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 asleep wide awake

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bad blood - we live here

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Sujet: asleep wide awakeSam 3 Déc - 22:51


When the night begins to fall
I watch the shadows growing tall
Feeding my insomnia
Like a fly on the wall


décembre 2015


Il s'était réveillé désorienté, les muscles du cou tendus, la bouche sèche et incapable de différencier le haut du bas. Pourtant ça n'avait rien d'une gueule de bois. Il n'avait pas noyé la nuit dans l'alcool. Il aurait probablement dû, plutôt que de la regarder défiler, heure par heure, ratant quelques minutes de-ci de-là lorsqu'il fermait enfin les yeux pour de bon. Seulement pour les rouvrir un peu plus tard, sur la même nuit morne, sur la même vie noire. Ou peut-être que c'était l'inverse. Le temps ne lui faisait décidément pas de cadeau, il refusait d'accélérer, il refusait de le laisser oublier, il refusait de panser les plaies. Le temps oubliait de tenir ses promesses, et celles de James semblaient de plus en plus difficiles à respecter également. Les pilules fournies par le psychiatre lui faisaient constamment de l’œil, si faciles, si prometteuses. Si accessibles. Plusieurs fois il avait voulu s'en débarrasser à tout jamais, les jetant à la poubelle dans un vif accès de quoi? colère? ou plutôt de raison, une étincelle de conscience. Mais il finissait toujours par aller les rechercher, maudissant sa faiblesse dans son appartement vide.

Sauf que cette fois, il était au bureau. Le dossier ouvert d'un patient quelconque avait fait office d'oreiller, et sa tête en avait dérangé les feuillets en se redressant lourdement, ses lunettes de lecture toujours sur le bout de son nez. Erreur de débutant, il avait posé sa tête quelques secondes, juste là, juste un instant parce qu'elle pesait trop lourd, elle ne tenait plus en place, et elle allait tomber de son socle et rouler sur le sol s'il attendait quelques secondes de plus. Et il se réveillait vingt-cinq minutes plus tard, en retard et absolument pas reposé. C'était vingt-cinq minutes de retard qu'il traînerait jusqu'au soir, si toutefois elles ne se transformaient pas en trente, ou quarante minutes pour une raison ou pour une autre. Notamment, pour ne citer que cela, le nombre de fois où il demandait aux gens de se répéter ou qu'il leur posait deux fois la même question. Oh, et également le fait qu'il avait beau aller aussi vite que possible, il avait l'impression de ne pas avancer. Du tout. C'était presque s'il allait à reculons. Les mains engourdies peinaient à trouver les bonnes pages, les yeux fatigués lisaient les informations à l'envers et les oreilles inattentives laissaient passer les mots sans s'y arrêter. En un mot, il ne comprenait rien à rien, et cela faisait des heures que ça durait. Il ne pouvait pas lire plus de deux mots sans avoir besoin d'enfiler ses lunettes de lecture, ses yeux étant trop fatigués pour déchiffrer les mots qu'on leur présentait. Il ne s'en était pas servi au travail depuis des mois au moins.

James avait bien été obligé de se rendre à l'évidence: le silence imposé par le couvre-feu n'était pas la seule cause de son insomnie. Il avait tenté d'aller se coucher avant l'heure fatidique, alors que les rues vivotaient encore, les gens prenant un dernier verre à la hâte histoire d'être rentrés à temps, mais rien. Les yeux grands ouverts, des fantômes qui dansaient tout autour de lui, et le murmure de la ville qui ne les chassait pas. La raison était toute autre, et il n'arrivait pas à mettre le doigt dessus. C'était le plus enrageant. Rien de particulier, rien de grave, rien d'important n'était survenu récemment, rien de suffisamment marquant pour en perturber son sommeil. Quoi qu'il en soit, il avait rapidement réorganisé son plan de travail avant de faire entrer le patient suivant, répétant le même cycle de mauvais rhumes et de fausses alertes. C'était probablement ça. La valse ennuyeuse des pauvres quidams qui venaient chercher des soins entre les mains d'un meurtrier. Le temps passé à imaginer la vie de ceux qu'il avait laissés derrière, l'écho de verres de vin clinquant dans son appartement vide, trinquant sans lui à l'autre bout du monde, le fourmillement d'un hôpital qui n'était plus le sien, autant d'opportunités manquées et de vies que d'autres avaient sauvées. Et puis toutes ces questions que ses proches avaient dû arrêter de se poser. Il n'avait apparemment pas fui assez loin, puisqu'ils l'avaient rattrapé malgré tout, surtout malgré lui.

