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 the thorn within

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overjoyed - we survived

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Sujet: the thorn withinJeu 6 Oct - 10:44

Just like the curse, just like the stray
You feed it once and now it stays
Now it stays

décembre 2015

Les doigts gelés, les joues rougies par le vent glacial, les virus qui terrassaient tour à tour des membres de son équipe, prenant soin de toujours l'épargner, Sean détestait l'hiver. C'était peut-être la seule période de l'année où il aurait véritablement souhaité exercer un autre métier, un métier dans l'un de ces hauts bâtiments qu'ils construisaient en permanence, un métier dans un siège confortable, dans un bureau bien chauffé, à regarder les heures passer par la fenêtre, à regarder les travailleurs s'échiner, s'abîmer la peau des doigts, à regarder leurs respirations s'élever dans l'air, volutes blanches qui tremblotaient parfois en s'évadant. Il se voyait faire des pauses cigarettes toutes les deux ou trois heures, allant grelotter dix minutes dans le froid avant de retourner à l'intérieur, sans véritablement se soucier de ceux qui allaient passer leur journée là dehors. Et il haïssait ce type qui le regardait de sa fenêtre, blotti derrière un ordinateur.

Cet hiver en particulier avait un goût ferreux. Le couvre-feu planait sur les têtes, ombre menaçante qui les guettait à tous les instants de la journée. Nulle part où aller boire un verre et voir du monde lorsque l'angoisse le prenait au dépourvu et qu'il avait désespérément envie de ne pas être seul. Passée l'heure critique de 21h, toute la ville s'éteignait, et il était d'autant plus aisé d'imaginer des silhouettes se déplaçant dans le noir, d'imaginer le Poète vagabondant librement, ayant tout le loisir d'attaquer sa prochaine victime s'il décidait de le faire. Sean comprenait bien que les forces de l'ordre aient eu l'envie, le besoin, de faire quelque chose; mais il ne pouvait pas prétendre comprendre pourquoi ils avaient fait ça. Pour celui qui s'égarait dans la soirée, bravant le couvre-feu par mégarde ou rébellion, il n'y avait plus aucun refuge, aucun abri disséminé çà et là au hasard des rues, de la musique ou des voix qui animaient le centre ville. Tout le monde était sagement chez lui, là où l'assassin attaquait le plus souvent, toutes lumières allumées pour tenter de chasser l'obscurité. Sean n'éteignait pas toujours la lumière lorsqu'il allait se coucher.

Nombreux étaient ceux qui avaient choisi de rajouter des verrous à leurs portes. L'ouvrier l'avait fait lui-même, installant deux verrous supplémentaires à sa porte après la Conférence qui n'en méritait pas le nom. S'il n'était pas certain que ce serait suffisant, cela semblait malgré tout lui donner une certaine tranquillité d'esprit. Quelques années plus tôt, il lui arrivait sans problème de laisser sa porte ouverte plusieurs jours sans craindre un seul instant de se faire attaquer, et avec la conviction tranquille que si d'aventure quelqu'un tentait de le cambrioler, il saurait renvoyer le voleur d'où il venait. Il ne savait pas encore à quel point il était lâche. Quoi qu'il en soit, il n'avait pas été surpris lorsque Ruby lui avait envoyé un message pour lui demander de passer augmenter la sécurité de son école. Simplement surpris qu'elle ne l'ait pas fait plus tôt, et convaincu que le couvre-feu avait à voir avec cette décision soudaine. Ils avaient ensemble convenu d'une date pour l'installation, et Sean n'avait pas perdu de temps pour aller acheter le matériel nécessaire, après être venu vérifier quel type de protection conviendrait. Ca n'entrait évidemment pas dans ses horaires de travail, mais il avait pris l'habitude d'effectuer des petites commissions à droite à gauche, souvent pour d'anciens clients qui recherchaient des services à nouveau et qui, il n'avait pas honte de le dire, savaient qu'ils pouvaient trouver chez lui l'aide dont ils avaient besoin. Ca revigorait un peu son maigre ego, de savoir que ces quelques personnes lui faisaient confiance.

Pour la professeure de danse, cependant, cela semblait d'autant plus important qu'elle aussi était tombée dans les griffes du Poète. Et s'il n'en était pas encore à se reprocher les attaques survenues avant la sienne, il estimait néanmoins que c'était plus ou moins sa responsabilité de s'occuper des survivants. Il avait pris l'habitude de passer de temps à autre, s'assurant que tout allait bien. S'il avait fui l'association des victimes depuis sa propre attaque, il n'en restait pas moins un fervent défenseur de leur cause, qu'il le clame haut et fort ou non. Il avait dit à Ruby qu'il serait là bas en début de soirée, après le travail et avant le couvre-feu, et la journée touchait à sa fin, la nuit venant déjà se prélasser à l'horizon, chassant la lumière hivernale. Après avoir salué ses collègues, avoir fait une course, et sans prendre la peine de rentrer se changer, il se mit en route vers l'école de danse de Ruby. Dans un environnement si gracieux, il se sentait toujours un peu à l'étroit. Flanqué là dans ses fripes salies par la poussière et la saleté, trouées par de nombreux raccrochages; ses chaussures de sécurité qui faisaient autant de bruit qu'une marche militaire et, de manière plus générale, sa présence un peu bourrue face à la danseuse gracile et délicate. Pour l'heure, sa vieille voiture crachotait à travers Fairhope, et Sean craignait qu'elle ne passe pas l'hiver, comme tous les ans.

