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 Good morning, headache

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bad blood - génie de la cb

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◆ Manuscrits : 1961
◆ Arrivé(e) le : 13/11/2016
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Sujet: Good morning, headacheDim 5 Mar - 19:47


Janvier 2016



Les derniers songes s'évaporaient progressivement, à mesure qu'il ouvrait les yeux. Seth poussa un profond soupir, tout en se retournant sur le dos. Des rêves intenses et interminables l'avaient assailli entre chacun de ses réveils, toute la nuit. Quelque chose à propos des cadavres.
Il resta un moment immobile, dans le silence total qui régnait au sein de son appartement, clignant des yeux pour se réhabituer doucement à la lumière du jour, et chasser les dernières visions pénibles de son esprit. Qu'il fasse de tels rêves n'avait rien de surprenant ou de rare. Même si l'ancien légiste était habitué à dormir sur ses deux oreilles, malgré les pratiques sanglantes qu'il accomplissait autrefois dans la journée, il arrivait que celles-ci lui réapparaissent sous des formes plus ou moins dérangeantes. Maintenant, il suffisait parfois d'une simple évocation au meurtre, ou à l'affaire pour que son cerveau ne le renvoie à ces pensées le soir même. Il avait comme un recoin mental sombre et permanent, caché, et constitué de toutes ces visions morbides. Celles-ci ne l'envahissaient pas, tant qu'il se concentrait sur des actions concrètes et prenantes. Choses qui lui manquaient un peu trop ces derniers temps.
Un goût familier persistait dans sa bouche, celui d'une soirée prolongée, dont il était ressorti vraisemblablement vidé de toute énergie. Il se souvenait à présent, par bribes, de moments dont il n'avait aucune envie de se remémorer. Sale matinée. Son corps lui semblait pesant, cloué à son lit.
Il se redressa cependant pour s'asseoir au bord du matelas, s'interrogeant sur la manière dont il avait pu parvenir à se débarrasser de ses vêtements, la veille. Il tendit le bras vers sa table de chevet, afin de prendre son paquet de cigarettes, et son briquet, qu'il posait toujours là, à la même place. Il allait lui falloir un cachet. Pendant un instant, les rayons du soleil s'extirpèrent des nuages, et la pièce et l'atmosphère glacée qui y régnait parût se transformer sous les effets de la lumière jaune, chaleureuse. Soudainement, tout semblait aller pour le mieux.
Devant le miroir de la salle de bain, à présent soigneusement préparé, il passa les doigts sur le col de sa chemise, se demandant qui il comptait berner, avec ce déguisement qu'il empruntait chaque jour. Il savait néanmoins déceler la fatigue qui transparaissait dans ses yeux, qui alourdissait son crâne. Il avait vraiment besoin d'un café, et de manger, pour effacer toutes ces images résiduelles, définitivement.

Les jours défilaient indifféremment, mais plutôt vite. Au moins, les fêtes étaient passées, ce qui était déjà un bon point, et sans un meurtre de plus. Le sapin que l'on avait vu évoluer à travers toute la ville n'avait pas explosé. Pour autant, tout le monde semblait se remettre d'une énorme gueule de bois. En ce jour de reprise, qui marquait la fin des vacances, les gens avaient tous l'air d'avoir pris une claque. Ils s'animaient, couraient, un enfant accroché à chaque main, ou les écouteurs sur les oreilles, l'air plutôt affolé ou déprimé. Assommés. Seth ignorait si Amelia serait présente ce matin, dans le café où ils s'étaient rencontrés, et dans lequel il entamait chacune de ses semaines. Il était arrivé qu'ils s'y croisent encore plusieurs fois depuis, mais pas toutes les fois, dernièrement, à cause des vacances scolaires, supposait-il. Elle faisait sans doute partie de ces gens un peu affolés le jour de la rentrée. Il l'imaginait très bien, se presser dans la rue avec ses trop nombreux sacs, qu'elle traînait avec elle à chaque fois qu'ils s'étaient rencontrés.
L'ancien légiste s'installait toujours à la même table s'il le pouvait, et se surprenait finalement à l'attendre. Malgré la désinvolture apparente qu'il affichait, en entamant déjà son café et un pain perdu, ce jour-là, ou en lisant le Fairhope Tribune, comme s'il poursuivait ses habitudes sans se soucier de son arrivée imminente ou non ; il faisait attention à l'heure. Il s'attendait à voir apparaître la jeune femme à chaque fois que l'on poussait la porte. Cette impression d'attente le dérangeait, et il se concentra sur ce qu'il lisait, les sourcils légèrement froncés. Le journal contenait toujours au moins un article concernant l'affaire, de près ou de loin. Cette fois, il s'agissait de la mise en quarantaine de la mairie, et du mécontentement des habitants, interrogés à propos du couvre-feu. C'était ça, le travail d'un journaliste de Fairhope : gratter les aspects les plus dégoutants qui suintaient de cette enquête, récolter les ressentiments déjà exprimés par la population pour en faire des articles puants et inutiles, dressant les gens les uns contre les autres. Seth repensait à ce journaliste qui l'avait piégé, en l'interviewant, cherchant à récolter tous les détails sordides qu'il aurait pu lui avouer à propos des cadavres. Sans aucune pudeur. Verbalisant la question terrible que, finalement, tout le monde se posait sans oser l'avouer : Avaient-ils soufferts ?
Il avait rangé cette question et sa réponse dans le recoin sombre qui habitait son crâne. Penser à cette comédie le rendait à la fois honteux et contrarié. Il n'y avait décidément aucune bonne nouvelle, dans ce papier. Il bu une gorgée de café, un peu trop rapidement, et se brûla les lèvres. Sale matinée.
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Sujet: Re: Good morning, headacheMar 21 Mar - 15:12

La file d’attente au bureau de poste de Fairhope ne désemplissait pas, obligeant Amelia à surveiller les aiguilles de sa montre avec plus de frénésie qu’à l’accoutumée. Son colis sous le bras, et chargée comme une mule, elle trépignait d’impatience sur ses bottines à talons, tandis que le guichetier par-delà le cordon semblait se réjouir d’agacer la populace de si bon matin. Il trainait de façon assumée, abattant son tampon-dateur avec une lenteur étudiée, comme pour défier la patience de quiconque se trouverait en face de lui. Heureusement, une vitre en plexiglass le séparait des menaces qu’il devait recevoir à longueur de journée. Millie n’avait aucun mal à comprendre pourquoi. Un gémissement désespéré s’échappa de ses lèvres teintes dans une subtile nuance de beige, et de justesse, elle se retint de taper du pied.

La solution au mal de l’institutrice, elle l’avait vaguement envisagée. En déposant le carton devant la porte de son destinataire, elle se serait soustraite aux embouteillages de silhouettes amassées en nombre dans le corridor du bureau de poste. Mais ce qu’il contenait était précieux, et puis de toute façon, elle n’était pas certaine d’avoir le courage de dépasser la limite qu’elle s’était imposée en ce qui concernait Tobias Clyne. Au soir de leur danse improvisée à Knoll Park, elle s’était hâtée de trouver de quoi emballer sa boîte à musique pour la lui envoyer – il en ferait ce qu’il voudrait, mais elle tenait à ce que ce soit lui qui l’ait.
Arrachée à ses pensées, son tour arriva enfin. Amelia n’y crut pas sur le moment, et dut cligner plusieurs fois des paupières, ses longs cils recourbées par le mascara fendant l’air en cadence, avant de se faire rappeler à l’ordre par sa voisine de derrière qui la pressa en la poussant sans ménagement pour qu’elle avance, nom d’un chien. Trottinant jusqu’au guichet, elle se plia aux demandes expéditives du guichetier pour lui fournir les pièces nécessaires à l’envoi de son colis. La patience de Millie avait beau être sans failles, la voix trainante, et l’air ouvertement fallacieux du jeune homme la fit rouler des yeux – ils tombèrent sur le cadran de sa montre qui indiquait que le temps qu’il lui restait pour traverser le centre-ville lui était compté.

