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 Where is my mind ?

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Sujet: Where is my mind ?Dim 25 Déc - 22:04

where is my mind?



décembre 2015

Les branches étaient nues au dehors et elle restait plantée devant la fenêtre de la salle de classe, quelques cahiers égarés coincés entre ses bras, perdue dans ses pensées, un peu ailleurs, à se demander où était son frère, sa soeur, ce qu’ils faisaient. S’ils étaient heureux. Si elle avait bien fait de partir à la recherche de ses racines dans une ville comme celle-ci. Si elle y trouverait au moins un indice qui pourrait la rapprocher de celle qui lui avait donné la vie, au-delà des rencontres qu’elle avait déjà pu faire, et de ces meurtres qui lui glaçait le sang à chaque fois qu’elle avait le malheur d’y songer. Elle avait eu de la chance de ne pas être en stage le jour où Rose avait été retrouvée, sans quoi elle n’aurait jamais eu la force de remettre les pieds dans cette école. Elle aurait fait ses valises, et peut-être qu’elle aurait baissé les bras pour la première fois de sa vie, allant toquer à la porte de ses parents adoptifs, vaincue, prête à leur présenter des excuses et à faire les études qu’ils auraient tant voulu qu’elle fasse, marchant dans les pas de son avocat de père avec bien peu de conviction mais la certitude qu’elle était au moins en sécurité. Car qui pouvait prétendre l’être encore dans les rues de cette ville ? La sérénité était ici un luxe, et Chloe n’avait définitivement pas les moyens de se l’offrir.

Elle poussa un soupir, s’éloignant de la fenêtre, s’approchant des tables où les enfants avaient négligemment abandonné stylos et crayons, livres et pochoirs. Il suffisait que la sonnerie retentisse pour que tous s’enfuient sans un regard derrière eux, les bras tendus vers leurs parents ravis de les savoir encore en vie. Les habitants de Fairhope en était là ; à prier pour que leur tour vienne plus tard, à espérer que le voisin serait le suivant et non pas eux. Surtout pas eux. L’institutrice en devenir ne pouvait que se féliciter d’avoir choisi de déménager pour maintenant vivre en colocation, réduisant ses chances à elle aussi d’être la suivante. Après tout, s’ils vivaient tous sous le même toit, si la municipalité décidait de tous les parquer dans un gymnase ou ailleurs, le Poète ne pourrait plus rien contre sa communauté et ils n’en seraient certainement pas là, à compter les cadavres en espérant que le diagnostique ne s’aggraverait pas le lendemain. C’était pesant, c’était une atmosphère que Chloe ne supportait pas, qu’elle avait du mal à accepter au quotidien ; elle qui ne renonçait pas, qui répondait toujours avec le sourire. La gentillesse et la générosité incarnées, qui refusait qu’on touche à l’innocence, qu’on s’en prenne aux plus faibles, à ceux qui ne pouvaient pas se défendre. S’en prendre à une enfant ? Ça ne faisait aucun sens. C’était lâche. C’était immonde. Eux qui ne se souciaient de rien, qui ne comprenaient pas pourquoi Rose avait disparu du jour au lendemain, pourquoi sa place était restée vacante, pourquoi on avait fini par enlever sa table et sa chaise pour y laisser le vide, le néant, pour y déposer des dessins et des hommages au lieu d’inviter un autre enfant à prendre sa place.

Mais inutile de se fatiguer en songeant à tout ceci. La journée avait déjà été suffisamment longue comme cela, et Chloe avait seulement hâte de pouvoir enfiler son épais manteau, traverser la ville, regagner son lit où elle se changerait les idées en dévorant un livre avant de terminer de rédiger le rapport qu’elle devait rendre à la fin de son stage. Inutile de s’énerver, de gâcher son temps à réfléchir à toutes ces tragédies. Elle s’empêchait de vivre, de se réjouir de toutes les choses positives qui s’étaient produites au cours de cette journée, à commencer par celles et ceux qui avaient réussi à orthographier correctement leurs prénoms pour la première fois, les élèves qui n’avaient pas dépassé, qui avaient aidé leurs camarades sans y réfléchir à deux fois, ceux qui étaient venus la chercher dans la cour de récréation pour qu’elle vienne à la rescousse de celui qui s’était tordu la cheville en jouant au ballon. Elle était entourée par la vie, celle qui ne laissait pas de place au malheur, à la mélancolie. Elle n’avait pas le droit de laisser les pensées négatives et néfastes gagner du terrain.

Elle sursauta.

