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 it's not a cry that you hear at night

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fonda - lost in the fire

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◆ Manuscrits : 6432
◆ Arrivé(e) le : 15/03/2015
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Sujet: it's not a cry that you hear at nightLun 12 Sep - 3:08

it's not a cry that you hear at night
it's a cold and it's a broken... hallelujah



7 décembre 2015
Il aurait pourtant juré l’avoir entendu. Là, entre les branches maigres des arbres à moitié nus, sur l’écorce attaquée par les vents frais de l’hiver. On lui avait murmuré des mots qui ressemblaient à des songes, une complainte funèbre qui l’avait trainé vers la mort. On lui avait dit que la réponse se trouvait ici, alors Tobias avait fuit les murs tièdes et rassurants de sa demeure, le parfum sucré de sa soeur dont les bras fragiles lui manquaient un peu plus chaque jour. Il s’était perdu dans cette ville qu’il connaissait pourtant par coeur à une certaine époque, avant que ses repères s’estompent et s’effacent à la manière des empreintes laissées sur le sable que la mer se faisait toujours un plaisir de venir dévorer. On l’avait empoisonné et depuis… Depuis, les remparts s’étaient écroulés doucement, s’effritant, le vent et l’érosion faisant le reste pour que des pierres il ne reste plus qu’un souvenir ; pour que de Tobias il ne reste plus qu’une forme un peu bancale aux contours mal dessinés. Ses ongles abimés attaquaient le bois avec trop peu de conviction pour qu’il ne soit pas arrivé avant le coucher du soleil, avant que les lumières électriques et grésillantes de l’éclairage public ne s’allument. Il cherchait sa solution, abattu, éreinté, persuadé d’avoir manqué sa chance, d’être passé à peu de chose d’un véritable miracle.

Il ne pouvait pas abandonner, pas vrai ? Pour faire quoi ? Pour aller où ? Regagner quel foyer ? Voir quel feu se consumer ? Celui qui bouffait son âme ? Ça expliquait au moins les cendres dans son regard, et cette sensation de brûlure sur ses lèvres depuis que celles de Laurel n’étaient pas venues les apaiser. Il cherchait, aussi perdu qu’au premier jour, réalisant soudainement qu’il avait avancer sans se soucier du reste, sans demander son chemin, sans se douter un seul instant qu’il aurait du mal à faire la route en sens inverse. C’était étrange de le voir ainsi depuis quelques semaines, reclus dans son salon, refusant d’ouvrir la porte à quelqu’un d’autre qu’un jeune homme qui venait lui rendre visite régulièrement, à qui il ne parlait que rarement au final, avant d’avouer dans un murmure qu’elle allait revenir, elle allait revenir, elle finissait toujours par revenir. Et la même question faisait à chaque fois écho à ses élucubrations, Tobias se contentant d’un signe de tête, affirmant qu’il n'évoquait pas sa défunte soeur, avant de passer à autre chose, tirant un rideau pour vérifier au coin de la rue si sa chevelure blonde ou rousse ou rouge sang ne ferait pas irruption d’entre les damnés pour venir le posséder à nouveau. « Elle fait des choses terribles, absolument terribles. » Le pauvre bougre était prisonnier depuis des décennies, impossible donc pour le commun des mortels de tirer une quelconque conclusion de ses discours insensés. Et puis ce soir-là, la tentation avait été trop forte et il n’avait même pas cherché à s’assurer que ce n’était pas encore un plan démoniaque monté de toute pièce par la vipère. Il était sorti comme il était vêtu, la porte de chez lui encore entrouverte tandis que le voisinage s’efforçait de se barricader, de s’enfermer pour mieux respirer et tenter de survivre.

Mais rien. Il n’avait rien trouvé et la mélancolie se lisait jusque dans le fond tourmenté de ses yeux clairs. L’homme reprit alors sa route comme il était venu, sans comprendre davantage ni savoir pour quelle raison il en était arrivé là, les ongles salis par son ignorance et sa bêtise. « Jesse. » Il l’avait reconnu quand il s’était retrouvé face à lui. « Jesse. » Il ne l’appelait pas. Pour ainsi dire, il ne lui parlait même pas, pas certain de savoir qui était allé à la rencontre de l'autre. Il se contentait simplement de le reconnaitre avec le même aplomb que celui d’un enfant particulièrement fier d’avoir réussi à retenir un nouveau mot. « Jesse. » Il savait que ce mot-là coïncidait avec cette forme, au même titre que les cinq lettres qui formaient le son « arbre » correspondait à l’objet de sa récente obsession. « J’ai entendu. Là-bas. Il… » On les entendait sûrement eux aussi. On les épiait. La rue entière pouvait les écouter, être les témoins indésirables de ses confessions nocturnes. Ses sourcils se froissèrent tandis qu’il vérifiait que personne ne les suivait pour la troisième fois en une quinzaine de secondes. « We should hide, she’s going to find us. » Un murmure rapidement emporté par le vent ; déjà presque un souvenir.  
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Sujet: Re: it's not a cry that you hear at nightMer 16 Nov - 16:52

Les rues de Fairhope vides lui donnaient la nausée.

