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 murder party

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bad blood - we live here

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Sujet: murder partyMar 13 Sep - 2:01

murder party



11 décembre
C’était la troisième fois en l’espace d’une semaine. Ou dix jours. Peu importait le nombre d’heures en vérité, Lysandre aurait très bien pu les rayer sur son calendrier ou s’amuser à tracer de longs traits verticaux sur les murs de sa cellule temporaire ; cela n’aurait strictement rien changé. Il avait rouspété quand on l’avait coincé entre une prostituée et une jeune femme à la chevelure bleue, rappelant à qui voulait l’entendre qu’il était un homme, un homme bordel. Il avait donc sa place entre l’ivrogne et le pervers qui se trouvait assis de l’autre côté du couloir, dans un coin tout aussi miteux que celui-ci. On lui avait rétorqué que ce serait sans doute mieux ainsi, et qu’il pourrait au moins quitter le commissariat sans avoir besoin d’un déambulateur. Les remarques particulièrement graveleuses des policiers de garde n’arrangeaient généralement rien, et Lysandre faisait tout son possible pour rester calme, patientant sans rechigner jusqu’à ce qu’on revienne le chercher afin qu’il puisse passer un seul et unique coup de fil qui lui permettrait peut-être de s’extirper de sa prison plus tôt que prévu. Évidemment, Jacob avait fait la sourde oreille à chaque fois, et quand bien même il avait tenté de joindre les flics responsables de la captivité de Lysandre, ceux-ci n’avaient pas dû croire le maire sur un simple coup de fil et ils s’étaient contentés d’appliquer le protocole. Fichu protocole. Si le blond parvenait à mettre la main dessus, Dieu seul savait où il allait finir par leur coller leur satané protocole qui ne faisait aucun sens et qui n’empêcherait personne de mourir.

Une fois n’était pas coutume, il allait commencer à moisir et à se fondre au décor quand on le laissa enfin se dégourdir les pattes, le menant jusqu’au téléphone le plus proche, le jeune homme en profitant pour masser ses maigres poignets endoloris par les menottes qu’on avait de cesse de lui passer à chaque pas qu’il faisait un pas, à chaque expiration qu’il libérait. À croire que les forces de police de Fairhope commençaient sérieusement à apprécier l’ambiance lugubre qui régnait ici, qu’ils se réjouissaient du peu de pouvoir qu’on leur octroyait enfin après leur avoir jeter la pierre durant des mois. Ça devait forcément rassurer la population puisqu’il n’y avait pas eu le moindre meurtre depuis trois mois maintenant. D’un simple regard, Lysandre manqua pourtant de faire deux autres victimes, la foudre dans ses iris malheureusement pas suffisante pour terrasser les imbéciles qui l’escortaient jusqu’au combiné. Le tout maintenant était de se souvenir du numéro de Désirée le plus rapidement possible, pour ne pas manquer sa seule et unique chance de pouvoir lui parler. L’idée de croupir en ces murs n’enchantait généralement personne, mais Lysandre n’était particulièrement pas d’humeur et si toutefois il passait une heure de plus ici, il était quasiment certain de revenir le lendemain avec assez d’explosif pour faire sauter tout le quartier. Comme ça au moins, personne ne viendrait plus jamais l’empêcher de déambuler pieds nus dans les rues de sa ville alors que les aiguilles de l'horloge de la mairie n'affichaient même pas encore vingt et une heures.

« Dés, it’s me. » Ce n’était pas bien compliqué de se souvenir du numéro de ses contacts quand on n’en possédait que deux dans tout son répertoire. Et au diable Jacob, vraiment. Lui et ses prétendus privilèges de maire pouvaient bien aller se faire voir, et Lysandre avait franchement hâte de pouvoir partager le fond de sa pensée avec Monsieur Le Maire, et ce même s'il avait décidé de passer une soirée en paix en compagnie d'une autre de ses poupées. Il soupira, irrité par la situation, ses yeux roulant dans ses orbites sans qu’il puisse rien faire pour les en empêcher. « I’m at the station. Yet again. And of course Jacob wouldn’t move his precious ass off his couch to come and pick me up. » Ce n’était pas ça qui intéressait généralement l’homme le plus important de la ville ; c’était plutôt l’inverse, quand il s’agissait de s’occuper du corps nu de Lysandre qui se prélassait sur un sofa hors de prix. En dehors de ces moments-là, il n’y avait personne. Personne. À part Désirée qui devait être aussi ravie que lui de le savoir enfermé à l’autre bout de Fairhope. « I don’t usually walk around with my ID, who freaking does that. I mean, even the mayor could identify my dead body, I don’t need it. I never did and I never will. » Il ne faisait pas attention à ce qu’on lui répondait, concentré sur la réaction des crétins qui réaliseraient tôt au tard qu’ils avaient commis une grossière erreur en procédant à l’arrestation de la distraction favorite du Maire en personne. « Just come as soon as you can ok ? Bye. » Peut-être qu’il avait laissé un message sur le répondeur de l’écrivain sans même s'en rendre compte au final… Dans tous les cas, il n’y avait plus qu’à espérer qu’elle serait là rapidement. Autrement, le prince des rues risquait d’être à l’origine du prochain meurtre alors qu'il n’avait pas la moindre envie de souiller son précieux manteau de fourrure.

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Sujet: Re: murder partyMar 27 Sep - 11:15

La nuit était froide. Surtout lorsque que, comme Désirée, on avait décidé de ne pas dormir dans ses draps. Quand son lit n’était pas vraiment la place où on devait se trouver mais celui d’un autre. Ce n’était pas dans les habitudes de la romancière de faire ça, d’autres esprits plus médisants auraient pu penser qu’avec une plastique comme la sienne, les hommes s’alignaient devant sa porte mais le problème c’était qu’ils avaient cet instinct de survie. Ce truc que tout le monde ressentait, sur sa peau, dès qu’un danger imminent était sur le point de se produire, dès que la Mort était présente. Ça devait juste être sa cote de popularité qui avait grimpé en flèche depuis la sortie de son dernier bouquin, elle n’avait pas d’autres moyens pour l’expliquer, à croire que certains voulaient vraiment savoir ce qui se cachait dans sa tête, ou alors à l’intérieur d’elle et de la façon la plus crue possible. Elle n’avait pas craqué pour Deirdre, elle savait que dans le fond il serait déçu, ou alors il était trop occupé à lire et à relire Dear Cecilia pour pouvoir mieux dénigrer son livre et pour qu’ils puissent se disputer à loisir la prochaine fois qu’ils se verraient. L’affaire avait été longue, ce n’était pas ce à quoi Désirée était accoutumée, en plus des phrases habituelles, les baisers avaient duré dans la pénombre, avant qu’elle et son prétendant ne soit rattrapé par le couvre-feu, les règles, tout ça.

Jacob Young était d’un genre plus dramatique qu’elle et quand Désirée avait appris la nouvelle, une fois les pieds remis à Fairhope après cinq jours de promotions intensive et de faux sourires, elle avait lâché un éclat de rire. Comme si c’était ça qui allait arrêter le Poète, la police concentrait ses efforts aux mauvais endroits. Elle devait plutôt chercher un moyen de comprendre comment un meurtrier faisait pour choisir ses victimes avec autant de précision, ressortir de chez elle sans alerter aucun regard. Il était fort, il arrivait à devenir invisible au grand jour, peu pouvait être en mesure de faire ça, c’était certain. Désirée n’en était pas capable, d’où les mains qui s’étaient posées sur elle, d’où la façon dont on l’avait soulevée. Le reste était confus, assez pour laisser la grande romancière à court de mot. Son esprit se reposait, accoucher d’une oeuvre était un exercice assez difficile et ce n’était pas des litres de sang que la rousse avait laissé s’échapper sur le papier, mais bien un bout de son âme. La nouvelle était finie depuis le mois de Septembre et depuis, elle n’avait plus rien écrit, une sorte de vraie pause. Désirée s’étira et observa le bras posé sur sa taille nue, sa robe devaient bien être quelque part n’est-ce pas, et soupira. Quelle était la règle déjà ? Ne pas rester sauf si c’était nécessaire. Oui, ça devait être ça, surtout quand ce n’était pas vraiment important au final. Elle laissa une trace de rouge à lèvres, une dernière sur une joue mal rasée et elle partit à la recherche de ses vêtements. Son téléphone, dans la poche de son manteau vibra aussitôt qu’elle plongea la main pour le chercher et Désirée soupira davantage en écoutant le message de Lysandre.

Lui et Tobias avaient le don de se mettre dans les pires des situations, sans comprendre pourquoi et en blâmant le reste du monde. Non, si le reste du monde décidait de marcher à gauche, on marchait à gauche et on gardait ses questions pour soi, mais visiblement pas pour eux. « J’arrive. » murmura Désirée dans la pénombre avant de sortir de l’immeuble. Techniquement, elle n’aurait pas dû sortir, mais quelqu’un devait bien aider Lysandre à ne pas mourir en cellule pas vrai ? Il était beaucoup trop beau pour ce genre d’endroit. Une dizaine de minutes plus tard, la rousse arriva au commissariat. Elle prit son temps pour se recoiffer en observant le miroir dans son rétroviseur et elle s’acheta même un café au distributeur qui trônait fièrement entre elle et l’accueil. L’officier qui y était accoudé la suivait déjà du regard et elle finit par lui accorder un franc sourire. Elle lui expliqua rapidement l’affaire et ce dernier, rongé par la fatigue, soupira à son tour. « He should spent the night here, I’m not supposed to just let him go, you two are gonna go wonder off in the street it’s dangerous. »

«Oh but we'll go straight back home, I can promise you that officier. » répondit la romancière avec un franc sourire, les deux coudes posés sur le bureau. Désirée ne sut jamais ce qui joua le plus au final, la fatigue de l’employé ou la vue plongeante qu’il avait sur son décolleté. Quoi qu’il en soit, elle eut à peine le temps de finir son café qu’elle aperçut déjà la chevelure immanquable de Lysandre. « Don't thank me yet, you owe me. And I promised I will take you home and you know how serious are promises to me so come on. » Désirée s’éloigna dans un claquement de talons, sans savoir si Lysandre la suivait ou pas, dans le fond, quelle importance ?

