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 bottoms up, heads down

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◆ Manuscrits : 2366
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Sujet: bottoms up, heads downMar 6 Déc - 4:20

bottoms up, heads down



Décembre 2015

"Bad day ?"

Jesse avait esquissé un sourire en entendant la voix grave de Denis ce matin-là. Pour beacoup, Jesse venait juste de passer les portes de la station de police, café à la main et les sourcils déjà froncés. La routine. La vie chiante à Fairhope. Le froid qui s'insinuait partout et qui faisait fi des couches de vêtements juste pour venir glacer les os. Juste. Mais non, il y avait plus que d'ordinaire, plus que la barbe de trois jours de Jesse. Aussi, il haussa les épaules et il se racla la gorge avant d'articuler un : "Nope. Bad life." pour ensuite se diriger vers son sa chaise de bureau. La tension dans ses épaules indiquait que la conversation était déjà terminée et ce fut probablement le bleu froid de ses yeux qui dissuada Denis d'insister et de demander. De poster l'inévitable question.

Est-ce que ça va ?

Jesse lui aurait ri au nez avant de plonger la tête dans l'épais brouillard qu'était sa vie. Ce qui avait semblé certain s'effaçait, les ports d'attaches se fermaient, on coulait, on criait, on s'époumonait et lui ne trouait rien de mieux à faire que de cligner des yeux. Respirer était douloureux parfois; sa cage thoracique s'enfonçaient dans sa chair pour le réveiller. Ses poumons semblaient s'apaiser près d'Adam, quand il était dans les pas du blond, il y avait un certain sens et il se montrait sous son meilleur jour. Il laissait les regards coupables glisser sur lui, s'excusait silencieusement, cherchait la main de l'autre homme, cherchait les cicatrices qui s'étaient déjà effacées et le tirait contre lui, l'embrassait pour ne pas couler lui aussi. Il n'y avait qu'Adam qui faisait sens et Jesse se demandait pourquoi est-ce qu'il ne l'avait pas encore emmené loin de Fairhope, loin de la peine et des regrets, là où ils pouvaient être heureux. C'était une possibilité, fuir à deux, se libérer et mourir. Mais non, ils étaient là, ils se battaient, ils vivaient.

Alors Jesse s'accrochait, vivait avec le blond, Willow, Chloé et se laisser happer par la routine au lieu de penser. Il rendait visite à son père de temps en temps. L'état de James s'était empiré, désormais, il ne reconnaissait plus Jesse. Il était persuadé que sa progéniture faisait parti du défilé quotidien de médecin et d'infirmiers. Et jamais Jesse n'aurait pensé que tomber dans l'anonymat le blesse autant. Il voulait saisir le vieil homme par ses deux frêles épaules et le secouer, le forcer à se rappeler, à se rappeler des coups, des insultes, du whisky et de toutes les horreurs qui avaient laissé des marques invisibles sur la peau pas assez claire de Jesse. Non, il n'avait pas le droit d'oublier, pas le droit d'être libéré, pas lui le bourreau. Jesse avait même été jusqu'à lui ramener des photos de famille, les rares qui existaient des Mahoney, sa mère était enceinte de lui sur les clichés, l'ombre d'un sourire sur ses lèvres tandis que James serrait dans ses bras celle qui allait l'abandonner dans quelques années.

"Ce n'est plus qu'une question de mois Jesse, est-ce que vous avez songé à comment votre père partira ?"

Le médecin lui avait donné la nausée avec sa question. Incapable de répondre, Jesse s'était contenté de faire demi-tour. Roulant vite et sursautant à chaque fois qu'il devait faire un pause. Il n'y aurait absolument rien quand James s'éteindrait, absolument rien...

La tête de Jesse allait exploser. Il laissa Denis faire la conversation une grande partie de la journée, un noeud indescriptible coincé dans la gorge. Il se contenta de quelques hochement de tête et regarda les heures défiler comme si l'arrivée de la nuit allait le délivrer. Comme si. Jesse n'y croyait pas, encore moins quand il s'extirpa de son uniforme, les épaules lourdes. Ce qu'il voulait c'était... c'était faire taire son cerveau, oublier le poids de la gravité, ses pieds sur le sol, le fait qu'il pouvait saigner, vivre, respirer; il voulait s'asseoir la bouche grande ouverte, sans peur et sans reproche, sans aucune honte et sans culpabilité. Juste un corps qui ne cherchait rien d'autre qu'un espace pour exister. Dans sa torpeur, désespéré et affamé pour une soif de vivre que personne ne pourrait lui redonner, il envoya un sms à Millie, son esprit ayant dérivé sur la dernière fois qu'il l'avait encore aperçue dans le commissariat, un air qui s'apparentait juste à de la détermination sur le visage. "I feel like giving tequila another chance are you in ?" Sans attendre une véritable réponse, il laissa ses pieds le porter jusqu'au bar d'Adam, avant que le couvre feu n'oblige tout le monde à déserter les lieux. Pas bon pour le business c'était certain, mais au moins le bar était rempli dès dix sept heures, à croire que tout le monde voulait un peu de chaleur humaine. Tout ce que Jesse voulait c'était une bonne bière et il laissa le liquide ambré lui rouler sur la gorge comme si... comme si c'était la bonne solution. Mais c'était un bon début pour lui qui ne voulait pas penser. Il en était à sa troisième bière quand il considéra quelque chose de plus fort et qu'il aperçut une tignasse blonde bien particulière.

"Don't say it, I look like shit, I know."  lança Jesse en guise de bonsoir, un maigre sourire sur le visage.

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Sujet: Re: bottoms up, heads downMer 7 Déc - 10:34

Le bruit d’une craie qu’on abat sur un tableau noir dérangea la quiétude retombée dans les couloirs de l’école primaire de Fairhope. Mais depuis le meurtre de Rose, la paix n’existait plus tout à fait entre ses murs. Millie, plus que n’importe qui, le ressentait quotidiennement : tous les matins au réveil, un poids venait entraver son cœur, et enrayer ses poumons. Sa classe, qu’elle avait toujours entretenue pour lui donner l’apparence d’un cocon douillet, lui semblait si peu chaleureuse depuis la reprise des cours – et qu’importe son état d’esprit du jour, son regard finissait toujours par faire des embardées discrètes vers le coin où elle avait découvert le corps de la petite-fille, attirant ses pensées comme un aimant attire les métaux. Malgré tous ses efforts pour ne pas se laisser submerger par ce qu’il s’était passé au cours des derniers mois, il y avait tout de même des moments où elle ressentait la pression peser sur ses épaules, et où la bonne humeur qu’elle revêtait, comme on revêt un manteau d’hiver pour mieux se protéger du froid, l’étouffait avec tellement de force qu’elle se surprenait à haleter, les mains sur la poitrine, et les yeux fermés.

Outre le cirque médiatique qui lui était tombée dessus sans prévenir, il avait fallu qu’elle ajoute à sa malchance l’annulation de ses fiançailles, sonnant ainsi son retour à une vie de solitude – une vie de solitude au milieu de laquelle elle ne s’était plus promenée depuis bien longtemps. Andy avait ses raisons, elle avait su les accepter à défaut de les comprendre. Même si elle continuait à porter la bague de fiançailles qu’il lui avait offerte en guise de promesse, elle s’était fait une raison. Elle le savait : l’amitié était un serment bien hypocrite à l’issue d’une rupture-surprise comme la leur. Se quitter en s’aimant toujours, c’était douloureux. Pourtant, Amelia s’appliquait à entretenir des rapports on ne peut plus cordiaux avec son ex-fiancé – et peut-être que garder cet anneau à son doigt était le signe qu’elle y croyait encore. Le reflet de la petite pierre la déconcentrait parfois, la poussant à se demander s’il ne serait pas plus sage de la remettre à son propriétaire, pour définitivement sceller le choix qu’il avait fait à sa place. Ce soir-là encore une fois, la réflexion de sa bague sur le tableau noir lui fit marquer un temps, lorsque la voix du concierge de l’école s’éleva derrière elle.

