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overjoyed - we survived

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◆ Manuscrits : 374
◆ Arrivé(e) le : 28/08/2015
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Sujet: Like HomeDim 1 Jan - 21:10

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Les allées du cimetière commençaient à avoir quelque chose de familier. C’était venu avec les jours, et surtout, cela était venu avec la peine. Par le passé, Ruby aurait tremblé dans un tel endroit, avant de saisir son courage à deux mains et de s’aventurer dans le lieux silencieux, seulement dérangé par les quelques coups de vents.

Mais ça c’était pour une version un peu plus naïve d’elle-même, qui craignait que la Grande Faucheuse en personne se cache derrière une des pierres tombales, et vienne finir le travail que l’arme du Poète avait commencé. Comme si cela aurait changé quelque chose. Comme si la Mort était quelque chose qu’on pouvait identifier et que l’on pouvait nommer. Comme si elle avait toujours peur de ce genre de choses abstraites. Les peurs de Ruby, comme son coeur, avaient changé. Avant elle craignait la solitude, craignait qu’on vienne la déranger dans son lit, encore une fois, pour lui faire mal, encore et encore. Ses cauchemars avaient un goût amer désormais et elle les connaissait tellement par coeur qu’ils étaient presque devenus des amis.

C’était eux encore qui l’avaient réveillée ce matin-là, elle avait rageusement essuyé la larme qui roulait sur sa joue, pour passer à autre chose. Pour rendre aux songes ce qui leur appartenait, pour leur redonner la peine qu’elle n’avait jamais demandée. Parfois Ruby se demandait si elle n’avait pas assez payé, si elle n’avait pas assez donné et s’il n’était pas temps que son esprit passe à autre chose. Que son subconscient se libère et la libère. Malheureusement, les choses ne fonctionnaient pas ainsi et il fallait attendre que la blessure guérisse. Mais combien de temps ? Il fallait qu’elle s’arme de patience, oui, cependant l’attente n’avait fait que durcir son coeur et la trentenaire se leva rapidement pour emprunter le chemin de sa cuisine et surtout pour enfiler les gants de boxe qu’elle avait laissé sur le comptoir la veille. Investir dans ce punching-ball s’avérait utile au final, les vacances étaient passés dans Fairhope, ainsi, nombre de commerces, comme l’école de Ruby, étaient fermés, il fallait donc rester chez soit et célébrer les fêtes en famille. Ses parents l’avaient appelée, elle n’avait pas osé décrocher. Pour leur dire quoi ? Pour les rassurer encore une fois, pour leur répéter qu’il y avait toujours un psychopathe dans la nature et que la police était toujours sur le coup. Ça commençait à devenir lassant à force.

Lassant, oui, c’était de la lassitude que Ruby ressentait, coup après coup, dans son punching ball, à la recherche de quelque chose qui pouvait l’émouvoir, qui pouvait lui faire mal. Ses phalanges avaient besoin de repos, ces temps-ci elle passait trop de temps à taper contre cet ennemi invisible pour se remettre, mais elle ne les écoutait pas. Quand elle retira ses gants, la brune constata que sa main droite était en sang, tremblante et en sang, mais cela ne l’émut pas plus que cela et elle se dirigea vers sa salle de bain. Où elle eut une illumination, où elle sut exactement où elle devait se rendre. Peut-être que c’était une évidence, peut-être qu’elle n’avait pas rendu visite à la jeune fille depuis longtemps mais après avoir enfilé un long pull noir et un jean, Ruby retrouva son chemin jusqu’à la tombe de Laurel Clyne. Les bras croisés, une mèche brune lui masquant une partie du visage, elle fixa le nom de la jeune fille. Et la réalité s’imposa à elle. Elle était restée à Fairhope pour elle.

Si sa propre vie n’avait pas eu d’importance, celle de Laurel en avait eu. Il n’y avait eu qu’à voir la façon dont elle se mouvait sur les planches, au son des plus grand maitres russes, complètement libre, sa technique parfaite, et surpassant de loin tous les conseils que Ruby aurait pu lui donner. Elle aurait dû vivre, avoir un futur, avoir quelque chose de plus, élever cet enfant qui grandissait dans son ventre… Ça avait été injuste et cruel, de l’arracher si tôt à tout ça. C’était pour elle que Ruby se devait respirer, c’était elle qui devait l’apaiser, c’était elle qui devait être la clé. Ruby ne retint pas la nouvelle larme qui s’était formée sur sa joue, ayant enfin trouvé un endroit où atterrir et où mourrir. Si elle avait eu une voix, elle aurait crié… si seulement. Une branche craqua dans la distance et Ruby sut qu’elle n’était plus seule sur la sépulture de Laurel. Le problème c’était qu’elle n’avait pas envie de se retourner.

