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 False Alarm

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bad blood - we live here

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◆ Manuscrits : 1259
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Sujet: False AlarmMer 21 Déc - 15:20

Les départs en vacances étaient toujours particuliers lorsque l’on était professeur. En classe, il flottait un parfum de liberté qui déconcentrait les élèves. Affectant leur motivation à travailler, il les entêtait au point de les plonger dans un état de rêverie ultime, et les faisait saliver devant ce qu’ils feraient du temps libre dont ils jouiraient à l’instant où la dernière cloche de l’année sonnerait. Au début de sa carrière, Millie s’était jointe à la songerie de ses élèves lors de ces périodes intermédiaires. Le son de la délivrance masquant presque les chants traditionnels qui résonnaient dans les couloirs de l’école à l’approche des fêtes, c’était si facile de se laisser bercer. Mais cette année, elle avait eu tellement de mal à se mettre dans l’ambiance et à savourer l’enthousiasme de ses grands à l’approche de la pause hivernale, qu’ils s’étaient sincèrement inquiétés de son état de santé.

Pendant des semaines ils n’avaient cessé de la questionner sur son éventuelle présence à la fête annuelle organisée par l’équipe enseignante de l’école primaire – en vérité, elle était orchestrée par la municipalité qui avait le don d’en faire des tonnes pour arrondir les angles sans même le faire savoir. Et chaque fois, elle leur avait servi le même mensonge, se cachant derrière les fausses responsabilités qui l’attendaient à la maison. Néanmoins, le jour-j était arrivé, et conte toute attente, elle avait fait acte de présence, s’attirant les baisers et les câlins de ses élèves qui se ruèrent sur elle, à peine avait-elle passé la porte coupe-feu de l’auditorium. S’étant parée d’une robe sobre, mais très élégante, Amelia avait en revanche été tièdement accueillie par ses collègues, à l’exception de madame Rowling qui l’avait étreinte si fort qu’elle en avait eu le souffle coupé.

Dans l’auditorium de l’école, tous s’étaient donc réunis en fin d’après-midi, couvre-feu oblige, pour profiter d’un instant de partage et de frivolité, saupoudré d’une bonne pincée d’hypocrisie dont seuls les habitants de Fairhope avaient la recette. Le punch était bon, mais la nourriture un peu moins ; et les regards étant persistants, ils avaient poussé Millie à se demander si sa tenue de fête était vraiment appropriée – et elle l’était, définitivement. Alors très rapidement mal à l’aise, jaugée au travers de coupes de champagne en plastiques, elle s’était discrètement retirée, s’exceptant de la réception imminente d’un cadeau personnalisé offert par le maire Young – qu’elle salua de loin avec un adorable signe de main et un clin d’œil instinctif qui lui avait valu les regards courroucés d’une horde de bonnes femmes avec un balais durablement enfoncé dans les fesses – à l’intention du corps enseignant. Il s’était passé trop de choses au cours de cette année pour qu’elle daigne faire semblant en se joignant à la ferveur générale, n’en déplaise à ses charmants élèves. En théorie, personne n’ignorait qu’à quelques mètres de l’auditorium se trouvait sa salle de classe où un corps avait été retrouvé, et vers laquelle elle se dirigea sans même y penser.

Amelia soupira longuement. A l’abris des regards, elle défit le chignon natté qui lui donnait la migraine. Dépassant les réverbères de la cour de récréation, elle glissa ses barrettes à cheveux dans le décolleté profond de sa robe. Elle se frotta les bras pour chasser la chair de poule qui apparut sur sa peau, réagissant au froid qui la transperçait de toute part, avant de prendre le petit escalier, puis le couloir, pour s’enfoncer dans le dédale de murs recouverts de beaux dessins d’enfants. La mélancolie était un sentiment à double-tranchant, Millie l’avait appris à ses dépens ; elle n’avait jamais été une personne mélancolique. Elle vivait dans l’instant présent, préférant évoluer dans l’imminence d’un moment quelconque plutôt que de se reposer sur des souvenirs ou sur des détails du passé. Sauf que depuis quelques semaines, elle se sentait si lasse à propos de ce qui l’attendait quotidiennement qu’elle se surprenait à ressasser de vieux moments – des moments où elle avait eu l’impression d’être beaucoup plus heureuse qu’elle ne l’était maintenant, devenue l’héroïne d’une histoire dont elle aurait préféré être exclue.

Habituée à l’épaisse pénombre des couloirs de l’école, ses départs tardifs l’ayant prémunie contre les formes étranges dépeintes par les porte-manteaux installés devant les différentes salles de classe, elle sursauta pourtant lorsqu’un bruit sourd se répandit dans le corridor. Sa chair de poule s’accentua, l’obligeant à accélérer le pas vers l’endroit qu’elle convoitait, et dans lequel elle entra sans même se retourner.

Sa classe n’était plus la même depuis le meurtre de Rose. Le plan avait été revu par la maîtresse elle-même. Et bien qu’elle n’avait pu se résoudre à attribuer la place de Rose à quelqu’un d’autre, elle avait tout de même instauré un nouveau rituel qui consistait à remplacer le bouquet de roses blanches qu’elle ramenait chaque semaine pour fleurir le pupitre que la petite-fille aurait dû occuper. Certain trouvait le geste un peu macabre, mais Millie avait eu la sensation que ça avait permis aux élèves proches de Rose de conserver un bon souvenir d’elle, tout en faisant leur deuil à leur rythme. Restant un instant sur le seuil de la porte, Amelia distingua les contours du bouquet qui fanerait au cours des deux prochaines semaines, et se demanda s’il ne serait pas plus sage de les jeter avant que les pétales ne flétrissent, et souillent le pupitre. Ressentant une certaine émotion à cette idée, elle s’apprêta à effectuer un pas en direction de la place de Rose quand un bruit, plus feutré toutefois, lui vint aux oreilles, et la fit de nouveau sursauter. Sa stupeur pris une nouvelle tournure lorsqu’elle sentit qu’on lui frôlait l’épaule. Dans un réflexe peu coutumier, elle arma puissamment son coude pour le balancer en arrière, et frappa au visage l’individu qui l’avait touchée. Alarmée, elle se retourna vivement pour le confronter, et ses yeux s’écarquillèrent soudain dans l’obscurité de l’entrée.

