service. Où elle dut enfiler la tenue réglementaire de l’hôpital, blouse blanche et elle resserra les mains sur son ardoise.

« Attendez ici. » Une autre voix, une autre blouse blanche et un autre lit. Ruby poussa un soupir et finit par s’asseoir, l’infirmière s’éclipsa en tirant un rideau et révélant un autre patient, ce dernier en fauteuil roulant. Ruby, si elle avait possédé un sens de l’humour beaucoup plus noir, aurait pu rire de l’ironie de la situation mais elle ne le fit pas. Elle eut pour cet inconnu un sourire poli avant de rapidement tourner la tête. Elle avait horreur des gens qui la fixait avec ce regard, cette pitié et cet élan de sympathie alors elle n’allait certainement pas faire la même chose avec lui. Non. Après une minute de silence elle finit par s’emparer de sa craie et rapidement écrire. Bonjour. Je suis Ruby. Vous aussi on vous a promis un check up qui allait durer seulement dix minutes ?

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Sujet: Re: still breathingLun 29 Fév - 22:29

Les cris fusaient. Les voix s'emportaient, parlaient de mots violents ou sans intérêt. Le flot des paroles était incessant, assourdissant. Il était dans ses pensées. Le sens de la conversation lui échappait. Il ne voulait pas le rattraper. Le débat était incessant, continu, harassant. Le regard perdu sur les silhouettes floues qui dominaient. Il détestait ce sentiment. Celui-ci d'être en dessous, de tous les observer en contre-bas comme s'il leur était inférieur. Les coudes sur les accoudoirs, les doigts croisés sous le menton. Il laissait le flux se tarir. L'ennui le saisissait à défaut de ce sentiment d'agacement qui le prenait toujours dans ce genre de cas avant de le rendre froid et acerbe par dépit d'attention. Le bruit finit pourtant par lui hérisser les tympans. Aussi il finit par relever les yeux pour donner un regard plus approfondi à la scène. Les gestes accompagnaient bien souvent les éclats de voix et il savait que ça ne mènerait à rien. Il referma les paupières une seconde puis d'une nouvelle inspiration, parvint à faire naître le silence. Surpris. Les yeux se portèrent sur lui mais bien vite, les regards changèrent. Les mots qui quittèrent ses lèvres n'avaient rien d'harmonieux, ils étaient désagréables, implacables. Il n'en mâcha aucun. Pourquoi l'aurait-il fait ? Quelques secondes plus tôt, les lieux ressemblaient à une foire à l'empoigne ou tendaient à le devenir. L'agacement perçait dans son ton tout comme son exaspération. Les mines se firent tantôt déconfites, tantôt méprisantes. Il n'en avait que faire. En réalité, il ne comptait pas poursuivre cette histoire plus en avant pour l'heure. L'heure en effet avançait et il n'avait guère plus de temps à consacrer à ce sombre débat sans fin. Aussi, il ne leur laissa pas le temps de réagir plus encore et fit sa sortie dés la fin même de son discours. Plusieurs membres du personnel le suivirent quelque peu interloqués mais le regard qu'il adressa alors mis les choses au clair. Ils comprirent bien assez tôt, le lot de l'habitude sans doute. Il ne s'y ferait jamais pourtant. Il fit un détour par le bureau pour prendre ses affaires. Ses oreilles résonnaient encore dans un bourdonnement. Le mal de tête le guettait. Il le savait et ça l'exaspérait encore plus. Il serait toujours à temps de le faire remarquer mais il doutait de l'aspect pertinent de celle-ci.

L'air extérieur était vivifiant. Le bruit de la ville n'était pas particulièrement reposant mais il était différent. Il en était étrangement bien plus supportable. Il n'aurait su dire pourquoi. Il jeta un nouvel oeil à sa montre. Il ne serait pas en retard mais ce qui l'attendait ne le réjouissait pas. Il savait d'expérience que la durée promise ne serait guère respectée. Il aurait du prendre de quoi lire. Pourquoi avait-il oublié ? La concentration risquait de lui manquer de toute manière. Le mal de tête s'avéra bien réel. Maudits soient-ils. Il savait qu'ils n'y pensaient pas. Qu'ils poursuivaient leurs discours sans réaliser le ridicule qu'ils offraient à l'oeil extérieur. Cette affaire n'était pourtant pas si compliquée. Mais non, il fallait qu'ils soient tous en train de s'écharper comme de sombres furies. L'image manqua de le faire sourire. Peut-être emploierait-il le terme la prochaine fois. Il n'était pas sûr qu'ils apprécient cela dit. Ils n'avaient pas du apprécier sa sortie de toute manière. Il n'en avait que faire. Il n'était pas là pour leur plaire mais pour faire son travail et jusqu'à présent, il s'était plutôt bien exécuté. L'affaire allait avoir du mal à quitter son esprit, il le sentait. Il ferait avec. L'odeur de l'hôpital ne manquerait pas de le ramener à des souvenirs moins agréables encore. On pourrait croire qu'avec le temps il s'y était habitué mais il n'en était rien. Au contraire, plus il avançait, plus le parfum lui montait à la tête et le rendait malade. Il se demandait parfois comment faisaient ceux qui y vivaient de façon quasi permanente. Il devrait peut-être demander à Cameron la prochaine fois qu'il la croiserait.