« Fuck. » chuchota-t-elle pour elle-même. Elle n’aurait pas le temps de passer prendre un café ce matin, et Dieu savait qu’elle en avait pourtant bien besoin. Cette constatation lui fit froncer les sourcils. Elle se souvenait de la proposition qu’elle avait faite à Seth, quelques semaines plus tôt, et malheureusement, elle ne serait pas en mesure de la respecter, déjà très en retard sur le trajet qu’elle effectuait à pied pour rejoindre l’école où elle travaillait. Elle qui se réjouissait d’avoir quelqu’un, un adulte, à qui parler avant de se retirer dans un monde enfantin, fait de chamailleries et de bons points, regretta soudainement de s’être tant attachée à cette promesse d’un rendez-vous matinal.
Elle n’avait même pas eu la présence d’esprit de lui demander son numéro de téléphone pour l’informer de ce genre de couac ! Et pendant qu’elle réglait sa prestation par carte-bleue, elle s’en blâma sévèrement. Il ne lui restait plus qu’à se presser un peu plus. Après tout, sa foulée était bonne malgré le peu de sport qu’elle pratiquait par manque de temps, et c’est sur cette idée qu’elle fit volte-face, sans un au revoir en direction du guichetier mufle et grossier, pour quitter le bureau de poste toujours bondé.

Son sac à main lui vrillait l’épaule, son cartable pesait lourd, sa anse étroitement serrée dans la paume de sa main, et le talon de ses bottines étaient trop hauts pour qu’elle tente une poussée d’énergie dans le but d’accélérer… Mais Amelia s’accrocha. Le souffle lui manquait cruellement, mais elle réussit à arriver à bon port avec une large minute d’avance. Ce n’était pas grand-chose, mais c’était suffisant pour qu’elle s’arrête, dans un dérapage presque comique, juste devant la devanture du coffee shop. Le temps de reprendre son souffle, elle inspira une grande goulée d’air frais, puis poing fermé, elle tapota contre la vitre du coffee shop. Interpellant Seth de l’autre côté de la vitre, elle lui fit signe de la rejoindre à l’extérieur, lui désignant sa montre pour lui faire comprendre qu’elle ne pouvait pas entrer.

« J’ai complètement oublié de vous demander vos coordonnées ! » l’apostropha-t-il dès qu’il sortit de l’établissement. Sa voix était hachurée par le manque d’air, mais le sourire qu’elle lui adressa était si franc et spontané que ça n’avait aucune importance ; elle avait les joues rosies par l’effort, elle cuisait sous le manteau épais qu’elle avait revêtu avant de sortir de chez elle, et quelques mèches de cheveux blond cendré s’échappaient de son chignon pour encadrer son visage, mais dans son élan, elle se n’en soucia pas, et lui demanda « Ça vous dit de m’accompagner jusqu’à l’école ? »
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Sujet: Re: Good morning, headacheVen 7 Avr - 16:52

Il devait arrêter ça.
La tête comme une boule, le visage froissé et l'estomac en pagaille, la fatigue qui vous recouvre comme un voile gris jusqu'au soir suivant. Un voile plutôt lourd sur ses épaules.
Mais bon, cette prise de conscience était récurrente. Il se contentait de baisser les yeux sur le journal, prêt à endurer les trop nombreuses heures que comportaient une simple journée. Il testait le goût amer d'une autre défaite. Seth se sentait emporté à travers une spirale de vacuité, qui le laissait parfaitement inerte, spectateur du monde qui suivait son cours à une vitesse déroutante autour de lui. C'était comme cela qu'il se situait, au milieu des gens, qui continuaient à vaquer à leurs occupations insignifiantes, finalement, aussi insignifiantes que les siennes. Il attendait. Ils attendaient. La prochaine soirée, le prochain week-end, le prochain meurtre, peut-être. Un miracle ou un rayon de soleil. C'était le cercle abrutissant qu'ils dessinaient tous.
Et voilà qu'il dresse des constats moroses sur le sens de l'existence ; et il n'en était encore qu'au café.

Un son éclata soudain à son oreille, sur sa droite. Il tourna la tête pour apercevoir Amelia, derrière la vitre, qui lui fit un signe pour l'inviter à venir. L'ancien légiste enfila son manteau, sans plus d'hésitation, et prit son gobelet de café avant de sortir. Lorsqu'il retrouva l'air extérieur, les passants et les bruits des voitures qui passaient, elle l'apostropha aussitôt, paniquée par le fait de ne pas avoir ses coordonnées. Millie apparaissait exactement de la façon dont il se la représentait : empressée, chargée comme un mulet par ses sacs pesants, un sourire lumineux néanmoins affiché sur son visage rosi. Elle semblait tout juste à l'aboutissement d'une course. Une mèche de cheveux tombée de son chignon effleurait délicatement sa joue.
Un sourire amusé étira instantanément ses lèvres, malgré lui. Il avait toujours l'impression qu'elle était en lutte, quelque part, mais peut-être aurait-il un avis différent s'il la voyait sans ses affaires encombrantes, sans le temps qui les pressait avant ses cours, le matin.

- Ça peut s'arranger... Attendez.

Étant donné l'état de l'institutrice, qu'il estimait proche du bout du rouleau, il voulait éviter qu'elle ne se donne trop de peine et lui tendit son gobelet, le temps de chercher un stylo dans la poche intérieure de son manteau, et un support dans son portefeuille. Au dos de la carte d'un quelconque professionnel, il inscrivit son numéro sous les lettres « SC » et la glissa dans la poche du manteau de la jeune femme. Il avait conscience que faire cela avait quelque chose de daté. Comme un vieux truc de gentleman. Mais au moins, c'était à elle de décider. A sa proposition, il fit un geste de la main pour lui indiquer qu'ils pouvaient avancer.

- Le café, vous pouvez le boire. reprit-il tranquillement. Mais vous ne voulez pas que je vous aide à porter vos affaires, quand même ? Sans vouloir vous vexer, Millie, vous avez l'air d'avoir couru un marathon.

Et c'était peut-être le cas. Il était assez surpris du fait qu'elle se soit autant démenée pour honorer leur « rendez-vous ». Il réalisa qu'ils ne s'étaient pas vus depuis un moment, et finalement, il avait presque crû que ce rituel allait tomber aux oubliettes. Ça n'était pas le cas, et le sourire qu'elle lui adressait paraissait sincère. Jusqu'ici, il s'était borné à considérer leurs rencontres comme quelque chose d'éphémère, d'incertain, mais son numéro était maintenant inscrit sur un papier au fond de sa poche, comme une fixation de quelque chose.

- Puisqu'on ne s'est pas croisés depuis : Meilleurs vœux, au fait.

Seth prononçait cette phrase comme s'il parlait d'un fait sans importance, et il pensait qu’Amelia pouvait également saisir la dérision émanant d'un « meilleur vœux ». Étant donné les années sombres qu'ils avaient traversées, il était peu probable que la suite ne s'améliore. En tous cas, se souhaiter une bonne année paraissait tenir d'une habitude risible plutôt que d'un espoir réel, plus particulièrement dans cette ville. Ils partageaient cette espèce d'humour noir, qu'ils étaient forcés d'avoir en commun, de son point de vue. Elle ironisait sur sa réputation, sur le fait d'avoir à se justifier à chaque nouveau meurtre. Il ironisait parce que c'était le lot de ceux qui avaient approché les aspects les plus tordus de l'existence. C'était comme s'ils avaient développé un lien particulier, une compréhension intime de leur situation et de leurs difficultés, alors même qu'ils ne savaient finalement pas grand-chose de l'un et de l'autre. Peut-être que ce lien s'était déjà scellé des années plus tôt, lorsqu'il avait posé les yeux sur elle, dans le couloir de la morgue. Il avait oublié. Mais tout de même, la vie était étrange. Ils marchaient désormais l'un à côté de l'autre, dans cette rue.
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Sujet: Re: Good morning, headacheJeu 13 Avr - 16:06

Elle aurait tant aimé s’offusquer des remarques outrageuses de Seth concernant son apparence du moment, mais elle ne réussit qu’à éclater d’un rire spontané. Millie joua le jeu. La tête légèrement rejetée en arrière, ce fût d’une main leste, et avec un port de tête digne d’une vraie princesse de dessin-animé, qu’elle fit mine de faire virevolter les mèches qui encadraient négligemment son visage – elle battit même des cils pour parfaire le tableau, faisant papillonner ses yeux d’un bleu brillant. Elle avait assez d’autodérision pour prendre sur elle et ravaler son orgueil quand on la taquinait sur ce qui péchait sur sa tenue du jour. Ou plutôt ici, sur son attitude. Car Seth ne se l’imaginait sans doute pas, convaincu par sa propre boutade, mais elle avait bel et bien couru un marathon. Devait-elle le lui faire savoir ? Elle décida que non, imperceptiblement confuse d’avoir surévalué l’importance de la proposition qu’elle lui avait faite de se retrouver régulièrement autours d’un café. Visiblement, il ne s’était pas attendu à ce qu’elle respecte ses engagements, et quelque part, elle se sentit un peu coupable de ne pas s’être montrée plus franche quant à l’importance que ces rendez-vous pourraient, dans un futur proche et si leur entente se confirmait, avoir à ses yeux. Amelia tacha de reprendre son sérieux, et suivit d’un regard pétillant de malice le bout de papier qu’il glissa dans la poche de son manteau. La réflexion qu’elle laissa alors échapper tomba en toute légèreté dans l’espace que le docteur creusa de nouveau lorsqu’il se recula d’un pas.

