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 'till the sandman he comes

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bad blood - we live here

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Sujet: 'till the sandman he comesDim 2 Oct - 1:22


décembre 2015

Slumber Party


La télévision crachotait quelques bribes de dialogue à voix basse, l'écran diffusant un vieux film en noir et blanc dont les lumières se reflétaient sur le visage de James. Troisième heure, trente-cinquième minute et douzième seconde qu'il tentait de dormir. C'était en tout cas ce que disait son chronomètre, la dernière fois qu'il avait regardé. Il avait allumé l'écran au milieu du film, quand le silence était devenu trop assourdissant pour être supporté un instant de plus. La ville entière semblait morte sous son appartement, l'oeuvre du couvre-feu qui avait assassiné la vie nocturne de Fairhope. La ville s'était vidée de son sang à la Conférence, et le couvre-feu n'était qu'un pansement malhabile pour tenter d'endiguer le flot; sans succès. Le sang coulait toujours, mais il coulait en cachette, dans le mécontentement bruyant des habitants, dans les angoisses refoulées des effrayés. D'autant plus inutile que la dernière victime en date avait probablement été enlevée au milieu de la journée. Le sang coulait à grands torrents, et James aurait pu jurer qu'il entendait le sien circuler dans ses veines, tant le silence menaçait de le rendre fou.

Personne ne pouvait dire du médecin qu'il faisait preuve d'agressivité ou d'irritabilité. Au contraire, c'était sa bonne humeur qui ressortait le plus souvent, même face aux comportements parfois désagréables de ses patients. Il faisait partie des rares personnes qui, lorsque coincées dans un embouteillage, y voyaient là une bonne occasion d'écouter ses chansons préférées plus longtemps. Pourtant, cela faisait quelques jours qu'il était constamment sur les nerfs. Une tartine un rien trop grillée pouvait se voir traverser la pièce avec humeur pour finir balancée à la poubelle. Un patient un rien trop vindicatif se voyait sèchement remis à sa place, généralement à sa plus grande surprise. Souvent, il se surprenait avec les poings et les mâchoires serrés. Les coupables, c'étaient les cernes sous ses yeux. La fatigue qui lui faisait fermer les yeux au milieu d'une consultation. C'était ce silence sous ses fenêtres qui l'empêchait de dormir. La télévision restait parfois même allumée la journée, pour qu'il ne rentre pas dans un appartement complètement vide. La conclusion était évidente:

Il fallait qu'il dorme.

Le film terminé, la télévision crachotait à présent des informations inintéressantes, toujours à voix basse, murmure de fond qui n'arrivait pas à remplacer la circulation manquante. James était toujours assis devant l'écran, les yeux écarquillés sur des visages fades et des mots qu'il n'entendait plus. Il fallait qu'il dorme. Le chronomètre sur son téléphone indiquait à présent quatre heures et quinze minutes. Ce n'était pas seulement le silence, c'était l'ambiance. La tension constante dans laquelle ils vivaient tous, c'était la solitude qui commençait à lui peser lourdement sur les épaules. C'était le vide. Sa vie entière, vide de sens. Vide de vie. La vacuité de son existence, allant d'une consultation minable à une autre, jusqu'à ce que le passé le rattrape ou que le présent l'assassine d'ennui. En sursis. Des pensées qui n'auraient jamais osé l'effleurer après une bonne nuit de sommeil. C'était une de ces périodes, quand le sommeil ne pointait simplement pas le bout de son nez. Que le marchand de sable gardait jalousement ses précieux grains pour d'autres gens, d'autres jours.

Il était sorti avant même de le savoir. En lieu et place du costume, il avait enfilé un sweat-shirt beaucoup trop large pour sa mince silhouette, dont il avait rabattu la capuche pour se protéger du vent mordant de décembre. Si les températures ne tombaient jamais trop bas, le milieu de la nuit n'en était pas moins glacial. A cela, il avait rajouté un gros blouson pour se maintenir au chaud, presque machinalement, et avait eu la décence de troquer son jogging contre un jean. Il se sentait sale malgré tout, trop commun. Un instant, il comatait stupidement devant la télévision, celui d'après il avait sauté dans ses chaussures, une idée bien précise en tête. Et oh, quelle mauvaise idée. Au diable le couvre-feu, il avait trop besoin de dormir, et sa pharmacie était volontairement dépourvue de toute substance à même de l'y aider. Tant pis s'il se faisait arrêter, et il avait presque envie de dire tant pis s'il se faisait assassiner.

La voiture aurait été trop bruyante, ronflant à travers les rues silencieuses de cette ville fantôme. Alors il s'était lancé à pieds, bravant le froid, malgré l'heure de route qui l'attendait. Ça n'avait rien de courageux. C'était égoïste, insensé, dangereux et désespéré, mais cela faisait des semaines qu'il avait le sommeil en dents de scie, et quelques jours qu'il l'avait presque complètement quitté, à part pour les siestes impromptues entre deux patients. Il avait laissé une partie de son bon sens sur l'oreiller. L'air lui mordait les joues, lui mâchait le bout des doigts bien qu'il ait enfoui ses mains au fond de ses poches. James n'arrêtait pas de jeter quelques regards à droite et à gauche, désireux d'éviter de tomber sur l'une des rondes de la police. Finalement, il n'avait pas grande envie d'expliquer aux forces de l'ordre qu'il allait chercher des somnifères chez un psychiatre, ils auraient pu se faire de mauvaises idées. Et il ne savait pas combien de fois encore il allait pouvoir se justifier. Probablement pas cette fois-là, s'ils l'attrapaient. Lui-même n'avait pas de bonne excuse. C'était prendre une route très dangereuse, et il en était plus que conscient. Tout ce qu'il avait, c'était l'espoir d'être plus fort que ça.

Mais il savait qu'il ne l'était pas.