Un bâillement réprimé, il avait regardé le nom suivant sur l'agenda, Louise Kepner, et attrapé le dossier médical adéquat dans la pile désordonnée qui s'était formée sur son bureau. Si quiconque jetait un regard dubitatif en direction du tas de fichiers, il se défendait en prétendant qu'il savait parfaitement où tout était. Bien sûr. «Bonsoir mademoiselle Kepner, et bonsoir Louise! Comment ça se passe à l'école?» La réponse n'avait probablement pas changé depuis la dernière fois. Il s'était levé pour serrer la main de la jeune femme, avant de retomber dans sa chaise plus qu'il ne s'y était rassis. Il ne savait pas si son sourire aussi paressait aux coins de ses lèvres ou si c'était juste une impression. «Rappelez-moi pourquoi vous avez pris rendez-vous aujourd'hui?» Il détestait devoir poser ce genre de questions. Il n'avait d'ordinaire aucun mal à se souvenir de la raison pour laquelle ses patients venaient le voir, rappelant à son esprit leurs antécédents et le motif de leur visite alors qu'ils passaient la porte. C'était d'ailleurs un rien frustrant quand, à côté de ça, il n'était pas à même de se rappeler de l'endroit où il avait rangé ses clefs, son portable ou son sommeil. Mais c'était du passé, puisqu'au jour d'aujourd'hui, il n'avait aucune idée de ce que Louise et Michaela faisaient dans son bureau. Il réajusta ses lunettes de lecture, ouvrit le dossier, le parcourut des yeux. «Ah exact, on avait passé quelques examens pour vérifier que tout allait bien après un petit passage à vide, c'est ça?»

Peut-être qu'il devrait passer quelques examens aussi.
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Sujet: Re: asleep wide awakeLun 19 Déc - 21:44

Elle n’avait pas vu le temps filer. Elle qui pensait qu’elle aurait l’occasion de s’occuper d’elle une fois la rentrée scolaire passée et Louise occupée à courir après ses camarades de classe, ou à s’appliquer sur ses exercices... Micha s’était leurrée. Les jours s’étaient écoulés à une allure inquiétante, la lune succédant au soleil après quelques heures d’éclaircies seulement, le froid reprenant vite ses droits, le couvre-feu lui rappelant chaque soir que les rues de Fairhopes étaient meurtrières. Elle ne voyait pas sa fille grandir, tantôt accaparée par son travail ou par ses projets de vidéo qu’elle n’avait pas posté depuis un certain temps sur Youtube. L’envie de se montrer était pourtant peu présente ; elle aurait préféré pouvoir rester sous sa couette jusqu’à ne plus faire qu’un avec ses draps, absorbée par le tissu. La rouquine faisait donc en sorte de poster le minimum en ligne, faisant savoir à ses abonnés qu’elle était débordée mais qu’elle avait de nombreux projets qui l’aiderait sûrement dans sa carrière. Deux mois qu’elle se posait la question, et voilà qu’elle s’était enfin décidée. Une fois la nouvelle année arrivée, elle ferait ses valises, rangerait tout dans des cartons, et elle irait tenter sa chance autre part ; à Los Angeles, très probablement. Là où tout le monde rêvait, mais personne ne parvenait vraiment à décrocher les étoiles. Elle avait déjà envoyé quelques curriculum vitae à des restaurants, des cinémas ou des cafés, histoire de ne pas débarquer sans rien et au moins avoir la certitude qu’elle toucherait un salaire suffisant pour subsister à ses besoins et ceux de sa fille. Alors forcément, tout allait trop vite autour d’elle, et Micha n’aurait clairement pas été étonnée si elle s’était réveillée un matin pour fêter le quinzième anniversaire de Louise.

Il suffisait d’ailleurs d’observer l’enfant pour se demander s’il ne s’agissait pas d’un adolescente coincée dans un corps minuscule. Ne tenant plus la main de sa mère, ou rarement, elle pointait tout du doigt, jugeait les adultes du regard, grimpait seule sur les chaises pour s’installer confortablement, les bras posés sur les accoudoirs, ses pieds dépassant à peine de l’assise ; attentive. La maîtresse en avait même touché deux mots à Micha à la sortie de l’école, lui confiant que Louise ne se sentait pas particulièrement à l’aise avec les bambins de son âge, et qu’elle faisait de son mieux pour passer le plus clair de son temps avec les plus grands. Rien d’étonnant jusqu’ici, les amis de Micha n’ayant pas encore d’enfants ; Louise avait dû apprendre à s’amuser seule et à ne compter sur la présence de personne. Ou bien sur celle des adultes, dont elle avait sagement copié les habitudes et les manies, simplement pour le plaisir de paraître crédible et appuyer son intérêt pour les sujets de conversation qui étaient généralement abordés par les grands. Deux mois s’étaient évaporés depuis qu’elles avaient vu Jonathan pour la dernière fois, mais cela n’empêchait pas Louise de parler de ce que le jeune homme lui avait appris, des questions qu’elle aimerait pouvoir lui poser si sa mère la laissait au moins traverser le couloir pour aller toquer à sa porte. Enfin, il n’était pas question de tout cela aujourd'hui, pas vrai ? James ne pouvait pas avoir la preuve que sa fille avait un train d’avance, ce n’était certainement pas écrit dans son dossier ; on ne constatait pas ce genre de chose avec une simple prise de sang.