« Vous êtes tellement vieux jeu, j’aime bien. » Des hommes comme Seth, il n’y en avait que très peu à Fairhope. Elle se souvenait s’être fait exactement la même réflexion lors de leur première vraie conversation, mais les faits étaient là : à l’ère du numérique et de la propagande écolo-responsable, il n’y avait absolument plus personne qui s’encombrait de stylos et de papier quand il s’agissait de coordonnées. De nos jours, un pianotage sur un écran tactile quelconque, et le tour était joué. Elle leva la tête pour poser sur lui un regard neutre, quoi que teinté d’une curiosité croissante, mais toujours aussi rayonnant de bonne humeur, tandis qu’ils se mettaient avancer. Le gobelet qu’il lui tendit lui paraissait impossible à atteindre, tant elle était chargée – comme tous les jours « Un parfait gentleman. Prenez celui-ci. » Elle lui confia son cartable de maîtresse, mais avant de le lui céder pour de bon, elle lui souffla à l’oreille, et dans un sérieux surjoué « Vous avez la totalité du programme des CM2 entre les mains, c’est une grande responsabilité. » Elle rit une nouvelle fois, pivotant pour de bon sur ses pieds pour faire face au chemin qui s’offrait à eux. Elle cala l’anse de son sac à main sur son épaule, déboutonna le haut de son manteau pour profiter de la fraîcheur de janvier, et empoigna le gobelet tiède de café dont elle but une longue rasade qu’elle manqua recracher, une main devant la bouche, déconcertée par son manque de bonne manière « Pardon ! Merci, pour le café ! »

La transition d’une année à une autre n’avait jamais rien d’exceptionnel pour Millie. Depuis de trop nombreuses années, tout se ressemblait. Les Williams avaient cessé de fêter quoi que ce soit, profondément marqués par les événements qui avaient détruits leur famille, et depuis qu’Andy avait rompu leurs fiançailles, Amelia avait bien du mal à dissocier le temps qui passait – elle attendait juste que sa routine suive son cours, et si elle pouvait le faire sans anicroches, ça l’arrangeait définitivement. Elle restait prisonnière d’un univers alternatif où les horloges avaient cessé de fonctionner, et où le calendrier n’étaient rien d’autres qu’une énième décorations murales quelconques. Son seul point d’ancrage temporel était les vacances scolaires durant lesquelles elle avait passé son temps à préparer ses cours, corriger des évaluations, collées des gommettes pour encourager ses bout de choux, et s’enthousiasmer de les retrouver pour continuer leur apprentissage avant de les laisser filer droit vers la classe supérieure. Elle but, plus tranquillement cette fois, une nouvelle gorgée du café offert par Seth. Elle ne se souvenait pas avoir reçu de souhaits de bons vœux cette année, et le fait que ce soit lui qui fût le premier à le faire la fit sourire de plus belle, d’autant qu’elle déchiffra le double-sens de ses paroles avec une promptitude étonnante. Millie pencha doucement la tête sur le côté.

« En espérant qu’aucun d’entre nous ne sera découpés en rondelles en cours de route, ou accusés d’avoir découpés quelqu’un en rondelles en cours de route, ce qui est pire au final, je parle d’expérience. » Elle adressa un clin d’œil appuyé au jeune homme, puis roula ses lèvres l’une sur l’autre, chassant l’aigreur du café pour continuer dans un très léger froncement de sourcils, soudain concentré sur la volée de marches qu’ils descendirent pour s’engager plus loin sur la chaussée « J’ai réfléchi. Je pense qu’étant donné que vous vous permettez de subtilement me faire savoir que j’ai une mine épouvantable… » Elle avait pris deux pas d’avance sur Seth, ce qui lui permit de lui adresser une œillade joueuse et faussement critique par-dessus son épaule, avant qu’il ne reprenne place à ses côtés, et qu’elle continue avec des sourires dans la voix « On pourrait peut-être se débarrasser des formes, et commencer à se tutoyer ? Je travaille avec des enfants de 10 ans, ça me rend nerveuse, toutes ces civilités. »
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Sujet: Re: Good morning, headacheMar 18 Avr - 20:33

C'était étonnant, qu'il oublie si vite la façon dont sa journée avait débuté, son mal de crâne peu à peu évaporé, simplement de la même façon dont un rayon de soleil avait pénétré tout à l'heure dans sa chambre, pour éclairer les choses sous un aspect totalement nouveau. La bonne humeur d'Amelia était contagieuse, et il se surprenait à afficher un sourire, en reflet à celui qui illuminait le visage de la jeune femme. Bien entendu, les toiles d'araignées qui encombraient son esprit restaient omniprésentes, et elles installaient un arrière-goût de négativité particulièrement tenace et habituel. Mais cela semblait à présent secondaire, et même parfaitement vivable. Tout lui semblait risible, et cette légèreté qui apparaissait spontanément entre eux deux, il l’accueillait sans se poser de questions. Certaines personnes particulièrement expressives parvenaient à irradier d'une telle façon, qu'elles distillaient leurs émotions tout autour d'elles. Il pensa qu'il serait certainement capable de déceler un changement d'humeur dans son attitude, si cela arrivait. Cependant, Seth réalisa qu'il ne savait pratiquement rien à son sujet, hormis les ragots colportés par les bouches des habitants, ou à travers les lignes des journaux qu'il avait lu. Finalement, il ne savait rien de vraiment important à son sujet. 
Il ne voulait cependant pas brusquer la jeune femme, ou l'assommer de questions qui lui paraîtraient tout sauf naturelles, étant donné les émotions fortes qui s'étaient déjà manifestées durant leur première rencontre, bien malgré eux. Tout comme il se garda de lui révéler que, malgré sa propre remarque et l'auto-dérision dont elle était capable, l'ancien légiste ne la trouvait pas moins ravissante.

- Quel honneur pour moi. Je vais faire de mon mieux, alors... répondit-il d'un air sérieux, en saisissant le cartable qu'elle lui tendait, et qui semblait plutôt rempli de copies en plomb.

Libérée de son fardeau, Millie but une gorgée de café avec un peu trop d'empressement, fidèle à son attitude parfois maladroite, qu'il avait déjà eu l'occasion de remarquer à plusieurs reprises. Ces gestes ou ces phrases malencontreuses n'étaient que le produit d'un peu trop de spontanéité. Ils marchèrent tranquillement, et l'air frais n'était pas si désagréable.
Un mince sourire gagna ses lèvres une nouvelle fois, lorsqu'elle lui évoqua le fait d'être découpés en rondelles. Quelle drôle d'expression, vraiment rare à entendre. Pas le genre d'expression que l'on entendait habituellement, pour qualifier ces crimes graves.

- « Découpés en rondelles »... Vous n'avez vraiment aucun respect pour mon ancien métier, Millie, c'est terriblement vexant. dit-il en secouant la tête d'un air faussement outragé.