Il y avait quelque chose là, dans la pénombre, dans ce silence si peu naturel qui ne s’alignait pas et qui le faisait avancer prudemment et tourner la tête à la moindre ombre aperçue dans le coin de son oeil. C’était ridicule, Jesse le savait. Mais la ville avait des allures de navires abandonnés, avec toutes ces lumières vives et polluantes pour éclairer des rues vides, des boutiques fermées et des bars et autres restaurant sans clients. Comme si, comme si tout le monde avait déjà un pied dans la tombe, comme si tout le monde était déjà mort. La seule chose qui venait déranger tout ceci était de temps à autre était une voiture de police ça et là. Les pneus qui glissaient trop tranquillement sur la route, qui finissaient par s’arrêter, se tourner et repartir, encore et encore, c’était une danse sans fin. Une danse sans aucun rythme et qu’il fallait souvent effectuer seul. Denis avait refusé la ronde ce soir-là, proclamant qu’il serait bien mieux chez lui si c’était ça que le maire voulait, la tâche était retombée sur Jesse donc, qui parcourait les rues de Fly Creek à seulement trente kilomètres heures.

Le son de sa stéréo était plus bas que d’ordinaire, même la plus grande des divas ne parvenaient pas à calmer son coeur, surtout quand ces derniers temps elle chantait sûrement mais lentement sa peine. Jesse parcourait des rues qu’il connaissait par coeur en se demandant ce qu’il cherchait. En se demandant si toute cette poudre aux yeux était vraiment nécessaire. Qu’est-ce qu’ils espéraient tous ? Que le meurtrier brave tous les dangers et ose trainer un cadavre en pleine nuit, quand il n’y avait plus rien ni personne pour le cacher ? C’était un grand malade, un fou qui parvenait à être invisible en pleine jour et dans une foule. Ici, il n’y avait rien avantageux, ici c’était une tout autre paire de manche. Jesse finit par s’arrêter à un stop, coupant complètement le moteur de sa voiture. Il croisa les bras et s’appuya contre le volant, ses yeux bleus scrutant la rue face à lui. Il ne pouvait pas s’empêcher de se dire que c’était une mauvaise idée, et jusqu’ici son instinct ne lui avait jamais fait défaut. Jamais. Il n’aurait pas dû se trouver ici, cela semblait presque interdit, il aurait dû… enclencher la marche arrière, retourner rejoindre Adam sous les couvertures et demander au blond s’il était d’humeur à regarder un film ou tout simplement prendre un bain avec lui.

Jesse se contentait de ce qu’Adam voulait bien lui donner, dans leur nouvel équilibre précaire. Ne plus vivre tout seul lui faisait du bien, il n’était plus seul avec sa déprime et la solitude était une maitresse qu’il avait dû cacher sous le lit. Tout n’était pas parfait bien sûr, il y avait toujours les regards du blond qui en disaient long, comme si Adam s’attendait à le voir disparaitre, comme s’il savait qu’il allait être de nouveau blessé et que lui comme Jesse ne faisaient que retarder l’échéance et se voiler la face. Se voiler la face à deux pour mieux foncer dans un mur. Dans ces moments-là, Jesse se faisait silencieux, soutenait le regard d’Adam pendant quelques secondes et partait faire quelque chose de productif. Comme réorganiser le garage avec Willow ou écouter Chloé qui lui prodiguait des conseils de couple. Quelque chose de productif, qui n’impliquait pas de tourner en rond, de s’apitoyer sur son sort et de se sentir coupable, chose qui n’aidait vraiment pas. Jesse avait été sincère et honnête avec Adam, il voulait changer, il en avait besoin, besoin de sortir de sa propre carapace et sans forcément enfiler celle de quelqu’un d’autre, il voulait être en mesure de se regarder dans le miroir sans une once de dégoût et de regret. Chose qui allait prendre du temps.

Perdu dans ses pensées, Jesse piqua du nez sur le tableau de commande. Il voulait vraiment rentrer, prendre Adam dans ses bras et peut-être même l’embrasser. « Are you kidding me right now ? » Jesse avait allumé son moteur une nouvelle fois, et les phares avaient révélé une silhouette, trop longue, trop élancée, trop titubante et trop perdue… Il avait reconnu sans aucun problème Tobias. Il n’y avait que lui pour faire fi du couvre feu et avec un passif comme le sien, il avait de la chance d’être tombé sur Jesse. Jesse poussa un profond soupir et sortir de sa voiture de service, la porte claquant dans le silence de la rue. Le métis avait appris, au fil de quelques semaines et sous les conseils avis d’Arthur, de quelle façon approcher Tobias. Leur conversation étaient de celles que Jesse n’oubliaient pas facilement, l’esprit de Tobias était un labyrinthe compliqué dans lequel il était parti se perdre. Pourquoi ? Parce que Jesse était convaincu que c’était là que se cachait la clef de leur affaire. Là encore, de l’instinct pur. Pas d’indice, pas de raison logique, rien d’autre que de l’instinct. Tobias venait vers lui, Jesse le laissa parcourir les quelques mètres qui les séparaient, il laissa l’autre homme venir à lui et se contenta d’hocher la tête à ses dires. « Tobias. Do you know what time it is ? Do you know where you are ? » Le ton de Jesse était trop doux pour être naturel, mais il s’adressait là à un animal sauvage, et à en juger par le ton de Tobias, quelqu'un d’autre tirait les ficelles de son immense carcasse. « We can hide. I can take you anywhere you want. You know it’s dangerous out there this late. You know that right ? »

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Sujet: Re: it's not a cry that you hear at nightDim 11 Déc - 6:14

