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 Entre deux vers - Erika

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Sujet: Entre deux vers - ErikaSam 28 Mai - 16:49

Il y a de ces mots qu'on ne contrôle. Et de ces récits qui vous enivrent. Il y a de ces vers, inlassables, qui vous transpercent de part en part. Et vous transportent. Ailleurs. Dans un au-delà bien réel. Mais inatteignable sinon par la poésie et la fiction. Et il y a ces vers, meurtriers, invisibles, écrits en lettre de sang dans une autre réalité par un poète meurtrier. Il y a de ces choses inexplicables. Comme une intuition, ou une folie. Et si tout était lié. Et si les vers s'écrivaient à l'encre rouge, sur la toile tendue de la vie ? Cette histoire me rendait fou. Fou au point de vouloir me plonger dans de poussiéreux bouquins, dégotés dans un endroit où je ne mettais que trop peu les pieds. Une librairie. Quelle horreur.

J'étais allergique à la beauté des mots, et des constructions littéraires. Je préférais l'action, le vrai, le concret. Mais quelque chose soufflait au fond de mon âme. Comme une lugubre intuition. Faussée, certainement, par une paranoïa bien plus obscure. Mais qu'importe. Je sentais le souffle froid de la folie et de l'incompétence m'entraîner dans l'œil du cyclone. Dans ce tumultueux tourbillon de la vie, de la descente aux enfers. Ma descente. Mes enfers. Ceux qui avaient pris possession de ma vie depuis la mort de ma tendre épouse. La déchéance. La décadence. Et la lente valse mortuaire que j'avais engagée. Qui étais-je, sinon rien ? Un pantin animé de volontés inertes. Porté par un désir insaisissable. Mais que désirai-je au juste, sinon un soupçon de reconnaissance ? J'avais perdu pied à l'instant même où son dernier souffle s'était envolé.

Et je me trouvais là, à franchir le pas de la porte d'un lieu insalubre, lumineux, et pourtant effrayant. La mine du savoir qui m'aurait peut-être rendu moins con si j'avais daigné m'y plongé un jour. Peut-être aurai-je noyé mon chagrin dans les vers et l'écriture plutôt que dans la drogue. Qu'importe. Ce lieu me répugnait tant il représentait tout ce que je n'étais pas. Un endroit ordonné et réfléchi, où chaque chose avait sa place et son intérêt. Et moi j'étais là comme un con, un débauché, une petite crotte de souris qu'on avait oublié de balayer. Salut. Bonjour. Comment ça j'ai pas une tronche à lire un livre ? Bon c'est vrai, j'en lisais pas beaucoup. Mais aujourd'hui j'avais besoin de savoir. La solution du poète était peut-être écrite dans l'un de ces recueils.

Bonjour. Ian Wellman, officier de la police de Fairhope. Je m'avançais vers le comptoir. Qu'importait qui j'étais au final. On s'en contrebalançait. En plus j'étais officier. La grosse merde du service. Le gars pas capable d'évoluer dans l'échelle de la société malgré de nombreuses années de loyaux services. J'imagine que vous vous y connaissez en poésie. Ouais bien joué Capitaine Obvious. Pas comme toi. Pauvre tâche. Je secouais la tête, histoire d'effacer les sombres pensées qui me filaient la nausée. Avez-vous connaissance d'un recueil associant poésie ou meurtre ? Ou bien d'un poète ayant, je ne sais pas, été connu pour meurtre ? Qui étais-je pour demander ça. Un pauvre fou. Un inconscient.
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Sujet: Re: Entre deux vers - ErikaLun 20 Juin - 19:59

Erika était plongée dans ses commandes qui augmentaient avec ces touristes qui débarquaient en rangs serrés l'été et faisaient marcher son commerce, attirés comme des piranhas par la moindre goutte de sang. Et du sang il y en avait; le Poète veillait à ce qu'il coule, à intervalles soigneusement choisis par ses soins, tombant comme un nuage rouge sur la population qui, hébétée ne parvenait pas à émerger de cette menace qui planait sur elle. Qui serait la prochaine victime? Serait-elle vive ou morte? Personne ne savait et c'est cette incertitude mortifère qui plombait l'atmosphère, posant une chape de plomb sur chacun, gommant les sourires et l'insouciance habituels à cette époque.

