AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  


Partagez | 
 

 pray you catch me

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 

overjoyed - fonda & admin

avatar

◆ Manuscrits : 460
◆ Arrivé(e) le : 12/04/2015
◆ Âge : 30 ans
◆ Assoc. des Victimes : vice-président
◆ Métier : propriétaire du Vanilla Palace
◆ Points : 662
◆ DC : Toto, Pete, Micha & Tutur
◆ Avatar : Aaron Tveit


Sujet: pray you catch meLun 20 Juin - 1:38

pray you catch me
Nothing else ever seems to hurt like the smile on your face
When it's only in my memory



novembre 2015

Il avait cinq ans, à l’arrière du bus bondé de sa ville natale, comme tous les soirs à la sortie de l’école. Il avait pris l’habitude de souffler sur la vitre pour dessiner une fleur aux contours incertains avant de la montrer à sa mère, de la pointer de son petit doigt fin, un sourire fier rayonnant sur son visage de bambin. Un regard en biais et puis Irene s’intéressait à autre chose. À la misère et à la crasse des rues de la grosse pomme, aux conducteurs des voitures coincés dans les embouteillages quotidiens, leurs expressions moroses et fatiguées gravées sur leurs visages ternes. Parfois, Adam se demandait si c’était les nuages gris au-dessus de leurs têtes qui avaient fini par rendre sa maman aussi triste. Alors il essayait, tant bien que mal. Il s’efforçait d’être heureux pour deux, de laisser entrer la lumière, des rayons inespérés, comme des bulles solaires à travers les volets fermés. Il esquissait des fleurs dès que l’occasion se présentait, dès qu’on lui tendait une feuille et un crayon. Un peu d’herbe, une maison, un arbre, des oiseaux (plus compliqués à dessiner, donc plus rares). Jusque sur ses bras, sur sa peau, quand il découvrait de jolies taches bleues qui n’étaient pas là hier, ces ecchymoses qu’il portait autour de ses poignets, des bijoux aux pierres assassines. « Regarde Maman, celui-là on dirait un gentil poisson, tu trouves pas ? Avec sa nageoire ici, tu le vois ? » Des taches qu’il aurait du maudire mais qu’il avait appris à aimer. Pour elle. Pour qu’elle sache qu’il ne lui en voulait pas, qu’il ne lui en voudrait jamais, qu’il chérissait tout ce qu’elle avait à lui offrir. Même la peine et la violence. Même l’indifférence.

Il avait maintenant trente ans, à l’arrière de son bar, près d’une heure après la fermeture ; comme chaque samedi soir depuis un mois, depuis que les affaires avaient repris. Depuis qu’il avait décidé de ne pas s’arrêter au brouillard qui prenait Fairhope en otage. Est-ce que tout avait changé ? Sans doute. Par la force des choses. Mais dans les rues sales de la ville, l’homme s’arrêtait encore parfois pour dessiner une fleur, la faire naitre, la voir éclore sur la façade d’un bâtiment abandonné. Le début de l’hiver l’avait contraint à s’emmitoufler sous des couches de vêtements supplémentaires, lui fournissant une excuse parfaite pour recouvrir son avant bras. La tristesse s’était faufilée jusque dans les coeurs des habitants, se reflétant dans leurs regards sombres et malades, tristes et désemparés. Adam s’était efforcé de combattre la pandémie mélancolique à grand renfort de soirées toutes plus festives les unes que les autres, les âmes passablement éméchées se risquant à interroger le propriétaire des lieux entre deux pintes de bière. « Mais c’est vrai alors ? Que vous avez une cicatrice ? Et il vous a écrit dessus, vraiment ? Il a écrit quoi exactement ? » Et le sourire sur le visage du garçon ne ternissait pas, ne tremblait jamais. La routine, certainement. Des questions auxquelles il avait pris l’habitude de répondre, qu’il avait appris à balayer depuis son plus jeune âge. Ce n’était pas grave, ce n’était pas grand chose. Une égratignure qui ne l’empêchait pas de respirer. Ce n’était pas aussi profond que la marque que l’absence avait laissé.

Mais là, entre deux inspirations, les bras chargés de bouteilles qu’il stockait simplement à l’arrière de son enseigne. Là, entre la menace brûlante du givre qui avait figé son sourire. Là, coincé dans les réminiscences. Là, dans le goût amer qui lui pourrissait la langue, qui lui engourdissait les papilles. Là, dans le battement vif et douloureux de son coeur qui se contractait dans sa poitrine tandis que ses poumons s’agitaient subitement, redoutant le pire, redoutant la suite, l’instant où son crâne viendrait s’écraser contre le coin d’une table ou d’une étagère, exactement comme la dernière fois, comme la fois où il n’était plus seul ici, le samedi soir avant la fermeture, comme la fois où sa mère lui avait lâché la main trop tôt, ou qu’elle l’avait poussé trop vite, ou qu’elle avait oublié de le rattraper au dernier instant, juste au moment où son front fragile avait rencontré le bord aiguisé d’une marche, ou le bitume, quand on avait frappé sa nuque avec tellement de force qu’on avait réussi à le faire vaciller, quand on avait voulu anéantir son optimisme, son sourire, quand on avait souhaité dire adieu aux milliers de fleurs qui poussaient aux quatre coins de la ville, sur les vitres des demeures et sur les feuilles blanches, sur ses bras, ses propres bras qui s’embrasaient, qui hurlaient, dont les pores se vidaient des pires souvenirs, des puits sans fond qui venaient le saisir à la gorge pour le laisser pantelant, chancelant, lâchant le poids qu’il gardait entre ses bras depuis quelques instants, non, depuis trop longtemps, trop longtemps. Là, l’agonie, la fin, la chute. Le souvenir, aussi insupportable que la réalité, que l’amertume sur les visages et la cruauté suintant des lèvres des passants.

Là.

Il avait mille ans. Sa main fébrile chercha l’issue de secours, mais ses yeux fuyaient toujours dans le même sens. Dans le reflet de la vitre embuée, où il avait cru l’apercevoir. « I can’t… » Dans la panique, ses lunettes avaient rejoint le sol, ses mains s’étaient plaquées sur ses paupières closes. Parce qu’il ne pouvait plus. Pas une autre fois, non. Pas une seule fois de plus. « I… I can’t… breathe. » Il avait composé le numéro sans réfléchir, sans même y songer, le mouvement aussi primitif et machinal que le soulèvement de sa cage thoracique à chaque inspiration. Feu inspiration. « I just… I… I just remembered and I… » Il ne savait plus très bien s’il s’agissait de larmes qui roulaient sur ses joues ou si c’était son propre sang, son propre sang qui s’échappaient des murs, qui coulait tout autour de lui, partout, dessinant de jolies fleurs ; tombe d'hémoglobine qui l'emporterait bien loin, là où personne ne pourrait le retrouver. « Please, I… » L’objet avait glissé entre ses doigts, ses mains tirant sur son col. Peut-être qu’on le retrouverait ici dans cinq ans, dans trente ans. Dans mille ans, ainsi prostré.

Encerclé de fleurs.
Abandonné.

_________________

if i can't find a cure, i'll fix you with my love



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t84-and-the-walls-kept-tumbling-down#149


avatar

◆ Manuscrits : 2330
◆ Arrivé(e) le : 12/04/2015
◆ Âge : 28 ans
◆ Métier : détective, promu en décembre 2015
◆ Points : 197
◆ DC : Désirée, Ruby, Jonathan, Jacob, Eva & Simon
◆ Avatar : Jesse Williams


Sujet: Re: pray you catch meDim 26 Juin - 4:16

« Jesse… not that I don’t appreciate the thought, but you called me for a reason. You never call when it’s good news… is your father okay ? »

Le métis ne put empêcher la grimace qui passa sur son visage quand il entendit le ton de reproche à l’autre bout du téléphone. Aucun son ne franchit ses lèvres pendant quelques secondes, car l’autre homme au bout du fil avait raison. Jesse n’appelait pratiquement jamais Frank, et pour quelle raison l’aurait-il fait ? Quand ils étaient plus jeunes, quand Frank avait quitté Fairhope avec sa famille, Jesse s’était contenté de lui presser la main et de lui dire bonne chance. Il ne l’avait pas embrassé, il ne lui avait pas sorti de discours poignant, ils étaient juste des gamins à l’époque, ils avaient eu un minimum de jugeote pour se dire que les relations à distance ne fonctionnaient jamais pas, alors ils s'en étaient tenus à quelques mails. Avant que Frank ne finisse par lui envoyer son numéro de téléphone. Jesse l’avait contacté quoi… trois fois en une dizaine d’années ?

