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 everything that's broke, leave it to the breeze

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◆ Manuscrits : 725
◆ Arrivé(e) le : 30/05/2015
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◆ Métier : Ancien présentateur de Fairhope News, devenu préposé aux cafés et aux photocopies au commissariat de Fairhope
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Sujet: everything that's broke, leave it to the breezeMar 27 Sep - 23:28

everything that's broke, leave it to the breeze
I used to recognize myself, it's funny how reflections change
When we're becoming something else, I think it's time to walk away



15 décembre 2015


Deux nuits.


C’était tout le temps qu’elle avait passé loin de ses bras. Il l’avait appelée, avait même fait un détour par sa demeure avant de retourner errer un peu plus loin, dans les bois aux abords du lac qu’elle pouvait apercevoir depuis son salon, scrutant sa montre pour s’assurer qu’il ne s’égarerait pas trop tard et qu’il aurait regagné sa villa avant 21 heures. Son chien semblait ravi de le voir plus présent que d’ordinaire, l’animal lui ramenant balles et branches avec un intérêt certain, quand le maitre paraissait effacé, absent, le bras s’étirant machinalement pour distraire l’animal qui se réjouissait de toutes ces promenades bien plus fréquentes que d’habitude. Peter avait fini par rendre son tablier ; dans son cas il s’agissait plus précisément de son costume et de la poudre qu’on lui appliquait généreusement sur le visage avant chaque prise d’antenne. Son départ avait même fait la une du journal télévisé durant un certain moment, avant que les spectateurs et les médias se lassent eux-même, constatant avec dédain qu’il ne s’agissait pas d’un caprice de la soit-disant star du petit écran. Peter ne revenait pas, restant à bonne distance de son ancien boulot comme s’il cherchait à se racheter. Encore faudrait-il qu’il se pardonne, ce qui n’était clairement pas gagné à en juger par son regard mélancolique et sa mine abattue.

Il n’y avait qu’Elle pour lui remonter le moral. Ses sourires, sa façon de passer ses bras autour de son cou, presque trop petite pour atteindre ses épaules sans se mettre sur la pointe des pieds, sans qu’il la soulève à moitié en faisant semblant de n’être responsable de rien. Surtout pas du fait qu’elle se retrouvait dans les airs une fois de plus, suspendue à lui comme il était suspendu à ses lèvres, se surprenant même à lui dire qu’il refusait qu’elle marche maintenant qu’il était là pour la porter. Même les héritières des quelques royautés subsistantes à travers le monde n’avait pas ce privilège, elle devait en être fière. Et Peter l’observait, tuant le temps à ne rien faire que sourire alors qu’elle tentait de contenir Adam, boule d’angoisse qui gravitait dans cette maison comme un gamin qu’on aurait oublié dans une allée du supermarché. Ce qui n’était pas complètement faux dans le fond ; on l’avait tellement négligé en le considérant pour acquis que Fairhope avait failli le perdre. À chaque fois que la pensée lui traversait l’esprit, Peter avait un haut-le-coeur, et un noeud au fond de la gorge. Si Willow était la suivante, il ne survivrait pas. C’était certain.

Ce soir-là, il avait décidé de leur rendre visite sans aucun autre prétexte que celui d’apprécier leur présence. Il n’en n’avait pas encore parlé à Willow mais il était temps pour lui de se reconstruire, d’aller de l’avant. Pas pour elle, non. Pour lui, mais grâce à elle, ce qui était totalement différent. Elle lui avait donné une bonne raison de ne plus vivre au travers du regard des autres, des courbes d’audience, du regard de la caméra. Ses pupilles valaient bien plus que les chiffres qui s’accumulaient sur son compte en banque depuis qu’il était devenu le visage du journalisme à Fairhope, et il n’avait plus d’autre ambition que de la rendre heureuse. Rester à ses côtés. La regarder vieillir et admirer les creux et les plis qui se formaient doucement sur son visage au fil des années. Elle était belle maintenant, elle le serait encore davantage quand la vie aurait fini de les combler, que son ventre se serait arrondi une ou deux fois et qu’ils n’auraient plus d’autres préoccupations que les biberons, les monstres dans les placards ou sous les escaliers, les pleurs au milieu de la nuit et les maîtres d’école que Peter serait ravi de remettre à leur place. C’était sans doute trop d’un coup, sans compter son envie saugrenue de reconversion professionnelle au sein des forces de police de Fairhope, mais c’était tout ce qui lui permettait encore de tenir, vraiment. La perspective qu’elle porterait un jour son nom et l’espoir que son sourire soit effectivement héréditaire et qu’elle le transmettrait à leurs progénitures.