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Sujet: Re: murder partySam 22 Oct - 22:01

Il n’y avait rien ici. Strictement rien d’utile, ni d’intéressant. Peut-être était-ce pour cette raison que Lysandre avait décrété que Fairhope deviendrait son royaume. Lui, qui ne valait sans doute pas mieux que les rues laissées à l’abandon de Cowpen Creek, les plages de sable souillées par la présence de l’Homme, les arbres malades et biscornus de la forêt. Sans parler des litres de sang qui avaient teinté les trottoirs de cette pauvre ville, s’écoulant jusque sur le bord de mer, partout dans les terres, au point de finir par polluer l’eau potable et de laisser un goût amer sur les lèvres des habitants. Ils étaient condamnés ici, tous, sans la moindre exception, et tous ceux qui étaient venus peupler les quartiers calmes de ce coin de l’Alabama n’avaient clairement pas compris qu’ils n’en reviendraient jamais vivants. Lysandre le savait, il pouvait le sentir ; c’était dans la brise salée, dans le bruit des vagues qui s’écrasaient sur le rivage, dans le ballet des feuilles qui se séparaient de leurs branches. C’était dans l’air, simplement dans l’oxygène qu’ils respiraient. Un poison inodore et incolore qui les tuait à petit feu, inspiration après inspiration, jusqu’à que les épaules s’affaissent et que chacun rende les armes. Personne ne pouvait décider de son sort ici, pas même le maire ou les forces de police. Non. Rien. Personne. C’était Fairhope qui commandait, qui décidait, et qui finirait par les emporter l’un après l’autre.

À part Lysandre. Ou en tout cas, le plus tard possible. Le pauvre fou aurait bien été capable de sacrifier des touristes égarés en l’honneur de sa ville, juste pour s’assurer qu’elle lui pardonnerait sa bêtise, sa misérable condition d'homme et ses pensées de mortel… Le blond suivait Désirée, le regard aussi froid que la brise hivernale, sa tête ne pouvant s’empêcher d’hocher de droite et de gauche. Pathétique. Ce couvre feu était absolument pathétique et sans aucun intérêt. Ça ne changerait rien à leur destinée, les cartes étaient déjà distribuées et les dés déjà lancés. Les jeux étaient faits, rien n’allait plus à Fairhope depuis longtemps, et tenter de maitriser la ville en l’endormant ne ferait qu’aggraver le résultat une fois qu’elle se réveillerait. Lysandre jeta un rapide coup d’oeil à la conductrice venue le récupérer au commissariat, et son évident désintérêt ne le contrariait guère. Il claqua sa propre portière une fois assis à la place du passager, tirant sur sa ceinture avec presque trop de force pour que celle-ci ne se bloque pas aussitôt dans sa course. Le bougre fut contraint de s’y prendre à plusieurs reprises avant de réussir à s’attacher, posant nonchalamment son coude sur le rebord de la vitre, avant de passer une main agacée dans ses cheveux emmêlés et complètement ébouriffés. « I swear to God, I’m gonna end up being the one killing people around here if no one does anything about this curfew. » Dieu ? Quel Dieu ? Il n’y en avait pas ici. Il avait oublié cette petite portion de l’humanité pour se concentrer sur de plus grands desseins. Il ne restait plus qu’eux pour faire face à Fairhope.

« You know what ? Just take me to his place. » La politesse était visiblement réservée aux autres ce soir-là. Et il n’était même pas certain que Désirée sache avec précision de qui Lysandre parlait. Peut-être avait-elle fini par comprendre toute seule que Lysandre occupait fréquemment les bras du maire de la ville, mais il ne lui semblait pas avoir un jour évoqué ces rencontres à haute voix. Le blond ne cherchait pas particulièrement à épargner la vie privée de Jacob, bien au contraire ; il n’aimait tout simplement pas s’étendre sur le sujet pour ne pas donner plus d’importance à cette histoire. S’il s’en fichait vraiment, peut-être aurait-il fait le souhait de regagner directement son lit sans rendre visite à l’autre homme, mais l’envie de lui faire part de son opinion sur ce maudit couvre-feu commençait sérieusement à le démanger. « Just take me to Jacob’s. » Qu’elle se débrouille pour trouver l’adresse exacte. Ou tant pis s’il devait jouer les GPS de secours, il connaissait la ville comme sa poche de toute façon. « Him and his stupid curfew are going to get a piece of my mind. » Marmonnant dans son coin, il tournait désespérément la tête vers la vitre pour observer la ville endormie. « C’est pas comme ça qu’ils vont le coincer. Ils vont juste continuer de courir après du vent et finir par s’essouffler. Crois-moi. » Lysandre en savait quelque chose.

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Sujet: Re: murder partyLun 19 Déc - 1:11

Lysandre la suivait, l'épaisse masse de cheveux blond qu'elle vit dans son champ de vision suffit à la rassurer et Désirée effectua rapidement ses réglages, son regard tombant de temps à autre sur la créature assise à côté d'elle. Quand elle fixait Lysandre, elle se rendait compte de beaucoup de choses. Pourquoi est-ce que les hommes étaient les hommes et comment beaucoup pouvait aborder quelqu'un comme elle, comme lui, avec des billets verts et l'espoir d'espérer se perdre juste là. De toucher à cette peau pendant quelques secondes et d'y mourir. Comme si une somme convenable pouvait effacer tout ça, les souvenirs et les traces désagréables au réveil, comme si. Ils sont tous stupides, mais on a tendance à tous leur pardonner, avait dit un jour Désirée à Lysandre en faisant référence aux hommes.

Et Lysandre semblait avoir attrapé un gros poisson, Désirée n'avait pas vraiment compris ce qui le liait ou pas au maire de la ville, elle s'en moquait à dire vrai. Jacob Young pouvait se taper tout Fairhope, elle n'en avait que faire, il n'était qu'un homme perdu dans la masse, lui aussi tentant de comprendre leur meurtrier favori. Désirée avait esquissé un sourire face à l'annonce du couvre-feu, comme si... Elle avait rapidement compris à quelle catégorie d'homme appartenait Young, lui qui pensait naïvement que les horreurs et les monstres arrivaient uniquement la nuit, profitant des plus faibles. Non, il n'avait pas compris, pas compris que les pires choses de ce monde se mouvaient et vivaient en plein jour, parmi les gens les plus sains d'esprit. Et c'était là qu'elles s'amusaient à les ronger jusqu'à la moelle, à les corrompre et à les détruire. Mais l'effort était là, non ? Désirée tourna les yeux vers Lysandre qui continuait de parler et elle prêta plus attention à ce qu'il disait. Un enfant, ce n'était qu'un gamin dans un corps trop grand, dans un corps de demi-dieu qui lui posait problème parfois et qui ne savait pas quoi faire. C'était beau à regarder dans un sens et souvent la romancière se disait que les funérailles de Lysandre seraient fantastiques à regarder. Surtout si son cercueil était ouvert sur ce si joli visage que la terre et la boue viendraient recouvrir.  

« Demi-tour donc. » murmura Désirée avant de tourner la tête pour effectuer une marche arrière rapide. Une dispute semblait pointer le bout de son nez et pourtant elle n'en avait que faire, que Lysandre se dispute avec son prince charmant, Désirée retournerait chez elle pour dormir un peu et pour oublier son début de soirée mouvementée. Ou peut-être qu'elle n'oublierait pas, qu'elle finirait par rappeler ce parfait inconnu et qu'ils continueraient à jouer aux adultes. Jouer aux grands, c'était bien ça le terme. Tout comme Lysandre et ses allures de monarque. Qui s'énervait encore, contre le monde, contre elle, contre Jacob. « Tu sais à parler comme ça mon grand, ils vont finir par trouver une bonne raison de te mettre en cellule. » dit-elle sur un ton qui se voulait blasé. Elle était plus qu'ennuyée qu'autre chose, si Lysandre venait à disparaitre, elle perdrait une distraction supplémentaire. Déjà qu'elle n'avait même plus Tobias à qui sourire. La romancière avait songé à sonner à sa porte, avec sa nouvelle chevelure, et prétendre, prétendre être quelqu'un d'autre. Ça aurait été marrant, elle aurait pu lire la confusion sur son visage, dans son froncement de sourcils alors qu'il tentait de jongler entre le vrai, le faux, son sourire à elle, les murmures de Laurel. Mais non... autant attendre qu'il fasse quelque chose d'intéressant. Comme se tirer une balle dans la gorge, le manche de l'arme à feu l'empêchant de respirer. Désirée trouverait le moyen de trainer son cadavre jusqu'au bout du monde pour s'amuser un peu plus avec. Si Lysandre disparaissait aussi, la vie serait un peu trop terne. Ce n'était surement pas Liam et son air condescendant qui pouvait la distraire et se disputer avec Deirdre demander une certaine concentration qu'elle n'avait pas toujours.