La rousse se dandina sur sa chaise, se défaisant finalement de son manteau pour mieux le laisser trainer dans son dos. Elle s’éclaircit la gorge, mal à l’aise, un peu angoissée, comme à chaque fois qu’il s’agissait de sa fille. Quelle mère ne l’était pas. Et puis, ces derniers temps, elle avait de plus en plus de difficulté à cacher les pensées qui lui traversaient l’esprit, trop marquée par l’absence de Jonathan et les mots qu’il avait prononcé avant de disparaitre. De sortir de sa vie. Pour de bon cette fois-ci, ce n’était que justice. Micha lui devait au moins ça. Le laisser tranquille, et ne plus essayer de l’accaparer, se concentrer sur Louise. Louise qui avait fait des examens de routine, mais qui devait tout de même faire face à l’expertise du médecin avant d’être mise hors de danger. Ce ne devait pas être grand chose si James ne se souvenait même plus de quoi il s’agissait. À moins qu’il n’ait pas encore eu le temps d’ouvrir le fameux dossier avant que les Kepner arrivent ? Micha n’était sûrement pas la seule dans cette fichue ville à courir après la trotteuse. « Et ? Ça donne quoi ? » La rousse ne s’était même pas rendue compte qu’elle venait de couper la parole à sa propre fille qui s’était lancée dans un laïus interminable visant à lister toutes les raisons pour lesquelles l’école était devenue son endroit préféré à Fairhope. « Moi je vais bien. », annonçât alors l’enfant, son regard accusateur planté dans celui de sa mère, visiblement bien au courant de l’état dans lequel était sa cette dernière depuis quelques semaines. Micha n’y prêta pas attention, trop occupée à se demander combien de temps elle pourrait tenir sans passer de l’autre côté du bureau pour découvrir les résultats par elle-même, ou simplement secouer James comme un prunier afin qu’il se dépêche de la rassurer. « Tout va bien, pas vrai ? Louise va bien ? » Elle ne pourrait pas survivre si son monde s’écroulait une seconde fois.

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Sujet: Re: asleep wide awakeMar 17 Jan - 1:02

«Et si on adoptait?»

L'esprit embrumé par une énième dose de morphine, la réaction de James avait manqué sa marque. Il s'était esclaffé d'un rire moqueur, ne détournant même pas l’œil de l'écran de la télévision, et était retourné à son néant intérieur. Ce n'est que lorsque le bras posé autour de ses épaules s'était retiré, et que le silence s'était fait pesant, qu'il avait tourné la tête, vaguement perturbé par le changement. «What?» avait-il lancé, un rien agacé. La réponse qu'il reçut n'en était pas une, et il n'avait pas été en état de réaliser qu'il venait mettre le bras dans un engrenage de silences exaspérés et de semi-disputes dont il ne comprenait pas l'origine, et souvent pas la fin non plus. Il venait d'enclencher la spirale de portes claquées et de soupirs qui avait conduit à son éviction de son pays natal. Ca n'était même pas que l'idée d'adopter lui était particulièrement désagréable, il ne s'imaginait simplement pas avoir l'instinct paternel, et il ne se voyait pas devoir faire de la place pour un autre être tout entier dont il faudrait prendre soin et qui prendrait de la place, sa place. Surtout pas à un point aussi crucial de sa carrière, alors qu'il prenait de l'importance et qu'il sentait un vent de promotion souffler dans sa direction. Quoi qu'il en soit, alors que son compagnon libérait de la place sur le canapé, disparaissant dans la chambre dans un «Je vais me coucher» glacial, il venait d'ouvrir la porte à tout un univers de non-dits, et il n'en avait même pas eu conscience.

Quand James avait annoncé, la voix et les mains tremblantes, le regard baissé, qu'il avait causé la mort d'une femme, il n'avait pas trouvé une once de soutien. «I told you this would happen.» Le médecin avait relevé des yeux incrédules, implorants, mais il était impossible de trouver de la force dans un regard lorsqu'on vous avait tourné le dos. C'était certainement la raison pour laquelle, alors que les griffes de la justice et de la presse menaçaient de se resserrer autour de lui, que son monde s'émiettait sous ses pas, son compagnon ne s'était pas tenu à ses côtés. L'explosion finale les avait conduits au bout de leur route, et dans un chaos de hurlements, la porte avait claqué une dernière fois. Le jour même, James empilait les premières nécessités dans une valise, et disparaissait à jamais, laissant ses clés sur la table, ses pilules à la poubelle et sa brosse à dents à sa place sur le rebord de l'évier. Il avait vite décidé qu'il n'était pas bon de se demander ce qui avait traversé l'esprit de son conjoint alors qu'il rentrait le soir même dans un appartement vide. Qu'il n'était pas sain de l'imaginer se réjouir et s'empresser de brûler ses affaires, et c'était en général assez facile de l'ignorer.

Mais il y repensait, ces derniers temps. Il y pensait la nuit, alors qu'il avait exploré toutes les pensées banales et rassurantes possibles. Ca revenait le hanter, ça résonnait dans le silence, les I told you so et toutes les expressions qu'il n'avait pas su remarquer. Tous les signes avant-coureurs qui auraient dû le mettre sur la piste, mais il était trop absorbé par son travail, par son succès, par ses cachets. Il n'avait pas remarqué qu'il était chanceux. Il y pensait là, maintenant, alors que les cernes sous ses yeux devenaient physiquement douloureuses et que rien n'arrêtait le monologue de la petite Louise. Heureusement, Michaela mit gentiment fin à son calvaire, coupant la parole à l'enfant avant qu'il ne se résolve à le faire, et le replongeant dans son travail. Il avait pour habitude de regarder consciencieusement tous les résultats d'examens avant de les ranger dans les dossiers appropriés, pour s'en imprégner, pour avoir une idée et pour pouvoir agir lorsque les choses n'allaient vraiment pas. Il n'était pas faux de dire que depuis quelques temps, il leur jetait un regard en diagonale et les classait dans le dossier approprié. Ca manquait de professionnalisme, mais il était trop fatigué pour s'en soucier. C'est donc pourquoi il découvrait le résultat en même temps que la famille qui lui faisait face.