La première fois quand la maladie de son père s’était déclarée. Ils en avaient ri, le karma faisait des drôles de choses parfois, et Frank lui avait demandé s’il devait prendre un billet d’avion, le Minnesota ce n’était pas si loin que ça, mais non, Jesse n’avait pas voulu, cela n’aurait servi à rien, l’autre brun devait économiser, après tout il venait d’emménager, il avait une vie, des études à finir, tout ça. Ce n’était pas une bonne idée. La deuxième fois ça avait été pendant l’enquête, après que Jesse ait découvert un corps, il en avait eu des frissons et le soir même avant qu’il ne puisse stopper son geste, le numéro avait été composé. Frank avait dû s’isoler, visiblement son petit-ami était en train de dormir, et il avait encore proposé à Jesse de venir le voir. Le loyer était payé, depuis longtemps d’ailleurs et Frank devait prendre des vacances et il devait bien montrer à James l’endroit où il avait grandi. Jesse avait encore refusé, lui conseillant de rester loin de Fairhope le temps que l’affaire soit réglée. Frank avait soupiré, il comprenait, ce n’était pas vraiment une excuse cette fois-ci, Jesse le mettait vraiment en garde. Il avait eu raison et s’il l’avait appelé ce soir, c’était bien à cause d’Adam.

Plus Jesse y pensait et plus il ne savait pas comment faire face à l’autre homme. Comment demander pardon et reprendre sa place ? Comme s’excuser pour l’absence et faire comprendre à Adam qu’il pouvait laisser tomber le masque ? Rien n’était compatible, le prendre dans ses bras maintenant aurait été bien futile, et Jesse s’était encore retrouvé au beau milieu d’un sms pour le blond avant de paniquer et de tout effacer et de composer un autre numéro. Il ne s’excusa pas, Frank savait comment il fonctionnait depuis le temps… Il se contenta de respirer et de vider son sac. Encore. Les mots vinrent plus facilement qu’avec Willow, peut-être parce que la personne à l’autre bout du fil le connaissait déjà, savait de quoi il était fait et ne mâcherait pas ses mots. Jesse avait précisément besoin de ça, pour cesser de se cacher derrière des excuses et sa propre peur, pour aller de l’avant et contacter Adam. Il finit son explication en se traitant d’idiot et cela eut au moins le don de faire rire Frank. « You’re not an idiot Manohey… you’re stuck, why don’t you go talk to Adam, I’m sure he needs you more than you think. Forgiving you is something else, I mean you have to earn it, right ? » Entendre quelqu’un le dire rendait l’action tellement simple, mais ça ne l’était pas. Ça ne l’était jamais, Jesse savait ces choses-là, il savait qu’il devrait encaisser tout ce que Adam lui dirait ou lui reprochait, car c’était justifié. Il n’avait pas été là, peu importe les raisons, la peine, les cicatrices sur le coeur et sur la peau, il avait fauté, lui, Jesse, c’était la seule et unique vérité.

« Yeah I guess… wait I have another call and… Frank I’m gonna call you back, with good news, maybe. » Le coeur de Jesse avait fait un bond en voyant le numéro sur son téléphone. Adam. L’image qu’il avait associé au blond, une photo prise par ce dernier lorsqu'il s’amusait avec le portable de Jesse, le renvoya à des jours heureux, avant quand ils étaient heureux, insouciants, quand il savait quoi dire ou quoi faire. Il oublia Frank très vite, pour décrocher et sentir son coeur se serrer un peu plus. Ce ton là, Jesse le connaissait, la panique, la détresse, le néant, rien. Non. Pas encore. Pas cette fois, pas s'il pouvait l’empêcher. « Adam ? Talk to me, where are you ? Are you at the bar ? » Ses pieds étaient déjà dans ses chaussures et il claqua la porte de son appartement, l’air du dehors le frappant en plein visage. « Adam ? »

Where are you my love?

_________________
"Trouble on my left, trouble on my right, I've been facing trouble almost all my life... My sweet love, won't you pull me through?"


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t80-dear-old-world-is-it-too-late-to-get-a-refund http://aesthetics-blue.tumblr.com/

overjoyed - fonda & admin

avatar

◆ Manuscrits : 460
◆ Arrivé(e) le : 12/04/2015
◆ Âge : 30 ans
◆ Assoc. des Victimes : vice-président
◆ Métier : propriétaire du Vanilla Palace
◆ Points : 662
◆ DC : Toto, Pete, Micha & Tutur
◆ Avatar : Aaron Tveit


Sujet: Re: pray you catch meLun 4 Juil - 23:29

La vérité l’avait frappé de plein fouet, aussi limpide que son reflet dans le miroir, fragment du passé qui reprenait vie dans le fond de ses yeux clairs. Il avait suffit qu’il croise son propre regard, que celui-ci le transperce pour que tout resurgisse. Tout. Tout d’un coup, comme une vague, un tsunami insupportable, qui lui avait coupé le souffle et ébranlé le cerveau. La main plaquée sur la nuque, son corps tout entier avait eu l’impression de revivre l’agression, aussi soudainement qu’on voyait naitre la flamme au bout d’un briquet, aussi violemment qu’on pouvait l’éteindre d’un simple souffle. Ses ongles s’empressèrent d’agripper la peau fragile et brûlante, y laissant sans doute des marques, la preuve qu’il était encore vivant, qu’il était en train de se débattre contre ce qu’il ne pouvait pas maitriser, ses remparts s’écrasant, débris attaqués par le vent, réduit à des monticules de sable qu’on pouvait maintenant piétiner à loisir. Il était mort ce soir-là, il avait rejoint le sol sans en avoir conscience, sa dernière pensée s’évaporant tandis que son visage rencontrait le béton. Et puis plus rien. Tout d’un coup, plus rien.

Adam avait lâché son téléphone, la voix de l’autre homme s’écrasant contre les murs, rompant le silence glaçant qui l’avait saisi à la gorge et qui commençait à l’étouffer. Hocher la tête ne le sauverait pas, ça n’aiderait personne, et pourtant, presque par réflexe, il répondit à Jesse de cette façon, comme s’il était toujours là, face à lui, comme s’il ne l’avait jamais quitté. « Adam ? » Non, un mensonge. La pensée ne parvint évidemment pas à le calmer, et son coeur s’emballait déjà pour prolonger sa course folle, le blond s’infligeant des questions qui n’avaient pas lieu d’être dans un moment pareil. Et si c’était ça, le problème ? Si c’était ce fichu prénom, cette identité tronquée, bancale, qu’il avait imposé au monde au point de se perdre, de perdre l’équilibre, de vaciller, de provoquer sa chute et de finir là, recroquevillé à l’arrière de son bar à prier pour que ce ne soit pas son propre corps qui l’emporte ; qu’il n’allait pas périr en luttant pour l’opposé. Adam était heureux, souriant, serviable, poli, généreux, bavard, optimiste. Trop, beaucoup trop optimiste. Adam était la gentillesse incarnée, les fous rires incontrôlés, les esclandres et les sautes d’humeur qu’il ne valait mieux pas chercher à provoquer ou à expliquer. Adam n’était qu’une façade, pas vrai ? Qu’un peu de rien pour faire un joli tout, parfaitement travaillé, taillé à la perfection pour que le bijou puisse être admiré.