« Monsieur le maire ! » s’étonna-t-elle en remuant sur ses escarpins pour lui faire face. Elle encercla immédiatement le visage de Jacob avec ses mains délicates, l’obligeant à s’immobiliser pour qu’elle constate les dégâts qu’elle avait fait. Amelia remarqua qu’il saignait du nez, et pépia un petit « Mon dieu, je suis tellement désolée ! », et retint le flux sombre qui s’écoulait de ses narines avec l’un de ses index, tandis qu’elle ajoutait, le souffle court, le cœur menaçant d’exploser sous la dentelle de sa robe « Vous m’avez fait une peur bleue ! »
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Sujet: Re: False AlarmDim 1 Jan - 20:59


J’aurais certainement dû mettre une cravate. Peut-être. Probablement. On s’en fiche, ça n’a pas vraiment d’importance. Pas pour moi en tout cas. Même si dans le fond, cette démonstration presque publique n’est qu’une question d’apparences. Je n’ai pas pu faire plus d’effort et au moment où j’ai mis les pieds dans l’auditorium, j’ai senti le regard désapprobateur d’un des adjoints de la mairie, Cynthia ou quelque chose comme ça, passer sur moi. Puis l’inévitable froncement de sourcils. Je me suis contenté de lui renvoyer un sourire, grand, hypocrite, toutes dents dehors avant de m’emparer d’un verre et d’occuper mes lèvres quelques instants. Je sais à quoi je me ressemble, malheureusement ma propre demeure possède des miroirs.

Ça serait tentant de tous les briser, avec un marteau, à trois heures du matin, avec pour seul compagnon un certain Jack Daniels pour observer nos exploits et nous aider à les célébrer… mais non. Je resterai mon pire et meilleur juge, je continuerai de fuir mon autre moi, mon double, celui qui vit trappé et qui sait mieux que moi. Ma barbe de trois jours s’est transformée en barbe de plus de deux semaines, mes cheveux font peine à voir et je n’ai même pas pris la peine de fermer les trois premiers boutons de ma chemise. Tout dans ma posture indique que je n’n ai absolument rien à faire. Si ce n’était que la posture. Mon cœur aussi s’est mis à la bonne place et continue de battre juste pour continuer de me faire souffrir.

La vie serait bien trop simple si tu te laissais éteindre Jacob, beaucoup trop simple. Les yeux fermés, ce n’est pas fait pour toi. Non, ce n’est pas fait pour moi.

Je n’arrive même plus à trouver le sommeil, mes yeux rivés sur mon téléphone, à prier quelque part un coup de fil de la police, qu’on m’annonce qu’on a encore trouvé Lysandre dans les rues. Je ne descendrai pas de mon trône, je n’irai pas le chercher, mais je continuerai d’espérer, d’espérer qu’il passe ma porte et qu’il… et que quoi ? Qu’il me délivre ? Qu’il donne un sens à tout ça ? Ça serait risible, mais au moins le temps cesserait sa course pendant quelques secondes et je pourrais respirer. Oublier les responsabilités, oublier les corps, tout oublier. Ici, dans la foule, parmi les enseignants, parmi les officieux, les officiels, je ne fais que me replier sur moi-même, je ne fais que dépérir, lentement, sûrement à petit feu. Comme … comme une vulgaire marionnette, comme un vulgaire pantin, pantin aux actions contrôlées par quelqu'un de toute évidence sadique. Tous les regards me hantent, je ne tente même pas de faire la conversation. Que dire ? Que faire ? Parler du couvre-feu m’irrite, cette mesure semble en énerver plus d’un et tout le monde s’amuse à m’accuser sans tenter de comprendre. Dans les bureaux de la mairie on parle de me remplacer, on attend surtout que je démissionne. Mais ça leur ferait trop plaisir, il est hors de question que je laisse la ville ainsi. Redevenir un citoyen lambda serait juste trop lâche, autant aller trancher la gorge d’une créature sans défense. Cette pensée me secoue littéralement et je vide mon verre d'un trait avant de parcourir la salle du regard. À la recherche de quelque chose. Une distraction.

Jessica était plus douée que moi pour ce genre de petite réunion, pas de doute qu’elle aurait amusée la galerie, tout en restant sérieuse. Elle est professeur elle-même, elle aurait été en mesure de comprendre cette petite foule. Pas moi, je suis toujours sur la touche. À penser à mon ex-femme et à me dire à quel point j’ai besoin d’une cigarette. Je finis vraiment pas quitter l’auditorium à la recherche d'un endroit plus tranquille, pourquoi pas fumer dans une salle de classe tiens, ce n’est pas comme si je pouvais plus ruiner la vie de ces pauvres gamins. Leur faute est déjà commise, ils ont pris leur premier souffle, c’est trop tard. Je sors mon paquet de cigarettes de la poche de ma veste et j’en porte une à mes lèvres… pour constater que je ne suis pas seul, je détaille la blonde au visage familier qui ne m’a pas encore vu. Mes pieds sont prêts à la laisser tranquille vraiment, mais je crois que mes pensées sont encore plus désorganisées que je ne le croyais. Je me dis pourquoi pas, un contact humain, c’est ce que les gens normaux font, ceux qui n'ont pas besoin d’un bâton de nicotine pour donner un sens à leur existence. C’est pour cette raison débile et complètement naïve que je finis par tendre la main. Quel idiot vraiment.

La réalité arrive sous la forme d'un coup brutal et je me retrouve à voir des étoiles avant de constater ce qu'il vient de se passer. Puis une paire de yeux bleus et de mains m’inspectent. Et la douleur arrive enfin. Je finis par reculer, mes propres mains sur mon nez, par pur réflexe. « Jacob… Le prénom c’est Jacob, Monsieur le Maire ça fait un peu redondant vous ne trouvez pas ? » Premier mot. Je passe outre la douleur de mes naseaux et je respire lentement. Grossière erreur, une grimace passe sur mon visage. « Mon dieu vous avez une sacrée droite… J’ai bien fait de ne pas mettre une cravate. » Je viens de voir le sang sur mon nez et surtout, le goût salé est venu réveiller ma langue. Moi qui voulais me sentir en vie… voilà qui est fait. Je respire encore, le bruit, la douleur m’assomment et pourtant je tiens debout. Pourtant je fixe cette femme que je suis certain d’avoir déjà croisé. « Qu’est-ce que vous faites ici ? … Vous n’appréciez pas les festivités ? Pourtant la mairie a mis le budget. » Le rire hypocrite arrive enfin, ça fait mal mais ça en vaut le coup.