Son coeur battait à tout rompre dans sa poitrine quand son doigt osa s’arrêter sur la sonnette. L’air paraissait plus glacé que d’habitude. Sans doute était-ce à cause du simple t-shirt qui ne le couvrait pas assez sous sa veste en cuir encore ouverte. Peter n’avait jamais su se vêtir en fonction des saisons, et il en faisait à chaque fois les frais, le bout de son nez attaqué par le froid et le vent du bord de mer. « Est-ce que ça va ? » Le regard d’Adam semblait plus glacé que d'ordinaire lui aussi. Un jugement auquel le blond n’avait jamais été habitué. Pas de réponse. Il s’éclaircit la gorge. « Willow est là ? » Le malaise était trop palpable pour que l’ancien journaliste ne tente pas de changer de sujet. « Je vais la chercher. » Adam referma la porte et Peter fronçât les sourcils. On ne lui avait jamais refusé l’entrée en ces murs, pas même quand Jesse était dans les parages, les deux hommes suffisamment intelligents pour s’éviter sans faire d’esclandre en compagnie du reste de la bande. Une éternité s’écoula et le coeur du blond manqua précisément deux battements. Au troisième, la porte se rouvrit. Quelque chose n’allait pas, il pouvait le sentir. Au-delà de l’inconfort, de l’incompréhension, de la réaction sans précédent ; au-delà de l’évidence, il y avait autre chose de plus profond, une incision supplémentaire dans ce qui était déjà déchiré, mutilé, à vif.

« Is everything okay ? »

Il était glacé.

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Sujet: Re: everything that's broke, leave it to the breezeSam 1 Oct - 17:00

La sonnette avait retenti comme un glas. La silhouette recroquevillée dans le canapé ne fit que rétrécir, resserrant l'emprise de ses bras autour de ses genoux, laissant son visage s'enfoncer un peu plus dans ce cocon de fortune. Abri maladif qui la protégerait du froid qui attendait derrière la porte, qui la protégerait de toutes les peines et toutes les douleurs, pour peu qu'elle reste là à jamais. La petite fille prisonnière à l'intérieur pria, pria de toutes ses forces pour que son instinct se soit mépris, pour que ça soit quelqu'un d'autre derrière la porte, et pas Lui. Le Grand Méchant Loup. Qui allait souffler, souffler, souffler un vent glacial sur son armure de chair et de pleurs, jusqu'à ce qu'il ne reste rien, et qu'elle doive relever la tête. Révéler l'âme lacérée qu'elle avait voulu cacher en son sein, geste ultime et désespéré d'une mère qui savait qu'elle ne pourrait pas sauver son enfant. Mais obstinée et entêtée elle restait là, immobile, déterminée à ne jamais bouger, même si la bâtisse entière lui tombait sur le dos. Même si le monstre s'engouffrait par la porte entrouverte.

Elle s'était entendu plaider Adam alors qu'il revenait la chercher, alors qu'il la menait à l'abattoir. Elle s'était entendu murmurer quelques ''non'' qui s'étaient noyés dans son expression qui devait se vouloir rassurante. Elle ne l'était pas. Le chemin jusqu'à l'entrée n'avait jamais paru si long, jamais paru si pénible. Tout ce qu'elle voulait, c'était des bras dans lesquels tomber, fermer les yeux sans apercevoir le corps abîmé de la victime, et aller s'enterrer au fond de son lit. Pas faire un pas de plus. La petite fille refusait d'avancer, comme elle avait refusé de quitter le corps inerte de sa mère, suppliant qui voulait bien l'entendre de la laisser là, de simplement la laisser ici. Confortablement blottie dans le déni. Pourtant il avait fallu affronter le froid malgré tout.

Elle s'était endormie sur des promesses de sécurité. Ensemble, ils pouvaient chasser tous les démons qui se présenteraient sur la route. Elle avait toujours cru qu'elle n'était saine et sauve que dans ses bras. Que le monde n'était qu'un vaste champ de bataille, mais qu'ils avaient trouvé une zone de paix. Juste eux deux. Mais si ça avait été elle? Dans une rage alcoolisée, à la recherche désespérée d'informations qu'elle lui refusait, si elle s'était trouvée là? L'idée la frappait pour la première fois, évidence terrifiante. Elle n'avait jamais eu peur de Peter. Peut-être qu'elle aurait dû. Toutes ces rumeurs, tous ces murmures à son sujet, tout ce qu'elle avait savamment ignoré tout ce temps, lui revenait en mémoire, dans sa vérité vibrante et terrible. Les actions qu'elle avait pardonnées sans cligner des yeux, le mensonge qu'elle avait accepté sans y repenser. Tout se bousculait, tout s'effondrait comme des dominos et ils épelaient une question:

Qui est-il?

Elle était trop confuse. Trop perdue. Tout allait trop vite, et voilà qu'elle allait finalement atteindre la porte. Plus rien ne faisait sens, mais il y avait bel et bien un nœud au fond de son estomac, et c'était de la peur. Elle essuya les cadavres des larmes venues mourir sur ses joues. La main sur la poignée, l'apprentie policière s'arrêta un instant. Un simple instant, avant d'entrouvrir la porte sur un criminel.