Dire qu'il avait tambouriné à la porte comme un forcené n'était qu'à peine exagéré. D'une manière ou d'une autre, il avait évité les contrôles et se tenait à présent devant la porte d'Alexander, où il n'avait même pas eu la décence de s'arrêter pour reconsidérer l'idée. Il avait à peine eu le temps de refréner son entrain, cognant quatre fois sur la porte et prenant son mal en patience sur le seuil, presque prêt à fracturer une fenêtre pour entrer. Mais il attendait son heure, attendait que le loquet tourne dans la serrure et que la mine probablement ébahie du psychiatre apparaisse dans l'embrasure. Le regret qu'il aurait dû éprouver à l'idée de réveiller quelqu'un à cette heure oublia visiblement de se manifester.

Tout ce à quoi il pouvait penser, c'était dormir.
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Sujet: Re: 'till the sandman he comesMer 5 Oct - 16:52

Le vent froid de l'hiver naissant, froissait les feuilles des arbres dans la nuit noire de ce mois de décembre. Dans le silence régnant en ville, cela devait presque paraitre effrayant. Ce couvre feu instauré en était le coupable. Mais pour Alexander, cela ne changeait pas de d'habitude. Habitant presque au milieu des bois, la tranquillité faisait parti de son quotidien. Seul le bruit des animaux et les quelques voitures passant sur la route, pouvaient venir troubler ce silence.

En cette fin de soirée, Alexander s'était permit de finir un peu plus tôt ses consultations. Il fallait dire que sa journée s'était résumée à écouter des personnes traumatisées par les derniers exploits du Poète il y a de cela quelques mois déjà. Certes, il avait su se faire discret depuis sa dernière "apparition" mais beaucoup de personnes en ville frôlait désormais la paranoïa. Le psychiatre connaissait très bien son sujet pour en être très souvent la proie. Mais ça, il se gardait bien de le crier sur les toits. Il ne garderait pas longtemps son travail si l'Ordre des Médecins venaient à savoir qu'un psy n'était pas capable de se soigner lui même avant de soigner d'autres personnes. Il se retrouverait au chômage plus rapidement que prévu. Un psychiatre parano et accro aux anti-dépresseurs, cela ferait vitre la une des journaux locaux. Mais peu importe, il ne préférait pas y penser pour le moment. Il préférait se détendre et se prélasser avec un bon verre de whisky sec. Il alla se servir dans son bar avant de s'installer sur le banc en bois sur sa terrasse située derrière chez lui, donnant sur son jardin avec la vue sur la forêt. Un véritable havre de paix. Grignotant quelques cochonneries de gâteaux apéritifs qu'il avait préparé, il se mit à rêver de jours heureux, tandis que la nuit tombait paisiblement, silencieusement même et rapidement sur la ville et ses environs en ce début de décembre. Le froid ne le dérangeait aucunement. A New York, les hivers sont beaucoup plus rudes que cela et les températures froides de Fairhope s’apparentait plus à des températures clémentes pour le médecin. Seuls le chant de oiseaux venaient troubler ses pensées. Mais même si Alex était loin d'être frileux, le vent frais finit par avoir raison de lui et le fit rentrer.

La faim ne la tiraillant pas plus que ça après ce qu'il avait avalé avec son whisky, il se retira dans sa chambre afin de faire le pantouflard devant la télévision. Douche prise, dents brossées à la perfection et pantalon de jogging enfilé, il se faufila sous la couette afin de commencer son zapping sur les différentes chaines du câble. Comme d'habitude, rien de bien intéressant. Le jour où cela changerait n'était pas encore venu. Se résignant à s'arrêter sur un film d'action avec une intrigue qui se résumait à tout faire exploser tel un film de Michael Bay. Mais malgré les explosions à répétition, cela ne l'empêcha de sombrer dans les bras de Morphée.

En temps normal, les nuits d'Alexander étaient souvent voire même toujours perturbées par de mauvais rêves, de cauchemars récurrents. Cela faisaient presque 6 ans que chaque nuits, il revivait les mêmes choses. Mais cette nuit, tout était calme. Que de doux rêves venaient l'assaillir de toutes parts. Il fallait dire qu'avant d'aller se coucher, il avait prit grand soin de prendre ce qu'il fallait d’anti-dépresseurs qu'il affectionnait tant. Mais alors qu'il était assaillit de rêves de Bisounours et de licornes multicolores, un bruit assourdissant le réveilla. Quelqu'un tambourinait violemment à sa porte en plein milieu de la nuit. Cela réveilla le psychiatre en sursaut. Quel fou pouvait s'aventurer au milieu de la nuit noire, désobéissant au couvre feu pour taper violemment à sa porte. Que faire dans un moment pareil ? Étant perdu au milieu des bois, Alex n'avait aucune idée de qui cela pouvait bien être.

Alors qu'il se leva de son lit, son portable vibra sur la table de chevet, faisant sursauter le psychiatre par la même occasion. Tous le monde avait décidé de lui faire peur en pleine nuit. Il comprit rapidement de qui il s'agissait. Son petit Marshall favori. Il ne fallait pas oublier qu'il campait devant la maison tous les soirs et qu'il voyait tout. Il décrocha et il n'eut pas besoin de dire "allo".


"Il y a un taré qui fracasse votre porte, vous le savez ?"

Alex soupira tout en levant les yeux au ciel. Toujours aussi perspicace ce Jake. Même après 5 ans, il l'étonnera toujours.

"Oui merci, j'avais cru comprendre avec le bruit. Restez en ligne, je vais aller voir ce que c'est."

"Si y'a besoin, je le descends."