Le silence s'éternisa quelques instant. James s'y reprit à deux fois, réajustant ses lunettes et plissant les yeux pour donner un sens à ce qu'il lisait, puis il passa une main dans ses cheveux, habitude inconsciente pour tenter de se composer et d'évacuer ses inquiétudes, ce qui expliquait généralement la coupe insensée qu'il arborait en fin de journée. C'était la partie qu'il avait toujours haïe. Annoncer aux gens qu'il y avait eu des complications, leur expliquer que leur proche ne s'en était pas sorti, leur expliquer qu'ils ne remarcheraient jamais, autant de mauvaises nouvelles qui lui pesaient sur les épaules. C'était la même chose aujourd'hui, et il annonçait des cancers à la pelle, et d'autres maladies graves dont il savait qu'elles étaient parfois incurables. Et s'il n'en était pas là à cet instant, les mots lui restaient quand même coincés en travers de la gorge. C'était toujours d'autant plus cruel lorsqu'il s'agissait d'un enfant avec toute la vie devant lui.

Il releva la tête vers Michaela, certain qu'elle avait dû mourir d'inquiétude devant la décomposition de son visage. «Hum. Je suis désolé. Les résultats ne sont pas bons. L'analyse indique un potentiel début de leucémie. On en retrouve les symptômes dans le sang.» Il prit une profonde inspiration, s'insulta pour son manque de tact, et entreprit de dévier le tir qu'il venait d'envoyer dans la direction de la jeune mère. «Il n'y a pas lieu de paniquer pour l'instant, nous devons faire des examens complémentaires qui pourront confirmer ou infirmer nos craintes. La prise de sang toute seule ne suffit pas à poser le diagnostic, et ne peut pas nous permettre d'établir le traitement. Mais ces baisses dans son système sanguin pourraient indiquer un dysfonctionnement de la moelle osseuse, qui à son tour indique une leucémie..» Il reporta son attention sur les résultats d'examen. «Le cas échéant, nous pourrons mettre en place un traitement rapidement, et ce check-up nous aura permis de nous faire gagner un temps précieux contre l'avancée de la maladie.» Il déposa ses lunettes sur le bureau et regarda la mère et la fille en face de lui. «Je vous informe du pire diagnostic pour ne pas vous prendre au dépourvu, mais une fois encore, seuls des examens plus poussés pourront nous permettre de savoir ce qu'il se passe vraiment.»

C'était aussi pour ça qu'il n'avait jamais voulu d'enfant.
A cause de tous ces parents dévastés qu'il avait eu l'occasion de rencontrer.
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Sujet: Re: asleep wide awakeJeu 9 Fév - 23:41

Il lui arrivait encore de sentir la présence de Louise au creux de son ventre. C’était rare, mais cela se produisait tout de même de temps à autre, surprenant la jeune femme qui avait bien évidemment perdu l’habitude de sentir ses entrailles se mouvoir de la sorte. Rien de rationnel, bien entendu. C’était sans doute son esprit qui analysait les choses de façon erronée et qui la ramenait quelques années en arrière, la mélancolie qui la saisissait soudainement par les hanches et qui la faisait valser à travers les souvenirs. Dès que Louise lui lâchait la main alors qu’elles s’apprêtaient à quitter un trottoir pour en rejoindre un autre, dès qu’elle apprenait qu’on avait tiré les cheveux de sa progéniture, dès qu’elle entendait sa voix se froisser ou qu’elle voyait les larmes couler sur son visage, dès que Louise tombait ou que la vie la blessait, ou bien encore quand elle posait des questions auxquelles Micha n’osait pas encore avoir de réponses, elle pouvait sentir son estomac se retourner, et sa main se plaquait instinctivement sur son abdomen, essayant vainement d’apaiser cette partie d’elle-même qui était toujours liée à sa fille. Il y avait sans doute une explication scientifique à un tel phénomène, mais aucun homme sur cette terre n’avait de temps à perdre avec une étude aussi futile. Aucun homme n’avait de temps à perdre à tenter d’expliquer ce qu’il ne pourrait jamais connaître.

