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 Stargirl Interlude

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Sujet: Stargirl Interlude Mar 14 Mar - 20:54

Stargirl Interlude



fin janvier 2016

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Désirée fixa la page pendant une dizaines de minutes, son regard bleuté alternant entre le blanc froid et vide de cette nouvelle page et les secondes qui s’écoulaient d’après Henri, son fidèle Macbook. Peut-être qu’elle était dans cette position depuis plus de dix minutes. Peut-être que tout avait commencé de façon innocente à quatre heures du matin, qu'elle avait été persuadée qu'elle pouvait écrire un peu et qu’en fait plus rien. Les heures étaient passées, la douleur avait commencé à se faire ressentir dans ses muscles et pourtant elle n'avait pas changé de position, assise en tailleurs sur son lit, son ordinateur reposant sur ses genoux, inspirant et respirant lui aussi.

À sept heures, quand son réveil sonna enfin, la blonde poussa un soupir, se mordant la lèvre inférieure et passant sa main droite dans ses cheveux très nouvellement courts. Encore une folie capillaire ? C’était les mots de son agent, pas les siens, s’il avait su à quel point il avait été près de la vérité, il n'aurait pas ri. Désirée avait préféré ne rien dire, passer sous silence le nouvel an qu’elle avait passé seule à New York, dans sa chambre d'hôtel avec une bouteille de vodka et des pages encore plus blanches. Traverser le pays pour promouvoir Dear Cecilia l'avait épuisée, revenir à Fairhope ne s’était pas avéré être mieux. Il ne s'était rien passé. C’était triste à dire et le manque de nouvel lui avait laissé un affreux goût dans la bouche alors qu’elle avait défait ses valises. Rien, absolument rien, pas d’apparition du Poète, pas de nouveau meurtre, pas d’avancée dans l’enquête à part la fermeture soudaine et brutale de la mairie. Désirée avait poussé un soupir à ce moment-là et avait tenté de reprendre sa routine, sa routine sans sa source d’inspiration permanente. Son quotidien était simple, en dehors des murs de son appartement, il n'y avait que des faux sourires, il y avait également les locaux de l’association des victimes. Mais ici, ici c’était son sanctuaire, son temple, la paire de talons aiguilles tombait, le masque aussi et elle pouvait se courber contre son ordinateur et écrire. Gratter la peau de son front, gratter et encore gratter pour en ressortir les idées les plus noires et les coucher enfin sur le papier.

« Dear Cecilia est votre deuxième roman policier… est-ce que vous commencez à aimer le genre ? » La question était tellement stupide, personne ne comprenait vraiment, elle n'était rien dans tout ça, elle ne décidait pas, elle se contentait d’écrire, de retranscrire les mots tels qu'ils étaient murmurés. Murmurés par qui ? Eh bien par toutes ces fourmis, tous ces insectes qui grouillaient là, au creux de sa poitrine, là où aurait dû se trouver son coeur droit et son âme. Désirée n’avait pas tout ça, elle n’avait rien, elle attendait le sacrifice, le meurtre pour que ses démons intérieurs s’agitent et lui racontent d’autres histoires, tissées dans le sang, tissées dans la douleur. Mais rien et depuis plus d’un mois, Désirée était incapable d’écrire. Elle cligna des yeux, enfin, elle se retenait de le faire depuis plus d'une longue minute, ou peut-être vingt et une larme venait de s’écouler de son oeil gauche, elle finit par l’essuyer et fermer son ordinateur. Pas aujourd’hui. Pas aujourd’hui. Elle répéta les deux mots à voix haute pour se convaincre et finit par ôter le peu de vêtements qu’elle portait pour se diriger sous la douche. L’eau était brulante et elle ferma les yeux, les mains plaquées contre ses oreilles. Pour essayer de les écouter, pour essayer de les entendre. Pour comprendre. Pourquoi ce silence, pourquoi n'y avait-il plus que du néant ?

