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 aching bones & imaginary snow

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fonda - lost in the fire

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◆ Manuscrits : 6544
◆ Arrivé(e) le : 15/03/2015
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Sujet: aching bones & imaginary snowMar 13 Déc - 19:01

aching bones & imaginary snow




22 décembre 2015

Personne n’aurait pu dire depuis combien de temps il était assis là, le regard dévoré par le vide, les traits de son visage tendus par l’absence. Il s’était demandé si Laurel avait déjà vu la neige tomber du ciel, si elle avait senti le givre lui brûler les lèvres, si elle avait déjà connu la brise froide et cruelle de l’hiver. La réponse s’était imposée à lui ; il avait soupiré. Elle n’avait jamais observé les flocons danser à la fenêtre de sa chambre, jamais connu les hivers rigoureux, jamais apprécié le crissement si particulier de ses chaussures au contact de la poudreuse. Elle n’avait pas non plus tendu sa langue vers les cieux dans l’espoir de pouvoir goûter quelque chose de divin. Elle avait grandi trop vite, à cause de Tobias sans doute ; il n’en savait rien. Il n’y songeait même pas. Il s’était contenté de flâner par ici, en simple témoin du monde, et le monde avait fini par le happer en retour. Les secondes s’étaient changées en minutes et les minutes en heures, l’éternité s’emparant déjà de lui sans lui laisser d’autre choix que de se soustraire aux vivants. Certains le fixaient, priant pour que le seul poids de leur regard soit suffisant à le faire fuir. Mais à quoi bon, lui-même ne savait plus où aller. Son propre salon lui était étranger depuis qu’elle avait disparu, et il lui avait fallu plusieurs semaines avant de comprendre que Noël approchait. Il avait donc décider d’errer, refusant de rester enfermé autre part que dans les bras de Laurel, peu importe que ceux-ci soient fait de chair ou d’os.

Il releva la tête, plus captivé à présent par les gamins qui se chamaillaient pour accaparer la balançoire que par le bout de ses chaussures. Les mains fourrées dans les poches de son manteau, l’échine courbée, le dos vouté, il s’efforçait de chasser les rares souvenirs de sa soeur le plus loin possible de son esprit pendant qu’on continuait de chuchoter sur son passage. Pour quelle raison au juste ? Sûrement parce qu'il était trop grand, que ses sourcils étaient trop épais et qu’on l’imaginait complètement fou. D’autres se contentaient de rester figés, le surveillant du coin de l’oeil comme sa mère avait pris l’habitude de le faire après qu’il ait grandi plus rapidement que la moyenne. Ou bien était-ce à cause de sa fâcheuse tendance à se mettre à grogner dès qu’on s’approchait, qu’on osait lui adresser la parole ? Il ne se rendait pas compte, il ne réalisait pas ce qu’on pouvait bien lui reprocher quand il avait perdu la seule chose qui avait eu un sens dans sa vie, quand il avait déjà dit adieu à ce qu’il avait de plus précieux. Il la revoyait parfois, assise au bord de son lit, le visage froissé par l’inquiétude, ses prunelles ambrées s’attardant sur son frère avant de recouvrir ses épaules d’une chemise qu’il avait laissé trainer là avant de rejoindre Morphée. Il aurait pu la dessiner, dans une jolie robe, faisant de son mieux pour atteindre le haut du sapin et y déposer l’étoile dorée qu’ils avaient fabriqué eux-mêmes par une longue soirée d’hiver. Il aurait pu retracer la courbe de ses hanches, décrire la couleur de ses lèvres, parler de sa chevelure brune pendant des heures pour la rendre réelle. Il aurait pu, si il en avait eu la force.

Le banc qu’il occupait n’était plus son territoire ; on venait de conquérir le peu d’espace qu’il s’était octroyé. Là, dans son champs de vision, une jeune femme s’était installée à ses côtés, faisant face au sapin bancal et abimé qui avait déjà fait trois fois le tour de la ville en l’espace de quelques jours. On était venu partager du chocolat et du vin chaud, s’offrir de modestes présents que certains n’avaient même pas eu le temps d’emballer. Des sacs à main jamais utilisés, des vêtements, des boîtes de conserve… La population de Fairhope tentait d’oublier le sang qui tâchait ses ruelles en s’enivrant de générosité. Le regard de Tobias n’en n’était pas moins dur, pas moins apaisé. Peut-être qu’on lui avait adressé la parole, et que c’était cela qui l’avait contraint à tourner la tête à droite. Peut-être était-ce le vent dans les branches qui lui jouait encore des tours ; ou bien une pensée en train de flétrir dans sa tête, qui l’avait sorti brusquement de sa mélancolie. Dans tous les cas, elle avait cette lueur dans le regard qui lui rappelait quelqu’un d’autre. À moins que ce ne soit la teinte de ses joues caressées par la brise nocturne, la finesse de ses mains, la forme de son nez… S’il pouvait s’approcher suffisamment, il arriverait sûrement à l’étudier. S’il pouvait lui arracher une partie du visage pour recréer celle qu’il aimait tant. Si seulement il en avait la force.

« Il faut aller poser ses cadeaux au pied du sapin. », grommela-t-il, certain que c’était la question qu’on venait de lui poser, se dandinant pour s’éloigner d’elle encore davantage, pour s’épargner sa présence.
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Sujet: Re: aching bones & imaginary snowSam 17 Déc - 21:41

Il y avait cette vieille boîte à musique en bois que Millie gardait précieusement depuis son enfance. Offerte par Ruth, sa grand-mère, elle avait une valeur toute particulière à ses yeux. Elle ne saurait dire précisément le nombre de nuits qu’elle avait passées à écouter le Lac des Cygnes dans l’espoir de trouver le sommeil, essayant simultanément de se pourvoir de la quiétude de la minuscule ballerine qui tournoyait au rythme des lames d’acier, tandis que Morphée mettait du temps à déployer ses grandes ailes, tel le rideaux d’un baldaquin douillet. Au début de leur histoire, Andreas s’était amusé du besoin compulsif de son amoureuse d’être rassurée par le son de cette mélodie si chère à son cœur, jusqu’à qu’elle n’en ait plus besoin, ayant trouvé en lui une toute nouvelle partition à chérir, les battements de son cœur pulsant contre le sien lors des nuits qu’ils passaient blottis l’un contraire l’autre. Elle n’avait plus vraiment repensé à cette boîte à musique. Devenue un élément de décoration désuet au milieu des cousins, des bougies et des tentures épurées de l’appartement qu’Amelia occupait, elle représentait un souvenir douloureux à aborder lorsqu’elle songeait à la personne qui lui en avait fait cadeau. Mais force était de constater que sa vie manquait d’harmonie depuis que Ruth était partie, et qu’Andy l’avait quitté – aussi se retrouva-t-elle avec sa boîte à musique sur les genoux, au beau milieu d’une soirée de vacances de Noël. Délaissant son paquet de copies à corriger, et assisse raide comme un piquet sur le bord de son sofa, Millie était littéralement hypnotisée par les tourbillons infernaux de la danseuse dans la boîte qu’elle remonta à l’aide de la clef en métal qu’elle tenait fermement dans la main, et elle s’enfonça dans une brusque catalepsie, les yeux dans le vide, et la tête penchée sur le côté.