Jake et sa douceur légendaire. Alex passa rapidement un t-shirt et descendit en silence dans le noir au rez-de-chaussé. Le tambourinement n'avait pas cessé. Heureusement qu'il n'avait pas de proche voisin car cela aurait réveillé tout le quartier. Étant sur ses gardes, il descendit prudemment marche par marche, seulement éclairé par la lueur de la lune qui perçait les fenêtres. Une fois en bas, il n'alla pas directement à la porte. Il fit un crochet par sa cuisine afin de se munir du premier couteau lui passant sous la main. Alexander avait apprit à être très prudent avec le temps. Le portable toujours en main, il se dirigea toujours dans le noir vers sa porte d'entrée, serrant la poignée de son couteau à s'en rompre la circulation sanguine de la main. La peur ancrée au plus profond de lui remonté en lui. Si quelqu'un venait pour s'en prendre à lui, il ne ferait certainement pas autant de bruit mais il valait mieux se préparer au cas où.

Une fois devant sa porte, il jeta un coup d’œil par le judas, toujours en silence et quel ne fut pas sa surprise de voir qui était devant chez lui en plein milieu de la nuit. Alexander poussa un très grand soupir de soulagement tout en reprenant son interlocuteur au téléphone.


"C'est bon cowboy, rangez votre flingue, je le connais."

"Ça marche."

Jake raccrocha sans dire un mot de plus. Le médecin posa son portable sur le meuble de l'entrée tandis qu'il cacha son couteau dans l'un des tiroirs de son même meuble. Il ne voulait pas effrayer son invité en l'accueillant, couteau à la main. Il le prendrait pour un fou sur le moment mais en y réfléchissant qui était le plus fou des deux ? Celui qui fracasse les portes à 4h du matin ou celui qui reçoit ses invités au milieu de la nuit avec un couteau de cuisine ? La question resterait surement sans réponse. Alexander alluma la lumière de l'entrée ainsi que la lumière extérieure et déverrouilla sa porte afin d'ouvrir à son invité.

"James, je peux savoir ce que tu fais chez moi à une heure pareille. En plus, j'ai une sonnette, pas la peine de casser ma porte d'entrée. Allez rentre, tu vas attraper la mort par ce froid."

Le psychiatre laissa la place afin de laisser entrer son ami et collègue britannique et referma la porte derrière lui une fois entré. Tout deux se dirigèrent vers le salon afin d'être plus à l’aise pour discuter. S'il avait traverser la ville à cette heure ci, cela devait être important. Rien qu'à le regarder, il devinait facilement que quelque chose n'allait pas.

"Qu'est-ce qui t’arrive pour braver le couvre feu comme ça ?"

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Sujet: Re: 'till the sandman he comesJeu 17 Nov - 19:13

Au bout de onze jours sans fermer l’œil, tout ce qui attendait l'insomniaque, c'était la mort. James connaissait les chiffres, il se les répétait depuis quelques semaines, comptant avec angoisse les quelques minutes de sommeil qui le saisissaient çà et là à la volée. Finalement, cela sonnait presque comme une délivrance. Après onze jours d'agonie, les yeux désespérément ouverts sur un plafond résolument blanc, la mort pouvait presque sembler attirante. D'autant que ce n'était peut-être pas le manque de sommeil qui finissait par avoir raison des éveillés, c'était peut-être les monstres tapis dans les ombres, qui se mouvaient au coin de l’œil, silhouettes fugitives qui disparaissaient quand l'esprit épuisé tentait de les contempler. C'était peut-être le silence de son appartement qui hurlait dans son crâne, ou le croquemitaine qui se déplaçait le long des murs qui finirait par l'achever. Il les voyait bouger aux alentours, il entendait des grondements et des bruits sourds alors qu'il était parfaitement éveillé. Ou qu'il croyait l'être, puisque la frontière entre le sommeil et l'éveil était devenue étrangement floue et effacée, et il se retrouvait souvent dans un état limitrophe, suspendu entre les deux sans savoir de quel côté il allait tomber.

Là, sur le perron du psychiatre, la nature avait des allures cauchemardesques. Les branches se confondaient trop aisément avec des créatures qui se déplaçaient entre les arbres, avec des fantômes d'un passé pas assez lointain qui menaçait de revenir le consumer entièrement, qui le hantait et qui se glissait dans chacun de ses pas, qui lui rappelait sa honte dès qu'il fermait les yeux ou dès qu'il contemplait de trop près l'idée de s'accompagner d'un petit cachet sous la langue. La honte brûlante gravée au fer sur ses mains, ses mains encore rougies par un sang coagulé depuis longtemps. Un vieux sang que rien ne pourrait nettoyer, peu importait le nombre de rhumes soignés et de vaccins effectués, il ne pourrait jamais racheter cette erreur fatale. Même si ses paumes étaient pâles et qu'il passait son temps à les désinfecter entre chaque patient, il lui arrivait de baisser les yeux vers elles et de ne voir que du rouge. Le sang qui coagulait sur ses doigts, les chemins sinueux qu'il prenait entre ses phalanges, le long de ses lignes de vie. Il les voyait encore trembler lorsqu'elles avaient réalisé l'horreur de ce qu'il venait de se passer, de ce qu'elles venaient de faire. Pour l'instant, elles frappaient violemment à la porte d'Alexander, tentant désespérément d'échapper aux fantômes qui erraient dans les bois. Pour peu qu'ils l'attrapent...

Dans son état de confusion, le cerveau embrumé par des pensées éclatées en mille morceaux, il pensait qu'il avait la bonne solution. Alors qu'en échappant aux fantômes, il remettait la main sur le couteau qui les avait tués, il s'empoisonnait à nouveau de torpeur, mais s'il en avait conscience, il avait délibérément choisi de l'ignorer. Juste une fois. Et le sommeil reviendrait de lui-même. Pourtant le couvre-feu n'allait pas se lever par magie, les rues allaient rester silencieuses encore longtemps, les programmes ''bruits de ville'' qu'il avait découverts sur internet seraient toujours aussi inefficaces, mais le sommeil retrouverait son chemin. Foutaises. Comme s'il s'était égaré. Comme s'il ne lui avait pas délibérément tourné le dos, mécontent de le voir s'en sortir aussi bien. Sa mère aurait gagé que c'était un test de Dieu pour mettre à l'épreuve sa volonté, sa persévérance et les efforts qu'il était prêt à effectuer pour ne pas retomber dans ses péchés. Mais ses prières étaient toujours tombées dans l'oreille d'un sourd, et James n'avait d'yeux que pour la science. Et la science pouvait le faire dormir.