Il fallait comprendre que Désirée n'était pas le genre d'écrivains qui connaissait le syndrome de la page blanche, à 16 ans, elle s'était mise à écrire et depuis elle était incapable d'arrêter. La seule période de creux qu'elle avait connu remontait à cette période de battement entre son départ de New York et son emménagement à Fairhope. Il y avait toujours quelque chose dans son esprit, toujours quelque chose qui germait, qui attendait de pourrir avant de pouvoir être coupé. Aujourd’hui rien, pas depuis qu'elle avait fini son dernier roman, rien depuis Septembre, rien depuis l’agression d’Adam. Son portable la tira de sa rêverie, si elle était encore capable de rêver, il semblait bien que non et elle s'enroula dans une serviette pour aller vérifier l’écran.

10h30 — interview avec Oscar Washington.

Désirée esquissa un fin sourire en voyant le nom du journaliste, la romancière avait l'habitude des gens de son espèce, elle donnait des interviews depuis ses 17 ans mais elle n'avait pas pu s'empêcher de cligner des yeux en voyant à quel point il n'était pas préparé. « Vous avez lu le bouquin pas vrai... Non si vous l'aviez lu, vous me poseriez d’autre questions monsieur Washington… I think we’re done here right ? » Le sourire de la blonde à ce moment là avait été très froid, s'il y avait une chose qu'elle ne supportait pas, c'était l'incompétence. C'était son agent qui avait dû intervenir une seconde fois et lui rappeler qu'un peu de bonne presse dans la ville où elle résidait de façon permanente était toujours bien. La jeune femme avait roulé des yeux au téléphone et elle le fit encore ce matin là en enfilant la première robe qui lui passa sous la main. Blanche, une bonne idée, elle aurait l'air plus aimable face à Oscar. Après s'être légèrement maquillée, elle s'occupa de faire du café, après la nuit qu'elle venait de passer elle en avait bien besoin et son regard se posa sur son ordinateur, qui ironiquement avait trouvé son chemin jusqu’à la table du salon. Au même moment, on sonna, surement Oscar, elle appuya sur l’interphone. Désirée fixa la porte pendant quelques secondes, c’était juste un mauvais moment à passer se dit-elle avant d'ouvrir la porte.

Le brun mit plusieurs secondes à apparaitre dans son champ de vision, elle lui offrit un maigre sourire et un bref « Vous venez préparé cette fois-ci ? Je dois bien avoir des copies signées de Dear Cecilia qui trainent si vous avez besoin qu'on vous rafraichisse la mémoire. » en guise de bonjour.

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Sujet: Re: Stargirl Interlude Sam 25 Mar - 21:17

L’ambiance des bureaux du Fairhope Tribune ne tranchait pas beaucoup avec celle qui minait le moral de Désirée Cravy. D’une certaine manière, c’était pire. Si les références macabres n’avaient pas tendance à faire grimacer ces dernières années, on aurait pu dire que c’était le calme mort. On était à des années-lumière du rush matinal des bureaux du Queens où Oscar avait commencé sa carrière. Aucun enthousiasme envers l’impression du numéro du jour, aucune dispute autour de l’article qui finirait en première page. On lui avait souvent vendu le monde de la presse écrite comme une arène où les luttes ne finissent jamais. Aujourd’hui, il pourrait prendre une photo qui montrerait une arène où toutes les armes ont été abandonnées à l’entrée de leur salle de cantine. Ceci étant, il était loin de se plaindre. C’était un rythme de croisière auquel il pourrait s’accoutumer avec le temps. Installé derrière son cubicule, les chevilles croisées sur un tiroir ouvert, Oscar s’était à nouveau plongé dans Dear, Cecelia, le dernier roman de Désirée Cravy – qu’il était censé retrouver dans la matinée pour une deuxième interview, plus fructueuse que la première, ils l’espéraient tous. Cette fois-ci, néanmoins, il avait bien l’intention de venir préparé.

Se sentant observé, il interrompit sa lecture pour jeter un coup d’œil autour de lui, et croisa le regard scrutateur de Keith Edwards, son patron. Il eût un sourire qui ressemblait davantage à une grimace fébrile, se retint de lui adresser un signe de la main qui, au vu des circonstances, aurait été mal reçu et rentra la tête dans les épaules en prétendant s’intéresser à la quatrième de couverture.