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Sujet: Re: Like HomeVen 13 Jan - 2:38

Le plus dur était de ne pas imaginer le pire, de se l’interdire. Arthur s’efforçait de se concentrer sur les noms gravés sur les pierres tombales, plutôt que de songer à ce que serait sa vie si d’autres lettres venaient prendre la place de celles qu’il avait pris l’habitude de lire. Des lettres assassines, dangereuses, qui lui aurait sûrement arraché toute forme d’espoir. Ce n’était pas permis non, pas autorisé de se laisser ainsi aller à la mélancolie en repensant à ce que serait sa vie si on l’amputait de son fils. Il n’y avait même pas de mot ; il ne deviendrait pas veuf ou orphelin. Non, ce serait autre chose de tellement terrible et insupportable que personne n’avait encore inventé de terme à la hauteur d’une telle douleur. Il faudrait qu’il apprenne à survivre, à errer entre les tombes comme si elles pourraient lui apporter des réponses, elles qui le rendraient un jour prisonnier de sa détresse. Il n’était pas là pour ça, et quand bien même il aurait pris un certain plaisir à se remonter le moral en s’égarant un instant pour choisir l’endroit où son ex femme aurait finalement sa place, il avait d’autres projets ce jour-là. Pas question donc de se laisser aller à un extrême ou l’autre, les larmes ou les sourires n’avaient guère de place dans son esprit à cet instant, lui qui s’obligeait à rester attentif et concentré sur ce qui lui faisait face.

Le colonel lisait les prénoms en boucle, les patronymes avec d’autant plus de précaution. Il se les répétait, comme un refrain, une symphonie dont lui seul connaissait la cadence. Une mélodie teintée d’angoisse et de souffrance, mais silencieuse pourtant. Il n’y avait bien que lui pour l’entendre, et pas question de la partager. C’était un peu comme si elle le guidait, qu’elle l’aidait à avancer, à faire un pas supplémentaire vers la solution du puzzle maudit qu’on lui avait confié. Le tumulte du commissariat ne l’aidait certainement pas à y voir plus clair. Entre les sonneries de téléphone qui ne laissaient de répit à personne, les entretiens, les réunions qui n’en finissaient plus et la pile de dossiers sur le coin de son bureau qui menaçait de s’effondrer à tout moment, pas étonnant que son esprit ne parvienne plus à faire abstraction de l’inutile pour se focaliser sur l’essentiel. Il fallait qu’ils avancent. Ils n’avaient maintenant plus le choix ; il leur fallait des réponses, des solutions, des pistes qu’ils pourraient exploiter en profondeur. Qu’ils gagnent le plus de temps possible. Ils courraient autant après la trotteuse qu’après leur charmant bourreau, et il devenait nécessaire d’avoir une longueur d’avance sur l’assassin afin de mieux pouvoir le coincer. Mais en attendant, revenir à la case départ et prendre le temps d’analyser avec le plus grand soin ce qu’ils avaient manqué lui paraissait nécessaire. Certes, il ne trouverait peut-être rien de nouveau ici, mais au moins il pouvait réfléchir sans être dérangé, sans que ses hypothèses soient polluées par le reste du monde.

Les sourcils froissés, il attendait d’être frappé par l’évidence, espérant sans doute que celle-ci tomberait tout droit du ciel. Il ne serait même pas étonnant qu’Arthur se mette à croire en Dieu, juste pour l’occasion, juste pour avoir une bonne raison de finir à genoux, mains liées et tendues vers les cieux, le regard perdu. Et si seulement le Créateur l’entendait, que pourrait-il bien y faire ? De toute façon, qui pouvait affirmer que le Poète n’était pas de mèche avec cet autre crétin-là, qu’ils étaient complices, que l’un fournissait à l’autre tout ce dont il avait besoin pour accomplir ses plans et ainsi se débarrasser des pêcheurs ? Les forces de l’ordre n’avaient encore jamais envisagé l’idée que le meurtrier puisse avoir envie de purifier sa race, la plus animale qui soit. Mais ce genre de fou choisissait souvent une seule et même catégorie de la population, pas des victimes de tous genres, cultures ou religions. Fallait-il vraiment partir du principe que le Poète accomplissait les desseins secrets du Seigneur ? La seule ombre au tableau restait alors Rose, l’innocence même, la seule des victimes qui n’avait pas eu le temps de pêcher. Le sacrifice ? L’offrande ?

Il s’égarait encore. Le cinquantenaire respira profondément, se débarrassant de ce qui l’encombrait au cours d’une longue expiration. C’était alors qu’il la remarqua, dans son champs de vision, une ou deux rangées de tombes plus loin. La silhouette et la taille fine lui semblait familière, pour ne pas dire reconnaissable entre tous. Arthur vivait à Fairhope depuis trop longtemps, et même s’il avait particulièrement du mal à retenir les prénoms, il avait fait tous les efforts du monde pour exercer sa mémoire depuis le début de l’enquête. Pas question de passer à côté de quelque chose simplement parce qu’il ne s’en souvenait plus ; pas vrai ? Ce serait dommage, et particulièrement irresponsable. Sans aucun doute, il parvint donc à se rappeler au moins du nom qu’il avait vu à de maintes reprises sur la tombe devant laquelle la danseuse s’était arrêtée, se félicitant presque d’avoir imprimé le plan du cimetière dans un coin de sa tête. Il se risqua à réduire la distance entre elle, la défunte et lui, le plus lentement mais le plus sûrement du monde. Il resta immobile, à ses côtés, quelque peu en retrait, ne se risquant à parler qu’après de longues minutes, ne voulant pas troubler la jeune femme en train de se recueillir. Ce n’était pas une silhouette fragile et maigre qu’il avait pris l’habitude de voir face à cette tombe ; mais Tobias ne venait plus depuis longtemps, et les fleurs sur la tombe de Laurel avait maintenant fané.