Lorsque la lumière lui parvint enfin, par l'interstice sous le pas de la porte, il eut, très brièvement, un sursaut de conscience. L'espace d'un instant, il considéra enfin la possibilité qu'Alexander n'allait peut-être pas l'accueillir chaleureusement, n'allait pas instantanément comprendre et compatir et accepter de l'aider. Mais il passa rapidement outre, sous prétexte que de toute manière il était bien trop tard pour avoir de telles idées. La porte s'ouvrit enfin, et les mots d'Alexander l'effleurèrent à peine, jusqu'à ce qu'il l'invite à entrer. Il n'attendait que ça, comme les vampires des anciennes légendes, pour se précipiter à l'intérieur. Il avait déjà attrapé la mort, elle le suivait partout, elle se tenait juste au-dessus de son visage lorsqu'il s'endormait enfin, l'éclat de sa faux suffisant à le faire revenir d'entre les morts, le réveillant dans un sursaut inexplicable. Se laisser aller au sommeil semblait terrifiant à présent, comme de se laisser mourir, et ça le rendait extatique et irrationnellement agité. A cela venait se rajouter la peur de ne pas, ou de mal, dormir pour compléter ce paradoxe éprouvant.

«Hey, salut Alex!» Il parlait trop fort, il voulait parler plus fort que le silence, d'un ton trop enjoué pour être honnête, trop inapproprié pour être convaincant. Surtout si son visage était aussi pâle et cerné que ce qu'il avait aperçu dans le miroir en partant. «Ta forêt est pas hantée? Elle a l'air hanté.» Il s'était autorisé à entrer, précédant le psychiatre dans sa propre bâtisse. «Comment ça va, tout va bien? Désolé de débarquer comme ça à l'improviste et au dépourvu et et- comme ça. Il fallait que je te voie. Urgemment. Non, ça ne pouvait pas attendre, et non je pouvais pas t'appeler. Sauf si t'as des super-pouvoirs, mais je crois pas.» D'ordinaire, il parlait déjà relativement vite, ayant trop de choses à dire pour prendre son temps ; mais aujourd'hui les syllabes se cognaient les unes les autres, les mots raccrochaient contre ses lèvres tant il ne prenait pas la peine d'ouvrir la bouche pour les articuler. Tout comme il n'avait pas pris la peine d'arrêter de marcher, arpentant la pièce de long en large, s'arrêtant parfois un instant examiner un objet, avant de repartir de plus belle. «Y'en a pas pour long et si j'avais pu conduire je serais peut-être déjà rentré, mais avec ce fichu couvre-feu inutile et je pèse mes mots, j'ai dû venir à pieds, du coup c'est plus long, et je suis pas encore rentré. A l'évidence.» Il s'arrêta enfin, se tournant vers Alexander, et l'enthousiasme de pacotille sembla fondre instantanément.

«J'ai vraiment besoin de dormir.»

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Sujet: Re: 'till the sandman he comesVen 18 Nov - 13:32


La nuit était une chose qu'Alexander avait du mal à supporter. Même si le temps avait passé depuis ce fameux jours maudit, les rêves mais surtout les cauchemars n'avaient pas cesser, loin de là. Mais pour une fois, sa nuit était calme, paisible, mais il fallut qu'on vienne l'en déranger. Un intrus, un étranger peut-être, tambourinant à sa porte d'entrée. Mais non. Rien de tel. Juste un ami qui pour une raison ou pour une autre avait décidé de venir fracasser sa porte en plein milieu de la nuit. Par pur politesse, Alexander invita son confrère médecin à franchir le pas de sa porte afin de se mettre au chaud. Traverser la moitié de la ville en plein mois de décembre, il fallait être fou. Il ne faisait pas encore très froid mais les températures à cette heure ci, étaient loin d'être très chaudes.

Les deux compères se dirigèrent vers le salon. Alex en profita pour allumer un feu dans la cheminée afin de réchauffer quelque peu la pièce car il ne savait pas pour combien de temps James allait rester là. Le psychiatre attendait de savoir pourquoi cette visite en plein milieu de la nuit. Il écouta les paroles de son ami qui défilèrent à une allure folle, à la limite du compréhensible pour certaines d'entre elles. Le cerveau d'Alex tenta du mieux qu'il le put, d'assembler tout ce qu'il venait de lui dire. Le feu une fois lancé, il revint vers le médecin qui était en train de faire les 100 pas dans son salon, tournant en rond à en donner le vertige au propriétaire des lieux.


"Alors James, ce que tu vas faire, c'est déjà t'asseoir, ça va te calmer je pense."


Alexander força littéralement James à s'asseoir sur un côté de son canapé. Que lui arrivait-il ? Juste un manque de sommeil ? Possible. Alexander connaissait très bien ce que le manque de sommeil pouvait faire sur une personne. Il en faisait souvent les frais lors de quelques nuits blanches chaque mois que Dieu faisait. De même sur certains de ses patients insomniaques. Il se souviendrait toujours de ce jeune homme qui, par manque de sommeil avait finit par s'endormir lors d'une séance. Un moment inoubliable ce jour là. Vu qu'il avait payé sa séance, il l'avait laisser dormir sur son fauteuil en attendant le patient suivant de la journée. Cela ne pouvait pas lui faire de mal. Mettant ses souvenirs de côté, Alex finit par lui aussi s'installer sur un fauteuil, non loin de James afin de répondre aux diverses questions qu'il avait pu réussir à déchiffrer.