« Millie, vous allez avoir des problèmes. » Elle fit un bond, refermant instinctivement la main sur sa craie qu’elle cassa en deux sans le voir venir. Sa réponse sortit naturellement de sa bouche, un sourire en coin dessinant une fossette au creux de sa joue rehaussée d’un subtil coup de blush « Vous avez raison, j’en ai déjà bien assez. » Elle se pencha pour récupérer sa craie cassée, et s’éloigna du tableau sur lequel elle posa une attention démesurée.

Après la classe, elle avait sorti le registre de ses élèves à l’intérieur duquel elle gardait toutes leurs informations personnelles, et honora son rituel en vérifiant consciencieusement si l’un d’entre eux ne fêtait pas son anniversaire le lendemain. Son sourire irradia lorsqu’elle nota que Jimmy Peters soufflerait ses bougies, et s’activa pour lui préparer un message d’accueil digne d’un onzième anniversaire. Il aimait le ciel et les étoiles, aussi s’était-elle employée à reproduire la constellation de son horoscope, et ajouta quelques étoiles imagées, éclatantes sur le fond noir du tableau qui avait crissé sous ses dessins et ses changements de couleurs. C’était ce qui avait dû interpeller Nate, le concierge. Contentée par son travail, Millie jeta ensuite un œil par la fenêtre de sa classe, Nate flanqué à l’embrasure de la porte. Dehors, il faisait déjà sombre. La nuit tombait vite en décembre, forçant les habitants de Fairhope à vérifier l’heure pour respecter le couvre-feu ; pas Amelia. Elle se savait menacée par la surveillance des autorités, bonne coupable dans la série de meurtres qui avait révélé sa ville natale au monde entier, mais elle s’obstinait à rentrer tard – parce que son appartement était une boîte à souvenirs, et qu’elle préférait être partout, plutôt que dans son lit à ressasser les nuits qu’elle y avait passées avec Andreas. Elle soupira lourdement, et doucement, se détourna pour larguer sa craie avec les autres.

« Vous devriez rentrer maintenant, ils prévoient du verglas. » Elle opina du chef face aux recommandations de Nate, et rassembla ses affaires avant d’enfiler son manteau. Dans sa poche, son téléphone portable vibra, et pendant qu’elle se dirigeait vers la sortie, elle posa une main sur l’épaule du concierge en lui disant dans un sourire tendre « Je vous retourne le conseil. A demain, et faites attention à vous, Nate. » Il lui répondit avec un clin d’œil, ne la lâchant pas des yeux jusqu’à ce qu’elle franchisse la volée d’escaliers au bout du couloir. Il couva du regard son profil éclairé par la lumière de son mobile, alors qu’elle tapait frénétiquement sur son écran : « You made me sound like a total alcoholic. BUT YEAHHH TEQUILA! » Nate l’ignorait, mais elle était bien loin de rentrer chez elle.

****

« Ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit, mon petit. » répondit-elle à Jesse après lui avoir déposé un baiser sur la joue. Elle lourda son manteau et son sac sur son tabouret haut, et s’y installa en poussant un très long soupir. Furtivement, elle se tint la tête entre les mains ; puis brusquement, elle se redressa. De son regard de suspicion, Amelia étudia scrupuleusement toute la longueur du bar où aucune trace de tequila n’était à enregistrer « OK, loin de moi l'idée de me joindre à l’ambiance générale et de tomber dans l’incrimination malhonnête, mais : tu m’as promis de la tequila, et… » Elle leva les mains devant elle, comme un voleur prit sur le fait. Haussant très haut les sourcils en reculant très légèrement la tête, le menton rentré, elle chuchota avec indignation « Elle est où cette tequila ? »
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Sujet: Re: bottoms up, heads downMer 21 Déc - 23:16

Parfois, Jesse aurait voulu se glisser dans la peau de quelqu'un d’autre. Juste pour quelques minutes, une journée, histoire d'oublier sa propre existence et ses problèmes. Il ne refusait pas la banalité et les contre-coups du quotidien, bien au contraire, ça, il les avait acceptés depuis longtemps. Il voulait juste vivre une expérience différente et voir, comprendre le monde, avec une nouvelle peau sur laquelle sentir le vent, des nouveaux yeux pour observer toutes les étoiles dans le ciel la nuit et un nouveau coeur qui pouvait battre lentement facilement. Un nouveau coeur qui n'aurait pas encore été blessé ou malmené.

Juste une toute petite journée, dans une vie tranquille, une vie normale et non marquée, pour voir quel était cet amour dont les gens parlaient tant. Avoir un père, une mère, grandir avec des rêves plein la tête et quitter sa ville natale pour aller les réaliser. Tomber amoureux, une fois, deux fois, être fier, être content et s'oublier dans les bras d'un ou d'une autre, le présenter à sa famille, avoir les premières disputes, stresser pour la fac, pour les factures et continuer d’avancer, de foncer. Avoir un boulot qui payait bien plus que le loyer, qui était stimulant, qui permettait de garder les pieds sur terre. Se marier, avoir des enfants, et leur raconter ses propres histoires en les transformant soudainement en contes d'une autre vie et en véritables leçons. Si seulement, si seulement on pouvait lui donner une journée pour vivre la vie de quelqu'un d’autre, il finirait par ré-intégrer sa propre enveloppe charnelle avec des vraies conclusions.
Mais non, Jesse était là, contraint sur la terre ferme, enfermé dans ses propres épaules trop lourdes et il avait envie d'ouvrir la bouche et de laisser échapper sa frustration sauf qu’il ne le faisait pas. Il avait pris l'habitude de se taire depuis trop longtemps, alors le silence était tout ce qui lui restait. Pour faire passer la peine, la colère et n'importe quelle émotion qui venait déranger un peu trop souvent son coeur.

« Petit n'est pas vraiment l'adjectif que j’utiliserai pour me décrire mais soit. » marmonna l’officier de police, un sourcil dressé à l’intention de Millie. Il ne s’attendait pas à ce l’enseignante vienne, le couvre-feu, la vraie vie, les problèmes tout ça… Elle avait sûrement mieux à faire, ou alors, elle aussi, elle voulait oublier, elle aussi en avait marre de tout. Jesse repensa à la dernière fois qu’il l’avait vue dans la salle d’attente du commissariat, elle ne paraissait même plus effrayée, ce qui en disait long sur le nombre d’heures qu’elle avait passé là, trop pour être un minimum raisonnable. Un fin sourire se dessina sur le visage du métis alors que la blonde lui faisait remarquer l’absence plus que notable de la tequila. « Ne bouge pas, je reviens. » Il finit par s’extirper de la chaise sur laquelle il était vissé depuis quelques minutes pour se diriger vers le comptoir. Il capta d’un simple hochement de tête le regard d’Adam et il croisa les bras sur le comptoir pour commander. Peut-être que ce n’était pas raisonnable de consommer de l’alcool aussi fort à cette heure de la journée mais ils devraient être des adultes responsables dans quelques heures et regagner leur demeure alors… autant ne pas se mettre à compter maintenant. Surtout que Jesse comme Amelia tenait très bien à l’alcool alors ce n’était pas pour se laisser démonter par quelques shooters. Jesse se pencha sur le comptoir pour déposer un baiser au coin des lèvres du blond et il s’empara du plateau que venait de lui tendre Adam pour revenir vers Millie.