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Sujet: Re: False AlarmMer 4 Jan - 12:01

« Si on considère que je viens de vous casser le nez, vous avez sûrement raison. » Elle sourit, mais intérieurement, pour ne pas avoir l’air de trop se réjouir de la situation « Inutile de faire dans la politesse, Jacob. » finit-elle par conclure en plissant prudemment les paupières, et en serrant très fort les dents, pendant qu’elle examinait la ligne du nez, naturellement busqué, de son interlocuteur. Elle ne distinguait pas grand-chose dans le noir, elle s’obstina néanmoins.

Du bout des doigts, elle tâta l’os de son nez, ne décelant aucune fracture malgré ses dires. Il aurait probablement un bel hématome, et la douleur qui perdurerait au cours des prochains jours se rappellerait à lui à toute heure du jour et de la nuit, le faisant définitivement regretter de s’être aventuré à la suite d’une femme dans un couloir sombre et désert, alors qu’en ville, un meurtrier sévissait au hasard, répandant la terreur et le sang. Amelia posa ses pouces de chaque côté du nez de Jacob, appuyant très légèrement pour s’assurer que tout irait bien – l’influence des réflexes de médecin d’Andreas avait déteint sur elle au cours des dernières années, la rendant responsable toute désignée du cours de premier secours dispensé par la paroisse de Fairhope qu’elle avait finalement abandonnée, sa réputation entraînant le désintéressement latent des fidèles qui ne mesuraient sans doute pas combien il leur aurait été utile de connaître ces gestes en ces temps troublés. Elle planta distraitement son regard cobalt dans celui du maire, s’apprêtant à lui dire qu’il irait bien après une bonne cure d’ibuprofène, sauf qu’il battit en retraite le premier, la laissant avec les doigts tachetés de sang, et son embarras s’étirer à mesure qu’elle prenait conscience du geste qu’elle venait de commettre.

La violence ne faisait pas partie de ses manies. Encore aurait-elle eu de nombreuses raisons valables de s’en prendre physiquement à certain de ses assaillants, Millie préférait pourtant s’en remettre au calme inaltérable qui la caractérisait… d’habitude. Elle faillit encadrer son propre visage avec ses mains, défaite devant l’état du visage supposément ensanglanté de Jacob qu’elle devinait au travers de la déclinaison du soleil qui prenait congé, mais se reprit à temps en se souvenant que son sang souillait ses phalanges ; elle avait besoin de se laver les mains, ne serait-ce que pour se donner le temps de retrouver bonne contenance, et de préparer des excuses plus valables que celles qu’elle venait de lui présenter. A cette pensée, elle pivota de trois-quarts sur ses talons effilés, pointant du doigt la porte de sa classe.

« Je n’ai pas la clef de l’infirmerie, mais j’ai une trousse de premier secours dans ma classe. Si vous ne craignez pas que je recommence, je peux m’occuper de nettoyer tout ce sang. » Elle leva les mains devant sa poitrine, paume vers l’extérieur, en signe de capitulation, tandis que le bracelet délicat qu’elle portait au poignet glissait lentement sur son avant-bras, jusqu’au coude un peu douloureux qui lui avait servi d’arme quelques minutes plus tôt « Promis, je ferai ça avec douceur. Je vous dois bien ça. » ajouta-t-elle, pince-sans-rire.

Pour toute réponse à la première question du maire, Amelia éluda, et sans honte, les raisons pour lesquelles elle ne tenait pas à se mélanger aux convenances d’avant-fêtes de fin d’année. Jacob comprendrait – ou il ne comprendrait pas ; elle s’aperçut, prenant la direction de son bureau en veillant à ce qu’il la suive, passant juste devant le pupitre de Rose qu’elle frôla d’une caresse suspendue et discrète, que ça ne l’inquiétait pas autant que ça aurait dû.

Avant de se diriger droit vers le lavabo installé près du tableau, elle alluma le plafonnier de ce dernier avec son autre coude, celui qui ne lui faisait pas mal, histoire de ne pas laisser de traces de sang sur l’interrupteur. L’eau sur ses mains était tiède, et le sang s’écoulant dans le siphon se mélangea aux restes de peinture qui avaient eu le temps de séchées depuis le dernier cours d’Arts Plastiques qu’elle avait tenu au cours de la semaine écoulée. Satisfaite par la blancheur retrouvée de ses mains, elle coupa l’arrivée d’eau, et lorsqu’elle se retourna, se séchant avec un sèche-main en papier, elle remarqua qu’en effet, Jacob était en bien piètre état. La lumière crue du néon le faisait paraître plus pâle qu’il ne l’était. Le sang, d’une couleur vive, ressortait étrangement sur son teint olive, accentuant la mine grise qu’il portait comme un masque qu’il aurait revêtit dans la hâte, faute de choix. Millie l’observa une nanoseconde.

Etre maire de Fairhope en ce moment ne devait être une partie de plaisir. Sans être une fervente supportrice de la politique du maire Young, elle respectait la singularité de son comportement, sa franchise, et le sang-froid dont il faisait preuve lors des conférences de presse et des entrevues publiques. Il avait dû assister à trop de funérailles pour ne pas être ébranlé – elle se souvenait de l’avoir croisé à celui de Rose… Amelia baissa brusquement la tête, larguant sa serviette usagée dans la corbeille à papier cachée sous son bureau. Elle ouvrit le tiroir central de celui-ci pour dénicher les clefs de l’emplacement où dormait sa trousse de premier secours. Dans un même temps, elle reprit avec tact :

« Je pourrais vous poser la même question. Ce n’est pas censé être votre grande soirée ? » Elle s’accroupit sur ses escarpins pour introduire la clef dans la serrure du tiroir-double tout en bas de son bureau, et sortit la trousse qu’elle posa dessus en se redressant. D’un sourire, elle invita Jacob à la rejoindre « Approchez. » Elle dégagea une place sur son bureau. Repoussant feuilles volantes et stylos en pagaille, Millie tapota doucement le siège de fortune qu’elle lui avait fait pour jouir d’une vue imprenable sur les dégâts qu’elle avait fait, et les réparer. Elle défit la fermeture éclair de la trousse dont elle sortit ouate et désinfectant – la tête inclinée, le regard vacillant entre le contenu du flacon qu’elle déboucha et le visage de Jacob. Un morceau de coton imbibé dans une main, l’autre qu’elle vint doucement poser sur l’ovale du visage de Jacob, elle fronça le nez en tapotant délicatement « Ça risque de prendre un certain temps. » Elle ne put s’empêcher de laisser échapper un sourire, alors qu’elle ajouta en continuant à nettoyer consciencieusement son nez « Vous m’en voulez ? »
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Sujet: Re: False AlarmDim 29 Jan - 18:40

Je fais très bien semblant.

