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 don't stop for nothing

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overjoyed - we survived

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Sujet: don't stop for nothingDim 17 Juil - 23:21


Don't stop for nothing it's full speed or nothing
I am taking down you know whatever is in my way

septembre 2015

Le sang d'Adam n'avait pas uniquement tâché le sol de la mairie. Comme tous les autres avant lui, il avait sali la ville. Les immeubles de Fairhope se peignaient de rouge, et lui, l'ouvrier fautif, l'étalait au rouleau sur les murs, du sang sur les doigts, sur les habits, sur le visage. Ils ne devraient plus être surpris, et pourtant ils l'étaient constamment, l'horreur renouvelant le sentiment d'angoisse que les jours tranquilles avaient apaisé, que les briques et le ciment noyaient, que le bruit des machines masquait, camouflait, et que chacun et chacune s'efforçait d'ignorer lorsqu'il venait frapper à leurs portes. Mais, toujours, alors qu'il tambourinait sur la porte, l'assassin s'était déjà infiltré dans leurs vies, dans leurs salons, leurs âmes, juste pour arracher encore quelque chose, pour effacer un visage sur une photographie, pour rayer un nom sur des factures, pour laisser des plats dans les assiettes et des verres encore remplis. Le Poète envoyait tout valser d'un revers de manche et le citoyen se disait que jamais, jamais plus il ne retrouverait la sérénité, qu'il était le prochain, qu'il risquait d'y passer à chaque instant, que le meurtrier s'en prenait à tous et à n'importe qui, qu'il s'attaquait aux piliers de la communauté, qu'il arrachait des Adam comme on arrache des roses. Et puis finalement, on coulait du béton frais, on relançait les machines, on parlait au-dessus des minutes de silence, et l'angoisse, la terreur s'enfonçaient sagement au fond de leurs boîtes, prêtes à bondir à nouveau. Sean, lui, n'arrivait jamais à les enterrer assez profond. Ils gisaient sous la surface, et ils avaient percé la peau dès qu'il avait appris la nouvelle. Indomptables. Cela faisait quelques jours que son cœur refusait de ralentir, que le sommeil refusait de le trouver, qu'il était en niveau d'alerte maximale. Et pourtant, il n'avait ni vu ni entendu cette foutue moto.

Il était resté interdit quelques secondes. Le choc passé, la voiture complètement arrêtée, il était resté quelques instants derrière le volant, et la seule phrase qui tournait en boucle dans sa tête ne lui était d'aucun secours. Et merde, et merde, et merde... Les phares éclairaient encore la route, la rue était à peine éclairée par quelques lampadaires, et la pluie de septembre battait le pavé, mais la vision de Sean s'était troublée. Il n'allait pas s'enfuir, il n'était pas lâche à ce point-là. Mais ça aurait été mentir que de prétendre que l'idée ne lui avait pas traversé l'esprit. Ça semblait beaucoup plus facile que de sortir, de descendre de la voiture et de constater les dégâts par lui-même. Les dégâts qu'il avait, une fois de plus, causés. Certes, il avait également pensé à la carrosserie de sa voiture, au prix que ça lui coûterait s'il fallait changer quelque chose, au prix des assurances, mais c'étaient surtout des ruses de son esprit pour ne pas penser à la personne qu'il avait renversée. La moto avait semblé surgir de nulle part, ou en tout cas il ne l'avait pas vue. Les quelques verres qu'il avait bus avant n'avaient, naturellement, rien à voir là-dedans, ni son manque absolu de concentration et de sommeil. Oui, il avait été trop occupé à penser à Adam, à penser à cette conférence morbide où un de ses amis avait été attaqués, où le Poète avait frappé, une nouvelle fois, et bien évidemment que c'était de sa faute. Pas seulement Adam, qui avait frôlé la mort parce qu'il n'avait pas osé passer un coup de fil, mais aussi le motard qu'il avait fauché en grillant un stop parce que, quoi, au juste? Parce que pourquoi pas, c'était la seule raison. Et elle ne valait rien.

Finalement, après quelques secondes d'immobilité absolue, il était sorti de la voiture et s'était précipité vers le cadavre qui semblait bien vivant, au final, et il avait soupiré de soulagement. «Bordel, je suis désolé, tout va bien?» Son père lui avait répété, patiemment ou presque, à chaque fois qu'il lâchait une grossièreté, de tenir sa langue, allant parfois jusqu'à lui hurler dessus, usant de quelques insultes de son propre cru, mais il n'avait jamais réussi à débarrasser son fils de cette putain de sale manie. Et pour être honnête, c'était le cadet des soucis de Sean à l'instant. Le (très) jeune homme n'avait pas exactement l'air d'aller bien. Il n'avait pas non plus exactement l'air d'être en âge de conduire un engin pareil. Mais après tout, il ne voyait pas très bien. «Rien de cassé? Je suis vraiment désolé, je t'ai vraiment pas vu arriver, je suis désolé.» Il aurait pu le répéter mille fois, ça n'aurait rien réparé. Pas le gosse, pas sa bécane, pas les torts du conducteur. Il jeta un œil à la moto, se demandant vaguement s'il devrait payer pour les réparations, avant d'arriver à la conclusion qu'il devrait simplement bosser encore plus, trouver encore plus de petits trucs à faire à côté. Ca n'aurait aucune espèce d'importance si le gamin lui crevait sur les bras, cela dit. «Je devrais t'emmener à l'hôpital. On devrait aller à l'hôpital.»