«Bonsoir, Ruby!» Il s'était autorisé à entrer, les derniers élèves finissant de quitter les lieux, certains jetant parfois un œil un rien suspicieux à l'ouvrier qui arrivait en sens inverse. Il retira le bonnet qui lui couvrait le crâne et salua la jeune femme chaleureusement. «Comment tu vas, ces derniers temps?» Il désigna le sac qu'il avait apporté avec lui. «Désolé, je pouvais pas me libérer plus tôt. Tout le monde se choppe la crève en ce moment, du coup y'a du boulot.» Il oubliait parfois qu'elle ne pouvait pas vocalement lui répondre, et oubliait en conséquence de la regarder. C'était le silence qui le rappelait à l'ordre, ou la craie sur l'ardoise, lui rappelant une fois de plus qu'il n'avait pas vraiment le droit de se plaindre. «Devrait pas y en avoir pour long, mais je nous ai apporté des sandwichs.» Il ouvrit son sac pour en extraire différentes sortes de verrous. «Je savais pas trop ce que tu voulais rajouter, donc j'ai pris plusieurs trucs, je ramènerai ce qu'on utilisera pas. J'ai des verrous classiques, une serrure sécurisée trois points si tu veux carrément changer la serrure entière. Là y en a pour un peu plus longtemps, mais c'est faisable. Je peux mettre les verrous en plus pour un maximum de sécurité.» Il n'avait aucune envie d'adresser la raison qui motivait cette décision, la menace qui se baladait encore, en liberté.  
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Sujet: Re: the thorn withinDim 23 Oct - 18:31

C’était le froid mordant qui avait réveillé Ruby ce matin-là et ce n’était pas plus mal. Le rêve qu’elle faisait avait été des plus affreux et des plus réel, le songe fut cependant vite oublié alors qu’elle se passait une main dans les cheveux et s’arrachait difficilement des bras de Morphée. Morphée qui avait été plus que punitif cette nuit là et qui s’était amusée à la tordre dans tous les sens comme le plus vulgaire des pantins. Tous ses membres la lançaient et Ruby eut à peine le  temps de trottiner dans la salle de bain avant de devoir se pencher pour rendre l’intégralité de son repas du soir dans la cuvette des toilettes. Elle se laissa glisser contre le mur froid de la salle de bain et respira un grand coup, comme si une grande goulée d’oxygène dans ses poumons pouvait la sauver. Du froid, des mauvais rêves, des sales souvenirs et de la peine et de la misère. La brune n’allait pas bien, pas mieux, elle avait eu un regain de bons sentiments cet été, à croire que son humeur s’était accordée à l’atmosphère environnante et elle s’était laissée séduire par les sourires qui se trouvaient un peu partout.

Et puis la réalité était revenue les frapper tous de plein fouet. Ruby avait trouvé le courage nécessaire pour parcourir le chemin qui la séparait de l’hôpital pour aller donner des roses blanches à Adam. Elle avait trouvé le symbole important et son geste minime, mais elle avait détesté le voir dans cette position, voilà, lui aussi faisait parti de la longue liste, lui aussi aurait ses nuits secouées et remuées par le souvenir, hanté, toujours hanté. Mais c’était eux les fantômes, pas ce meurtrier qui était définitivement fait de chair et de sang, non, les fantômes c’était eux. Eux qui avaient été marqués et qui continuaient de fouler la terre des vivants, eux qui essayaient d’avancer avec leurs membres mutilés. Les cauchemars avaient mis deux semaines avant de revenir, avant que Ruby ne se réveille dans son lit, les larmes au bord des yeux, des cris plein la gorge, des cris qui ne pouvaient pas se former. Car personne ne pouvait venir la sauver. La brune respira un grand coup et elle se força à se lever pour regagner la cabine de douche, elle avait une longue journée qui l’attendait et en dépit de tout, Ruby se refusait à rester chez elle, faible.

Elle rentrait dix minutes avant le début du couvre feu et s’occupait comme elle pouvait, en tant que femme célibataire ses options étaient limitées et elle finissait le plus souvent par s’endormir devant son propre téléviseur, son repas à moitié entamé. Ce n’était pas une vie mais c’était le mieux que Ruby pouvait faire pour le moment, en attendant de savoir le meurtrier derrière les barreaux. Depuis que Genesis avait dû quitter la ville précipitamment, cet espoir là était également mince mais Ruby ne pouvait juste pas quitter Fairhope d’un simple claquement de doigts. Ce fut avec cette pensée en tête qu’elle enfourcha son vélo et se décida de braver le froid mordant de Fairhope, pour se rendre à Shoes. Les cours réussissaient toujours à la distraire et à lui remonter le moral, après tout, c’était sa vie, le parquet laqué, les pointes neuves, les bruits des muscles et des ligaments qui craquaient, il n’y avait rien de mieux pour la satisfaire dans le fond.

La journée se déroula sans encombre et Ruby se joignit à ses élèves pour le dernier cours, pour la succession finale de pliés et d’arabesques plus compliquées qu’elle avait prévu pour les plus expérimentées. Pas besoin de mots, pas besoin de savoir ce qui se passait au dehors, elle n’avait qu’à tendre leurs jambes et à s’élever et et à s’élancer sur la piste de danse, pas besoin de plus. L’heure se termina bien trop vite au goût de la brune qui fut presque ramenée à la réalité en voyant la carrure imposante de Sean au milieu des élèves. Pas de doute que l’ouvrier faisait tache dans cet univers de tulles et de coton et même la professeur prit la peine d’enlever sa propre jupe trop imposante et trop bouffante pour venir lui parler. Elle eut un maigre sourire aux mots du brun et elle attrapa sa serviette pour s’éponger le cou, puis son ardoise. Il avait décidément pensé à tout, Ruby préféra ne pas lui dire qu’elle allait éviter de manger et elle se concentra sur les verrous qu’il lui présentait. C’était elle qui lui avait demandé de passer histoire de sécuriser un peu plus l’école de danse. Une protection supplémentaire, un verrou n’était rien mais cela pouvait au moins rassurer Ruby.

Merci d’être passé malgré ton emploi du temps alors. finit-elle par écrire, toujours un fin sourire sur le visage. Elle effaça ces mots-là et eut un signe de tête pour le banc qui se trouvait là, une fois elle et Sean installés, elle traça d’autres mots plus rapidement. Je voudrais le maximum de verrous si c'est possible. Et si ça ne te dérange pas, j'aimerais attendre que les élèves soient parties avant que tu ne commences. La dernière chose que voulait faire Ruby s’était en ajouter plus à la panique environnante. Le couvre-feu mis en place par la municipalité avait fait suffisamment de dégât comme ça, en plus de ne plus pouvoir se rendre à la salle de sport après ses cours, la brune avait du renoncé à quelques activités et même à certaines de ses élèves favorites qui n’osaient plus fouler les allées de Fairhope Avenue après une certaine heure.
J’ai déjà perdu cinq élèves cette année et cette histoire de couvre-feu n’arrange absolument rien. Je sais que c’est pour notre bien à tous mais … j’ai juste l’impression que tout le monde chez soi à la même heure, c’est un peu une occasion rêvée pour le meurtrier.