A son contraire, la ballerine lui paraissait si sereine quant à ce qui l’attendait. C’est qu’elle donnait l’impression de savoir ce qu’elle faisait, juchée sur ses pointes poudrées, les bras en couronne, et le chignon strictement noué au-dessus de sa tête. Pourtant, elle ne faisait que répondre au bon vouloir de ceux qui voulaient la voir valser : à un moment où un autre, elle finirait écrasée sous le poids du couvercle en bois ouvragé de la petite boîte, et plus personne ne s’émerveillerait de sa routine si bien huilée, de ses entrechats, et de sa beauté. Petite fille, Amelia s’était souvent demandée ce qu’il se passait une fois que la danseuse disparaissait – suffoquait-elle, souffrait-elle, pleurait-elle ? La réponse lui vint quand elle-même se mit à manquer d’air, et que l’état d’hypnose dans lequel elle s’était retranchée ankylosa tous ses réflexes vitaux. Haletante, Millie se ressaisit dans un sursaut, prenant progressivement conscience des similitudes qu’elle partageait avec le petit personnage qui s’arrêta – d’abord doucement, puis complètement – de danser.

La panique qui s’empara d’elle, à l’instant où l’analogie entre elle et la danseuse se fit dans son esprit, l’avait menée à quitter précipitamment son appartement, sa boîte à musique sous le bras, ses clefs de voiture dans les mains. Réagir avec impulsivité n’était pas dans les habitudes d’Amelia qui déferla dans les rues de Fairhope avec l’intention de se débarrasser de la représentation poétique de ce qui l’attendait si on ne la laissait pas vivre en paix : elle aussi, elle finirait écrasée par le poids du couvercle de l’immense boîte de laquelle elle était prisonnière, devenue le pion d’un jeu dont elle ignorait tout des règles.

Il faisait très froid à l’extérieur, même dans la voiture. Millie, peu couverte, les pans de son long gilet recouvrant à peine ses épaules vêtues d’un débardeur en mailles serrées, ne s’en préoccupa pas, bouillonnant d’une énergie frénétique ; elle ne se préoccupa pas non plus de l’image lointaine de son appartement laissé à l’abandon, toutes lumières allumées, et porte grande ouverte. Guidée par la terreur qui l’avait frappée en écoutant cette mélodie qui lui était apparue si apaisante dans le passé, elle déambulait nerveusement dans les rues de la ville, à la recherche d’une issue qu’elle finit par trouver, alors qu’elle traversait la chaussée à toute vitesse, et qu’elle descendit de sa voiture, garée à la va-vite, aussi fougueusement qu’elle y était montée. La main tendue devant elle pour arrêter l’automobiliste ronchon qui freina d’un coup dans l’obscurité, manquant de la percuter, elle coupa le sentier à pieds, et s’introduit avec détermination sur le chemin de Knoll Park.

L’affluence à cet endroit la fit brusquement reprendre ses esprits, mais c’était trop tard. La mer n’étant pas loin, la brise saline la fit frissonner un peu, et dans une pensée fugace, elle se réjouit d’avoir des chaussures chaudes et confortables aux pieds. Si son apparition passa inaperçue au milieu de l’ambiance chaleureuse déployée autour du sapin-nomade, elle n’en fût pas moins gênante. Dans l’intention de définitivement ne pas se faire remarquer, Amelia rabattit les côtés de son gilet sur sa poitrine, et trottina jusqu’au coin le plus sombre du parc, rendant les quelques sourires furtifs qu’on lui adressa lorsqu’elle s’assit sur le banc, les doigts crispés autour de la boîte sa boîte à musique qu’elle fixa un très long moment.

« Pardon ? » répondit-elle, à bout de souffle, et avec surprise, à l’homme qui s’adressa à elle. Elle lui lança un bref regard, puis se concentra sur sa respiration qu’elle régula en trois goulées nerveuses et profondes. Il avait sans doute été interpellé par l’hésitation qui teintait les gestes qu’elle retenait en contemplant le couvercle de sa boîte à musique, et pensait bien faire en l’informant de la marche à suivre – une bonne âme comme il n’en existait plus de nos jours. De nouveau maîtresse d’elle-même, Amelia sourit légèrement, et tout en rassemblant ses mains sous son menton pour réchauffer ses doigts engourdis par la fraîcheur et la tension dans son corps, elle ajouta « Je sais. » Elle n'en savait rien. Elle n'était jamais venue. Le mensonge lui vint naturellement, et elle pointa du doigt la boîte à musique qu'elle avait sur les genoux « Je doute que ce que j'ai apporté soit un cadeau approprié. Qu'est-ce que vous en pensez ? » Cette fois, elle tourna la tête pour le regarder plus longtemps, les lampions du sapin se réverbérant sur son profil particulier. Elle contint alors un soupir de stupéfaction en le reconnaissant pendant qu’il se dandinait le moins discrètement du monde pour s’éloigner d’elle. Millie se risqua tout de même à lui demander « On ne vous voit plus au cabinet. Tout va bien ? »

Charles Abberline s’était occupé de Millie et de sa famille avec professionnalisme – un professionnalisme qui coûtait cher, et qui lui valait de nombreux allers-retours dans son bureau, comptes tenus des charges qui avaient pesées sur elle. Tobias avait longtemps fait partie des meubles du cabinet de son avocat, mais pas que. Suspecté, puis disculpé, il avait une personnalité qui avait fait jaser la moitié de l’opinion publique, et qui avait intriguée l’autre moitié, dont Millie faisait partie.
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Sujet: Re: aching bones & imaginary snowJeu 29 Déc - 4:00