Le trajet avait été mécanique tant il était connu. Il arriva donc sur les lieux sans même s'en rendre compte. Ce jour-là, c'était pour un check-up. Il détestait ça. Il détestait les examens, les tests inutiles et les formalités réglementaires qu'il approuvait sans jamais réussir à les apprécier. Une fois encore on vint lui demander s'il souhaitait de l'aider pour se changer. Pourquoi l'accepterait-il maintenant alors qu'il l'avait toujours refusé ? Il tentait de se montrer aimable mais c'était ardu. Il respectait les médecins, le personnel, ça n'était pas le problème. Il détestait ce qu'ils représentaient dans son cas. Un aveu de sa faiblesse, de son problème, de l'accident et tout ce qu'il avait amené avec lui. C'était un rappel constant, à sa vie actuelle, à sa vie d'avant, à sa situation présente et future. Sa chaise. Ses jambes. Ses mouvements figés. Certains jours, il l'acceptait, faisait avec, se disait qu'il n'avait pas le choix. Mais des jours comme celui-ci où la fatigue menaçait de le saisir, sa tolérance était quelque peu amenuisée et le regard compatissant du corps médical n'arrangeait pas les choses. Il n'était pas à plaindre, pas ici, pas dans ces lieux quand d'autres luttent littéralement pour survivre. Il était là bien vivant, certes paralysé mais vivant. Il ne méritait pas ces regards. Il dut faire avec pourtant. Les tests s’enchaînèrent, semblables d'une fois sur l'autre, sans surprise, sans changement. Au début, cette absence était un nouveau coup mais désormais, elle faisait partie de l'ordre des choses, elle était logique. L'attente se faisait sentir et il commençait vraiment à regretter de n'avoir rien pris à lire. La lente valse des examens avait fini par éloigner les échos des heures précédentes. Comme si la porte s'était soudainement fermée. La salle était pleine, il n'était pas surpris. La patience allait être de mise. Il eut un regard rapide puis un léger sourire pour sa voisine de fortune. Il ne saisit pas tout de suite mais finit par réaliser qu'elle ne lui était pas inconnue. Il y avait peu de chances en revanche qu'elle sache qui elle était mais pour lui, elle ne faisait aucun doute. Il connaissait chacun de leurs visages par cœur tant ils finissaient par le hanter. Le crissement léger de la craie lui fit quitter ses pensées une seconde et il tourna à nouveau son regard vers elle. Ruby. Maintenant, il se souvenait bien d'elle. Mais là n'était pas le lieu, ni la question. Là, ils n'étaient que deux victimes de leurs propres bourreaux, de leurs propres troubles.

La question l'amusa. Il s'apprêtait à lui répondre de vive voix et puis. Cela faisait longtemps mais qui sait, peut-être n'était-il pas si rouillé ? A défaut de ses lèvres, ce furent donc ses doigts qui produisirent ses mots.
Bonjour Ruby. Je suis Levi. Je confirme, mes dix minutes sont largement dépassées. Peut-être que donner une durée n'est pas une bonne idée.
Il n'était pas sûr de son langage, de ses mots, ni de ses gestes. Le temps avait passé depuis la dernière fois où il avait pratiqué. Il avait peur d'être maladroit mais espérait qu'elle ne lui en tiendrait pas rigueur. Après tout, de vive voix ou non, la conversation pouvait permettre d'oublier le fardeau du lieu et de son lot.
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Sujet: Re: still breathingSam 19 Mar - 21:23

Le silence était maitre mot dans le monde de Ruby. Et la professeure de danse avait depuis longtemps accepté que son monde n’était pas celui des autres. Non, c’était juste une petite bulle à l’abris de tout et de tous au final. Elle était un peu comme une bête de foire, sauf qu’on avait eu la décence de ne pas l’enchainer et de ne surtout pas la mettre en cage. Elle se contentait juste d’évoluer dans un coin, cachée du reste du monde, qui venait lui rendre visite de temps en temps. Ou tout se déroulait comme aujourd’hui, lorsque la brune n’en avait pas vraiment le choix et qu’elle devait se soumettre à leurs regards et à leurs règles. Elle aurait volontiers passé la journée sous la couette, les rayons du soleil et la luminosité ambiante lui indiquant leur, elle aurait compté les minutes et mesuré chacune de ses inspirations comme elle aimait le faire. C’était le genre d’exercice qu’elle avait elle-même inventé et qui avait permis à Ruby d’affronter les plus sombres des nuits et d’oser remettre les pieds dehors après… après son agression. Cela avait été des longues journées de solitude, à tenter de collecter les morceaux d’elle-même, de ce qui faisait qu’elle était elle et pas une autre, et à ignorer le bruit que faisait les autres. Oui, le monde des vivants, des gens qui parlaient, riaient s’égosillaient était plein de bruit, de cacophonie et de cris… Juste un fouillis et un puis sans fond de sons et de sensations qui n’étaient tout simplement pas naturel pour elle. C’était un contraste saisissant face à son monde de silence. Il n’y avait que le bruit de la craie qui venait parfois déranger ce silence quasi réconfortant, le silence ou la musique dans le cas de la professeur de danse, aujourd’hui c’était le silence.

Un véritable sourire se dessina sur le visage de Ruby face à ce parfait inconnu qui se tordait lui aussi les doigts et qui lui répondait, tout aussi muet qu’elle pour quelques moment, quelques instants. Même s’il ne l’était pas vraiment privé d’une voix, voila bien depuis longtemps que quelqu’un qu’elle ne connaissait ni d’Eve ni d’Adam prenait le temps de s’exprimer comme elle pouvait le comprendre. Ruby avait pris l’habitude de lire sur les lèvres de ses amis les plus proches, ne voulant pas les forcer à rompre leur routine et à se soumettre à son handicap, dans le monde des gens entendants, il fallait se plier aux règles et pas l’inverse. Mais Ruby rangea son ardoise et sa craie dans son sac avec un nouvel enthousiasme, oubliant quelques instants là où elle se trouvait. Enchantée de vous rencontrer. Et je crois que vous avez raison, je me suis résignée depuis le temps, j'ai pris soin de libérer toute ma journée pour ce genre de chose. Ce qui fait une journée gâchée. Il y a des semaines en arrière, la perspective de parler à un inconnu l’aurait terrifiée. Ruby aurait probablement fait venir une infirmière pour qu’elle dresse un rideau entre elle et Levi et qu’ils s’ignorent complètement, sans aucun mot ne soit échangé entre eux. La professeur de danse ne savait pas si c’était le fait de taper régulièrement dans un punching ball avec David trois soirs par semaine ou juste de sortir un peu plus, mais elle arrivait à relativiser. Son rythme cardiaque n’était pas plus élevé que la normale et elle ne soupçonnait pas Levi d’avoir une identité secrète et de s’introduire chez les gens pour faire de leur vie un enfer.