Le regard de la brune s’était perdu dans le vide quelques instants tandis que ces mots se dessinaient sur son ardoise. Est-ce qu'elle divaguait ? Ou alors la paranoïa commençait à vraiment la gagner ? Ça devait être le manque de sommeil, et pas autre chose. Elle effaça rapidement les mots, navrée d’infliger ça à Sean, elle ne voulait surtout pas se voir dessiner sur son visage, cet air compatissant qui voulait dire qu’il était là pour elle, non. Pas pitié, ça elle ne le supporterait surtout pas. Mais je divague. Désolée. Comment vas-tu ?

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Sujet: Re: the thorn withinDim 13 Nov - 0:08

Parfois, il enviait les victimes.

Honteusement, en cachette, discrètement au fond de son lit, il osait se dire que la vie serait plus simple s'il s'était laissé faire. S'il s'était laissé malmener et droguer et attacher à une chaise de salon. S'il avait laissé le Poète lui graver des mots sur les bras, les mots qui lui étaient destinés. Il pouvait imaginer la chaise, revoyant précisément l'endroit où elle trônait dans son ancien appartement. S'il était mort, au moins il n'aurait pas ce poids constamment posé sur ses épaules, cette culpabilité qui l'enserrait et l'écrasait, qui emplissait ses poumons d'air irrespirable jusqu'à ce qu'il suffoque ; il n'aurait pas ce nœud au fond de l'estomac qui lui donnait la nausée dès qu'il pensait à ceux morts par sa faute, dès qu'il s'aventurait à penser au Poète et à ses victimes à venir. Après tout, il n'avait rien pu faire, pas plus que les autres, ça n'était pas de sa faute. La phrase qu'il ne pourrait plus jamais prononcer. C'est pas ma faute. Bannie de son vocabulaire comme il était banni du monde, condamnée à errer dans un recoin de son esprit comme il errait au bord de la vie depuis ce jour, regardant à l'intérieur depuis le pas de la porte. Et si sa psychologue avait l'audace de demander qui l'avait banni, Sean retombait dans le silence qui emplissait toujours une bonne partie de ses séances. Il n'avait pas de réponse à offrir, c'était simplement l'évidence. Et si jamais il avait survécu, par miracle ou par accident, qu'on l'avait retrouvé inconscient le lendemain, alors il pourrait arborer ses cicatrices sans honte, il pourrait se regarder dans le miroir le matin sans lire le mot assassin écrit sur son front. Il pourrait aller apporter son aide à la police sans craindre qu'on l'accuse, qu'on l'humilie ou qu'on le condamne.

Parfois, il enviait les victimes.

Et l'instant d'après, il s'en voulait d'avoir osé ces idées, et les chassait en tournant dans son lit, comme s'il pouvait leur tourner le dos et prétendre qu'elles n'étaient pas perchées sur ses épaules. Et avec un peu de chance, s'il les ignorait suffisamment longtemps, il pourrait passer la nuit, les laisser sur l'oreiller en se levant, et espérer qu'elles auraient disparu quand il reviendrait. Mais elles l'attendaient sagement. Chloe savait les faire disparaître. Elle les chassait d'un geste de la main, vulgaires mouches qu'elle ne remarquait même pas. Ou si elle les remarquait, elle les ignorait. Il n'osait jamais trop penser à Chloe, parce qu'il avait toujours peur de se réveiller et qu'elle ait disparu. Il avait peur de ne jamais pouvoir arrêter de penser à elle, peur de la faire fuir s'il y rêvait trop fort.

Mais apparemment, il n'avait pas plus de contrôle sur ces pensées-là.

Il s'assit sur le banc indiqué par la professeure de danse, mal-à-l'aise, bien trop grand, bien trop large, bien trop sale. C'était partout pareil. Où qu'il aille, il se sentait à l'étroit. Comme si le monde avait rétréci au lavage. Aussi hauts que soient les murs, aussi larges que soient les pièces, il n'avait pas assez de place, pas assez d'air. A coup sûr, s'il tentait de bouger, ses épaules allaient raccrocher dans les murs, et il se retrouverait bloqué là, sans issue. Il préférait se concentrer sur Ruby qui lui demandait de ne pas finir de terrifier ses élèves, ce qu'il comprenait tout à fait. Déjà que sa simple présence avait tranché l'ambiance qui régnait dans la salle. Pour des jeunes filles, dans une ville aussi fragilisée par des attaques hasardeuses, il devait ressembler au parfait prédateur. Même s'il n'avait définitivement pas le raffinement nécessaire pour mettre en scène des poèmes sans queue ni tête, et que la dernière chose qu'il voulait faire était de les effrayer encore plus. «Pas de souci, je te mets la totale. Quand j'aurai fini, ton école sera aussi sécurisée que Fort Knox. Tes élèves pourront valser et pointer et – » Il chercha un instant dans son dictionnaire très limité du vocabulaire de danse, et décida qu'il n'était jamais trop tard pour créer. «et tututer en sécurité.»

Il était on ne peut plus d'accord avec la danseuse. Pour lui, ce couvre-feu, c'était servir au Poète de la viande fraîche sur un plateau, c'était tous les offrir en pâture et attendre qu'il choisisse. «Je suis sûr qu'ils font de leur mieux.» Et c'était la vérité. La police de Fairhope avait toutes les raisons du monde d'être complètement débordée par ce qu'il se passait, et si c'était ce à quoi ils arrivaient, alors c'était très probablement ce qu'ils pouvaient faire de mieux. Personne n'avait dit que c'était suffisant. «Ils doivent se dire qu'une fois chez soi avec sa porte super haute sécurité verrouillée on est plus en sécurité qu'à vadrouiller dehors. Ça se défend, j'imagine. Mais c'est vrai que bon...» Il haussa les épaules, tentant d'avoir l'air un rien convaincu par les mensonges qu'il était en train d'inventer. Il y avait peut-être une part de véracité dans ses propos, mais personne n'était vraiment dupe. Le couvre-feu donnait l'assurance au Poète que sa victime était où il la voulait, et lui donnait l'heure à laquelle elle allait rentrer. Parce que les gens qui allaient passer la soirée seuls évitaient habituellement de rentrer avant 21h s'ils pouvaient l'éviter ; et c'étaient ses cibles de prédilection. Parce qu'il savait. D'une manière ou d'une autre, le Poète savait qu'il n'allait pas être dérangé. Ou alors, si c'était du hasard, il jouait à un jeu plus dangereux encore. Quoi qu'il en soit, Sean ne voulait pas savoir, pas y penser, et ne voulait pas non plus conforter Ruby dans ses craintes, même si elles semblaient complètement justifiées.