Micha ne s’était jamais préparé à l’éventualité que sa propre paume ne soit plus suffisante, que la vie dans son ventre se fane tellement violemment qu’elle manquerait de plonger ses ongles dans sa propre chair pour vérifier par elle-même si quelque chose y régnait encore, autre chose que la douleur, la même qui l’avait déchirée de part en part alors que Louise avait poussé ses premiers cris. Elles s’étaient retrouvées nues, l’une contre l’autre, à bout de souffle, étouffées de vie, épuisées de naître, de n’être plus reliées, anéanties d’avoir enfin été séparées l’une de l’autre. Pourtant, si Micha l’avait gardé quelques jours de plus dans son ventre, quelques semaines ou mois supplémentaires, peut-être qu’elle aurait pu sauver sa fille du terrible destin qui l’attendait. James crachait des mots qui n’avait plus aucun goût sur ses papilles endormies par la fatalité, par la cruauté du monde qui l’entourait ; mais Micha se tenait là, sa respiration s’accélérant, sa main agrippant le tissu qui couvrait son ventre pour s’empêcher de hurler, de prendre Louise par la main et l’emmener loin d’ici, quelque part ou même la maladie ne pourrait jamais l’atteindre. La mère était paralysée, le regard de l’enfant cherchant à lire des réponses sur le visage de Micha, ne s’inquiétant pas davantage. La pauvre petite comprenait rarement les conversations des adultes, celle-ci ne faisait pas exception.

Micha faisait de son mieux pour garder son calme, maitrisant les battements de son coeur pour ne pas que tout son corps se mette à trembler, tandis que son esprit prévoyait déjà le pire, imaginant Louise dépourvue de cheveux et de sourcils, enfermée dans une chambre d’hôpital où les visites seraient réglementées, aussi souriante que d’ordinaire mais légèrement plus pâle, plus maigre. Juste un peu moins vivante, mais pas encore éteinte. Elle la voyait lutter, attendre des heures durant qu’un adulte lui explique ce qui viendrait ensuite. Elle se faisait une idée claire de ses regards, de ses petites mains encadrant son visage fatigué tandis que l'enfant s'efforçait de rassurer la mère. Louise finirait par lui promettre que tout irait pour le mieux et puis il faudrait lui choisir une jolie robe pour le jour de ses funérailles alors que Micha aurait plutôt dû être occupée à organiser son quatrième anniversaire. Il faudrait choisir un morceau, quelques notes qui viendraient frapper les murs de l’église et faire trembler le coeur de Micha, qui remuerait sa chair, qui secouerait une dernière fois ses entrailles vides. Définitivement vides.

La voix de sa fille l’obligea à tourner la tête. Ne pas tirer de conclusions trop hâtives, ne pas laisser le désespoir gagner du terrain. Rien n’était sûr pour le moment, pas vrai ? Rien n’était écrit. Louise pouvait encore s’en sortir. « C’est grave ça, la leufémie ? » Micha s’empressa de remuer la tête, assise au bord de son siège, ne réalisant même pas que son regard s’était voilé derrière les larmes discrètes qu’elle retenait en otage. « Non, ce n’est pas grave. Pas grave du tout, d’accord ? Et puis, rien n’est sûr pour le moment. Le docteur pense que ça peut être autre chose, il faudra juste qu’on vérifie, et puis il faudra prendre des médicaments, comme quand tu as un peu mal à la tête ou que tu as mal au ventre, et tout ira très bien. Même le docteur n’est pas sûr pour le moment, n’est-ce pas docteur ? » La rouquine se tourna à nouveau vers James, le suppliant du regard pour qu’il rentre dans son jeu, pour qu’il épargne sa fille encore quelques minutes, qu’il leur fasse croire qu’on ne viendrait pas les arracher l’une à l’autre une seconde fois ; sans quoi Micha ne pourrait pas survivre.

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Sujet: Re: asleep wide awakeDim 23 Avr - 16:33

Trop de vies avaient été placées entre ses mains. Des vies aussi fragiles que des brindilles, prêtes à se briser, à prendre feu, à s'envoler. Si sujettes, si ouvertes à la mort que tous ses efforts ne suffisaient pas toujours, pas assez souvent, à les empêcher de s'y perdre. Il les avait regardées, ces vies palpitantes, tenues entre ses mains, fils d'Ariane par milliers, il les avait regardées s'éteindre, devenir cendres sur ses paumes, ne survivant pas aux gelées de l'hiver, aux feux de forêts du printemps, ne survivant pas à la touffeur de l'été, ni à la décadence de l'automne. Il n'avait pas pu tous les sauver. Trop souvent il avait été contraint d'abandonner, de cesser le combat et de laisser le corps inhabité à son repos. Aucun massage cardiaque ne saurait rappeler l'âme à son enveloppe lorsque celle-ci avait quitté le port, et James en avait toujours voulu aux Dieux auxquels il ne croyait pas de les lui dérober. Avec le recul, avec la fatigue, il réalisait qu'il s'était épuisé à la tâche, s'échinant sans faillir pendant si longtemps, sans s'écouter et sans ralentir, qu'il n'était somme toute pas surprenant que l'épuisement ait fini par le rattraper. Trop de vies sans visage, de patients sans noms, sans intérêt, qui s'étaient succédé dans les lits de l'hôpital sans qu'il ne prenne la peine de les regarder. Il n'avait pas eu le temps, toujours embourbé dans une autre opération, entravé dans des gants dont la stérilité avait déteint sur lui, le privant d'empathie alors qu'il réalisait une autre prouesse scientifique.