Cette formule lui paraissait en effet particulièrement bien coller à sa pratique, qui allait plus loin que le travail amorcé par le meurtrier sur la peau de ses victimes. Mais lui, il n'avait fait souffrir personne. Un instant, il se félicita une nouvelle fois de ne plus être responsable de ces autopsies, de ne pas avoir à se confronter aux corps de gens qu'il pouvait connaître ou côtoyer.  
Malgré l'apparente frivolité dont ils usaient pour évoquer ce sujet, il avait bien perçu le mal-être évoqué par son interlocutrice, et l'inquiétude désespérante qui pouvait les gagner à la perspective d'être soit attaqué, soit accusé. Il ne pouvait certainement pas imaginer ce que cela faisait, d'être dans la peau d'Amelia. D'être aussi poussée à bout, d'être toujours exclue. Mais ils survolèrent une nouvelle fois ce sujet sans s'attarder sur ses effets pesant, pour en évoquer un autre : celui d'un possible tutoiement.

- Je croyais que vous aimiez ce côté vieux jeu... réagit-il en haussant les sourcils, amusé. Enfin, c'est d'accord. Cela dit, je n'ai jamais dit que tu avais une mine épouvantable...

Seth passa au tutoiement sans transition, et la complicité qui les animait manifestement écarta cette dernière barrière sans trop de difficulté.
L'atmosphère étant plutôt agréable, il fouilla sa poche intérieure d'une main, pour en extraire une cigarette qu'il coinça entre ses lèvres. D'une étincelle provoquée par son briquet, il embrasa l’extrémité du mégot, dont il inspira la fumée avec délectation. Satisfait, il continua sur sa lancée :

- Outre le fait que je ne sais pas grand-chose à ton sujet... Il y a quelque chose qui me surprend vraiment. Je crois que je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi enthousiaste à l'idée de se rendre à son travail.

Il chercha à rencontrer ses yeux bleus, tandis que les siens s'animaient d'une certaine curiosité. Les questionnements naissaient malgré lui dans son esprit, et tout en cherchant à l'éviter, il ressentait une légère confusion l'étreindre. Ces derniers mois, il les avait traversé avec nonchalance, et seuls quelques verres avaient ponctué ses jours empreints de monotonie. La moindre de ses actions semblait traverser son quotidien sans jamais l'atteindre réellement, le laissant parfaitement indifférent et inchangé. Finalement, les choses se résumaient ainsi : il n'avait plus ressenti une once d'excitation quelconque, depuis qu'Erin était partie. L'alcool ne réveillait que les regrets. Il se contentait donc d'entretenir une ironie dévastatrice à l'égard de tout ce qui l'entourait, un rire moqueur adressé à la face du monde.
Pourtant, il ne s'agissait que d'une conversation matinale, plutôt plaisante. L'humeur de Millie l'atteignait trop facilement, sans doute. Curieusement.

- C'est ce que tu as toujours voulu faire ? Enseigner, je veux dire.

Seth laissa échapper un nuage de tabac d'entre ses lèvres, qui s'envola comme un spectre pour s'évaporer dans l'air du mois de janvier.
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Sujet: Re: Good morning, headacheLun 24 Avr - 17:39

Millie marqua un temps d’hésitation face à la réaction de Seth. Tachant de démêler l’ironie dont il usa sans se priver pour réagir à ses propos, elle régula sa marche énergique pour mieux modérer sa cadence, les mèches échappées de son chignon virevoltant au rythme du courant d’air qui s’insinua dans l’étroit couloir qui la séparait de son nouveau compagnon de marche. Elle avait tendance à oublier l’ancienne profession du jeune homme, et le coup de chaud qui l’avait poussée à déboutonner son manteau suite à sa petite course à travers la ville s’altéra soudain, faisant subitement pointer une sueur froide le long de sa colonne vertébrale.

Amelia se raidit imperceptiblement. Consciemment ou non, son cerveau ne semblait pas tout à fait prêt à enregistrer cette information ; leur première rencontre n’avait pas eu lieu quelques semaines plus tôt, lorsque le médecin avait agi en parfait héro pour venir à son secours dans l’allée du café qu’ils venaient de quitter, tandis qu’elle se faisait humidement fustigée par la mère effondrée de la petite Rose. Mais bel et bien cinq ans auparavant, quelques jours après que Ruth eut été découverte les pieds soudés à la chaise sur laquelle on l’avait assise de force. Les causes de la mort de sa grand-mère n’avaient pas de secrets pour Seth – il avait été proche d’elle d’une façon qu’elle n’enviait pas, et cette pensée la bouleversa sans qu’elle ne le montre cependant, se recroquevillant derrière ses parades et ses sourires.

Elle se mit à discrètement mordiller le rebord du gobelet de café qu’il lui avait si gentiment cédé, et le vieux-rose qui teintait ses lèvres souilla délicatement le plastique dur surmontant la tasse en papier. Il lui arrivait de sévèrement maudire son côté godiche. Sa maladresse n’était pas inconnue des personnes qui la côtoyaient régulièrement. Elle faisait partie intégrante de sa personnalité – qu’elle trébuche en se prenant les pieds dans le trottoir qu’elle enjambait pourtant tous les jours, ou qu’elle manque de diplomatie lors d’une conversation, il y avait toujours un moment au cours de la journée où Millie se mettait dans une situation impossible… comme maintenant. Elle tenta de reprendre sur elle, se reposant sur son humour un peu boiteux, et sur ce qu’il lui restait de dignité pour tourner la situation à l’avantage de son interlocuteur ; elle ne tenait pas à embarrasser Seth, mais un brusque frisson trahit la bonne humeur qu’elle voulut semer sur ce qui semblait être devenu leur terrain de jeu en lui répondant, comme si de rien n’était :

« J’ai pu choisir ce que je voulais faire dans la vie, encore heureux que je sois enthousiaste à l’idée d’aller travailler tous les matins ! » Si ce n’était pas le cas, il ne lui restait plus qu’à se mettre un pistolet dans la bouche – aussi fit-elle passer cette réflexion avec une longue gorgée de café. Elle fit claquer sa langue contre son palais pour chasser l’amertume de sa boisson, réajusta l’anse de son sac à main sur son épaule, et poursuivit sur le même ton léger, marchant tout à côté de Seth qu’elle évita soudainement de regarder trop longtemps « J’ai envisagé de devenir princesse à plein temps à un moment, mais ça demandait beaucoup trop d’efforts, et puis j’ai jamais su monter une licorne sans tomber. » Elle amorça un geste pour glisser une mèche de cheveux derrière son oreille, mais ses doigts rencontrèrent sa joue sur laquelle elle posa sa main.

Amelia laissa échapper un rire nerveux, et ses yeux crochetèrent la cime d’un arbre sur lequel elle porta farouchement son attention « Tu vas trouver ça malvenu, et je ne veux pas que tu te sentes mal à l’aise, mais autant en profiter. » Elle secoua la tête comme pour chasser les dizaines d’arguments qu’elle avait en réserve pour fuir la situation se profilant, mais elle les ignora tous au dernier moment. Elle pinça les lèvres, et doucement, elle tourna la tête vers Seth – elle ne se rendit pas compte qu’elle s’était arrêtée, entraînant l’arrêt du docteur en lui harponnant le poignet du bout des doigts pour capter son regard qu’elle ne lâcha pas une seule seconde « Je voulais te remercier pour ta gentillesse, ce soir-là. » Son intuition lui soufflait qu’elle n’avait pas besoin d’expliciter, qu’il saurait de quel soir elle parlait exactement. Elle marqua une vraie pause, cette fois, et ses yeux vacillèrent pour étudier rapidement le visage qu’elle avait en face d’elle. Elle choisit de ne pas s’attarder, et compléta en verrouillant définitivement son regard au sien « J’ai jamais eu l’occasion de le faire, et ça me semble juste que tu saches que mes parents et moi avons beaucoup apprécié ta réserve. » Un mince sourire en biais, plein de tendresse, fendit son visage, tandis qu’elle prenait conscience que ses doigts s’étaient légèrement refermés sur le poignet de Seth – elle le lui rendit alors, ajoutant simplement « Ma grand-mère l’aurait appréciée aussi. »
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Sujet: Re: Good morning, headacheJeu 27 Avr - 0:29

Seth ne remarqua pas l'imperceptible changement d'humeur qui avait gagné Millie, à l'évocation de son ancien travail. S'il avait fait vraiment attention, sans doute aurait-il pu déceler le poids des souvenirs à travers ses yeux, la raideur soudaine de ses gestes, dissimulés derrière les sourires. Comme ses yeux évitaient les siens, il l'imputa à une simple gêne. Il se trompait, s'il pensait être en mesure de décrypter la moindre des émotions qui se dessinait sur son visage. La jeune femme savait  comment occulter ses pensées.
A sa remarque, et aux mots « encore heureux », quelque chose de plus obscur empoisonnait à nouveau l'air, une histoire toujours présente et sous-jacente. Il pouvait la saisir à travers ses mots, régulièrement. Mais sa seconde tirade, évoquant sa carrière avortée de princesse, lui provoqua un rire étouffé. Enseignante était définitivement la meilleure idée, pas de doute là-dessus.
Tandis qu'ils marchaient, un silence s'installa entre eux, durant un court instant. Il n'aurait pas su expliquer pourquoi, mais ce silence n'avait pourtant rien de pesant. Ils marchaient simplement l'un à côté de l'autre, et il inspirait plusieurs bouffées de cigarette, en appréciant le goût du tabac, la fraîcheur hivernale et leur proximité très simple.