« Et tu es bien trop beau pour finir en prison. » lâcha t-elle avec un léger rire, sachant qu'il détesterait cette remarque-là. Mais jouer avec la corde sensible des gens était ce qu'elle faisait de mieux alors... pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? « À moins que tu saches vraiment quelque chose...» Feu rouge, la voiture freina, la lumière vive du feu se répercuta sur leur deux visages, celui de Désirée presque sublimé par cette couleur qui lui allait à ravir. Elle se tourna toute entière vers Lysandre. Elle savait qu'il n'était pas du genre à faire son intéressant avec elle, pas du genre à se vanter ou à parler pour ne rien dire. Mais lui qui trainait souvent dans les rues, qui jouait aussi bien les parasites qu'elle... que pouvait-il bien avoir vu ? « Faut-il que nous ayons une sérieuse discussion toi et moi? » Le feu changea de couleur; aucun mouvement de la voiture, la question qui était dans l'air était de toute façon beaucoup trop importante.

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Sujet: Re: murder partyLun 2 Jan - 4:00

Ce que pensaient les hommes n’avait pas d’importance. Lysandre s’était fait une raison, se disant que s’il y en avait un dans toute cette foule qui ne s’arrêterait pas à sa paire de jambes, ses pieds nus ou la longueur de sa chevelure blonde, il saurait le trouver. Les hommes étaient doués pour cela, pauvres conquérants décérébrés. Lysandre s’était habitué aux remarques déplacées, aux sourires pervers, aux regards inappropriés de l’officier de police qui lui proposait de sortir plus tôt de sa cellule en échange d’un service. Le blond se contentait de lever les yeux au ciel et de passer à autre chose, parce que ça ne valait pas la peine. Ça ne valait plus la peine. Ils n’y avaient bien qu’eux que ça amusait, que ça excitait, à considérer le monde entier comme du gibier. Ils finiraient par le mordre, et puis quoi ? Lysandre attendrait que les plaies se referment et que les blessures disparaissent, et puis il avancerait. Il lui en fallait davantage pour se débarrasser de sa couronne, déposer son sceptre et abandonner son trône. Il ne pardonnait rien, non. Il refusait de prêter de l’importance à ce qui ne devait plus en avoir ; et lorsqu’il s’était réveillé pour retrouver une liasse de billets sur sa table de chevet, il avait même hésité à la prendre, se disant qu’il devait sans doute s’agir d’un compliment, qu’il aurait mieux fait de s’emparer des bouts de papier pour les confier au réceptionniste de l’hôtel qui saurait certainement quoi en faire. Mais il avait choisi d’ignorer le méfait, le laissant trainer là comme la preuve évidente de ce qu’il n’était pas, de ce qu’il refusait d’être. Tant pis si on ne le respectait pas, il connaissait sa propre valeur. Et pour l'instant, il n'y avait bien que Fairhope qui le méritait, c'était certain.

Le prince toqua contre la vitre de la voiture, le rythme marquant son impatience. Il allait plus vite à pieds. Désirée ne connaissait décidément pas cette ville, à l’image de tous les autres touristes qui arpentaient les rues sacrées de Fairhope sans savoir ce qui s’était produit sur ses pavés, sur sa plage. Les remarques de son interlocutrice n’étaient pas pour l’apaiser, ses yeux fixant un point vers l’horizon, s’empêchant de rouler dans leurs orbites, tandis que le véhicule s’immobilisait et que la romancière se tournait vers son souverain. Cet intérêt soudain lui donna presque la nausée. Évidemment, qu’il en savait plus que quiconque ici, et il lui paraissait invraisemblable que la jeune femme ne l’ait pas réalisé plus tôt - et surtout, qu’elle ait attendu que le temps presse et que les minutes soient comptées pour exiger des détails. S’était-il trompé en la considérant comme son égal ? La réponse était dans la question. « Je l’ai déjà croisé. Je voulais l’observer en silence, lui aussi. Certainement. Ça ne va pas plus loin que ça. » Il haussa les épaules, ses doigts cognant toujours la vitre du côté passager à la même fréquence. Il perdait son temps ici, mais sortir de ce véhicule l’obligerait à croiser d’autres hommes en uniforme, et Lysandre se demandait s’ils n’étaient pas plus dangereux que le Poète au final.

Son regard se reposa sur la route, la lumière verte s’évanouissant pour laisser place à un autre éclat rouge ; le deuxième depuis que Désirée avait arrêté cette voiture. « C’était avant le meurtre de l’autre idiote. Comment s’appelait-elle déjà ?… » Le rythme de ses doigts s’intensifia, comme si le son produit par le verre, tout près de son oreille, allait l’aider à retrouver la mémoire plus rapidement. Non. Le prénom ne lui revenait pas. Il ne savait même plus ce que cette pauvre femme avait pu faire dans la vie, en quoi son existence avait contribué à Fairhope d’une quelconque manière. Pourtant, il connaissait les visages de ceux qui l’avaient embellie ; il aurait pu les dessiner les yeux fermés, réciter les noms de ceux qui avaient de l’importance, de ceux dont le Poète ne viendrait jamais perturber le sommeil. Si seulement il n’était pas aussi énervé et impatient d’aller énoncer ses quatre vérités au maire de la ville, peut-être aurait-il retenu le détail que constituait l’identité d’une énième victime. « Whatever, she was found in the woods. » Et Lysandre avait apprécié la beauté du geste. Un sacrifice sur son propre territoire, une offrande de la part de celui qui semait la terreur. N’était-ce pas merveilleux ? Lysandre avait contemplé le cadavre aussi longtemps que les tremblements dans ses jambes le lui avaient permis, aussi longtemps que son souffle l’avait autorisé à survivre sans se faire surprendre. « He should know I’m always there somewhere, that’s probably why he’s only done it once so far. »

Il s’impatientait. « You should turn left, we’ll get there faster that way. » Et ses doigts de reprendre leur symphonie contre la vitre, celle-ci tantôt teintée de vert ou de pourpre, la mélodie se dissipant dans l’air du soir, raisonnant dans la rue déserte ; le prince sonnant le glas.

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Sujet: Re: murder partyVen 20 Jan - 18:38

Dans le fond, c’était les nuits qui rassuraient Désirée. Pas le jour, pas la lumière trop puissante du jour et certainement pas les gens qui au final étaient trop bruyants, trop affamés, trop pressés, trop tout. Elle était déjà morte, elle n’était qu’un cadavre de plus sur la route et ceux qui n’observaient pas bien assez, pas d’assez près, ne pouvait pas voir qu’elle faisait très bien semblant. Qu’elle s’agitait comme les autres, qu’elle avait, comme n’importe quel enfant, commencer par mimer le comportement des personnes autour d’elle. Absorbant leur personnalité à défaut de se laisser happer par le vide de la sienne. Elle avait très bien compris, parvenait à hocher la tête comme il fallait, elle arrivait même à être convaincante et se rendre humaine. Oui, il n’y avait pas d’autres mots pour décrire les comportements et les réactions qu’elle avait parfois, agissant en fonction du spectateur et de qui pourrait tirer la sonnette d’alarme.

Et puis, il y avait ceux qui savaient voir à travers tout ça. Ceux qui parvenaient à voir la fissure au plus profond de son âme ou alors qui étaient tout simplement troublés. Qui la voyaient s’agiter, réaliser les mêmes pirouettes tous les jours et sans être capable de mettre le doigt sur ce qui clochait, se disaient que quelque chose n’allait pas face à cette image qu’elle renvoyait au monde. Lysandre n’était pas idiot, il appartenait probablement à cette catégorie là et même la pire. Car il avait vu, comprenait peut-être qu’il y avait quelque chose de particulièrement dangereux à la fréquenter et continuait de le faire. Parce que pourquoi pas. Parce que rien n’avait de l’importance dans le fond et que la folie de Désirée n’était parfois rien comparé à la cruauté et à la lâcheté dont certains faisaient preuve. Enfin seule, la rouquine ne se cachait plus, elle n’en avait plus besoin et face au blond, le masque tombait trop facilement. Il aurait dû se demander pourquoi, pour la romancière, il n’était guère dangereux, elle n’aurait aucun intérêt à le manipuler et au final, un simple sourire aurait pu le rassurer. Le rassurer et le convaincre qu’elle ne le conduisait pas vers sa mort certaine et que les prochaines heures avec elle étaient assurées. Ils étaient loin de la vérité, tellement loin de la vérité, et si Désirée s’autorisait à penser, à s’imaginer en train d’ôter la vie, la pensée ne la terrifiait même pas.

Peut-être était-ce pour ça qu’elle n’avait jamais quitté Fairhope. Plus que de l’inspiration, elle se retrouvait dans le visage de toutes les victimes et surtout, elle se retrouvait dans la main du meurtrier. Elle tuait des gens, donnait la vie sur le papier, elle qui n’avait jamais eu une notion bien carrée de la réalité aurait pu sauter le pas. Et cela ne la perturbait pas plus que cela, Désirée avait appris à vivre avec ses propres démons et savait que le meurtrier ne serait pas si terrible. Que c’était une étape qu’elle pouvait franchir. En attendant, elle se contentait d’observer, fascinée, sur la touche, attendant que le meurtrier lui donne sa part du gâteau sanglant. « Mary Wilson. Her name was Mary Wilson. » La voix de Désirée coupa la pénombre d’un coup sec, ses yeux bleus toujours posés sur Lysandre. Elle aurait pu rire en l’entendant parler de tout ça avec un détachement certain. C’était à se demander s’il se voyait bien souverain de ses rues ou pas. Après tout pourquoi s’aventurer dans Fairhope aussi tard si ce n’était pas pour veiller son bien ? Mais Fairhope était-il toujours à son seul maitre ? « And I did find her in the woods. In case you forgot. » lâcha tout aussi abruptement Désirée, avant de se mordre la lèvre inférieure, la douleur du geste la ramenant des mois en arrière alors que ses talons s’enfonçaient dans la boue et que le froid, Laurel en personne la guidait à travers les arbres vers une nouvelle tombe. Elle avait couru vers ce cadavre comme n’importe quelle personne censée l’aurait fait pour une église, à la recherche de quelque chose. Quelque chose de concret, quelque chose auquel elle pouvait se raccrocher et au final, combler ce vide si bancal qui régnait au plus profond d’elle. Pour l’instant, les lignes et l’encre suffisant, pour le moment, se lancer aveuglément sur la piste du Poète suffisait… Mais le temps passait toujours, même elle n’y pouvait rien et il y aurait forcément un jour où tout ceci ne serait plus suffisant. Et même elle, n’en avait pas hâte, qui savait vraiment quel genre d’horreur son esprit était capable de concocter…

Après avoir longuement fixé Lysandre, elle appuya enfin sur l’accélérateur et ignora délibérément ses directives, empruntant la route la plus longue. « What did you see Lysandre ? » Les rues de Fairhope étaient vides, Désirée les guidant bien loin de la destination voulue et commençant à sortir des sentiers familiers et de cette ville qu’ils affectionnaient tant. « Tell me exactly what you saw. » articula t-elle, son pied ne se décollant toujours pas de cet accélérateur, la voiture avançant à un rythme plus élevée qu’elle ne le devrait. Mais elle était calme et elle n’avait jamais eu l’esprit aussi clair.