"Alors pour répondre à tes différentes questions : non la forêt est loin d'être hantée à part peut-être quelques lapins et animaux en tous genres mais rien de bien effrayant, je te rassure. Sinon oui je vais bien même si tu viens de me réveiller en plein milieu de la nuit, chose que je n'affectionne pas tout particulièrement, je ne vais pas te le cacher.

Sur le moment, son ton aurait pu paraitre un peu sec aux oreilles de son collègue mais quoi de plus normal. Une nuit pour une fois calme et on venait le déranger. Mais comme tout bon médecin, il se devait de venir en aide à quelqu'un dans le besoin, même à 4h du matin.

"La prochaine fois, passe moi quand même un coup de fil. Tu es fou d'avoir traversé la ville en plein milieu de la nuit comme ça, avec ce qui traine dans les rues. Tu finiras la nuit chez moi et je te ramènerai chez toi quand il fera jour. Si tu te fais attraper pendant le couvre feu, tu vas être mal."


Maintenant, il fallait en venir au vrai problème : le sommeil de ce pauvre James. En pleine lumière, Alex vit qu'effectivement le repos était une chose qu'il n'avait pas côtoyer depuis un long moment. Ses cernes ressemblaient plus à des valises qu'autre chose.

"Ça fait combien de temps que tu n'as pas fermé l’œil ? Et franchement, je ne sais pas comment je pourrais t'aider à moins de t'assommer pour que tu dormes."

Il avait bien une autre petite idée pour l'aider à dormir mais non, il ne devait pas. Quelques petits anti dépresseurs dans un bon lait chaud et on en parlait plus. Il se calmerait et finirait par trouver le sommeil dans les bras de Morphée. Cela avait déjà fait ses preuves chez le psychiatre mais il n'avait pas envie que quelqu'un soit au courant de son addiction. James pourrait se poser quelques questions sur pourquoi Alexander était en possession de ces si douces pilules qui lui faisaient autant de bien.


"Pourquoi tu n'arrives pas à dormir ? Tu as des angoisses ? Tu fais des cauchemars ?"

Chasser le naturel et il revient très rapidement au galop. Alex ne pouvait pas s'empêcher de chercher la petite bête chez quelqu'un qui avait un soucis. Mais vu sa tête de déterré, il devait forcément y avoir quelque chose qui n'allait pas.

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Sujet: Re: 'till the sandman he comesVen 13 Jan - 0:04

James manqua de s'exclamer qu'ils n'avaient pas le temps pour un feu, mais réussit à s'en empêcher, regagnant un tant soit peu de décence et de civilité. Il se retint également d'attraper le psychiatre par le col et de le secouer jusqu'à ce qu'il lui vomisse des médicaments, et prit son mal en patience en arpentant la pièce de long en large, serrant les dents pour que les mots ne lui échappent pas. Une éternité plus tard, lorsque Alexander concentra à nouveau son attention sur lui, il s'apprêtait à recommencer son plaidoyer, y incluant plus de désespoir et d'insistance. Mais le psychiatre lui coupa l'herbe sous le pied, l'invitant ; ou plutôt le forçant, à s'asseoir.

«J'ai pas besoin de m'asseoir.»

Au milieu des gravats, perdue entre la balançoire et le tourniquet, une marionnette abandonnée gisait face contre terre. James se retrouvait soudain sans vie, flanqué sur le canapé, entremêlé dans des ficelles que personne ne tirait. Immobile et le regard perdu dans le vide. Ses dernières réserves d'énergie venaient de le quitter, le laissant pour mort sur le sofa du psychiatre. Il se sortit de sa torpeur juste à temps pour écouter son collègue répondre à toutes les questions qu'il ne se rappelait déjà plus avoir posées. S'il aurait dû se sentir coupable de l'avoir réveillé au beau milieu de la nuit, il n'en fut rien, et il ne se sentit absolument pas atteint par le reproche qu'on venait de lui faire ; il eut même l'audace d'hausser les épaules. Il n'avait déjà par beaucoup d'égard pour l'avis des autres lorsqu'il était reposé, ça n'était pas pour s'en découvrir des réserves alors qu'il était épuisé.

«J'avais pas le temps de t'appeler. J'avais pas le temps de réfléchir, tu comprends pas. Il faut que je dorme. Il fallait que je vienne. Mais y'a pas besoin de me garder, je peux rentrer tout seul, je connais le chemin, je l'ai fait dans l'autre sens. Non parce que je travaille demain. Du coup, c'est mieux si je suis là-bas. C'est plus près. Je serai pas en retard. J'aime pas être en retard dès le matin, ça met toute la journée en l'air. Les gens râlent, ça m'agace. Mais tu dois le savoir. De toute façon, y'a rien qui traîne dans les rues, c'est bien ça le problème. T'allais parler, tu disais?»

Il n'avait pas croisé une âme, à part peut-être un animal ou un autre qui l'avait fait sursauter dans son périple. Ou peut-être était-ce l'assassin, tapi dans une allée, guettant sa proie. James n'arrivait pas à se sentir réellement menacé par le fameux Poète qui mettait la ville en émoi. Ce genre de choses n'arrivait qu'aux autres, c'était bien connu. Comme toujours, il se croyait au-dessus de tout, et ce alors même que l'univers avait bien tenté de le faire descendre de son piédestal. Il nourrissait encore l'espoir irréaliste qu'il aurait suffisamment de volonté pour ne prendre que quelques cachets, qu'il résisterait à l'envie d'en reprendre juste un, puis juste un autre, jusqu'à la fin de la tablette. Qu'il n'irait pas en racheter une, deux, trois boîtes. Il se croyait plus fort que ça, à présent. Des foutaises. Il pouvait mourir comme tous les autres, et il finirait par effectuer ses consultations avec les pupilles dilatées. Peut-être que le Poète n'aurait même pas besoin de le droguer quand il viendrait l'achever. James aurait été suffisamment aimable pour s'en charger lui-même, prenant quatre pilules au lieu de deux sous couvert d'une longue journée. Il n'aurait ensuite plus qu'à crever, attaché à une chaise, des mots insensés griffonnés sur une ordonnance. Si le Poète avait un peu de bon sens, il écrirait le message lui-même, parce que l'écriture de James était à la hauteur des stéréotypes qui circulaient sur les médecins. Puis les autorités découvriraient la vérité sur son identité, et enfin, ses parents auraient des nouvelles de leur enfant unique.