«Je ne vis plus depuis que je n'ai plus droit à mes soirées au bar.» Sean prononça ces mots sur le ton de la plaisanterie, un sourire aux lèvres alors qu'il piochait dans le sac à la recherche d'un sandwich, dans lequel il s'empressa de croquer; c'était comme si le froid de l'hiver lui creusait un trou dans l'estomac. Mais ses soirées au bar lui manquaient vraiment. S'il n'était pas spécialement un gros buveur, il appréciait tout particulièrement l'ambiance. «Non ça va, je suis comme tout le monde, j'attends juste que le couvre-feu arrête de plomber l'ambiance. Je veux dire... c'est bien hein, m'enfin les rues vides à 21h ça fait ville fantôme quand tu regardes par la fenêtre. On s'attendrait presque à voir des boules de paille ou de je sais pas quoi rouler dramatiquement dans les rues. De préférence sur une musique ridicule du style: tududududuuu oua oua oua» Il prit évidemment la peine de chanter son exemple pour être sûr qu'elle voyait bien de quoi il parlait. Il prit une nouvelle bouchée de sandwich. «En attendant que tout le monde s'en aille... Tu vas être obligée de m'apprendre à danser.» Pause théâtrale. «Quoi que... Au final ça leur ferait peut-être encore plus peur.»
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Sujet: Re: the thorn withinLun 5 Déc - 2:45

Ruby ne vivait plus depuis longtemps en fait. La remarque de Sean l’avait fait maigrement sourire mais également ramené à la réalité. Et à la simplicité de son existence et surtout à quel point cette dernière était vide depuis son agression. Certes, elle n’avait jamais été du genre à vivre sur le fil du rasoir avant que le Poète ne passe sa porte et l’endorme pour graver des mots sur sa chair mais tout de même… Il y avait quelque chose, là, au fond d’elle, dans ce jardin secret qu’on osait jamais vraiment montrer qui s’était éteint. Qui était mort cette nuit-là. Une grande partie d’elle avait continué… d’exister, s’était débattue, avait fait du bruit pour être entendu mais… ça n’était pas pareil. Depuis cet incident, il lui manquait une partie d’elle, elle était incomplète, bancale, ne marchait pas vraiment droit et attendait le jour où quelqu’un finirait par la montrer du doigt et exposer sa petite mascarade devant les autres.

C’était elle qui mentait tous les jours, en venant ici, en osant sourire, en osant respirer. Jamais personne n’aurait dû fonctionner incomplet et pourtant, c’était ce qu’elle faisait, sans grâce, sans grande envie, mais juste parce qu’elle devait le faire. C’était comme son envie, son désir de rester à Fairhope. Ça n’avait pas de sens, la logique aurait voulu qu’elle se rende au cimetière elle-même, pour creuser un trou profond, avec ses ongles, avec ses dents, pour enterrer cette partie d’elle qui manquait. Juste parce qu’elle le pouvait et parce que c’était la chose la plus juste à faire. La chose digne, vomir dans la terre et laisser là tout ce qu’on lui avait pris et refermer le trou et partir, courir, pour ne plus jamais y revenir. Mais Ruby était bien là, toujours là, à Fairhope, parce que c’était la bonne chose à faire n’est-ce pas ? Rien que d’y penser, elle en avait des frissons, à songer à tout ce à quoi elle renonçait et en même temps… La brune n’était pas certaine de vouloir de cette vie-là. Une vie sans réponse et sans aucune logique. Tout s’arrêterait lorsque le Poète serait mis en prison, incapable d’achever son histoire. Elle n’était pas naïve, elle ne voulait pas d’excuse, pas de bons sentiments, juste une fin, afin de pouvoir tourner la page et continuer.

Toutes ces pensées pesaient lourds sur ses maigres épaules et Ruby croisa les bras, observant de ses yeux foncés le sandwich qui avait désormais atterri dans sa main. C’est bien pour ça que je suis contente de ne plus habiter au centre ville. De chez moi je ne vois que les vagues. finit-elle par écrire en repensant à ce que Sean lui avait dit à propos des rues désertes de la ville. Ce n’était pas quelque chose qu’elle voulait imaginer non plus, Ruby avait quitté Fairhope Avenue pour une bonne raison. Elle ne supportait plus qu'on la pointe du doigt... sans compter les chuchotements sur son passage et les regards de pitié. Le bruit, toujours et encore du bruit, alors qu’elle n’aspirait qu’à du silence. Elle qui ne pouvait pas parler, aurait parfois voulu que les autres soient contraints comme elle. Oui, comble du comble, Ruby ne souhaitait pas retrouver la voix mais réduire le monde, la ville entière à un silence de marbre. Seulement ponctué par des respirations saccadées et des regards ça et là. Si seulement les gens savaient observer, on avait privé Ruby de sa voix, mais pas de ses autres sens. Bien entendu, ses autres sens ne s’étaient pas décuplés, ça c’était des bêtises qui étaient réservées à la télévision mais son handicap pouvait lui servir… parfois.

Sean avait l’air fatigué, ses traits d’humour cachaient quelque chose de plus profond, de plus vif et de plus douloureux et Ruby savait qu’elle était mal placée pour lui demander ce qui se passait, mais ses expressions en disaient beaucoup. Beaucoup plus que ce qu’il n’aurait voulu sûrement. Sa blague vaseuse arracha tout de même un demi-sourire à Ruby et elle effaça rapidement ce qu’elle avait écrit sur son ardoise pour y graver les mots suivants. Tu te moques de moi ? Ou alors de toi ? Attend je suis certaine qu’on peut trouver des pointes à ta taille mon grand. Elle ne plaisantait qu’à moitié. Bien qu’elle ne l’imaginait pas du tout en train de faire une arabesque. Même s’il avait une carrure assez impressionnante, il n’avait absolument pas le physique d’un danseur et elle se voyait très mal lui expliquer comment faire un pas chassé. Sean faisait tache à l’école de danse, c’était certain, mais pour Ruby, ce n’était pas une mauvaise chose. Si elle avait fait appel à lui c’était bien car elle lui accordait une certaine confiance.