Oui, la brune pouvait avoir une imagination très sensible et très développée, surtout dans un lieu comme celui-ci. Pas de ça aujourd’hui, elle était presque sereine dans le fond, ses doutes et ses peurs rangés bien loin dans son sac dans son ardoise. Mais elle ne pouvait s’empêcher de se demander… De quoi avaient-ils l’air tous les deux vêtus de blancs ? D’âmes en peine ? De fantômes ? Peut-être que le sourire de Ruby contrastait avec son nouveau statut de presque morte mais elle continua de parler, se disant que c’était le meilleur moyen de passer le temps. Mais je vous rassure Levi, je ne vous ferai pas l’affront de vous demander pourquoi vous êtes là, je suis certaine qu’on vous pose la question souvent, trop souvent même. De la même façon que les gens tournaient autour de son handicap, elle devait s’imaginer que la vie de Levi devait être tout aussi ridicule que la sienne parfois. Il n’y avait pas de moyen de tergiverser ou d’être poli, Ruby était muette, elle l’avait toujours été et il n’y avait jamais eu d’alternative ou une autre solution pour elle. Fut une époque où sa mère la trainait de médecin en médecin pour avoir des réponses mais à ses treize ans, la brune avait dit assez, elle avait accepté le verdict d’un soi disant spécialiste à New York et avait continué sa vie, s’accrochant à la danse de toutes ses forces. C’était les autres qui la pointaient du doigt, les autres qui rangeaient les gens imparfaits dans des boites et eux encore qui essayaient d’être politiquement correct. Ruby avait pris l’habitude de ne plus s’offenser ou de ne plus expliquer aux autres que le fait de ne pas parler ne la rendait pas particulièrement stupide, ou bête ou plus faible que les autres. Bien entendu, il était difficile de faire entendre raison à qui que ce soit dans un hôpital.

À croire que mêmes les infirmières manquent de tact, elles s’excusent de ne pas pouvoir parler en langage des signes, ça ne semble pas être votre problème. Merci d’ailleurs, vous m’évitez d’utiliser mon ardoise, ça aussi ça a tendance à rebuter les gens.

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Sujet: Re: still breathingVen 1 Avr - 22:28

Faire table rase. Oublier. Faire comme si. Se dire que. Ouvrir une page blanche, une nouvelle fois et tout recommencer. Sans cesse. Parce que. Nombre étaient ceux qui avaient voulu céder à la tentation. Il en avait perdu le compte. Parfois, il comprenait. Parce que parfois pour avoir vu le même, pour avoir perdu le même, il se disait que ça ne serait peut être pas si mal. Il n'en faisait rien pourtant. Jamais. Mais il ne pouvait le leur reprocher. Comment. Parfois ça n'était pas à voir. Parfois c'était trop lourd. Dur. Compliqué. Inimaginable. De pauvres images, comme des proies de cauchemars. D'une tristesse absolue. Parfois pire. Il les voyait essayer alors. Tenter le tout. Oublier. Faire comme si. Ça ne marchait jamais vraiment. Mais ils voulaient y croire. Mettre autre chose par dessus. Enterrer les cauchemars et les recouvrir d'espoir dans l'attente de. Parce qu'autrement, la folie guettait. Latente, implacable. Tous la sentaient venir. Elle était là, sans cesse. Espérant. Alors pour que la peur ne laissait place à la folie, on espérait. On tentait. On oubliait. Sans oublier vraiment jamais. Parfois, il a eu trouvé étrange cette capacité à mettre un masque et à s'inventer un sourire. Comme si ça ne s'était jamais produit. Et puis, il est apparu bien vite que parfois, il ne restait que cela. Cela ou l'abîme. Alors le masque soudainement devenait  bien tentant.
Il a fini par le revêtir rarement, à l'occasion. Par prétendre. Par sourire, même sans le cœur. Son palpitant menaçait de le trahir parfois à défaut de ses membres mais il n'avait pas perdu conscience. Il savait que la folie pouvait guetter aussi. Alors on tentait d'avancer. On tentait d'en créer d'autres. D'autres images. Moins sombres, moins abyssales. Pour tenir compagnie aux pires d'entre elles et les rendre plus supportables. Ces mêmes images pourtant n'étaient jamais vraiment enterrées. Pas chez lui. Parce qu'il n'était rien de pire que l'oubli. Rien de pire que de ne pas tenir compte du reste. Du bon, du mauvais, du pire. Parce qu'alors quelle valeur offrir. Quelle valeur donner à ce qui n’appartenait pas au pire. Le pire rendait le meilleur réel, vivant. Et si le doute l'assaillait alors, il ne restait qu'à saisir les images, les souvenirs.
Parce qu'il n'était nulle table rase. Nulle échappatoire. La fuite ne suffisait pas toujours. Ou alors l'erreur guettait. Il en avait vu suffisamment pour avoir le sentiment d'avoir dit ce qui lui venait à l'esprit. Que parfois alors y faire face rend les choses bien plus acceptables. Moins erronées. Et même dans l'hypothèse, il n'en voulait pas. Parce qu'alors cela reviendrait à l'enterrer, lui. Définitivement. A jamais. A taire son existence, son souvenir. A tuer l'étincelle survivante comme on a tué l'étincelle vacillante de vie qui fut la sienne. Il était encore bien là, bien vivant. Du moins pour l'instant. L'hésitation l'avait saisi une seconde. Une simple seconde. La certitude avait bien vite repris ses droits. Inutile de s'offrir d'autres adieux. Pas encore, pas tout de suite, du moins. Un jour, peut-être. En attendant, il se refusait à oublier. Mais la culpabilité le prenait parfois, comme les regrets. Il savait que. Il le savait pourtant. Il n'empêche que parfois le doute revenait. Le sentiment que peut être. Que peut-être alors tout aurait pu être différent. Qu'il aurait pu agir différemment. Avant de se demander au nom de quoi alors. Il n'aurait pu prévoir. Il ne savait comment. Parce qu'il savait alors. Il savait alors qu'il n'aurait pas hésité une seconde. A qui la faute finalement. Le souvenir hantait avec ses interrogations. Et ses membres inférieurs n'avaient de cesse de le rappeler. Comme ce jour-là encore. Dans ses lieux. Le début de la fin. L'était-ce vraiment. Il n'était pas rare que Siobhan tente de le convaincre du contraire. Elle qui avait autant perdu. Plus peut-être. Elle disait alors qu'il suffisait de peu. D'un rien. Qu'à défaut d'oublier on pouvait vivre. Juste essayer. Et qu'au fond, ça n'était pas si mal. Qu'une nouvelle page blanche n'avait pas à devenir noire. L'idée lui plaisait, à lui aussi. Sans table rase alors, ne restait que les quelques éclats. Les sourires. Les souvenirs. Les raisons parfois de ne pas tout considérer trop noir. Même ces jours-là.