Elle se trouva presque surprise de voir qu'il avait toujours le même visage. Les mêmes traits qu'elle connaissait par cœur à présent, les mêmes yeux où il faisait si bon de se perdre. Aucune transformation monstrueuse n'était venue perturber l'harmonie de son portrait, et c'était presque pire. C'était toujours le même Peter. Ca avait toujours été là. Sous la peau, sous les muscles qu'elle adorait dessiner du bout des doigts, derrière les regards emplis de bonheur qu'ils échangeaient parfois en oubliant de les savourer. Dans ses silences. Derrière ses mots. C'était le même faciès qui avait attaqué cet homme, dont Jesse avait préféré taire le nom, peut-être pour éviter qu'elle aille le violenter à son tour, lui ordonnant d'avouer son mensonge. C'était ce qu'avaient vu d'autres yeux, alors qu'on assénait coup sur coup, violaçant le corps, abîmant les côtes. Le même homme aux côtés duquel elle avait voulu passer le reste de l'éternité.

Ses yeux s'étaient remplis de larmes à nouveau.

Peut-être parce que la décision venait seulement de lui apparaître. Peut-être parce qu'à présent elle savait que l'issue serait terrible, serait fatale. Parce qu'elle savait qu'elle ne pourrait pas ouvrir la porte plus grand, qu'elle ne pourrait pas l'inviter à entrer. Que pour une fois, il resterait sur le seuil. Parce qu'elle avait peur, et que ça n'était pas normal. «No.» C'était à peine un murmure, et elle n'avait pas réussi à empêcher sa voix de trembler. L'air frais qui arrivait de l'extérieur lui mordait la peau, toute enroulée qu'elle était dans une couverture. Deux nuits qu'elle n'arrivait pas à fermer l’œil, tournant et tournant dans un lit désespérément vide, où qu'elle regarde. La main agrippée à la porte presque fermée, pâle et fatiguée, si fatiguée. «I- I don't...» Elle retenait les larmes à nouveau, fermant les yeux une seconde, la tête baissée et lourde, tellement lourde. «I don't think I can let you in.» Il lui fallut se faire violence pour arriver à la relever pour le regarder dans les yeux. «Please, just tell me you didn't beat up that guy. Tell me it's not true.» La petite fille suppliait à nouveau, suppliait le Loup de dire qu'il n'avait mangé personne.

«Please, Pete.»
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Sujet: Re: everything that's broke, leave it to the breezeDim 23 Oct - 19:15

Il sentait déjà ses genoux faiblir. Il y avait quelque chose dans le regard de Willow qui lui laissait croire qu’il allait s’effondrer. Les larmes ne couleraient sûrement pas sur ses joues pâles, l’écume ne s’attarderait pas aux bords de ses paupières. Son coeur resterait intact, manquant sans doute un battement ou deux avant de reprendre du service comme si de rien n’était, imperturbable, ce bon vieux palpitant qui ne s’arrêtait que lorsque qu’il le décidait, tambour infernal jouant toujours le même air funèbre jusqu’au sépulcre. Le contenu de ses veines ne se viderait pas sur le plancher, les couleurs garderaient leur clarté, les goûts et les odeurs se mêlant les uns aux autres avec l’harmonie qu’on leur connaissait. Les sons resteraient perceptibles, et le monde continuerait de tourner dans le sens habituel. Mais Peter. Peter. Il pouvait percevoir le tremblement dans ses rotules, ses os vibrant dans ses chairs, se préparant à la douloureuse chute. L’anticipation ne le sauverait pas. Plus rien ne pourrait lui venir aide. Il le sentait, ça lui arrachait déjà les tripes et la chair, ça lui retournait l’estomac, et le premier mot qui franchit les lèvres de la jeune femme l’empêcha de respirer l’espace d’un instant. Retenant son souffle, il s’attendait au pire ; sans savoir qu’il ne l’avait pas encore vécu.

Peter s’avançât. Instinctivement. Simplement parce que ses bras pourraient forcément lui venir en aide si elle n’allait pas bien, si elle avait appris une mauvaise nouvelle, si son petit bout de planète s’était subitement arrêté de tourner pour une raison ou pour une autre. Par sa faute ? Non, ce n’était pas possible. Pas possible. Mais la porte restait entrouverte ; à moitié fermée. Peut-être pour ne pas laisser entrer le froid. L’hiver. Peter jeta un rapide coup d’oeil par-dessus sa propre épaule, souhaitant sûrement s’assurer qu’un monstre ne se cachait pas derrière lui, qu’on ne l’avait pas suivi pour venir l’importuner là où il pouvait enfin laisser tomber le masque et respirer seulement. Seulement ça. Exister auprès d’elle, et ne rien espérer de plus que d’être dans ses yeux. Ses précieuses iris dont il avait visiblement disparu. Willow tremblait, ou bien était-ce juste sa voix, les perles dans son regard ayant laissé des marques qu’il ne supportait pas, qu’il refusait de voir. Peter préféra baisser la tête, observant les paumes de ses mains restées vides, ses doigts gelés par le froid brûlant du mois de Décembre. Ses paumes meurtrières, ses mains assassines, ses doigts aussi affutés que les lames des couteaux. Ses bras, où elle ne viendrait plus se loger. La chute. La fin.