Seuls les touristes, inconscients ou charognards vicieux, c'est selon, pataugeaient dans cette ambiance suspicieuse et inquiète comme si de rien n'était, consommant tout ce que pouvait receler Fairhope avec une frénésie rarement atteinte, à croire que le Poète était une machine à cash que la Ville serait bien inspirée de conserver le plus longtemps possible, les chiffres d'affaires étant florissants à cette période. La liste des victimes s'allongeait, les curieux affluaient, les affaires marchaient. Macabre spirale que la brune n'appréciait pas. Bien sûr sa situation personnelle s'améliorait et elle songeait même à embaucher, ses journées s'allongeant toujours un peu plus. Si certains habitants, craignant pour leur vie, quittaient la Ville, ce n'était rien en comparaison de ceux qui s'installaient, avides de frisson, enquêteurs auto-déclarés avec leur diplôme de pacotille ou pseudo-journalistes en mal de sensations. Tous ceux-là étaient de nouveaux clients qu'il fallait satisfaire et la brune s'y employait avec méthode. Elle maugréait pourtant, fatiguée et agacée par les questions qui tournaient inlassablement autour du même sujet. Elle aurait donné cher pour revenir à l'époque où ce boucher n'avait pas encore sévi et sali les rues, les gens, les âmes. Elle s'était installée à Fairhope par choix et y restait aussi par choix, son naturel optimiste s'accrochant à l'enquête et aux policiers compétents qui la menaient, quoi qu'on en dise. Si ce tueur courait toujours les rues, c'était parce qu'il était particulièrement retors et intelligent. Cependant, elle était persuadée qu'il finirait tôt ou tard par commettre une erreur et que sa capture n'était qu'une question de temps, même si elle trouvait celui-ci particulièrement long.

Elle pestait donc contre la curiosité morbide de ses concitoyens tout en travaillant sur ses stocks. La boutique était à cette heure un peu plus calme et elle en profitait, laissant les quelques habitués et les vacanciers déambuler entre les rayons et faire leur choix, jetant un coup d’œil tout de même au cas où l'un d'entre eux aurait eu besoin d'elle. De toute façon, ils savaient réclamer son attention en venant la voir à son comptoir, quoi qu'elle ait entrepris de faire. Elle avait ainsi relégué la rédaction des fiches d'avis et la lecture proprement dite aux heures plus calmes du matin afin d'avoir une chance de mener cette tâche à bien.

Elle s'attendit donc à une énième question sur le serial-killer quand elle entendit quelqu'un se rapprocher de sa place. Elle fut donc surprise en voyant l'uniforme officiel. Elle ne connaissait ce policier que de vue, celui-ci ne fréquentant pas sa librairie d'ordinaire. Elle le croisait de temps en temps, sans plus. Curieuse, elle arrêta ce qu'elle faisait pour lui consacrer son attention et s'apprêtait à sourire et à accueillir comme il se devait son visiteur quand celui-ci lui coupa l'herbe sous le pied en s'adressant à elle d'un ton désagréable et blasé.

"Bonjour. Ian Wellman, officier de la police de Fairhope. J'imagine que vous vous y connaissez en poésie.  Avez-vous connaissance d'un recueil associant poésie ou meurtre ? Ou bien d'un poète ayant, je ne sais pas, été connu pour meurtre ?" 

Elle le dévisagea simplement quelques secondes, partagée entre l'envie de lui faire une leçon de politesse avec des «s'il vous plaît» et des «merci» à lui rentrer dans le crâne, tout policier qu'il était, et celle de l'envoyer balader tout bonnement, le renvoyant à internet et ses recherches si précises en quelques secondes. Néanmoins, aussi malotru qu'il était, il lui avait posé une question qui requérait ses compétences professionnelles et elle ne pouvait l'ignorer en se remettant à travailler sur ce qu'elle faisait avant l'interruption, faisant comme si elle n'avait jamais eu lieu. En plus, elle voyait qu'il n'était pas à l'aise et c'était peut-être un moyen pour lui de masquer sa gêne de faire le bourru de service. Ou bien c'était naturel, elle ne savait pas. Elle haussa les épaules et soupira puis réfléchit au problème tout en se présentant.

«Bonjour Officier Wellmann. Enchantée de vous rencontrer, je suis Erika Sheppard, la propriétaire de cette librairie. Laissez-moi réfléchir quelques instants. Votre question est très intéressante.»

Elle ne le flattait pas, s'étant déjà penchée sur cette piste, mais n'ayant rien trouvé de concret, manquant peut-être d'éléments. Cet officier avait certainement une idée derrière la tête et si ça faisait avancer l'enquête, peu importe s'il n'était pas poli ou si sa tête ne lui revenait pas. Elle fit donc le tour du comptoir et se dirigea vers le rayon poésie, faisant signe à l'homme de la suivre sans plus de cérémonie.

«Je n'ai pas de recueil associant poésie et meurtre, mais la mort a toujours intéressé les poètes donc il existe des textes abordant ce thème, dans tous les pays. J'ai classé les auteurs par thème donc ici l'amour, la Nature, la maternité, etc.. et la mort. Vous voyez qu'il y a beaucoup de recueils sur ce thème. Pour votre autre question j'ai un exemple en tête. Le poète français Paul Verlaine a tiré avec une arme à feu sur son amant Arthur Rimbaud. Il ne l'a pas tué mais c'est tout ce qui me vient en tête là tout de suite. Vous avez une piste plus précise ou vous êtes au début de vos recherches?»

Elle le mettait un peu sur le grill, lui faisant comprendre que les réponses n'allaient pas lui tomber tout cuit dans la bouche.
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