En croisant le regard de la jeune femme, il s'était presque attendu à recevoir en pleine face ses erreurs et ses cauchemars. Il n'en fut rien pourtant. Qu'étaient-ils au fond, ça n'était que des victimes comme les autres. Pour un instant alors, il ne tenta pas la table rase. Juste une halte. Il était étrange d'user à nouveau de ses gestes. Mais il y avait quelque chose de reposant dans le fait de ne pas avoir à élever la voix. De ne pas avoir à se faire entendre. Pour une fois. Le sourire qui naquit sur les lèvres de sa voisine manqua de lui créer un plus grand encore. La lèvre inférieure entre ses dents, il tenta de suivre le flot de ses mouvements.
Enchanté moi aussi. Je ne peux malheureusement pas faire de même. Ce qui rend les journées encore plus longues. Espérons que celle-ci ne le soit pas trop.
Il avait hésité, une seconde. Craignait de faire une erreur. User de mots, de voix, d'intonations. C'était un exercice qui faisait partie intégrante de son existence. Quand des années auparavant, il avait appris à s'exprimer seulement de ses mains, il avait cependant compris. Compris que le sens, que le ton ne dépendait pas toujours du son que l'on pouvait émettre. Que le silence pouvait être tout aussi clair, tout aussi parlant que les plus grands discours. Il avait eu peu l'occasion de pratiquer au cours des années mais la pensée, elle,  était restée. En voyant la suite de son discours, il laissa finalement naître un sourire.

Ça doit être notre lot, je suppose. On pourrait croire pourtant qu'avec le temps, ça serait devenu évident.
C'était vrai au fond. Il avait perdu le compte. Combien lui demandaient encore. S'excuser parfois. Comme s'ils étaient coupables de quoi que ce soit. Il n'était pas fou. Ni hargneux. Il n'avait jamais été de ceux qui reprochaient au monde ce qui n'allait pas chez eux. Parfois, il aimerait juste qu'ils oublient. Qu'ils fassent comme si. Sans doute était-ce trop demandé.
L'empathie sans doute. Je ne compte plus les gens qui s'excusent de ne rien pouvoir faire. Ce n'est pas comme si c'était leur faute. Parfois ça l'est. Mais certainement pas celle de tout le monde. Et. C'est avec plaisir, Ruby. J'espère que je ne suis pas trop rouillé par contre.
Le sourire bizarrement ne quittait pas ses lèvres. Comme si le silence avait quelque chose de libérateur. Sans doute l'était-il. Ne plus prêter attention au lieu. Aux sons. Aux voix. Juste aux gestes. Juste à la personne en face de soi. Et oublier. Presque.
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Sujet: Re: still breathingVen 15 Avr - 0:15

Levi avait raison dans un sens, la vie de Ruby c’était essentiellement prendre des pincettes et tenter de rassurer les gens sur ce qu’il fallait dire ou faire en sa présence. Parfois c’était fatiguant, à d’autres moments éreintant et cela ne lui donnait pas forcément envie d’aller vers les autres, ce n’était pas toujours sa timidité qui la rappelait à l’ordre non, parfois c’était le simple regard des autres, c’était sa simple condition, le simple fait que ses cordes vocales ne vibraient plus qui la maintenait à sa place et paralysée en quelques sortes. Sa place, Ruby pensait la connaitre depuis longtemps et pourtant, en restant dans les rues de Fairhope, tout avait changé. Ce n’était pas que le Poète qui l’avait marquée non, elle était restée ici pour se reconstruire et tenter de prendre son envol. Elle songea quelques instants au lâcher de colombes du quatre Juillet, ça avait été un spectacle magnifique, même si personne ne savait vraiment ce qu’il allait advenir des pauvres animaux, on les considérait comme libre, hors du temps. Peut-être que c’était ça que Ruby cherchait à atteindre comme état, ni heureuse, ni triste, simplement libre, libre de faire tout ce qu’elle souhaitait tout simplement. À commencer par ne pas se rendre dans les hôpitaux, quoi que, si cela lui permettait de combattre davantage sa timidité et de converser un peu plus. Ruby avait toujours cruellement manqué d’assurance et plus les années s’étiraient et plus ses propres hésitations l’irritaient profondément.

Non, ne vous inquiétez pas, vous vous débrouillez mieux que la plupart des gens que je connais. Un fin sourire se dessina sur le visage de la professeur de danse, au moins Levi faisait un effort, il se débrouillait mieux que Michaela et sa fille Louise c’était certain, même si quelques-uns de ses gestes étaient maladroits. Cette façon-là de s’exprimer, chose que Ruby avait remarqué au fil des années, dépendait principalement de l’interlocuteur, comme avec une voix et ses différents intonations et les trémolos, le rythme des mouvements, leur lenteur ou leur rapidité, la façon qu’avaient les doigts de se placer, ça en disait beaucoup. Rien avec de simples gestes, même de cette manière là il était possible de laisser transparaitre des émotions, c’était bien pour cette simple raison que Ruby savait qu’elle n’avait rien à craindre de Levi. Dans ces gestes, elle ne voyait que de la bienveillance, rien d’autre, pas de raison de se méfier donc.