Amelia s'arrêta soudainement, et il sentit ses doigts effleurer son poignet pour l'inciter à faire de même. L'ancien légiste lui fit face, ses lèvres formant encore les restes d'un vague sourire. Leurs regards se croisèrent à cet instant, et à la première phrase qu'elle prononça, il ressentit une vague appréhension quand à la situation qui se déroulait. Quelques personnes les croisaient, mais aucune ne prêtait attention à leur manège, les yeux rivés sur le chemin qu'ils menaient, ou sur l'écran de leur portable. Puis la jeune femme mit fin au suspense qui s'était installé, et ses mots prirent des hauteurs qu'il n'aurait pas soupçonné. Tout lui semblait léger, incroyablement léger pour des mots qui évoquaient une telle lourdeur. Quelque chose de douloureux flottait à présent dans l'air qui les entourait.
Ce soir-là les ramenait plus de quatre années en arrière. Seth se souvenait particulièrement bien de l'autopsie de Ruth Williams. Une agitation sans précédent secouait toutes les forces de police depuis la découverte du corps, et lorsque celui-ci avait été déposé sur sa table, il avait su immédiatement que cette affaire n'aurait rien à voir avec celles qu'il avait l'habitude de traiter. Pour la première fois, il avait découvert la présence de cette croix, gravée sur la tempe de cette femme, la première d'une longue série moribonde. Une habitante de Fairhope, aimée par ses proches, appréciée de ses voisins, tuée au terme d'un jeu sordide et inexplicable. Peut-être était-ce le début de son propre déclin, aussi, le stress s'engouffrant d'autant plus fortement dans son travail et dans sa vie. Que pouvait-on dire aux membres de sa famille ? Il n'y avait aucun coupable. L'injustice frappait sans plus d'indices, avec trop de fracas. Il n'avait aucune idée de ce qu'il avait pu leur dire, ce soir-là. Dans ses souvenirs, il s'était contenté d'effacer les traces de violence qui avaient marqué la peau de Ruth Williams, et puis, à son habitude, le légiste avait été présent, avait expliqué l'essentiel, répondu aux questions auxquelles il pouvait répondre. En retrait, impassible, il observait la douleur et les pleurs qui serraient les gorges de tant de personnes, la chaleur caractéristique qui en émanait. C'était la chaleur que l'on provoquait en contenant sa peine.

Ses yeux parcouraient les iris bleutés de la jeune femme, bordés de cils recourbés, et quelque part, il se sentait submergé par quelque chose qu'il n'aurait pas su décrire. Il était décontenancé par ces remerciements inattendus, par la douceur dont elle usait. Personne ne remerciait un médecin légiste pour le travail qu'il accomplissait. C'était plutôt une sorte de devoir, une obligation habituelle. L'amour que ressentait Amelia pour sa grand-mère semblait toujours aussi manifeste aujourd'hui, et en l'évoquant, il comprit qu'elle lui offrait le plus beau compliment dont elle était capable. 
Il s’éclaircit la gorge.

- Je n'ai pas l'habitude de dire ça mais, ça me touche vraiment.

Elle avait relâché son poignet, qui retomba pour diminuer la proximité produite par cette confession. Une pensée rapide lui vint à l'esprit, à propos des rôles qu'ils endossaient à l'époque, et il prit conscience une fois de plus de leur important écart d'âge, qu'il estimait à une vingtaine d'année. C'était plutôt vertigineux. Néanmoins, il ne le verbalisa pas, car c'était une pensée inopportune. L'atmosphère avait une forme de délicatesse, sensible et difficile à la fois, et il en profita pour dérouler le fil de sa pensée jusqu'au bout.

- C'est à partir de cette nuit-là que tout a changé. Pour toi, pour moi, et pour tous les autres.
continua-t-il, en la regardant fixement. Ce que je veux dire, c'est que le décès de Ruth n'a jamais été anodin. Ça ne l'a jamais été pour qui que ce soit.

Il ignorait si elle comprendrait ce qu'il essayait d'exprimer. L'idée que Ruth n'avait pas été qu'un pion parmi la longue série de victimes retrouvées au fil des ans, malgré ce que le Poète voulait laisser à penser. Sa propre vie en avait été bouleversée. Et plus de quatre ans plus tard, la violence de ce crime répandait encore toute sa tristesse ombragée parmi les existences. Rien n'était atténué ou oublié. Il pensait que cette inquiétude avait probablement traversé l'esprit d'Amelia.
Mais Seth réalisa qu'en voulant lui apporter un peu de soulagement, il installait aussi une gravité peut-être malvenue dans cette conversation, et il tenta de se rattraper :

- Enfin, je ne devrais pas dire ce genre de choses, de bon matin... Et je ne veux pas te mettre mal à l'aise à cause de mon ancienne pratique. On n'est pas obligés d'en parler, si tu trouves ça déprimant. Je comprendrais parfaitement.


Et il haussa les épaules, lui adressant un sourire rentré, quelque peu contrit.
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Sujet: Re: Good morning, headacheJeu 27 Avr - 14:51

Puisqu’elle sentait l’émotion la gagner, Millie pivota sur ses pieds, et reprit le chemin qu’ils s’apprêtaient à prendre. Adressant à Seth un dernier regard profond au préalable, elle tourna enfin les talons, s’accrochant un instant à la bienveillance qu’elle lisait dans son regard. Au contraire des membres de sa famille, de ses élèves, et des très rares amis qu’elle s’était fait au cours de sa jeune vie, les inconnus ne faisaient pas preuve d’autant de bienveillance à son égard d’habitude. Chacun avait ses griefs, mais l’ombre des accusations montées par le commissariat de Fairhope, et gracieusement relayées par les médias, revenaient souvent sur le tapis. Elle pourrait s’y habituer, à cette gentillesse désintéressée, la gamine manquant d’attention qui se terrait dans le corps de la jeune femme qu’elle était devenue trésaillant d’excitation chaque fois qu’elle recevait l’ombre d’un compliment, ou d’une œillade bienveillante semblable à celle de Seth. Mais une nouvelle fois, elle décida de définitivement faire volte-face, se soustrayant aux besoins de la petite-fille en elle qui lui soufflait qu’il n’y avait pas de mal à convoiter la sollicitude – sauf que de la sollicitude, même sous la mauvaise forme, elle en avait reçue pour toute une vie ces cinq dernières années, au point de s’en penser dégoûtée.