« Was she a good dancer ? » Arthur n’aurait pas su expliquer comment ni pourquoi cette question avait soudainement eu de l’importance dans son esprit. Il sentait qu’il avait besoin de ne négliger aucune piste ; qu’il fallait qu’il se plonge dans chaque victime, qu’ils lisent en elles comme dans un livre ouvert, qu’il se noie entre les pages de leur histoire et qu’il en tire les conclusions nécessaires. Il n’y avait bien qu’ainsi qu’il pourrait arriver à mettre l’autre fou derrière les barreaux ; il faudrait qu’il se perde pour mieux le retrouver. Il fit un pas de plus, pour mieux la voir, espérant sans doute une réponse qui tardait à se manifester, avant de réaliser qu’il ne pourrait jamais l’entendre. « I still remember a few signs from when… Let’s just say my son and I needed that at some point. » Pas de mélancolie, non. C’était interdit ; ça risquait de réveiller les morts.

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Sujet: Re: Like HomeLun 6 Fév - 23:59

Ruby pensait avoir tout entendu, entendu toutes les questions concernant sa propre agression, celle de Laurel, tout… Après tout, elle aussi avait été la cible des journalistes, qui avaient pris son mutisme pour de l’angoisse et son silence pour de la stupidité. La brune se souvenait encore des flashs qui avaient crépité sur sa peau et des pas qui s’étaient mêlés aux siens, elle se souvenait encore de la confusion et de la façon dont son coeur battait, alors que le tumulte continuait autour d’elle. Un fracas qui n’avait pas vraiment de sens ou de rythme, ni de résonance ou d’écho, le genre de bruit que tout musicien aurait détesté et qu’il aurait essayé d’arranger. En vain. Les pires questions n’avaient même pas été celles des journalistes mais celles de ses proches, de sa famille, ceux qui étaient censés l’aimer et la protéger. Qui s’interrogeaient sur son état, se demandaient s’il était judicieux qu’elle reste ici après tout ce qui s’était passé, si elle n’était pas trop faible, si elle pouvait tenir le coup physiquement ou mentalement. Personne ne pouvait se glisser dans sa peau aussi bien qu’elle et pourtant, tant de vandales avait essayé, essayé de lui faire cracher des mots pour justifier leur propre peur et leur propre conclusion.

Mais non, Ruby avait tout refusé, secouant la tête avec véhémence, pour se libérer de tout ça. Non, maintenant qu’elle y pensait, ça n’avait pas été ça le pire, le pire restait la façon dont les épaules de Tobias se courbaient toujours. Il ne s’était pas toujours tenu comme ça, avant il avait une raison d’avancer, de suivre, de se tenir droit. Il était comme un fantôme dans le studio de danse maintenant, Ruby lui avait expliqué quelques fois qu’il faisait peur aux élèves et qu’il ne pouvait pas rester, elle ne pouvait rien lui dire, littéralement et elle ne voulait pas. Elle avait fait une promesse, une promesse qu’elle n’avait pas encore brisée et avait gardé le secret, un secret qu’elle emporterait surement dans la tombe. Mais il était hors de question qu’elle accable Tobias avec cette vérité-là, qu’elle lui confie qu’en fait...  il avait perdu deux coeurs, deux vies et deux raisons de se battre ce soir-là. Non, elle ne pourrait jamais croiser le regard du brun et graver ces mots-là sur son ardoise, même elle qui se relevait ne pourrait pas trouver ce genre de courage.

La question d’Arthur était donc nouvelle, tellement nouvelle que Ruby leva vers lui un regard quasi-étonné mais toujours emprunt d’une certain tristesse. Le visage du colonel lui était familier, elle l’avait vu dans les journaux, aperçu dans l’ombre à son propre interrogatoire, il y avait des noms comme ça… En temps normal, la professeure aurait fait demi-tour, aider la police de Fairhope n’entrait plus dans ses attributions, répondre à cette question-là ne changerait rien. Et Arthur faisait un semblant d’effort. Ruby poussa un soupir, et se mit à signer, le plus lentement possible. She was the best. She was really talented, the kind of talent you don’t teach. She was supposed to go far. Far away from here.Ruby dansait, elle dansait très bien, mais ce que faisait Laurel était au dessus, ce n’était pas un simple enchainement de mouvements, ce n’était pas juste de la précision ou de la technique… c’était sa façon d’être libre, d’être belle, d’être en colère, d’être triste… Le genre de performance qu’on venait voir de loin, on en ressortait grandi et on continuait avec sa vie. Mais cette pierre tombale était là pour leur rappeler que les contes de fées n’existaient pas vraiment, Laurel avait dansé de tout son saoul et maintenant, elle se devait de reposer en paix. Plus que de la tristesse, être ici, à expliquer ça à Arthur mettait Ruby en colère.