L’homme avait bien de la peine à retenir les prénoms. Non par paresse ou désintérêt, non par insolence ou désinvolture, mais bien parce qu’il n’en saisissait jamais le sens. Il n’y avait bien que celui de Laurel qui voulait dire quelque chose, qui remuait ses entrailles, qui les nouait, qui faisait vaciller ses jambes et qui ravivait la lueur dans son regard terni par le deuil et le temps. Et pourtant, il avait réussi à se souvenir des cinq lettres qui composaient le prénom du métis qui venait à sa rencontre, comme s’il le connaissait, leur histoire se mêlant l’une à l’autre, Tobias devenant indissociable du jeune homme. Il aurait pu dire autre chose, l’interpeller autrement, multiplier les appels au secours, prier pour qu’il se reconnaisse dans ses supplications, sa façon misérable de proférer des Help en espérant que la lune lui viendrait en aide si personne n’était là pour le sortir de ce mauvais pas. Mais Jesse comblait déjà l’espace entre leurs deux univers. En prononçant son nom, Tobias l’avait rendu réel. Il était apparu aussi facilement que cela, tiré de ses songes, de ses angoisses les plus profondes ; de ses cauchemars ? Non, sa présence n’était pas un mauvais présage. Sa peau n’avait pas la même teinte, mais ses yeux étaient clairs, bien plus clairs que les siens, et il pouvait s’y fier comme on s’en remettait parfois au ciel.

Ses doigts étaient glacés, ses pauvres ongles craquelés, fissurés de toute part. L’un d’entre eux était sans doute resté coincé dans l’écorce d’un arbre, sacrifice pris en otage par la nature. À moins que le sang sur le bord de ses cuticules soit là depuis plus longtemps ? Il ne savait pas, il ne savait rien. Pas même le début ou la fin, le tout ou le néant, la vie ou la mort, la faim ou le désir. Rien. Pas même le vent, la pluie, la grêle, les tempêtes et les bourrasques. Pas même l’arbre, la branche, la feuille ou le fruit. Il ne connaissait que le bourgeon, celui qui n’avait pas passé l’été, abandonné sur la plage de Fairhope, laissé à la merci des charognards. Il ne connaissait que ce qui n’avait pas eu le temps d’éclore, il l’avait cueilli, l’avait vu saigner avant de se mettre à genoux pour le rendre à la nature en demandant pardon. Mais cela n’avait pas suffi, évidemment que Laurel valait bien mieux que de simples excuses jetées à la face du monde. Il payait maintenant le prix de ses erreurs, sans vraiment le savoir, sans même réaliser l’ampleur de ce qui était en train de le ronger. C’était certainement ça le pire dans toute cette histoire.

« Jesse. » Les propres paroles de l’officier se perdaient au milieu de ce refrain, Tobias essayant de se prouver avec difficulté que l’autre homme était bel et bien présent, devant lui, aussi vivant que lui ; si toutefois il l’était encore. « Jesse. » Écoutait-il seulement ce qu’on était en train de lui dire ? Sûrement. Tobias n’était pas miraculeusement devenu sourd, mais la bulle dans laquelle il était maintenant enfermé s’était épaissie, l’isolant du reste du monde. Le pauvre bougre frotta ses doigts entre eux, ne prenant pas le temps de constater les dégâts, malgré tout gêné par la douleur qui engourdissait ses phalanges éreintées. Les plaies étaient superficielles, rien de bien alarmant, mais la présence de Jesse avait cela de rassurant ; sans l’intervention de l’officier, qui pouvait jurer que Tobias n’aurait pas tenté de laisser son sang sur cet arbre, sur ses branches, ses feuilles. Juste dans l’espoir que le liquide fasse renaître le bourgeon, au creux de l’hiver, quand il en avait le plus besoin ; quand tout son être se débattait et que l’instinct de survie reprenait le dessus, lui hurlant de la retrouver au plus vite s’il ne voulait pas finir par mordre la poussière. Il faisait pourtant de son mieux, mais ce n’était visiblement pas suffisant. « Jesse, I am here. I am here in front of you. Are you ? You are. Yes, yes, you are in front of me. You are. »

Son regard fuyait de droite et de gauche, vérifiant que personne n’avait suivi le jeune homme, s’assurant qu’il était seul face à lui, et qu’il n’était pas seulement le fruit de son imagination. Qu’il n’était pas une illusion supplémentaire, une farce, un vaste mensonge qui se dissiperait lorsque les premiers rayons du soleil fendraient le rideau sombre de la nuit. « Jesse, we need to hide. » Tobias ne pouvait plus commencer une phrase sans prononcer son prénom, ces cinq lettres qui le faisaient exister, qui l’intégrait à son monde. « Jesse. » La dernière lueur de conscience qui lui restait, qui vacillait dangereusement. Qui allait bientôt s’éteindre. « Jesse, we could hide over there, or… » Il cherchait, désespérément. Avant qu’elle revienne, qu’elle les surprenne ici, et qu’elle les laisse pour morts sur les trottoirs déjà souillés du sang d'autres victimes. Son cou finirait par se briser s’il continuait de s’agiter de la sorte, c’était certain. « Jesse, it’s dangerous here, you’re right, you’re totally right. It’s dangerous here and that’s what she wants… You’re right, we have to… » Il pouvait apercevoir la lumière familière de son salon qui éclairait la rue, à quelques mètres de là. Quelques pas, et peut-être qu’ils seraient épargnés. « Jesse. » Le condamné s’était penché vers le vivant, chuchotant à présent, par peur de la voir arriver plus tôt que prévu. « Jesse, we should go. » Les yeux rivés sur sa demeure, ses pieds restaient pourtant cloués au sol, indissociables du bitume.