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Sujet: Re: murder partyJeu 9 Fév - 23:55

On avait peut-être menti à Lysandre. Après tout, c’était humain. Personne n’aurait blâmé les grands-parents du petit pour avoir tenté de le protéger de la réalité, l’odieuse et cruelle réalité du monde dans lequel ils vivaient. Qui pouvait certifier que ses parents avaient bel et bien perdu la vie dans un accident de voiture ? Qui avait été là pour le voir, pour constater les dégâts, pour compter les morceaux des quatre corps qu’on avait soi-disant retrouvé dans un virage serré à la sortie de Fairhope ? Ce n’était pas comme si Lysandre pouvait tout simplement se plonger dans un album photo pour essayer de voir s’il existait des clichés de l’enterrement de ses géniteurs, funérailles dont il ne se souvenait même pas, entrant seulement dans sa deuxième année au moment des faits. Il avait tenté de voir si les sourires étaient sincères sur les seuls souvenirs de ses parents qu’il possédait, se demandant si sa mère prenait plaisir à poser contre son mari, la main de ce dernier posé sur la hanche de cette femme ravissante dont Lysandre avait tout hérité ; à part la teinte de ses cheveux qu’il devait clairement à son père. Il avait passé des soirées entières à ne rien faire d’autre qu’observer leurs portraits figés, à se demander si ce n’était pas plutôt Ulrich qui avait perdu la raison quand il avait appris qu’un autre homme s’était permis de faire des avances à sa moitié, accélérant pour lui faire peur et ainsi lui arracher des informations sur un potentiel amant qu’elle ne possédait même pas, la plaisanterie s’arrêtant à la sortie de la ville.

Les soirs où il broyait du noir, les soirs où il ne comprenait pas vraiment pourquoi il était là, Lysandre finissait par se dire qu’on l’avait sans doute retrouvé sur le carrelage de la cuisine en train de jouer dans une mare de sang, celui de sa mère. Qu’on avait couvert le cadavre égorgé sous un drap blanc pour que l’enfant ne puisse plus jamais croiser le regard vide de celle qui l’avait mis au monde, tandis que le corps de son père pourrissait quelque part, ailleurs dans leur demeure, le crâne transpercé d’une balle. À moins qu’il ne soit encore en vie, quelque part ? Trop occupé à laisser des messages derrière lui pour que Lysandre le retrouve, des indices égarés aux quatre coins de la ville que seul son fils pourrait comprendre… « What are you doing ? » Dans tous les cas, la raison finissait toujours par reprendre le dessus, et Lysandre connaissait suffisamment sa ville pour savoir qu’il suffisait d’un instant d’inattention pour manquer ce fichu virage et finir dans le décor. Il s’y rendait souvent ; juste pour voir s’il pouvait sentir quelque chose, un héritage quelconque que le vent lui aurait laissé à cet endroit précis. Mais rien. « We missed it, turn around. » Il n’était pas naïf, non. Il ne suppliait pas non plus. Son ton était sec, mais ses muscles étaient maintenant tendus, à l’affût du choc et de l’accident qui allait sûrement causer leur perte s’ils continuaient sur cette lancée. Le souverain n’aurait jamais du monter dans cette voiture ; là était la vérité des Wicht.

« It was dark, what do you think I saw ? And she was already bathing in her own blood, there was nothing there. Nothing you didn’t see for Christ’s sake. » Ses doigts s’agrippèrent discrètement à son siège, lui qui refusait de trembler face à ce qui semblait être un trajet particulièrement anodin pour le commun des mortels. Lysandre n’y pouvait rien, il n’était jamais allé plus vite que ses propres pas, et il s’était rarement mis à courir parce qu’il n’en voyait pas l’intérêt. Si ses poumons devaient exploser, qu’ils trouvent une autre raison de le faire, mais pas question de les abimer en les mettant à rude épreuve en voulant être aussi rapide que la brise. Et puis Lysandre était trop humble pour se juger aussi puissant que les bourrasques qui faisaient danser sa chevelure blonde. « Now stop the car. » Toujours pas d’inquiétude, seulement des exigences. « I said now. » N’y tenant plus, le blond agrippa le frein à main, tirant dessus de toutes ses forces, faisant crisser les roues arrières du véhicule contre le bitume, dérivant naturellement la voiture de sa trajectoire initiale, les arrêtant en travers de la route. Il en profita alors pour se détacher, son regard se plongeant dans celui de Désirée, se demandant soudainement à quoi elle pourrait ressembler si on la retrouvait morte, égorgée, en train de se vider de son sang sur le carrelage de sa cuisine.

« He only comes to those who are not looking for him. You should have figured this out on your own by now. So stop looking. You’re wasting your time, and mine as well. Now, have a nice night. » Il ouvrit la portière, et respira enfin.

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Sujet: Re: murder partyMar 21 Fév - 17:40

Parfois je suis incapable de respirer.
Il semble bien que ce soir soit une de ces nuits-là. Je me réveille en sursaut dans mon lit, projeté hors de mes rêves, ramené à la réalité par quelque chose de beaucoup plus fort que moi. On ne veut pas de moi de l’autre côté, on ne veut pas de moi là où tout doit être tranquillité et silence. On ne veut pas de moi alors on me renvoie à ma forme physique et charnelle pour que j’endure les tourments des vivants et que j’en ressorte grandi. Cette pensée me fait bien sourire et dans le noir, je tâtonne, mes doigts passant et repassant sur la table de chevet à la recherche de quelque chose. Cigarettes. Elles ne sont pas là, bien sûr qu’elles ne sont plus là, j’ai encore été pris d’un élan de bonté ou de lucidité, au choix et je me suis débarrassé de tous les bâtons de nicotine qui trainaient dans ma propre demeure. Et maintenant je fais quoi ? Je suis un idiot fini, voilà ce que je suis.

Le drap, les couvertures qui m’entourent finissent par tomber sur le sol et c’est dans le plus simple appareil que je me dirige vers la cuisine. Mes pas sont lourds, les traces du sommeil réparateur me suivent pendant encore quelques secondes jusqu’à ce que j’arrive devant mon frigo. Je suis presque dérangé par la lumière quand je l’ouvre et encore plus par le bzzz incessant qu’il produit en fonctionnant… qu’est-ce que j’étais venu chercher ? Ce réveil brutal ne me réussit absolument pas et j’aurais préféré me réveiller avec les rayons du soleil pour me fouetter le visage. Fairhope n’a plus vraiment aucun attrait la nuit, surtout pas depuis que j’ai contraint la plupart des habitants à rester chez eux et à ne pas bouger. La nouvelle est tombée avec un fracas retentissant et d’après les dires d’un de mes adjoints, ma popularité a chuté de 6%. J’étais encore populaire ? J’en doute vraiment, plus aucun sourire sur mon passage, juste des mines blasées et fatiguées. Je ne peux pas vraiment les blâmer, tout le monde est fatigué, moi le premier et la logique voudrait que je trouve le sommeil et que je ne me relève plus. Le repos éternel ou quelque chose dans ce genre-là... Je finis par attraper une brique de jus d’orange et je la vide entre le chemin qui me sépare de la cuisine et de la terasse où se trouve la piscine. L’air frais m’accueille, la nuit aussi quelque part et je grimace encore en me disant que je finirai mieux de retrouver mon lit.

Il n’y a plus rien pour éclairer mes nuits, même Lysandre ne serait pas d’excellente compagnie vu que je n’ai pas daigné répondre à ses appels au secours et venir le chercher en cellule. Il ne comprend évidemment pas cette mesure nécessaire, il pense toujours qu’il est le prince des rues et qu’il peut faire ce qui lui chante. Pas comme ça, pas maintenant, dans mes draps peut-être mais pour le reste du monde, lui et moi ça n’existe pas. Ça n’existe tellement pas, je ne sais pas si c’est la réalité ou si je dis ça pour me convaincre, et ignorer la façon dont mon coeur se serre à chaque coup de fil de la police, pensa que cela peut-être lui. Lui qu’on a retrouvé, quelque part, les yeux fermés, la poitrine ne se soulevant plus, le coeur ne battant plus… J’ai vraiment besoin d’une cigarette. La brique de jus d’orange, désormais vide, finit sur le sol et je pousse un profond soupir, souffle ressenti par chacune des cellules de mon organisme qui elles aussi sont fatiguées. Je ne sais pas ce qui fait chuter le plus mon moral dernièrement, l’absence d’indices, ce couvre-feu qui paralyse la ville ou le fait qu’il me semble bien trop douloureux de saisir mon téléphone et d’appeler Lysandre. Pour quoi ? Pour une conversation ? Une étreinte ? Quelque chose de plus ? Je l'ignore, et il est impossible de demander quand on ne sait pas vraiment… n’est-ce pas ?