Merde.
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Sujet: Re: don't stop for nothingMer 17 Aoû - 3:35

Le monde tremblait. Il semblait hésiter à exister, autour de lui, fait d’images chancelantes, de taches de couleurs pas bien finies. Même le vrombissement courroucé de sa moto, qu’il savait être là, qui aurait dû lui racler les oreilles, cahotait contre le vide comme un mauvais morceau de morse. Quant au sol, hé bah, il lui glissait entre les doigts. Entre les couches de vêtements, plutôt, parce qu’il n’avait aucun centimètre de peau en contact avec le sol, il ne s’offrait pas encore de tours en motos à moitié à poil, mais c’était accessoire. Comme tout le reste lorsqu’on vient de se faire défoncer par un quelconque tank motorisé, remarquez. Mais bref. Ce qui importait, c’était que le monde ramait comme un vieux Windows. Et oui, il savait, c’était lui, c’était lui qui fonctionnait mal, mais il ne le savait que de loin, et ça n’était jamais qu’une théorie. Pourquoi la réalité des autres serait-elle plus valide que celle qui trébuchait sur elle-même, hein ? Il était toujours conscient, ou presque. Ça comptait quand même.

De loin, il envoya à son corps l’ordre de bouger, luttant contre ce qui lui intimait de se laisser sombrer. Nonpe. Pas son style, sinon il aurait été déjà mort, sans doute plus d’une fois. Il était chiant comme ça. Agh. Il retrouva l’empreinte de sa joue contre le bitume, la douleur dans son corps, le poids de sa respiration contre sa poitrine. Ohh, putain. Maintenant aurait été un bon moment pour être maso et prêcher les vertus de la douleur et de l’adrénaline pour se sentir vivant, mais étrangement il n’en trouva pas la force. Il laissa échapper un grognement, estimant qu’il n’était plus à ça près, et se mit tant bien que mal à quatre pattes pour respirer. Il n’avait que ça à faire, ça paraissait simple en théorie… Putain, n’empêche, qu’est-ce qui s’était passé ? Il n’avait pas vraiment eu le temps de comprendre. C’était juste arrivé, sans le luxe de la seconde où tout a basculé ni vie qui passe devant ses yeux. Juste le choc. Une seconde sur sa moto, la suivante il volait.

Rien de bien nouveau, à priori. Ce n’était sûrement pas la première fois qu’il se heurtait à quelque chose et devait prendre un instant avant de repartir. La seule différence, c’était sûrement qu’il pouvait blâmer quelqu’un d’autre, pour une fois. Il n’était pas certain à qui incombait la faute, en vrai – peut-être roulait-il un peu vite, aussi, ou avait-il le regard fixé sur l’horizon, mais peu importait. Après la tristement célèbre Conférence, il n’aurait trouvé d’excuses à personne. Fairhope méritait des claques, et il n’avait rien contre l’idée d’en distribuer quelques-unes. Ça ne rattraperait qu’un peu ce qu’on ressentait quand on se faisait piétiner par une foule de ploucs. Ceci dit, il s’abstint de commencer par là, et se redressa pour fusiller le chauffard local du regard.

- …j’avais mes phares., commença-t-il même s’il n’était pas complètement sûr de dire la vérité. T’es bourré, malade, ou juste con ? Il y avait une réelle agressivité dans sa voix, pour une fois, et s’en rendre compte le perturba un peu. Il fallait qu’il se reprenne, ce n’était pas son style de piquer des crises de colère, et être le troll de service perdait vraiment de son charme si c’était rempli d’angoisse adolescente. Beurk. Il s’appuya sur le type, pas gêné pour un sou, pour relever son mètre soixante-dix-sept, puis sa voix lui parvint enfin au cerveau et il lâcha un profond soupir, exaspéré d’avance.

– Oh, non, pitié. C’est quoi, votre trip, à tous, avec les hôpitaux ? Ils font pas de la magie, ça change pas grand-chose au final.

Il se frotta les yeux, encore un peu tremblant, et se retourna vers sa moto pour juger des dégâts. Hm-hm. Il était à peu près certain qu’elle était censée encore faire du bruit, donc c’était plutôt mauvais signe. Un esprit sage aurait sans doute fait remarquer qu’au moins, rien ne fumait, mais Jim n’avait jamais été quelqu’un de fondamentalement positif, aussi se contenta-t-il d’un long grognement, suivi d’une flopée de jurons qu’il n’aurait pas osé prononcer devant un enfant de moins de 16 ans. Quand est-ce qu’il allait finir, ce mois pourri, hein ? Est-ce que c’était son corps qui faisait tout merder, ou juste l’apocalypse de Fairhope qui poussait tout le monde à la folie ?