« Et voilà, c’est assez pour toi ? » demanda t-il en pointant les dix shots désormais posés devant eux. Il avait une petite lueur de défi au fond du regard, comme si le Jesse qui était d’ordinaire joueur et fêtard se trouvait encore là quelque part, et il s’empara d’un des verres et le porta à ses lèvres et le vida rapidement. Il eut une légère grimace, cela faisait longtemps qu’il ne s’était pas livré à ce genre d’activité mine de rien et finit par se rasseoir. « Je pense que ça sera suffisant pour oublier nos problèmes. Et pitié ne me demande pas comment je vais, je pense que tu l'auras vite compris. » No small talk, please. Jesse préférait à ce qu’ils coupent court, quitte à se plonger dans le silence caractéristique qui accompagnait les mauvais buveurs. Ou alors les meilleurs buveurs, c’était souvent difficile à définir et plus il y réfléchissait, plus il se disait que ces gens-là avaient de la chance. « Et toi alors ? Pourquoi tu as répondu à mon … appel au secours je dirai. Faute de meilleurs termes, hmm… On t’embête toujours à l’école ? »

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Sujet: Re: bottoms up, heads downMer 28 Déc - 12:38

Une esclaffade goguenarde plus tard, Millie se délesta de son cardigan fleuri. Le faisant glisser de ses épaules dans une danse bondissante, les fesses vissées sur son siège en cuir confortable, elle dégagea son visage anguleux de ses longs cheveux blonds, savourant l’atmosphère tiède, mais non moins rassurante, du Vanilla Palace. Elle soupira de contentement, et dans un même temps, suivit attentivement Jesse du regard, tandis qu’il s’échappait de leur table dans l’idée d’aller chercher ce pour quoi elle était venue le rejoindre. Posant un coude sur le bord de la table, elle tourna complètement la tête pour l’observer plus cérémonieusement, et au milieu de la courte course qu’il effectua à distance, elle ressentit l’envie irrépressible de lui pincer les joues pour le faire sourire de bon cœur. Lors de son arrivée, elle s’était peut-être montrée magnanime en refusant de se joindre à son autocritique, mais en secret, elle ne pouvait qu’acquiescer : même de loin, le policier avait une mine épouvantable.

Jesse et Amelia n’avaient pas la même personnalité. Si elle s’était faite à celle de son sauveteur attitré, et à ses yeux d’un bleu translucide, il lui arrivait toutefois de regretter l’enfant qu’il avait été. Et parfois même de regretter leur enfance, tout simplement. Là, leurs problèmes ne se comptaient que sur les doigts d’une seule main, et les sourires qu’elle distribuait à tour de bras n’étaient pas une arme contre les attaques incessantes dont on l’allouait : ils étaient sincères. Millie chérissait de plus en plus cette époque, et ce, même si à cette période non plus, ça n’avait pas toujours été facile pour elle. Considérée par beaucoup comme une menteuse pathologique, elle ne s’était pas fait que des amis à l’école – elle n’en avait jamais eu en réalité, à l’exception de Jesse qui avait pris sa mission à bras-le-corps, ne cessant de la défendre depuis leur rencontre, pas loin de vingt ans plus tôt. Chahutée, Amelia s’était souvent retrouvée seule, au point qu’elle avait ressenti le besoin de se créer son monde à elle, jusqu’à ce que ses parents l’emmènent voir un pédopsychiatre, inquiets à propos de la propension de leur fille à tout arranger à sa sauce. Le diagnostic avait été sans appel, et on leur avait conseillé de se montrer plus vigilants au besoin d’attention de Millie. Ce n’était pas plus grave que ça, et à partir de cet instant, couvée par sa mère, elle n’avait plus posé aucun problème. En y pensant, c’était tout à fait ironique qu’une enfant requérant autant d’attention vive aussi mal celle qu’on lui accordait depuis maintenant quatre ans. Et pourtant, c’était devenu si pesant.

Amelia détourna pudiquement la tête lorsque Jesse échangea un baiser avec Adam. Son estomac se tordit douloureusement, et l’éclat de sa bague de fiançailles se rappela à elle. Andreas lui manquait tellement. Leur rupture l’avait replongée dans la solitude, et son inconscient la mettait régulièrement en garde sur les erreurs que ça pourrait lui faire commettre. Néanmoins, elle laissa apparaître un grand sourire, toutes dents éclatantes, au moment où le jeune homme la rejoignit avec un plateau de shooters qui lui fit écarquiller les yeux de convoitise. De nouveau, elle se dandina sur sa chaise en répondant au défi à peine dissimulé de son camarade de beuverie :

« Laisse-moi terminer ceux-là avant de me prononcer, OK ? » Sans attendre son reste, elle s’empara d’un des petits verres qu’elle porta immédiatement à ses lèvres pour le dévaler d’une traite. Elle fit exactement la même grimace que Jesse, puis reposa vivement, et à l’envers, le verre à côté du plateau. Elle pointa un doigt dans sa direction « Je ne te demande pas comment tu vas, si tu ne me demandes pas comment je vais, ou comment ça se passe à l’école. » Trop tard. Elle leva un sourcil en accent circonflexe, et posa ses deux mains à plat sur la table en empruntant une expression de conspiratrice.

A la recherche d’un gage à donner à son interlocuteur, elle se creusa les méninges, mais son attention fût happée par sa bague de fiançailles dont la couleur pure et l’éclat tranchaient avec la matière moins noble de la table sur laquelle ses mains délicates étaient posées. Elle retint brusquement sa respiration, et secouant la tête comme pour reprendre ses esprits, elle s’empara de nouveau d’un verre qu’elle vida et qu’elle reposa aussi rapidement. Elle laissa le temps à la tequila de s’écouler dans sa gorge, sentant le regard de Jesse sur elle, puis elle claqua la langue contre son palais avant de lui avouer :

« Andy est parti. » Elle se redressa en agitant la tête de droite à gauche, défaisant progressivement le bon maintien de ses cheveux qui s’échappèrent de derrière ses oreilles « Mais ça va, on est restés amis ! » Elle réentendit Andy lui dire qu’il ne s’imaginait pas vivre sans l’avoir à ses côtés, tandis qu’elle se demandait pourquoi il s’échinait à rompre leurs fiançailles dans ce cas. Elle cligna des yeux, revenant au moment présent, et sentit les larmes gonfler au ras de ses cils. Millie baissa la tête un court instant pour inspirer profondément. Puis tachant de rester maîtresse d’elle-même, elle leva sa main gauche devant elle, la présentant de façon à ce que sa bague soit ostensiblement visible. Elle releva le menton avec un sourire mi-figue mi-raisin « Je ne sais pas quoi en faire. »
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Sujet: Re: bottoms up, heads downDim 1 Jan - 21:37

« … On va vite faire le tour de nos potentiels sujets de conversation, je tiens à le dire. » avait tout simplement fait remarquer le policier avant d’hausser les épaules. Il était risible de l’entendre dire cela, surtout quand on savait à quel point il détestait parler de lui. Jesse n’aimait pas particulièrement être le centre de l’attention, chose qui n’était pas rendu particulièrement facile par son physique. Là encore, le métis n’était pas de ceux qui s’envoyaient des fleurs, au contraire. Plusieurs fois, il avait vu Adam rouler des yeux alors que Jesse se qualifiait de normal ou quelconque. Un fait qu’il préférait ne pas relever et changer le sujet de la conversation à chaque fois que son physique était ramené sur le tapis. Non pas que son caractère soit particulièrement facile. Non. Le métis s’était forgé une épaisse carapace au fil des années et y pénétrer relevait du miracle et même Adam s’était déjà abimé quelques membres à force d’essayer de le comprendre. Le jeune homme ne faisait pas exprès, c’était des années d’habitude, des années passées sur la touche à se dire qu’un jour tout irait mieux.