Et pour la première fois, il tremblait.
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Sujet: Re: it's not a cry that you hear at nightDim 1 Jan - 21:30

En voyant Tobias ainsi, le coeur de Jesse se serra et son esprit lui rappela pourquoi est-ce qu’il ne pouvait pas laisser le grand brun tranquille. Pourquoi est-ce qu’au fil des années, au fil des meurtres leurs chemins n’avaient fait que se croiser. Ce brin de folie, ce qu’il y avait là, tout bas, au plus profond des prunelles de Tobias, il l’avait déjà vu. Il l’avait déjà vu naitre et grandir dans les yeux d’un autre homme. Dans ceux de James Mahoney. C’était la même folie, le même élan quasiment paranoïaque qui les habitait, eux deux qui avaient perdu l’être aimé. Jesse avait observé pendant des années son propre père essayer de contenter ses démons et sa peine, de les noyer dans l’alcool, pour ne plus les entendre murmurer à son oreille. Mais parfois ce n’était pas suffisant, tout revenait à la charge et c’était alors son rejeton, qui souvent ressemblait trop à sa propre mère qui en subissait les conséquences. C’était cette lueur qui brillait à cette seconde précise dans les yeux de Tobias, cette même émotion qui cloua Jesse sur place, et il sut qu’il ne repartirait pas sans Tobias ce soir.

Car il n’était plus un petit garçon apeuré qui ne savait pas quoi faire, non. Il savait exactement quoi faire, pour que Tobias se retrouve ailleurs, et pas dans un lit d’hôpital parce que son crâne avait décidé de lâcher et que ses démons avaient fini par manger sa matière grise en plus de tout le reste. Il ne laisserait pas le brun sombrer, il était hors de question qu’un autre esprit s’éteigne devant lui, pas s’il pouvait l’en empêcher, pas s’il pouvait faire ou dire quelque chose. Jesse ne lâcha pas cette immense silhouette du regard, le bleu de ses yeux soudainement plus sérieux, plus glacial, à la recherche des propres iris de Tobias. Afin que leurs regards se croisent et qu’il puisse le rassurer. Lui dire qu’il n’était pas seul. Lui mentir n’aurait pas été une solution, non. Jesse prit une profonde inspiration, il savait qu’il jouait gros là, tout ou rien, et il se rapprocha du brun, ce dernier tremblant à présent. « Tobias… Tobias listen to me. » Le ton de Jesse était plus insistant qu’il ne l’avait jamais été et il posa une main ferme sur l’épaule de l’autre homme. Pour lui rappeler que l’océan glacé dans lequel il était en train de se perdre avait une surface. Pour lui rappeler qu’il devait respirer, et remonter, remonter prendre son oxygène, remonter prendre sa raison. Et qu’il ne devait pas se laisser couler, pas maintenant, sinon cela aurait voulu dire les laisser gagner.

« We’re gonna hide, we’re gonna be okay. » Le métis insista bien sur le dernier mot qu’il répéta encore une fois, ses yeux dans ceux de Tobias. « But you have to do as I say okay ? » Qu’il le suive lui, qu’il garde les yeux rivés sur lui. Tant pis si Jesse devait lui servir de point d’ancrage pour les prochaines décennies à venir, au moins, il ne serait plus seul. Que ce soit pendant pendant les nuits où Morphée ne le jugeait pas digne de sa présence, où pendant les jours où les vivants préféraient s’ignorer les uns les autres plutôt que de faire quelque chose. Jesse indiqua sa voiture de patrouille d’un simple hochement de tête, signe qu’ils allaient s’y diriger, lentement, au rythme que voulait Tobias. « Exactly as I say. And it will be fine, and nothing is gonna hurt you. Remember ? » Jesse ouvrit la marche, avançant lentement et guidant Tobias. Il savait que les réactions de ce dernier étaient imprévisibles, mais contrairement à quelqu’un de lâche qui aurait essayé de lui mettre une muselière, Jesse voulait qu’il s’exprime. Qu’il s’exprime et parle de tout ce qui n’allait pas de tout ce qu’il avait sur le coeur. Qu’il hurle et qu’il cogne, mais qu’il ne garde absolument rien pour lui. Le métis savait comment le processus marchait, la peur n’engendrait absolument rien d’autre que la peur et ses meilleurs amis arrivaient souvent après. L’incertitude, la folie, l’angoisse, ce noeud dans la poitrine qui n’épargnait personne. Et enfin la solitude, l’isolement, pour que Tobias reste enfermé dans son propre esprit et que les issues de secours se ferment une à une, sans qu’il ne trouve de moyen de sortie, sans qu’il ne soit libre.

Jesse savait qu’il arrivait tard, cette pauvre carcasse, si grande, si tordue pour rien, avait déjà été enchainée, avait déjà souffert. Il n’avait pas la prétention de pouvoir libérer Tobias non, mais il pouvait essayer de le guider dans la bonne direction. « I’m your friend okay. » Pas un mensonge, pas quelque chose de murmuré pour parvenir à ses fins ou qui n’avait pas de sens. En prononçant ces mots-là, Jesse se rendit compte qu’ils étaient similaires sur bien des points et que l’ignorer aurait été bien stupide. « Come here. We’ll go somewhere safe. »

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Sujet: Re: it's not a cry that you hear at nightDim 22 Jan - 21:55