C’est un de mes talents cachés. Une autre corde à mon arc. C’est ça le pire de moi, le pire de ce cher Jacob, sourire avec un coin de la bouche et hurler, crier et remuer de l’autre. Je vous laisse deviner à quel côté la plupart des gens préfèrent avoir à faire fac. Bande d’hypocrites… On le sait tous dans le fond que la misère et la peine sont contagieuses. Bien pour ça qu’on se contente d’un ça va bien poli en début de journée, et qu’on ment, qu’on articule cette réponse sans grande conviction. Parce que c’est ça qu’il faut faire. Et les autres l’acceptent, nous regardent dans le blanc des yeux, sans observer. Par peur, par crainte de se retrouver coincé avec la même maladie, la même dépression, et en étant incapable de se relever. Plaquer à terre par la peine et par la tristesse, qui comme deux enfants, s’amusent à écraser les poumons de leur victime. Assez pour que l’oxygène vienne à manquer, assez pour que les yeux se révulsent, assez pour qu’un filet de bave s’écoule du coin des lèvres, mais jamais assez pour mourir. Jamais assez pour mourir et c’est bien ça la grande tragédie de notre siècle. La démence et la solitude sont des amies que nous avons acceptées depuis trop longtemps et avec lesquelles nous vivons tous, sans protester, sans se débattre, sans casser de mur mais bien en hochant la tête, tous les jours.

Ça a fini par me rendre cynique, ronger ms os, et je vous le dis, c’est un miracle que je sois debout. Un miracle. Elle peut me casser le nez, dans le fond, il est perdu depuis longtemps, il a fondu avec le peu de dignité que j’avais. Ou qu’il me reste. Je ne sais pas vraiment, la frontière est flou entre les deux. « On ne se connait pas si bien que ça, vous ne devriez pas faire de promesses. » Je réplique tout simplement alors que la jeune femme m’assure qu’elle a les meilleurs intentions du monde. Il y a même un demi-sourire sur mon visage qui doit être horrible mais… qu’est-ce que j’ai à perdre de toute façon ? Ce n’est pas comme si les personnes qui se trouvaient à cette petite réunion ont encore de l’estime pour ma personne. Je trouverais ça presque marrant d’aller me vider de mon sang devant eux, juste parce que je peux et pour voir quelle genre de réaction je pourrais obtenir. Ça leur ferait les pieds, j’en suis certain. « Grande soirée ? Dans une école à quoi… dix-sept heures, avec jus de fruits et des crackers …. vous me faites bien rire. » J’articule les mots alors que mon regard quasiment vide croise celui de la blonde.

C’est une idée de mes adjoints, moi, plus je me tiens éloigné du monde, mieux je me porte. Je suis… une sorte de bombe à retardement, d’animal mal réglé et le fait que je me sois lancé en politique est une aberration en soit. Soit… c’était des jours meilleurs, des jours avec un semblant d’espoir et où les rues de Fairhope faisaient presque du sens pour moi. Je réalise à présent que c’est un tas de conneries, les rues sont les rues, moches, vides et désertes, la seule qui a changé c’est moi. Je retiens un grognement au moment où je la sens tapoter sur mon nez et j’hausse les épaules. « Je vous rassure, personne ne m’attend à la maison et vous ? » Je pense que je connais la réponse, si quelqu’un l’attendait, elle ne serait pas là, loin du bruit elle aussi… et dire que nous sommes censés aimer ce genre de petites réunions, pour rencontrer ses pairs et se mélanger. La solitude ne m’a jamais paru aussi tentante à cet instant précis. Mais je ne bouge pas, je pousse un profond soupir, et je la laisse faire du mieux qu’elle peut. La question suivante me fait rouler des yeux et j’hausse encore les sourcils. Franchement, je m’en fiche, qu’elle s’en prenne physiquement à qui elle veut, c’était stupide de ma part de l’approcher déjà. J’aurais dû passer mon chemin et aller fumer, ni plus ni moins. Pourtant, je me revois encore faire cette erreur, peut-être à cause de la façon dont quelques mèches de cheveux encadrent son visage, ou parce qu’il y a quelque chose là, quelque chosequi me rappelle Jessica avec quelques années en moins.

C’est pathétique n’est-ce pas ? Mais je crois que c’est ça, c’est pour ça que je n’ai pas pu faire demi-tour, parce que je suis incapable d’être meilleur, incapable de me sauver comme elle a été en mesure de le faire. Je ferme les yeux pendant quelques secondes, peut-être pour effacer la peine et le dégout que je m’inspire. Je bats des paupières quelques secondes plus tard et je rouvre les yeux. « Je me trompe ou bien nous nous sommes déjà croisés ? Fairhope est une petit ville vous me direz... mais les meurtres tout ça… ça rapproche forcément…  C’est bon, je sais qui vous êtes… Amelia Williams. »

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Sujet: Re: False AlarmDim 19 Fév - 11:50

« Vous comprenez le sarcasme ? » répliqua Millie, interrogative. Sa voix atteint un aigu pour marquer sa question, alors que son visage garda la même force tranquille qu’elle avait emprunté pour s’affairer à redonner une allure convenable à celui du maire. Elle s’appliquait. Ses doigts trouvèrent l’ovale du visage du jeune homme, et pour qu’il ne soit pas tenté de se dérober face à la douleur que ses gestes pourraient lui causer, elle s’approcha d’un pas supplémentaire.
Ses pieds s’insérant entre ceux de Jacob, elle raffermit prudemment sa prise en coinçant son pouce dans la fossette qui creusait son menton, un peu comme s’il s’agissait d’une encoche tracée à cet effet. Le centre de son coton imbibé de désinfectant vint effleurer l’arrondi de son nez, au-dessus de ses lèvres, là où une barbe de plusieurs jours donnait à son visage une ombre préoccupante.
Amelia sourit, et son regard crocheta le sien une seconde à peine lorsqu’elle reprit « C’en était un. Je sais bien que ça n’a rien d’extraordinaire, et j’imagine que ça doit vous coûter beaucoup d’être ici. » Elle pinça les lèvres, compatissante « Vous devriez déléguer. A votre place, c’est ce que je ferais. »