Mes pensées ne forment qu'un tourbillon informe et mes yeux sont posés sur la piscine depuis trop longtemps, ce qui explique pourquoi mon prochain mouvement est de plonger, tête baissée, sans vraiment y réfléchir. L’eau semble presque tiède autour de moi et je laisse la gravité et toutes ces autres forces faire leur travail et m’autoriser à flotter. Et si je restais là ? Le bruit s’efface, il n’y a que mon coeur qui bat et cet espèce de bleu sans aucune profondeur m'entoure, mes yeux sont ouverts, comme à mon habitude, je garde les yeux ouverts, refusant de laisser l’inconnu pointer le bout de son nez. Je serai bien resté là des heures, peut-être que j’aurais fini par me rendormir là mais je bats enfin des pieds pour aller chercher ce précieux oxygène dont j’ai tant besoin. Inspiration, expiration, je cligne plusieurs fois des yeux pour m’assurer que je ne deviens pas complètement fou et que c’est bien Lysandre qui se trouve au bord du bassin. « It’s a bit late for a visit don’t you think ? » Je lâche enfin, je ne demande même pas au blond comment il a fait pour rentrer, j’ai probablement dû laisser la porte ouverte encore une fois. « … Wanna join me ? »  Je ne sais pas pourquoi il est là et une partie de moi s’en moque complètement, qu'il vienne couler avec moi, c’est tout ce qui m’importe à cette seconde précise.

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Sujet: Re: murder partyVen 24 Fév - 2:46

Quelques coups d’oeil par-dessus son épaule pour s’assurer qu’elle ne le suivait pas. Lysandre l’avait assez vue pour toute une vie, et c’était sans doute pour cette raison qu’il avait pressé le pas, traversant sans vérifier que la route lui appartenait, le bitume presque glacé sous ses pieds nus lui faisant prendre pleinement conscience de la réalité dans laquelle il évoluait ; celle qu’il cherchait justement à fuir, qu’il avait laissé quelque part dans l’habitacle en métal que Désirée semblait conduire avec tellement d’assurance que cela finirait par causer sa perte. Il pressait le pas, voulant mettre le plus de distance possible entre lui et la conversation qu’il venait d’avoir avec la jeune femme, incapable de mettre des mots sur les émotions qui bouillonnaient maintenant au creux de ses entrailles. Une sorte de mélancolie, de tristesse contagieuse s’était saisie de ses poumons, coupant son souffle et lui donnant l’impression qu’il allait bientôt s’effondrer. Ce n’était pas la vitesse qui l’avait remué de la sorte, pas non plus le ton sur lequel Désirée s’était adressé à lui, ou bien encore les questions qu’elle lui avait posé. Non, c’était autre chose de plus profond. Comme si l’idée qu’on puisse s’intéresser au Poète uniquement pour ce qu’il faisait le dérangeait. Comme si cette curiosité mal placée l’irritait, lui qui aurait aimé rencontrer le meurtrier simplement pour l’apprendre, l’apprivoiser, pour s’asseoir à ses côtés et lui laisser une chance d’être humain au moins une fois. Pour le comprendre.

La minute d’après, Lysandre se surprenait à réprimander une larme qui lui brûlait le coin de l’oeil. Préférant rejeter la faute sur l’air frais qui lui lacérait le visage, il se concentra sur le chemin qu’il lui restait à parcourir pour atteindre son objectif, comblant rapidement l’espace qui persistait entre Jacob et lui. Pour une raison qui lui échappait, il réalisa néanmoins que la distance serait toujours présente, malgré tous les efforts du monde. Il n’y avait bien que lorsque ses barrières charnelles tombaient que Jacob s’intéressait au blond, tout le reste n’avait strictement aucune place dans leur lit. Ce n’était pas bien grave dans le fond, ce n’était pas une grande perte, et ce qu’ils auraient eu à se dire s’ils avaient su se parler ne valait probablement pas la peine. Ce qui n’empêchait pas Lysandre d’y songer à chaque fois qu’il essayait de trouver le sommeil, fixant le plafond de sa chambre en quête de réponse que le silence ne pourrait pas lui murmurer. Après tout, Jacob était un homme ; Lysandre ne pouvait pas exiger grand chose de lui, et lui-même n’avait pas la prétention de s’être intéressé à lui pour autre chose que ses lèvres, le soir où ils s’étaient rencontrés. Mais dans la pénombre, le blond ne pouvait s’empêcher de se poser mille questions, songeant à ses parents, à ce qu’ils avaient été, ce qu’ils avaient vécu, ce que l’amour leur avait fait partagé avant de les faire disparaitre. Lysandre ne savait toujours pas si l’idée de ne jamais avoir l’occasion de vivre une telle histoire le dérangeait ou non. Dans tous les cas, ce n’était pas pour cette raison qu’il rendait visite à Jacob ce soir-là.

Le blond se retrouva rapidement sur le pas de la porte de ce dernier, ne prenant même pas la peine de toquer avant de s’introduire dans la demeure du maire. Il n’y avait nulle part à Fairhope où il ne pouvait se rendre, aussi léger et invisible que le vent. Se dirigeant instinctivement vers la chambre avant de vérifier les autres pièces, son coeur manqua un battement lorsqu’il y fit irruption, réalisant un peu tardivement que Jacob aurait pu se trouver en compagnie d’une autre créature nocturne, blottie contre sa peau brûlante, le parfum d’un autre souffle chaud imprégnant sa nuque. Serrant la poignée dans la paume de sa main, Lysandre fut soulagé de constater que Jacob répondait aux abonnés absents, chassant rapidement les idées folles qui lui avaient traversé l’esprit tandis qu’il s’était préparé au pire. Faisant demi-tour sans même prendre le temps de refermer la porte derrière lui, il entreprit de fouiller chaque recoin, terminant par l’extérieur. Debout sur le rebord de la piscine, Lysandre se posta là, les bras croisés sur sa poitrine, l’air incrédule et passablement agacé. « No, I don’t. » L’idée était tentante, mais pas question de montrer sa faiblesse dans un moment pareil. C’était lui qui menait la danse depuis le début, il comptait bien en tirer profit. « And I’m not here for that. » Après tout, il ne servait pas qu’à cela, et ses cuisses pouvaient rester fermées longtemps si Jacob ne lui accordait pas ce qu’il exigeait. « You’re gonna do something about that stupid curfew, and you’re going to do it tomorrow. » Pas besoin de menaces, le message était suffisamment clair ; aussi limpide que l’eau dans laquelle Jacob était en train de se baigner. « Are we clear ? »

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Sujet: Re: murder partySam 25 Mar - 1:10

Jessica n'est pas souvent venue dans cette demeure. Deux fois tout au plus, la première pour me rendre mon mug préféré, celui qui indique quelle quantité de café je dois avoir dans mon système pour que les gens puissent enfin m'adresser la parole et la deuxième fois par accident. Quoi qu'il en soit, peu de personnes ont vu ces murs à part moi et j'ai toujours fait en sorte que ce soit le cas. J'avais besoin de partir de notre ancienne demeure, de me détacher de tout, un thérapeute foireux aurait probablement émis l'hypothèse que je tentais d'échapper à mon mariage désastreux et aux responsabilités mais non. Ça, tout les emmerdes que j'ai provoquées, je les emmène avec moi, quotidiennement, elles sont sur mes épaules, de jour comme de nuit et je sais que je ne peux pas y échapper. Fuir n'a jamais vraiment fait parti de mon vocabulaire, pourquoi fuir quand on peut tout simplement être lâche, renier l'existence de toutes ces choses qui nous font mal et ne plus jamais y revenir. C'est plus simple non ?

Je crois que je me suis rapproché des vagues parce que j'avais besoin de rêver, j'avais besoin de regarder l'horizon droit dans les yeux, voir que ce dernier ne changerait pas quoi que je fasse, que je sois grand, ridicule, minuscule ou pas... Et je crois que ça me rassure. Savoir qu'il y avait toujours cette fenêtre ouverte sur le monde et que si je voulais vraiment, je pouvais courir dans le sable et aller boire la tasse et laisser l'eau envahir mes poumons. La piscine représente ce sentiment mais de manière plus contrôlée, plus mesurée, cette maison au bord des vagues juste mon insécurité et maintenant Lysandre. Tout se rencontre, tout se complique et j'aimerais juste qu'il comprenne. Qu'il me rejoigne et qu'il me laisse oublier pour une nuit de plus. Je ne songe pas à mes désirs les plus pervers, non, il me semble bien trop tard pour ça, je veux juste garder cette créature contre moi, l'observer s'endormir en caressant sa chevelure translucide ni plus ni moins. Son ton m'arrache un sourire tandis que je bats un peu des pieds, pour me rapprocher de lui. « The water is not too cold I promise. » Mon ton est lui posé, en contraste avec le sien, il semble à bout, fatigué et nous savons tous les deux que s'il est là ce soir ce n'est pas parce qu'il en a envie.

Il a juste besoin de me remettre à ma place, de me faire comprendre que les rues de Fairhope sont à lui et à personne d'autre. C'est marrant, ce jeu me fascine pendant quelques secondes, je lève les yeux vers la nuit noire, puis je le fixe de nouveau. Est-ce qu'il faut vraiment qu'on règle ça ce soir ? Ça ne peut vraiment pas attendre demain et la lumière punitive du soleil ? Visiblement non. « What if I don't ? » Si je pouvais hausser les épaules, je le ferai, je ne le fais pas, je me contente de le fixer, mon propre visage affichant ma fatigue. Il n'est pas le seul avec qui je dois parlementer toute la journée, pas le seul qui a des plaintes et des envies, pourquoi les siennes devraient être plus importantes ? Là encore, je connais la réponse, mais je refuse d'écouter, je refuse de voir et je préfère aller droit dans le mur. J'y nage justement, jusqu'au rebord de la piscine et je finis par en sortir, un profond soupir menaçant de quitter mes poumons. L'eau ne semble plus si accueillante que ça, pas avec tous les soucis et les problèmes du quotidien qui viennent de la polluer maintenant. Peut-être que demain tout ira mieux.