Il sentait son coeur vibrer, et c’était bien ça le plus inquiétant. Lui qui n’avait jamais pris l’habitude d’y prêter attention réalisait maintenant avec stupeur que son corps était habité par une pompe infernale, qui ne s’arrêtait plus, lancée dans une course folle. Et vaine. Il aurait aimé avoir un couteau sous la main, n’importe quoi qu’il puisse se planter entre les côtes avec autant de force que de désespoir, séparant les os pour mieux atteindre l’objet de sa nouvelle obsession. Cette bête, dans sa poitrine, qui ne cessait plus de battre, qui se cognait contre les parois de chair en espérant peut-être pouvoir les briser. Les barrières ne tremblaient pas, pas autant que lui en tout cas, insensibles face à la bataille qui se menait dans les cavités de son torse, imperturbables ; indestructibles. Il avait l’espoir de pouvoir arrêter le phénomène à l’aide de ses propres mains avant que de laver le sang donc ses paumes seraient tachées. Sa respiration se faisait plus forte, plus profonde, une sorte de râle, triste mélodie qui faisait peine à voir. Faisait-il seulement confiance à Jesse ? Il ne parvenait même plus à faire la différence entre son propre coeur, celui des autres, le ciel ou la mer, l’éternité ou le présent, à quoi bon lui poser ce genre de question. Il ne croyait plus en rien. Il n’existait plus que les voix qui raisonnaient dans sa tête, les appels, les confidences qui lui donnaient la nausée.

« Safe. » Un mot qu’il connaissait, qu’il avait répété en boucle durant des heures en berçant la charmante jeune fille qui avait vécu avec lui au cours des dernières années. Elle avait de longs cheveux bruns, similaires aux siens, et des yeux dont la teinte profonde lui rappelait les entrailles de la terre, là où il se plongeait souvent, là où il finirait par reposer, par périr. Il avait promis à cette demoiselle qu’il la protégerait, qu’il la protégerait toujours. Que rien ne pourrait s'imposer entre elle et lui, pas même le vent ou la pluie, la grêle ou le tonnerre. Qu’aucune force, aucun fou ne pourrait retirer ses mains de son corps, qu’elle était à lui autant qu’il était à elle, et qu’elle serait en sécurité du moment qu’elle restait dans ses bras, qu’elle ne partait pas trop loin, qu’elle lui faisait savoir où elle était et avec qui… Peut-être que c’était ça et plus encore qui l'avait fait réagir, qui lui avait donné envie de partir, loin d’ici, le plus loin possible afin de ne plus être sous l’emprise de Tobias, de ne plus jamais avoir à partager son lit. Le brun fronçât les sourcils, analysant la situation avec autant de rapidité que son système nerveux le lui permettait ; tout ça ne pouvait pas être vrai, que des tissus de mensonges que son cerveau venait de broder sans lui demander son avis. Il était là, à se débattre, à tenter de repêcher le vrai du faux dans une mare de boue qui allait bientôt l’asphyxier. Ce n’était plus qu’une question de temps.

« I know where it’s safe. I know. » Mais sa conscience continuait de lui faire croire qu’il avait tout inventé, que la jeune femme n’avait jamais vécu avec lui, qu’elle n’était pas réelle, qu’il s’était créé toute cette histoire pour ne pas finir tout seul, pour s’assurer qu’on ne retrouverait pas son cadavre en pleine décomposition au milieu de sa cuisine parce que personne n’avait songé à signaler son absence. Au moins, avec cette fille à ses côtés, il avait réussi à se rassurer. À se sentir en sécurité… Tobias croisa le regard de Jesse à nouveau, y découvrant un éclat qui lui rappelait d’autres choses, qui le ramenait à d’autres époques ; sur la plage, par une matinée de Juillet, quand les rues de la ville n’étaient pas encore noircies de monde et qu’on pouvait déambuler tranquillement sans prendre le risque d’être épié par la foule. Jesse connaissait la jeune femme, l’ancien biographe en était quasiment certain à présent ; mais il n’était pas question qu’il s’arrête là, qu’il ne se prouve pas par lui-même qu’il était parfaitement sain d’esprit et qu’il n’avait pas suffisamment d’imagination pour penser de telles choses.

Il chassa la voix le plus loin possible, ses murmures et ses confessions s’insufflant dans ses veines comme un mauvais vin, Tobias faisant de son mieux pour avancer malgré son esprit embrumé. Il combla le vide entre la rue et sa demeure avec une facilité déconcertante, grommelant à chaque enjambée, ses tremblements ne s’apaisant pas pour autant, son coeur ne ralentissant pas le moins du monde. Il était encore en proie à des angoisses qui ne pouvaient être expliquées ou rationalisées, il se contentait d’avancer pour survivre, et il continuerait de le faire jusqu’à ce que ses genoux n’aient littéralement plus la force de le soulever et cèdent sous le poids. Le brun avait laissé sa porte grande ouverte en quittant son domicile ; qui savait ce qui pouvait bien l’attendre à l’intérieur à présent, tapis dans l’ombre ? Qui savait ce qu’il y avait de plus dangereux entre l’extérieur et cette prison, cette tombe encore imprégnée du sang de sa première victime ? Qui savait dans quel état on retrouverait la prochaine ?