Puis quelque chose avait changé. Il avait, de lui-même, resserré le poing autour du cœur qu'il tenait, contractant ses muscles à s'en faire blanchir les phalanges, à en faire éclater l'organe qu'ils enserraient. Soudain, sous le sang, sous les hurlements déchirés de son amant, cette femme avait eu un visage. Elle avait eu un nom, une vie, elle avait eu des déboires, des amours. Elle n'était pas qu'un corps, elle n'était pas qu'un échec, elle était un être tout aussi complexe et vivant que lui, et il l'avait tuée. Le silence s'était fait assourdissant autour de la note monocorde de l'électrocardiogramme plat, et au milieu de son delirium, James venait de se briser. En même temps que cette femme, dans la mort, prenait vie sous ses yeux, les traits de son visage devenant soudain clairs, soudain précis, il était lui-même devenu flou, s'estompant derrière le poids de cette erreur, disparaissant dans une vague de rumeurs et de murmures.

Il s'était évertué à donner des visages à ses patients après ça. Se confinant à une médecine moins pointue, à moins de stress, il avait appris à connaître ses patients, écoutant leurs déboires en se retenant de les interrompre, les interrompant avec d'autres questions lorsque le silence lui brûlait les lèvres. Naïvement, il avait pensé que ce serait moins dur. Qu'il serait plus facile de gérer la lente procession des malades tranquillement, sans la folie des hôpitaux et des blocs opératoires. Il n'avait pas pris en compte à quel point il était difficile d'annoncer une mauvaise nouvelle à quelqu'un qui avait un visage, quelqu'un dont il connaissait l'histoire. Il ne pouvait plus simplement se relever et quitter la chambre sans aucune considération, retournant au chaos organisé qu'était sa vie. Il devait regarder dans des yeux apeurés, dans des yeux qui, bientôt, perdraient tout éclat ; il devait tenir la main de ce vieillard qui avait survécu à sa famille entière lorsque enfin c'était son tour. Il devait regarder dans les yeux d'une mère à qui il annonçait l'horreur.

La surface qui arborait tous les dessins qu'on lui avait fai,t et qui le représentaient parfois, semblait soudain ridicule, elle lui abîmait l’œil alors que celui-ci s'égarait sur les arcs de cercle qui traçaient des sourires, s'arrêtait un instant sur la mauvaise orthographe et l'écriture malhabile de son nom. Son nom mensonge. A cet instant, il n'était pas sa caricature, aucun sourire disproportionné ne venait déformer son visage, aucune aura de bonhomie et de bonne santé ne traversait la pièce. Le teint pâle et les cernes trop prononcées pour être ignorées n'apparaissaient pas sur les dessins, ses sourcils d'ordinaire si mobiles n'étaient pas noués ensemble en un froncement peiné, et ses mains ne pendaient pas à ses côtés, paumes ouvertes. Non, elles s'accrochaient au bureau, elles s'accrochaient au stylo qu'elles avaient machinalement récupéré sur la table. Quel visage Louise lui dessinerait-elle si elle décidait de s'atteler à la tâche? Elle repérerait sans aucun doute l'âge qui transpirait aux coins de ses yeux, de ses lèvres, plus que d'ordinaire ; peut-être s'efforcerait-elle de retranscrire le manque d'éclat dans ses yeux, sans pour autant savoir à quoi il était dû : peut-être qu'elle saurait démontrer l'expression douloureuse que ses sourires n'arrivaient plus à chasser. James s'efforça de se redresser, de se tenir un rien plus grand, de chasser la tristesse de son regard, elle n'avait pas lieu d'être. Rien n'était fait, et il n'avait aucun droit de la condamner avant que le diagnostic soit officiel. Même après, c'était sa fatigue qui transpirait

Michaela le rappela à la réalité, celle qui n'avait pas été dessinée au feutre, celle qui ne lui rendait pas justice et qui l'exposait dans toute son impuissance, dans toute son inutilité. «Exactement, ta maman a raison.» Il s'autorisa quelques secondes de silence, le temps de s'adapter, le temps de trouver quoi dire, d'activer des mécanismes qui n'étaient pas naturels chez lui. Les rouages grincèrent, comme ils le faisaient à chaque fois, protestant contre l'effort. «On va vérifier pour être absolument sûrs de ce qu'il se passe. Une fois qu'on saura, on se reverra, et selon le résultat on pourra te donner les meilleurs médicaments pour que ça aille mieux. Il n'y a pas de quoi s'inquiéter.» Il avait souri à l'enfant, l'éclat de sa gaieté habituelle faisant une brève apparition, puis ses yeux étaient retombés sur le visage de la jeune mère, qu'il avait suivie jusqu'ici, jusqu'à cet instant. «Je vais écrire aux spécialistes pour vous éviter les délais d'attente au maximum, et nous pourrons reprendre un rendez-vous une fois que vous aurez tous les résultats pour qu'on discute de la marche à suivre. N'hésitez pas à me poser toutes les questions que vous voulez, je suis là pour ça.» Il baissa une nouvelle fois les yeux sur la feuille de résultats posée devant lui, presque pour la défier d'être si injuste, pour la mettre au défi de condamner un autre enfant, pour...

«Oh, wait.»