Je passe deux mains dans mes cheveux, écartant les mèches brunes mouillées de mon visage et je me rapproche de Lysandre, sans songer au fait que je suis complètement trempé, encore nu et que je devrais probablement attraper une des serviettes qui traine là avant d'attraper froid. Chaque chose en son temps. « Sorry you can't keep roaming the streets night after night, we had to do something... contrary to popular belief, I'm not the only one taking the decisions here.» C'est une partie de la vérité. L'autre partie c'est que je suis heureux, content d'avoir ruiné une partie de ses journées, il hante beaucoup des miennes, alors comme ça, c'est plus juste, je ne suis plus le seul avec des regrets, avec la solitude et l'ombre de et si ? Mes yeux se posent un instant sur ses lèvres, probablement pour réaliser que je les hais également, et le soupir m'échappe enfin. « It's not that simple. » Je finis par dépasser Lysandre pour retourner dans ma demeure, pas après pas, déception après déception. « You can be mad at me all you want, it's really not that simple.»

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Sujet: Re: murder partyVen 21 Avr - 0:47

Il était le vent, il était la pluie. Il était le soleil se levant à l’horizon ou l’astre se laissant couler au fond de l’océan chaque soir. Il était la lune, ce croissant que le monde entier rêvait de pouvoir croquer, rêvait de pouvoir atteindre sans jamais y parvenir. Le fouler de son talon, poser un pied dessus, mais juste un seul ; jamais assez pour le conquérir. Il était les nuages et le ciel clair et limpide d’un soir d’été, il était la neige brûlante et les bourrasques glaçantes, les aurores du bout du monde, la foudre impardonnable. Il était les vagues, l’écume et le sable. Il était chaque grain, chaque graine plantée dans le sol, cette même boue dont il était également fait. Il était le bord des chemins et la route elle-même, il était les branches craquantes et les feuilles qui dansaient follement au grès de ses soupirs. Il était les cendres des feux éteints et l’étincelle qui faisait renaître la flamme, il était la cire et la mèche à la fois. Il était l’arme et la tempe, la gâchette et le doigt. Il était cette ville à lui tout seul, il était aussi violent que la grêle en plein mois d’août, aussi terrible que les chaleurs qui faisaient vaciller les ombres. Il était Prince, il était souverain.

Mais face à Jacob, il n’était rien.

Et il aurait voulu crier, hurler, s’arracher les côtes une à une pour les étaler face à l’autre homme et ainsi lui faire comprendre de quoi il était fait. Il n’avait pas été façonné à l’image du Créateur ; non. C’était quelque chose d’autre qui l’animait, qui le faisait vibrer, qui faisait sursauter son coeur à chacun de ses pas, hoquet interminable qui l’angoissait bien vite à chaque fois qu’il y prêtait attention. Il n’était pas de la même matière que les autres, ni fait de sang ou de chair, d’argile ou de terre, mais d’un tissu plus épais que la peau, plus robuste que sa carcasse. Il ne parvenait pas à l’exprimer, ni à le faire comprendre, seul rescapé dans sa prison, mais il aurait voulu trouver les mots exacts pour qu’ils viennent percer sa peau, qu’ils fassent tomber ses barrières et que Jacob puisse voir enfin à qui, à quoi il avait à faire. Il n’était pas simplement là pour faire joli. Non, il était. Et dès qu’il soufflait, il pouvait voir les branches se mettre à trembler, les draps se soulevant sur les terrasses, les vagues roulant vers l’infini. Il n’y avait que Jacob qui ne voyait rien, qui restait aveugle, et le Prince aurait voulu lui crever les yeux, lui arracher les globes qui tournaient en rond dans son crâne pour les porter autour de son cou, le pourpre perlant de ses pendentifs encore tièdes. Peut-être que Jacob verrait enfin, qu’il prendrait le temps de voir.


Le brun passa à ses côtés, retournant vers sa demeure après quelques paroles futiles qui s’étaient évaporées dans les airs comme des volutes de fumée, de l’air que quelqu’un d’autre viendrait bientôt brasser. Des paroles creuses qui n’avaient provoqué aucun tremblement, qui n’avait réveillé ni la terre, ni le ciel, qui n’avait pas même fait frémir l’eau qui dormait, emprisonnée entre les parois de cette piscine répugnante. Le brun l’ignorait presque, insensible à la révolution qui se déroulait pourtant juste sous ses yeux ; Dieu, ce qu’il aurait voulu les lui arracher. Il le suivit du regard, sa tête tournant d’abord, son corps l’imitant lentement ensuite, tous ses membres endormis, anesthésiés par tout ce qui le rongeait, ce qui le dévorait en silence. « I’m not mad. » Un aveu qui semblait sincère ; il ne l’avait jamais autant été, ses iris plantés dans le dos du brun comme on aurait pu y planter des poignards, des couteaux aiguisés. « I’m… » Il l’avait susurré, et Jacob était déjà trop loin pour l’entendre, trop loin pour voir qu’il était encore debout, à côté de cette piscine, qu’il essayait d’exister quelque part sur son quart de globe, son bout de planète. Il avait pris le vent et les saisons en otage mais on ne le voyait toujours pas.

« I’m hurt. » Le mot lui avait arraché la gorge avec tellement de force qu’il pouvait encore en sentir la brûlure. C’était ça ; il avait trouvé la cause de tous ses maux, et il l’avouait enfin. À qui ? À un pauvre fou qui ne méritait pas le territoire qu’il foulait tous les jours, qui le souillait de son ego. Et ce pauvre Prince qui était prédestiné à régner sur Fairhope ; voilà qu’on le privait de son royaume, qu’on le confinait aux quatre murs d’une pièce où il se sentait à l’étroit, où il ne maîtrisait rien, où les éléments ne venaient plus lui tenir compagnie et apaiser sa solitude, où il ne sentait plus le sol vivre sous ses pieds blessés.

Il ne fit pas un pas de plus, immobile, priant pour que le vent l’emporte. Où était Jacob ? Il ne le voyait plus, la pluie s’étant égarée aux coins de ses yeux clairs. Il préféra rester là, silencieux, invisible, le regard rivé sur la piscine, se disant qu’on devait sûrement être en paix au fond de cette eau claire. Il chercha l’ombre du maire un instant, dans un dernier espoir, en quête d’un phare quelconque ; mais sa poitrine se resserra, la peine de toute une vie l’envahissant, prenant racine. Il soupira, fatigué, prêt à rendre les armes.

Orphelin.

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Sujet: Re: murder partyLun 22 Mai - 23:56

Je m’arrête aux premiers mots de Lysandre. Je ne sais pas si je dois me retourner et m’estimer heureux. Lui offrir un vrai sourire, le genre qui n’apparait que très rarement et poser mes lèvres sur les siennes comme un cadeau. Peut-être que j’ai envie de le faire car sa peau me manque comme ça, peut-être que j’en ai juste envie et que je ne veux pas que ça fasse sens et que c’est ça qui me plait avec Lysandre. Cette espèce de paix dans tout ce chaos. Le fait que rien ne fasse absolument de sens et que même de cette façon, mon coeur se retrouve apaisé, ni plus ni moins. C’est toujours ce sentiment que je chasse dans chacune de ses inspirations, que j’essaye de capturer sur chacune des cellules de sa peau, baiser après baiser. Qu’on me traite de fou, qu’on m’interne, mais j’ai trouvé mon havre de paix, j’ai trouvé l’endroit où je veux mourir, où j’accepte que l’on me foudroie de part en part. Peu de personnes peuvent dire avoir eu cela, et pourtant je l’ai.

Je l’ai et je ne sais pas quoi en faire, je ne sais pas si je dois demander son pardon ou simplement l’ignorer jusqu’au moment où je serais prêt à mourir. Je ne sais tout simplement pas quoi faire de lui et c’est bien pour ça que je n’ai pas daigné répondre à ses appels ou venir le voir. Car cette paix à un prix. Un lourd prix à payer et je ne sais pas encore si je veux donner mon coeur comme ça, sans aucune garantie de pouvoir le récupérer. Lysandre pourrait le piétiner, le transpercer, le dévorer tout entier sous mes yeux et … que faire alors ? Le supplier de continuer ou lui dire d’arrêter ? C’est le genre de sentiments qui rend complètement débile et que je ne souhaite pas connaitre, ni ce soir, ni maintenant.

Pourtant je me fige, je laisse la brise de la nuit caresser mes épaules nues et je sens son regard posé sur moi. Me ronger, me dévorer, m’asphyxier. Je suis devant cette cuisine et j’ai presque envie de prendre un couteau et de le mettre entre les mains de Lysandre, qu’on en finisse. Une bonne fois pour toute. Là, qu’il enfonce cette lame au plus profond de mes entrailles et répande ce qui fait que je suis moi sur le sol immaculé et presque irréel de cette cuisine. Qu'il finisse par se rouler dans mon hémoglobine et se délecte de sa rougeur. Parce que ça n’a tout simplement pas de sens et qu’il fait beaucoup trop nuit pour ne pas se laisser aller.  « Why ? » Je lâche soudainement, dans un grognement. Pourquoi est-ce qu’il ne m’en veut pas ? Pourquoi est-ce qu’il est blessé ? Je ne peux me résoudre à le regarder pour le moment et je continue de lui tourner le dos. Peut-être que la réponse pourrait me tuer, je ne suis pas encore prêt à observer ses traits fins, en parfait contraste avec le regard noir qu’il m'a jeté il y a quelques minutes. Il ne peut pas être aussi froid et rester roi et maitre de tout à la fois. Il ne peut tout simplement pas.