Où avez vous appris le langage des signes d’ailleurs ? Ce n’est pas un trait commun chez beaucoup de personnes, empathie ou pas certains ne font pas cet effort supplémentaire, il parait que c’est trop compliqué. Elle posait naturellement la question, ce n’était pas une matière qui était enseigné à l’école, il fallait donc vraiment le vouloir et chercher par soi-même pour acquérir un tout autre alphabet et des mots particuliers. Rien qu’à voir Levi cependant, elle pouvait presque deviner et savoir qu’il avait côtoyé les hôpitaux tout aussi souvent qu’elle, alors forcément, il avait du voir passer toute sorte de gens avec différents handicaps. Ruby fixa un instant ses jambes, se disant qu’elle n’aurait pas pu avoir ce genre de vie, ne pas pouvoir parler semblait tellement… futile à côté, ne pas avoir ses jambes, ça impliquait de plus pouvoir danser et Ruby n’imaginait pas sa vie sans ça. C’était son seul échappatoire et si elle avait dû demeurer immobile en permanence, pas de doute qu’elle aurait accueilli le Poète à bras ouvert dans sa vie. La jeune femme en était là de ses pensées morbides, au moment où une infirmière fit de nouveau son apparition dans leur chambre. Elle eut pour eux un regard à moitié blasé et à moitié exaspéré, cela était surement accentué par le chewing-gum qu’elle mâcha ouvertement devant eux.

« Désolée pour l’attente, les médecins ont pris un peu de retard, n’hésitez pas si vous avez besoin de quoi que ce soit. »

Ruby pouvait dire sans aucun problème qu’elle ne pensait pas les derniers mots et elle se contenta d’hocher la tête, inutile de chercher un fautif dans ce genre de situations. Ça me donne bien envie de partir. signa t-elle avant de soupirer. C’était une belle journée d’été perdue, non pas que Ruby ait la moindre intention de se prélasser sur la plage, elle avait plus tendance à fuir le soleil qu’autre chose… Ils étaient coincés ici pour un bout de temps semblait-il, aussi, Ruby fixa le blond pendant quelques secondes avant d’enfin oser poser la question qui la démangeait depuis quelques minutes déjà. Dites, je peux vous poser une question totalement indiscrète mais je suppose que vous pourrez me poser la même… comment est-ce que ça fait d’être en fauteuil ?

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Sujet: Re: still breathingLun 27 Juin - 19:39