Jesse se rassurait encore aujourd'hui, maintenant qu’il était un grand homme qu'il approchait de la trentaine. C’était sans doute ridicule mais tant pis. Il ne savait pas comment faisait les autres adultes, lui était complètement perdu, bien content qu’Adam lui ait pardonné, sinon il aurait été incapable d’avancer et de continuer. Continuer la mascarade du quotidien, de la vie de tous les jours, celle qui voulait qu’on se lève et qu’on continue d’essayer, d’espérer. Même le plus travaillé des numéros finissait par avoir des allures de raté à force. Jesse savait que Millie comprendrait ce qu’il voulait dire, ou du moins elle ferait très bien semblant et ne lui poserait pas des questions inutiles. La dernière chose qu’il voulait c’était s’épancher sur ce qu’il ressentait vraiment. Surtout que Jesse détestait être dans cet état, cette espèce de latence durant laquelle il ne pouvait rien faire à part attendre que son humeur soit bien meilleure. C’était ridicule et s’il avait pu, il se serait lui-même donné des gifles. Mais inutile de s’apitoyer sur son sort, pas vrai ? Il y avait des gens qui avaient une existence mille fois pire que la sienne, pas de doute là dessus.

Jesse observa donc Millie vider son verre en espérant qu’elle offrirait une distraction suffisante. Peut-être que c’était horrible de penser à une amie de la sorte, mais il ne lui restait plus grand chose. Écouter quelqu’un d’autre vider son sac l’aiderait peut-être… ou au moins la quantité d’alcool qui était devant eux servirait à quelque chose. Il fronça les sourcils quand elle lui annonça le départ de son fiancé et automatiquement, comme Millie d’ailleurs, son regard tomba sur la bague qu’elle portait toujours. Jesse n’avait jamais posé la question mais pour lui, elle était heureuse en couple et en train de planifier son mariage. Le métis avait naïvement pensé que même si cette sombre affaire de meurtres avait tachée une partie de sa vie, il lui restait quelque chose. Visiblement pas. Il resta interdit devant le sourire de Millie, incapable de lui fournir une réponse satisfaisante. « You’re asking me for dating advices ? Wrong door sweetie, and I do mean it. » Jesse avait probablement fait plus de mal que de bien à Adam, il savait qu'il avait blessé le blond trop de fois, et la plupart du temps, c’était parce qu’il n’arrivait pas à mettre son propre ego de côté. Oui, il aimait le blond, probablement plus qu’il ne pourrait jamais lui dire ou lui montrer. Mais si Jesse avait bien compris quelque chose au fil de ces dernières années, c’était qu’aimer quelqu’un ne justifiait pas tout. Justement, c’était parce qu’on aimait quelqu’un qu’on pouvait être le plus capable de blesser cette personne, plus que quiconque et parfois les cicatrices étaient là pour la vie.

« Je sais pas, vends-la… ou alors tu peux juste lui rendre en lui disant d’aller se faire foutre. » Jesse eut un sourire stupide à ces mots-là et il leva un nouveau verre, sûrement à la santé d’Andreas et il le vida tout aussi rapidement que le premier. « Parce que le célèbre on reste amis ne marche absolument pas. » ajouta t-il sur un ton qui se voulait plus grave la seconde d’après. Millie ne lui avait certainement pas demandé son avis mais il allait le donner quand même, il semblait bien qu'il était incapable d’arrêter de parler à présent. « Ca va se passer très simplement. L’un d’entre vous va passer à autre chose avant l’autre, rencontrer quelqu’un et refaire sa vie, et l’autre réalisera ce qui se passe au moment où celui heureux affichera son bonheur à la vue de tous et de toutes. » Jesse tourna la tête et son regard se posa sur Adam. Il avait considéré partir tellement de fois, laisser le blond tranquille, être heureux avec un autre… mais non, à chaque fois il était revenu, incapable d’imaginer sa vie sans lui. Partir n’était pas une option viable. « L’un dans l’autre, il y en a qui gagne et un qui perd donc… »  Il baissa de nouveau les yeux vers Millie. « Ce n’est pas glorieux dans tous les cas. »

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Sujet: Re: bottoms up, heads downMer 4 Jan - 14:50

Le grand avantage de la personnalité on ne peut plus taciturne de l’espèce de gravure de mode qui occupait l’autre versant de la table, c’était qu’elle ne tournait pas autour du pot – ou du shot de tequila – pour faire valoir son avis d’enquêteur aguerri. Millie, sous sa douceur spontanée et sa diplomatie parfois un peu maladroite, appréciait ça, qu’importe si ça lui faisait mal d’être si peu ménagée par le pragmatisme instinctif et professionnel de son vieil ami. Elle ne s’était pas attendue à ce que Jesse la console à propos de sa rupture avec Andy, et sans doute était-ce pour cette raison qu’elle avait été la première à s’épancher sur ses problèmes de cœur ; elle attendait que, ce qu’on appelait vulgairement, quelqu’un lui donne un bon coup de pied aux fesses pour affronter la situation et agir en conséquence – c’est-à-dire en se séparant de l’objet de tous ses maux récents. L’atermoiement n’était pas un domaine dans lequel elle excellait, toutefois la bague qu’elle portait à son annulaire la poussait trop souvent dans des réflexions chagrines et des regrets dont elle ne pourrait se débarrasser une fois qu’elle aurait accepté les raisons de son célibat.

Elle avait toujours été très heureuse en couple, même les derniers temps, lorsque son médecin de fiancé préparait confidentiellement le discours de séparation qu’il lui avait servi ce soir-là. Là non plus, elle n’avait pas été ménagée : ça lui était tombée sur la tête comme le ciel l’aurait fait au moment de l’Apocalypse. Elle ne s’était pas rendue compte des distances qu’il avait prises avec elle, se rassurant quant à ses nombreuses absences et les mettant sur le compte des heures de gardes qu’il accumulait pour mieux échapper à la réalité du quotidien dans lequel il avait été propulsé sans le vouloir. Amelia s’en voulait. Elle s’en voulait de lui avoir imposer sa tragédie familiale et de ne pas avoir su le réconforter quant à la suite des évènements, alors que lui mettait tout en œuvre pour préserver le semblant de dignité de sa fiancée. Cette dernière s’était montrée magnanime avec lui, acceptant la main qu’il lui tendait quand elle se sentait seule, l’épaule qu’il lui présentait quand elle était à deux doigts de craquer… Elle avait cru que le soutien qu’il lui avait apporté n’avait pas de limite, qu’il était bienveillant et sans failles : elle s’était trompée, et ça avait été dur à comprendre, d’autant plus qu’à entendre les griefs de son ex-fiancé, il ne la quittait pas parce qu’il ne l’aimait plus, mais parce qu’il avait besoin de prendre du recul par rapport aux évènements des quatre dernières années.

Millie laissa échapper un rictus amer à l’écoute des conseils de Jesse ; elle rangea immédiatement sa main baguée, préférant la soustraire à sa vue. Faisant alors danser le verre retourné sur la table, elle concentra son attention dessus pour ne pas lui montrer qu’elle avait les yeux baignés de larmes. Elle n’avait pas la larme facile, mais le barrage de ses paupières n’était plus assez solide pour retenir les vagues violentes de tristesses qui se déchainaient quand elle pensait au gâchis que sa séparation avec Andy représentait. Elle lui répondit dans une vaine tentative d’humour :

« Lui rendre et lui dire d’aller se faire foutre ? C’est pas très chrétien comme façon de parler. » Elle renifla fort et releva enfin la tête pour surprendre le regard que Jesse accordait à Adam, posté derrière le comptoir du bar. Elle pencha la tête sur le côté et ne pût retenir l’autre sourire sans joie qu’elle laissa échapper quand elle se pencha au-dessus de la table pour murmurer à l’adresse du jeune homme « Pour quelqu’un qui se dit incapable de donner des conseils amoureux, tu m’as pourtant l’air très documenté sur le sujet. » Elle étudia son expression un court instant après s’être reculée. Elle s’adossa lourdement à son siège, et planta son regard humide dans celui de Jesse « Tu peux me parler de tout, tu sais. » le rassura-t-elle, et la main qu’elle avait rapidement passé dans ses longs cheveux blonds trouva celle du jeune homme. Sa paume réchauffa le dos de la main de Jesse dans une tentative gauche d’apaiser ce qui le tracassait « Vous êtes beaux tous les deux. » murmura-t-elle après une seconde dans une expression amusante, où sa bouche parut bouger au ralenti. Amelia tapota la main de Jesse, puis la récupéra pour croiser ses avant-bras sur la table, tandis qu’elle ajouta avec plus de sérieux « Ça ne se passe pas bien entre vous ? »
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Sujet: Re: bottoms up, heads downVen 20 Jan - 21:25

Jesse était de ceux qui étaient incapables de se confier. Il avait passé sa vie loin des autres, se mettant volontairement sur la touche, pour ne plus commettre les mêmes erreurs et se demander si on voulait bien de lui ou pas. La réponse était toujours négative dans l’esprit du métis, et de cette manière, il avait réussi à s’éviter pas mal de problèmes et faire son petit bout de chemin. Peu de gens pouvaient dire qu’ils le connaissaient vraiment au final, et cela lui avait toujours plu dans un certain sens. Cette espèce de distance qu’il y avait entre lui et le monde et qui lui permettait de ne pas impliquer son coeur.