Mais le léger silence qui suit ma question me laisse moi-même de marbre et je finis par me retourner, mon regard se posant automatiquement sur Lysandre. Lysandre, prince de la nuit, qui semble si fragile à cet instant, tellement fragile qu'un rien aurait pu l’emporter et nous séparer, j’en suis sur et certain. « Because you can’t roam the streets or because I didn’t come to see you ? » Oh but I wanted to come… Mais trop de règles, trop de on-dits, alors j’ai préféré le silence, j’ai choisi le déni et je l’ai délibérément ignoré, je l'ai tenu à distance pour ne pas être tenté. Il est tellement beau ainsi que je me retrouve à faire un pas de plus vers lui, prêt à le serrer contre moi, à tout lui jurer et à tout lui donner. Comment est-ce juste ? Lysandre a l’éternité, Lysandre aura probablement les nuits et la mort l'épargnera s'il lui demande avec un joli sourire. Alors pourquoi est-ce qu'il ne peut pas m'épargner moi ? Pourquoi est-ce que les choses doivent être aussi compliquées ? « Because you think I don’t care about you ? » Mon ton est accusateur et je m’étonne moi-même, je m’étonne surtout par les mots qui suivent. « You’re wrong. » Je prends une profonde inspiration, pas certain que le timing soit le bon. Mais à quoi bon justement ? Ça ne va absolument rien changer … « I do care. » Le mot est léger et ne représente même pas un quart de tout ce que je ressens pour Lysandre, si léger que j’ai presque envie d’en rire et de recommencer.

Non, je me contente de le fixer d’un air purement solennel comme si… comme si je pouvais arrêter le temps et effacer ces peines. Et ne pas être trop moi, faire en sorte qu’il soit un peu moins lui mais que nous soyons toujours heureux. « Probably too much, too much… it even cost a man its life … but that’s what I’m willing to do. For you. » Je fais référence  à Adam, Adam trop occupé à se vider de son sang, pendant que Lysandre et moi nous étions loin de tout, dans notre cocon parfait. « I could kill for you. » Je finis par hocher la tête, mon regard plus que déterminer posé sur Lysandre. Qu’il me donne le temps et l’heure et je lui fournirai le corps…

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Sujet: Re: murder partyVen 9 Juin - 18:50

Lysandre n’avait jamais rien espéré de Jacob. Absolument rien d’autre que ses mains sur son corps, ses lèvres dans son cou, et son être tout entier au creux du sien. Il avait eu besoin de son pouvoir, de tout ce que Jacob était pour savoir, pour connaître enfin les raisons qui poussaient le monde entier à s’isoler sous des draps pour mieux se dévoiler. Il l’avait choisi en se disant qu’il n’y avait pas d’autre homme susceptible d’arriver à la cheville de celui-ci, aucun homme capable de le combler comme lui, aucun homme digne de pouvoir lui dérober ce qu’il n’avait jamais voulu offrir par le passé. Mais il n’espérait rien de plus, Jacob n’était guère qu’un homme, et dans la bouche de Lysandre, c’était presque une insulte. Lui, l’enfant dépourvu de parents, comme s’il était tombé du ciel, comme si c’était la terre qui l’avait porté avant de l’expulser des Enfers. Il était parfaitement conscient qu’il ne pouvait rien attendre de ceux qu’il avait appris à traiter comme ses semblables, encore moins de Jacob qui disparaissait pour mieux regagner l’intérieur de sa demeure en bon rat qu'il était, ne se souciant pas un instant des mots qui engourdissaient la langue du blond, qui faisaient ralentir son coeur à chaque fois qu’il y songeait. Il avait besoin de ses rues, de ses soirées sur la plage à ne rien faire qu’observer l’horizon, se demandant si ses parents avaient un jour eu droit aux mêmes visions, s’ils avaient trainé leurs carcasses aux mêmes endroits, s’ils avaient laissé un peu de leurs souffles dans l’air du soir. Mais pas la moindre preuve, alors Lysandre continuait de chercher.

Jacob se retourna finalement, faisant face à Lysandre qui releva légèrement la tête. Il ne s’était pas laissé abattre, il n’avait pas encore déposé les armes, mais c’était la palpitation dans sa poitrine qui l’avait interpellé un instant, qui l’avait détourné du sujet de leur conversation, qui l’avait forcé à ne plus fixer le dos de Jacob en se demandant si ce dernier allait seulement faire semblant de ne rien avoir entendu pour reprendre sa route ou s’il allait au moins avoir suffisamment de courage pour affronter le regard de Lysandre. Mais il n’était qu’un homme, rien qu’un homme, il n’oserait pas tout de même pas offenser son prince ? Lysandre fut à moitié surpris de le voir se rapprocher, les traits de son visage toujours teintés d’une certaine angoisse, jusqu’à ce que les mots débordent de la bouche de Jacob, qu’ils coulent autour d’eux comme une mare de sang. Peut-être était-ce pour cela qu’on disait parfois boire les paroles des autres, car Lysandre s’en délectait ; il réalisait enfin l’emprise qu’il avait sur Jacob. Il n’arriverait sans doute jamais à obtenir quoi que ce soit de lui, et il ne pouvait rien en espérer, mais il pouvait constater l’étendue des dégâts, et prendre plaisir à se rendre compte que sa légère tristesse passagère avait réussi à atteindre Jacob, qu’elle lui avait donné une bonne raison de s’adresser à lui en toute franchise, de la seule manière dont Lysandre était digne. Il se fichait de ne pas avoir vu Jacob depuis un certain temps, c’était sa ville qui lui manquait, mais que le maire continue de penser ce qu’il voulait, du moment qu’il sacrifiait en son nom.

La boule dans sa gorge s’était envolée, l’humidité dans son regard n’était plus. Et si toutefois on lui demandait, la brise du soir en avait été seule responsable, et rien d’autre. Une poignée de mots et Lysandre était enfin apaisé. Il n’avait jamais rien espéré, mais il venait enfin d’obtenir quelque chose de beaucoup plus beau, beaucoup plus fort que ce qu’il s’était parfois surpris à imaginer. Il avait peut-être eu tort sur la condition de Jacob au final. Le silence s’installa entre eux, leurs seuls regards pour confessions, Lysandre se risquant à faire un pas après une éternité. Peu importait, il contrôlait le temps, il n’était pas mortel. Ses doigts pâles effleurèrent le ventre de Jacob, remontant vers son torse de cette façon si singulière, la seule façon dont Lysandre avait pris l’habitude d’explorer le corps de l’autre homme ; comme s’il s’agissait de la première fois qu’il le voyait, comme s’il avait besoin de se souvenir du détail de sa peau pour les soirs où Jacob serait trop loin pour être encore réel. Ses ongles insistèrent près du coeur de l’autre homme, là où Lysandre rêvait souvent de pouvoir plonger sa main toute entière pour sentir le battement sanglant directement contre sa paume, grattant une porte qui se trouvait là pour mieux la faire céder, laissant une légère marque. Sa marque. Le blond prit ensuite le temps de se plonger dans le regard de l’autre homme, se demandant quel goût sa chair pouvait avoir, songeant à se blottir dans son cou tandis que Jacob se viderait de son sang, la main de son amant prenant toujours son coeur en otage. Rien d’autre que des rêves, rien de réel ; à part les aveux de Jacob.

« You should. » Il s’était rapproché sans même y prêter attention, contre le torse de Jacob, ses doigts courant toujours, son corps pressé contre le sien comme si la chaleur de celui du brun allait réchauffer le sien. « If you kill someone for me, I’d be yours forever. Just yours. » Jacob savait exactement ce que le prince voulait dire ; pas d’autres mains sur ses hanches, ni d’autres souffles dans son cou. À lui, rien qu’à lui, prêt à ne s’offrir qu’à ses baisers, à ne se cambrer que sous son corps. « And you’d be mine. » Parce que Lysandre serait le seul à partager le secret, le seul à connaître l’existence d’un cadavre pourrissant quelque part dans cette ville qu’il pourrait visiter de temps à autre, le sacrifié dissimulé au coeur de la nature, offrande faite au territoire du Prince. Au moindre faux pas, Lysandre aurait le pouvoir de faire basculer Jacob de son trône et le mettre derrière des barreaux où personne d’autre ne pourrait jamais l’atteindre si toutefois il voulait le garder pour lui. « I need you to do it. » Un aveu qui sonnait davantage comme un ordre. « Then I won’t bother you about anything else anymore. I’ll stay put. » Plus d’exigences, plus besoin de lever le couvre-feu, plus d’appels au milieu de la nuit pour venir l’aider à sortir de ce foutu commissariat. « If you don’t… I’ll be gone soon. » Un murmure qui prenait des allures de menaces.

Ses lèvres effleurèrent le cou encore humide de Jacob. Une deuxième fois, puis une autre.
Il ne l’avait jamais autant désiré.

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Sujet: Re: murder partyVen 30 Juin - 23:51

Il y a quelque chose qui traine dans l'air.
Quelque chose qui traine juste , entre les étoiles et la Lune.
Juste là.
Au milieu de chacune de ces perles qui scintillent, quelque chose qui envahit peu à peu l'obscurité et qui va bientôt tout avaler sur son passage. Tout détruire. Tout attraper de ses longs doigts fins et le porter jusqu'à ses lèvres lentement, pour venir tout écraser, tout mâcher à l'aide de dents puissantes. Peut-être que c'est le Dieu du Chaos en personne, peut-être que c'est l'Éternité, ou tout simplement la Mort, qui ne peut s'empêcher de se pencher sur la nuit, sur l'obscurité et sur Lysandre et moi pour nous sourire. Pour tordre ses lèvres noirâtres dans une expression d'une blancheur immaculée et qui ne sera jamais égalée et qui quelque part... me donne l'ombre d'un frisson. Parce que nous l'avons vraiment fait n'est-ce pas ? Nous avons finit par y arriver, arrêter le Temps en personne, casser la course des secondes, car personne ne veut être là, personne ne veut être témoin de tous les affreux crimes que nous allons commettre.