Avec l’intuition qu’il n’avait pas besoin des conseils d’une pauvre institutrice, soupçonnée de meurtre qui plus est, elle préféra ne pas approfondir son point de vue et continua ses soins, s’enfonçant dans la concentration.
De temps en temps, ses yeux dérivèrent de son ouvrage pour mieux détailler les fragments de vie qu’elle réussissait à dénicher au creux des rides subtiles du maire Young. Il avait une gueule, dans le bon sens du terme – il n’était pas beau, mais il avait clairement quelque chose. Le charisme faisait des miracles en politique, autant que les mensonges et les promesses stériles, et nul doute que le charme insolent de son interlocuteur avait pesé très lourd dans la balance lors de son élection à la tête de la municipalité, car visiblement, l’optimisme – et les promesses stériles – ne faisait pas partie de son calendrier. C’était écrit là, dans les auréoles qu’il avait sous les yeux, et dans le son de sa voix qui semblait si lasse et si fatiguée – et davantage dans le roulement d’yeux qu’il laissa échapper, confrontée à la candeur de Millie qui lui demanda s’il lui en voulait.
Elle aurait pu s’offusquer de cette démonstration si peu élégante de son agacement vis-à-vis de ses doutes puérils, mais elle ne fit qu’en rire très légèrement. Se décalant d’un pas en arrière pour admirer les progrès de son nettoyage, elle lui murmura avec espièglerie.

« Vous êtes grossier. » Elle fronça le nez pour chasser le sourire qui fit tout de même remonter ses pommettes, puis se débarrassa de son coton usager pour en prendre un autre qu’elle imbiba de nouveau de produit. Elle reprit sa place en face de lui, posa une main sur sa cuisse cette fois, et bien qu’elle fût tentée d’appuyer plus fort sur sa peau pour lui faire payer sa muflerie, elle s’en remit à sa douceur instinctive.
Amelia pencha la tête sur le côté, lustrant délicatement les traces de sang que l’éclairage dans son dos rendait plus brillantes encore.
« Vous pourriez au moins faire semblant d’apprécier ma sollicitude, vous savez, juste histoire de flatter mon ego. » Ses yeux s’agrandirent en même temps que sa bouche à l’écoute des propos suivants de Jacob « Parce qu’en plus, vous ne vous souvenez pas de moi ? » Elle laissa son coton souillé de sang en suspens près de son visage, émit un « pfff » éloquent, menton rentré « Vous vous enfoncez, monsieur le maire. » Sauf qu’il se reprit à temps – et ce suffisamment vite pour qu’elle mette de côté ses soupçons d’amnésie due au coup qu’elle lui avait porté. Elle le corrigea « Millie, vous pouvez vous permettre. » Il ne lui restait plus grand-chose à nettoyer, pourtant elle s’attarda plus que nécessaire en poursuivant avec plus de sérieux – ses sourcils se froncèrent discrètement « On s’était croisés aux funérailles de Rose. » Malgré elle, son regard glissa au-dessus de l’épaule de Jacob pour mieux se poser sur le pupitre de la petite-fille décédée. Une longue seconde passa avant qu’elle ne reprenne dans un sourire distrait « J’ai l’impression que c’était il y a un million d’années. »

Millie se tut et prit une profonde respiration. Elle avait toujours l’impression de manquer d’air lorsqu’elle était amenée à parler de Rose. Plus encore que le meurtre de sa grand-mère, celui de la petite-fille l’avait profondément marqué – revenir tous les jours sur les lieux de ce crime ne l’aidait pas à oublier. Les cauchemars qui jonchaient ses courtes nuits de sommeil ne faisaient qu’accentuer ses difficultés à faire face, même si elle donnait le change en gardant cette attitude positive et optimiste. Ça devenait dur. Elle s’obstinait à ne pas vouloir en parler avec son entourage, et même si au contraire, elle s’était longuement épanché sur la perte de son élève avec ses camarades de classe, elle était prisonnière de son affliction – et des regards qu’on continuait à poser sur elle, l’ombre de la suspicion flottant au-dessus de sa tête comme la mort.
Elle baissa brièvement la tête. Quand elle la releva, elle ne savait pas quoi faire – elle avait soudain perdu l’envie de faire de l’humour. De ce fait, elle roula son coton en boule, tendit la main vers le visage de Jacob et tapota encore une ou deux fois sur son nez pour faire bonne figure.

« Voilà. » finit-elle par articuler. Et après avoir passé son pouce sur l’ourlet marquant la lèvre supérieure du jeune homme pour chasser une peluche cotonneuse de sa barbe, elle marqua une hésitation, pour finalement lui demander avec gentillesse « Comment vous faites ? » Pour gérer la terreur qui était tombée sur la ville, pour gérer l’horreur, les reproches, le deuil sous-entendit-elle, et ses yeux s’arrêtèrent dans ceux du maire, longtemps. Amelia n’explicita pas, elle eut le sentiment qu’elle n’en avait pas besoin.
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Sujet: Re: False AlarmMar 7 Mar - 19:48

« Je vais prendre ça comme un compliment. » C’est un véritable sourire qu'il y a sur mes lèvres alors qu’Amelia me fait remarquer que j'ai la langue bien pendue. Au moins elle ne m'a pas rappelé à l’ordre, c'est bien la dernière chose dont j'ai besoin en ce moment. Être maire et être une figure publique en règle générale à ses avantages et ses inconvénients. La plupart des gens que je croise ne veulent pas vraiment une conversation avec moi, ils veulent me tailler en pièces, s’attaquer à ce que je représente, parce que c’est plus simple comme ça, que ça résout bien les petits problèmes du quotidien et que je ne suis pas censé répondre n'est-ce pas ? Je suis censé être complètement lisse, impartial, juste et droit peu importe la situation. Non… c’est juste un déguisement de clown que je n'enfilerai plus, cette enquête ne devrait pas être une élection, je n’ai pas le coeur à séduire qui que ce soit et je n’ai jamais été bien fait pour ce rôle. Je sais, j'ai gagné les précédentes élections, je suis un bon acteur c'est tout.