James cligna plusieurs fois des yeux pour tenter de rendre les images plus nettes, réajusta une énième fois ses verres de lecture, et relut la feuille. «Hang on, that's not...» La sueur glacée qui lui coula dans le dos le fit se jeter sur la pile d'examens non classés qui gisait dans un tiroir de son bureau. «I- That's the wrong paper.» Le soulagement ne fut pas immédiat, et s'il suivit la honte de très près, cette dernière prit toute la place. «Let me just-» Et il se perdit dans ses papiers, parcourant des yeux toutes les feuilles qui passaient à proximité de ses mains. Il finit par brandir la bonne réponse. «That's Louise's.» Il la parcourut rapidement des yeux, avalant les informations et s'étouffant avec.

«She's fine.»

L'erreur l'avait rattrapé.  
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Sujet: Re: asleep wide awakeLun 22 Mai - 2:29

« She's fine. »

Elle avait cessé de respirer, faisant de son mieux pour ne pas briser les phalanges de sa fille que Micha tenait fermement entre ses doigts. Elle essayait de ne pas trembler, de faire en sorte que ses lèvres ne la trahissent pas subitement, se séparant dans une plainte incontrôlée, un cri d’angoisse, un désespoir qui aurait certainement fendu les murs. Sa main libre plaquée contre son ventre, elle se demandait si sa chair n’allait pas en faire de même dans peu de temps, s’ouvrant aussi facilement que lorsqu’elle tendait ses bras vers sa fille, récupérant l’enfant pour la protéger quelques années de plus encore, pour la garder au chaud avant que la maladie ne la lui prenne. Il y avait sûrement un moyen pour rembobiner, recommencer depuis le début, l’aimer encore davantage alors que leurs deux corps ne s’étaient pas encore séparés, et s’assurer ainsi que Louise n’aurait aucune sorte de faiblesse, qu’elle pourrait vaincre tout ce qui se trouverait sur son passage. Peut-être que ce n’était pas de sa faute, mais celle du père de la petite ? Fallait-il qu’elle le retrouve, qu’elle le confronte pour lui demander ce qu’il avait fait exactement pour que l’enfant se retrouve avec une véritable épée de Damocles au-dessus de la tête ? Est-ce que c’était héréditaire d’une quelconque façon ces choses-là ? Est-ce que c’était parce qu’Andrew n’était pas resté auprès d’elles, parce qu’elle l’avait fait fuir en décidant de garder leur fille ? Il y avait forcément une explication rationnelle et logique à tout ceci, ce n’était pas possible autrement. Micha ne l’acceptait tout simplement pas.

« She's fine. »

Mais elle ne l’avait pas entendu, trop concentrée sur l’avenir incertain de sa fille. D’autres tests, des examens, des traitements, des journées entières à l’hôpital, ou des mois sans doute. Des piqûres, des pansements, des pleurs, des prises de sang, des radios, des angoisses, des médecins vêtus de blanc, des infirmières, des machines, d’autres seringues, des craintes. De longues heures d’attente, des résultats incompréhensibles, des mauvaises nouvelles, des larmes sur les joues de sa fille, des dessins accrochés sur les murs de sa chambre d’hôpital. Des camarades de classe apeurés, inquiets, quelques parents présents pour venir soutenir Micha et apaiser sa peine. Des appels, des visites, des rendez-vous, des tests, des résultats, et ainsi de suite. Une boucle, un cercle vicieux, tellement vicieux qu’elle en était vissée sur son siège, incapable de rester positive quand tout présageait le pire. Et tous ces soins allaient engager des frais, des successions de chiffres interminables qui allaient lui donner le vertige, des nombres à n’en plus finir qui n’auraient plus aucun sens après un certain temps, qu’elle ne consulterait même plus. Perdues pour perdues, autant qu’elles le soient pour de bon, et elles n’avaient clairement pas les moyens de tomber malade, l’une comme l’autre. Mais ça, c’était un autre problème, c’était uniquement celui de Micha, et tant pis si elle devait s’endetter, finir à la rue ou dans un centre d’accueil ou n’importe quoi d’autre. Du moment que Louise se tenait sur ses deux jambes, aussi fière et souriante que d’ordinaire.

« She's fine. »

La petite secoua la main de sa mère. « He said I was fine. » Micha croisa le regard de sa fille, s’efforçant de sourire pour faire croire que tout allait pour le mieux. « It was just a mistake, I’m fine. Can we go for ice cream now ? » Interdite, l’adulte se concentra à nouveau sur le médecin, fronçant les sourcils, réalisant maintenant ce qu’il venait effectivement de dire alors qu’elle était perdue, noyée dans ses pensées. « A mistake ? », répéta Micha sur un ton beaucoup plus dur et moins naïf que celui de sa fille. « How can you possibly… » Elle inspira profondément histoire de se retenir de proférer une avalanche d’insultes à l’égard du médecin, visiblement déjà dépassé par les évènements. « I think we’re gonna go before I say anything I might regret. » Pas question de donner un mauvais exemple à Louise. « Or before I make you eat all your papers one by one. » Non, rester calme. « Come on Louise, put your coat on. Let’s go get that ice cream. » Sa voix tremblait encore. Elle tremblerait jusqu’à ce que cette conversation ne soit plus qu’un mauvais souvenir.