« It’s there somewhere. It’s there. I know, I kept it. » Il bousculait les livres un par un sur les étagères de sa bibliothèque, dans un coin de son salon qui semblait avoir été pillé. Table renversée, rideaux bancales et abats-jours déchirés, le tout donnait l’impression qu’un animal apeuré s’en était pris à tout le mobilier. Tobias s’affairait donc à ouvrir chaque livre un par un, à vérifier les pages de dizaines d’ouvrages, sautant certaines pages et s’attardant sur d’autres. « I know I kept it. That’s what she wants, she wants to take it from me. She wants to take it away and never give it back. We have to put it somewhere else. We have to move it and put it somewhere safe. » Il remuait la tête de droite et de gauche comme pour faire comprendre qu’on ne lui volerait jamais son butin, avant de laisser tomber un autre bouquin dans un bruit sourd, s’armant du suivant, et ainsi de suite. « Safe. Safe. » Il fouillait, frénétiquement, sans plus pouvoir s’arrêter ; et il n’avait plus que ce mot-là à la bouche.
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Sujet: Re: it's not a cry that you hear at nightSam 18 Fév - 15:34

Pour chaque pas du brun, Jesse était obligé d’en faire deux, se retrouvant presque à trottiner pour conserver l’allure et ne pas perdre l’autre homme de vue. Non, Jesse le savait, il ne pouvait pas perdre Tobias de vue ou alors les conséquences seraient… désastreuses ? Non ce n'était pas vraiment le mot qu'il cherchait. Bordel, il ne savait vraiment pas ce qui pouvait se passer si quelqu’un d’autre que lui trouvait le grand brun ainsi. Il ne préférait même pas imaginer, les gens étaient tellement stupides parfois, ils préféraient juger ce qu’ils ne connaissaient pas, ce qui était différent et qui ne rentrait pas dans leur monde ou le monde lisse et poli qu’ils apercevaient dans leur écran de télévision ou dans les journaux. Jesse avait depuis longtemps compris que tout ça, tout ce bruit, ce n’était qu'un tissus de mensonge, un tissus de mensonge pour cacher l’affreuse réalité. La réalité c’était que tout le monde était paumé, personne ne savait vraiment pourquoi, ni comment. Personne n’avait de clé, de réponse, de solution miracle.

La vérité c’était qu’on arrivait dans ce monde tordu seul et qu’on repartait seul, toutes les choses qui se passaient entre les deux moments finissaient par être réduites en cendres au fur et à mesure que les photos se faisaient de plus en plus ternes. Quand enfin, la dernière personne encore vivante pour raconter notre histoire finissait par s’éteindre… il n’y avait plus rien qui comptait, absolument rien. Ça, cette réalité qui pendait au nez de tous, Jesse l’avait accepté depuis longtemps, il avait bien compris qu’il pouvait juste tenter de se distraire du vide pour ne pas tomber. Adam était là pour ça, son coeur s’accélérait un peu plus en présence du blond car il avait compris, compris que quitte à ne pas avoir de sens, autant le faire à côté de quelqu’un qui le comprenait et qui ne le voyait pas complètement brisé. Mais Tobias… Tobias avait perdu ça, ce lien, cette chose qui lui permettait d’avoir les deux pieds sur terre, cette chose encore plus forte que la gravité dans le fond, ce truc… Ce truc qu’il avait dû enterrer des années en arrière et pour lequel on l’avait jugé. Jesse ne serait pas le bourreau ce soir, c’était bien pour ça qu’il avait approché Tobias et qu’il n’avait eu de cesse de répéter à Arthur que le grand brun était la clé de beaucoup de choses.

Certains n’auraient vu qu’un maniaque pervers et dérangé, Jesse savait qu’il y avait autre chose, et que même pour lui, les événements de ce soir n’avaient absolument rien de normal… Jesse ne savait pas si quelqu’un murmurait quoi que ce soit à l’oreille de l’autre homme, peut-être, peut-être pas, il le suivait désormais et ferait de son mieux pour vraiment écouter. « Tobias… » commença doucement Jesse en voyant avec quelle force il était en train de mettre sans dessus dessous sa bibliothèque. Il s’en était déjà pris physiquement au salon, pas de doute là dessus et Jesse le fixa pendant quelques secondes supplémentaires, cherchant la meilleure approche. Il ne voulait pas le brusquer, ou lui montrer qu’il était sur la touche ou déconnecté de tout. Non, Tobias avait quelque chose à dire, c’était à Jesse de faire des efforts c’était certain.She ? À qui Tobias faisait référence ? Laurel ? Cette écrivain avec qui on l’avait aperçu plusieurs fois ? Ou alors parlait-il de leur meurtrier ? Car après tout qu’avait bien vu Tobias le matin où il avait décidé d’emmener Laurel pour un dernier jour à la plage ? Il avait été le premier sur la scène, le premier à voir le vrai du faux, le premier témoin la mascarade, le premier à déposer un set d’empreintes, le premier à plonger ses mains dans la marre de sang…

Jesse prit une profonde inspiration avant de se rapprocher de lui. Ses pas étaient posés et mesurés, pour ne pas prendre le brun par surprise et il s’assura d’entrer dans le champ de vision de Tobias avant de poser une main ferme mais rassurante sur l’épaule de l’autre homme. « Tobias… Hey… are you sure it’s stil here ? » Le regard bleuté du policier était toujours rivé sur Tobias, comme s’il essayait de l'apaiser avec cette simple question; non, en réalité, Jesse était encore sur le pas de la porte, à essayer d’entrer dans le monde de Tobias. Sans la permission explicite de ce dernier, il ne pourrait jamais le faire et il serait toujours en train de se poser les mêmes questions. « I’ll help you okay, I’ll help you… just tell me what we’re looking for and I’ll help you. »

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Sujet: Re: it's not a cry that you hear at nightLun 3 Avr - 21:13