Ses sourcils se froissèrent, comme si la surprise était toujours de rigueur. Comme s’il n’avait jamais su, au moment où ses lèvres s’étaient posées sur celles de Willow pour la première fois, qu’ils allaient se déchirer, se consumer, et s’éteindre aussi rapidement qu’ils s’étaient embrasés. « What do you mean, I… » Il ne comprenait pas, mais il pouvait prédire ce qui l’attendait. C’était dans l’atmosphère, partout autour d'eux ; leur bulle se fissurant, se perçant pour mieux se dissiper dans l’air, les fuyant sans qu’il ne puisse rien faire. « What guy, I… » Non, ce n’était pas la bonne réponse. Ses paupières se fermèrent une fraction de seconde quand il réalisa qu’il avait parlé trop vite. Le bourreau ne savait même plus à quelle victime on faisait référence. Trop de coups, de phalanges explosées contre des mâchoires ou des arcades, de narines enflées et ensanglantées, de lèvres ouvertes ; de vies déchirées. « I mean I… It’s not… I didn’t mean it that way, I mean… I don’t know who you’re talking about because I haven’t been in a fight in ages, I swear. » Lui qui avait pour habitude d’enterrer ce genre d’évènements dans un recoin poussiéreux de sa mémoire, il se forçait à présent à faire la liste mentale de ses récents accès de colère, généralement provoqués par un excès de bière ou de champagne. « Apart from a couple of fights in a bar… But that was a while ago, and some guy was really acting like a jerk, I had to do something, right ? » Il n’y avait rien d’autre. Pas vrai ? Rien d’autre qui pourrait lui faire craindre ses mains, ses muscles, son regard ou ses lèvres. Pas d’autre crime dont il était le coupable.

Silence.
Son sang ne fit qu’un tour.

Non. Elle ne pouvait pas être au courant de... Ça. Elle allait disparaitre derrière cette porte et ne plus jamais réapparaitre. Non. Il ne la verrait plus si elle savait. « Willow, I can explain. » L’alcool. La rage. La folie. Le désespoir au creux de ses poings, en dernier recours. La joue de la victime qui avait rencontré la table basse avec tant de mépris qu’elle avait manqué de se briser. Les menaces. La violence. La détresse et l’horreur. « It’s just… I was… » Il n’avait pas d’excuse pour justifier son acte, sa main tremblante s’égarant dans ses cheveux pour les remettre en place, hésitant à les arracher dans le même temps. « I’m sorry. I will make sure he knows I’m sorry. I will make it up to him, I promise. »

Un pas incertain vers l’avant. Chancelant.
La paume contre le bois de la porte, pour tenter de l'ouvrir. Doucement.

« Willow, please. »

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Sujet: Re: everything that's broke, leave it to the breezeDim 13 Nov - 0:25

Il y avait un inconnu sur le pas de sa porte.

Un inconnu au visage si familier qu'il y a encore trois jours, elle s'était surprise à espérer que ses enfants empruntent ses traits. Qu'ils héritent de la couleur de ses yeux, du dessin de sa mâchoire. Qu'ils volent l'éclat de ses cheveux blonds. Ils pouvaient bien prendre son rire et sa voix s'ils le souhaitaient. Un visage si familier qu'elle y voyait le futur se dessiner, l'avenir naissant dans les plis qui se formaient aux coins de ses sourires. Leurs vies qui se déroulaient dans une merveilleuse simplicité, des soirées entières cachés dans des châteaux improvisés avec les coussins du canapé, des journées de route juste pour goûter un bout d'ailleurs, des milliers de chansons à tue-tête avec une brosse à dents en guise de micro ; puis des petits pieds qui viendraient battre le sol, des rires et des pleurs, de minuscules jambes enroulées autour du cou du blond, virevoltant dans la cuisine dans des éclats de rire. Un visage si familier que trois jours plus tôt, elle aurait tout abandonné s'il avait seulement dit on s'en va. Ils auraient pu laisser la beauté de Fairhope et ses rues tapissées de sang et recommencer ailleurs, n'importe où, faire n'importe quoi.

Mais elle le regardait aujourd'hui, trois jours plus tard, et le futur était mort. Il n'y avait plus que le passé qui leur courait après, qui venait se perdre dans les plis de son front. Et cela coûtait à la brune tous les efforts du monde de ne pas simplement s'écrouler là. De ne pas tomber à ses pieds ou dans ses bras. De ne pas essuyer ses larmes d'un revers de manche et espérer que ça suffirait à essuyer le reste. Que ça effacerait les coups et les bleus, que ça effacerait ce moment, et les photos, ces horribles images qui s'étaient imprimées dans son esprit. Le regard hanté qui fixait l'objectif, les yeux que Peter avait dû croiser, sans pour autant s'arrêter. Il était probablement le fantôme caché là, logé dans les pupilles. Cauchemardesque.