_________________

there's nothing i wouldn't give just to be by her side. there's nothing i wouldn't take just to keep her safe at night. she's perfectly amazing, amazingly perfect. she's my everything, my greatest strength.

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Sujet: Re: asleep wide awakeVen 23 Juin - 10:00

Quels paysages d'horreur s'étaient dessinés dans l'esprit de la jeune mère? Elle avait dû se perdre dans des forêts de petits bras percés d'aiguilles, de joues rondes trop pâles et bordées de cernes, dans des labyrinthes de couloirs d'hôpital où mille spécialistes défilaient tous les jours, leurs visages immunisés contre les larmes et les inquiétudes qui se répondaient d'un bout à l'autre du service, d'autres parents éplorés ou apeurés qui n'arrivaient pas à se consoler et des toux d'enfants qui marquaient les secondes. Elle avait peut-être trempé les pieds dans la mer de larmes qui couleraient aux coins des yeux de sa fille, de ses propres yeux. Les défilés d'infirmières, les montagnes de paperasse, les caves de désespoir creusées à même la roche où elle viendrait se réfugier. Un nouveau pays de cauchemars, d'où il était si difficile de partir et où tant d'autres s'étaient échoués avant elles. Mais elle n'y était restée que quelques instants, quelques minutes qui, certes, avaient été suffisantes pour qu'elle entrevoie le pire, mais qui n'auraient que le goût désagréable d'un mauvais souvenir dans quelques heures, ou peut-être jours. Pour l'instant, bien sûr, c'était inacceptable. C'était abominable, et James sentait la honte qui le submergeait et le réduisait au silence alors qu'il aurait voulu se confondre en excuses. Enterrer ces quelques phrases sous mille autres en espérant que personne n'y prête plus attention.

Il était trop fatigué pour ça, trop las et désabusé par ses propres erreurs et son propre dysfonctionnement pour faire cet effort. Il se contenta de trouver refuge dans l'étude consciencieuse des résultats qu'il avait si peu regardés auparavant, presque inquiet de s'être trompé une fois encore. Presque désireux de trouver quelque chose d'encore mieux que la bonne santé, de trouver perdue sur les pages la certitude que Louise Kepner ne souffrirait jamais d'une telle maladie, qu'elle y était immunisée pour une raison inconnue. Mais il n'y avait rien d'autre que la normalité absolue, et il lui fallut bientôt relever les yeux, ne serait-ce que pour chasser le mal de crâne qu'être concentré lui causait. Tant que les erreurs avaient été bénignes, comme écrire les mauvaises dates sur les ordonnances, comme appeler les patients par le nom de leurs parents, frères ou sœurs, tant qu'il ne s'agissait que de leur demander trois fois pourquoi ils étaient là, déjà, c'était encore acceptable. Là, il venait de basculer dans le domaine de l'inacceptable. Et s'il ne s'en était pas aperçu, et qu'ils avaient fait mille autres tests, sans raison? Si ç'avait été à l'autre enfant, aux autres parents qu'il avait annoncé que tout allait bien, quelques instants avant de réduire leur monde en cendres?

C'était peut-être un peu ironique que James, en tant que professionnel de santé, ait si peu d'égard pour ce que son corps tentait de lui dire. A chaque fois, il ignorait les messages, les suppliques et les appels à l'aide qu'il recevait. Après tout, il suffisait de s'accrocher, il suffisait de faire la sourde oreille et, à coup sûr, les problèmes se résoudraient d'eux-mêmes, lassés d'être délaissés et laissés pour compte, d'être réduits à de simples nuisances que le temps ferait disparaître. Alors James continuait, il refusait de ralentir, et auparavant apaisait des douleurs fantômes avec plus de cachets, aujourd'hui chassait l'épuisement avec plus de café. Ça ne suffisait pas pourtant, et une fois encore les conséquences venaient de le rattraper. Cette fois, elles s'étaient installées dans le regard de la jeune mère qui lui brûlait la peau quand elle le posait sur lui et qu'elle comprenait enfin ce qu'il avait dit.

«I'm sorry...» Il n'avait rien d'autre à dire, à voix basse. Rien d'autre à faire que les regarder s'en aller en acceptant les injures que Michaela ne prononcerait pas, en se doutant qu'elles ne reviendraient probablement pas se faire soigner dans son cabinet. Il ne pouvait que se remettre en question, enfin, trop tard, comme toujours. Il était évidemment dangereux de continuer à pratiquer tant qu'il était aussi instable, tant que les erreurs risquaient de s'accumuler et de s'accrocher à ses pas, autant de boulets que d'autres porteraient pour lui. Il ne se souvenait pas de l'instance qui aurait dû lui faire prendre la même décision, cinq ans plus tôt. Il ne se souvenait pas de la petite erreur encore bénigne qui aurait dû être le signe qu'il était temps de réagir, de prendre du recul. Il ne se souvenait que du résultat final et de toutes ses conséquences. Il allait devoir fermer boutique, annuler les jours à venir et tout mettre en œuvre pour s'endormir. D'ordinaire, il raccompagnait ses patients à la porte, leur souhaitait la bonne journée et appelait le patient suivant.

Aujourd'hui, il resta assis là, vaincu.
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