Les larmes, il n’arrivait plus à retenir les larmes. Ses larmes. Il n’y était tellement pas habitué qu’il avait oublié que ses glandes lacrymales étaient encore capables de produire de tels torrents, le liquide roulant sur ses joues, se dissipant presque aussitôt au contact de ses pommettes brûlantes, embrasées, imprégnées du souvenir inavouable. Il ouvrit la bouche, essayant tant bien que mal de produire un son avant de constater que sa gorge s’était nouée, se refermant sur elle-même pour que le secret ne soit jamais partagé. Il avait failli mourir mais ce n’était pas important, ce n’était pas grave, il ne fallait pas en parler. Il fallait laisser les vivants avec leur envie d’avancer, et rester à la traine, panser ses blessures loin du reste du monde, retirer ses bandages maculés de sang et ne les montrer à personne, simplement les subir en silence et en garder les traces sur son corps. Le trentenaire prit une grande inspiration, conscient que Jesse était peut-être déjà en route ; ou si ce n’était pas le cas, il fallait se l’imaginer, arrivant dans le quartier, non loin de là, près de lui, plus près encore à chaque seconde qui s’écoulait. Il n’était pas seul, il n’était pas seul, il n’était pas seul ; car c’était bien là son pire cauchemar. Et la solitude avait fini par se jouer de lui, par laisser une plaie sur son avant-bras qui lui rappellerait sans cesse la raison pour laquelle on s’en était pris à lui et pas un autre. Parce qu’il n’était personne. Personne.

Tout se bousculait, se chamboulait sans donner le moindre sens à ses songes. Le pauvre Celestine était en train de perdre pied, de devenir fou à lier. Celestine. Ce gamin sensible et fragile. Ce petit être qui observait le monde avec de grands yeux ronds, qui pardonnait à ceux qui l’avait offensé, qui baissait la tête dès qu’on avait le malheur de se moquer de son prénom. Celestine était mort, il l’avait rangé dans un coin de son esprit bien des années en arrière et il était passé à autre chose. Et maintenant ? Adam n’était plus non plus. Il n’était plus rien, plus rien du tout, plus personne.

« I’m… I… » Songer à des moments agréables. La neige dans les rues de la grosse pomme, le sourire de sa mère, les regards de Jesse, le rire de Willow, le soleil qui faisait rougir sa peau en plein été, les infusions au citron, l’odeur des cupcakes en train de dorer dans le four, le parfum de Jesse, le ciel pourpre en fin de soirée, le bruit des glaçons, les bouquets de fleur multicolores, les dessins sur la buée des vitres, la vieille photographie de son jeune père qu’il avait retrouvé dans le grenier, les vêtements colorés, la brise matinale, les flaques d’eau sur le chemin de l’école, les cursives parfaitement dessinées sur les cahiers, le vent dans les branches, les flammes vacillantes des bougies, les choux à la crème et le linge parfaitement repassé. Respirer. « I’m at the bar, yes, I… I’m sorry… I didn’t know who else to call… » C’était faux, évidemment. Il aurait pu appeler Willow, Sandro ou même Peter, sa cousine ou n’importe qui d’autre. Il aurait pu. « No, that’s not what I meant I just… I need to hear your voice I… Is that okay ? » Un souffle, plus profond que les autres. « You don’t have to come I… I don’t want to bother, I’m sorry it’s… We can just… Just talk… If you don’t mind ? I need to focus on your voice right now I… God, I’m sorry, I really don’t feel well right now and I… » Non, ne pas perdre pied à nouveau, ne pas se laisser attirer par le fond, ne pas sombrer quand il parvenait enfin à sortir la tête de l’eau. « I need you. »

_________________

if i can't find a cure, i'll fix you with my love



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t84-and-the-walls-kept-tumbling-down#149


avatar

◆ Manuscrits : 2330
◆ Arrivé(e) le : 12/04/2015
◆ Âge : 28 ans
◆ Métier : détective, promu en décembre 2015
◆ Points : 197
◆ DC : Désirée, Ruby, Jonathan, Jacob, Eva & Simon
◆ Avatar : Jesse Williams


Sujet: Re: pray you catch meDim 17 Juil - 17:33

Il courrait déjà.
Il courrait déjà.

Il n'avait pas attendu les explications, il n’avait pas attendu d’entendre les mots, les jambes de Jesse avaient déjà réagi. Son coeur avait déjà accéléré l’allure, pompant encore et encore, envoyant du sang, cette précieuse hémoglobine vers ses jambes pour qu’il courre, pour qu’il se dépêche. Parce qu’Adam avait besoin de lui, parce que ce n’était plus l’heure de compter ses fautes, plus l’heure de décider qui avait tort ou qui avait raison et définitivement plus l’heure de s’apitoyer sur son sort. Adam tombait, il pouvait l’entendre, putain, il pouvait le sentir, c’était maintenant ou jamais, il devait courir, faire en sorte de courir et toujours courir pour battre les secondes, les minutes, les heures qui les avaient séparés. Oui, pour faucher le Temps en personne. Oui, le faucher en pleine poitrine et faire en sorte que cette espèce de monstre ne s’empare pas d’Adam. C’était son Adam, il avait beau être celui qui avait les épaules un peu plus droites, qui parlait le moins mais la vérité était là, c’était … c’était son Adam.

C’était lui et personne d’autre, c’était seulement quand il sentait les yeux du barman sur lui qu’il savait que tout ce qu’il avait fait avant avait un sens. C’était lui qui rendait Fairhope un peu plus vivable et quand Jesse l’embrassait, il embrassait Adam avec tout ce qu’il avait été mais un peu plus, chaque jour, avec ce qu’il aurait aimé avoir et donner au blond. Il aurait voulu ne pas être un moins que rien, pouvoir vraiment assumer ses responsabilités et être en mesure de dire qu’il l’aimait avec des mots concrets et le protéger de tout. Adam comptait, probablement trop, probablement pas assez et quand il retraçait les épaules nues de Jesse avec ses doigts d’un pâleur plus prononcées que celle de Jesse, le métis se détendait, plus que le contact physique, il y avait quelque chose là, quelque chose qui lui permettait d’être vulnérable et d’être droit. Et puis il avait foutu tout ça à la poubelle, comme un débile, comme un imbécile et maintenant, il devait courir. Tous les marathons du monde ne l’auraient jamais préparé pour cette course effrénée, rien n’aurait pu, son souffle était rapide, ses foulées décidées et il manqua de se faire renverser par une voiture, courant toujours sous les coups de Klaxons. La voiture semblait l’encourager, elle semblait lui dire d’aller plus vite en même temps.

I need to hear your voice, is that okay ? Bien sûr que ça l’était, mais Jesse ne répondit pas, il courrait. Il aurait pu dire à Adam que ses bavardages incessants lui avaient manqué, le son cristallin de sa voix quand il reprenait des paroles obscènes qu’il semblait comprendre avec son esprit innocent, libre de tout, dans sa cuisine où il préparait des pâtisseries qu’il ne pourrait jamais engloutir… ça lui manquait.
You don’t have to come I… Bien sûr qu'il devait venir, c’était une évidence, pensait-il qu’il allait faire demi-tour encore une fois ? Ignorer le SOS flagrant que Adam envoyait dans sa direction ? Pour quoi ? Jeter une autre bouteille à la mer ? Non, Jesse ne voulait plus être cet homme-là, il voulait tout faire dans les bras d’Adam désormais, même si c’était survivre, même si c’était juste mourir, du moment qu’Adam était là.  
I need you.

Le coeur de Jesse manqua très certainement un battement, ou deux, ou alors il se serra trop front dans sa poitrine, trop fort pour que son pauvre corps de mortel puisse endurer le choc et pourtant il se tint debout, serrant soudainement son téléphone plus fort, près à suffoquer sur place. Parce qu’Adam avait toujours été là pour lui, parce que la vie était dure et brutale et comme il l’avait dit à Willow, rien ne faisait de sens, quand on trouvait quelque chose qui avait un tant soit peu de logique. Il fallait s’y accrocher, il fallait crier, mordre, se battre pour cette seule chose qui nous rendait un peu moins bancal et un peu moins fou. C’était trop facile de rester enfermé dans sa tête, trop facile de sombrer et de ne jamais se relever. Mais pousser des portes verrouillées pour une chose qu’on aimait ? Ça, personne ne le faisait facilement. Ça impliquait de se faire mal d’abandonner une partie de soi pour passer la dite porte et au final… non, personne ne le faisait jamais. Jesse poussait une porte aujourd’hui, autant dans son coeur qu’en face de lui, peut-être qu’il avait donné un coup de pied dans la porte du bar, il ne s’en rappelait plus, ça n’avait pas vraiment d’importance, il ne cherchait qu’une seule chose.