People like Laurel just don’t die without doing what they came to do. Une colère quasi-sourde qu’elle ne pouvait diriger contre personne. Car le meurtrier n’avait pas de visage, pas d’identité, ne laissait pas de traces à part les vies qu’il avait détruites. Et à en juger par la présence d’Arthur ici, l’étau se resserrait sur tout le monde et les pistes se faisaient de plus en plus rare, sinon pourquoi interroger Ruby sur les performances de la petite Clyne. It’s so unfair.Ruby croisa les bras, s’enveloppant dans une bulle que personne ne atteindre. Sa main gauche passait et repassait dans son dos, là où la marque du tueur s’effaçait lentement depuis deux ans. Elle aussi avait payé son droit de passage, son tribu, mais pourquoi elle et pas Laurel ? Les rôles auraient dû être inversés, on ne sacrifiait pas les plus jeunes, ce n’était pas ça la vie, tout était sans dessus dessous depuis trop longtemps, c’était certain. Especially to Him, signa finalement la brune, son regard croisant de nouveau celui d’Arthur.

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Sujet: Re: Like HomeVen 24 Fév - 2:31

Arthur aurait bien aimé trouver la force de répondre que personne, personne sur terre n’avait le temps de faire quoi que ce soit d’important, de suffisamment génial pour que les mémoires soient gravées. Il en existait quelques uns, forcément ; les exceptions qui venaient confirmer la règle. Des savants, des auteurs, des peintres, des génies, tous acclamés et admirés une fois coincés entre quatre planches, critiqués et jugés de leur vivant, quand on ne les mettait pas à mort volontairement pour se débarrasser de leurs pensées qui ne tournaient pas dans le même sens que le monde. Le colonel aurait aimé pouvoir répondre à la jeune femme que tout ceci n’était qu’un leurre, qu’on n’avait décemment pas le temps de vivre, que ce n’était pas possible. Le travail, puis la vie de famille, la maladie parfois ou la pauvreté, et puis la fin qui venait trop rapidement pour qu’on puisse s’y préparer véritablement. Arthur pouvait en témoigner, du haut de ses cinquante-cinq ans ; il avait bien senti ses os s’écraser au cours des dix dernières années, ses poumons et son coeur se resserrer, comme pour tenter de gagner de la place et préparer le colonel au voyage le plus bref et le plus éternel qu’il ferait jamais. Son dos s’était affaissé, ses épaules s’étaient voutées, son regard avait perdu un éclat qu’il n’était pas vraiment sûr d’avoir possédé un jour. La mort de Laurel n’avait pas plus de sens que les miracles, les fleurs à l’entrée du cimetière, la pluie en plein été, l’éclat du soleil au coeur de l’hiver.

À raisonner ainsi, Arthur se surprit à se demander s’il ne devait pas tout simplement baisser les bras et partir à la retraite. On l’avait déjà promu pour l’enfermer dans un bureau minuscule et poussiéreux afin de le noyer sous des tas de papiers et de dossiers dont il ne voyait jamais le bout ; si la fatalité le rattrapait maintenant, alors il n’y avait plus aucune raison de courir après du vent et d’essayer d’arrêter le Poète. Peut-être qu’au final, c’était l’assassin qui avait raison et qu’il fallait tout simplement le laisser semer ses messages aux quatre vents en espérant que quelque chose de merveilleux en naisse. Sans doute pas un chef-d’oeuvre, non, mais il y avait bien un opposé à l’horreur, et il finirait par reprendre le dessus et avoir raison des litres de sang versés qui continuaient de polluer les rues de Fairhope, tachant au passage les mains vieillies du colonel. Ce dernier soupira, abattu sans doute par sa propre question, et son besoin d’en finir avec toute cette histoire pour avoir enfin la conscience tranquille et l’impression d’avoir été utile. Pour qui passait-il, à ne rien pouvoir faire pour son fils, à ne pas être capable de protéger la communauté qu’il servait depuis des décennies ?

« Him ? You mean Tobias ? » Les mots étaient sortis tous seuls, à l’opposé de ce qu’il ressentait, de ce qui lui traversait l’esprit alors qu’il se tenait aux côtés de Ruby, les mains fourrées dans les poches de son manteau, un vêtement qu’Elliott lui avait acheté un peu plus d’un an en arrière, pour le Noël précédent. Des souvenirs qu’il chérissait, qui lui tenaient bien plus chaud que le tissu qui lui couvrait maintenant les épaules. Le regard perdu dans celui de la danseuse, Arthur se ravisa presque aussitôt, réalisant qu’il troublait le repos de la jeune femme venue se recueillir sur la tombe de celle qui était devenue plus qu’une élève au cours des années. « I’m sorry I… I didn’t mean to… » Le colonel ne trouvait pas ses mots, pour changer de sa maladresse habituelle. Le soupir suivant lui sembla plus profond, la tête à présent baissée, le regard planté sur le bout de ses chaussures qu’il n’avait pas eu le temps de cirer depuis trop longtemps pour que le détail ne retienne pas son attention. Il valait mieux se concentrer sur le visage de la jeune femme, finalement. « I didn’t mean to bother you or make it sound like I’m interrogating you… Guess I just can’t have a normal conversation with anyone these days. » Déformation professionnelle. Les heures dans les salles d’interrogatoires s’enchainaient, plus éreintantes les unes que les autres, les minutes s’allongeant elles aussi au fur et à mesure. « I just don’t want to give up, you know ? I don’t want him to win. » Sans quoi il emporterait probablement sa culpabilité avec lui dans sa tombe. Sans quoi il partirait en vain, sans avoir réussi à accomplir ce qu’il était venu faire sur cette fichue terre.