Elle était bien au-delà du cœur brisé. Aucune fissure nette et précise n'avait séparé son organe le plus vital en deux. Non, c'était un adage bien trop romantique et poétique qui tentait d'édulcorer la réalité. Et la réalité, c'était que quelque chose avait plongé son poing à travers ses côtes, arraché le cœur affolé avant de le lancer violemment contre un mur de briques. La réalité, c'était un monstre quelconque qui se faisait les griffes au fond de son estomac, c'étaient des mains glacées qui se resserraient autour de sa gorge. La réalité, c'était qu'elle était en train de mourir, et que ça ne s'arrêterait jamais. Pas cette fois. Pas encore une fois.

Après trois ans, elle était enfin vivante à nouveau. Tous les morceaux de son cœur avaient été recousus entre eux, un peu au hasard, un peu maladroitement, mais ça n'avait aucune importance, parce que Peter était là, et Peter le faisait fonctionner. Il était le chef d'orchestre, le maestro qui indiquait le rythme auquel il devait battre, tantôt effréné, tantôt paisible, tantôt lascif ; il lui intimait de continuer à battre, même s'il saignait un peu, même s'il avait mal. Et voilà que Peter disparaissait dans un nuage de fumée. Il n'avait jamais existé. C'était un personnage monté de toutes pièces par l'inconnu qui lui faisait face. L'illusion évanouie, et personne pour reprendre le tempo, la musique allait s'affoler, la musique paniquée, les notes enchaînées à l'envers, sans aucun sens, et frappées fort, trop fort au fond de leur cage, désordonnées, erratiques, hérétiques, et qu'elle allait suffoquer, les mots, les idées, les souvenirs et les sourires coincés au travers de sa gorge.

Elle agrippa la porte un rien plus fort, pour être sûre de rester debout pendant que le monde s'écroulait sous ses pieds. Sous leurs pieds. Elle voyait le même désespoir s'installer sur le visage de Peter alors qu'il comprenait, alors qu'il réalisait ce qu'elle était en train de dire. Il savait. Et avec cette réalisation s'évanouissait l'infime espoir que tout ne soit qu'un foutu malentendu, qu'ils pourraient en rire, un peu mal-à-l'aise, un peu blessés, lorsque la supercherie leur apparaîtrait évidente. Jesse n'allait pas soudainement apparaître en criant qu'il les avait bien eus, il garderait le même air sombre qu'il avait lorsqu'il lui avait dit. Et qu'elle ne l'avait pas cru. Qu'elle avait voulu ne pas le croire, et il avait fallu qu'il lui montre les photos, qu'elle les fasse défiler d'un doigt qui tremblait déjà, pour qu'elle contemple la vérité. L'espoir s'était accroché malgré tout, trouvant refuge dans le déni, trouvant refuge dans la foi aveugle qu'elle plaçait en Peter. Pourtant elle regarda l'espoir mourir devant ses yeux alors qu'il ne niait pas, alors qu'il prétendait avoir une explication. C'était réel, c'était arrivé. Elle s'essuya les joues une nouvelle fois d'un revers de manche, juste histoire d'être sûre qu'elle était vivante.

Instinctivement, elle avait fait un pas en arrière, refusant de réduire la distance entre eux, refusant de le laisser s'approcher. Elle ne s'était jamais sentie si minuscule, si impuissante. Si vulnérable. Il lui fallut quelques instants pour arriver à ouvrir la bouche, ses lèvres scellées par le choc et par la terreur qui prenait forme à l'intérieur. Elle était glacée à présent, et le vent hivernal n'était pas le seul coupable. «No, I – I don't want to. » Pas le laisser entrer, pas le regarder dans les yeux. Le feu de cheminée éteint, ne restaient plus que les cendres noires et charbonneuses. Plus une braise, plus aucune lueur. «I think the last thing this guy wants is to see your face again.» Le noir complet. Néant carnassier qui la rongeait jusqu'à l'os. «Why would you even do that? What could possibly justify...» Il suffisait de regarder au-dessus de l'épaule de Peter, et il n'y avait plus que l'obscurité, à perte de vue, à perte de vie.

La vérité la frappa de plein fouet, et elle recula à nouveau, un tant soit peu, cherchant refuge à l'intérieur.

«I don't – I don't know who you are...»

Il y avait un inconnu sur le pas de sa porte.
Qui portait les traits de Peter.