Il y avait une autre boîte, quelque part dans Fairhope. Scellée, rouillée, dissimulée du reste du monde, emprisonnée, à l’abris des regards. Une boîte attaquée par les vers et les mites, par la boue et le vent, rongée par l’érosion et le temps. Une boîte dont le couvercle ne s’était plus jamais rouvert, destinée à moisir, à n’être que souvenir, la mélodie raisonnant dans les crânes endoloris des pauvres vivants qui erraient encore dans les rues de la ville. Mélodie sinistre et angoissante, refrain tragique dont Tobias ne maitrisait plus l’air depuis longtemps. Il ne songeait qu’à la danseuse, enfermée, perdue, désespérée, qui avait sans doute essayé de se sortir de là en grattant le bois de ses doigts fragiles, s’arrachant les ongles, l’odeur du sang lui montant au nez, l’enivrant un instant pour apaiser ses peines et sa douleur. Peut-être respirait-elle encore, ensevelie sous sa couche de terre, bien au chaud entre les draps de l’enfer. Peut-être priait-elle encore pour qu’on l’entende, qu’on vienne la chercher, qu’on l’emporte ailleurs. Tobias avait bien essayé de la confier à l’océan, convaincu que celui-ci lui aurait rendu sa danseuse, qu’il aurait lavé sa peau et effacé les marques pour la lui confier intacte ; mais on l’avait forcé à la rendre aux Hommes qui devaient satisfaire leur ridicule obsession pour la terre. La pauvre graine avait déjà germé, le fruit gonflant dans ses entrailles sans qu’on pense à le cueillir avant de l’enterrer. La danseuse était trop mure et la pauvre avait pourri entre deux notes de musique, un couvercle, et quelques poignées de boue…

Le pauvre fou ne parvenait plus à décrocher son regard de l’objet. Avec un peu de chance, la clé se trouvait là, entre les doigts de la jeune femme. Ses doigts qui lui rappelaient justement ceux d’une autre, ceux qu’il aurait du lui arracher pour la reconstruire, pour lui redonner vie. Les lèvres de celle-ci, les mains d’une autre, les sourcils d’une troisième… Si Laurel avait été de ce monde, elle aurait condamné une telle pensée ; mais rien ni personne ne parvenait à raisonner Tobias depuis qu’elle avait disparu. Alors il contemplait le cadeau improvisé de celle qui partageait son banc avec un intérêt particulier, presque trop aiguisé pour ne pas finir par se planter dans son regard comme s’il allait lui ravir le précieux objet. Ses sourcils se froissèrent, tandis qu’il tentait de suivre le cours de cette conversation qui n’avait rien de réel ; en tout cas par pour lui, dont les pensées corrosives attaquaient les cellules nerveuses, prisonnier de sa propre folie, en proie à des démons qui finiraient par causer sa perte. Impossible de savoir si le cadeau en question était bel et bien approprié et ainsi renseigner la jeune femme en conséquence, au même titre qu’il était impossible pour Tobias de discerner le vrai du faux, le bon du mauvais, le bien du mal. « Il faut le mettre sous le sapin. », répéta-t-il, visiblement froissé par la question, comme si sa première affirmation n’avait pas été suffisante ; comme s’il était vexé de ne pas avoir de meilleure réponse à fournir, de conseil d’expert à partager, ou de remarque plus intelligente à faire. Que pouvait-il dire de plus ? Les vraies réponses n’étaient pas sur ses lèvres, elles étaient dans la boite à laquelle la blonde s’agrippait, et il préféra reporter son attention sur cette dernière, ne la quittant plus des yeux. Dès qu’elle irait s’en débarrasser, il ne tarderait pas à la récupérer dans la foulée, c’était certain.

Pourtant la voix de l'inconnue le rappela à l’ordre à nouveau, l’obligeant à croiser son regard pour la deuxième fois, lui qui n’aimait plus se perdre dans les iris de ses interlocuteurs. C’était trop angoissant, trop plein de vie et d’émotions qu’il ne comprenait pas, sur lesquels il ne mettait même pas de mot. Tous ces montres étaient bien trop humains pour lui et ils allaient finir par se nourrir de ses entrailles tièdes, de la matière qui le constituait, du bien précieux qui baignait entre les fines parois de son crâne. Il en profita d’ailleurs pour s’assurer que personne ne les épiait, avant de remonter le courant de sa mémoire qui commençait sérieusement à lui faire défaut et à lui jouer des tours. Ce qui s’était produit se mélangeait avec les fantasmes, les illusions, et les souhaits ; difficile pour lui de faire le tri et de remettre des mots sur des évènements passés ou présents, quand plus rien n’avait de sens. « Je suis parti. » C’était bien ce qui s’était produit, n’est-ce pas ? Que le départ ait été physique ou non, Tobias avait fini par quitter ce cabinet et abandonner les nombreux dossiers qui jonchaient son bureau, afin de gaspiller son temps à courir après une danseuse aux jambes coupées et au regard vide. La seule pour qui son coeur battait encore, se battait à tout rompre. « Il n’y avait plus rien à faire là-bas, plus rien du tout. » Ses traits ne s’apaisaient aucunement, le ton durci par la froideur de l’hiver. Il remua la tête de droite et de gauche, sûrement énervé par la situation, dans un cul-de-sac. Il n’y avait bien que cette fichue boîte pour l’intéresser. Rien d’autre.
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Sujet: Re: aching bones & imaginary snowVen 30 Déc - 15:16

Le silence était parfois plus confortable que les bavardages inutiles, Millie en prit pleine conscience à l’instant où Tobias lui répondit en répétant simplement l’entame dont il avait usé pour l’accueillir, tandis qu’elle s’était laissée asseoir à côté de lui sans savoir exactement pourquoi elle avait atterri dans ce parc. Il faisait déjà froid à l’extérieur, Décembre n’en finissant plus de déverser son amertume à l’approche de la fin de son règne, mais le ton qu’employa le jeune homme ne fit qu’accentuer les pointes acérées du vent qui déferlait en bourrasques légères, mais mordantes, sur les portions de peau qu’Amelia ne pouvait couvrir, ne possédant rien d’autre sur les épaules qu’un gilet pour se prémunir contre les températures hivernales. Sa sensation de froid frôla le paroxysme lorsqu’elle risqua une œillade discrète à la cantonade flanquée devant le sapin-géant. Tous couverts de la tête aux pieds, ils ne s’étaient pas rendus ici sous le coup d’une transe inhabituelle, se dit-elle en remettant ses propres intentions en doute. Millie frissonna de nouveau.

Les yeux brouillés par la confusion, elle hésita une seconde, puis baissa la tête pour contempler la boîte à musique posée sur ses genoux. Il y avait des moments où même ses bonnes intentions ne suffisaient pas à débloquer une situation. Elle ne connaissait pas personnellement Tobias, mais l’écho de sa bizarrerie n’en finissait plus de se répercuter sur les façades décrépies de Fairhope. Elle n’était pas prédisposée à se joindre à la rumeur en condamnant son comportement qu’on ne savait décrire tant il paraissait imprévisible et périlleux. Elle l’avait si peu côtoyé, alors pourquoi le blâmer ? Passant de temps à autre à son bureau pour s’enquérir des disponibilités de Charles, un sourire plaqué sur le visage pour adoucir ses constantes intrusions, Amelia n’avait jamais émis la moindre critique vengeresse à l’égard de celui qu’on suspecta, tout comme elle, d’avoir assassiné sa grand-mère. Sans en faire trop, elle éprouvait une certaine compassion pour ce qu’il avait vécu, car lui aussi avait tant perdu. Mais ça, les habitants de Fairhope n’étaient pas disposés à l’admettre.