- … Ouch., ajouta-t-il pour la forme.

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Sujet: Re: don't stop for nothingDim 18 Sep - 0:08

Là, sur l'asphalte, la victime. Milliers de morceaux, milliards de gouttes de sang versées en arabesques aléatoires sur le bitume. Les tâches d'encre de Rorschach faisaient bien pâle figure à côté de cette représentation sanguine de ce qu'il y avait au plus profond de lui. La mort. Pas besoin d'analyse, pas besoin de jugeote, c'était écrit rouge sur chair, en lettres capitales. Ici, pas de mise en scène, pas de préméditation, pas de public, juste un tête-à-tête assassin. Enfin, il avait passé le cap. Non content de laisser son inaction et ses mauvaises décisions coûter des vies, voilà qu'il tentait de les prendre lui-même, à mains nues, poings serrés sur le volant. Voilà qu'enfin, être complice ne satisfaisait plus sa dépendance morbide à la culpabilité, et qu'il lui fallait aller chercher sa dose quotidienne lui-même. Attendre que le Poète ne se décide à refaire surface était bien trop aléatoire, et il était en manque. La nicotine et l'alcool faisaient de bien piètres remplacements, et d'eux aussi, il s'était lassé. Il fallait augmenter les frissons, augmenter le dégoût de soi qui lui tombait dessus, pluie acide. Défoncé au déplaisir, junkie de bas-étages, Sean frôlait une nouvelle forme de nirvana qui plongeait tout droit dans les abîmes et oubliait de ressortir. Trophées de chasse, les noms des victimes marqués noir sur blanc dans son journal, voilà qu'il n'aurait plus qu'à attendre un peu pour en ajouter un autre. Un cadavre de plus à cacher sous les fondations d'un immeuble ou d'un autre.

Il était bien vivant, pourtant.

Et lui répéter cinquante fois qu'il était désolé était aussi utile que de déposer des fleurs sur une pierre tombale. Ça n'avait absolument aucun intérêt pour le cadavre qui pourrissait au fond d'une boîte, et le seul but était d'apaiser le fautif, qui tentait de se convaincre que s'il le répétait suffisamment, s'il venait suffisamment souvent déposer un bouquet à dix dollars sur un bloc de ciment, alors il serait pardonné. Ou au moins, il se sentirait mieux. Les mots, crachés comme autant de pétales avalés de travers, empoisonnaient l'air pourtant déjà putréfié. Excuses essoufflées, crachin poisseux qui lui collait à la peau. Empêtré dans ses excuses, l'agressivité du motard lui passa complètement au-dessus de la tête, ses mots à peine enregistrés comme étant hostiles, acceptant volontiers tous les blâmes lancés dans sa direction.

A dire vrai, il n'avait aucune envie d'aller à l'hôpital. Il ne voulait juste pas que le gosse lui crève sur les bras, et vu son état, ça n'était pas forcément gagné d'avance. Il avait plus ou moins l'air d'être passé sous un camion, et Sean n'avait absolument pas envie de devoir expliquer à qui que ce soit que c'était lui qui avait fait ça. Surtout avec le verre de trop qu'il avait dans le nez et le flagrant non-respect des règles de circulation. Puis allez expliquer aux infirmiers et autres urgentistes qu'il ne l'avait pas tabassé, avec une tronche pareille. Juste tamponné avec sa voiture, juste fauché en plein vol, faucheuse venue chercher son quota. En plus, il ne savait pas s'ils avaient laissé déjà laissé Adam sortir, mais l'idée du barman dans son lit d'hôpital suffisait à lui filer la nausée. L'idée du barman devenu pantin de fortune, bête de foire, le rendait malade. Ce qui était la principale raison pour laquelle il avait tenté de noyer le poisson sous un, deux, trois, quatre verres de whisky. Il supporta sans problème le poids de l'accidenté, ravi de voir qu'il arrivait à se tenir debout sur ses pieds.

«Si ça t'évite de crever, je prends.» Il s'était à peine entendu répondre, et l'autre s'était tourné vers des choses bien plus importantes, sa moto. Éteinte, pour une raison à laquelle Sean refusait de penser. Il avait fini par se tourner vers la machine à son tour. «... Ca donne quoi?» osa Sean, juste derrière le motard. A en juger par la flopée de noms d'oiseaux qui suivit, ça ne donnait rien de bon. «Écoute, mec, je suis vraiment désolé. Tu veux pas t'asseoir un coup ou quelque chose? T'as quand même vraiment pas l'air bien.» C'était une estimation raisonnable, même s'il ne voyait pas grand-chose. La lumière de ses phares, toujours allumés, lui donnait probablement une image encore plus négative du résultat final, mais le bilan n'était pas exactement positif. Son propre cerveau semblait tambouriner contre les parois de son crâne, lançant des gentils rappels du fait qu'il avait merdé sur toute la ligne. Et ce qu'il n'aurait pas donné pour un verre de plus. 
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