Contrairement à ce que semblait craindre Keith Edwards, Oscar n’avait pas besoin de lire Dear, Cecelia deux heures avant de rencontrer son auteur. Il l’avait déjà lu à deux reprises pendant les fêtes de fin d’année, et en avait même profité pour étoffer sa bibliothèque de quelques autres succès de la jeune femme – pour sa culture générale, et sa curiosité personnelle. Il se rappelait la première fois qu’il l’avait rencontrée. C’était à la mi-décembre, un peu avant qu’elle ne s’envole pour New-York où elle était censée promouvoir son dernier roman. Keith lui avait attribué l’entretien, sachant qu’il ne s’y intéresserait pas outre mesure. Oscar l’avait reçu comme un affront personnel : il n’avait lu aucun roman de Cravy, n’avait aucune envie d’ouvrir Dear, Cecelia les jours qu’il devrait passer chez ses parents, et arrivé sur le lieu de rendez-vous, n’avait fait aucun effort pour masquer son manque de préparation face à la jeune femme. À ses yeux, ç’avait été le meilleur moyen de la mettre à l’envers à Keith. Ç’avait sans doute été injuste vis-à-vis de Désirée – il s’en était rendu compte – et elle avait eu raison de couper court à leur entretien. Les rôles eussent-ils été inversés qu’il en aurait probablement fait autant. Keith, qui s’était réjoui d’avoir une espèce d’exclusivité, de pouvoir publier un entretien avec la fameuse Désirée Cravy avant que les gros journaux de New-York aient eu l’occasion de la recevoir, avait changé de couleur en le voyant rentrer bredouille – il avait au moins eu la chance d’être sobre, autrement, la suite aurait été différente pour lui. De mauvaise foi, Oscar avait préféré rester évasif sur les raisons de son échec et avait promis de se faire pardonner. Malheureusement, après avoir contacté le manager de la jeune femme, il n’avait réussi à obtenir un nouveau rendez-vous qu’à la fin du mois de Janvier. Il aurait dû s’en vouloir ; mais ce délai avait été une bénédiction pour lui – même s’il lui avait valu les regards furieux de Keith chaque matin depuis qu’il lui avait annoncé la nouvelle. Il avait consacré le premier mois de 2016 au travail d’investigation qu’il avait manqué de réaliser la première fois. Cette fois-ci, Désirée Cravy n’aurait pas à le congédier avant même qu’ils ne se soient installés.

« Wash ! » Par habitude, plusieurs têtes pivotèrent à travers la salle de rédaction, se délectant à l’avance de la scène qui pourrait éventuellement se jouer devant elles. Avec un peu de retard, Oscar releva les yeux, et se demanda ce qu’il avait bien pu faire – cette fois-ci – pour se faire croiser en public. Keith lui adressait une série de signes de la main – une chorégraphie frénétique et silencieuse qui ne parlait manifestement à personne. Perplexe, il plissa les yeux en tâchant d’interpréter les volontés de son supérieur – sans succès. Celui-ci finit par perdre patience, et traversa la salle à grandes enjambées. « J’espère que tu as préparé tes questions. Tu as reçu mon mail ? » L’intonation était sèche. Le visage d’Oscar s’éclaira quand il comprit de quoi il s’agissait, et réprima un sourire en coin. « J’ai noté tes suggestions. Te fais pas de bile, Keith. Je vais la faire ton interview, bien comme il faut. Regarde. J’ai lu le bouquin. » Il lui agita le livre sous le nez, mais ça n’eût pas l’air de l’impressionner outre mesure.  Keith plissa le nez, circonspect. « Amène le café. Fais-toi bien voir. Arrange tes cheveux, et bouge tes fesses, nom d’un chien, il est presque 15. »