Elle n’avait pas non plus le droit de laisser des inconnus trainer dans les parages une fois la classe terminée et les élèves enfin partis profiter de leurs vacances. « Vous… » Une grande inspiration. Ce n’était certainement pas le Poète. Un parent venu chercher sa progéniture, peut-être ? Son visage lui disait vaguement quelque chose, comme si Chloe l’avait déjà aperçu par ici par le passé ; mais Fairhope était une petite ville après tout, elle aurait pu croiser cet homme n’importe où. « Est-ce que je peux vous aider ? » Son coeur s’emballa dans sa poitrine en réalisant qu’il s’agissait peut-être de son heure. Ridicule. N’est-ce pas ?
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Sujet: Re: Where is my mind ?Sam 21 Jan - 18:46

Un gamin un peu frêle assis au fond d'une salle de classe. Ses yeux évitaient soigneusement de croiser le regard de la maîtresse qui sondait ses élèves en attente d'une réponse. Pratiquement tous les bras étaient levés, réclamant l'attention, réclamant le droit de parole, réclamant l'honneur de donner la bonne réponse. Le gamin du fond, lui, gardait la sienne résolument baissée, posée sur la table et crispée autour d'un crayon, dans un effort désespéré de paraître occupé et attentif; ou plutôt de disparaître. Si elle appelait son nom, il allait encore bégayer, rougir, et qui savait, peut-être pleurer si un vent d'impatience soufflait dans sa direction, ou si un murmure désobligeant parvenait à ses oreilles. La peur le prenait aux tripes, bâtissant déjà les fondations de son empire, prenant le contrôle de ses mains dont les paumes moites tremblaient, de ses entrailles qui se nouaient et de la sueur qui lui coulait dans le dos. Mais le fouet le manqua aujourd'hui et l'enseignante, satisfaite, se retourna vers le tableau noir, inscrivant la réponse à la craie crissante. L'imbécile, l'ignorant, au fond de la classe pouvait respirer à nouveau. C'était la peur qui l'attendait chaque jour, qui lui prenait la main lorsqu'il errait esseulé dans la cour de récréation, qui se rangeait à ses côtés lorsque la sonnerie retentissait.

Aujourd'hui, la porte du tombeau était ouverte. Alors, attiré par l'odeur du sang, il était entré. C'était l'odeur de mort qui s'était imprégnée dans l'air, marque indélébile et à peine détectable qui s'était accrochée aux tables, aux craies, qui crissait sur le tableau alors que la maîtresse écrivait des informations que les cerveaux vulnérables peinaient à retenir. Il les avait regardés fuir, s'échappant vers des bras moins froids, des bras moins morts, des bras qui les serraient en retour, qui les serraient à les étouffer. Mais le parfum des roses s'était accroché à eux aussi.

C'était là qu'il se tenait aujourd'hui, à l'intérieur des murs maudits. Pas par choix. Pas par la volonté de se remémorer des temps anciens, ni pour récupérer une progéniture qu'il n'aurait jamais su élever. Parce qu'il avait besoin de trouver sa tante. Elle seule pouvait l'aider, trouver la solution miracle à son problème, comme elle le faisait toujours. S'il avait su comment, il se serait senti reconnaissant, il l'aurait remerciée, chaque jour, d'avoir pris la place de ses deux parents qui, eux, avaient renoncé devant l'ampleur du travail. Et si son père passait une fois par an, c'était miraculeux, turbulent, et tout le monde se réjouissait de le voir repartir. Mais elle, non. Elle s'était accrochée, bravant ses humeurs et ses accès de folie, ne sachant pas vraiment le comprendre mais se donnant au moins la peine d'essayer. Elle était restée là, l'acceptant lorsqu'il perturbait une énième soirée.

Sauf aujourd'hui.

Elle n'était pas là. Elle n'avait pas répondu à ses messages, ni à ses appels, et la panique avait repris sa place habituelle au creux de son ventre, les épaules nouées, les muscles tendus entre les omoplates. Les pensées logiques, ordonnées et claires laissaient place à un capharnaüm de phrases à  moitié écrites et d'idées abandonnées en route. Pourtant il allait mieux. Il avait un travail stable qui induisait peu de stress, caché au fond de la réserve de la bibliothèque, et sa tante avait réussi l'exploit de le convaincre d'avoir un suivi médical par un psychiatre, le docteur Harper, et Aiden, lui, avait réussi l'exploit de s'y tenir, se rendant aux séances et prenant les médicaments prescrits, le tout en se demandant comment il avait pu survivre sans jusqu'à présent. Seulement voilà, il avait oublié.

Un, deux jours.