Comment ? Pourquoi ? C'est triste. C'est dommage. Si tôt. C'est bête. Mais ça va, ça aurait pu être pire. Un jour peut-être, qui sait. Oh, pardon. Je ne vous avais pas vu. Quand ? C'est de naissance ? Oh moi, je ne pourrais pas. Ca va, toi, au moins, tu es vivant. Au moins.
Les questions, les réflexions. Cela avait beau faire quelques années maintenant, elles étaient toujours là, incessantes. Répétitives. Inlassables. Les interrogations étaient parfois rudes mais relativement compatissantes, simplement curieuses, éventuellement indélicates. Rarement blessantes. Les remarques, en revanche, il s'en serait aisément passé. Les fausses excuses. Les expression de pitié. Les tentatives de compassion. Les essais ratés pour relativiser. Il n'avait besoin de rien de tout cela. Chaque jour suffisait à son fardeau. Chaque matin à manquer de s'effondrer suffisait à lui rappeler sa condition pour laquelle il n'entrevoyait aucune issue favorable. Il continuait alors. Il avançait. Sur deux roues. Dans sa propre voie. Il était ce qu'il était et il était toujours l'homme d'avant, plus froid parfois, peut-être plus prudent aussi, plus attentif mais rien. Ni son ambition, ni même son caractère n'avait jamais changé. Seule sa vie. Pas forcément de son fait d'ailleurs. A l'époque, il passait commodément inaperçu quand il le souhaitait, se fondait dans la foule, semblable aux autres. Désormais, c'était bien plus compliqué. Il devait prêter attention à tout et c'était une attention qu'il attirait sur lui, même quand il aurait voulu disparaître au milieu du monde. C'était sans doute l'une des choses à laquelle il avait bien du mal à s'habituer. Cette fausse bienveillance, à moins que ça ne soit pire parfois.
Et puis il y avait le quotidien. Même les habitués du corps médical trouvaient toujours le moyen de se fendre d'une feinte compassion ou du mépris de l'habitude. Il n'était pas sûr de savoir lequel il préférait. Rester les autres. Ceux comme lui. Ceux qui ne jugeaient pas, parce qu'au fond, ils avaient leur souci eux aussi. C'était alors plus simple, plus évident, plus humain presque. La sincérité n'était pas calculée, elle était réelle. Maladroite parfois, mais bien réelle. Comme ce jour-là. Comme avec elle. C'était étrange, plutôt rare. Ses trop régulières visites dans ces enceintes étaient généralement solitaires. Il y avait longtemps qu'il avait cessé d'embarrasser sa sœur avec ces dernières. Elle avait bien d'autre chose à penser et il se refusait tant que possible à lui imposer de revenir en ces lieux porteurs de si mauvaises nouvelles et de si mauvais souvenirs. Ils l'étaient pour lui aussi, bien sûr, mais ils était devenus autres au fil du temps. Ils faisaient parties intégrantes de son existence et leur impact n'était plus le même, fané par les ans et l'habitude. La solitude en cet endroit était aussi bien souvent sienne et il s'y faisait comme il avait appris à se faire à tout. La rencontre était donc inhabituelle mais loin d'être déplaisante. Il en savait plus qu'elle n'en savait, elle, aussi il ne s'offensait pas qu'elle l'interroge plus en avant, même si au fond, là, aussi elle ne savait pas grand-chose.
Elle lui apprit à son grand soulagement que ses gestes n'étaient pas si rouillés que ça. Il y avait longtemps qu'il n'avait pas pratiqué après tout. C'était presque déroutant mais pas désagréable. Il ne parlait pas tant avec les doigts quand il tenait un discours oral, il avait appris à contrôler ses mouvements mais il en comprenait la portée. La question qu'elle lui posa ensuite n'était pas vraiment inattendue. Il était vrai que les individus signant étaient rares. Lui-même n'avait pas le souvenir d'en avoir rencontré beaucoup, hormis chez les principaux concernés bien sûr. Il regrettait que ça soit le cas d'ailleurs. Mais comme elle le disait si bien, nombreux étaient ceux qui jugeaient cela trop compliqué. Il tenta alors, teinté d'hésitation de signer sa réponse. Les souvenirs dataient quelque peu, de la vie d'avant.
J'ai appris à l'université. Mon colocataire avait un ami muet et il désespérait de ne pas le comprendre quand il signait. Il trouvait ça trop compliqué, lui aussi. Alors on a appris ensemble. Je me suis dit que ça servirait toujours et on a pu tous les deux communiquer avec lui par la suite. Un concours de circonstances. Mais même sans pratiquer beaucoup, je trouve ça bien utile encore aujourd'hui.
Il se demandait bien ce qu'il devenait désormais. Tant de temps avait coulé depuis l'université. Parfois, ça lui manquait. Tout paraissait plus simple à l'époque. Mais il était parvenu où il le désirait et même dans sa situation actuelle, ça n'était pas quelque chose qu'il regrettait. Il devrait sans doute tenter de le recontacter après coup. Peut-être était-il déjà au courant de l'histoire, peut-être que non. Que penserait-il alors ? Que penseraient-ils ? Perdu dans ses réflexions, il mit un temps avant de noter l'apparition de l'infirmière. S'il y avait bien une chose que son métier lui avait enseigné, c'était à quel point le discours pouvait être différent entre les mots et l'expression. Cela servait généralement à juger de la sincérité des propos et il n'avait pas beaucoup d'efforts à faire pour remarquer qu'elle ne l'était pas particulièrement. L'attente, ici, c'était sans doute le pire. Au moins cette fois, il n'était pas seul. Elle paraissait moins longue. Il eut un sourire en voyant les propos de la jeune femme.
Nous sommes deux. J'aimerais parfois qu'ils nous donnent des horaires plus proches de la réalité.
Mais c'était probablement trop demandé. Il ne restait donc qu'à patienter. En d'autres temps, ses membres se seraient sans doute ankylosés. Mais maintenant, il aurait été bien incapable de le dire. Il l'observa signer à nouveau, le laissant interrogateur, avant de voir sa question.
En réalité, elle n'était pas si courante que ça. Bien souvent l'intérêt se portait sur les circonstances, les causes, la tragédie que sa condition représentait. On s'intéressait rarement à ce que cela faisait, lui faisait. Mais la question ne venait pas de n'importe qui. Il pourrait lui poser la même en effet. Comment se sentirait-il s'il était incapable de parler ? Sa voix, bien plus encore maintenant qu'il n'avait plus sa liberté de mouvement, c'était tout ce qu'il lui restait. C'était ce qui faisait qu'il était encore capable d'exercer, qu'il était encore capable d'imposer un respect que son fauteuil avait tendance à ternir. Ca lui serait bien plus insupportable que la perte de ses membres inférieurs, sans nul doute. Il chercha donc les mots, pas vraiment certain de savoir comment s'exprimer. Il faisait. Mais l'affirmer ne serait pas une réponse, loin de là.
C'est ... déroutant. Ca fait plusieurs mois mais c'est toujours compliqué. C'est comme être figé, pris dans le sol en permanence. Il ne reste que la force des bras pour tout faire. Pour porter le poids. Pour avancer. Pour supporter. On est réduits et en même temps, on prend de la place. C'est ... épuisant. On s'y fait comme à tout. Je ne suis pas le plus à plaindre. Mais ... je regrette ma liberté de mouvement.
Plus que toute chose en fin de compte, c'était bien cela. La taille, le poids. Il s'y faisait. Il apprenait. Mais il n'était plus libre. Plus libre de faire comme il le souhaitait. Plus libre de continuer comme il le voudrait. Plus libre de vivre comme il l'entendait.
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Sujet: Re: still breathingJeu 14 Juil - 11:21

Ruby réalisait bien que sa question était déplacée et pourtant, ses doigts s’étaient tout de même courbés pour former les mots et pour demander, ce que ça faisait d’être là. D’être réduit à ça et de voir le monde de cette perspective. Face à Levi, elle ne considérait pas son handicap à elle si gênant que ça en fait. Elle oubliait soudainement l’horreur engendrée par ses propres silences, le fait d’ouvrir la bouche de rire et de regarder les yeux des autres sur vous, dérangés par cette expression vide de son. C’était vraiment ça qui avait mis la puce à l’oreille pour les parents de Ruby, la petite riait, oh que oui elle riait, mais pas d’éclats, pas de petite voix fluette et infantile, rien de tout ne s’échappait de ses lèvres, rien à part son propre souffle. C’était bien pour toutes ces raisons que même aujourd’hui, la professeur de danse se contentait de simples sourires en public, pour ne pas effrayer, pour ne pas gêner et se fondre dans la masse. La brune passait juste pour quelqu’un de timide, facilement impressionnable, mais si elle choisissait de passer inaperçue, y compris dans les rues de Fairhope où elle avait en plus l’étiquette de victime collée sur le front, elle pouvait quand même le faire. Pas Levi. Le simple fait de lui parler remettait beaucoup de choses en perspective et Ruby s’attendait presque à ce que l’homme en face d’elle se braque et se ferme mais il n’en fit rien. Il restait honnête et n’hésita pas à répondre à sa question, chose qu’elle apprécia. Aux mots de Levi, le regard de Ruby s’attarda sur ses propres bras et elle se demanda un instant à quoi ressemblerait sa vie si elle ne devait que se reposer sur ces derniers. Plus aucun moyen de danser c’était certain.