S’il y a bien quelque chose que j'ai appris en tant qu'avocat, c'est comme faire en sorte d’avoir l'attention de son public et surtout ne jamais la perdre. Un jury, une ville tout entière… les tours de passe-passe restent les mêmes, rien ne change vraiment, distraire, diviser, c’est la même routine. Pourtant, je sais que j'ai tout l’attention d’Amelia et ce sans avoir eu besoin de recourir à mes artifices habituelles. L’étiquette de maire a été décollée depuis longtemps et mon esprit divague sur notre première rencontre, à cet enterrement. Je m’étais disputé avec Jessica vingt minutes avant qu'on mette Rose en terre, à ce moment-là, je cherchais juste une distraction pour oublier que Jessica était à deux doigts de faire ses valises, que la moitié de la ville me haïssait et qu’une enfant était morte. Des mois plus tard, ma femme n’était plus qu'une ex et l’opinion des gens sur ma propre personne ne devait pas avoir beaucoup changé. « C’était il y a un million d’années si vous me demandez mon avis. » Je murmure, mes yeux rencontrant enfin ceux de Millie.

Je ne sais pas pour elle, mais le temps qui s'écoule entre chaque meurtre me fait vieillir de dix ans. La prochaine fois, il faudra me mettre en terre également, je rendrai probablement mon dernier souffle quand je décrocherai mon téléphone et que le chef de la police me donnera un nom. Ça finira forcément par arriver, pas d’illusions à se faire à ce sujet. Quand Amelia finit par s’écarter, je murmure un simple merci, son dernier contact sur ma peau m’a arraché un sourire, et je me dis qu’à un autre moment, à une autre époque, je lui aurai demandé ce qu’elle faisait du reste de sa soirée. Pas ce soir. Ce soir, je me relève tout simplement, une de mes mains dans mes cheveux et l’autre à la recherche du fameux paquet de nicotine. À la question de la jeune femme, je cale une cigarette entre mes lèvres et mes yeux se lèvent vers elle. En silence, pour savoir si elle veut la vérité, ou si elle préfère que je lui mente. Dans les deux cas, je saurais être convaincant. Je préfère commencer par allumer ma cigarette, je l’ai bien méritée, je tire dessus avec une certaine fatigue et je finis par articuler : « Il n'y a pas de secret, quoi que…. je vous vois mal aller relater notre charmante conversation à nos amis les journalistes. » Ce n’est pas un manque de confiance, je ne la connais tout simplement pas, un couteau dans le dos est la dernière chose dont j’ai besoin.

Quelque chose me dit que la publicité ne l’intéresse pas, je n’ai donc rien à cacher à la blonde, autant être honnête. « Tout ça n’a pas vraiment d’importance, si ce n’est pas le Poète, ça sera forcément autre chose. Des gens meurent tous les jours, c’est juste comme ça, c’est toujours injuste, cruel et il y a souvent quelqu’un pour verser des larmes. Nous ce qu’on doit faire c’est continuer d’exister. » Le ton est plat et la réalité triste, pourtant, elle est bien là, elle nous pend au nez, à tous, et je ne fais que l’énoncer. Il n’y a rien qui compte ici bas, tout ça c’est du vent, et s’en rendre compte permet de s’éviter pas mal de problèmes. « Mais de vous à moi, cette affaire commence à me pomper l’air... je ne compte pas me représenter, je ne suis pas un super héro. Je suis juste humain. » Le dire me fait un bien fou, certains ont tendance à l’oublier, pour moi, la fin de cette affaire signera le début de ma retraite. Je ferai autre chose, je cesserai de rendre des comptes et qui sait peut-être que je finirai bien par ouvrir une boutique quelque part et vendre des fleurs. Faire des courbettes et sourire ce sera terminé pour moi; de toute façon je n’ai jamais été ce genre d’animal.

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Sujet: Re: False AlarmJeu 16 Mar - 11:27

« Hé, mais c’est ma réplique ! » objecta Millie en tâchant de faire bonne figure, l’allusion aux funérailles de Rose l’ayant secrètement ébranlée. Elle avait terminé ses soins, et se décala sur la droite pour ranger ce qu’elle avait utilisé pour s’occuper du maire. La tête baissée, ses mains se coordonnèrent pour exécuter un ballet de gestes graciles qui firent teinter les bracelets qu’elle portait aux poignets, tandis qu’une boule nerveuse se formait au fond de sa gorge. Mais comme à chaque fois, elle prit sur elle.
Ne tenant pas à mettre Jacob mal à l’aise, elle laissa échapper un sourire poli au moment où elle releva la tête, et que ses yeux clairs rencontrèrent ceux beaucoup plus sombres de son interlocuteur. Elle se déroba face à cette observation distraite en esquissant un demi-tour, pivotant élégamment sur ses escarpins, puis hésita le temps qu’un ange vienne se flanquer entre eux. Finalement, elle ne put se résoudre plus longtemps, et fit volte-face pour le questionner.

Sa voix résonna doucement dans la classe, donnant l’impression d’une interrogation-surprise sur le sujet d’étude du jour. Jacob n’avait rien du bon élève qui lui répondrait avec docilité, se dit-elle en regrettant presque immédiatement de s’être lancée dans cette conversation : elle s’attendait à se faire rabrouer, tout simplement. L’étonnement la saisit donc lorsqu’elle comprit qu’il allait lui répondre, faisant naître chez l’institutrice un étrange et doux sentiment d’allégresse qu’elle embrassa à pleine bouche sur le chemin qui la mena jusqu’à la corbeille à papier. Se débarrassant de son matériel souillé, elle écouta attentivement le maire à qui elle lança un regard de reproche à l’instant où il alluma une cigarette. Son bon sens lui dicta de l’interdire de fumer dans sa salle de classe, mais elle l’ignora pour mieux le laisser tirer longuement sur sa cigarette. Elle lui répondit :

« Ce n’est pas le genre de la maison, soyez tranquille. » Du bout de l’index, elle éteignit le plafonnier du tableau noir, plongeant ainsi la pièce dans le noir – jusqu’à que des ombres se dessinent au fur et à mesure, répondant à l’éclairage du dehors. Inutile de donner une raison de plus à la presse des environs de répandre leur poison, et Dieu savait qu’ils s’en donneraient à cœur joie s’ils surprenaient le maire Young fumer, en toute décontraction et en pleine lumière, dans la salle de classe de Millie Williams.
Dans l’intention farouche de rester discrète à propos de cet entrevu impromptu, elle alla entrouvrir la guillotine de la fenêtre pour que l’odeur du tabac n’imprègne pas trop l’atmosphère. Dans la pénombre de la grande pièce, elle retrouva sa place de prédilection – son bureau, sur lequel elle s’assit à moitié, tout à côté de Jacob qui continua sa tirade avec la sagesse des grands hommes.