Et l'angoisse avait percé ses défenses affaiblies, le laissant abêti et incapable. Tout était revenu, et il était submergé d'échos oubliés et de regards dérobés, envahi d'impressions étranges et de murmures sur son passage, alerté par des rires mesquins et des caméras dissimulées. Peut-être que son praticien essayait de l'empoisonner depuis quelques mois, endormant son cerveau, le faisant passer à côté de toutes ces menaces. Alors il s'était tourné vers le seul édifice qui tenait debout dans la tempête ; sa tante et, par extension, l'école où elle exerçait son métier. A contre courant, il avait remonté le flot d'élèves qui se précipitaient vers la sortie et les vacances, et s'était retrouvé à errer dans les couloirs à la recherche de sa tante, son agitation grandissante à mesure qu'il manquait d'atteindre son but. Jusqu'à ce qu'il finisse par entrer dans une salle ouverte, plus ou moins au hasard, puisqu'il était incapable de se souvenir de l'endroit où officiait le seul véritable membre de sa famille. Il jeta un regard alentour, s'arrêtant quelques instants pour contempler l'espace vide qui détonnait dans les rangées ordonnées de tables et de chaises. C'était de là que venait l'odeur, c'était la source de la putréfaction qui s'était répandue partout autour de l'établissement, partout dans la ville.

La jeune femme, qu'il avait vaguement aperçue avant de tomber nez à nez avec les résidus d'un cadavre, l'interpella. Il se tourna vers elle, mal à l'aise, comme à son habitude, inquiet. «Je dois trouver quelqu'un.» Il la dévisagea, plissa les yeux «Pas vous. Vous n'êtes pas la bonne personne.» A d'autres les évidences, il n'était plus sûr de rien. «Ma tante devrait être là quelque part.» Aiden parcourut une énième fois la salle des yeux. «Pourquoi vous voudriez m'aider? Vous savez où elle est?» La suspicion enlacée aux points d'interrogation, il était prêt à reculer s'il le fallait. 

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Sujet: Re: Where is my mind ?Ven 24 Fév - 2:00

Impossible de savoir qui était le loup et qui jouait le rôle de l’agneau. Ils se tenaient tous les deux là, craignant sûrement le prochain geste de l’autre, Chloe observant l’homme en essayant de se souvenir de l’endroit où elle aurait déjà pu le croiser par le passé. Mais la ville était trop petite pour que sa mémoire parvienne à être suffisamment précise. Ils avaient certainement déjà eu l’occasion de se rencontrer un millier de fois, que ce soit à l’école, au supermarché au coin de la rue, ou dans un autre quartier de Fairhope. Et si cela ne s’était pas produit sur les trottoirs de la ville, alors il devait forcément s’agir de contacts qu’ils avaient en commun. Elle songea tout de suite à Sean, simplement parce que son esprit avait pris l’habitude de dériver vers le sourire du brun dès qu’elle cherchait un moyen de se rassurer. Réflexe qui commençait sérieusement à la préoccuper, et dont elle aurait bien voulu se débarrasser pour ne pas compliquer les choses, ne pas s’éparpiller, oublier les raisons pour lesquelles elle avait emménagé ici ; ou ne pas se concentrer sur ce qui se trouvait juste devant elle, à savoir l’inconnu qui semblait tout aussi perdu qu’elle, sinon plus.

Perturbée par ses propos, Chloe fronçât les sourcils, essayant de comprendre comment son interlocuteur aurait pu la confondre avec sa tante, ne serait-ce qu’une fraction de seconde. Visiblement confus, il n’avait clairement rien à faire ici, et les questions qu’il posait laissaient transparaître une méfiance qui n’allait pas apaiser les esprits. Chloe croisa les bras sur sa poitrine après avoir rangé un énième cahier dans le pupitre d’un élève, décidée à faire fuir cet intrus qui n’avait rien à faire dans les couloirs de l’école à une heure pareille. Il suffisait que l’envie lui prenne de s’emparer de fournitures scolaires, qu’il disparaisse avec du matériel sous le bras, ou pire encore, les clés de la voiture de la maîtresse dans la pièce d’à côté, qui avait la mauvaise habitude de les laisser trainer bêtement sur son bureau à la vue de tous, certaine que les bambins ne viendraient jamais lui chiper pareil butin. Grossière erreur, et elle finirait bien par le regretter amèrement le jour où une bande de gamins turbulents auraient embouti son véhicule dans un arbre ou dans le portail de l’école. Ou qu’un type aussi louche que celui qui se tenait actuellement dans l’encadrement de la porte les aurait récupéré pour avoir une bonne raison de revenir un autre jour afin de s’asseoir à l’arrière de la voiture, prêt à surgir sur sa conductrice sans qu’aucune trace d’infraction ne soit visible sur les portières. Cette histoire de Poète montait clairement à la tête de Chloe, et si ce n’était pas pour ses bras qui lui servaient maintenant de bouclier sur sa cage thoracique, son coeur lui aurait sûrement déjà fait faux bond.