«I just... I've... I've never known.»
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Sujet: Re: everything that's broke, leave it to the breezeMar 6 Déc - 2:40

Le souvenir était intact, presque palpable, noyé au milieu de la matière grise, perdu au creux de la brume dont il était fait ; mais bien là pourtant, limpide dans son esprit. Il était assis sur le canapé poussiéreux du salon, l’odeur des années écoulées trop rapidement imprégnée dans les tissus, dans les coussins. Le pauvre meuble branlait, le poids de Peter et de son père manquant de le faire céder à chaque fois qu’ils se retrouvaient dans la pièce à vivre, face à la télé qui passait plus de temps à grésiller qu’à produire de véritables images. Christian avait sûrement passé une bonne partie de sa vie à grimper sur le toit pour faire bouger l’antenne, tandis que Peter hurlait par la fenêtre pour lui faire savoir quand la réception était enfin suffisante pour qu’ils puissent profiter de leur émission sans encombre. Peter se souvenait du soir parmi d’autres où ils s’étaient assis, quelques photos éparpillées devant eux, entre les mains de son géniteur, sur la table basse, jusque sur le rebord du canapé croulant sous ses propriétaires. Il revoyait le sourire mélancolique se dessinant sur les lèvres de son paternel, la tendresse dans son regard illuminant la pièce quand la lumière électrique de la lampe à leurs côtés ne parvenait pas à réchauffer leurs coeurs. L’enfant écoutait avec attention les récits de son père, celui-ci prenant un certain plaisir à rentrer dans les détails, à évoquer le jour où il avait rencontré sa compagne ou la façon dont il avait compris qu’elle était faite pour lui, qu’elle était la seule femme qui pourrait le rendre heureux. Christian s’arrêtait parfois, au milieu de ses phrases, reprenant son souffle, marquant des pauses bien nécessaires quand il savait déjà ce qui les attendait par la suite, ce qu’il faudrait expliquer à Peter quand elle ne serait tout simplement plus là. À part sur les photos, à part dans leurs souvenirs.

Et en croisant le regard de Willow, ce jour-là lui paraissait soudainement tellement clair qu’il eut l’impression de l’avoir vécu mille fois ; qu’il sentit ses os vieillir, sa peau se flétrir, et son souffle se faire plus profond. Sa manche venait chasser la peine qu’elle ne voulait pas lui montrer, qu’elle ne voulait plus partager avec lui. Parce qu’il ne le méritait pas, parce qu’il n’était pas digne de tels secrets, de tels trésors. Il mourrait d’envie de la prendre dans ses bras, et le fait de ne plus pouvoir l’atteindre lui donna l’impression de périr, lui fit prendre conscience du temps qu’il avait pu perdre à rester loin de ses bras, loin de ses lèvres ou de son regard, loin de ses rires et de ses mains, de ses doigts qu’elle aurait du passer dans ses cheveux plutôt que de les lui confisquer. Il n’avait rien à répondre, rien à dire pour se défendre, ouvrant la bouche une première fois, le regard fuyant vers le sol, les mots ne venant pas, laissant le silence reprendre ses droits avant de se risquer à parler à nouveau - mais rien ; pas même un aveu, une supplication. Peut-être qu’il aurait du se mettre à genoux, implorer et demander pardon encore et encore, tenter de revenir dans quelques jours ou de lui laisser le temps de digérer l’odieuse nouvelle, mais à quoi bon ? Il ne pourrait pas plaider sa cause de manière juste en s’imposant à elle de manière répétée et intrusive, cela ne ferait que la conforter dans l’idée qu’il était devenu fou, aussi fou que le reste de cette ville.

« I… » Il soupira. À quoi bon, vraiment ? Elle ne voulait pas l’écouter. « I’m trying to be a better man, I swear, I… I’ve met the colonel you know. He thinks I can… He thinks I can help and be a better man. » Elle se fichait certainement de ce que le colonel pouvait bien penser de lui. Il avait parlé sans réfléchir, sans même croiser son regard, essayant tant bien que mal de se convaincre que le cinquantenaire avait raison et qu’il pourrait finir par se racheter une conscience en rejoignant les forces de police. Mais ça n’avait plus d’importance si elle n’était plus là, s’il ne valait plus rien à ses yeux, s’il n’existait plus dans son regard et qu’elle cherchait à le fuir par tous les moyens. Peter finit par relever la tête avec toute la peine du monde, sentant sa gorge se nouer et ses lèvres se fendre une dernière fois alors qu’il se souvenait ; qu’il revoyait son père ranger toutes les photos dans des tas de cartons, les chassant loin de leur salon et de la table basse, loin du canapé grinçant et poussiéreux ou de ses accoudoirs. Qu’il revoyait la tristesse sur les traits pâles et fatigués de son géniteur qui se penchait vers lui pour lui avouer la vérité.

We have to let her go, she will be happier that way. Okay, boy? We have to let her go, because we love her.