Le poids de la boîte à musique sur les genoux de Millie était anecdotique ; sauf qu’elle eut l’impression d’avoir les chevilles prisonnières d’un étau, l’obligeant à s’adosser au banc sur lequel elle s’était assise pour retrouver un meilleur maintien. La ferraille glacée du cadre du banc la fit sursauter, mais elle resta dans cette position, craignant d’être trop ancrée dans le sol et de s’y enfoncer doucement. Elle sentit aussi quelque chose la picoter juste au-dessus de sa fesse. Tobias ne semblant pas réagir à ses questions, elle glissa discrètement une main dans la poche arrière de son pantalon pour récupérer la clef de la boîte à musique qu’elle garda précieusement dans la paume de sa main. Elle regarda autour d’elle, ne s’attendant plus à ce que Tobias lui réponde – le silence valait mieux dans ce genre de circonstances, se répéta-t-elle dans un sourire fugace, et pendant que, par réflexe, elle retournait la tête dans sa direction, elle croisa enfin son regard. Elle n’avait jamais été confronté à un regard aussi triste. L’obscurité enveloppant Knoll Park rendait la lueur à peine perceptible au fond de ses iris on ne peut plus inquiétante. Amelia ne broncha pas cependant, et le sonda sans y penser, la clef qu’elle serrait de plus en plus fort dans sa main menaçant de l’entailler.

Elle ne sut quoi faire de ses réponses, si ce n’est opiner du chef pour acquiescer. Et le silence entre eux se fit définitivement, tout juste perturbée par la clameur environnante. Millie observa le profil de Tobias avec un intérêt relatif, hésitant sur la marche à suivre – elle pouvait très bien partir pour rentrer chez elle, sa présence ici relevant d’une impulsion qu’elle n’avait pu retenir, ou alors elle pouvait profiter de la compagnie de la personne installée à ses côtés, pourtant si peu encline à la discussion.
Les genoux d’Amelia se mirent à trembler de froid, lui rappelant la raison cachée de son escapade dans cette partie de la ville. Elle ouvrit sa main pour découvrir que la clef de la boîte à musique l’avait fait saigner tellement elle l’avait serrée dans sa main – ça ne sembla pas la contrarier plus que ça. Dans un même temps, elle souleva le couvercle de la boîte à musique, et après l’avoir remontée à l’aide de plusieurs tours de clefs, elle laissa la mélodie tinter. Avec un sourire tendre, elle accorda toute son attention à la danseuse.

« J’aurais aimé savoir danser comme elle. » avoua-t-elle à Tobias, sans y réfléchir. Elle inclina la tête sur le côté, et lui adressa un nouveau regard qu’elle n’accompagna d’aucune parole sur l’instant. Elle étudia sa réaction avec une discrétion qui lui était propre, faisant vaciller ses yeux curieux de part et d’autre du tableau qu’il lui offrait en étant ainsi installé à ses côtés. Après une très longue seconde à s’imprégner de la mélodie qui s’échappait des lames de la boîte à musique, elle la posa sur la banc, et sauta galamment sur ses deux pieds ; la manche de son gilet glissa de son épaule, et sa peau brilla sous la lumière de la lune qui s’élevait dans le ciel étoilé. Elle tendit la main qu’elle s’était blessée vers Tobias, et avec beaucoup de sérieux, elle lui demanda « Vous dansez ? »
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Sujet: Re: aching bones & imaginary snowMar 10 Jan - 23:45

Le reflet de sa peau sur la lune manqua de l’éblouir. À moins que ce ne soit l’inverse ? À deux doigts de tomber à la renverse, assis là, au bord de son banc comme au bord d’une falaise, suspendu au-dessus du monde qui attendait patiemment qu’il se laisse doucement happer par les profondeurs de l’enfer. À moins qu’il ne soit l’enfer ? Les flammes dans son regard s’étaient éteintes depuis bien longtemps, mais les braises ne pouvaient-elles pas ranimer ce qu’il restait de lui ? Il suffisait qu’on les attise, et la pâleur de cette peau, pareille à la carnation de la lune, cette chère lune, sa première maîtresse, lui redonnait allure humaine. Presque. Si ce n’était pas pour les marques que les cendres avaient laissé dans son dos, sur sa nuque, sa carcasse s’embrasant toute entière au contact de l’air, peut-être qu’on aurait pu se dire qu’il ne s’était tout simplement pas écrasé sur terre, déchu, pauvre damné qu’il était. Si ce n’était pas pour la colère dans sa voix, cet éclat roque qui lui fendait la gorge à chaque fois qu’il ouvrait la bouche, peut-être qu’on aurait pu le croire divin, immonde animal qu’il était. Laurel avait su l’élever, dompter l’horreur et apaiser la vengeance, chasser la mélancolie et rassurer l’angoisse ; mais depuis qu’elle n’était plus là, on ne le distinguait plus sous les traits tirés qu’il arborait.

Les braises dans ses yeux contemplèrent cette main comme si elle serait d’une aide quelconque, comme si elle allait réussir à le tirer loin d’ici, loin de Fairhope. Loin de ses souvenirs. Peut-être qu’il pourrait recommencer ailleurs s’il retrouvait les bras de sa mère, qu’il se blottissait suffisamment longtemps contre elle pour ne plus faire qu’un corps, pour regagner ses entrailles et ne plus jamais en sortir. Elle qui l’avait vu naître, pouvait-elle seulement le guérir ? Était-ce si sot d’y croire, d’y songer seulement ? Elle était trop loin de toute façon, et il ne lui restait plus rien, à part cette main, celle de l’inconnue, de sa mère, de sa soeur. Une seule paume, et pourtant, une nation de femmes à sa portée. Et puis la boite à musique qui reposait à ses côtés, qui jouait un air qu’il connaissait mais que son cerveau avait peine à identifier autrement que par des sons, incapable de mettre des mots, un titre sur la mélodie. Un comble pour l’ancien parolier ; vraiment. Le fou n’était plus capable d’inventer l’histoire qui allait avec les notes, celles-ci se suffisant généralement à elles-mêmes, n’ayant besoin de personne pour faire part de ce qui les transportait. Elles avaient l’air de se répandre dans l’air du soir avec tant de grâce, que l’espace d’un instant, Tobias s’était demandé s’ils n’allaient pas tout simplement s’envoler, emportés par une bourrasque, un vent frais, une brise céleste ; s’ils n’allaient pas disparaitre comme deux volutes de fumée, lui, la braise et elle, la brindille, brûlés vifs aux quatre vents.