Plus sérieusement, ça va passer. Ça doit passer.Elle insista sur le dernier mot et le souligna. Ruby n’avait jamais été connue pour être une grande optimiste, comment l’être quand on était né avec une malformation comme la sienne ? Mais cette affaire lui donnait envie de l’être, d’espérer qu’il y avait quelque chose de mieux ailleurs. Pour elle. Pour Adam. En parlant du blond, Ruby décida de jouer la carte de la franchise et effaça les mots précédents d’un revers de la main et écrit ensuite une lourde vérité. Ça a été vraiment horrible dernièrement, pour Adam surtout. Et tu sais c’est quoi le pire dans tout ça ? Quand je lui ai envoyé des fleurs je me suis dit qu’au moins, comme ça, il était sauvé, il ne recroiserait plus jamais ce salopard de sa vie.

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Sujet: Re: the thorn withinMer 1 Fév - 0:55

Sean vivait avec la conviction sincère que c'était le rire qui faisait tourner le monde. Il ne pensait évidemment pas à toutes ces institutions et autres gouvernements qui se faisaient des guerres insensées pour des motifs qu'il n'arrivait pas à comprendre, mais bien de tous ces citoyens sur la planète qui subissaient le monde un peu malgré eux. Pour ceux-là, assurément, c'était le rire qui leur permettait de tenir, qui les emmenait d'un jour à l'autre, les balançant à bout de bras au son cristallin d'un gloussement ou d'un sourire. Alors c'était devenu sa croisade, sa bannière et son sermon. Au diable les émotions qui lui troublaient l'esprit, s'il pouvait noyer leurs cris dans les rires des autres. Il avait toujours été comme ça, Sean, peut-être un peu trop altruiste pour son propre bien. Mais c'était également parce qu'il prenait vie lorsqu'on riait avec lui. C'était bête à dire, mais Sean n'existait pas en dehors des autres. Comme s'il s'effaçait lorsqu'il rentrait seul chez lui. Disparu d'un coup de gomme, et gribouillé à nouveau au contact du monde. Mais les traits devenaient erratiques, trop appuyés, ils froissaient la page à chaque fois qu'ils le traçaient, la déchiraient par endroits.

L'ouvrier se disait parfois qu'il devrait avouer. Révéler son secret ailleurs qu'entre les murs du cabinet de sa psychologue, et l'exposer aux yeux de tous. Faire savoir ce qu'il s'était passé, et ce qu'il avait fait. Ce qu'il n'avait pas fait. Afficher sa honte, se la peindre sur le visage, et attendre les coups ; attendre que tous les doigts se pointent sur lui, et que l'on se murmure sa lâcheté. Qu'il devienne l'égérie des couards et qu'on voue un culte à sa bassesse. Il pourrait commencer par Ruby. Ce serait plus facile, elle ne pourrait pas hurler, elle ne pourrait pas exprimer son mépris et lui cracher ses ressentiments au visage. Il n'aurait qu'à s'enfuir avant qu'elle ait fini d'écrire, comme il s'était enfui avant que le Poète ait fini de tuer. Il n'aurait qu'à fermer les yeux sur ses mots. Mais il était inutile de se leurrer, il savait bien qu'il n'était pas prêt. Il n'était pas prêt à voir le dégoût et la colère déformer son visage, il n'était pas prêt à les voir dirigés vers lui. Il ne le serait probablement jamais. Il n'avait plus qu'à continuer de prétendre, plus qu'à ravaler ses aveux une énième fois, les ranger au fond de leur coffre, et peut-être qu'un jour, il finirait par se résoudre à jeter la clé. Pour l'heure, il se servait du secret médical comme d'un bouclier et du cabinet d'Eve Coleman comme d'un exutoire.

Le couvre-feu faisait d'eux des animaux méfiants et paranoïaques. Installer des serrures supplémentaires semblait bien dérisoire, de même que les faire rentrer avant une certaine heure. C'était simplement avouer qu'ils étaient impuissants à attraper le Poète. C'était céder, c'était perdre. Une seule personne avait réussi à terrifier une ville entière, et les habitants apeurés barraient leurs porte. Les serrures dans son sac n'étaient que des illusions, tout comme ses plaisanteries. «Je pratiquais l'auto-dérision. Même si je suis certain que tu excelles à ton travail, je ne suis pas certain qu'on puisse faire quelque chose de moi.» De futiles artifices qu'ils se lançaient au visage pour essayer de s'éblouir un moment, assez longtemps pour que le cauchemar s'arrête. Tant pis s'ils se crevaient les yeux.

Il ne savait pas si c'était l'hiver qui s'était infiltré sous sa peau, ou si c'était l'ambiance de la ville qui l'avait atteint, mais il se sentait vieux. Le poids des années le rattrapait, et c'était un soupir millénaire qui avait répondu à la jeune femme et à son optimisme. Il n'avait pas de doute. Cela finirait forcément par s'arrêter. Sean se demandait juste combien d'années supplémentaires ça allait durer. «Oui, bien sûr que ça va passer.» Il manquait peut-être de la conviction, celle qui avait disparu de ses propres veines.

Il regarda la jeune femme quelques instants, incertain quant à la réponse à fournir. Presque tout ce que Ruby avait écrit le dérangeait. Tout d'abord parce que ça touchait à Adam, et qu'il trouvait extrêmement difficile de penser au barman sans avoir envie de se rouer de coups. Il tomba dans le silence, le temps de faire le tri parmi tout ce qui voulait sortir. Sean n'arrivait pas à se persuader qu'Adam, et toutes les autres victimes, étaient sauvées. Le Poète revenait constamment sur les règles qu'il avait lui-même établies. Toutes les victimes avaient été retrouvées chez elle, et voilà que tout à coup il les exposait au grand jour, bafouant ses propres méthodes. Alors le brun ne voyait pas comment quiconque pouvait être persuadé qu'Adam, Ruby et les autres rares survivants étaient saufs. Le Poète se réveillerait peut-être un jour avec l’irrépressible envie de revenir sur ses traces, achevant tout ceux qui avaient eu le malheur de survivre. «Oui, c'est une façon de voir les choses. Même si l'idée est terrible. On peut pas, je peux pas accepter ça comme étant bien. Il a pas été sauvé, Ruby. Tu n'as pas été sauvée.» Il exerçait la plupart du temps un certain contrôle sur ses émotions. L'ouvrier voulait porter le monde sur ses épaules, et ce alors que le monde ne lui avait rien demandé. Mais certains sujets lui faisaient perdre l'équilibre un instant. Le Poète, Adam, notamment. Principalement. «Personne n'a été sauvé.»