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Sujet: Re: Like HomeMar 14 Mar - 20:33

La jeune femme croisa les bras sur sa poitrine aux excuses d’Arthur. Les mots étaient censés la réconforter pas vrai ? La brune ne parvenait pas à y trouver quelque chose de doux, non, plus elle fixait Arthur et plus elle se disait qu’il était fatigué et que l’enquête l’avait vraiment vieilli et épuisé et ses épaules semblaient trop lourdes. Peut-être que lui aussi était venu chercher un peu de réconfort dans ses allées vides. Plus personne ne venait vraiment au cimetière de Fairhope, il était trop porteur de mauvais souvenirs, encore plus que les autres cimetières. Ruby se rappelait encore du jour de l’enterrement de Rose Howard et des mines tristes et des regards apeurés. Tous ces gens qui tentaient de comprendre pourquoi est-ce que la vie d’une enfant avait été prise. Laurel n’avait été âgée que de quelques années de plus qu’elle, l’injustice était tout aussi grande selon Ruby, et l’enterrement avait été tout aussi douloureux. Dans les deux cas rien n’était juste, dans les deux cas rien ne faisait de sens et si elle se penchait trop près sur ce passé-là, elle était incapable de penser à un quelconque futur. Plus rien n’avait vraiment de sens. Était-ce pour ça qu’elle était venue ici aujourd’hui ? La brune ne savait plus vraiment, elle se mordit la lèvre inférieure et pesa le pour et le contre.

Elle était certaine que si elle demandait à Arthur de partir, il la laisserait tranquille, et n’insisterait pas. Ses bonnes manières reprendraient le dessus et elle aurait la paix pendant quelques minutes. Et en même temps… Ruby ne savait pas si elle avait envie de se laisser envelopper par le silence, dès fois, même pour elle, il était de trop et sembler l’étouffer. Peut-être que c’était parce qu’Arthur faisait trois têtes de plus qu’elle mais sa présence avait quelque chose d’apaisant. Il aurait pu discuter avec la Grande Faucheuse quelques secondes si cette dernière décidait de venir s'emparer de Ruby en plein milieu de leur conversation, et La convaincre de lui laisser quelques minutes de plus pour se balancer au gré du vent et faire ce qu’elle savait de mieux. Autant lui dire de rester et répondre à ses questions… Elle doutait de pouvoir lui apporter des nouveaux éléments, mais elle pouvait essayer de l’éclairer un peu dans le noir. It’s good. Because I think that every body else did gave up. signa rapidement Ruby. Les gens tentaient de vivre et de se persuader que tout ça dans le fond, c’était normal, que c’était censé arriver. Foutaises. Ce genre de fatalité avait le don d’énerver Ruby et elle ne l’acceptait pas, il n’y avait rien de normal avec la façon dont ces vies avaient été prises, rien de normal au fait qu’elle se trouve ici, et pas à enseigner et pas à échanger un peu plus avec Laurel. Yes, I’m talking about Tobias. He’s the one who got hurt the most in the end.

D’une certaine manière, Ruby avait aimé la jeune fille, comme la mère qu’elle n’allait jamais être, comme le sage qui éduquait le plus ignorant, comme quelqu’un de perdu qui voyait enfin une raison de continuer derrière chacun des mouvements de Laurel. Mais pour Tobias… Laurel avait été beaucoup plus que ça pour Tobias, elle avait été son éternel, et il avait du la regarder se faner et il n’avait même pas pu la mettre en terre. I don’t care what people said, he really did love her. In his way yes, but that was real love. And that’s not what killed her. Ruby hocha frénétiquement la tête pour exprimer son refus et son regard se posa sur la tombe de l’adolescente. Elle qui était morte en emportant la vie qui logeait dans son ventre. Arthur savait-il ? Probablement pas… Ruby savait que ce détail avait échappé à la police, ou alors, ils avaient choisi de ne pas le divulguer, dans tous les cas, le secret de Laurel était bien gardé avec elle. I don’t know why the Poet targeted her or me, I don’t remember much sadly. Just the pain that came afterwards, and how blurry everything was. Ruby signa les derniers mots avec des mains tremblantes, des mains sur lesquelles elle jeta un regard inquisiteur et elle essaya de se reprendre. Parler de son agression était toujours aussi désagréable, comme saler une plaie qui avait une vie propre. Arthur avait dû lire le rapport de police, savoir ce que Ruby avait réussi à écrire et à signer, encore assise dans son lit d’hôpital, face des personnes qui ne pourraient jamais comprendre à quel point ne pas avoir de voix était frustrant dans une situation pareille.