« Does this mean we’re… I mean, should I leave ? For good ? » Il ne réalisait pas encore. Il faudrait qu’il traverse la moitié de la ville, qu’il rentre chez lui, qu’il se pince le bras un milliard de fois pour tenter de s’extirper de ce cauchemar avant de comprendre que la réalité l’avait rattrapé. Qu’il avait tout perdu.

Qu’il n’aurait plus jamais la force de tout recommencer.

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Sujet: Re: everything that's broke, leave it to the breezeVen 20 Jan - 0:12

Des traces de lui s'étaient éparpillées partout dans sa chambre, dans sa vie. Son odeur s'était incrustée sur son oreiller, ses vêtements s'étaient perdus çà et là, et tous les instants du quotidien portaient son prénom. Le plus ordinaire des plats lui rappelait un commentaire ; le fast-food le plus proche arborait des instants qu'ils avaient volé au monde ; son reflet dans le miroir avait l'air incomplet sans Peter ou sa silhouette aux alentours. Il était là à toutes les étapes de son voyage, s'invitant dans une chanson, s'installant à son bureau, prenant une place sur le canapé. C'était elle, et seulement elle, qui l'avait laissé entrer, qui lui avait ouvert sa vie en grand, lui faisant une place à côté d'elle à table, lui accordant un bout de miroir, un bout d'évier, et tout son être. Il n'avait pas forcé les grilles et crocheté les serrures, il n'avait pas eu besoin.
Et même si elle le chassait, même si elle refermait la porte, même si elle prétendait tirer un trait sur lui, sur eux, il serait toujours là. Il chantonnerait des chansons lorsqu'elle baisserait sa garde, il lui volerait une frite lorsqu'elle regarderait ailleurs. Comme les traces de sang ne s'effaçaient jamais vraiment, il resterait là, indélébile, perdu quelque part en arrière plan à la regarder comme il la regardait maintenant. Déjà son estomac se nouait à l'idée.

Parce qu'elle savait qu'avec l'écho de son rire, avec le souvenir de ses doigts sur sa peau et de ses lèvres aux mille sourires, viendraient les phalanges rougies par le sang et les menaces. Le regard hanté de cet inconnu viendrait peupler ses cauchemars, la silhouette recroquevillée et sanguinolente à la respiration laborieuse et aux côtes brisées. La réalité n'avait plus d'importance, distordue par les mensonges et les secrets qui avaient bafoué sa confiance, saccagé le temple qu'elle lui avait érigé. Son sanctuaire mis à sac. Il n'avait jamais été si difficile de le regarder dans les yeux. Son regard dérivait constamment au loin, au-dessus de son épaule, sur le pas de la porte, évitant la peine, évitant la blessure qu'elle venait de causer, évitant les blessures qu'il avait causées. Évitant l'étranger qui avait emprunté ses traits.

La frontière était juste là, tangible, palpable, sur le bout de sa langue. Ses prochains mots scelleraient leur destins. Elle avait encore l'opportunité de faire demi-tour, de retourner au confort de ses bras, tout en sachant qu'elle ne s'y sentirait plus vraiment en sécurité, sachant que les problèmes seraient toujours là, enfouis sous des couches et des couches d'efforts et de doutes. Ou alors elle pouvait tracer la ligne, la dessinant au sang alors qu'elle s'arracherait à lui, perdant des lambeaux de peau au passage. Le reste était déjà écrit, elle n'avait plus qu'à trouver le courage de le dire, de lui demander de partir, de lui dire au revoir, adieu, à jamais. Elle n'avait qu'à retenir ses larmes jusqu'à ce que la porte se referme, puis elle pourrait s'effondrer à nouveau. Elle savait qu'elle pourrait trouver du réconfort auprès de ses colocataires si elle le voulait. Elle savait qu'Adam attendait probablement qu'elle lui revienne en pièces détachées, pour pouvoir la remettre sur pieds à grands coups de gâteaux et de sourires. Elle savait qu'elle avait un foyer où elle trouverait de la chaleur, mais ça ne rendait pas les mots plus faciles à dire. Et si le courant d'air causé par le départ de Peter n'éteindrait pas le feu qui brûlait dans l'âtre en permanence, elle savait qu'il lui glacerait les os, et elle n'était pas sûre de jamais pouvoir se réchauffer.

Sa voix avait foutu le camp, la laissant muette et vulnérable. Elle n'avait qu'à peine pu souffler un «Yeah» étranglé qui s'était perdu dans l'air hivernal avant d'avoir fait le moindre son. La brune n'attendait plus que le moment où elle pourrait fermer la porte. Pendant quelques minutes, elle pourrait même prétendre que ça n'était pas arrivé. Qu'un inconnu venait de se tromper d'adresse, et qu'elle n'avait eu qu'à lui indiquer la bonne direction. Elle n'aurait qu'à rester là, appuyée contre la porte, à mi-chemin entre Peter et la bonne décision, et refuser de bouger. Refuser de faire un pas de plus, et rester suspendue dans le vide. Si elle ne regardait pas en bas, elle ne pouvait pas tomber. Qu'ils viennent l'arracher à son gouffre s'ils le voulaient, elle resterait plantée là, dernier vestige d'un royaume dont elle avait été la reine, et lui le roi. Ils n'en étaient plus que les bouffons et leur forteresse s'était effondrée sous leurs yeux, en quelques mots et quelques images. Willow retrouva un brin de courage et hocha la tête, rencontrant son regard une nouvelle, une dernière, fois. «Yeah, I- I think you should go.» La sentence claqua plus fort qu'un coup, plus fort que les cloches qui jadis sonnaient le glas; entaillant l'air. Voilà que le futur se vidait de son sang.