«Excuse-moi, je peux qu'imaginer à quel point ça a été dur pour toi, pour Adam. Tu vis toute seule ou tu as quelqu'un qui est là quand tu rentres? Des amis, n'importe qui, juste histoire de pas être toute seule? La soirée entière seul, c'est foutrement long, j'ai remarqué. Je pense que les minutes, elles font pas l'effort de passer quand y'a qu'un clampin tout seul chez lui qui attend.» Il s'était sorti de son nuage. Ils n'avaient plus qu'à ne pas parler des meurtres ou des survivants. Eviter le sujet devenait de plus en plus difficile, à Fairhope. «Toujours satisfaite de l'école, pas de problème à signaler?» Il parcourut ladite école d'un coup d'oeil, tentant de repérer d'éventuels défauts. Les derniers élèves finissaient de rassembler leurs affaires pour quitter les lieux et disparaître dans la nuit noire. Peut-être que l'une d'entre elles serait la prochaine victime. «Sinon, dis-moi, tu as des prodiges ou des futurs prodiges en ce moment? A part moi, bien sûr.»

Peut-être que l'une d'entre elles ne remettrait jamais les pieds à l'école.
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Sujet: Re: the thorn withinSam 25 Fév - 18:43

Personne n'avait été sauvé.

Peut-être que Sean avait raison, ou peut-être que Ruby ne pouvait pas le laisser dire ça, peut-être qu'elle ne pouvait tout simplement passer à autre chose. C'était assez difficile à expliquer, c'était quelque chose qu'elle avait vu dans le regard d'Adam il y a quelques jours de cela, et quelque chose qu'elle apercevait parfois dans les prunelles de Laura quand elle se rendait dans les locaux de l'association des victimes. Cette espèce de... nonchalance, de désinvolture qu'aucun autre habitant ne pouvait connaitre à part eux. Eux aussi avaient vécu dans la terreur, se nourrissant des quelques récits qu'il y avait ça et là sur le meurtrier, en se contentant d'avoir peur des ombres et de faire des mines tristes quand enfin, ils devaient se vêtir de noir et se rendre à l'enterrement d'un de leur paire. Ruby n'avait versé que quelques larmes lors de l'enterrement de Laurel, pas parce qu'elle n'était pas triste non, parce que son regard n'avait de cesse que de chercher la carrure imposante de Tobias, celui qu'on avait banni loin de tout.

Et puis, il y avait eu sa propre agression, il y avait eu la peine, il y avait eu l'enfermement et pendant longtemps, Ruby n'avait vu aucune issue de secours et aucun moyen de retourner en arrière et de faire en sorte d'avoir la même vie. La même existence. Elle aurait tellement voulu récupérer ces morceaux d'elle-même, les lambeaux de peau que le Poète avait dispersé un peu partout, et les remettre, disparaitre derrière cette vieille peau et ne plus jamais revenir. C'était probablement à ce moment-là qu'elle avait réalisé qu'elle n'avait absolument rien à envier à cette Ruby-là, celle qui vivait dans le doute, dans l'attente constante. Le pire était déjà arrivé, elle avait déjà suffoqué, elle avait déjà eu l'odeur de son propre sang en plein dans les narines et elle avait déjà cru mourir... Si ce n'était pas ce que cette ville avait de pire à offrir alors Ruby ne comprenait pas, elle ne comprenait pas pourquoi est-ce qu'elle s'acharnait. Pourquoi est-ce que Laura était encore là ? Ou Adam, ou encore elle. Aussi, la brune cligna plusieurs fois des yeux, son regard posé sur Sean qui tentait de changer de sujet de conversation. Personne n'a été sauvé.Les mots faisaient écho en boucle dans l'esprit de Ruby et elle nettoya son ardoise rapidement avant d'écrire.

Je te trouve un peu dur Sean. La professeur n'avait pas du tout l'intention d'alléger la conversation, elle voulait qu'il revienne sur ses propos et... dans le fond, elle voulait lui faire comprendre sa motivation et le rassurer sans doute ? Peu importe si Ruby habitait seule désormais, le Poète n'allait pas revenir, sa porte était déjà marquée d'une énorme croix rouge, il connaissait tout d'elle, ses peurs, ses rêves et il savait qu'il ne pouvait pas la faire crier. À quoi bon s'acharner ? Ruby ne prétendait pas connaitre son agresseur et encore moins cette pale version de lui qui hantait les rêves de la jeune femme parfois, mais elle avait bien compris, qu'il n'agissait pas pour la brutalité du geste. Il y avait un but, quelque chose de plus grand, quelque chose de plus beau, revenir en arrière n'aurait eu... absolument aucun sens, aucun. Ruby poussa un profond soupir, et continua d'écrire, muée par cette simple volonté de lui faire comprendre que non, il avait tort, dans un sens, elle avait été sauvée. Peut-être que c'est complètement stupide mais c'est la seule chose qui me permet de sortir de mon lit parfois. Oui j'ai des cicatrices mais je n'en aurais plus d'autres, il n'est pas venu sans prendre à Laura une nouvelle fois...

Tandis que les yeux de Sean se posaient sur l'ardoise, Ruby relut également sa phrase et elle finit par se lever, abandonnant son sandwich, n'ayant plus faim. Elle fut ravie de constater qu'il n'y avait plus qu'eux deux dans le studio de danse et que Marissa, son assistante, lui faisant au revoir d'un signe de la main, son autre main attrapant déjà son sac. Ruby aurait eu peur de la réaction de la jeune étudiante si cette dernière savait vraiment ce que Ruby pensait, personne ne savait vraiment, c'était la première fois qu'elle mettait des mots sur cette boule qu'elle avait au fin fond de l'estomac, la première fois. Désolée. La craie crissa encore une fois, Ruby mentait rarement, mais elle le fit cette fois-ci, mimant des excuses qui n'étaient pas réelles. Ce qui avait été gravé sur sa peau si, ça c'était réel, et le meurtrier n'y reviendrait pas, c'était sur et certain... Désolée je ne devrais pas dire ça, c'est horrible quand on y pense. Pas plus horrible que les meurtres de Laurel et Rose, pas plus horrible que son agression à elle. S'il y avait bien une seule chose qui dérangeait Ruby au final c'était bien que ce soit elle qui soit envie, il aurait dû se contenter de faire quelques marques sur l'abdomen de Laurel et la laisser profiter de sa vie, pareil pour Rose et tous ceux qui avaient péri... Ce hasard-là avait un goût des plus amers. Peut-être que je devrais te laisser te mettre au boulot au lieu de te déranger.  Et, se retint d'écrire Ruby, si tu as envie de faire demi tour, je comprendrai. Mais elle ne l'écrit pas, se contentant de croiser les bras sur sa poitrine et de contempler son reflet dans le miroir. Celui qui avait été sauvée.