Et puis bien entendu, il y avait eu Adam, qui avait besoin de tout sauf de distance et des années plus tard, à près de trente ans, Jesse se retrouvait aussi paumé qu’un adolescent à tenter de mettre des mots sur tout ça. Il aurait voulu, souhaité pour le bien de son blond, être plus facile à lire et pouvoir parler de tout ce qui lui passait par la tête. Ce n’était pas qu’il se moquait du sort d’Adam, au contraire, les émotions de Jesse se mélangeaient toujours dans sa propre tête mais à propos d’Adam il n’avait jamais eu le moindre doute. Même si ça le terrifiait, même si cela le réveillait la nuit parfois et qu’il rapprochait le corps de l’autre homme contre lui, il était exactement là où il devait être. Il l’avait toujours été. Et Jesse ne pouvait pas l’expliquer, la vie n’était pas une comédie romantique bien rouillée, alors il se contentait de voler des regards et des baisers, remerciant le ciel qu’Adam trouve toujours la force d’essayer pour deux et surtout la patience pour laisser Jesse avancer à son propre rythme. Un autre se serait lassé, voulant entendre les trois mots, les huit lettres qui pouvaient enfin donner un sens à tout ceci, à chacune de leur dispute, à chacun des regards tristes ou ignorer, à chacune des portes qui avaient claqué. Ces mots, Jesse les avait murmurés mille fois dans le noir de son propre appartement, presque pour s’ancrer dans la réalité, pour se rappeler qu’il n’était pas encore mort et qu’il avait une bonne raison d’exister, qu’il y avait quelque chose.

C’était ça, voilà où son esprit était capable de le mener, et c’était bien pour cette raison que les mots ne franchissaient pas ses lèvres la plupart du temps. Il avait fixé la main de Millie sur la sienne, pendant les quelques secondes que le contact avait duré, plus que perplexe avant qu’il ne porte de nouveau son attention sur le visage de la professeure. Elle n’était pas la première à vouloir lui soutirer des informations, ou lui indiquer que parler ne le rendrait pas moins lui… L’officier poussa un profond soupir, fatigué, mais fatigué de sa propre personne et de ses épaules qui étaient beaucoup plus lourdes que d’ordinaire et qui commençaient à vraiment lui peser. Jesse ne savait pas par où commencer, tant et si bien qu'il finit par attraper un autre shot de tequila en face de lui. L’alcool lui brûla la gorge et pourtant le regard de Millie sur lui le dérangeait encore plus. Jesse reposa son verre, les sourcils froncés avant d’articuler la première chose qui lui était passé par la tête.  « Je ne vais pas te mentir Millie, je ne sais pas du tout ce que ça fait d’être dans tes pompes, en général, je suis de l’autre côté de la barrière. »

Sauf une fois, une seule et unique fois dans sa vie, quand il n’avait pas été en mesure de comprendre la portée des actes et des décisions, une seule et unique fois où sa génitrice avait décidé de prendre la décision à sa place et de partir. Ni plus, ni moins, ça avait été la seule fois où Jesse avait vu quelqu’un partir pas par contrainte mais bien par choix, partir de sa vie et laisser une plaie béante que rien n’avait réussi à refermer depuis. « C’est moi qui part, c’est moi qui fuit et pas forcément pour les bonnes raisons. » Il ne s’en cachait pas et Adam avait raison, à chaque fois qu’une dispute avait éclaté, que les choses s’étaient un minimum détériorées c’était Jesse qui avait préféré dire stop, faire ses valises, au propre comme au figuré, et partir. Pour mettre de la distance entre lui et le blond, en se persuadant que les choses étaient mieux ainsi, qu’Adam serait heureux, qu’il tournerait la page, sans lui, car il n’avait pas besoin de lui. À chaque fois, c’était Jesse qui s’était voilà la face, essayant de se persuader qu’Adam n’était pas la chose la plus importante de son existence. « Je ne sais pas quoi te dire à propos de ton Andy mais c’est clair qu’on ne met pas fin à une relation aussi longue comme ça. Vous n’êtes plus ensemble okay, mais je suis certain qu’il ne t’a pas oublié, c’est impossible, personne ne fonctionne comme ça. » Le regard du métis en disait long, lui n’avait jamais été en mesure d’oublier Adam. Leur histoire s’étalait depuis plus d’un an à présent et même si cela pouvait paraitre complètement ridicule pour certains, Jesse ne s’impliquait jamais pour rien. Il avait Adam gravé à jamais sur sa peau et si un jour il parvenait à vraiment à passer à autre chose, ça ne serait pas sans conséquences.

« Peu importe comment vous vous en êtes retrouvés là au final, c’est pareil. Il est parti. C’est à toi de voir si tu veux tourner la page en fait… Peut-être que chasser un fantôme ne sert à rien, mais il n’y que toi qui puisse décider ce qui vaut mieux pour toi. » Jesse ne savait pas pourquoi Adam avait décidé de l’accepter de nouveau dans sa vie; lui qui l’avait abandonné juste après son agression, au moment où Adam avait été le plus vulnérable. Parfois, Jesse avait envie de lui poser la question, avant de se dire qu’il n’avait pas besoin de savoir pourquoi, il devait s’estimer heureux que l’autre homme ait accepté justement. Un simple miracle, une erreur qu'ils allaient tous les deux regretter dans quelques mois ? Jesse n’en savait rien, pour le moment tout était important, tout ce qui avait un rapport avec Adam était important. « Et tout va bien. Enfin non… Mais on essaye d’aller mieux. Moi aussi je suis parti, je suis revenu, pour les bonnes raisons cette fois-ci et j’aimerais vraiment … juste le rendre heureux … Quand je le dis à voix haute ça me parait encore plus stupide... mais il n'y a pas d'autres mots. »

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Sujet: Re: bottoms up, heads downMer 15 Fév - 12:02

Elle porta un autre shot à ses lèvres, tachant de trouver le réconfort auprès de la brûlure lancinante qui crépita le long de sa trachée, pour mieux flamber dans son estomac. L’effluve de sa propre haleine, chargée de gnole et d’amertume, lui picota graduellement les narines, et elle ferma les yeux, faisant refluer les larmes qui bordaient toujours ses yeux. Pendant un instant, elle se laissa bercer par la mélodie assourdie qui se jouait nonchalamment quelque part dans un coin du Vanilla Palace.
La voix de Jesse lui arriva aux oreilles dans un doux écho. Elle avait beau tenir l’alcool, son effet agissait tout de même sur sa perception de l’espace et sur ses sensations – ses pupilles s’étaient dilatées, minimisant la couleur pure de ses iris repoussées par l’ombre inquiétante qui se déploya sous ses paupières closes. Amelia était physiquement présente, les pieds ancrés dans le sol et le dos bien droit contre son siège, elle était pourtant ailleurs, comme anesthésiée. C’était ce qu’elle recherchait.