« A piece of paper. » La réponse ne s’était pas faite attendre, incontrôlée, lancée comme une bouteille à la mer. Un peu comme une lueur d’espoir, un instant où sa conscience avait décidé de le laisser respirer, de lui laisser un peu de répit pour qu’il puisse au moins s’exprimer sans suffoquer, sans que quelques pensées incohérentes ne viennent se noyer au milieu de ses propos. Sa mémoire qui reprenait le dessus, qui sentait l’urgence, qui parvenait à sentir ce qui allait se produire sans doute. Son instinct de survie qui savait déjà ce qui l’attendait au coin de la rue, dans son lit, dans la pénombre, lorsqu’il s’y attendrait le moins. Le Poète ne revenait jamais deux fois au même endroit, ce n’était effectivement jamais arrivé pour le moment, mais c’était quelque chose de bien plus sombre qui s’apprêtait à prendre possession de Tobias, une force que personne ne parviendrait à contrôler ou à dompter, qui le mènerait à sa perte, qui le ferait plonger dans les bras squelettiques de sa défunte soeur qui pourrissait à poings fermés sur son lit de vers et de terre. Il serait bientôt là, quel qu’en soit le prix ; il pouvait au moins lui faire cette promesse. Il n’existerait plus rien entre eux que la paroi de leurs chairs, l’obstacle de leurs lèvres, la frontière de leurs corps.

Le brun agrippa un autre livre, le laissant nonchalamment tomber près des autres cadavres qu’il avait déjà abandonné au cours des dix dernières minutes. « Grab a book, it must be there somewhere. » L’urgence coulait dans ses veines comme un mauvais poison, et avec un peu de chance, il en sentirait bientôt tous les effets néfastes se répandre au creux de ses entrailles, lui donnant la nausée, sa propre peau nécessitant le soulagement procuré par ses ongles, pelant, pourrissant à son tour tandis que son coeur battait toujours dans sa poitrine malade. Les yeux de Jesse ne l’avaient pas spécialement apaisé, le bleu qu’il y avait trouvé n’ayant rien de comparable à un phare. Le sien n’avait jamais eu cette teinte-là, le souvenir ambré du regard de Laurel le saisissant une nouvelle fois à la gorge alors qu’il s'armait d'un autre volume qu’il envoya finalement valser dans un bruit sourd. Peut-être qu’il avait rangé ce bout de papier ailleurs après tout, qu’il avait fait exprès de le mettre quelque part où sa propre conscience ne parviendrait pas à le retrouver. Soulevant les coussins des fauteuils à la hâte, il se précipita ensuite dans la cuisine pour se munir d’un couteau suffisamment tranchant. « Quelque chose de pointu, d’aiguisé. », avait-il marmonné ensuite, comme le début d’un poème. Quelque chose de pénétrant, de létal, qui viendrait remuer la plaie, élargir la fente. Il avait alors assassiné les taies sans y réfléchir à deux fois, les plumes tapissant le sol des preuves de sa folie, tuant l’oiseau dans l’oeuf. Le papier n’était toujours pas là, et Tobias avait beau vider les coussins à toute vitesse, il ne parvenait pas à mettre la main sur ce dont il était sûr, ce qu’il avait lu, ce qu’elle lui avait laissé avant de mourir.

« Dans sa main. » Revenir en arrière, remonter dans les souvenirs et se rejouer la scène en boucle jusqu’à se souvenir de l’endroit exact où il aurait pu retrouver la preuve. L’évidence. La raison. Il faisait les cent pas, tournant en rond sans se soucier de Jesse qui faisait maintenant parti des meubles, la teinte de sa peau l’intriguant toujours, la couleur de ses yeux ne lui paraissant pas plus familière. « Elle était là, elle était… » Il avait monté les escaliers quatre à quatre et il avait trouvé sa soeur sur son lit, presque dévêtue, leur secret couvert d’un peu de dentelle tachée de sang - comme la première fois qu’il l’avait cueillie. Et puis ses bras ballants, comme détachés de son corps, désarticulés ; bras de pantin, dénués de volonté, ne s’étirant plus vers lui. Son souffle était absent, envolé, ne s’attardant plus dans son cou ; ses yeux ne le cherchaient pas, ne le défiaient plus. Il avait hurlé en la voyant, en s’approchant de son corps inanimé, la peine beaucoup trop vive pour être contenue. Mais si c’était à refaire, il aurait déposé un baiser sur sa poitrine, se couvrant les lèvres de son sang pour en immortaliser la saveur, se baignant dans la dernière offrande qu’elle avait à lui faire. Au lieu de cela, il avait tenté de saisir sa main, de glisser ses doigts entre les siens pour voir si elle se battait encore pour remonter à la surface, quelque part, au fond d’elle-même, flamme vacillante sur le point de s’éteindre. Mais elle était déjà cendres, et elle ne lui avait rien laissé de plus qu’un bout de papier à moitié déchiré, un manuscrit froissé qu’elle avait serré dans son poing le plus fort possible, tellement fort que le tueur n’avait jamais songé à chercher là avant de disparaitre, avant de l’abandonner sur son lit, le pourpre perlant de sa poitrine où Tobias ne viendrait plus poser la tête pour chercher du réconfort.