Il était près de 10h40 quand il arriva devant chez Désirée. Il avait cédé aux exigences de Keith, et avait marqué un détour par le Coffee Shop qui se dressait au milieu de Fairhope Avenue, puis avait marché jusqu’au bon numéro en tâchant de ne rien renverser sur lui en cours de route. C’est avec une hésitation un peu plus mesurée qu’il s’approcha du hall d’entrée. Il avait conscience que, de toute manière, Cravy aurait d’autres choses à lui reprocher avant d’attaquer son manque de ponctualité. Sans plus attendre, il pressa le bouton de l’interphone et fût invité à entrer avant même d’avoir pu prononcer un mot. Sur le chemin des ascenseurs, il se pencha sur les boîtes aux lettres afin de se rappeler l’étage où vivait la jeune femme. Se rappelant qu’elle vivait au dernier étage, il renonça à prendre les escaliers, et se glissa à l’intérieur d’un ascenseur avec une légère appréhension. Il n’avait pas compris pourquoi elle avait préféré l’inviter chez elle. La terrasse d’un café dans le centre-ville aurait sans doute été plus adéquate, mais la jeune femme ne semblait pas gênée à l’idée d’accueillir du monde dans son espace personnel. C’était tout à son honneur. Au moins, et c’était peut-être le seul avantage, ils ne seraient pas dérangés.

Arrivé devant sa porte, armé des deux coupes de café à emporter dans sa main gauche, il donna deux coups contre le panneau de sa main libre. Elle ne tarda pas à apparaître. Il fût frappé par son apparence ; depuis la dernière fois qu’ils s’étaient vus, elle avait coupé ses cheveux plus courts qu’il ne portait les siens, et s’était habillé avec une classe naturelle que lui ne pouvait pas se vanter de posséder. Il eût le tact d’apparaître embarrassé quand elle lui proposa l’une de ses propres copies de Dear, Cecelia. « C’est de bonne guerre, » répondit-il en lui retournant un sourire courtois. « J’ai amené ma propre copie. Et le café, en espérant pouvoir faire la paix. J’espère ne pas m’être trompé : j’ai pensé que vous l’aimeriez noir et amère. » Ne souhaitant pas s’attarder sur le seuil, il franchit le pas de la porte et lui offrit sa coupe encore chaude.

Ne perdant pas de temps, et sans malaise, Oscar s’avança dans l’appartement. « Vous vivez seule ? C’est immense. » Son regard glissa sur les murs immaculés tandis qu’il passait la bandoulière de sa besace au-dessus de sa tête, masquant difficilement son envie. Reprenant pied, il pivota vers elle. « C’est bien pour vous, si on s’installe dans le salon ? »

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Sujet: Re: Stargirl Interlude Lun 3 Avr - 23:41

La blonde aurait pu lui faire remarquer qu’il avait dix minutes de retard, mais elle se contenta d’un sourire poli et professionnel. À quoi bon de toute façon ? Toute cette petite mascarade serait terminée dans une heure tout au plus et elle pourrait… Elle pourrait quoi ? Désirée considéra un instant cette possibilité, toutes ces heures de pure liberté et cela ne lui inspirait rien d’autre qu’un ennui profond. Ce n’était pas comme si elle pouvait se livrer à son passe temps préféré, ce n’était pas comme si elle pouvait vraiment vivre quand elle n’écrivait pas. Elle ne vivait pas de son art non, il était certain que son art se servait d’elle et elle n’était rien d’autre que l’esclave enchainé justement par son inspiration et par ses pensées. La romancière était désormais libre, il n’y avait plus de chaines. Désirée ne savait pas quoi penser de ce sentiment si inadéquat, il était certain que si Oscar lui demandait si elle bossait sur son prochain roman, la question ne serait pas la bienvenue. Le syndrome de la page blanche aurait bientôt raison d’elle, ça ne faisait aucun doute; c’était peut-être ça qui pouvait expliquer sa tenue d’aujourd’hui, ou la façon quasi-automatique qu’elle eut de s’écarter tandis que le brun passait les portes de son appartement. Comme pour lui montrer, comme pour lui prouver qu’elle était parfaite et que rien ne pouvait l’atteindre, comme s’il était aussi facile de dompter tout ce qui sommeillait en elle, d’y mettre une muselière et de passer à autre chose. Les choses n’étaient pas aussi simples dans le cas de Désirée.