«Une vraie nuit, ça fait des semaines. Sinon, ça fait un moment. J'ai fini par perdre le compte. Quelques jours. Trois ou quatre. A part pour quelques minutes ici et là, de préférence quand il ne faut absolument pas dormir. Par contre quand c'est l'heure, rien à faire. J'ai tout essayé. J'ai compté les moutons, j'ai compté les souris, j'ai compté les dalles du plafond, j'ai bu des tisanes et écouté des tas de programmes soit-disant de détente, j'ai regardé toutes les émissions soporifiques qui existent, j'ai pris des bains chauds, j'ai essayé toutes les positions imaginables dans le lit. Rien. Par contre, la tête posée sur une pile de dossiers avec douze patients dans la salle d'attente, là je m'endors. Il fait super chaud ici. Et puis assomme-moi s'il le faut, personnellement tout seul j'y arrive pas. Puis les voisins se plaignent à force que je me claque la tête contre le murs.»

Il se remit à respirer. Certes, il n'en était pas là, et c'était simplement une plaisanterie, mais il avait sérieusement considéré l'idée. Il retira son blouson, puis sa capuche, et passa une main dans ses cheveux déjà complètement ébouriffés. Il n'avait pas prévu qu'Alexander tenterait de l'aider, de comprendre. Pas prévu qu'il poserait des questions. Il s'était plus ou moins vu arriver, demander à dormir, et repartir avec ses somnifères en quelques minutes à peine. Il ne s'était pas non plus demandé pourquoi diable Alexander aurait des somnifères chez lui. Il avait plus ou moins pensé que son lieu d'habitation et son cabinet n'étaient qu'un seul endroit. Ou alors il avait supposé que les autres faisaient comme lui et gardaient un stock avec les premières nécessités. Sauf que les premières nécessités du métier d'Alexander n'étaient pas les mêmes que les siennes. Il poussa un soupir. «Non, non, non, rien de tout ça. Il faut juste faire quelque chose pour que ça reparte. Tu as pas un truc pour m'aider?» Il avait écourté cette réponse sans aucune discrétion, évitant les questions sans même essayer de s'en cacher. «C'est juste le silence.» Il se tut quelques instants, son regard se perdant dans les flammes, avant de se reconcentrer sur le psychiatre. «Tu fais quoi quand tes patients arrivent pas à dormir? Tu les bombardes de questions jusqu'à ce qu'ils tombent d'épuisement?» Il n'allait pas pousser le vice jusqu'à demander une tasse de thé. «Non parce que des insomniaques tu dois en voir tous les jours, s'il y a quelqu'un qui sait quoi faire, c'est toi. J'ai pas besoin de thérapie, je veux juste dormir, pas faire des cauchemars pendant trois semaines parce que mon père ne m'a pas acheté mon vélo rouge il y a 35 ans et que je l'ai vécu comme un rejet, ou un abandon, ou je ne sais quoi.»
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Sujet: Re: 'till the sandman he comesMer 1 Mar - 16:09


Alexander avait l'habitude de voir toutes sortes de patients dans son cabinet. Des déprimés à tendance suicidaire, des bipolaires, des schizophrènes et j'en passe. Mais ce soir, devant lui, le psychiatre avait à faire à un tout autre cas qu'il connaissait très bien : l'insomniaque. Il ne connaissait pas encore cet aspect là de son confrère médecin et apparemment, ce n'était pas la première nuit qu'il passait les yeux grands ouverts. Le sommeil était son véritable problème. Le psy resta là, à l'écouter maintenant qu'il l'avait forcé à poster son postérieur sur les coussins de son canapé. Il le laissa déblatérer son monologue quand il lui proposa de rester dormir cette nuit chez lui afin qu'il ne rencontre par de problème sur le chemin du retour. Des paroles misent bout à bout, les unes à la suite des autres sans véritable fil conducteur. La manque de sommeil commençait certainement à agir sur sa concentration.

"Oui ça j'avais bien compris que tu avais besoin de sommeil mais je ne sais pas ce que je pourrais faire pour toi, à part t'assommer bien sur comme je te l'ai dis mais je n'ai pas envie que tu finisse avec un trauma crânien. Certes tu dormiras mais je pense que tu vas perdre quelques neurones après ça."

Le cerveau d'Alex se mit à bouillonner. Que faire pour que son confrère puisse trouver le sommeil. Les somnifères n'étaient jamais la bonne solution dans ce genre de problème et faisait même que l'accentuer, créant ensuite à une dépendance dont il était toujours difficile de se défaire. Côté dépendance, il savait de quoi il parlait, lui qui affectionnait tant ses petits cachets d'anti dépresseurs. Peut-être pourrait-il lui en donner quelques uns... Non !! Comment penser à ce genre de chose ?? Il n'allait quand même pas droguer son ami pour qu'il soit un peu plus calme et qu'il puisse enfin dormir quelques heures pour qu'il aille mieux par la suite. Même si cela lui aurait permis de lui aussi retourner se coucher mais il n'était pas de genre là. De plus, se procurer ce genre de médicaments souvent et en grande quantité sans éveiller les soupçons devenait déjà assez difficile donc s'il devait partager...