L’école n’était plus qu’à quelques mètres, et bien qu’elle croyait ne jamais arriver à l’heure, l’œil distrait qu’elle jeta aux aiguilles de sa montre lui démontra qu’elle avait toujours autant de mal à évaluer son temps. L’effervescence matinale devant la grille de l’école ne s’était pas encore installée. Dans quelques minutes à peine, le concert habituel de klaxons et de parents survoltés remplacerait la quiétude environnante. En marchant, elle roula ses lèvres l’une sur l’autre, sentant la sécheresse s’y installer en craquelant doucement son rouge à lèvres du jour. Elle n’avait jamais ressenti le besoin de s’épancher sur ce qui était arrivé à sa grand-mère – ou même sur la découverte de Rose, qui continuait pourtant à lui tourner dans la tête chaque fois qu’elle passait la porte de sa salle de classe. Les interrogatoires de police l’avaient vaccinée contre toute forme de confessions, n’en déplaise à Ezra. Les Williams étaient passés par des instants difficiles. Il y avait eu la découverte de Ruth et le choc provoqué par les violences qu’elle avaient subies, puis les prémices de l’enquête qui avait démontré que peut-être, cet acte gratuit ne serait pas isolé – depuis, cette théorie avait été vérifiée, le compteur humain du Poète n’en finissant plus de grimper – sans parler de la mise en accusation d’Amelia. On avait tenu à lui faire consulter des professionnels, psychologues et psychiatres, pour assurer un suivi de son état d’esprit, mais elle s’y était toujours refusée, gardant de mauvais souvenirs de ceux qui s’étaient chargés d’elle durant son enfance. Elle ne voulait pas parler de tout ça, à quoi bon ? Elle cherchait des parades, se cachait derrière des boutades plus ou moins de bon goût, repoussait l’horreur pour mieux avancer en se battant contre ses velléités de grand-départ. Elle pourrait quitter Fairhope pour les Pays-Bas, elle s’y était toujours sentie chez elle ; personne ne la pointerait du doigt là-bas. Ayant fait quelques pas supplémentaires pour s’approcher d’une poubelle en ferraille, elle faillit y lourder son gobelet de café vide, mais la torsion qu’elle ressenti au niveau de son estomac lui fit marquer un stop. La petite-fille en elle sembla se réveiller en sursaut, et le rictus enfantin qui s’insinua dans l’esprit de l’adulte qu’elle était devenue lui fit comprendre que si elle repoussait tant l’échéance d’un départ potentiel, c’était justement parce qu’elle craignait qu’on ne s’intéresse plus jamais à elle. Dégoûtée par la sollicitude, se pensait-elle ?

Le gobelet en question s’échoua finalement, et dans un bruit mat, dans le fond de la poubelle. Millie, raide sur ses pieds, se déplaça d’un bloc, horrifiée par le cheminement de sa pensée. Elle releva la tête, et Seth entra de nouveau dans son champ de vision. Un peu comme si elle le voyait pour la première fois, elle eut un discret mouvement de recul – le menton rentré, les sourcils froncés – puis un clic se fit dans son esprit, et elle se détendit à vue d’œil. Le gratifiant d’un regard hébété, avant de reprendre le fil, Amelia lui répondit, la tête maintenant légèrement penchée sur le côté.

« Je le sais, elle était très appréciée. » Elle se racla la gorge pour en chasser un picotement inopportun, et pendant qu’elle haussait les sourcils, elle ajouta dans un sourire « A juste titre, elle était géniale, mais j’imagine que je manque d’objectivité à ce sujet. » Elle s’approcha de Seth pour reprendre sa place à ses côtés, tout en faisant un signe de dénégation de la tête. Millie posa une main sur son épaule, calquant le rythme de sa marche, et d’un ton rassurant, une mesure en dessous de sa tessiture habituelle pour rendre les choses plus confidentielles, elle entama de nouveau « Tu ne me mets pas mal à l’aise du tout. J’ai du mal à enregistrer l’information, c’est tout. Ça viendra. » Elle laissa sa main sur son épaule, mais vrilla la tête dans l’autre direction pour embrasser le paysage d’un regard circulaire, puis sa voix reprit son intonation naturelle, et elle remonta la bandoulière de son sac sur son épaule en soupirant « Qu’on en parle ou non, cette histoire restera déprimante de toute façon. Elle pèse sur nos épaules, quoi qu’on fasse, essayons de rendre les choses plus supportables en… changeant de sujet, pourquoi pas ! » Malgré leur proximité, elle se risqua à tourner la tête vers Seth pour lui accorder un sourire complice. L’attention qu’elle lui porta, bien qu’elle fût très rapide, lui donna le courage nécessaire pour amorcer la question qu’elle lui posa sans crier gare « Je suis sûre que tu as de grands enfants, je me trompe ? » Elle sourit « Oh, c’est pas une façon détournée de te dire que je te trouve vieux… quoi que » Elle emprunta une moue faussement perplexe, repérant en même temps une ride au coin de sa bouche. La main toujours sur son épaule, elle tendit le petit doigt pour tenter de l’atteindre – elle échoua, mais laissa tout de même un rire éclater, tandis qu’elle récupéra sa main qu’elle fourra dans la poche de son manteau en disant « Considère que c’est ma vengeance pour tes sous-entendus sur ma mine épouvantable ! »
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Sujet: Re: Good morning, headacheMar 2 Mai - 21:08

Ils atteignaient finalement les grilles de l'école, une école qu'il connaissait bien. Il y avait eu un temps où ça avait été lui, qui s'était tenu près d'elles en accompagnant ses fils, le matin. Puis par la suite, il s'était contenté de les éjecter de sa voiture en partant au travail, à toute allure. Toutes les obligations ayant trait aux enfants avaient peu à peu été laissées à sa femme, tandis que ses propres journées débutaient toujours très tôt, pour terminer toujours très tard. Seth travaillait beaucoup ; « Votre père travaille beaucoup » expliquait-elle à l'adresse des garçons, comme une excuse, ou pour les inciter à être plus calmes. La famille était habituée à ce qu'il aie toujours un train de retard, à ce qu'il oublie régulièrement les dates et les rendez-vous importants. Comme un étranger, un type à qui il fallait toujours résumer les choses. Et pourtant. Il arrivait qu'il passe par le bar lorsqu'il avait fini. Il était possible que son café matinal aie été une habitude plus ancienne, pendant que Kate se démenait pour transporter les jumeaux chaque matin. Inclure Erin dans ce mode de vie, où il avait toujours été excusé d'être absent, n'avait rien eu de très compliqué.  En réalité, c'était lui qui avait choisi de s'échapper, de fuir sa famille, et non les quelconques obligations derrière lesquelles il s'était caché durant tant d'années.

Il était étrange que cet endroit aie été le théâtre de ces scènes, dans une autre vie, où il avait tant de fois joué la débâcle de la famille Coleman. Dans le rôle de l'enfant en rébellion, Jared, et dans celui du père absent, Seth, qui démontrait son autorité en débarquant dans les couloirs de l'école pour punir sa progéniture, lorsque c'était nécessaire, lorsqu'il était surtout trop tard. Maintenant, il se tenait là, à côté d'Amelia qui ignorait tout de cette partie de sa vie. C'était comme s'il existait une coupure entre ces deux moments, ces deux espace-temps, comme s'il était une autre personne. Et pourtant, il savait que ce n'était qu'une illusion. S'ils continuaient à se retrouver ainsi régulièrement, ils n'auraient bientôt d'autres choix que de ne plus être des étrangers, l'un à l'autre. Quelque part, c'était assez terrifiant. Et lui, que risquait-il de découvrir ? Il jeta un regard en biais vers la jeune femme, qui semblait également se perdre dans ses propres réflexions. Mais il chassa ces pensées de son esprit. Leurs vécus leur appartenaient, et ils n'avaient aucune obligation de les partager, pas tout de suite, et peut-être même jamais. Ils n'étaient même pas forcés d'avouer quoique ce soit.

Elle posa la main sur son épaule –  il commençait à comprendre à quel point elle était tactile, ce qui ne le gênait pas outre mesure – et sa voix s'adoucit lorsqu'elle lui assura qu'il ne s'agissait que d'une question de temps, pour enregistrer le fait qu'ils s'étaient bel et bien rencontrés au terme d'une autopsie. C'était triste à dire, mais c'était comme ça : le cadavre de Ruth Williams constituait leur lien originel. Cependant, ils pouvaient bien trouver d'autres accointances, et changer de sujet, comme elle le suggérait. En espérant qu'ils parviennent à en trouver qui ne soient pas trop imprégnés de gravité, même si évoquer sa grand-mère avait bien fini par la faire sourire.
Ce sourire prenait maintenant des airs complices, et il trouva cela relativement suspect. Avec raison, puisque son doigt se tendit alors vers son visage pour appuyer ses propos, et y déceler une marque du temps, une ride. Seth l'évita avec un léger mouvement de recul, et elle rangea sa main en éclatant d'un rire joyeux. Il releva les sourcils, d'un air hautement outragé.