Pourtant, elle faisait de son mieux, elle donnait le change et ce fut encore ce qu’elle fit face au journaliste. Qui venait avec une offrande plus qu’intéressante vu que Désirée n’avait pas encore pris la peine de se diriger vers sa cuisine. « Vous ne vous êtes pas trompés. » articula lentement la blonde dans un autre sourire, trop froid pour être vraiment réel. Elle ne perdit pas de temps pour le guider dans son appartement, jusqu’au salon où le faux chandelier qu’elle avait acheté des années en arrière reflétait doucement la lumière du soleil, baignant l’appartement d’un blanc quasiment céleste. Si seulement. « … C’est mon éditeur qui a choisi cet appartement, d’après lui, il faut de l’espace quand on écrit alors… » Les explications étaient à moitié fausses, après son bref passage à New York, Désirée avait développé des goûts… assez particuliers. Dire qu’elle vivait dans l’équivalent d’une maison en bois mal rafistolé dans l’Indiana lui donnait encore des frissons, la blonde préférait que les gens s’imaginent sa petite adolescente rurale plutôt que de leur donner la vraie version. Il n’y avait rien de glamour là dedans et des années en arrière, Désirée trainait encore dans des t-shirt trois fois trop grand pour elle, la chevelure dérangée et à la recherche de quelque chose qui pouvait calmer son coeur. Peut-être, se dit-elle en s’asseyant finalement face à Oscar et en fixant sa propre copie de Dear Cecilia, peut-être qu’elle l'avait trouvé.  « Le salon fera l’affaire. » conclut t-elle en croisant les jambes, son regard bleuté posé sur Oscar qui s’installait peu à peu dans son appartement.

La blonde devait avouer que cette petite invasion de sa vie privée l’amusait grandement, elle ne savait pas ce qu’il espérait gagner, il n’y avait rien qu’elle n’avait pas déjà dit ou confié lors de ses précédentes interview ou sa dernière campagne de promotion. Les gens semblaient croire qu’elle voulait choquer juste pour choquer et qu’elle avait bien compris que l’horreur et le sang faisaient toujours vendre. Désirée n’avait rien d’un bourreau, elle se contentait d’écrire, elle ne pouvait pas contrôler les coeurs de ses lectures, ni même la nature humaine qui aimait se contredire tout le temps et aller à l’encontre de sa précieuse morale. « Vous avez des questions pour moi je suppose ? On peut éviter les questions banales sur mes oeuvres, j’y ai suffisamment eu le droit pendant ces dernières semaines. » Elle avait dit cela sur un ton qui se voulait doux, masquant encore plus son ennui profond, tandis que la blonde se pencha vers sa tasse de café. Désirée but une longue gorgée, son regard fixé sur Oscar. « Oh et encore une fois, je ne réponds pas aux questions sur ma vie personnelle. » La précision semblait importante, surtout dans une ville comme Fairhope où les rumeurs allaient bon train et très vite. « Ou alors je peux simplement vous demandez ce que vous avez pensé du roman… maintenant que je sais que vous l’avez effectivement lu. » Désirée faisait exprès de le taquiner, elle se moquait bien de savoir si ses oeuvres étaient reconnues ou pas, elle n’écrivait pas pour les autres, elle écrivait pour elle. Dear Cecilia n’était pas seulement les confessions d’un homme seul mais également celles de Désirée.