Vite ; avant que la danseuse ne s’arrête et que la mélodie ne s’évapore. Tobias reporta finalement son attention sur cette main, la même, qui semblait trembler, frémir quelque peu au contact de l’air frais. Il secoua pourtant la tête de droite et de gauche, indiquant son refus, les sourcils marqués par son incompréhension. Il savait à peine marcher, parler, se nourrir. Il savait à peine vivre, il ne pouvait décemment pas se mettre à danser. Il ne pouvait plus, il ne savait plus. Il avait oublié ces choses-là au moment où on lui avait donné une bonne raison de rester immobile, où son ultime devoir avait été de contempler les minutes en attendant que son heure vienne. Et pourtant, là, sur le doigt de la jeune femme. Un espoir. Il avait failli le lui faire remarquer, comme on prévient de la goutte de cire qui manquerait de tacher la nappe, celle d’eau qui ferait déborder le vase, celle de vin qui serait de trop ; pourtant, il ne dit rien, la lune se délectant elle aussi de ce spectacle, contemplant les danseuses, les coiffant d’un halo splendide.

Il se résigna une seconde après, sa propre main se mêlant à la sienne, se hissant sur ses pieds comme si cela paraissait évident. Ne s’était-elle pas sacrifiée pour lui faire face, l’emmener loin d’ici en valsant, lui faisant traverser des océans et des fleuves sacrés afin qu’il puisse retrouver celle qu’il aimait ? Elle allait le guider auprès d’elle, morte elle-même. Inexistante. Perdue. La défunte était merveilleuse, et Tobias, embarrassé, entreprit de suivre ses pas avec autant de délicatesse que sa taille et sa carrure lui autorisaient. Il avait connu une danseuse, mais elle n’était plus là ; et ses lèvres semblaient déjà perdre le goût de son prénom. L’homme laissa la souveraine guider son autre main, celle qui ne serait pas tachée de son sang lorsqu’ils se sépareraient à nouveau, prenant une grande inspiration, se concentrant sur les battements de son coeur, cadence funèbre qui ne faisait que ralentir. « Je ne sais pas si j’ai déjà dansé avant. » Bien sûr que si, il avait déjà valsé. Mais jamais avec la mort.
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Sujet: Re: aching bones & imaginary snowDim 15 Jan - 20:12

Le suspens s’égrainait de concert avec les secondes qui parurent s’étirer, défilant en slow-motion, et laissant à Millie le pressentiment qu’elle venait de commettre un impair. Saurait-elle le réparer ? Rien n’en était moins sûr, car elle ne savait déchiffrer les secrets derrière l’expression impavide de Tobias. Alors elle retint son souffle, ne comptant plus les suivantes pour éviter d’aggraver l’anxiété qui dilatait ses poumons et faisait accélérer le rythme de son cœur – il se mit à jouer une partition trop véloce au contraire de celle qui s’échappait de sa boîte à musique, lui faisant craindre le redoutable contretemps.

La confusion, additionnée au climat de l’hiver, fit rapidement s’élever la chair de poule le long de sa colonne vertébrale. Ses muscles se contractèrent, sans doute trop raides à l’approche de la timide valse qu’elle promettait à son partenaire du soir. Sentant la tension naître dans chaque parcelle de son corps, elle eut une nouvelle fois l’idée de s’enfuir pour mieux laisser sa proposition se faire emporter par le souffle du vent froid de Décembre. Elle fit une pause mentale, et son regard, rendu brillant par l’ombre des illuminations de Noël se réverbérant au travers, trouva brièvement celui de son interlocuteur. Le courage lui revint. Amelia n’abandonnait pas, jamais, qu’importe ce qu’elle risquait – et à la vue de sa maladresse légendaire, elle risquait beaucoup.

Elle ferait en sorte de garder les pieds sur Terre, se jura-t-elle avec conviction. Aussi se remit-elle à expirer consciencieusement, un échelon à la fois, et la buée opaque s’échappant de sa bouche lui donna des airs de cheminée ambulantes – son cœur se calma, laissant Tchaïkovski mener la bande-son de cet interlude inattendu. Elle rassembla tous ses esprits pour encourager Tobias d’un signe de tête lorsqu’il secoua la sienne, refusant poliment son invitation. Comme si elle lui chuchotait un espiègle : « Allez, on ne vit qu’une seule fois ! », elle lui tendit plus résolument sa main entaillée, les sourcils très légèrement froncés, un sourire faisant saillir ses pommettes rosies par le froid. Elle serait tellement mieux au volant de sa voiture, les mains dressées devant ses convecteurs poussés au maximum, à songer à l’absurdité de l’instant qu’elle était en train de vivre. Mais le froid, aussi vif fut-il, semblait perdre de son pouvoir sur sa nouvelle victime, la chair de poule mise à part : il y avait quelque chose chez Tobias qui l’empêchait d’approuver sa raison qui pourtant ne lui avait jamais fait défaut jusqu’à présent. Millie attendit, suppliant les lames de sa boîte à musique de ne pas s’arrêter et de laisser la danseuse exécuter ses pirouettes le temps que le jeune homme se décide à accepter la main qu’elle lui tendait – issue improbable de la cellule capitonnée dans laquelle il s’était durablement retiré.

Elle comprit que sa main était blessée à l’instant où celle de Tobias se joignit à la sienne. Paume contre paume, l’élancement provoqué par le frottement de leur peau lui arracha une grimace, mais passée la surprise désagréable de ce pic de douleur, elle se redressa pour faire face à la silhouette élancée de son partenaire. Avec beaucoup de précaution, elle se hissa imperceptiblement sur la pointe des pieds pour que leurs visages se reflètent. Le miroir dans lequel elle perdit son regard lui renvoya une image sombre et torturée. Elle l’observa, les lèvres entrouvertes, son souffle réduit en vapeur remplissant l’infime espace qui les séparait. Tobias avait certainement dû passer beaucoup trop de temps à froncer les sourcils pour que le pli soucieux entre ses deux yeux soit aussi ancré dans sa peau pâle ; l’épaisseur de ses sourcils ne rendait pas justice à la forme plus harmonieuse de ses yeux sombres qui se plantèrent solidement dans les siens quand elle lui répondit :