Le questionnant au sujet de sa méthode, Amelia ne cherchait pas les conseils avisés d’un gourou – pour ça, elle s’en remettrait aux livres qu’elle avait dans sa bibliothèque personnelle. Elle cherchait la vérité toute crue qui émanait de ceux qui savaient, qui avaient vécu, et qui ne tournaient pas autour du pot pour faire valoir leur opinion. Sans le connaître personnellement, Millie savait pourtant que Jacob ne s’échinerait pas à la ménager parce qu’elle faisait partie de son électorat potentiel – elle fût donc ravie de constater qu’elle ne se trompait pas sur lui, et se mit à apprécier sa verve brute, assumée, qui contrastait étrangement avec la maladresse de la blonde assise à ses côtés.

« Je suis d’accord avec vous : la vie est dure, mais elle forge. Là, j’ai du mal à comprendre en quoi ça nous forgera d’assister aux meurtres de nos proches. Ce n’est pas la foudre qui, par miracle, s’abat deux fois sur le même arbre. C’est la volonté de quelqu’un qui veut nous faire souffrir pour son plaisir en frappant toujours au même endroit. » Elle ne s’en était pas rendue compte, mais elle avait tendu ses mains devant elle. Ses doigts étaient crispés, traduisant la colère dans laquelle cette histoire la mettait. Millie marqua une pause pour enfin tourner la tête vers Jacob « Ce n’est pas un coup du sort, on peut le contrer. » Elle croyait en ce qu’elle disait, mais elle savait aussi que c’était comme croire au Père-Noël : ça durait un temps, et puis on finissait par admettre que c’était des histoires tout ça.
Dans un soupir, elle baissa les mains, et ficha de nouveau son regard dans celui du maire pour qui elle commençait sincèrement à éprouver de la compassion « Je ne vous juge pas, je comprends que vous soyez fatigué » Amelia roula ses lèvres l’une sur l’autre. Reprenant vie, elle s’empara de la cigarette que Jacob avait à la bouche pour la porter à la sienne. Elle tira une longue goulée dessus, avant d’ajouter, les yeux plissés pendant qu’elle savourait la bouffée qui s’infiltra dans ses poumons, et qu’elle rejeta ensuite dans une mince colonne de fumée « Vous faites ce que vous pouvez. Ce n’est pas de votre faute. Vous n’êtes qu’une victime collatérale dans cette histoire, comme nous tous. » Elle rendit sa cigarette au maire en lui tendant gentiment, et lui adressa d’un même chef un sourire plein d’égard et d’indulgence sincère.
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Sujet: Re: False AlarmLun 3 Avr - 23:20

Juste humain.

Une phrase que j’aimerais prononcer un peu plus souvent, pour que les gens comprennent que le titre de maire ne veut absolument rien dire, qu’ils ont voté pour quelqu’un, pour quelqu’un à qui jeter la première pierre et à qui couper la tête en cas de problèmes. Un martyr en quelque sorte. Maintenant que j’y pense, avec des années et des années de recul, je me demande bien pourquoi je me suis présenté. C’est probablement à cause de Jessica. Comme toutes les femmes qui partagent le quotidien d’un homme brisé, elle m’a poussé à devenir meilleur et elle a su me tirer vers le haut et me donner envie de faire quelque chose de mon existence. Après tout, si j’ai abandonné mon métier d’avocat à New York, c’était bien pour donner un vrai sens à ma vie, la politique m’a semblé être le meilleur choix. Pour un temps. J’avais vraiment des idées, je me voyais bien faire mandats sur mandats, mettre Jessica enceinte et finir par me retirer et aller enseigner l’histoire ou quelque chose comme ça dans l'école primaire de la ville. Ça aurait été beaucoup plus simple.

Parfois, j’imagine un avenir ou je n’aurais pas tout foutu un l’air, plus qu'un avenir, un rêve tout simplement. Mais je sais que les épaules de l’homme que j’aperçois dans ces songes-là, ne sont pas les miennes. Je ne serais jamais en mesure de me tenir aussi droit ou de me battre pour une cause aussi noble. Il est déjà beaucoup trop tard pour moi. Je suis déjà marqué et c’est bien pour cette raison que les cigarettes n’ont absolument aucun effet sur moi, parce qu'il est déjà trop tard, qu’il n'y a rien à sauver à l’intérieur, parce que je suis déjà pourri. « Pas d’insultes ? C’est une première. » Je finis par lancer après avoir écouté les mots presque rassurants d’Amelia. Il était certain que nous n'allions pas avoir une telle conversation pendant l’enterrement de Rose, cela aurait été déplacé et je crois que l’un comme l'autre, nous n’étions pas d'humeur et certainement pas dans les meilleures conditions possibles. Mais je l'ai quand même remarquée ce jour-là, tout comme aujourd’hui, on peut dire que vu le coup qu'elle a su m'asséner il y a quelques minutes, je ne risque pas de l'oublier de si tôt. « Peut-être que vous devriez venir à la mairie et dire ça à mes adjoints, à les entendre je devrais montrer le bon exemple et sauver la veuve et l’orphelin mais bon… » Je me contente d'hausser les épaules, donner des conseils, élu ou pas, ça n'a jamais été mon fort, je ne sais jamais par où commencer, la seule personne que je sais motiver c’est moi et je n'y arrive pas tous les jours. Le couvre feu c’était mon idée, j'avais la bonne intention de rassurer la populace, de véhiculer une image forte de la police qui est en action dans les rues. Après tout le Poète avait décidé de s'en prendre à la mairie, alors autant prétendre que les rues de Fairhope nous appartiennent toujours... n’est-ce pas?