Son corps réagit avant tout le reste, il connaissait le chemin par coeur dans le fond, et il s’empara des hanches de l’autre homme sans rien demander et l’enlaça de toutes ses forces. L’étreinte était désespérée, un peu trop brutale peut-être et il laissa Adam disparaitre dans son cou alors que lui-même tirait sur le tissus de sa chemise, le souffle court. Ça, c’était réel. Son coeur qui battait dans sa poitrine à cette fréquence, probablement en unisson avec celui d’Adam, son souffle contre l’oreille droite du blond, sa barbe qui caressait la joue d’Adam. Que dire ? Il était en retard, il avait des semaines de retard et le blond avait toutes les raisons du monde de lui en vouloir et pourtant… pourtant il fallait briser le silence, le silence presque solennel de leur respiration. « I'm here... I'm here. » murmura Jesse.

_________________
"Trouble on my left, trouble on my right, I've been facing trouble almost all my life... My sweet love, won't you pull me through?"


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t80-dear-old-world-is-it-too-late-to-get-a-refund http://aesthetics-blue.tumblr.com/

overjoyed - fonda & admin

avatar

◆ Manuscrits : 460
◆ Arrivé(e) le : 12/04/2015
◆ Âge : 30 ans
◆ Assoc. des Victimes : vice-président
◆ Métier : propriétaire du Vanilla Palace
◆ Points : 662
◆ DC : Toto, Pete, Micha & Tutur
◆ Avatar : Aaron Tveit


Sujet: Re: pray you catch meMar 23 Aoû - 22:12

Are you ?

C’était un peu comme dans un rêve, ces songes trop palpables pour qu’ils soient véritablement réels, ceux dont les draps s’imprégnaient à force d’être agrippés, griffés, déchirés, tendus comme de la chair entre deux os, le pêcheur devenu impossible à discerner au milieu de ce lit devenu tombe. Il s’était fait surprendre tellement de fois, le souffle court et le regard perdu, cherchant le reste du monde quand tout semblait vide. Le visage de Jesse projeté sur l’écran de ses paupières closes, il avait du mal à les garder ouvertes quand l’obscurité happait tout ce qui se trouvait autour de lui, quand la nuit l’arrachait enfin à la cruauté du jour et qu’elle lui offrait les étoiles sur un plateau d’argent. Qu’elle lui offrait des galaxies, les mêmes qu’il voyait d’ordinaire sur les joues de son amant, ces constellations au milieu desquelles il s’était perdu, où il avait disparu. Et si elles étaient à nouveau palpables, alors c’était bien la preuve que ses paupières étaient fermées, qu’il faisait nuit au dehors, que la lune était de sortie, et qu’il espérait inconsciemment que Jesse revienne pour l’arracher aux ténèbres. Il y avait pourtant bien une chose dont il était certain ; son odeur n’était plus présente sur ses draps depuis longtemps. Il l’avait même chassée de ses souvenirs pour faire de la place pour autre chose. Ce parfum qui venait le saisir, qui le maintenait en équilibre, qui l’empêchait de flancher. Ce parfum bien réel.

Dans le fond, c’était bien inutile de perdre du temps à essayer de déterminer le vrai du faux. Même si ce n’était pas Jesse, pas vraiment Jesse, plus vraiment son Jesse, l’illusion était quasiment parfaite, et entre ses bras, Adam s’était vu lâcher prise, son coeur battant contre celui de l’officier avant d’exploser en retombant dans sa propre poitrine, les yeux rougis par la peine qu’il portait à bout de bras depuis trop longtemps maintenant, la peine ruisselant sur ses joues, pareil aux verres remplis à ras bord ; il se noierait bientôt dans ses propres torrents. Il essayait d’articuler quelques mots, vainement. Des excuses qui n’avaient pas lieu d’être, qui n’auraient jamais du naître sur ses lèvres tremblantes. Lui, l’être déchiré, la lettre écorchée d’une oeuvre qui ne faisait aucun sens. Il aurait aimé avoir la force de le crier à la face du monde, le dire suffisamment fort pour que l’humanité l’entende ; il avait besoin qu’on sache à quel point il avait envie de vivre pour qu’on cesse enfin de lui mettre des batons dans les roues, qu’on le laisse avancer sans qu’un autre coup vienne faire pourrir sa peau. Qu’on l’épargne et qu’on s’acharne sur le suivant avant qu’il ne rende définitivement les armes et que plus personne ne soit là pour lui redonner envie de se battre et de continuer le combat.

Adam ne savait même plus pourquoi il s’excusait. Sans doute pour les précieuses secondes que Jesse était en train de gaspiller à ne rien faire que le retenir, le corps du plus frêle cherchant sans cesse à regagner le sol entre deux inspirations douloureuses. Il parvint à se calmer après de longues et harassantes minutes, alors qu’il n’avait plus rien, plus la moindre larme à offrir, pas même un soupir ou une lamentation supplémentaire, reniflant et retirant finalement ses lunettes pour essuyer le contour de ses prunelles à l’aide du revers de sa manche. La même qui recouvrait la plaie qui n’avait jamais eu le temps de se refermer ni de cicatriser autrement que physiquement. Il se détacha de l’autre homme, rétablissant ainsi la distance qui existait entre eux depuis qu’on avait attenté à ses jours en le marquant d’un récit qui n’était pas le sien. Son histoire à lui n’avait pas besoin de brûler la chair, elle n’était pas un poids sur les épaules d’autrui. Et pas question qu’elle le devienne à cause d’un fou. Alors il resta immobile une seconde de plus, son regard encore humide et dépourvu de lentilles l’empêchant de se perdre dans celui de Jesse ; et c’était tant mieux.

« I’m sorry, I… I just… Remembered. » C’était ça le plus dur. De savoir que maintenant, il aurait ces images coincées dans un coin de son crâne, figées entre deux souvenirs plus heureux, prêtes à refaire surface sans prévenir. De savoir qu’il n’y pourrait rien, qu’il allait le revivre sans cesse dès qu’on se précipiterait derrière lui dans la pénombre, dès que les gestes de ses interlocuteurs lui paraitraient trop brusques, dès qu’il allumerait son téléviseur pour essayer de ne plus y songer. Ce serait toujours présent, dans les conversations, dans les regards, sur le bord des lèvres. Et à quoi bon expliquer à Jesse ce dont il se rappelait ? À quoi bon mettre des mots sur quelque chose que personne ne pouvait comprendre à moins de l’avoir vécu ? L’angoisse ou l’horreur, voilà ce à quoi il avait échappé. Le reste n’avait pas d’importance, et les détails ne feraient qu’inciser la peine plus profondément encore. « I’m really sorry. » C’était bien de sa faute s’ils en étaient là à présent, pas vrai ? Se tenant l’un face à l’autre comme deux étrangers. « I need to clean the bar and… God it’s a mess. » Ramasser ce qu’il avait entraîné avec lui dans sa chute. Réparer ce qui s’était brisé. Remettre de l’ordre. Voilà tout ce qu’il lui restait à faire ; sans même en avoir la force.

_________________

if i can't find a cure, i'll fix you with my love



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t84-and-the-walls-kept-tumbling-down#149


avatar

◆ Manuscrits : 2330
◆ Arrivé(e) le : 12/04/2015
◆ Âge : 28 ans
◆ Métier : détective, promu en décembre 2015
◆ Points : 197
◆ DC : Désirée, Ruby, Jonathan, Jacob, Eva & Simon
◆ Avatar : Jesse Williams


Sujet: Re: pray you catch meDim 18 Sep - 17:25

Adam ne lui avait jamais paru aussi petit qu'à cet instant. En temps normal, le blond tenait très bien dans ses bras, à croire que cette place lui était destinée mais Jesse avait fini par réaliser que ce n'était qu'une illusion. Une illusion créée par un trop plein de bonheur et que personne n'avait de place. Personne. Personne n'était destiné à tomber sur la bonne personne, sur celui ou celle qui le complétait, sur son âme-soeur ou quoi que ce soit du genre. Jesse pouvait tout simplement décider de croiser les bras et de ne pas laisser Adam voir son coeur ou de l'entendre battre. Pas de beaux et grands discours et pas de musique pour accompagner le tout comme on en voyait dans les films. C'était la vraie vie, et elle n'était pas belle, il était impossible d'appuyer sur pause et de revenir en arrière, de rajouter une couche de maquillage, de peinture, pour que tout aille mieux. Et dans quelle couleur aurait-il pu peindre son coeur à part un rouge affolant, un rouge comme tout ce sang qu'il y avait eu sur Adam quand il l'avait vu, sur ce brancard, les portes de l'ambulance s'ouvrant à la volée.