- Hilarant, vraiment. répliqua-t-il en secouant la tête. Tu verras quand...  Non, rien, j'allais dire quelque chose de pire.

Une remarque de vieux. Une remarque qui allait les placer une fois de plus de chaque côté d'une barrière. Vaincu, il surjouait le dépit, les lèvres pincées. Puis il releva les yeux, à sa remarque suivante.

- Et je n'ai rien sous-entendu. J'ai simplement souligné ton allure... sportive.

Il sourit légèrement. Une mèche de cheveux effleurait toujours la joue de Millie. Évidemment, elle ne se trompait pas, et il poussa un soupir en lui répondant, se demandant à la fois pourquoi évoquer ses enfants lui provoquait cette réaction ennuyée.

- J'ai deux fils, oui. Deux jumeaux de 26 ans. Tu as peut-être déjà entendu parler de l'un d'eux, Joshua, qui enquête sur l'affaire.

En réalité, ses fils avaient à peu près le même âge que son interlocutrice, et il sentit un léger malaise  l'atteindre. Peut-être était-il le seul à trouver cette idée étrange, mais cette information justifiait amplement la raillerie dont il venait d'être l'objet. Il se demandait également si Joshua avait pu déjà l'interroger, mais après tout, il n’exerçait ce métier que depuis un an.

- Je n'ai plus de nouvelles de l'autre, depuis que... Il hésita une seconde, avant d'achever : … Depuis que sa mère et moi avons divorcé. Ça doit faire presque 4 ans.

Quatre ans. Quatre ans que la vie que menait son fils lui était rapportée uniquement par le biais de Joshua. Il ne savait même pas si Jared était à peu près heureux. Il lui semblait que ce gamin avait toujours été en lutte contre tout. Ses amis se désolaient de son manque d'initiative, lui répétant à l'envie que c'était pourtant facile, de passer un coup de fil, mais sa fierté l'en empêchait : le mal avait été trop profond. Plus le temps passait, et plus ces erreurs paraissaient irrattrapables, tant ils s'étaient blessés. Les gestes avaient été maladroits, les paroles trop acerbes. 
Il passait son temps et son énergie à se convaincre que Jared l'avait voulu. S'il ne revenait pas vers lui, c'était sans doute parce qu'il n'en avait ni le besoin, ni l'envie. Ainsi, l'ancien légiste se persuadait qu'il n'était pas un si mauvais père.
Réalisant qu'il affichait désormais un air sérieux, malgré le naturel avec lequel il avait partagé ces informations, il balaya toutes ces considérations en haussant une nouvelle fois les épaules.

- Shit happens. conclua-t-il dans une tentative de dédramatisation. Et... Toi ? Aux dernières nouvelles, il me semblait que non, mais...

La curiosité le rattrapait, impatient d'équilibrer ou d'atténuer le poids de ces révélations. Il trouvait ce « aux dernières nouvelles » assez idiot, étant donné qu'il ne suivait pas toutes les étapes de la vie de Millie à travers la presse. Il se fiait simplement à ses impressions, tout en sachant que les impressions sont trompeuses.
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Sujet: Re: Good morning, headacheMer 3 Mai - 20:48

Amelia était tactile, c’était un fait. Pour certain, cela relevait de sa personnalité spontanée – et c’était d’ailleurs la théorie la plus plausible, les autres s’apparentant davantage à un fantasme collectif, le tout largement relayé par les médias qui s’étaient longtemps amusés à accentuer le profil de mante-religieuse dont il l’avait affublée dès les premiers soupçons pesants sur elle, bien qu’en réalité, elle avait beaucoup trop de doigts pour comptabiliser les hommes qu’elle avait un jour fréquenté. Pour les autres, donc, cela relevait du double-jeu qu’elle devait forcément jouer. Sous ses airs de jeune femme bien sous tous rapports, le genre que l’on présentait volontiers à ses parents sans craindre le moindre impair compte tenu de son éducation, de sa profession et de son élégance, se cachait évidemment une provocatrice peu farouche, prête à séduire qui bon lui semblait pour arriver à ses fins. Ils pensaient détenir la vérité, affirmant qu’elle exploitait le filon de la gaucherie et de l’enthousiasme exacerbé pour parfaire son manège, cacher ses vilains petits secrets, et s’attirer la sympathie, rien de plus. Ce n’était pas le cas, quand bien même elle avait besoin qu’on s’intéresse à elle ; Millie se savait séduisante. Son reflet dans le miroir la satisfaisant plus à certains moments qu’à d’autres, elle ne cachait pas ses attraits sous le prétexte que cela gênait la bien-pensance – qui devait clairement manquer de confiance en elle pour la juger si sévèrement par rapport à la longueur de ses jupes, la hauteur de ses talons et la profondeur de ses décolletés –, mais quels autres avantages au juste aurait-elle à tirer de ses étreintes furtives, si ce n’était pour profiter d’un peu de chaleur humaine ?

En ce qui concernait Seth, rien n’était calculé, ce qui prouvait quelque part qu’elle était confortable en sa compagnie, et que cette dernière lui deviendrait précieuse, avec le temps. C’était naïf de sa part, cependant elle ne voyait pas le mal dans le fait de poser une main sur son épaule. Les badauds en revanche s’imagineraient qu’elle batifolait avec le premier venu, alors qu’il était maintenant de notoriété publique que son fiancé avait mis les voiles – les spéculations y allaient bon train de ce côté-là aussi, sauf qu’Amelia s’efforçait de ne pas s’y attarder, craignant de manquer de patience, cette fois ci. Ils s’avancèrent de quelques pas supplémentaires vers la grille de l’école primaire, en même temps que des coups d’œil curieux se perdaient dans leur direction. Rien de plus que ce à quoi Amelia était habituée, du coup elle n’y prêta guère attention, absorbée par le récit vague que lui faisait Seth à propos de sa situation familiale. Elle ne releva pas l’information concernant l’âge de ses fils qui se rapprochait du sien, ayant épuisée son stock de boutades sur le sujet de ce qu’elle ne considérait pas comme étant un âge avancé – il devait avoir la quarantaine bien entamée, tout au plus, ce qui malgré ce qu’elle voulait lui laisser croire ne la choquait pas plus que ça au final –, et ne tenant surtout pas à définitivement vexer son interlocuteur.

« On est tous liés à cette affaire, ça en devient ridicule. » murmura-t-elle dans une réflexion à voix haute. Elle enjamba un plot en béton disposé juste devant l’école. Millie ne se souvenait pas d’un Joshua – il y avait tellement d’individus impliqués dans l’enquête concernant le Poète qu’elle ne s’en blâma pas trop durement ; elle se promit simplement de prêter plus d’attention la prochaine fois qu’on la solliciterait au commissariat de la ville, et cette idée lui fit froid dans le dos. Inconsciemment, ils s’attendaient tous à ce que le Poète frappe de nouveau, ses agissements s’étant inscrits dans la routine de chaque habitant de Fairhope.
Elle chassa ses pensées immédiates pour de nouveau poser ses yeux sur Seth.