Mes mots sont froids, la pensée plus qu'évidente et mon regard sur Lysandre est dur. J'aurais espéré, qu'il aurait compris, que je n'étais pas juste là pour me pâmer devant lui et m'agenouiller face à son imposante stature. Bien sûr que j'ai tout saisi, bien sûr que j'ai compris de quoi il était fait. Il n'est pas comme les autres, et il n'est certainement pas comme moi. Il est au dessus de tout ça, roi, dieu, déesse, il dépasse tout, alors tout l'amour que je lui porte n'est pas suffisant. Il lui faut autre chose, et je pourrais m'ouvrir les veines, me vider de mon sang devant lui mais il a besoin de ce coeur qui bat uniquement pour lui. Il a besoin de ma dévotion, il faut qu'il continue de me consumer et de puiser dans mes forces pour vivre. Ce n'est pas un problème, j'ai bien compris le marché silencieux que j'avais passé au moment où mes pauvres mains se sont posées sur sa silhouette divine. Le Diable est dans les détails et je suis certain que même lui m'aurait dit de me tenir éloigné de Lysandre. Même lui. Mais il s'agit d'une toute autre entité et s'il arrive à faire battre mon coeur de cette façon, s'il arrive à me réduire à seulement ma condition d'homme eh bien... je n'ai pas d'autre choix que de lui obéir, purement et simplement.

Dois-je me laisser tomber à genoux ? Dois-je supplier ? Non, j'ai déjà fait ma promesse, une autre promesse dont la Lune sera témoin. Et elle pourra essayer de se cacher au cours des vingt huit jours suivant, mais même elle ne pourra jamais oublier, jamais oublier ce qui s'est ici, ce soir, ce matin, au beau milieu de la pénombre. Je ne recule pas alors que Lysandre s'approche de moi, il sait déjà de quoi j'ai besoin, il sait déjà comment mon coeur et ma peau crient pour lui depuis plusieurs secondes et j'accueille ses mains sur ma peau nue avec plaisir. Comme si... comme si je pouvais enfin respirer. « And I will.» Mon regard rencontre le sien encore une fois et mes mains finissent sur ses maigres hanches, je ne sais pas si j'ai le droit de le toucher et je serai surement puni si ce n'est pas le cas, mais tant pis. La punition sera une forme d'attention, et l'attention une forme de salut, alors je ne peux que les accepter pour le moment, l'une comme l'autre, sans faire aucune distinction. Car je ne peux pas imaginer Lysandre en dehors de ma vie, pas maintenant, je ne veux pas me passer de lui, je ne veux pas apprendre comment et je ne veux certainement pas être raisonnable. C'est tout ou rien dans notre cas précis et je préfère tout prendre sans hésiter. Pour le meilleur et pour le pire, je lui jure tout, il aura son cadavre, il aura son mort, le sang, je tiendrais le couteau moi-même et j'ouvrirai le ventre de notre malheureuse victime. J'aiderai Lysandre à étaler ses viscères sur le sol de manière méthodique, je l'aiderai à enfiler cette nouvelle peau, à embrasser ses nouvelles lèvres et à élever le corps sans vie à un autre état.

Je grogne en sentant ses lèvres sur mon cou, sent-il ce coeur qui bat pour lui et uniquement pour lui ? Probablement pas. Il ne doit rien entendre sous toute cette peau. J'ai envie de l'embrasser mais je laisse mes mains uniquement dériver pour encadrer son beau visage et le forcer à me fixer.
« God knows... you know I will. » J'ai déjà eu un premier mariage. Est-ce le second ? Est-ce que c'est ça les promesses que je fais pour lui, oui il y aura des sacrifices et seulement le pire ressortira de tout ça ? Ce sont de belles promesses, excellentes et probablement plus réalistes que mes premiers voeux. Je dépose un baiser sur chacune de ses joues, le regard surement un peu fou posé sur lui. « When have I ever lied to you Lysandre ? » Pas avec lui, jamais avec lui. Parce que ça n'a jamais été un jeu et même quand j'ai prétendu poser ces quelques billets verts près de lui après notre premier rencontre je savais... je savais que cela ne serait pas suffisant et qu'il méritait mieux. Une monnaie d'échange plus lourde et plus coûteuse, mais il n'était pas question de reculer ou de faire marche arrière. Plus maintenant.« And you'll be mine and I'll be yours. » J'aimais entendre ces mots-là, que ce soit entre ses lèvres ou entre les miennes, et cela résumait bien notre situation présente. Perdu ensemble, pour le meilleur et probablement pour le pire également.

« Forever.»

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Sujet: Re: murder partyMar 11 Juil - 17:37

Un frisson, tandis que les mains de Jacob trouvèrent ses hanches, le forçant à fermer les yeux une fraction de secondes, ne serait-ce que pour apprécier la tiédeur de ses paumes, son torse complètement nu sous sa fourrure qu’il n’avait pas pris la peine de fermer, que les mains de Jacob avaient timidement repoussé en s’aventurant juste là, en territoire déjà conquis. Il appréciait ce poison, il était près à se noyer dans cet enfer tant que Jacob tenait ses promesses, et que Lysandre en acceptait les conditions. Plus rien, à part le brun, ses mains, ses souffles et ses lèvres dans son cou, plus rien à part eux. Le reste du monde pouvait bien les attendre des décennies, des millénaires, ce soir ils avaient fait le choix d’être éternels, de sceller leurs destins avec les cieux pour témoins, de s’unir dans l’horreur pour mieux s’aimer. Dans le fond, Jacob savait que c’était exactement ce dont il avait besoin, toute cette haine reportée sur les autres, ce sang sur ses mains pour adoucir sa peau, laver ses pores de tous les pêchers qu’il n’avouerait jamais. Ce sang, pour les bénir, eau maudite qu’ils feraient tomber du ciel, véritable miracle. Si le Prince avait un Roi, la ville serait bientôt à eux, tout un monde dont ils seraient souverains, l’un dans la lumière et aux yeux de tous, abrutissant les foules et leur servant des discours vides et creux, l’autre caché dans la brume, contrôlant la pluie et la foudre pour mieux terroriser les citoyens.

Les mots de Jacob, comme des prières, que Lysandre apprécia davantage alors que son corps se rapprochait du sien, son torse presque collé à celui du brun, se rêvant soudainement suffisamment petit pour que son oreille puisse arriver à la hauteur exacte où se trouvait le coeur du maire, juste pour l’entendre battre alors qu’il prononçait ces mots et s’assurait qu’il ne mentait pas. Que le tout sonnait juste, qu’il ne lui servait pas une autre de ces promesses comme il en servait à toute la ville. Mais Lysandre n’avait pas besoin de vérifier, n’est-ce pas ? Il devait lui faire confiance et c’était bel et bien la première fois qu’il se surprenait à penser une telle chose d’un autre homme, d’un être humain qui paraissait pourtant aussi banal et insignifiant que tous les autres. Lysandre n’était même pas certain de faire confiance à ses propres grands-parents, ceux qui l’avaient élevé, qui l’avaient vu grandir, qui avaient mis un toit au-dessus de sa tête et qui l’avaient nourri tout au long de ces années. Le blond était quasiment certain qu’il aurait pu survivre sans eux, mais là n’était pas le propos ; malgré toute l’affection qu’il pouvait avoir pour eux, il se surprenait parfois à les observer, jugeant leur vieillesse comme une véritable plaie, ralentissant leurs moindres faits et gestes, jusqu’à leur pensée. Et la sénilité n’avait rien de rassurant, rien qui puisse lui laisser penser qu’il était à la bonne place dans le foyer de ces fous-là. Lysandre ne faisait confiance à personne, il ne s’intéressait qu’à la nature, aux éléments, à ce qui restait gravé dans l’écorce ou dans la pierre, mais rien d’autre. À part sans doute le regard de Jacob, à cet instant précis, alors qu’il rouvrait ses paupières et qu’il se plongeait en lui pour mieux se délecter de son âme.

« Forever. »

Il convenait de répéter la même promesse, qu’elle devienne écho, et que l’écho grimpe jusqu’aux cieux, là où les étoiles scintillaient un peu plus fort depuis qu’elles les avaient entendu. Ses doigts toujours pressés contre le torse de Jacob, il les laissa courir encore un instant, réalisant ce qui venait de se produire avec un peu de retard, mais pas plus affolé que cela par sa prise de conscience. Il était à Jacob, et Jacob était à lui. La pensée lui arracha un fin sourire, une preuve de sa satisfaction, de son désir soudain de ne plus être enfermé dans les bras de Jacob mais bien libre de les retrouver quand il le voulait, à conditions qu’ils remplissent tout d’eux leur part du contrat. Un sacrifice, et le Prince pourrait enfin considérer l’autre homme à sa juste valeur, comme le seul jamais capable de lui dire de rester sagement chez lui jusqu’à ce que foutu couvre-feu soit levé, le seul que Lysandre écouterait. La promesse à présent confiée à la nuit, Lysandre posa à nouveau ses lèvres dans le cou de Jacob, retraçant un chemin jusqu’à son oreille, les pointes aiguisées de ses doigts maintenant reparties à l’aventure pour mieux attiser le désir de Jacob, leurs deux corps encore trop éloignés l’un de l’autre. Qui du vent ou de Lysandre avait alors murmuré ? Impossible de le savoir.

You may now kiss the bride.

sujet terminé

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