Son coeur s'était arrêté de battre, cliché certes, mais il l'avait vraiment fait, pendant une poignée de secondes, car si celui d'Adam s'arrêtait, pourquoi le sien devait continuer sa course ? Pourquoi ? Quel était le but si Adam n'était pas là ? Mais non, c'était aussi cruel et réel que ça, la vie avait continué, le temps avait continué sa course, se moquant bien des sentiments de Jesse ou de ce qui avait pu arriver à Adam, c'était ça la pire tragédie. Et maintenant, ils étaient là, le silence s'étirait autour d'eux, Adam tremblait contre lui et Jesse réalisait que les choses n'allaient pas s'arranger d'un simple claquement de doigts. Pas juste parce qu'il avait remis les pieds dans le bar. Non, non et encore non. Il ne pouvait pas faire demi-tour, plus maintenant, il ne pouvait pas lâcher Adam, pas maintenant qu'il l'avait de nouveau récupéré. Il était parti tellement loin, si près de la pénombre où Jesse n'aurait jamais pu l'attraper, si loin que Jesse avait vu son sourire s'effacer et une de ses joues se glacer. Si loin qu'il l'avait vu devenir livide, qu'il l'avait vu déjà à la proie des vautours... Jesse avait toujours eu un don pour imaginer le pire, on le lui reprochait souvent, il était incapable d'apprécier une bonne chose pour ce qu'elle était et même avec Adam, il avait eu ses doutes, s'attendant à ce que tout foire. Mais même lui n'aurait jamais pu prévoir ça et il avait tout foiré, sur toute la ligne.

Adam finit par quitter ses bras et Jesse recula d'un pas, ses yeux bleus posés sur Adam, l'examinant sous toutes les coutures, essayant de voir ce qu'il avait manqué. Il avait l'air... fatigué, vieilli et triste à la fois. Toutes ces choses que Jesse avait refusées de voir la première fois, elles étaient là, présentes au centuple sur le visage d'Adam. Pour la première fois, le blond faisait enfin son âge. Jesse détesta ce reflet, il avait toujours trouvé Adam beau, mais c'était trop même pour lui, il se rendit compte là, à cet instant précis, que le sourire radieux qu'Adam affichait en permanence n'était qu'une façade pour se protéger de tout ça. Et lui était juste un crétin pour ne pas l'avoir réalisé plus tôt. Il hocha la tête aux mots suivants et il baissa les yeux vers le désordre en question. « You need help.» déclara simplement Jesse. Le métis passa une main sur sa barbe de plus d'une semaine, son coeur battant à tout rompre dans sa poitrine. « ... To close the bar. » ajouta t-il après une pause qui était trop courte pour être naturelle. Où commencer ? Où commencer pour tout reconstruire ? Pour faire sourire Adam ? Pour lui prouver qu'il n'était pas juste un briseur de promesses ? « And I can help, I do want to help.» Jesse se pencha à son tour et avec une certaine précaution, il ramassa les morceaux de bouteille.

Il savait où tout se trouvait et sans même y penser, il allait s'emparer du balais brosse derrière le comptoir pour faire disparaitre tous les débris pour qu'Adam ne se blesse pas. « I don't want to run off anymore Adam I...  » Les mots lui avaient échappé et Jesse poussa un soupir. « I owe you so much more than an apology. I'm sorry I let you down when you needed me the most, I'm sorry I just left like that, I'm not ... I can't explain what I did, there is no way to explain what I did and I don't want you to forgive me  But this I can do, if you let me help. »

_________________
"Trouble on my left, trouble on my right, I've been facing trouble almost all my life... My sweet love, won't you pull me through?"


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t80-dear-old-world-is-it-too-late-to-get-a-refund http://aesthetics-blue.tumblr.com/

overjoyed - fonda & admin

avatar

◆ Manuscrits : 460
◆ Arrivé(e) le : 12/04/2015
◆ Âge : 30 ans
◆ Assoc. des Victimes : vice-président
◆ Métier : propriétaire du Vanilla Palace
◆ Points : 662
◆ DC : Toto, Pete, Micha & Tutur
◆ Avatar : Aaron Tveit


Sujet: Re: pray you catch meMer 28 Sep - 1:30

Il n’avait nulle part où aller.

Ce n’était pas simplement physique. Pas juste une histoire de s’entourer de quatre murs et se contenter d’un toit. Pas d’avoir une colocataire avec qui passer les soirées d’hiver en espérant que le soleil serait bientôt de retour. Le problème n’était pas d’avoir un coin d’espace où il pouvait exister sur cette maudite planète, un endroit où l’oxygène paraissait plus facilement respirable, moins létal. Non, ce n’était clairement pas cela qui importait. L’essentiel c’était d’avoir quelque part, quelqu’un avec qui ne plus être rien. Ne plus faire semblant, ne plus jouer à être un autre, ne plus paraître mais se contenter d’exister. Ne plus combler le silence, ne plus craindre l’ennui, ne plus espérer ni même attendre. Juste être là, survivre ou juste respirer, prendre conscience du miracle qui se jouait à chaque inspiration, et ne plus rien faire d’autre. Et aussi étrange que cela puisse paraître, Adam n’avait pas ça. Ou peut-être qu’il l’avait perdu le six septembre dernier entre deux litres de sang. Alors il restait debout, bêtement, sans savoir quoi faire ni comment réagir, à bout de souffle sans même avoir couru après quoi que ce soit.

Sa cicatrice ne le grattait pas, ne le brûlait pas ; elle ne piquait pas plus que le reste de sa peau qui commençait à l’étouffer. Pourtant, Adam aurait presque préféré qu'elle le brûle, qu'elle l'empêche de fermer l'oeil ou d'avancer. Il aurait donné n’importe quoi pour que la douleur soit physique, qu’on lui rouvre le bras afin d’avoir une vraie raison de pleurer, de comprendre pourquoi les larmes s’étaient figées sur ses joues avec la ferme intention d’y rester. Il ne sentait pas la douleur, elle n’était pas palpable et pourtant bien présente, imprégnée dans ses pores et dans ses chairs, ruisselant sur sa peau sans que personne puisse véritablement la voir autrement qu’en contemplant les lettres pâles qu’on avait gravé sur son avant-bras. Il n’était personne, rien, pas même l’ombre d’une ombre. Juste un type planté là, condamné à pousser comme de la mauvaise herbe, la démarche incertaine et le regard perdu. Il regardait Jesse sans rien faire, sans l’assister outre mesure. L’officier avait fait bon nombre de fermetures avec le barman, il savait comment procéder et où chaque chose devait être rangée. Et Adam ? Que devait-on en faire ? Est-ce qu’il fallait le laisser trainer là ou le ramener chez lui en espérant que cela finirait par le guérir ?

Il ne voulait pas entendre les excuses du métis. Il les refusait catégoriquement. Il n’en fit rien, ne se manifestant même pas, ses lèvres ne se séparant soudainement plus. Parce qu’il n’avait rien à répondre. Ce n’était plus sa place, il n’avait plus de place attitrée, que ce soit dans le coeur de Jesse ou ailleurs. Et puis il avait déjà essayé de se faire entendre, de hausser le ton, mais ça n’avait clairement pas porté ses fruits. Jesse s’était contenté de faire demi-tour et de disparaitre ; comme à chaque fois. Et il ferait de même à la première occasion, Adam n’en doutait plus un seul instant. Il pouvait garder ses excuses, le blond n’y croyait pas une seule seconde. C’était du vent, juste des mots que Jesse allait lui répéter la prochaine fois qu’il se volatiliserait, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’Adam jette définitivement l’éponge et qu’il reparte vers sa ville natale ou ailleurs, loin d’ici, loin de ces rues qui avaient vu son visage placardé sur tous les murs après son agression. Là où il ne serait plus une victime mais juste un passant parmi tant d’autres. Pour l’instant ? Il n’avait nulle part où aller.