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Sujet: Re: the thorn withinSam 13 Mai - 16:23

Aux yeux de Sean, ils attribuaient beaucoup d'intentions et de règles au Poète. Aucune confirmation n'avait été offerte, à ce jour, et si certains avaient pris ça pour des faits, se rassurant avec des codes et des règles qu'un tueur d'enfant pouvait avoir, l'ouvrier, lui, voyait plutôt ça comme une infirmation en suspens. Il s'attendait à chaque instant à ce qu'il balaye tout ce qu'ils avaient rassemblé, déduit, supposé, tout ce qu'ils avaient érigé en vérité pour s'aider à s'endormir, s'aider à se lever, s'aider à supporter le supplice de ces journées d'attente et d'incertitude où le bruissement des arbres se faisait menaçant et suspect. Que d'un coup de couteau le Poète transpercerait le masque de faux-semblants et de poudre aux yeux qu'ils avaient assemblé eux-mêmes, ravis d'avoir quelques prétextes derrière lesquels se cacher. Le brun ne parvenait pas à voir le tableau que le Poète essayait de peindre, ne parvenait pas à imaginer qu'il y avait quelque chose d'autre que des morts et quelques mots, aléatoires. Si ça n'avait rien d'aléatoire, si tout était calculé, alors pourquoi le Poète s'était-il jeté sur le premier venu lorsque Sean avait réussi à s'en défaire? Il ne pouvait pas se rassurer, il ne pouvait pas se conforter en se disant qu'il y avait un plan, une logique plus grande, bien plus grande que lui, qu'eux, parce que sa propre expérience avait été très aléatoire. Le grand calculateur s'était rabattu sur la proie la plus proche, abandonnant son trophée sans trop de résistance, ne laissant que quelques vagues bleus à l'ouvrier en cicatrice. Des hématomes si bénins qu'il aurait été bien incapable de les situer précisément, alors qu'il pouvait sans effort dessiner du doigt la cicatrice, ou plutôt la plaie encore béante, encore sanglante, que la survie avait infligé à son esprit. De cette plaie s'écoulait tout ce qu'il avait été auparavant. Sa droiture avait été pliée en deux par ses mensonges, son humour s'était asséché. Son âme suintante s'échappait en une vase visqueuse, et à la place s'incrustaient le mensonge, la culpabilité, et une lâcheté qui le rendait malade. Sean détestait ce que le Poète avait fait de lui. Tout ce qu'il pouvait faire, c'était maintenir les apparences.

En parler, c'était ouvrir la porte sur ces miroirs, sur ces miroirs déformants qui montraient la moisissure qui se développait à l'intérieur, qui affichaient la nécrose sans artifices. D'ordinaire, il évitait cette conversation comme la peste, faisant des détours, des demi-tours et traversant des murs pour ne pas avoir à mentionner le Poète. Il s'éclipsait des discussions où il était mentionné et se trouvait des choses à faire. Il avait soudain tant à dire sur le premier sujet qui lui passait par la tête qu'il en perdait le fil. Celle-là tournait bien trop près du soleil à son goût, et il pouvait sentir le regard brûlant de ce dernier traverser les couches de vêtements qu'il avait enfilées pour se protéger du froid. Ca n'avait rien de réchauffant, d'agréable, ça n'avait rien de la douceur des rais de lumière qui perçaient à travers les nuages, baignant le monde d'une douce chaleur. Non, c'était brûlant, corrosif, et il sentait sa peau se calciner, il sentait sa gorge se rétracter sur elle-même et l'odeur âcre de chair brûlée lui emplissait les narines. Ces mots étaient dangereux, d'autant plus qu'ils s'accompagnaient de pensées et d'idées que Sean passait son temps à fuir.

Ruby avait raison, il n'avait pas à s'exprimer ainsi. Il n'avait pas à prétendre comprendre ce qu'ils avaient vécu. Lui n'avait jamais été attaché à une chaise, il n'avait jamais été scarifié, on ne l'avait même pas drogué. Sa rencontre avec l'assassin n'avait pas duré plus d'une minute, deux au maximum, et il en traînait encore les marques. Il n'avait rien connu de l'agonie, il n'avait même pas eu le temps de penser qu'il allait mourir. Il n'avait pas réalisé, sur l'instant, que c'était le Poète qui s'en prenait à lui. Il n'avait compris qu'au matin, lorsqu'il s'était à nouveau hasardé chez lui, rassuré et presque serein, et qu'il avait vu les voitures de police, les banderoles jaunes délimitaient la scène de crime. Aussitôt était-il apparu qu'on l'avait questionné, et la panique lui scella les lèvres. Réfugié dans le silence, Sean n'avait rien vu ni entendu, pourtant déjà il savait, il savait que ça aurait dû être lui. Que William ne faisait pas partie du plan, qu'il avait eu le malheur d'être seul chez lui ce soir-là. L'idée d'appeler la police ne l'avait même pas effleuré alors qu'il trébuchait à travers les rues à la recherche d'un lieu habité. Il aurait pu sauver une vie, puis toutes les autres. Il aurait pu sauver Rose, il aurait dû sauver Adam. Sauver, sauver, sauver.