« Laurel knew. » Le souvenir l’avait soudainement assailli, le fou laissant tomber sa garde, prêt à déposer les armes, le couteau glissant de sa main, se mêlant aux plumes, au tissu et aux pages déchirées ; se joignant au chaos. « Laurel knew all along and she… » Il avait peine à comprendre ce qu’il disait lui-même, étranger dans cet demeure depuis qu’elle était partie, perdu. « She left something… Laurel knew. » Mais la voix se fit entendre à nouveau, à lui glacer le sang, et Tobias se tue aussitôt, considérant un instant la lame du couteau qui reflétait la lumière du lustre, se disant qu’il irait mieux lorsqu’il se serait enfoncé l’arme dans la tempe pour ainsi laisser couler les pensées qui le rongeaient. C’était bien la seule option qui lui restait, puisqu’il n’avait plus de larmes. Plus de mots non plus, regagnant le sol à son tour, tirant ses genoux contre sa poitrine, se prostrant, construisant un mur pour s’isoler du reste du monde ; pour protéger l’humanité, l’océan dans les yeux de Jesse, pour ne pas faire de vague. Et avec le sentiment d’être humain, voilà que la culpabilité s’emparait de lui pour la première fois. Il ne restait plus rien de lui, la voix avait tout emporté.
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Sujet: Re: it's not a cry that you hear at nightMer 19 Avr - 19:26

Un bout de papier.
Devant les étagères d’une bibliothèque ? Et pourquoi pas chercher un peu de lumière en plein jour ? Ou du sable dans un désert ? Pourquoi est-ce que Jesse se trouvait là ? Pourquoi est-ce qu’il se retrouvait là, à écouter les murmures de Tobias, à tenter de discerner le vrai du faux. Pourquoi ? Sûrement car on ne l’avait pas fait avant. Qu’on avait été rebuté par l’apparence de Tobias, qu’on avait pas su quoi faire de ses épaules carrées et de son regard qui trop souvent se perdait dans le vide ou par dessus l’épaule de son interlocuteur. Jesse le premier avait été dérouté au moment où il avait décidé de vraiment écouter Tobias. Vraiment. De laisser tomber ses préjugés débiles et de ranger au placard les traces de peur qu’il aurait pu avoir en fixant le brun. Il avait vu ou fait quelque chose ce matin-là, quand il avait découvert Laurel. Quelque chose avait changé, que ce soit en lui, ici-même ou ailleurs. L’image était devenue brisée à jamais et ce qui était une scène de crime pour Jesse était ombre et murmures pour Tobias.

C’était lui qui l’avait trouvée le premier et le métis était persuadé qu’il était la clé de tout. Ou alors c’était juste de la naïveté, ou du désespoir car il ne savait plus où fouiller et qu’il était dans une impasse et qu’à part taper des poings contre un mur… Tobias restait sa dernière chance. Pour trouver un indice, même ridicule et continuer, continuer de se battre et faire en sorte que l’éclat revienne dans les yeux d’Adam. Oui, pour Adam, tout ça c’était pour lui dans le fond, pour que la tristesse s’efface, pour que Jesse ose enfin poser ses lèvres sur les cicatrices du blond et qu’ils puissent songer à un futur loin d’ici, loin de l’horreur. C’était tout ce que Jesse voulait, continuer de fouiller, quitte à outrepasser sa juridiction, quitte à passer pour un fou et se retrouver dans les pompes de Tobias. Mais comment aurait-il réagi s’il s’était s’agi du corps inerte d’Adam justement, ce matin-là. Il aurait sûrement crié lui aussi, il se serait sûrement précipité sur le corps, pour le secouer pour le supplier de revenir à la vie et l’embrasser encore une dernière fois. Des flash d’Adam à l’hôpital, tubes dans les narines, lui revenaient souvent en mémoire, même encore dans son sommeil.

Mais c’était une douce alternative, la mort elle aurait été définitive. Jesse serait… il serait devenu comme Tobias, juste l’ombre de lui-même. Juste une coquille vide qui se contentait de rouler au gré du vent, près de la mer, prêt à hurler ses secrets au malheureux qui viendrait s’emparer de lui et le presser contre son oreille. Prêt à hurler, lui cracher les pires vérités et surtout ne pas être apaisé. Jesse aurait été exactement dans le même état, complètement débile, réduit à rien, si on lui prenait sa raison de vivre. Oui, parfois les battements de son coeur se faisaient irréguliers, plus d’une fois, il aurait souhaité arracher son coeur et le donner tout simplement au blond, en lui donnant le droit d’en faire tout ce qu’il voulait. Le jeter au loin ou au contraire, le mettre en terre, oui, l’enterrer bien profond, à main nues, pour être certain que plus personne ne pourrait le retrouver. Tobias avait aimé sa soeur, le sentiment restait le même et ce malgré ce qu’en disait la moral, les codes et tout ce qui devait les rendre meilleurs, il l’avait aimée et c’était une trace que personne ne pouvait effacer. Quelque chose ancré dans leur sang à tous les deux, dans la chair de Laurel qui lentement se décomposait. Alors il fallait faire une course contre le temps en personne, pour donner un peu plus de temps à Tobias, un peu plus de temps avec sa soeur, avant qu’elle soit rongée jusqu’à la moelle et qu’il ne reste plus rien d’elle.

« Tobias I …. » Jesse ravala ses paroles au moment où le brun lui parlait de la main de Laurel, peut-être qu’il y avait trouvé quelque chose, un objet qu'il avait gardé comme un souvenir, un totem de la déesse qu'il avait aimée, et la police n’avait jamais trouvé l’objet en question. C’était la seule piste que Jesse avait pour le moment, sa seule et unique piste pour le moment. « Okay. » Jesse ne savait plus s'il essayait de se convaincre lui ou s'il tentait de passer un quelconque marché avec Tobias ou avec le destin qui se décidait à se jouer de chacun d’eux depuis que le Poète était arrivé en ville. « A piece of paper. Sharp. She left it for you, we’re gonna find it. » Parce que si Tobias devait être perdu ce soir, autant qu’il le soit avec Jesse, ils allaient tenter de le sortir de cette immense toile dans laquelle il s’était enroulé. Avant qu’il ne soit trop tard.
Et surtout, avant qu’on lui coupe la tête.  

sujet terminé

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