Adam retrouva l’usage de la parole alors que Jesse avait presque terminé de ranger tout ce qui trainait, y compris ce qui s’était brisé à leurs pieds quand l’aîné avait fini par flancher sans pouvoir contrôler quoi que ce soit. Toujours immobile, il se risqua enfin à essuyer ses joues encore humides, baissant la tête avant de se rendre compte qu’il était bel et bien debout et qu’il était -normalement- capable de mettre un pied devant l’autre. « Thanks, you didn’t have to do this. » Adam n’était pas sa responsabilité, et le métis n’avait pas plus de raison d’être ici que le premier venu. Ou disons qu’il n’en n’avait plus depuis qu’il avait tourné les talons et qu’il était parti dans une autre direction. « And you don’t have to explain either, really it’s okay. » Malgré la peine qui raisonnait dans sa voix, il était sincère. Il n'avait plus le temps ni la force de se battre pour essayer de faire comprendre au monde entier qu'il avait de bonnes raisons d'être heureux, on lui prouvait le contraire à chaque fois ; alors tant pis pour Jesse, il préférait y renoncer. Adam finit par se détacher du regard de l'autre homme pour récupérer son sac en bandoulière et vérifier que les clés de sa demeure se trouvait bien à leur place dans leur poche attitrée. « I’m gonna go now. » C’était mécanique. Machinal. Ce n’était plus réfléchi. Juste devenu une habitude parmi tant d’autres depuis un ou deux mois. Se lever, marcher, servir les clients, ranger, repartir. Et plus rien en dehors de ça. « Sorry about this mess again. I won’t bother you next time, I… » L’inspiration suivante fut difficile, saccadée de sanglots encore emprisonnés. « I guess I just didn’t want to be alone or something… It was stupid. Sorry. » Point final. Il s’aventura vers les portes du bar, le pas décidé, prêt à partir, réalisant soudainement que Jesse serait sûrement ravi d’en faire de même ; et surtout, qu’il n’avait strictement nulle part où aller.

_________________

if i can't find a cure, i'll fix you with my love



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t84-and-the-walls-kept-tumbling-down#149


avatar

◆ Manuscrits : 2330
◆ Arrivé(e) le : 12/04/2015
◆ Âge : 28 ans
◆ Métier : détective, promu en décembre 2015
◆ Points : 197
◆ DC : Désirée, Ruby, Jonathan, Jacob, Eva & Simon
◆ Avatar : Jesse Williams


Sujet: Re: pray you catch meDim 23 Oct - 18:22

Comme il l’avait dit à Willow, Jesse ne pouvait pas passer à autre chose. Il avait essayé, essayé d’imaginer sa vie sans Adam et tout lui avait paru plus noir que jamais. Plus noir que la pénombre dans son maigre appartement qu’il avait regagné par honte et parce qu’il ne savait plus vraiment où aller. Parce qu’il n’y avait pas vraiment d’endroit qu’il considérait comme chez lui, il n’en avait jamais eu, jamais vraiment.

Il était né à Fairhope et pourtant dans cette ville, il y avait toujours eu des ombres pour le pointer du doigt et pour lui barrer le chemin. Toujours, dans tous les recoins dans cette ville, dans les rues qu’il connaissait par coeur et qu’il était capable de dessiner les yeux fermés. Fairhope était sa maison par défaut, pas un endroit où il était content de se savoir non, Jesse n’imaginait pas le monde extérieur tout simplement pour ne pas se blesser et pour ne pas se rendre compte de la vie misérable qu’il vivait. Ici, à attendre que quelque chose se passe et à répéter les mêmes erreurs que ses parents avant lui. Pourquoi ? Pourquoi pas. Il y avait eu quelque chose, un maigre espoir quand il avait croisé le sourire d’Adam la première fois qu’il avait visité sa grande demeure. Quelque chose qui lui avait presque donné envie de rester, presque envie de se battre et d’en avoir quelque chose à foutre. Les mois étaient passés et il avait fini par se rendre compte que c’était plus les expressions du blond qui l’attiraient au final, plus que la maison ou son immense chambre. Alors il y avait cru, il s’était laissé bercer, il avait laissé Adam lui serrer la main seulement pour se rendre compte que sa maison était ... Dans cette main qui s’agrippait à la sienne, dans cette paume qui pressait et qui continuait de réchauffer la sienne, de ses doigts entrelacés entre les siens… C’était ça, sa maison, près d’Adam, que ce soit à le suivre, à acquiescer à un de ses dialogues qui n’avait ni queue ni tête ou à l’épauler.

Cela lui avait pris du temps pour s’en rendre compte, il avait tourné, tourné et encore tourné et il était revenu au même point, changé. Et cela le peinait d’être là, de se tenir sur ses deux pieds à quelques mètres du Adam sans rien pouvoir faire. Sans pouvoir dire ce qu’il ressentait, ou se pencher et déposer ses lèvres sur celles du blond, comme avant. Il n’y aurait désormais plus de futur pas vrai ? Juste avant, avant l’agression d’Adam, juste avant que Jesse ne soit lâche et que tout ne dérape, juste avant qu’il soit en mesure de pouvoir respecter ses promesses. Il ne voulait pas le voir partir, le voir s’éloigner comme ça, comme s’il pouvait juste tourner la page sur eux. Peut-être qu’il l’avait déjà fait, le blond méritait bien qu’on le laisse tranquille, qu’on le laisse se remettre de ses blessures en silence, mais Jesse savait que s’il n’essayait pas maintenant, il ne pourrait plus jamais le faire. Il avait des mois de retard, le métis était complètement égoïste, il le savait mais il ne pouvait pas passer outre. « Of course I had to… Adam wait ! » Jesse aurait dû le laisser partir, qu’il essaye de trouver quelqu’un qui pouvait le faire sourire tous les jours de l’année, quelqu’un qui n’avait pas un sale caractère et qui pouvait mettre son ego de côté. La voix du métis était probablement trop forte, ou pas assez, peut-être qu’il aurait dû hurler, crier, se mettre à genoux et supplier. Jesse aurait pu le faire, pour Adam, il aurait pu le faire.

« Can we talk about this ? Can we try ? » Il avait fait un pas supplémentaire, il pouvait déjà sentir ses genoux flancher, prêt à courber l’échine, prêt à donner Adam le droit de tout sur sa personne. Parce qu’il l’aimait à ce point, parce qu’il était crucial, vital que le blond fasse partie de sa vie, sinon ce n’était pas possible. « I know you don’t owe me anything, I know it’s probably too late but can we… talk. » Please don’t go, please don’t go. Tout se mélangeait dans l’esprit de Jesse et son coeur ne cessait de se balancer et de se jeter contre sa cage thoracique pour essayer de lui faire comprendre l’urgence de toute la situation. Si cette porte se fermait, il perdrait bien plus qu’Adam pour une nuit, c’était plus important que ça, il fallait que le blond reste et qu’il décide quoi faire de ce qu'il reste de Jesse. Qu’il décide ce qu’il fallait faire de cet amas de cellules, de culpabilité et de tristesse avant que la nuit ne s’éteigne et ne finisse. Lui seul important. « Or is it too late for this ? » Jesse prit l’initiative cette fois-ci, pour une fois, et il attrape la main d’Adam, comme avant.  

« Is it too late for us ? » Le métis posa la main du blond tout contre son torse, là où son coeur se trouvait. Maintenant il attendait le verdict.

_________________
"Trouble on my left, trouble on my right, I've been facing trouble almost all my life... My sweet love, won't you pull me through?"