Tous les clichés qu’on vendait sur les relations amoureuses, Millie avait mis un point d’honneur à ne pas vouloir les croire. A vrai dire, elle n’avait connu que la lune de miel au cours de son histoire avec Andy, de quoi remettre en doute les différentes phases de l’histoire d’un couple que les experts synthétisaient dans les livres qu’elle avait dévorés. Elle s’était renseignée bien sûr, n’ayant connu que des amourettes d’adolescentes avant de le rencontrer, de quoi faire craindre à la débutante qu’elle était alors de foncer droit dans le mur. Sauf que rien de tout ça n’était arrivé. Elle ne s’en était pas aperçue, mais en définitive, leur histoire n’était rien d’autre que l’illustration même du cliché qu’elle tenait tant à éviter.
Cette conclusion eut pour effet de lui faire ouvrir les yeux d’un coup. Ils se plantèrent dans ceux de Jesse qu’elle fixa avec une intensité distraite, tandis qu’il peinait à la réconforter. Elle n’aurait pas dû le contraindre à le faire, et sous l’espèce de bulle alcoolisée englobant sa tête comme un scaphandre, elle regretta d’avoir abordé le sujet de ses difficultés amoureuses. Seulement, elle ne put s’empêcher de se soustraire aux éventuelles excuses qu’elle lui devait pour se lancer dans une rétrospective secrète de sa relation avec Andreas.

Tout s’était structuré tout seul, sans qu’aucun d’eux ne se sentent obligés de faire le moindre effort pour donner une chance à leur histoire. Andreas et Amelia n’avaient jamais nourri d’incertitude quant à leur futur, ils le passeraient ensemble – toute autre conjoncture était inenvisageable. Et c’était pour cette raison que leur séparation était si difficile à avaler pour la jeune femme. Si encore ils s’étaient chamaillés, s’ils avaient eu des désaccords, mais ça n’avait pas été le cas. Et voilà qu’aujourd’hui, elle était obligée de batailler avec une introspection longue et douloureuse pour mettre le doigt sur ce qui avait contraint son fiancé à la quitter.
Le souvenir des flashs qui l’avaient aveuglé lors de sa sortie du commissariat suite au meurtre de sa grand-mère l’assaillirent soudain. Elle se surprit à serrer les mâchoires si fort qu’un pic de douleur s’insinua sous la peau délicate de son visage pour atteindre ses oreilles qui bourdonnèrent. Elle marqua une pause mentale, se laissant le temps de rassembler ses esprits. Sans toute cette histoire, sans le Poète et son besoin d’exprimer sa folie, ou son désarroi – pour ce qu’elle en savait, personne n’avait aucune idée de ce qui le poussait à frapper –, sa vie aurait continué son cours comme si de rien était.

« Tu sais ce qui est vraiment stupide, c’est que si on en est tous là aujourd’hui, c’est à cause de ce malade. » proclama-t-elle, un index à l’ongle subtilement arrondi planté droit vers Jesse. Sa voix était devenue traînante après l’autre shot qu’elle siffla de nouveau sans se demander si elle avait avalé plus que sa part – Jesse connaissait le patron, s’il avait soif, il n’hésiterait pas à faire valoir son privilège. Elle plissa les paupières, observant le jeune homme avec une toute nouvelle lueur dans le regard.
La colère n’était pas un joli sentiment. Aussi il propagea sa laideur sur le visage de Millie qui grimaça en agitant son doigt devant le nez de son ami « A partir du moment où il est apparu dans cette ville, nos vies se sont désagrégées. Tu connais quelqu’un qui n’a pas souffert de cette histoire, hein ? Je parle pas forcément des meurtres, il a même plus besoin de s’en prendre à qui que ce soit de toute façon. On se sabote tous très bien tout seul. »  Elle eut un rictus rentré qu’elle accompagna d’une secousse de tête. Amelia empoigna un autre petit verre qu’elle porta à ses lèvres avant de s’arrêter en bon chemin pour déclamer « Tu veux un conseil de la part d’une amie ? » Abandonnant finalement son shot sur le plateau, elle pencha le haut de son corps très légèrement au-dessus de la table pour conclure, les traits teintés d’un trouble visible et compréhensible « Si tu veux rendre Adam heureux, prends-le avec toi, et tire-toi d’ici. » Si Jesse s’attardait dans son regard, il décèlerait non pas le fantôme de sa relation avec Andy qu’il l’accusait de vouloir pourchasser, mais ceux des personnes qu’on l’avait accusée d’avoir assassinées.
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Sujet: Re: bottoms up, heads downDim 5 Mar - 22:59

Est-ce que Jesse se sentait mieux maintenant qu’il avait légèrement vidé son sac ? Oh que non, son sac était plein, toujours trop plein et au fil des années, ses épaules avaient fini par devenir plus faibles. Plus faibles après chaque jour, plus faibles après chaque année et pourtant, ce n’était pas un portrait de lui qu’il appréciait particulièrement. Il aurait voulu dire qu’il était devenu plus sage avec l'âge, qu’il avait appris la vraie valeur des choses et toutes ces autres conneries qu’on voyait dans les films et qu’on se jurait de réciter une fois qu’on était devenu grand mais… La vérité était là, Jesse n’était pas devenu plus grand, il n’était pas devenu plus fort, le temps était juste passé par là et il avait fait de son mieux pour se tenir debout et ne pas laisser tout ça peser trop sur lui et le ronger de l’intérieur. Ce qui le faisait en ce moment, c’était la tequila et Jesse avait beau tenir à l’alcool, les effets commençaient à se faire ressentir et il inspira profondément, attendant que l’euphorie prenne place et fasse taire la raison et la logique et qu'il arrête enfin de réfléchir. C’était tout ce qu’il faisait ces temps-ci, il n’y avait pas un seul moment de répit, pas de repos, pas de vrai sommeil. Tout tournait autour de cette affaire de Poète, ou de sa vie amoureuse râtée et des choix qu’il avait fait trop tôt ou qu’il n’avait tout simplement pas fait. La preuve était qu’il ne pouvait même pas se contenter d’un simple verre, il y en avait toujours trop, toujours ce qu’il devait dire, toujours ce qu’il devait faire. Peut-être que plus que Fairhope ou les autres, Jesse était fatigué de lui-même et de devoir toujours batailler et lutter avec ses souvenirs pour trouver un moment où il avait été véritablement heureux.

Les choses auraient dû être plus simples, non ? Il aurait dû savoir immédiatement s’il était heureux et tout faire pour s’accrocher à ce moment là et ne pas laisser tomber ? Jesse ne savait plus, au fil des années, il avait perdu de vu son objectif, il avait arrêté de sourire et maintenant, il fixait Millie avec un sourire plus que moqueur sur le visage, hésitant entre commander de l’alcool et lui poser une main sur l’épaule. Il choisit la seconde option, après quelques secondes de réflexion et finit par lâcher la triste vérité. «  Amelia, Millie… je suis désolé de te décevoir mais, je suis né ici, et je peux te dire que ma vie était déjà pourrie avant que ce maniaque ne débarque. C’est peut-être moi qui sait… ou alors c’est Fairhope. On ne saura jamais.» Jesse finit par hausser les épaules, il comprenait le point de vue de la blonde, et bien sûr qu’il y avait pensé. Il y pensait un jour sur deux, partir d’ici, pour de bon, quitter l’Alabama sans un regard en arrière, en enterrant le pire, le mauvais, le plus horrible et aller se réinventer ailleurs. Et puis Jesse réfléchissait, réalisait bien que ses racines étaient ici, et que tout ce qu’il essayait de fuir finirait toujours par le rattraper. Parce qu’il n’était tout simplement pas prêt. « J’entends bien ce que tu dis, et c’est vrai que les choses ne sont pas plus simples, au contraire, surtout pas après tout ce qui s’est passé mais… » Mais sa vie était ici pour le moment, leur vie à tous était ici pour le moment. En attente, en pause, en suspens, en attendant que quelqu’un vienne les délivrer. Tout ce qu’ils pouvaient faire, pour le moment, pour essayer de passer le temps, était de trouver quelqu’un avec qui les jours paraitraient un peu moins gris et s’y agripper de toutes leur force.