Une belle illusion, qui fait plus de mal que ce que je pensais au final. À chaque fois que je pose un pied dans la mairie, j’entends des plaintes et des commentaires pour améliorer les choses. Comme si je devais trouver une solution miracle. Je finis par pousser un soupir et je récupère la cigarette qu'Amelia m’a piqué il y a quelques minutes de cela. Je la porte à mes lèvres aussi, comme si nous partageons un moment, peut-être que c'est le cas ou alors c'est la douleur de mon nez qui commence à vraiment trop se faire ressentir.  « Hors de question que je vous ennuie avec les détails de la municipalité de Fairhope. » Et techniquement je n’en ai pas vraiment le droit, ça ne m’a jamais arrêté avant alors pourquoi maintenant ? Maintenant il semble que je suis fatigué et que je n’ai pas le coeur à une confession de plus et en plus, je ne veux pas lui ruiner sa soirée davantage. Je préfère finir ma cigarette dans une longue inspiration, avant de l’écraser sur le sol. Pas très classe, mais on ne m’en tiendra pas rigueur. « On a une fête à laquelle on doit retourner pas vrai et faire bonne impression. » Je me passe une main dans les cheveux, histoire d’être un peu plus présentable et je finis par lui tendre le bras. « Allez venez, je vous paye un café après. »

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Sujet: Re: False AlarmMar 11 Avr - 11:31

Millie n’avait pas fumé depuis la fac. Ses bonnes résolutions, et surtout la paranoïa toute médicale de son ex-urgentiste de fiancé, l’avaient éloignées des vices inhérents à la jeunesse et à ses erreurs. Exception faite de la tequila, mais force était de constater que les tisanes à la camomille qu’elle dégotait au marché bio du coin n’étaient pas assez corsées pour lui faire oublier l’angoisse qu’avait été sa vie au cours des dernières années, alors elle se le pardonnait sans mal – et tant pis pour son foie. Serrant les lèvres au point que sa bouche, pourtant charnue, devint une ligne mince et invisible, elle retint la toux qui se réveilla au creux de sa poitrine, pendant que le maire Young récupérait ce qu’elle lui avait emprunté sans demander la permission. Que risquait-elle au fond ? Ce n’était pas un peu de salive échangée au bord du filtre d’une cigarette déjà entamée qui l’intimidait, loin de là. Toutefois, et sans s’en rendre véritablement compte, elle se courba discrètement, dégageant sa vue de la carrure de Jacob assis à ses côtés. Amelia coula un regard scrutateur à travers la vitre de sa classe, partant inconsciemment à la chasse aux curieux qui passeraient la tête pour s’intéresser aux ombres que dessinaient la silhouette de Jacob et la sienne au milieu de l’obscurité du début de soirée. Elle se redressa aussi discrètement, profondément rassérénée de ne pas être en train d’ajouter de l’eau au moulin à paroles des mamans de l’école, et ravala les fourmillements désagréables dans sa gorge, mais pas la réplique qu’elle opposa à Jacob avec, toujours accroché au coin de ses lèvres, qui retrouvèrent leur ligne naturelle, un sourire un tantinet espiègle.

« Encore une fois, c’est pas vraiment le genre de la maison. »  Elle marqua un temps pour, de nouveau, étudier ce qu’elle percevait du visage marqué de son interlocuteur. Millie comprenait l’attitude de Jacob ; il lui donnait l’impression de toujours s’attendre au pire, et quand on vivait à Fairhope, comment faire autrement ? Cependant, elle ne pouvait s’empêcher de trouver ça dommage, car il devait savoir au fond qu’une poignée de personnes croyaient farouchement en sa politique et aux mesures qu’ils avaient prises pour contrer les activités du Poète – même si elles restaient vaines, il avait au moins le mérite de faire quelque chose pour protéger ses concitoyens. Elle détourna enfin les yeux, clignant des paupières pour se donner bonne contenance – l’insistance avec laquelle elle s’intéressait aux fragments de vie qui parsemaient le visage du maire lui parut soudainement inappropriée, et elle sauta sur son manque de bonne manière pour définitivement rompre tout contact visuel avec lui.

« Dites donc, monsieur le maire ! » Le ton de maîtresse fâchée qu’elle emprunta aurait pu faire rougir un enfant de 10 ans, mais sans doute pas un homme de la trempe de Jacob Young, mais ça ne paraissait nullement l’atteindre. Aussi, elle s’accroupit élégamment sur ses escarpins pour ramasser la cigarette qu’il avait négligemment écrasée sur le sol de sa classe, et après avoir vérifié qu’elle était bien éteinte, alla la jeter dans sa corbeille à papiers, en lui répondant, l’index tendu dans sa direction pour appuyer ses propos « Vous êtes tenu de faire bonne impression, pas moi. J’ai simplement promis à mes élèves de passer les voir, ce que j’ai fait. » Elle lui sourit, la tête penchée sur le côté, et cette fois, elle préféra ne pas le regarder trop longtemps. Malgré l’attitude tout à fait chevaleresque – secrètement, elle fût étonnée qu’il soit capable d’autant de bienséance –, elle lui dit avec du vrai regret perceptible dans le ton de sa voix « Je préfère rentrer. Vous savez, le couvre-feu… » Son sourire s’élargit « Mais je prends note de l’invitation. J’ai été ravie de vous parler dans ces circonstances, malgré le… » Elle désigna le nez de Jacob, et se sentant obligée de s’approcher de lui, c’est une fois arrivée à sa hauteur qu’elle lui leva le menton pour ausculter une dernière fois son nez parfaitement nettoyé « Hum, d’après mon diagnostique, vous irez bien. » Elle chuchota rapidement, et tout près de son visage « Mais gardez à l’esprit que je suis institutrice, pas médecin, donc si quelque chose ne vous semble pas à sa place, consultez quelqu’un de plus compétent, hein. » Elle croisa son regard en lui lâchant le menton, et par habitude peut-être, elle se mit à lisser, du bout des doigts, les épaules de sa veste pour qu’il fasse, en effet, bonne impression « Allez faire votre devoir, et profitez des crackers. Je vous cède volontiers ma part. »

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