I don’t know why he left me alive … Some people like Laura are just mistakes. I don’t feel like I was one. Ruby signait le fond de ses pensées, elle avait décidé de ne pas mentir à Arthur, elle ne savait pas d'où lui venait ce sentiment, ou peut-être que cette pensée avait commencé à naitre dans son esprit quand elle avait regardé des interviews de Laura et de sa voisine qui avait eu le bon ton d’alerter les autorités pour rapporter un autre méfait. Le meurtrier avait fuit, mais qui se serait soucié de l'état de Ruby, qui se serait soucié du bruit à l'époque où elle vivait encore sur Fairhope Avenue ? Non, pour elle le meurtrier n'avait pas fuit, pour elle il était parti, décidant qu'elle n'était pas digne d’être achevée.

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Sujet: Re: Like HomeDim 16 Avr - 22:24

Ils étaient loin d’imaginer qu’ils se retrouveraient sûrement au même endroit, à un mètre ou deux de cette même tombe, d’ici quelques mois, quand Tobias serait tombé à son tour. Arthur ne pouvait pas prédire qu’il arriverait avec une poignée de secondes de retard, un retard décisif, incisif, un retard qui aurait déjà pénétré les chairs de Tobias et qui lui aurait explosé le crâne. Et même s’il pouvait lire l’avenir, est-ce qu’il y changerait quelque chose ? Qui était-il pour se permettre un tel crime ? Laurel méritait sans doute de retrouver son frère, après tout ce temps passé loin l’un de l’autre. Il n’était personne pour les juger, il n’était pas celui qui aurait le dernier mot de toute façon, s’il y avait bien quelqu’un là haut pour les attendre et les accueillir, ou en tout cas ceux qui le méritaient. Tobias serait mieux sous terre, là où la folie des autres Hommes ne pourrait plus l’atteindre et le déchirer, marquer sa peau et ouvrir ses chairs. Et Ruby et le colonel se tiendraient là une fois de plus, à contempler toute cette terre retournée en se demandant si les réponses ne se trouvaient pas justement quelque part en-dessous, au creux des entrailles boueuses de la planète, dans le ventre de leur Mère. Mais ils avaient beau fixer le sol, ils n’obtenaient rien en retour ; alors le colonel abandonna bien vite, croisant le regard de Ruby, jugeant que l’ambre de ses yeux était aussi sombre que le sol qu’ils foulaient. Les réponses se trouvaient peut-être là, finalement.

« Il vous a probablement gardé en vie parce que… » Ce n’était pas dans les habitudes d’Arthur de mentir, ça ne l’avait jamais été. Ça ne voulait pas dire que les choses étaient plus faciles à dire pour autant, plus facile à annoncer ou à admettre. Non, cela voulait simplement dire qu’il ne voulait pas s’embarrasser avec la peine qui suivait généralement les mensonges. La vie était trop cruelle, trop violente, ça ne servait à rien de l’embellir pour retomber de bien plus haut par la suite. Arthur prit tout de même le soin de s’éclaircir la gorge, replongeant ensuite sa main dans la poche de son manteau. « Parce que vous êtes muette. » Après tout, elle le savait mieux que lui ; elle l’avait vécu, c'était son quotidien. « Je crois qu’il s’attaque à des symboles, pour une raison que je ne comprends pas encore tout à fait… Comment comprendre ce qu’il fait, de toute façon. Tout ce carnage n’a pas de sens. » Il pensait maintenant à voix haute, et il préféra se concentrer sur ce qu’il avait en tête lorsqu’il avait ouvert la bouche la première fois. « De toute évidence, je pense que vous y aviez déjà songé vous-même, mais je crois que c’est ce qu’il cherche à faire. Le silence avec vous, et puis Rose était l’innocence, Adam était l’optimisme… Pour Laura, le paraître. Je crois vraiment que c’est son but. On ne l’a pas surnommé le Poète pour rien, il doit forcément trouver du sens où nous n’en voyons pas. » C’était assez facile de déduire une chose pareille, mais dans tous les cas, ça ne faisait avancer personne. Ils étaient toujours au point de départ, et le tueur courait loin devant eux, pas même essoufflé par leur course.