Millie avait été privée sa bouée de secours, il était normal qu’elle soit un peu perdue, mais ce n’était pas une raison pour prendre des décisions qu’elle allait regretter. « Je crois qu’une toute partie de moi s’en voudrait. Je ne peux pas partir tant que tout ça n’est pas fini. » Non, Jesse ne pourra pas dormir s’il y avait une victime de plus, un meurtre de plus et qu'il était loin de Fairhope, loin de tout, juste parce qu’il avait fuit pour mieux vivre avec lui-même. Sa vie était au commissariat pour le moment, avancer dans cette enquête ce n’était pas seulement pour le bien de tous désormais, c’était aussi et avant tout une question de survie. « C’est la raison pour laquelle je suis resté et si tu es honnête c’est la raison pour laquelle tu reste je veux dire…. Tu pourrais aller enseigner ailleurs, tourner la page aussi, mais non, tu es toujours ici. Ne me dis pas que tu vois un avenir ici, tu veux juste la paix comme tout le monde. » Il incluait Millie dans le lot, même si elle n’avait pas d’uniforme à enfiler tous les matins, même si elle n’en savait pas autant que lui, elle en savait déjà assez, sa vie avait déjà été secouée par cette affaire, elle aussi quelque part, meme si elle vivait, elle était marquée. « Peut-être qu’on devrait boire à ça… on est maudit tout simplement, il n’y a pas d’autres mots pour ça. »

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Sujet: Re: bottoms up, heads downJeu 9 Mar - 18:08

Millie rangea son index intransigeant, et replia sa main vers elle. Vissant son coude au rebord de la table, elle lourda son menton au creux de sa paume souillée par du marqueur à tableau. Un sourire gentiment goguenard se dessina au coin de ses lèvres charnues.

« Aww. » Cette exclamation attendrit fit tache au milieu des propos critiques et sérieux de son interlocuteur, seulement elle n’avait pas pu la retenir – et à ce moment-là, sa consommation excessive d’alcool lui parut un excellent prétexte pour expliquer ses soudains changements d’humeur. Amelia fixa Jesse avec une tendresse particulière, tandis que la colère et l’amertume s’éclipsaient doucement de son visage pour mieux venir alimenter en secret la rancœur qu’elle éprouvait au fond de son cœur à propos de toute cette histoire de meurtrier « Regarde-toi, toujours le même. » Le barrage de sa main contrecarra la bonne fonction de sa mâchoire qui resta étroitement serrée, et discrètement, ses dents grincèrent. Elle remua à peine les lèvres lorsqu’elle reprit « Jesse, celui qui a fait sa mission de sauver la veuve et l’orphelin, qui cherche à ce que tout le monde vive en paix, qui préfère se mettre ses camarades à dos plutôt que de se joindre à eux pour blâmer la pestiférée de la classe – moi, en l’occurrence. » Elle marqua une courte pause, puis pencha la tête pour le regarder avec l’aplomb des curieux. C’était si facile pour elle de retrouver le petit-garçon qui l’avait tant défendu dans la cour de récréation. Peut-être parce qu’elle avait toujours choisi de garder cette image positive de lui, au lieu de s’attarder sur la souffrance qu’elle lisait parfois dans son regard translucide – c’était lâche de vouloir se préserver du malheur des autres, mais Millie connaissait assez Jesse pour savoir qu’il ne demandait pas mieux qu’elle ne passe pas son temps à le questionner. Ses paupières frémirent, réduisant son champ de vision qui se soumit immédiatement à l’attention qu’elle lui portait « J’avais pas réalisé combien ton métier te va bien au final. » Ni combien la situation qu’elle vivait aujourd’hui était une allégorie douloureuse de son enfance.

Il y avait toujours un moment où on lui reprochait son don pour le mensonge. Toute l’enquête menant à la déclarer coupable – ou non-coupable – du meurtre de sa grand-mère s’était reposée sur le besoin d’attention qu’elle avait très longtemps traîné comme un boulet, et qui l’avait poussée à se créer des problèmes pour mieux briller aux yeux de son entourage. Fait est que, même si elle s’était effectivement créée beaucoup de problèmes dans le passé, elle n’avait hérité d’aucun traitement de faveur à ce sujet, si ce n’était de faire naître une inquiétude grandissante chez ses parents. Elle se souvenait des tactiques d’interrogatoire des collègues de Jesse, de leur arrogance et de leurs moqueries vis-à-vis de cette période de sa vie, là non plus elle n’avait eu droit à aucun traitement de faveur : la petite fille qui sommeillait toujours en elle devait se réjouir, lui avaient-ils craché à la figure : si elle était la meurtrière, on parlait d’elle dans toute la ville maintenant. Mais s’ils savaient… S’ils savaient qu’elle aurait tout donné pour être à la place de sa grand-mère, à la place de Rose et à la place des autres au lieu de subir toutes les infamies qui jalonnaient son quotidien depuis de nombreux mois, ils auraient ravalé leurs quolibets aussi vite, pour la rediriger vers quelqu’un qui saurait passer du baume sur ses idées noires. En définitive, si Jesse restait le même, si serviable et courageux, Millie avait beaucoup changé : elle ne voulait plus qu’on s’intéresse à elle, et aspirait à rien d’autre qu’à la tranquillité.

« Tu sais très bien que je n’ai pas le droit de quitter la ville avant qu’on mette la main sur celui qui est derrière tout ça. » se défendit-elle d’une voix blanche pendant qu’il émettait son hypothèse pas si erronée dans le fond. Néanmoins, elle ne le contredit pas davantage, se disant que s’atermoyer ne servirait à rien d’autre qu’à les rendre malheureux. Elle pressa ses lèvres endolories par l’alcool l’une sur l’autre, et s’arrêta un instant sur sa conclusion « Le fatalisme, ça te va pas bien au teint. Ça te rend tout vert, ou alors c’est la tequila. » Elle lui chipa son shot d’un mouvement souple et rapide. Tentant de garder son sérieux une longue seconde, le shot en suspension devant son propre visage, Amelia éclata finalement de rire avant de boire cul-sec. Abattant son verre puis ses deux mains sur la table, elle lâcha un très long soupir après avoir lancé un regard en direction du bar par-dessus son épaule « On est venu pour boire, non ? Une autre tournée ! » s’écria-t-elle à travers le bar, et le nouveau rire qui remonta de sa gorge claironna dans l’atmosphère. Elle se tourna vers Jesse « On sera sans doute pas en état de rentrer par nos propres moyens après ça. T’as prévu un plan de secours, ou en plus d’être charmante, ta moitié joue les taxis à l’occasion ? »
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Sujet: Re: bottoms up, heads downLun 20 Mar - 20:02

« Don’t aaaw me. » avait grogné Jesse, avec un léger sourire en coin. Dans le fond, il trouvait ça assez surprenant que Millie trouve quelque chose de positif avec la vie qu’il menait. Quelque chose de positif et qui n’était pas Adam qui plus est, lui avait renoncé depuis très longtemps. À force de porter la même carapace tous les jours, il se disait qu’il ne resterait plus rien à sauver quand le Poète serait mis derrière les barreaux. Une condition essentielle pour le bonheur de Jesse. Même s’il ne finissait pas ses jours à Fairhope, comme beaucoup, il avait besoin d’enterrer cette affaire et de passer à autre chose une bonne fois pour toute. Et quand il entendait Millie parler du bon vieux temps, il se disait que oui, il avait eu des bons moments à Fairhope et qu’il ne pouvait pas laisser ce tueur en série ruiner le peu de bons souvenirs qu'il avait. C’était chez lui ici, qu’il le veuille ou non, ses racines étaient là et il ne comptait pas les laisser mourir. Cependant, Fairhope-elle devait le laisser partir tôt ou tard, Jesse ne pouvait décemment pas rester toute son existence ici, non, ça ne faisait pas vraiment, les gens normaux avaient des rêves, des ambitions, il voulait autre chose que protéger tous ceux qui faisaient parti de leur entourage. Peut-être que Millie avait raison et que son uniforme lui allait bien. L’enfiler n’était plus autant une contrainte qu’avant, pour lui, c’était obligatoire désormais, sinon d’autres vies seraient brisées. Une joyeuse pensée que Jesse noya sous un autre shot de tequila, le métis plus qu’éméché à présent.