« Il y a une première fois à tout. Ne craignez rien, c’est facile. » Avec spontanéité, elle guida son autre main, en effet. Délicatement, Amelia attrapa son poignet, et par une pression stratégique et subtile, elle le contraint à ouvrir les doigts. Le développé de ses phalanges épousa le bas de son dos « Il suffit juste de… » Sa paume, qu’elle redirigea au dernier moment, et qu’elle glissa au creux de ses reins, atténua le frisson de sa colonne vertébrale par la chaleur qu’elle diffusa jusqu’à ses omoplates. La courbe de sa taille se dessina sous l’arc de la cambrure élégante qu’elle emprunta pour faire bonne mesure – son port de tête suivit, révélant la délicatesse de sa gorge. Après avoir recouvert son bras dénudé, elle posa elle-même sa main libre et intacte sur l’épaule du jeune homme. Elle tourna légèrement la tête, et s’amusa, d’un rire rentré, de son regard fuyant.
Avec un sourire doux, elle lui releva le menton du bout des doigts « C’est ici qu’il faut regarder. » Elle se hissa un peu plus sur la pointe des pieds, et opéra un premier pas à droite au rythme des lames d’acier dont la ritournelle s’épuisait déjà. Elle aurait dû s’inquiéter du manque de visibilité et du danger potentiel que ça représentait de ne pas suivre le mouvement de ses pieds du regard, mais bizarrement, elle se sentait plus adroite que jamais. Au point que, dans un sursaut de confiance en elle, elle dit à Tobias « Et si c’est difficile, vous n’avez qu’à fermer les yeux, et imaginer que mes mains sont celles de quelqu'un d’autre. » L’étreinte de sa main se raffermit contre celle de Tobias, tandis qu’elle continuait avec un autre pas. Millie se pencha alors tout doucement vers lui pour lui chuchoter à l’oreille « Je vais vous guider. Je sais où je vais, faites-moi confiance. »
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Sujet: Re: aching bones & imaginary snowJeu 9 Fév - 23:24

Il se souvenait clairement de la première fois, un souvenir que son esprit jouait parfois en boucle, le visage de Laurel devenu mélodie dans son esprit malade, les notes de ses yeux et l’harmonie de ses lèvres revenant le hanter en cadence, en rythme avec les battements de son propre coeur ; comme si elle pouvait encore se noyer dans sa chair, comme si elle était encore là, occupant ses pensées à raison de pouvoir occuper ses draps. Tobias se souvenait de ses bras tendus vers lui, de ses doigts fins qui étaient doucement venus défaire les boutons de sa chemise, son regard ancré dans le sien, un océan d’ambre dans lequel il se noyait tous deux, naïvement, sans réaliser que leur amour était criminel, qu’il finirait par les assassiner. Malgré les risques, Laurel était pourtant restée, suspendue à son cou comme certains s’agrippaient désespérément à la vie. Elle savait que son avenir était là, auprès de lui, et elle avait fini par baisser sa garde, acceptant l’attention qu’elle avait tenté de refuser tant de fois sous prétexte que les choses ne devaient être ainsi entre un frère et sa soeur. Elle avait fini par le rassurer en lui disant qu’elle n’aurait pas mal, qu’il ne pourrait pas la blesser, jamais. Qu’elle avait envie de lui comme elle n’avait désiré personne d’autre, jamais. Qu’elle était prête, qu’elle ne le serait pour personne d’autre. Jamais.

Les paupières de Tobias tombèrent doucement sur ses yeux, pareilles à une sentence, plongeant le monde dans le noir, ne le réduisant qu’à de vagues sources de lumière qui transperçaient parfois la fine couche de peau qui couvrait ses prunelles pour lui rappeler qu’il était encore vivant. Le timbre de la voix de Laurel avait changé. Après tout, quoi de plus naturel ? Elle avait vieilli, elle aussi. Elle n’avait pas grandi pour autant, obligée de se mettre sur la pointe des pieds pour tenter d’égaler son mètre quatre-vingt seize, et ce simple constat lui arracha un sourire inespéré. Les paumes de la jeune femme étaient toujours aussi douces, et ses reins épousaient toujours la forme des mains de Tobias à la perfection, ses mains sales qui ne la méritaient pas. Il aurait voulu la soulever, l’arracher au plancher puisqu’elle n’appartenait plus au monde qu’ils avaient connu. Elle vivait ailleurs, dans les cieux, entre deux nuages auxquels elle attribuait parfois des noms étranges, leur prêtant des formes connues pour se les approprier. Que pouvait-il dire ? Il s’agissait du royaume de la jeune femme, il n’avait aucune raison de la contredire en pauvre valet qu’il était. Ses pas suivaient les siens, ses sourcils se fronçant alors qu’il se risquait à se pencher pour respirer son parfum, l’inspiration trop violente pour ses poumons qui n’étaient plus habitués à se soulever pour autre chose que pour survivre, et non pour apprécier le voyage. La destination était fatale de toute façon, alors à quoi bon ?

Tobias avait envie de l’allonger, quelque part entre le gazon figé par le givre de l’hiver et la terre qu’elle connaissait déjà, qu’elle avait réussi à conquérir aussi facilement qu’elle avait envahi le ciel. De lui offrir le repos qu’elle méritait, celui qu’il n’avait pas pu lui offrir depuis la cellule de sa prison, l’esprit embrumé derrière des barreaux qui ne le séquestraient pas plus que ses propres pensées. Il fallait qu’il l’enterre. La solution se trouvait sans doute là. Pour mieux la retrouver, il fallait qu’il renonce à sa présence, qu’il la laisse partir. Qu’elle aille danser ailleurs, là où elle était reine de tout, où il n’était souverain de rien. Et puis quand le moment serait enfin venu, il la rejoindrait ; quand il serait prêt à s’offrir à son tour, comme elle l’avait fait en lui tendant la main, en le prenant dans ses bras, en lui confiant ce qu’elle avait de plus précieux. Ses lèvres se posèrent délicatement dans son cou ; elle lui avait appris à ne plus la dévorer de ses baisers. Elle lui avait appris à être tendre. « Est-ce qu’on peut rentrer maintenant ? » Tout ceci n’avait rien de réel, mais comment pouvait-il le voir ? Et comment ne pas croire ce qui était invisible ? Sa paume quitta ses reins, sa main s’attachant maintenant à sa hanche, son bras faisant pratiquement le tour de sa taille. « Please ? » Il la désirait. Une dernière fois, avant que de rouvrir les yeux et qu’elle ne disparaisse à nouveau. Une dernière fois avant de l’enterrer pour toujours cette fois-ci. Une dernière fois, en hommage à la première. Une dernière fois. Promis.
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Sujet: Re: aching bones & imaginary snowDim 19 Fév - 23:10