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t80-dear-old-world-is-it-too-late-to-get-a-refund http://aesthetics-blue.tumblr.com/

overjoyed - fonda & admin

avatar

◆ Manuscrits : 460
◆ Arrivé(e) le : 12/04/2015
◆ Âge : 30 ans
◆ Assoc. des Victimes : vice-président
◆ Métier : propriétaire du Vanilla Palace
◆ Points : 662
◆ DC : Toto, Pete, Micha & Tutur
◆ Avatar : Aaron Tveit


Sujet: Re: pray you catch meDim 23 Oct - 21:39

Volte-face. La voix de Jesse avait déchiré la nuit avant que de lui percer les tympans. L’espace d’un instant, Adam s’était demandé si tout cela n’était pas simplement le fruit de son imagination débordante, si Jesse était bel et bien réel, quelque part derrière lui, en train de l’appeler, de le retenir. Il ferma les yeux, l’inspiration suivante libérant ses poumons encore encombrés par la peine qui lui martelait les côtes à chacun de ses pas. Il se revoyait ailleurs, dans le jardin de la villa, les mains du métis s’attardant sur ses hanches tandis qu’il essayait d’entretenir ses roses, son souffle chaud contre la peau pâle de son cou qu’il offrait toujours sans rechigner, avec l’espoir que les lèvres de Jesse viendraient s’y attarder. Des murmures, quelques confidences, et puis Adam qui tentait de lui échapper un instant pour réussir à se concentrer sur la tache du jour. Il n’y parvenait jamais bien longtemps, l’autre homme revenant à la charge, n’ayant pas franchement besoin d’insister pour que le blond cède, qu’il lui fasse enfin face et qu’il reste blotti dans ses bras, se perdant une fois de plus dans ses longues histoires à dormir debout. La brise fraiche ramena néanmoins Adam à la réalité, non sans peine, et les mains de Jesse s’évaporèrent, son sourire, la douceur de ses baisers. Il était là, derrière lui, mais il était devenu inaccessible, imaginaire. Un souvenir. Adam finit tout de même par se retourner, affrontant le passé une dernière fois du regard, priant déjà pour qu’il ne se manifeste plus à l’avenir.

« Talk ? » Les mots avaient soudainement perdu leur sens. Parler de quoi ? Jesse avait raison, il ne lui devait rien. Pas la moindre explication, pas une minute de son temps, pas un sourire ou une remarque. Il n’avait rien à lui offrir ou lui confier. Il avait déjà essayé, et voilà où ils se trouvaient à présent ; au beau milieu de la rue, abandonnés, perdus, sans le moindre phare pour guider leurs pas. Alors Adam ne comprenait pas, ses sourcils se froissant, son regard contrarié planté dans celui de Jesse qui se rapprochait de lui comme si cela allait donner du sens à ses propos. Quelques chuchotements lui échappaient, un écho à peine audible, des interrogations qui répondait aux questionnements de Jesse. « Too late for what ? » Mais l’officier ne l’avait pas entendu, Adam lui-même n’était pas certain d’avoir réussi à prononcer ces mots. Tout était devenu flou, incertain, au point qu’il se risqua même à vérifier si ses lunettes trônaient toujours fièrement sur le bout de son nez. La main de Jesse dans la sienne. Son regard. Le battement de son coeur contre ses doigts fragiles. Adam se mit à trembler, le sursaut lui parcourant tout le corps, le contact lui brûlant visiblement les phalanges alors qu’il reculait d’un pas, sa tête remuant de droite à gauche. Ça n’avait plus de sens, et Adam ne comprenait plus, les larmes se refusant à venir apaiser ses yeux chauffés à vif.

« Are you… » Il refusait d’y croire. Il refusait de l’écouter, de le voir, de respirer le même air que lui. Est-ce qu’il se rendait seulement compte ? Est-ce qu’il réalisait ce qu’il était en train de demander ? Sûrement pas. « You must be joking. » C’était la seule explication plausible, dans le fond. C’était une blague, et Jesse se révélait être très bon acteur. « You’re asking me if we still have a chance ? Is this what you’re really trying to do right now ? » Ce n’était plus la peine qui s’emparait de lui à présent, c’était autre chose. « You know what, just… Fuck off Jesse okay ? You can’t just pack your stuff and go without leaving a note and then ask me if we still have a chance, it doesn’t work that way. » En vérité, autant clarifier les choses une bonne fois pour toute. Pas de témoin, la rue était déserte. Tant pis si sa voix portait à l’autre bout de l’avenue, si tout le monde l’entendait, et si certains se penchaient à leur fenêtre pour voir ce qui pouvait bien être en train de se passer. Tant pis s’il exagérait une fois de plus. De toute manière, ce serait la dernière. « You left, remember ? » La main plongée dans son sac en bandoulière, il tentait désespérément de retrouver son téléphone portable, qu’il avait encore dû laisser trainer dans une de ses poches, à la portée du premier venu. « And you didn’t even have the balls to break up with me by the way, I had to take care of that too, even though I already had a lot on my mind. » Il trouva enfin l’objet tant recherché. Le temps pour lui de le déverrouiller, de parcourir les conversations à la recherche des preuves qu’il avait conservé. « Here. You said it yourself, it’s written right here. Should I read it to you so you would actually remember ? »

Adam ne lui laissa pas le temps de répondre ; ni même de respirer. « You need your boyfriend Jesse right now, I’m sorry, I don’t know where he is. I can’t be caring and loving right now. It’s selfish I know. But I can’t be who you need me to be right now. » Il avait évidemment tenté d’imiter la voix de Jesse tandis qu’il lisait le message, relevant finalement la tête vers le principal intéressé. « Do you have any idea how that made me feel ? Do you ? I tried to keep going and pretend nothing had ever happened, but I… I almost died and this is all you had to say. » Son poing se resserrait autour de son téléphone. « And now you just… Want me back, is that it ? Do you think I’m some kind of a toy that you can play with, huh ? That you can leave and pick up whenever you want ? You weren’t there Jesse, and every single time something comes up you just disappear and let me deal with it on my own. Get a grip and stop quitting every two seconds. Newsflash : life is a bitch to everyone, but you don’t see us giving up every time something comes our ways. » Sa manche fit rapidement disparaitre la perle qui roulait sur sa joue. « So no, we’re not talking about us, there is no us anymore and that’s on you. » Sa voix se mit à trembler à nouveau. « And unless you actually move in with us for good, then we’re officially done. » Il se retourna, bien décidé à mettre le plus de distance possible entre Jesse et lui, sans même réaliser qu’il venait de lui servir une solution sur un plateau d’argent.

_________________

if i can't find a cure, i'll fix you with my love



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t84-and-the-walls-kept-tumbling-down#149


avatar

◆ Manuscrits : 2330
◆ Arrivé(e) le : 12/04/2015
◆ Âge : 28 ans
◆ Métier : détective, promu en décembre 2015
◆ Points : 197
◆ DC : Désirée, Ruby, Jonathan, Jacob, Eva & Simon
◆ Avatar : Jesse Williams


Sujet: Re: pray you catch meMar 15 Nov - 1:38

Peut-être qu’il n’avait plus de maison.
Peut-être que tout ce qu’il lui restait c’était des mots jetés dans le vide, à propulser contre un mur invisible en espérant que le mur lui réponde. Qu’il lui réponde et lui pardonne ses fautes et s’invente des bras pour l’enlacer. Ou alors pour le transpercer, pour mettre fin à ses jours et ensuite le trainer dans un endroit où il pourrait s’éteindre sans aucune dignité. Peut-être que c’était la fin et le pire dans le fond, être oublié, ne plus être en mesure de se retrouver dans les prunelles bleu d’Adam, et de n'y voir que de la déception et de la colère, parce qu’il n’avait rien mérité d’autre.

Parce que c’était ça son héritage. Les graines qu'il avait planté dans le sol n’avait donné que des fruits pourris, des fruits étranges qui n’avaient jamais vu la lumière du jour et qui avaient fini par se dessécher par manque d’attention, tout simplement. Par négligence. Car si l’amour avait son contraire, ce n’était définitivement pas la haine, c’était bien l’indifférence et c’était tout ce que Jesse avait fait, il avait laissé la peine d’Adam de coté. Ne la jugeant pas digne, ne la considérant pas, il avait été lâche, trop lâche et trop peureux et craignant de se faire happer par la douleur aussi et de ne pas revenir. Alors qu'il aurait dû prendre la main d’Adam et embrasser chacune de ses cicatrices et laisser l’autre homme lui en faire quelques unes, afin qu’ils soient égaux dans leur douleur et qu’ils puissent vivre ensemble. Et surtout pour qu’Adam ne soit pas seul.