« Il en savait sûrement plus sur Laurel que nous. Ou bien il a tué… Ce qu’elle représentait pour Tobias. » Les soupirs s’arrachaient à ses lèvres avec tant de fatigue qu’il était étonnant que le colonel tienne encore debout. « Ou peut-être que je réfléchis trop ? » D’une certaine façon, il savait, comme le Poète l’avait su avant lui, que Ruby ne dirait rien, que cette conversation resterait entre eux et rien qu’entre eux. Peut-être était-ce pour cette raison qu’il se déchargeait un peu plus que d’ordinaire. Un avis extérieur, un avis de victime, n’était pas malvenu non plus dans ces cas-là. « Nous n’avons visiblement pas assez d’éléments. Ou alors nous les avons tous et nous ne savons pas les interpréter. Certains s’acharnent sur des détails et personne ne sait s’ils ont vraiment de l’importance ou s’il faudrait qu’on se concentre sur autre chose. J’aimerais simplement savoir où chercher, à quelle porte toquer. Planter des types à tous les coins de rue pour qu’ils suivent chaque passant et qu’ils le démasquent enfin. Qu’on en finisse. » Arthur prit une grande inspiration, sortant sa main de sa poche une énième fois pour la passer dans ses cheveux. « Sorry again, I don’t want to bother you with my theories or my rambling. I should probably leave you alone. » Son regard regagna le sol à nouveau, sans se douter une seconde qu’ils se reverraient au même endroit dans quelques mois…

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Sujet: Re: Like HomeLun 1 Mai - 21:41

Ruby n’était pas croyante. Non, elle n’imaginait pas de vie après la mort, doutait de l’existence d’un dieu réel et n’avait pas besoin de quoi que ce soit pour justifier ses actions. Il lui semblait tellement étrange et désespéré de se mettre à genoux, de courber l’échine de cette manière pour quelque chose qui ne viendrait probablement pas. Si tout arrivait pour une raison alors pourquoi ? Pourquoi ne pouvait-elle pas parler, produire des sons, rire et évoluer comme une personne normale ? Pourquoi était-elle marquée ? Pourquoi était-Il rentré dans son appartement ? La pire alternative était qu’il n’y avait aucune raison. Que rien n’avait de signification profonde et de suite. Tout était maintenant et le reste s’effaçait à jamais. Une terrible réalité que son pauvre cerveau de mortel avait du mal à concevoir mais avec laquelle la brune vivait comme une amie, mais pas depuis son agression. Depuis toujours. Depuis toujours elle avançait dans ce monde incertain, qui n’avait pas de règles pour elle, qui n’en faisait pas pour les gens comme elle. Ceux qui ne rentraient pas dans le moule et qu’on devait absolument mettre sur la touche, pour ne pas déranger les autres.

Ruby n’avait jamais blâmé son handicap pour quoi que ce soit, elle ne s’en servait pas comme arme ou comme bouclier, c’était une évidence, elle avait deux mains, deux pieds et pas de voix, ni plus ni moins. Alors entendre ces mots-là dans la bouche du colonel… Ce fut comme une claque en pleine figure. Elle releva des yeux remplis de surprise et d’une certaine colère vers lui, la mélancolie qu’elle ressentait il y a quelques moments de cela s’étant effacée. Qu’était-elle pour lui ? Un nom de plus sur une liste de victimes qui comportait trop de morts ? Juste un simple nom au dessus d’un dossier qui contenait des photos de son ancien appartement et de toutes ses cicatrices et du sang qu’elle avait perdu ? Un symbole, non voilà ce qu’elle était, une bannière dans laquelle le meurtrier s’était drapé après avoir terminé chez elle ? Ou chez Laura ? Ou chez Adam ? Ou chez les Clyne ? Yes you should. Ruby signa maladroitement, les mains tremblantes, saisie par un sentiment qu’elle n’expérimentait pas souvent. La colère qui faisait battre son coeur à présent et qui la poussait à fixer Arthur de la sorte était sans précédent, elle avait eu du respect pour lui et quelque part de l’admiration mais en fixant son visage ainsi, elle voyait à quel point il était vieux. De quelle façon les rides creusaient son visage, et qu’il ne portait même pas son manteau mais que le vêtement trainait une vieille carcasse dont il ne pouvait pas se débarrasser.  

I’m so glad you could figure out why I had been kept alive and here all this time I was just endlessly wondering. Hoping that maybe it didn’t have anything to do with the fact that I always hear how weak I am. En sortant du ventre de sa mère, elle avait été privée de sa voix, le Poète lui avait arraché avec une violence sans nom le peu d’amour propre et de sécurité qu’elle pensait avoir… Et Arthur venait probablement de l’achever d'un coup et de lui prendre sa dignité. Pour de bon. Une partie de Ruby se demanda s'il allait se confondre en excuses, mais elle n’y croyait pas, elle n’y croyait plus, il était complètement perdu, à émettre ses hypothèses sur la tombe de Laurel, comme si… comme si la brune ou la morte pouvait l’éclairer. You're just as lost as I am, except it’s your job to catch him. It wasn’t mine to get hurt. Tant pis si le fardeau était trop lourd pour ses épaules, qu’il baisse les bras littéralement, se laisse crouler sous le poids et étouffe. Qu’il rende son insigne et qu’il n’essaye plus de jouer les héro, que ce soit lui ou un autre idiot en uniforme d’ailleurs.