Millie avait toujours été rationnelle. Au-delà du profil scandaleux que les médias avaient fait d’elle, et des quelques mensonges qu’elle avait prononcé dans le passé, il n’était pas spécialement ardu de lui faire confiance, au contraire. Ça n’avait rien à voir avec sa nature profondément débonnaire, c’était plutôt une question de bon sens. On ne soupçonnait pas une femme comme elle d’être capable de faire preuve de pragmatisme et de maîtrise de soi. Néanmoins, elle n’avait cessé de surprendre son entourage en démontrant qu’elle était assez intelligente pour prendre de la hauteur et observer une situation désespérée dans l’espoir d’y trouver la meilleure issue. Et quand on l’avait accusé des meurtres de Ruth et de Rose, elle avait su garder la tête froide – ça avait joué en sa défaveur, puisqu’on l’avait injustement pointée du doigt pour ne pas s’être donnée en spectacle devant les caméras, alors qu’ils espéraient tous qu’elle fonde en larmes à chaque instant.
Rester droite dans ses bottes, c’était ça ce qui lui avait permis de tenir aussi longtemps ; de savoir faire le tri dans les éléments du dossier que les autorités avaient monté contre elle et surtout de ne retenir qu’une seule et unique chose : que qu’importe l’image qu’ils tenteraient de lui donner, qu’importe les horreurs qu’ils déblatéreraient dans leurs colonnes pour faire d’elle la coupable toute désignée, ils n’avaient foncièrement rien à charge pour la condamner, puisqu’Amelia Jordan Williams n’avait absolument rien à se reprocher.

Sa bonne conscience était donc sa meilleure alliée. Alors pourquoi ce soir, elle avait décidé de filer ? Elle sentit les muscles de Tobias se détendre. Au travers du cocoon confortable dans lequel elle l’avait attiré, il émana de lui une toute nouvelle énergie qu’elle perçut derrière la maille fine de son débardeur. Comme au milieu d’un bain de vapeur, elle se retrouva entourée d’une chaleur agréable qu’elle réclama en pressant discrètement son ventre contre Tobias.
C’était tentant de se laisser porter par la poésie d’un moment comme celui-ci – la boîte à musique s’était interrompue, laissant place à la clameur des badauds qui ne s’intéressèrent guère à la vision de ce couple enlacé devant le sapin-géant, captivés par un tout autre spectacle. Millie fureta dans ce qui lui restait d’entendement, mais c’était difficile de faire le point, car elle était bouleversée.
Une multitude d’images se superposa devant ses yeux, et elle se mit à vouloir se souvenir quand quelqu’un l’avait dévorée du regard comme maintenant, puis très vite, quand quelqu’un l’avait effleurée avec autant de tendresse. Andy s’imposa à son raisonnement. Penser aux bons moments qu’ils avaient passées, ainsi que le manque qui avait fini par creuser un trou dans sa poitrine ne l’aidèrent pas à repousser la touffeur perfide qui remonta du bas de son abdomen jusqu’à ses pommettes saillantes. La fébrilité l’assaillie, et sa main se referma en un poing qui s’accrocha fermement au dos de la veste de Tobias. Elle ferma un instant les yeux.

Tous les éléments étaient réunis pour tracer le destin des protagonistes de l’histoire qui était en train de s’écrire. L’atmosphère y faisait pour beaucoup, amenant avec elle les frissons provoqués par le souffle du vent, et qui persistait à vouloir balayer sur son passage les dernières miettes de discernement éparpillées aux pieds de ce duo dansant sous les étoiles. La bouche de Tobias poinçonna son cou d’une empreinte chauffée à blanc – il aurait été si facile de se laisser porter par la poésie d’un moment comme celui-ci, c’était indéniable. Mais quelque chose dans la façon avec laquelle Tobias s’adressa à elle la dérangea, et la pression de son bras autour de ses hanches l’embarrassa soudain. Amelia rouvrit les yeux, interdite. Son propre poing se desserra pour qu’elle puisse se défaire délicatement de l’étreinte du jeune homme à qui elle prit le visage entre ses paumes pour le regarder droit dans les yeux.

« Tobias ? » commença-t-elle à voix basse. On lui reprochait soudent d’infantiliser ses interlocuteurs – déformation professionnelle, répondait-elle alors. Mais ici, la douceur qui teinta le son de sa voix n’avait rien de castratrice. Elle cherchait tout simplement à le rassurer, ayant senti qu’il s’était égaré – qu’ils s’étaient égarés. Sa raison se rappela à elle, et lui indiqua que l’encourager à aller plus loin serait de la folie, en plus d’un abus de faiblesse évident – elle aussi en aurait tellement eu besoin, pourtant.
Millie reprit avec un sourire en demi-teinte « Vous êtes venus ici comment ? Je peux vous raccompagner, ou vous appeler un taxi si vous préférez. » Sans qu’elle n’y songe vraiment, ses pouces tracèrent des cercles réguliers de part et d’autre des tempes du jeune homme, et tandis qu’elle se remettait sur la pointe des pieds pour sonder ce qui se cachait derrière ses yeux tristes, elle lui demanda, tout en opinant du chef pour l’encourager à reprendre pied dans la réalité « Je suis Millie, vous vous souvenez ? »
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Sujet: Re: aching bones & imaginary snowDim 19 Mar - 1:51

Il y avait forcément un moment où le rêve devait s’achever, s’effritant comme la peinture d’une toile vieillie par le temps, lambeaux de souhaits s’évaporant dans l’air du soir, fumée divine qui semblait dessiner une échelle jusqu’aux cieux. Il aurait bien voulu grimper à son tour, rejoignant les damnés qui l’avaient précédé, précédant ceux qui le suivraient en pensant que quelque chose de meilleur les attendait ailleurs. Mais il n’y avait rien, rien que le néant, l’éternité, rien de mieux que ce qu’ils avaient connu parmi les vivants. Leur enfer avait été érigé sur les restes d’un paradis, et il n’y avait bien qu’en creusant la terre, qu’en s’offrant à elle qu’on pouvait regagner le jardin dont il était question dans les textes sacrés. Devenir engrais pour les pommiers suivants, c’était leur malédiction, leur fardeau. Et il avait failli croquer dans le fruit, le gratifiant d’un simple baiser avant de le voir hésitant, avant que de le voir rouler sur le sol, le vers dans la pomme lui retournant soudainement l’estomac, le contraignant à froncer les sourcils et à avoir un mouvement de recul. Il y avait cru. Ce n’était même plus de la foi, c’était de la conviction, l’évidence même. Elle avait été présente, avant que d’être une autre, étrangère dans sa façon de lui parler, de se tenir contre lui. Comme si elle n’était plus là alors qu’elle l’avait été quelques secondes auparavant. Le brun ne pouvait pas s’empêcher de lui en vouloir une deuxième fois, l’abandonnant dans les bras d’une inconnue après lui avoir redonné espoir. Peut-être que Laurel le provoquait, juste pour voir jusqu’où il était prêt à aller pour la rejoindre ?