La minute suivante parut bien longue tandis que Chloe ne savait toujours pas quoi répondre, interdite face à la dernière question du jeune homme, se demandant si elle n’allait pas finir par répondre par quelque chose de tout aussi stupide. « Comment voulez-vous que je sache où est votre tante si je ne sais même pas qui c’est ? » Dans le fond, était-ce vraiment le problème ? Non. Mais l’étudiante ne savait pas comment faire comprendre à cet individu qu’il n’avait strictement rien à faire ici sans risquer au passage de le froisser, de l’agacer suffisamment pour que la situation se retourne contre elle et qu’elle finisse dans un sale état. Elle ne préférait même pas songer à une telle éventualité, chassant ces idées absurdes et se concentrant à nouveau sur une fin plus positive. Aucune raison de s’en faire. Certes, elle aurait eu bien plus de facilité à s’exprimer si elle s’était trouvée en face d’un enfant de sa classe, ou le frangin d’un petit qu’elle connaissait, mais l’exercice ne devait pas être si compliqué puisque les adultes communiquaient parfaitement entre eux sans que cela ne leur pose jamais de problèmes ? Il n’y avait bien qu’elle pour se mettre dans un état pareil face à un semblable, et plutôt que de continuer sur sa lancée, elle préféra se radoucir et partir du principe que l’homme serait plus vite parti s’il atteignait son but le plus rapidement possible. « Les gens viennent plutôt chercher leurs enfants ici, je ne suis vraiment pas sûre que vous soyez au bon endroit. Vous avez peut-être besoin d’aide pour vous repérer dans le coin ? Encore une fois, je peux vous aider, si vous voulez. » Toujours sur ses gardes, elle ne se risquait pas encore à sourire, impatiente de voir le loup déguerpir.
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Sujet: Re: Where is my mind ?Sam 15 Avr - 18:38

Il avait dû naître dans le brouillard. Une nuit brumeuse, déchirée par les cris perçants d'une femme qui donnait naissance. Les mains tremblantes de son mari n'avaient de cesse de s'égarer sur son visage déformé de douleur pour chasser les cheveux bruns qui se mêlaient à la sueur. Il ne pouvait rien faire d'autre, la voix lui manquait, et s'il n'avait pas été assis, ses genoux auraient sans doute flanché, ployant sous la souffrance qui emplissait les murs de l'hôpital, ployant sous la souffrance que les femmes enduraient depuis des millénaires, hurlant à en mourir parfois, jetant des créatures braillardes dans un monde de douleurs. Que personne ne s'étonne que leur vie commence dans des pleurs. Au dehors de l'hôpital, alors que la nuit britannique apportait son lot habituel d'ivresse, de morts et de naissances, peut-être le brouillard planait-il sur les rues, enveloppant le nouveau-né, s'infiltrant dans sa tête fragile, première respiration de cette brume ouatée qui l'accompagnerait au fil des ans, le drapant de confusion et l'éloignant des autres. Bientôt, les cris s'étaient tus, la nuit avait retrouvé son silence, la crachin avait remplacé le brouillard, les gouttes clip-clappant furieusement sur le toit de l'hôpital, le poupon assoupi et les parents épuisés. Dans les poumons vigoureux du bambin, dans l'air qu'ils véhiculaient à travers son corps, le brouillard tourbillonnait en un nuage si épais, si dense, qu'on n'y voyait rien.