"Je ne sais pas ce que je pourrais faire pour toi. C'est ma maison pas une pharmacie. A part te faire une bonne camomille, ça je peux. Et non, mes patients je ne les assomme pas avec mes questions. Je chercher juste à comprendre pourquoi il n'arrive pas à dormir. Ça ne se soigne pas comme ça l'insomnie malheureusement. Attends, je vais te préparer un truc à boire."

Délaissant son ami, Alex fila direction sa cuisine afin de lui préparer une bonne tisane à la camomille. C'était loin d'être le remède ultime contre l'insomnie mais au moins, cela pourrait peut-être le calmer un peu. Si cela pouvait avoir un effet placebo sur lui, cela serait encore plus merveilleux. Tout en faisant bouillir de l'eau, Alex ne put s'empêcher de repenser à tout ce que James venait de lui dire. Le silence est très souvent une source d'angoisse pour beaucoup de monde et qui est connu pour faire remonter des angoisses profondes et anciennes. James disait ne pas avoir besoin de thérapie... Ses patients disaient tous ça au début avant de se rendre compte qu'ils avaient effectivement besoin qu'on les écoute.  Après, il ne pouvait pas le forcer à se livrer à lui. Ce fut le sifflement de la bouilloire qui le ramena sur terre. Le sachet de tisane infusant, il en profita pour se faire couler un café, afin de lui mettre un peu les idées en place vu l'heure avancée de la nuit ou du jour, cela dépend de quel côté on se place. Les commandes prêtes, il revint vers James qui était toujours sur son canapé. Sous un autre angle de vue, les profondes cernes du médecin apparaissaient d'avantage avec la lumière du salon. Il devait dormir et rapidement. Cela était encore étonnant qu'il tienne encore debout. Sans sommeil, il risquerait de commettre une erreur dans son travail et cela ruinerait sa carrière. Il fallait espérer qu'il n'en arrive pas là et que Morphée l'accepte dans son royaume bien avant.

"Tiens bois ça, ça va te faire du bien, lui dit-il alors qu'il lui tendit la tasse avant qu'il retourne s'installer sur son fauteuil, son café à la main.

"Le problème que tu as à mon avis, en plus de ne pas supporter le silence depuis le couvre feu, c'est que tu t'agaces et surtout que tu t'angoisses encore plus de ne pas pouvoir dormir. Plus tu auras peur de ça, moins tu arriveras à dormir et tu seras pris dans un cercle vicieux. Le sommeil, ça vient tout seul. Pas besoin d'aller le chercher. Il faut juste que tu te vides la tête de tout ce qui peut t'énerver, même la chose plus anodine, comme ton vélo rouge que tu n'as pas eu quand tu étais enfant. Ça c'est encore autre chose et tu n'es pas venu là pour que je te fasse une psychanalyse à 4 heures du matin."

Et surtout, Alex n'en avait pas envie. C'est alors qu'une idée lui vint. Une idée folle certes mais qui pourrait peut-être prêter à sourire si cela ne le tentait pas.

"Au pire ce qu'on peut faire, je dois avoir une vieille tente qui traine dans le garage. Je te la plante sur la terrasse et tu t'endormiras avec le doux bruits des animaux qui trainent dans la forêt. Tu peux toujours essayer, tu n'as rien à perdre et tu ne peux que gagner quelques heures de sommeil."

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Sujet: Re: 'till the sandman he comesDim 23 Avr - 16:41

Bien que sa mère ait été un fervente religieuse, priant Dieu à tout bout de champ lorsque la situation échappait à son contrôle, James n'avait jamais cru qu'en la science. Seuls la recherche, les expériences et les progrès scientifiques pourraient rapprocher les hommes du statut de divinité, et il avait autrefois été suffisamment naïf pour croire que c'était une bonne idée. Que les hommes œuvreraient pour le bien, comme il le faisait lui-même, se dévouant aux autres. Bien sûr, il avait depuis réalisé que même lui, dont l'existence entière avait été consacrée au sauvetage de vies et à autrui, ne le faisait pas pour autrui. Il le faisait pour la renommée. Évidemment, il aimait à se dire qu'il avait fait une bonne action, que ses exploits permettaient à un autre de continuer sa vie, mais il serait faux de dire que cela seul suffisait. Il n'était pas assez désintéressé pour se contenter de ça. L'argent n'était pas tant sa motivation, bien qu'il ne se soit jamais plaint de pouvoir vivre très confortablement ; c'était l'adrénaline, le buzz que lui procurait une opération réussie, c'était la gratitude dans les yeux de ses patients, de leurs proches, c'était les félicitations des autres. Il n'aurait jamais été de ceux qui abandonnaient tout confort pour aller s'occuper de blessés de guerre, ou autres victimes de catastrophes dans un pays pauvre où personne ne serait là pour l'admirer. S'avouer ça avait été à la fois dérangeant et libérateur. Il savait qu'on le regarderait de travers s'il disait de but en blanc qu'il ne voulait pas aider les plus démunis. Il aurait droit à un florilège de reproches et de grognements désapprobateurs, tous prononcés par des hypocrites qui, eux non plus, n'auraient jamais levé le petit doigt pour qui que ce soit. James avait toujours préféré la franchise. Même si ça faisait de lui un égoïste.