Cependant, il y avait autre chose qui la frappa dans l’explication de l’autre patient du jour. Quelques mois seulement ? Je comprends ce que vous voulez dire. Enfin, elle comprenait de la façon la plus brutale qui soit. Elle, elle n’avait jamais eu de voix, jamais eu le confort, le luxe ou encore la chance de parler, elle avait été réduite au silence avant d’avoir eu la chance d’émettre le moindre son. Alors, on pouvait dire que oui, le sort avait été un peu clément avec elle, il n’était pas venu lui arracher quelque chose qu’elle possédait déjà. Dans un sens, comment se lamenter d’avoir perdu quelque chose qu’on n’avait jamais eu ? C'était impossible. La sensation de manque ne venait quasiment jamais, dans le cas de Ruby, plus que du manque, c’était de l’amertume qui teintait souvent son coeur et une certaine jalousie en voyant les lèvres des autres se tordre et se mouvoir pour produire les sons à la fois les plus magnifiques et les plus détestables qu’elle eut jamais entendus. Chez moi c’est de naissance, alors je n’ai jamais vraiment connu autre chose, je suis habituée à ce qu’on ne me remarque pas tout simplement. Il faut que je trouve d’autres moyens de faire du bruit et de faire de la place comme vous dites. Car c’était vraiment ça le problème de ce monde, ne pas être mis de côté parce qu’on était jugé faible, réussir à s’imposer, sans forcément s’époumoner, ou sauter à cloche-pied, chose que ni l’un ni l’autre ne pouvait faire au final, tous les deux très limités.

Mais c’est comme ça qu’on se rend compte de la plupart des choses que les autres ne voient jamais. Ruby se refusait de lui faire un discours moralisateur, en le rassurant et en lui disant que les choses allaient finir par s’arranger parce que l’être humain s’habituait à absolument tout. C’était faux, c’était complètement faux, ça n’allait pas s’arranger, sa situation n’allait pas changer, elle allait rester la même, exactement pareille, et il y aurait des jours avec et des jours sans. Des jours où il aurait envie de tout envoyer valser contre un mur, où il ne supporterait plus les questions ou les yeux trop voraces sur sa toute petite gorge, les gens tentant de comprendre quelle genre d’anomalie l’avait frappé alors qu’il était encore dans le ventre de sa mère. Tout ça, ce n’était pas juste, et après trente ans d’existence, Ruby pouvait lui dire que tous les discours du monde ne changeraient absolument rien à sa condition, pas ceux des infirmiers, des médecins, des psychologues… Non, aucun, ils seraient toujours coincés comme ça. Mais plus elle fixait Levi et plus la brune se disait qu’elle pouvait faire quelque chose, aussi, elle s’empara de son sac pour un dénicher un petit bout de papier et le lui tendre. C’est ma carte, celle de Shoes, mais il y a mon numéro de téléphone dessus. Si jamais vous voulez parler. Peut-être que ce n’était pas grand chose, mais pour elle, c’était déjà un début.

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Sujet: Re: still breathingJeu 1 Sep - 22:22

Figé. Les premières semaines avaient été les pires. Il avait non seulement fallu faire face au regard anéanti de sa sœur mais aussi accepter le fait qu'il ne sentirait plus jamais ses jambes. Que le sol sous ses pieds serait désormais un inconnu. Que ses membres inférieurs ne le porteraient plus. Qu'il ne pourra plus jamais faire un pas devant l'autre. Comme beaucoup, il avait toujours considéré cette capacité comme une évidence. Il l'entretenait même, comme on entretient son physique de manière générale. Il avait eu la malchance d'être blessé au lycée pendant quelques semaines avec une cheville dans le plâtre mais ça n'avait pas été grand-chose. Ça avait été compliqué au début mais c'était juste une affaire de jour. Il avait récupéré puis était passé à autre chose. Les années qui avaient suivi, il avait même oublié. Et puis le souvenir était revenu soudainement le frapper. Il l'avait détesté aussitôt. Parce que cette fois, il ne se faisait pas grandes illusions. Il se l'était autorisé parfois dans des instants de faibles espérances mais il en avait fait son deuil, comme il avait du faire son deuil de son meilleur ami et beau-frère. Tout ça pour quoi ? Cela en valait-il réellement la peine ? Il s'en était maudit, tout en sachant pertinemment que les regrets n'avaient jamais eu leur place chez lui. Il avait appris à y faire un trait. Il avait du se réhabituer. A tout. A chaque mouvement. A chaque geste. Ses bras trop faibles encore avaient bien du mal à le porter, ne serait-ce qu'à le maintenir en mouvement pour autant de temps qu'il l'aurait souhaité. Il s'était maudit. Il avait tout maudit. Il avait cependant gardé ses complaintes pour lui quand elle était là. Le poids de la culpabilité sans doute. C'était là peut-être bien le prix à payer. Céder n'était pas une option, pas quand pour une raison qu'il ne saisissait pas, il était encore de ce monde. Il avait appris alors. Comme il avait toujours fait, pour tout. La difficulté par chance n'avait jamais été son point d'arrêt, bien au contraire. Il ne pensait pas en avoir connu de telles sortes cependant. C'était bien nouveau et c'était surtout permanent. Il ne pouvait pas l'oublier, passer à autre chose, penser à autre chose même. Oublier pouvait créer toutes sortes d'ennuis dont il n'avait absolument pas besoin. Un jour après l'autre. Un pas sans l'autre. Et puis les semaines avaient passé. Les mois avaient suivi, l'habitude avec eux. Les jours était avec, parfois sans. Il n'avait pas tellement le choix. Il vivait d'autre chose, il utilisait d'autres moyens. Il continuait encore. Il pouvait faire longtemps, il le savait. Il le devait bien. La vie avait repris son cours, bien que sur un rivage différent.
En écoutant la jeune femme, il en venait à se demander ce qu'il aurait mieux valu. Ne jamais pouvoir marcher ou en être privé en ayant pu en profiter auparavant. Ce qu'on le ne possède, ne peut nous manquer. Il n'arrivait plus à se souvenir de l'auteur de ces mots. Peut-être sa situation était-elle plus enviable que la sienne. Il n'arrivait pourtant pas à se décider sur la question.
Quelques mois, en effet. Il m'arrive encore parfois d'oublier. Ça peut paraître étrange. Ce n'est quelque chose qui paraît évident à oublier. Je ne sais pas d'où ça vient. J'ignore si cela vous arrive aussi. Ca doit être différent.
Il tentait de se faire à l'idée. Vivre à jamais sans, sans avoir même connu. Vivre sans sa voix, jamais. Sa vie aurait été bien différente, c'était certain. Il ignorait où elle l'aurait mené alors. Il avait du mal à se souvenir de vieilles ambitions d'enfance. La suite de son discours l'amena vers d'autres réflexions. Il était vrai qu'il voyait certaines choses différemment, qu'il en remarquait bien souvent alors qu'il n'y avait jamais prête attention auparavant. Sa condition n'avait pas été la seule à changer, sa vision aussi. Il n'était plus au même niveau mais il n'était pas dans le même domaine non plus. Il devait prévoir, voir. Et puis même parfois, au delà de sa propre condition, il se prenait à considérer différemment les individus qu'il avait à traiter en affaires.
Je n'y avais jamais vraiment réfléchi mais ce que vous dites est vrai. La perspective est différente.
Il observa d'autant plus ses gestes, le voyant rechercher quelque chose dans son sac. Elle lui tendit une carte qu'il saisit surpris avant de reconnaître le nom du lieu de travail de la jeune femme. Il ne signa rien pendant quelques instants, son regard perdu sur la carte. A force de discours, il avait presque oublié qu'elle n'était pas une inconnue, du moins, qu'elle ne lui était pas étrangère. Il sourit, pourtant, fait rare et reposa la carte sur ses jambes dans l'attente de pouvoir la ranger.
Merci. Je n'y manquerais pas. Du coup, je suis intrigué. Vous êtes danseuse ?
Il connaissait déjà la réponse, bien entendu mais il refusait d'aborder la question. A quoi cela servirait-il de toute manière ? Au lieu de quoi, il voulait être curieux. Voir autre chose, apprendre autre chose que les dossiers qu'il avait appris à connaître à les rendre vide de sens.
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Sujet: Re: still breathingDim 25 Sep - 16:53