Il en avait été autrement et Jesse l’observa essuyer une larme avec le coeur serré, chacun des mots du blond comme une griffe de plus en plus profonde sur son torse. Des griffes qui appartenaient à une main perfide et perverse, qui cherchait son coeur tout simplement. Tout faisait mal, tout tapait au plus profond de lui-même et ce n’était que des vérités que Jesse avait toujours refusé de voir ou d’entendre. Jesse n’était pas plus malheureux qu'un autre et il n’avait pas d’excuse pour son comportement. Il n’avait plus seize ans, il n’y avait plus personne à blâmer. Ce n’était pas ses parents, ce n’était pas Peter, ce n’était pas le reste du monde ou la société ou une des autres excuses qu'il adorait se trouver. C’était lui, ce n’était rien d’autre que lui, il était le seul à prendre les décisions, le seul qui choisissait de s’éloigner, le seul qui tirait les ficelles et dans le fond le seul à blâmer. Lui aussi était arrivé à cette conclusion, la culpabilité lui rongeait les épaules, mais Jesse ne voulait pas se laisser engouffrer dans une autre spirale infernale, il refusait de s’apitoyer sur son sort ou de se tourner les pouces une seconde de plus. Ça n’était plus le moment de le faire. La seule lueur d’espoir, la seule chose qui le faisait tenir c’était encore une fois cette liberté qu'il avait acquise. Si tout était le résultat de ses propres actions, il était le seul qui pouvait réparer ses erreurs, le seul qui pouvait donner un sens à tout ce merdier.

Aussi, il se planta devant Adam, refusant de ne pas insister. Il taperait du poing sur la table jusqu'à ce qu’elle se brise mais enfin, pour une fois, il se battrait pour quelque chose qui avait de l’importance. « It was selfish, it is selfish and it was shitty and it was wrong on every level to say one thing and do the other. I know. I know Adam. You have every reason to be mad at me and I have zero reason to be here. Except that I want to be here, I know it took me forever to see that, I know I’ve messed up… God knows I know I've messed up. » Il ne voulait pas son pardon, qu’Adam lui crache à la figure, tout serait absolument justifié. C’était lui, toutes les petites choses qui n’allaient pas, c’était lui et cela changeait maintenant. Il ne voulait plus être le dernier, celui qu’on n’appelait pas pour ne pas l’offusquer, celui qui disparaissait toujours. C’était ça son héritage ? C’était ça tout ce qui lui restait ? Un statut de fantôme ? Non, Jesse refusait de l’accepter. « But I want to change, I know there is no way we can go back, and there’s no way I can undo all the wrongs that I did but I do want to change and just stop running everywhere like I have nothing to lose because I do. » Hausser les épaules pour masquer la peine ne fonctionnerait plus, la peine serait la sienne, il la mettrait sur ses épaules et s’en occuperait, comme du reste. Un pied devant et un jour après l’autre. « I’ll move in with you guys, tomorrow, tonight even. » Les mots quittaient ses lèvres avec plein de sens, le métis se voyait déjà retourner dans son appartement et tout fourrer dans ses deux grandes valises et retourner dans le seul endroit où ils s’étaient senti en sécurité.

« I’ll do that. »

_________________
"Trouble on my left, trouble on my right, I've been facing trouble almost all my life... My sweet love, won't you pull me through?"


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t80-dear-old-world-is-it-too-late-to-get-a-refund http://aesthetics-blue.tumblr.com/

overjoyed - fonda & admin

avatar

◆ Manuscrits : 460
◆ Arrivé(e) le : 12/04/2015
◆ Âge : 30 ans
◆ Assoc. des Victimes : vice-président
◆ Métier : propriétaire du Vanilla Palace
◆ Points : 662
◆ DC : Toto, Pete, Micha & Tutur
◆ Avatar : Aaron Tveit


Sujet: Re: pray you catch meMer 16 Nov - 17:07

Il le jugeait du regard. Immobile. Interdit. Il s’était retourné l’espace d’une fraction de seconde, comme si cela l’aiderait à l’écouter parler d’une quelconque façon. Comme s’il serait plus attentif en affrontant son regard, en se plongeant dans les reflets ambrés qui lui semblaient si familiers et si distants et inaccessibles à la fois. La réponse était trop simple, trop évidente et facile. Alors quoi ? Adam avait failli mourir, Jesse avait disparu, et il revenait maintenant comme une fleur confessant ses pêchers en espérant que cela suffirait pour être pardonné. Le barman n’oublierait pas ; impossible. Même avec toute la volonté du monde, même avec le temps, il savait par avance qu’il allait se réveiller en sursaut au beau milieu de la nuit pour se tourner sans cesse entre ses draps et s’assurer que Jesse était bien réel, se pinçant le bras sans aucun scrupule, sans aucune retenue, juste pour se garantir qu’il était bel et bien vivant, qu’il respirait encore, et que tout cela n’était pas le fruit de son imagination, ou son fantôme qui était revenu hanté son propre lit. Il savait qu’il passerait des soirées entières à vérifier fréquemment si la voiture de l’officier apparaissait dans l’allée de la maison, s’il était sur le point de pousser la porte d’entrée pour le rejoindre et passer la soirée à ses côtés sur le canapé du salon à siroter des boissons sans sucre ou à grignoter du pop-corn devant une comédie romantique absolument absurde. Pas besoin d’être devin pour réaliser que le quotidien ne serait plus le même, qu’il ne pourrait plus être le même sans la confiance.

Le blond croisa les bras, observant l’autre homme, le dévisageant presque trop longtemps pour que l’instant paraisse réel. Ils venaient sans doute de s’arracher à l’humanité, au temps qui passait, aux rotations de la terre. Ou peut-être que c’était juste une impression laissée par l’explosion de leurs deux coeurs dans leurs poitrines, toute cette chair déchirée, décimée, éparpillée aux quatre vents, laissée à la merci des vautours et autres charognards. Certains s’en délecteraient d’ici peu, quand il ne resterait plus que des lambeaux de leur histoire, des confettis d’os et de sang qui disparaitraient bien rapidement. Mais pour l’heure, Adam se tenait là, contraint et forcé d’énoncer la sentence à laquelle Jesse serait bientôt condamné. Accepter, le laisser rentrer ? Recommencer depuis le début ? Croire que tout pourrait s’arranger ? Combien de temps avant que tout ne dérape à nouveau, que Jesse parte en claquant la porte et qu’il revienne seulement pour récupérer ses affaires ? Le barman leur donnait quelques semaines tout au plus, cela n’avait jamais duré plus longtemps sans que les esprits s’échauffent et que les remarques fusent. Ce n’était pas plus la faute de Jesse que d’Adam sur ce coup-là, et ils avaient tous deux leur part de responsabilité, mais tout devait être envisagé, et le trentenaire ne devait faire l’impasse sur aucune éventualité. Aussi, la probabilité qu’ils remettent le couvert d’ici peu de temps semblait plus importante que l’inverse.

Soupir. Mais ce n’était pas lui au final, ce n’était pas ce qu’il aspirait à être. Et au-delà de ça, est-ce qu’il parviendrait seulement à croiser son regard dans un miroir s’il ne laissait pas une énième chance à Jesse ? Non. Il n’avait même pas besoin d’y réfléchir davantage pour le savoir, pour le deviner aussitôt. S’il tournait définitivement le dos au métis, s’il tournait les talons sans même un regard, sans un mot à son égard, il s’en voudrait pendant des mois, voire des années sans doute. Il passerait le plus clair de son temps à se demander ce que sa vie aurait pu être si Jesse avait été à ses côté, s’il avait été suffisamment naif pour lui laisser l'opportunité de faire ses preuves. Ça n’avait aucun sens dans le fond, et dans les deux cas l’angoisse serait bien présente. Alors autant la rendre le moins pénible possible, pas vrai ? Autant chasser la solitude, et prouver à Jesse dans le même temps qu’il n’avait strictement rien compris, qu’il était le seul à vouloir se passer des autres.

Adam haussa les épaules.

« I’ll be waiting home then. » Aucune précision n’était nécessaire. La balle était dans le camp de Jesse, et Adam n'avait plus qu'à espérer qu’il ne viserait pas son coeur cette fois-ci.

sujet terminé

_________________

if i can't find a cure, i'll fix you with my love



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t84-and-the-walls-kept-tumbling-down#149
 

pray you catch me

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» 12 juin 2010 Catch and Slash vs Darkside Cowboys
» [Sport ? ] Catch
» Catch extrem
» Fan de catch ?
» presantation de monster fan catch hunter

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: the city that we loved :: fairhope avenue :: eat & drink :: vanilla palace-