Et puis il avait eu besoin des mensonges. D'omettre et d'être évasif, il avait eu besoin de détourner l'attention, de noyer les curieux dans un flot incessant d'idées et de paroles insensées et non importantes tandis que ses secrets prenaient racine dans ses entrailles. Puis il les avait nourris au déni, les arrosant d'omissions jusqu'à ce qu'ils fassent une barrière, infranchissable et inflexible derrière laquelle le sommeil s'était retrouvé coincé. Feuilles et branches avaient poussé, s'entremêlant et se nouant les unes aux autres pour cacher la lueur de la lune. Pour que toutes les nuits soient aussi noires que la suie, aussi noires que les cendres de cette femme qu'il avait fait mourir. Dans le panthéon de ses échecs, elle s'élevait plus haute que les autres, ayant pour seule arme un doigt accusateur pointé vers lui. James pliait sous son regard de statue, implorait le pardon dans des prières silencieuses, les genoux écorchés de ployer sous sa fureur.

Alors qu'Alex s'était éloigné pour lui préparer une boisson inutile que James n'avait pas demandé et dont il n'appréciait pas particulièrement le goût, -il était très fermé en matière de breuvage, et seul l'Earl Grey trouvait grâce à ses yeux- le médecin avait pensé à s'en aller. Se lever et prendre la porte, sans un bruit, traverser la ville dans l'autre sens et espérer que cette fois serait la bonne et qu'il tomberait de fatigue. Le thérapeute ne se montrait pas aussi coopératif qu'il l'avait espéré, et les efforts à fournir semblaient soudain démesurés s'il n'obtenait pas gain de cause. S'éclipser et repartir dans la nuit semblait alors la meilleure solution, glisser dans les ombres et s'évanouir comme un mauvais rêve. Il multiplierait les excuses, prétendrait un je-ne-sais-quoi d'urgent, ou un élan de conscience, et sourirait jusqu'à ce qu'on le pardonne. Il offrirait un verre, deux verres, une bouteille ou un restaurant s'il le fallait, il n'était pas pingre. C'était facile, il n'avait qu'à repartir comme il était entré. Tout ce qu'il devait faire, c'était se lever. Seulement ça n'avait jamais paru aussi ardu. Comme si ses jambes étaient devenues à la fois trop lourdes et trop faibles pour ne serait-ce qu'esquisser le mouvement. Tout son corps était soudain éreinté, les muscles tendus et douloureux. L'élan ne vint jamais, la fatigue omnipotente l'avait rivé au canapé, s'asseyant sur ses épaules pour qu'il se sente lourd, lourd, lourd.

Lorsqu'Alex revint, James n'avait pas bougé, il n'avait pas pu, mais il n'était pas plus calme pour autant. Son confrère avait sans doute raison, c'était l'agacement qui le maintenait éveillé, ça et le manque de sens qu'avait sa vie. Il n'allait nulle part, avec personne, et chaque fois qu'il se retournait quand quelqu'un disait James, c'était un mensonge de plus qu'il perpétuait sans même plus y penser. Loin d'être suicidaire, il n'en était pas moins dans des eaux stagnantes dont les odeurs de putréfaction lui emplissaient les narines quand il fermait les yeux. Ce manque de contrôle, ça le mettait hors-de-lui. Il avait récupéré la tasse et l'avait posée sur la table basse après y avoir trempé les lèvres. Alex s'éloignait encore de l'objectif, et James se passa une main sur le visage pour tenter d'y infuser un peu de vie. «Juste pour être sûr, je n'ai pas souffert de traumatisme concernant un vélo, hein, c'était un exemple. J'aime pas faire du vélo, de toute manière. C'est inconfortable, c'est lent, c'est dangereux. Autrement, à part ça, non je suis pas venu pour une psychanalyse, je pensais à quelque chose d'un peu plus rapide, pour qu'on puisse tous retourner se coucher. Remarque, si j'avais eu un vélo ce soir, je serais arrivé plus vite, tout en étant silencieux. Mais on s'éloigne du sujet. Le sujet étant le sommeil, et comment le retrouver. Comment on se vide la tête ? Si tu dis méditation, je tombe fou. Là, sur le tapis.»

L'idée suivante le laissa silencieux un instant. La bouche entrouverte sur sa prochaine réplique qui n'arriva pas, il contempla Alex quelques instants, se demandant si ça n'était finalement pas lui qui avait besoin de somnifères. «Une tente,» répéta-t-il, pour être sûr d'avoir bien entendu, pour être sûr qu'il n'avait pas traversé la limite entre l'éveil et le sommeil sans s'en rendre compte. Peut-être que le véritable Alex l'avait véritablement assommé, que ce soit à coups de poêle ou à coups de questions. Mais la tente et tout ce qui s'y raccrochait était si éloigné de son monde que même son inconscient n'avait pas pu aller chercher aussi loin. James était aussi citadin qu'on pouvait l'être, et la faune et la flore avaient un intérêt très limité à ses yeux. A vrai dire, ils constituaient plutôt une menace. «Moi, dans une tente? Sur la terrasse? Dans la forêt? Tu veux que je me fasse déchiqueter? Ah oui au moins je vais dormir, m'enfin je pensais à quelque chose d'un peu moins éternel.» James jeta un œil inquiet en direction de ladite terrasse, et reprit en se concentrant de nouveau sur Alex: «Ecoute, écoute, écoute, écoute» Il avait beau se concentrer pour empêcher ses mains de trembler, il ne pouvait rien y faire. «je suis à deux doigts des vraies hallucinations, et par 'à deux doigts' je veux dire que ça commence, alors je suis pas sûr que me laisser bercer par les sons des animaux de la forêt ça soit la meilleure idée pour la sérénité. C'est des voitures, des ambulances, des conversations et des engueulades qu'il me faut, pas des chouettes, des ours ou ou ou ou je ne sais quoi de dangereux.» Il hésitait entre exploser et s'effondrer, et s'il en avait eu la force, il se serait relevé, là, tout de suite. «C'est pas grave, je fais une pause et je repars. Je te laisse à ta forêt.» Il hésitait aussi à simplement le formuler, à prononcer les mots magiques pour lesquels il avait traversé la ville en pleine nuit.

Il ne fit aucun effort pour se déplacer.
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