Ruby n'avait jamais été le genre de personne qui tendait la main aux autres, ou qui proposait son aide, c'était une grande première pour elle. En général, elle se contentait d'être effacée et discrète et de vivre sur le côté, en essayant de faire le moins de bruit possible, c'était... bizarre. Un peu comme regarder le monde à travers des épaisses lunettes, on se savait humain, on savait qu'on pouvait participer et rejoindre les autres dans leurs activités quotidiennes, mais on osait tout simplement pas trop. Parce que c'était plus simple de continuer de baisser la tête et de laisser les autres faire ce qu'ils savaient le mieux faire, vivre. Vivre tout simplement. Parce qu'il n'y avait pas vraiment de manuel et qu'il n'y avait pas vraiment de façon d'apprendre à le faire autrement qu'à la dure. La brune avait détesté être silencieuse pendant des années, elle avait haï le regard des médecins, des infirmiers et même ceux de ses parents qui faisaient de son mieux pour la rassurer. Personne ne pouvait vraiment comprendre sa frustration.

Avec la danse, en enfilant ses pointes, avec chaque pas qu'elle faisait, à chaque note de musique, Ruby s'était sentie libérée, il existait un monde où les mots et la voix n'avait pas vraiment d'importance, il existait un monde où elle pouvait juste se courber, tendre son corps, s'étirer pour exprimer des vrais sentiments, pour exprimer des émotions. Peut-être que son handicap avait fait d'elle une danseuse plus douée que les autres, Ruby n'en savait rien, mais c'était ça qui lui avait permis de vivre pendant toutes ces années, et ça encore qui lui permettait de continuer et surtout de rester à Fairhope. Après son agression, le monde était devenu noir, si noir qu'on aurait dit qu'on l'avait déjà enterré vivante, ses poumons et ses narines avaient été remplis de cendre et tout s'était fait un peu plus... réel. Retrouver les planches de Shoes avait été rassurant, presque familier. Vous savez ce qu'on dit. Malheureusement l'être humain s'habitue à absolument tout. Une tragédie selon ma mère. signa Ruby. Des mots qu'elle avait là encore mis du temps à comprendre, se demandant si sa mère lui demandait simplement d'accepter son sort ou de continuer à aller voir des spécialistes, pour trouver celui qui pourrait enfin l'opérer et enfin la guérir. Le paradoxe avait été grand et la brune avait arrêté de se poser des questions et de réfléchir et elle avait juste vécu sa vie, ni plus, ni moins.

Oui, je suis danseuse, professeur maintenant, à Shoes au bout de Fairhope Avenue. Ruby avait un léger sourire aux lèvres à ces mots-là, il fallait dire que Shoes était un peu cet enfant qu'elle n'avait jamais eu. La brune passait plus de cinquante heures par semaine à l'école de danse, que ce soit pour donner des cours ou pour s'occuper de la paperasse administrative ou des éventuelles opérations dont le bâtiment pouvait avoir besoin. C'était un boulot à temps plein et qui lui occupait suffisamment l'esprit pour qu'elle ne pense pas à tout le reste. Je crois que sans cette école de danse je serai devenue complètement folle, je suis certaine que vous avez déjà du voir ma tête dans les journaux et dans l'émission de Peter. Ruby réussissait à parler de son agression avec une légèreté qui l'étonnait elle-même, si Levi et elle s'étaient rencontrés il y a des mois de cela, les choses n'auraient tout simplement été bien différentes, et elle aurait été incapable d'en parler sans penser aux cauchemars qui trop souvent venaient la réveiller la nuit et cette voix cristalline et métallisée qu'elle entendait sans cesse. Mais elle avait connu tout ça, les questions, des officiers de police, et les journalistes... tout ça pour en revenir au même point au final.

Comme si j'avais besoin d'encore plus de publicité pas vrai ? Et vous, qu'est-ce que vous faites dans la vie ?

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