Aiden parcourait les années dans cette brume cotonneuse qui ne le quittait jamais vraiment. Elle troublait les évidences, défigurait les visages, elle déformait la réalité, dansant devant ses yeux. C'était comme regarder le monde à travers un miroir déformant. Il reconnaissait vaguement les contours, devinait les couleurs, mais les détails lui échappaient. Ainsi Aiden manquait les significations, les messages ne se décodaient pas correctement, les émotions cachées dans les plis des lèvres ou dans les mouvements des sourcils restaient un mystère indéchiffrable à ses yeux. Lorsqu'il s'observait dans le miroir, c'était toujours la même expression qui lui faisait face, à savoir une forme d'horreur confuse qu'il n'avait jamais vu chez qui que ce soit d'autre. Il ne savait pas non plus si, lorsqu'il détournait les yeux ou qu'il s'adressait à autrui, c'était le même message qu'il transmettait. Son perpétuel ébahissement semblait constamment partager la scène avec une forme imprécise de terreur, en cela qu'il ne connaissait pas toujours l'objet de cette terreur, mais qu'elle restait quand même tapie dans les traits de son visage, par principe. Souvent, les gens finissaient par le penser idiot, et s'ils n'avaient pas entièrement tort, il était difficile, voire impossible, de résumer tout ce qui existait au-delà de son regard hagard avec cette simple explication. Il y avait mille et unes pensées inachevées, un générateur d'angoisse en perpétuel fonctionnement et des centaines de capteurs prêts à détecter la moindre anomalie, sans pour autant être à même de différencier une anomalie d'une instance tout à fait ordinaire de la vie de tous les jours. De nombreux autres câbles s'étaient emmêlés entre eux dans leur désir de se brancher, ce qui laissait là, sur le sol fragile de son esprit, une masse difforme de circuits enchevêtrés. Ils avaient pris la poussière et pourtant ils chauffaient toujours dans un effort désespéré de transmettre – la sérénité, l'empathie, tous ces concepts étrangers auxquels Aiden n'avait pas accès.

Dans la situation présente, un esprit littéraire aurait pu se dire que la tension était palpable, la méfiance tangible, et que les deux protagonistes présents sur les lieux évoluaient dans une confusion si épaisse qu'ils pourraient la toucher s'ils tendaient les bras. L'audience aurait pu se délecter de ce quiproquo fort divertissant, riant à l'insu des deux personnages grâce à des informations précédemment révélées, ou au moyen d'un aparté quelconque qui aurait clarifié la situation. Les informations auraient pu être de l'ordre suivant : la personne qui faisait face au nouveau venu n'était effectivement pas la personne qu'il recherchait ; cette dernière s'était en effet trouvée souffrante le jour même et s'était excusée pour la journée, rentrant chez elle pour se lover dans son lit avec une boîte de mouchoirs, des provisions de nourriture et un film devant lequel elle s'était endormie, sombrant dans un sommeil si profond que rien n'aurait pu le déranger, certainement pas le téléphone posé à côté d'elle, éteint. Ou alors, comme le jeune homme aurait pu le confier à une audience attentive, elle aurait pu se faire enlever par les mêmes personnes qui tentaient de l'empoisonner à coups de pilules. Bien évidemment, aucune information de ce genre n'avait été révélée, et si Aiden entendait des rires moqueurs, la probabilité qu'ils proviennent de spectateurs autres que ceux qui avaient élu domicile dans son esprit était faible, pour ne pas dire inexistante. La seule chance était qu'un enfant omniscient soit revenu sur ses pas pour une raison ou pour une autre et, comprenant instantanément les tenants et les aboutissants de la situation, se soit esclaffé de rire en pointant un doigt moqueur dans la direction des adultes. Quoi qu'il en soit, Aiden n'avait pas l'esprit littéraire, alors tout ce qu'il lui restait de ces actes, apartés et autres improbabilités, ce n'était que l'inquiétude, l'inconfort et une situation déplaisante à gérer.

Quelque chose remua, au fond de l'esprit d'Aiden, et il réalisa que, maintenant que son erreur avait été établie, il n'avait effectivement pas fourni beaucoup de détails à cette personne s'il voulait obtenir une quelconque information. La question était à présent de savoir s'il était prêt à accepter que cette jeune femme lui vienne en aide, ou s'il valait mieux faire demi-tour, repartir d'où il était venu et continuer sa recherche en prétendant que cet incident n'était jamais arrivé. D'apparence, elle ne semblait pas dangereuse, mais Aiden ne savait pas se fier aux apparences. Rien ne semblait trahir de menace imminente, mais il restait imperméable au désir de la jeune femme de le voir s'éloigner. Finalement, il décida de prendre le risque. «Je n'ai pas d'enfant.» précisa-t-il comme si ça clarifiait la situation, et aidait à sa résolution, encore une fois inconscient du fait que ça n'était pas le cas. «Ma tante, donc. Elle travaille ici. Elle est ici tous les jours. Je crois. Il n'y a bien qu'une école en ville?» Il était homme de peu de certitudes, et celle d'être au bon endroit s'effilochait devant ses yeux. «Elle ne répond pas, elle n'a pas répondu de la journée. Je pensais qu'elle serait ici. Elle est peut-être dans une autre salle. Elle doit être quelque part. Il faut qu'elle soit ici.» Il s'était vaguement tourné en direction de la porte, puis en direction de la salle de classe, mal-à-l'aise avec un corps dont il ne savait soudain pas quoi faire. Un nid d'inquiétudes au fond de la gorge, dizaines d’œufs au bord de l'éclosion.

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