Une personne lambda aurait déjà arrêté de boire, et aurait décidé de faire quelque chose de complètement stupide comme danser sur le bar… malheureusement, c’était le genre de comportement qu’il n’avait que trop vu dans l’établissement d’Adam. Faire les fins de soirée n’était pas la meilleure chose pour un flic, définitivement pas. Mais boire, ou en tout cas tenter de boire avec quelqu’un, n’avait jamais été aussi sérieux et le métis n’en voulait pas vraiment à Millie. Il savait que s’ils étaient vraiment honnête avec eux-mêmes, ils finiraient par admettre qu'ils avaient grand besoin de cette conversation et que l’alcool n’avait fait que ressortir le lot de mélancolie qu'ils se trimballaient en permanence, elle comme lui d’ailleurs. « Hmm… Je sais aussi que c’est une très bonne excuse ça Miss Millie. » lâcha Jesse, un sourire un peu idiot sur le visage alors qu’elle lui rappelait que la loi ne lui permettait pas de fuir et d’aller faire sa vie ailleurs. « Définitivement la tequila. » répondit automatiquement Jesse quand elle évoqua son teint, il porta une main sur ses joues, seulement pour constater qu'il avait juste un peu trop chaud, savoir s’il était vert ou pas serait un une autre histoire. Ça ne serait pas la première fois que l’alcool essayait d’avoir raison de Jesse et qu'il revenait encore une fois vers la bouteille, il n’en était pas particulièrement fier, il n’essayait pas d’anesthésier son coeur comme certains, non, il voulait juste glaner quelques précieuses heures d’insouciance et de liberté dans le fond. Avant de devoir regagner son lit, sa demeure, la réalité.

« Fairhope n’est pas si grand que ça ma grande, au pire je te raccompagne, ou un appelle un taxi tout simplement, ou on demande au dit petit-ami barman de nous raccompagner très gentiment. » dit Jesse en mettant fin aux interrogations d’Adam. Quoi qu’il préférait éviter, vu que le blond ne pouvait pas boire lui-même, Jesse essayait de lui infliger le spectacle le moins souvent possible. Ironique quand on savait qu’Adam était barman et qu’il adorait son métier, mais Jesse savait que les choses n’étaient pas pareilles quand son propre petit-ami était concerné. En parlant de couple, une table venait de se libérer juste à coté d’eux et Jesse roula des yeux en voyant un autre couple se lancer dans un véritable concours d’apnée, enlacés l’un à l’autre et remarquant à peine que deux bières venaient d’être posées devant eux. Jesse n’avait pas besoin de ça, premièrement car il n’avait jamais été à l’aise avec l’idée de partager des moments privés avec le reste de la terre entière et ensuite parce qu’Amelia n’avait probablement pas besoin de ça en ce moment, surtout au vu de ses dernières confessions. « … Même moi je ne suis pas aussi démonstratif, allez, allons danser ça te changera les idées et tu oublieras l’autre-là. »  Ni une ni deux, Jesse passa son bras autour d’Amelia et la tira vers la piste de danse improvisée.

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Sujet: Re: bottoms up, heads downMer 29 Mar - 15:50

Le Vanilla Palace commençait doucement à se vider, ses clients répondant aux mesures de sécurité imposées par la municipalité. Amelia ne s’en soucia pas tout à fait, enivrée, et happée par la conversation qu’elle tenait avec Jesse. Tout le monde souffrait de l’impression étouffante de ne pas être en sécurité à Fairhope, Millie comprise. En s’arrêtant un instant sur la soirée qu’elle passait, elle en vint à la conclusion qu’il y avait rarement eu des moments comme celui-ci ces derniers mois – des moments où elle ne craignait pas d’être suivie, ou pire. Avec Jesse en face d’elle, elle savait qu’elle ne risquait rien, même quand il avait un petit coup dans le nez – ce qui était le cas maintenant, indéniablement. Elle n’avait jamais été plus sincère qu’en lui affirmant qu’il avait fait le meilleur des choix de carrière possible. Sous cette couche de rudesse, et les difficultés qu’il traversait, Jesse restait un homme fiable, quoi qu’il en pense et quoi qu’il en dise. Les années n’avaient pas entaché le profond respect qu’elle avait toujours eu pour lui. Il n’avait jamais été contraint de la défendre contre les terreurs de la cour de récré, et encore moins de s’inquiéter des répercussions des accusations faites à son encontre aujourd’hui, et pourtant il avait été là à sa manière ; en lui apportant de quoi se réchauffer après son premier interrogatoire, en lui remplissant son gobelet de café pour rester suffisamment éveillée, l’encourageant silencieusement à tenir le coup. A travers les vapeurs d’alcool qui s’échappaient des pores de sa peau rendue luisante à cause de l’éclairage, elle lui sourit, se demandant comment elle pourrait lui rendre la pareille – en acceptant de boire avec lui après une longue et pénible journée, pourquoi pas ? Ça lui paraissait bien trop peu dans le fond.

« Il faut toujours – TOUJOURS, Jesse – demander très gentiment. C’est ce que j’apprends à mes grands. » Millie reprit vie, et apposa le point à sa gentille doctrine en pianotant dans l’air du bout de l’index, puis elle suivit distraitement le regard translucide de Jesse. La vision du couple en train de s’embrasser lui fit d’abord froncer les sourcils, mais rapidement, elle recula la tête, menton rentré.

Son visage empourpré par l’alcool arbora une expression passablement écœurée. Eww, pouvait-on lire sur ses traits froissés par la répulsion – mais au lieu de détourner le regard, elle resta étrangement fascinée par le manque incroyable de pudeur des clients d’à côté. Elle avait d’ailleurs lu une étude sur ce phénomène étrange relevé chez les célibataires ; celui de nourrir un profond dégoût pour toute forme de démonstration d’affection de ce genre, et se questionner sur l’image que l’on donnait lorsque nous-même étions en couple. Millie ne dérogea pas à la règle, et son cou se tordit pour qu’elle puisse mieux pencher la tête sur le côté : est-ce que ce bruit de succion désagréable s’échappant des lèvres de ces deux sangsues gorgées de désir était aussi répugnant dans la réalité, ou était-il exacerbé par le sentiment amer qu’elle dissimulait par ses grands sourires bienveillants de finir seule et frigide, et qui se diffusait comme l’amertume d’un sachet de thé trop longtemps infusé ? Amelia fit une pause mentale, pendant que les langues de leurs voisins de table reprenaient leur danse lascive, avant de secouer la tête pour reprendre ses esprits.

« Danser ? T’es pas prêt pour ça, mon petit. » répondit-elle à Jesse, avec ce qu’il faut de défi dans le ton pour faire naître un sourire sur ses lèvres. Il avait déjà passé un bras autour de ses épaules de toute façon – à ses risques et périls, car la danse, comme toute les autres formes de disciplines demandant un minimum de stabilité, n’était pas le fort de la jeune femme. Qu’avait-elle à perdre ? Elle se laissa entraînée, ajoutant l’invitation à danser de son vieil ami sur la liste des choses qu’elle pouvait endurer pour ses beaux yeux, compte tenu de tout ce qu’il avait fait pour elle sans même se rendre compte à quel point c’était important.

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