« Je suis désolée. » lui dit-elle, navrée d’apprendre que les choses ne se passaient pas bien avec son second fils, tout comme avec son ex-épouse « J’imagine que ça doit être difficile pour toi, mais ça s’arrangera. Ça s’arrange toujours, il faut peut-être lui laisser du temps, à lui aussi. » Elle ne voulait pas se lancer dans des suppositions bancales, n’ayant aucun point de comparaison, sa famille à elle étant un modèle d’unité. De ce fait, elle se tut, laissant un sourire échapper pour réconforter le jeune homme – ou du moins, pour essayer.
Jaugeant ensuite leur proximité par rapport aux oreilles indiscrètes, elle finit par ouvrir l’une des fermetures de son sac à main, et y récupéra son trousseau de clefs « Les dernières nouvelles, d’où qu’elles viennent d’ailleurs, disent vraies. Je n’ai pas d’enfants. Pas d’enfants à moi, du moins. » Elle tiqua, mais ajouta calmement « Je ne suis pas mariée non plus. »

La fin de sa phrase se termina de façon plutôt abrupte, traduisant le peu d’entrain qu’elle mettait à vouloir s’épancher sur cette partie de sa vie. Amelia pivota sur ses pieds, jouant un instant avec le bout de papier sur lequel le numéro de téléphone de Seth était inscrit, et qui était dans sa poche. Lui tournant le dos, elle reprit prudemment :

« J’ai failli l’être. » avoua-t-elle d’une voix blanche. Elle se garda de sortir son autre main de la poche de son manteau, se trouvant tout à coup bien idiote de continuer à porter sa bague de fiançailles « Mais… comment tu as dit ? Shit happens ? » Introduisant la clef dans la serrure de la grille, elle adressa un regard rapide au médecin. Dans un grincement singulier, la grille s’ouvrit. Cherchant un moyen de fuir les potentielles questions que Seth seraient tentés de lui poser, une aide insoupçonnée lui fonça dessus sans prévenir. Millie se retourna d’un bloc « MISS MILLIE, JE T’AI ENTENDUE, T’AS DIT UN GROS MOT ! » Le petit garçon qui la pointa du doigt pouffa de rire dans son poing en la dépassant pour rentrer dans la cour de l’école ; les parents qui s’avançaient pour faire entrer leurs enfants lui lancèrent des regards critiques. L’institutrice les salua tout de même d’un signe de tête poli, puis ses yeux s’agrandirent lorsqu’elle dit à Seth, remontant son sac à main sur son épaule pour la énième fois « Je suis bonne à mettre un dollar dans le bocal à jurons. »
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bad blood - génie de la cb

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Sujet: Re: Good morning, headacheDim 28 Mai - 19:57

Le trajet avait été relativement court. Ils construisaient un lien de cette façon, par brides, par petits bouts qu'ils assemblaient pour former un portrait un peu moins flou de l'un et de l'autre, à l'issue de chacune de leur brève rencontre. Il l'observait en même temps, d'une œillade appuyée, puis détournait les yeux pour évacuer les étranges pensées qui traversaient alors son esprit. Son regard tombait d'un coup sur ces gens, ces parents, qui pensaient certainement déceler ses motivations avant lui, et il comprenait alors brusquement de quoi ils avaient l'air. C'était une image extrêmement facile. C'était un poncif usé mais évident. Les expressions accusatrices le leur criaient. On l'avait vu en compagnie d'Erin, filant un bonheur insouciant, peu après avoir humilié et abandonné sa compagne. Et il se tenait là, désormais, plaisantant face à une autre jeune femme, une jeune femme du type mannequin. Partiellement désenchanté, Seth reporta son attention sur Amelia. Ce type d'histoire avait été maintes fois racontée, et il était désolé qu'ils correspondent à des rôles si évidents. Il avait balayé les jugements et les rumeurs, cette fois où il était venu à son secours, dans le café. Néanmoins, elle subirait les effets de leurs rencontres, et les effets de leurs réputations conjointes. S'il avait avoué à cet instant ses craintes et son indignité, elle se serait pourtant bornée à le rassurer, et son sourire s'obligeait justement à balayer les regards désapprobateurs qu'elle ne pouvait ignorer autour d'eux.
Alors il n'ajouta rien à ce propos, comme s'ils avaient convenu d'un accord tacite, même si la réalité ternissait insidieusement la fin de leur discussion.  

Ses phrases résonnaient tristement à ses oreilles. « Ça s'arrange toujours » n'était décidément pas  une maxime qu'il aurait pu utiliser. Il s'efforçait soigneusement d'écarter tous les faux espoirs de sa trajectoire. Cependant, sa compréhension et son optimisme le touchaient comme toujours, et il esquissa un demi-sourire à son tour.

- Peut-être.

Plus le temps passait, et plus cette séparation semblait ancrée et inextricable. Il n'y aurait probablement jamais de pardon pour tous les coups de fils qu'il n'avait pas passé. Tous les anniversaires qu'il avait cessé de souhaiter, et les inquiétudes qu'il avait tu, après chaque nouvelle victime découverte. Des années de silence. Il fallait peut-être lui laisser du temps. Alors il attendait en taisant ses propres remords, les restes amers de ces scènes qui lui revenaient en mémoire de temps à autre, qui venaient l'interroger lorsqu'il croisait son propre regard dans un miroir. Il aurait préféré les effacer, tout effacer simplement pour ne plus se sentir aussi honteux. Tout ce qui le reliait à Jared blessait son ego.
Amelia sembla bien plus songeuse lorsqu'elle chercha les réponses à lui délivrer, confrontée à cette question personnelle. L'enseignante lui tourna le dos un instant afin d'introduire la clé dans la serrure de la grille, et Seth ne put que poser les yeux sur son chignon, sa nuque gracile quand elle avoua à demi-mot avoir faillit être mariée.
Cette révélation flotta un instant dans les airs, un soupçon d'embarras légèrement palpable.
Il fronça les sourcils, interloqué, parce qu'il pensait avoir vu une bague de fiançailles briller à son doigt, la fois où ils avaient bu un café. Il pensait se souvenir de sa main posée autour de son gobelet, et cette main portait une bague dorée. Etait-il possible que ce mariage avorté soit un événement récent ? Ou alors un deuil difficile à faire ? Il allait lui poser la question, mais à peine avait-il ouvert la bouche qu'un  mioche les interrompait bruyamment, et Amelia semblait saisir cette occasion pour laisser la conversation leur échapper, avec soulagement. Il n'insista pas, maudissant intérieurement le petit perturbateur. Visiblement, ce sujet était sensible, et c'était une chose qu'elle préférait conserver pour elle. La brusquer aurait été injuste, mais ces mystères le rendaient curieux. Lui révéler une partie de son histoire n'avait pas été si difficile ; il s'y était habitué, la plupart des gens s'attendant à ce qu'un homme de son âge aie déjà une situation. Mais il ignorait pourquoi son désarroi s'était exprimé aussi spontanément, au sujet de son fils, une chose qu'il conservait plutôt pudiquement. Et elle n'avait même pas eu besoin de le faire boire. Les révélations viendraient peut-être en temps et en heure.
Seth s'amusa de sa dernière remarque, comprenant en même temps qu'ils étaient sur le point de se dire au revoir.

- C'est honteux Miss Millie, vraiment. glissa-t-il en reprenant les mots du garçon.

Les enfants adressaient des sourires radieux à leur enseignante, absolument pas préoccupés par les rumeurs ou les regards mauvais que lui portaient leurs parents. Admirablement insouciants, comme devaient l'être tous les enfants.

- Au moins, je te laisse en bonne compagnie.

Une fois franchies les limites de cette cour d'école, elle paraissait réellement aimée. C'était ce qui comptait, sans doute, et il se souvint de ses paroles prononcées quelques temps plus tôt, « encore heureux » qu'elle était enthousiaste à l'idée d'aller travailler. Elle était dans son royaume, et en jaugeant ce qu'il connaissait de la personnalité de la jeune femme, il n'avait aucun doute quand au fait qu'elle devait faire une excellente institutrice. Finalement, princesse aurait vraiment été un gâchis pour tout le monde.
Ils n'avaient encore jamais évoqué Rose, si l'on exceptait l'épisode du crachat.  
Seth tendit le bras, l'invitant à récupérer son cartable qu'il avait gardé tout le long du trajet.

- Les CM2 auront leurs copies en temps et en heure. conclua-t-il avec un ton satisfait. C'était un plaisir.

Étrangement, c'était réellement le cas. Il envisageait la journée d'une façon bien différente de lorsqu'il s'était réveillé. Il songeait au lien fragile qui les reliait sous la forme d'un numéro écrit à la va-vite, sous les lettres SC, à l'intérieur d'un papier chiffonné.
Seth hésita un moment, laissant s'installer ce court silence propice aux personnes qui ne savent pas comment se quitter.

- Ça ne me dérangerait pas de refaire ce trajet de temps en temps, après le café, si tu veux. Il faut bien que je me rende utile...


Même s'il doutait d'atteindre l'efficacité d'une licorne. Le sourire ne quittait pas les lèvres de l'ancien légiste.

- Bonne journée, Millie.
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Good morning, headache

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