Il s’effaçât, le regard perdu vers l’horizon, vers ce qui avalait le soleil chaque soir, cherchant l’astre au milieu de la nuit comme pour se prouver qu’il ne l’avait pas inventé lui aussi. La jeune femme avait beau lui parler, lui poser des questions, il ne l’entendait plus, cherchant déjà une autre silhouette parmi la foule. Combien de temps s’était-il assoupi ? Des mois, des années, et Laurel avait certainement changé depuis la dernière fois. Elle n’avait certainement pas grandi, mais sa chevelure avait sans doute poussé, la cascade brune tombant gracieusement dans son dos, les traits de son visage un peu moins lisses que dans ses souvenirs, la peau de son cou toujours aussi tendre et imprégnée du parfum de ses baisers. Elle était forcément près de lui, elle l’était sans cesse. En s’éloignant d'une autre, à peine quelques centimètres, il avait même pu apercevoir le sang de sa soeur dans la paume de sa main alors qu’il inclinait la tête, vaincu. Elle passait son temps à laisser des indices qu’il voyait sans les comprendre, sans être capable de déduire la suite. Se séparant finalement de l’étrangère, il laissa échapper un grognement.

« Laissez-moi tranquille. » Pauvre bourreau, condamné à effrayer quand ses veines manquaient d’exploser d’humanité. Il ne savait plus qui était cette victime-là, ce qu’elle faisait ici, ce qu’elle lui avait promis avant de le fuir, mais du peu qu’il en savait, elle n’était pas sienne. Ce n’était pas elle qui avait embrassé son front pour apaiser sa fièvre, qui s’était vidé de son sang dans leur lit pour le bercer jusqu’après sa mort. L’homme ajusta le col de son manteau, le froid lui attaquant l’échine, sa nuque laissée à découvert se crispant soudainement. « Je ne sais pas qui vous êtes. » Tobias préféra faire un pas de côté, son regard fixant la blonde, le loup gardant un oeil sur l’agneau comme pour prédire le moindre geste brusque, le moindre saut qui aurait pu lui couter cher. Il murmura la même chose en boucle, tant et si bien que le refrain parut bientôt aussi glacé que l’air du mois de Décembre, brûlant, incisif, le fou interrogeant la reine à l'infini, dans un murmure, respirant à peine. À moins qu’il ne s’interroge lui-même ? Il cherchait la réponse dans les paumes de ses mains, espérant qu’elle soit inscrite ici, sa chair pareille à des charbons tandis qu’il essayait de renouer une dernière fois avec la réalité. Il était arrivé là par hasard. Ou peut-être par intérêt ? Elle lui avait parlé parce qu’ils se connaissaient. Ou peut-être qu’elle lui voulait du mal ? Ils avaient dansé. Ou peut-être qu’ils avaient valsé avec la mort ? « Vous devriez mettre votre cadeau au pied du sapin. » Puis, rebroussant finalement chemin après s'être noyé dans le silence, happé par la nuit, il s’était éteint.
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Sujet: Re: aching bones & imaginary snowLun 27 Mar - 11:11

Millie battit rapidement en retraite lorsqu’elle s’aperçut que Tobias ne la remettait pas et que sa bienveillance, ainsi que ses encouragements tactiles, l’indisposaient. Elle avait sondé son regard une longue minute, les étirant comme les draps d’un lit qu’on refait soigneusement avant de se coucher. Ses pouces battaient toujours cette même mesure rassurante sur ses tempes tapissées de cheveux doux et épais, alors qu’elle pressentait que quelque chose n’allait pas.
Le silence s’était fait autour d’eux, les soustrayant à l’enthousiasme festif de la fin d’année. Entourés d’une bulle protectrice, elle éclata brusquement à l’instant où l’attitude du jeune homme changea, et qu’il remonta le col de son manteau pour se protéger du froid – ou pour se protéger des œillades qu’elle n’avait pas su restreindre, irrésistiblement attirée par la douceur de ses gestes à son encontre, et par la promesse tacite d’avoir droit à plus si elle succombait aux soubresauts agitant son estomac. Il avait grogné en se défaisant de l’étreinte qu’elle n’eut pas le courage de maintenir, apeurée, et elle ne put s’empêcher de s’imaginer en train d’apprécier ces grognements – dans un autre contexte, et dans d’autres circonstances.

La respiration d’Amelia, qu’elle avait retenue tout du long, se relâcha en une fine colonne de fumée. Elle resta interdite, les bras ballants, le regard vacillant de part et d’autre du visage de Tobias qui murmurait, répétant son refrain inlassablement. Elle aurait aimé qu’il ne dise rien avant de s’en aller – sa voix résonna en écho à ses oreilles, et sans doute qu’elle résonnerait encore longtemps après.
Comme sous le choc, Millie le laissa partir. Elle le suivit du regard sans véritablement le voir, sa silhouette emprisonnée par la mâchoire féroce de la nuit. Elle baissa les paupières, et sa main trouva son ventre au fond duquel son cœur était tombé, pulsant comme une tumeur impossible à diagnostiquer. Elle se remémora l’ombre qu’elle avait vu danser dans le regard si sombre et torturé de Tobias, reproduisant les mouvements fluides et aériens, presque vivants, de la danseuse-captive de sa boîte à musique. Sa boîte à musique, Amelia pivota sur ses pieds au ralenti, et se pencha tout aussi lentement pour la récupérer, tandis qu’elles entrapercevaient, retirée dans ses pensées, le visage et les yeux de Tobias.

Le voile qui était tombé sur ses iris s’était levée pour lui laisser entrapercevoir la réalité à laquelle il essayait tant bien que mal d’échapper, et Amelia se sentit cruellement responsable de l’avoir laissé avaler ses couleuvres sans le mettre en garde au préalable : elle était particulièrement douée pour faire croire au monde tout et n’importe quoi.
Elle s’inquiéterait pour lui, beaucoup. Elle se demanderait comment il était rentré, et s’il s’était remis de la chute violente dans laquelle elle l’avait involontairement entraînée. Millie rassembla ses longs cheveux sur son épaule, se donnant l’impulsion nécessaire pour se ranimer et oublier que, dans cette histoire-ci, elle était la seule coupable. Elle se le jura : elle n’essaierait plus de rentrer en contact avec cet homme… Mais à peine avait-elle tourné l’angle de Knoll Park, transie par le froid et par ses états d’âmes, qu’elle projeta de lui envoyer la boîte à musique qu’elle tenait fermement entre ses doigts ; pour lui permettre de revoir ce qui l’avait rendu si heureux lorsqu’ils avaient valsé tous les deux.  


sujet terminé
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