«No, you know what? You're right. I'm sorry. I shouldn't say that.» Il laissa ses yeux posés sur l'ardoise quelques instants de plus, agacé contre lui-même d'avoir seulement abordé le sujet. La vérité, c'était que son coeur débordait de phrases, de pensées et d'inquiétudes sur l'assassin, et les partager avec sa psychologue, ce faciès inexpressif avec lequel il n'avait pas de connexion, n'égalait pas l'idée de pouvoir en parler avec d'autres. Des gens qui pouvaient réagir, s'insurger, confirmer. Des gens qu'il appréciait, qu'il estimait. Des gens qui comprenaient, peut-être, s'il était chanceux. S'il le méritait. Ca n'était pas le cas, bien sûr, mais il caressait l'espoir. Sauf qu'il ne pouvait pas. Il était trop tard à présent, le silence s'était trop éternisé. Il s'était greffé à sa peau inviolée. Sean n'était même pas sûr qu'il saurait comment parler. Qu'il saurait comment mettre en mots tous les sentiments qui se tiraient dessus à l'intérieur, qu'il saurait comment regarder le monde en face une fois qu'il aurait mis sa plus grande honte au jour. Et son père, qui mourrait d'horreur dans son fauteuil. Non, il était trop tard. Ruby s'était levée. «Ecoute, je ne peux même pas imaginer ce que vous avez vécu. Tous. Si tu penses que ça vous a sauvés, que, d'une certaine manière, vous êtes immunisés, tu as sûrement raison. Who am I to say you're wrong?» Personne, exactement. «Don't apologise. Tout ce qu'il y a d'horrible, c'est qu'un homme puisse faire ça à d'autres êtres humains. Même s'il n'y revient pas.» Le bruit de la craie sur l'ardoise y attira de nouveau son oeil, et il constata en effet que les derniers élèves avaient quitté les lieux. Seule sa voix massacrait encore le silence. «Tu as raison, je devrais m'y mettre. Mais tu ne me déranges pas, bien au contraire.» Il se leva à son tour, reposant les restes de son repas de fortune au fond du sac. «Tu comptais rester, où tu préfères y aller et que je ferme et que je te laisse les clés quelque part?»

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Sujet: Re: the thorn withinJeu 8 Juin - 16:23

Il y aurait toujours du vent dans les arbres, toujours du vent pour venir remuer les feuilles et pour pousser le vélo de Ruby qui s’efforcer d’avancer dans Fairhope, en poussant comme elle le pouvait. Toujours du vent pour venir déranger sa chevelure et pour la contraindre à faire une pause, une petite halte dans son chemin. Toujours. C’était quelque chose que rien ni personne ne pouvait changer, que le Poète ne pouvait pas toucher et que toutes les larmes salées du monde ne pouvaient effacer. C’était une loi immuable, celle de la fatalité, celle du lendemain et qui réconfortait dans le fond la danseuse. Mais s’il n’y avait que des grandes lois à suivre alors… que restait-il pour les pauvres mortels comme eux ? Que restait-il ? Devaient-ils juste courber l’échine face aux grandes lois et ne rien faire le reste du temps, parce que c’était la meilleure chose à faire et qu’ainsi, rien ne leur retombait sur la figure ? La brune ne savait tout simplement pas, elle avait essayé de faire son bout de chemin seule, elle avait tenté de vivre parmi les ombres et de se faire oublier mais… le vrai monde ne fonctionnait pas ainsi et peu importe, il y avait toujours une autre loi qui la forçait à se retrouver mêlée au chaos. Qu’elle le veuille ou non. C’était ce qu’elle avait constaté, dans son monde fait de silence et même si elle appréciait les efforts que Sean semblait faire face à son discours désorganisé… il ne pourrait jamais comprendre. Dans le monde impitoyable de Ruby, il était malheureusement de l’autre côté de la barrière, faisait parti des autres, de ceux qui étaient normaux. Malgré sa carrure et de tout le poids qu’il semblait toujours porter sur ses épaules. La vie avait été clémente avec lui sur bien des points.

L’entendre prononcer de cette voix grave les mots que Ruby avait gravés sur son tableau semblait tellement dérisoire, preuve que encore une fois, le silence était bien plus réconfortant. It’s just… I know it sounds dumb. Elle laissa à Sean le temps de lire ses mots avant de les effacer du revers de sa main, Ruby se sentait presque coupable de tenir un tel discours. Comme si elle salissait la mémoire de Laurel, comme si elle allait rire sur leurs sépultures à tous. Mais ce n’était pas ce qu’elle souhaitait faire, loin de là. Elle avait fait de son mieux pour trouver une sorte de sens à tout cela, histoire de pouvoir se laisser glisser dans les bras de Morphée la nuit. C’était comme un poison qu’elle avait directement injecté dans ses veines, pour se convaincre que tout ça avait un sens, qu’ils ne jouaient pas, qu’ils ne dansaient pas de manière ridicule sur la limite de la vie et de la mort et que ça avait de l’importance… si seulement. Si seulement ce qu’il y avait en dehors du studio et des notes de musique n'était pas aussi cruel. If nothing means anything then what’s the point ? Maybe I should just leave Fairhope and stop expecting the police to catch this psycho. Maybe. Si elle n’était qu’un nom sur une liste, alors à quoi bon ? Autant prendre une arme, se la foutre dans la bouche et finir ce qu’il n’avait pas pu finir. Fermer la boucle, tirer un grand trait fin, écrire la fin justement et passer à un autre spectacle. Non, c’était trop horrible, trop tout et c’était une alternative qui terrifiait Ruby. Cela aurait été comme se jeter la tête la première dans un puits, tout en sachant que ni le sol ni l’eau ne viendrait et qu'il faudrait continuer de chuter, encore et encore et encore… jusqu’à quelque chose qui ressemblait à la de la délivrance ou tout simplement à de la folie.

Folle, on aurait pu qualifier Ruby de tell, elle qui s’accrochait à l'espoir éphémère du triomphe retentissant des services de police de la ville, qui allait enfin arrêter ce meurtrier et mettre fin à toutes ses interrogations silencieuses. Et encore.... si on accordait à Ruby une minute seule avec son bourreau, elle ne savait pas ce qu’elle ferait. Porterait-elle sa main contre sa joue pour lui faire ressentir une once de l'horreur qu'elle avait connu depuis ce soir là… ou ferait-elle demi-tour, contente d’avoir pu le fixer droit dans les yeux et enfin prête à passer à autre chose ? Une très bonne question qui demeurait pour le moment sans aucune réponse. It’s the only way I found to cope with everything. To tell myself that it happened for a reason, that somehow I’m better now. Marquée mais sauvée, libérée de ses chaines et libre d'avancer, mais à quel prix ? La brune poussa un soupir avant que son regard ne croise de nouveau celui de Sean. Sorry. Elle lui avait tout simplement demandé son aide et maintenant qu'elle se retrouvait à déballer son sac et à tout lui imposer. Non, Ruby ne voulait pas être de cette compagnie-là.

I should leave you to it. finit-elle par écrire rapidement avant de se redresser.

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