Maybe you shouldn't stand here if you don’t know. Next to Laurel I mean, cause she used to know so much, and she burried everything deep in Tobias’ head. Ruby fixa de nouveau cette pierre tombale, qui, elle le réalisait maintenant, n’était pas un bon endroit pour venir se reposer mais bien une raison de continuer et de se lever tous les matins. Parce que Laurel ne le pouvait plus et que si on avait demandé à Ruby, elle aurait volontiers échangé sa place avec la jeune fille. Maybe you should just leave. signa t-elle finalement, sans un regard pour Arthur. Il n’avait clairement pas sa place ici, ce lieu était trop sacré et sa langue trop pendue… alors autant qu’il parte et qu’il laisse les morts à leur silence.

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Sujet: Re: Like HomeJeu 4 Mai - 5:07

Elle avait raison sur toute la ligne. Il n’avait effectivement plus rien à faire ici, ni auprès d’elle, ni sur la tombe des victimes qu’il n’avait pas pu sauver. Autant camper ici jusqu’aux prochaines, histoire d’assister aux funérailles comme si cela allait résoudre quoi que ce soit ou le mettre sur une nouvelle piste. Le colonel était venu jusqu’ici en espérant trouver des réponses ; certainement pas des réponses limpides ou des indices qui le mettrait sur la bonne voie, mais juste quelque chose, un déclic, une étincelle. Il lui suffisait d’une seule étincelle pour rallumer la flamme et retrouver un peu d’espoir, mais au lieu de ça, il avait l’impression d’avoir mis feu à tout ce qui l’avait entouré jusqu’ici. Les poumons de son fils, son mariage raté et l’affaire du Poète en étaient les preuves vivantes. Il n’était pas fait pour donner la vie, la transmettre ou la protéger d’une quelconque façon. Il ne valait pas mieux que le criminel qu’il traquait sans cesse, ses actes ou ses paroles comme des munitions lancées à toute vitesse s’écrasant dans les crânes des innocents qui l’entouraient. Il répandait la mort, la terre se flétrissant sous ses pas, l’herbe refusant de pousser davantage après son passage, le trait de son visage se creusant avec le temps. Il était le même type d’homme que celui qui terrorisait leur ville, un scalpel et quelques mots en moins, certes, mais cela ne suffisait toujours pas à faire la différence.

Il n’eut pas l’audace de libérer un soupir qui manqua de lui exploser la mâchoire. Évidemment que Ruby ne manquait pas à la règle et qu’il était maladroit avec elle aussi. Et même si les mains de la jeune femme bougeaient rapidement et qu’il manquait parfois quelques signes, Arthur comprenait le sens global de ses discours, et il n’était clairement plus le bienvenu ; comme s’il l’avait seulement été à un moment donné. Il n’avait rien à faire ici, et les pensées qui l’avaient animé alors qu’il arpentait les allées du cimetière de Fairhope n’avait rien de rassurant. Lui, qui aurait voulu trouver une pelle ou n’importe quoi de plus efficaces que ses paumes et ses vieilles phalanges pour creuser la terre, la retourner, et déterrer chaque corps un par un pour les secouer en espérant qu’ils se mettent à lui parler. Vivre dans le silence et l’ignorance devenait bien trop pesant pour ses épaules fatiguées, et il arrivait finalement à un âge où il faudrait bientôt partir prendre une retraite absolument pas méritée. Pour quoi faire ? Rester dans son coin, relire des dossiers ou des éléments qu’il aurait retenu de cette enquête ? Mettre ses mots croisés de côté pour voir si le fait d’être redevenu un simple citoyen ne pouvait pas justement l’aider à résoudre le mystère qui planait autour de ce tueur en série ? Rien ne lui paraissait très attrayant dans tous les cas, et son bureau avait beau prendre la poussière et être particulièrement mal éclairé, il n’était pas prêt à faire ses affaires et à quitter le commissariat.

Mais auprès de Ruby, il n’était plus nécessaire d’exister. Pas la peine d’insister, elle l’avait sûrement compris en lisant ses pensées au fin fond de son regard ; elle avait parfaitement raison, et il fallait qu’il reprenne sa route et qu’il la laisse définitivement en paix. Comme les autres victimes, celles qui ne respiraient plus, qui pourrissaient six pieds sous terre, pendant que Ruby avait encore la chance de dépérir à la surface. Elle n’était pas la seule, la ville entière s’écroulait avec elle. Le colonel se contenta donc d’hocher la tête, rebroussant chemin sans un mot supplémentaire à l’égard de la brune. Il avait fait assez de mal comme ça en l’espace de quelques minutes, inutile d’en rajouter en lui faisant savoir qu’elle avait entièrement raison - il n’avait rien à faire ici - mais tort à la fois. Tort de croire que son attaque ne devait être considérée comme un devoir alors qu’Arthur restait persuadé que le Poète l’avait choisie pour une raison plus profonde que celle à laquelle il avait songé de prime abord. C’était le rôle de Ruby d’être une victime, elle n’avait tout simplement pas le choix, tout comme Laurel ou tous les autres qui avait allongé indéfiniment la liste. Mais ça, il valait mieux qu’il le garde pour lui, enfoui au plus profond de ses entrailles, là où il pouvait sentir la rage s'éteindre au fil des années, bouffée par la rancoeur et la tristesse. Arthur laissa donc Ruby là où leurs chemins s’étaient croisés. En paix avec les siens.

sujet terminé

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