La porte fermée sur le roi exilé, la reine au milieu des ruines.
Quelques instants de sursis.
Puis elle rouvrit les yeux.
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Sujet: Re: everything that's broke, leave it to the breezeJeu 9 Fév - 23:32

Il avait hésité.

Et visiblement, entre temps, les secondes l’avait fui. La force de bouger également, l’expiration suivant lui brûlant les poumons. Il était mort. Ou peut-être qu’il était vivant, trop vivant. Tellement vivant qu’il sentait la douleur se répandre dans ses veines tandis qu’une violente nausée lui retournait l’estomac. Il avait hésité en voyant la porte se rapprocher de lui alors qu’il aurait préféré que se soit la jeune femme. Il s’était demandé s’il ne devait pas tout simplement l’empêcher de commettre une erreur en glissant sournoisement son pied entre la porte et l’encadrement de cette dernière, l’interdisant alors de tirer un trait sur ce qu’ils avaient vécu. Il s’était demandé si ses genoux ne seraient pas mieux à terre, s’explosant contre le porche pour mieux lui prouver qu’il ne pourrait plus aller nulle part si elle n’était plus à ses côtés. Mais ce n’était pas vraiment sa main dont il avait besoin, ni même ses lèvres. Non, il aurait pu se passer de cela autant d’années qu’elle le lui aurait imposé s’il avait su qu’elle lui promettait au moins de le retrouver, si elle n’avait pas construit une barrière infranchissable entre elle et lui. Et de la porte ou des quelques mots qu’elle avait prononcé avant de la refermer, Peter ne savait pas ce qui l’atteignait le plus, restant immobile devant sa sentence, mais les poings toujours libres, définitivement enfermé à l’extérieur.

Le blond ne bougeait plus. Incapable d’exister sans son regard, incapable d’être sans sa présence. Ne pas flancher, ne pas sombrer, ne pas rentrer chez lui pour agripper le flingue que son père lui avait laissé en héritage pour mieux se faire sauter la cervelle. Non, c’était lâche. C’était absurde. Et il n’était pas question de mettre sa détresse sur le dos de Willow. Il savait qu’elle ne se le pardonnerait pas. Ce n’était pas prétentieux, non ; Peter la connaissait suffisamment, voilà tout. Et puis elle n’avait pas besoin d’un autre défunt sur les bras, John et les autres faisant déjà l’affaire. Peut-être qu’il ferait mieux de fuir, de disparaitre, traverser la moitié du pays pour se faire oublier, ne plus être dans son champs de vision et la laisser refaire sa vie. Il avait hésité, et peut-être qu’il aurait du agir pendant qu’il en était encore temps, qu’il sacrifie sa main pour mieux la retenir et ainsi prendre le temps de lui expliquer ce qui s’était produit, la rage qui s’était emparé de lui quand il avait réalisé que sa gloire était sans doute éphémère et qu’il ne pouvait pas aller de l’avant sans une meilleure raison que celle qu’il avait trouvé jusqu’à présent… Que tout ceci n’appartenait plus qu’au passé, qu’il était un autre homme. Qu’il était prêt à changer, qu’il ne voulait plus mettre les pieds à Fairhope News et qu’aucune caméra ne le suivrait plus nulle part puisqu’il avait troqué ses costumes contre des uniformes de la même teinte que les siens. Mais rien. Juste le souffle du vent et des paroles creuses.

Un soupir le poussa vers l’avant, ses phalanges hésitant à leur tour à rencontrer le bois de la porte, à le frapper pour attirer l'attention de Willow une dernière fois avant de disparaitre. Mais il n’avait plus la force, ni même le courage. À moins qu’il n’ait tout simplement plus espoir ? Il ne faisait que récolter ce qu’il avait semé, à quoi bon supplier pour obtenir quelque chose qu’il ne méritait clairement pas. Qu’il n’avait jamais mérité. Il avait hésité, et il avait bien fait de s’effacer, de faire demi-tour pour regagner sa propre demeure où il devrait ensuite trier les affaires de Willow, tout mettre dans des cartons, et ranger cette histoire dans un coin de sa tête, entre les sourires de sa mère et les paroles de son père ; avec tous ces petits miracles dont il n’avait jamais été réellement digne.

sujet terminé

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