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Sujet: Re: Stargirl Interlude Mer 31 Mai - 17:12

« Et vous êtes d’accord avec lui ? » releva-t-il – suivant le sens de la conversation par convenance, sans nourrir de réel intérêt journalistique sur la question – quand elle lui confia que c’était son éditeur qui l’avait poussée à emménager dans cet appartement. « Vous vous y plaisez, au moins ? » Les écrivains ont besoin d’espace. Eh bah dis donc ! On aurait quand même pu le lui dire avant qu’il ne signe avec sa maison d’édition, il aurait réclamé le même avantage. Les écrivains ont besoin d’espace. Depuis quand ? C’était peut-être vrai dans certains cas, mais de là à en faire une vérité générale, il y avait un monde. Il haussa les sourcils très hauts. Pour quoi faire, en plus de ça ? Tourner dans de plus grands ronds les jours de page blanche ? Il plissa du nez. Contrairement à Désirée, Oscar n’avait pas écrit de romans à la pelle depuis son adolescence ; mais il avait rédigé suffisamment d’articles et autant d’essais pour pouvoir en tapisser sa chambre s’il lui en prenait l’envie. C’était assez, selon lui, pour pouvoir affirmer en connaissance de cause qu’une personne se consacrant à l’écriture, comme elle et lui le faisait pour gagner leur pain, avait surtout besoin d’une zone de confort. Après un court moment de flottement, il haussa une épaule nonchalante, et se contenta de singer mentalement le dit éditeur.

Oscar s’immobilisa au milieu de la pièce, la bouche légèrement entrouverte. Ses yeux glissèrent sur les murs avec une curiosité teintée d’envie. C’était un très bel endroit – il fallait au moins lui reconnaître ça. Un peu comme celui qu’il avait loué à New-York après avoir encaissé son avance pour le projet qui suivrait Entitled Brats ! Il pouvait déjà imaginer ce qu’il ferait d’un endroit pareil s’il lui appartenait – en matière de décorations, et de festivités. Quelle perte. Avoir du monde à la maison ne semblait pas entrer dans les habitudes de la jeune femme. L’appartement était impeccable – presque trop, à vrai dire. Il mit un certain temps à comprendre ce qui le dérangeait le plus dans cette mise en place : elle ne révélait absolument rien sur la personne qui vivait là – si ce n’est qu’elle avait de l’argent à dépenser. « C’est très… sobre, en tout cas. » conclut-il en s’accordant une gorgée de café qui lui brûla la gorge et lui fit monter les larmes aux coins des yeux. Aucune photo de famille, aucun post-it sur la porte du réfrigérateur… Avait-elle préparé l’endroit en sachant qu’il lui rendrait visite ? Sans doute que non. Perchée au dernier étage de son immeuble, Désirée semblait avoir trouvé sa propre tour d’ivoire. Ses mains se resserrèrent autour de sa besace, et il cessa de détailler l’endroit pour la rejoindre dans son salon.

« Ça vous ennuie si j’enregistre cet entretien ? » commença-t-il en dégainant son dictaphone de la poche extérieure de son sac. Un outil essentiel pour tout journaliste, et dont il usait à tours de bras. « Soyez rassurée, votre vie personnelle n’intéresse per… pas mon patron. » la rassura-t-il, maladroitement, en sortant la liste de questions qu’il avait préparée avant de venir – cette fois-ci – ainsi que son bloc-notes. « Il me pousserait sous un train si je passais l’heure que vous m’accordez à vous interroger sur ce qui se passe dans votre lit plutôt que dans votre agenda. ‘La Tribune n’est pas une poubelle à potins’. » Il termina sa phrase en moquant la voix de Keith en roulant des yeux. « Spoiler Alert : il vous adore. »

Il esquissa un sourire quand elle lui demanda son avis concernant son dernier roman. C’était un test, clairement, mais c’en était un qu’il acceptait de bon gré. Après tout, la suspicion de Désirée était hautement justifiée à ce stade. « Je peux être honnête ? » demanda-t-il, l’air grave, s'inclinant légèrement vers elle comme pour lui faire une confidence top secrète. « J’ai dû ressortir ma veilleuse. Vous m’avez privé de sommeil pendant tout un week-end, Désirée Cravy. Et pas dans le bon sens du terme. » Il avait toujours eu une imagination particulièrement vivace ; et la plume de la jeune femme avait réussi à en faire sortir les pires images qui s’y cachaient – surtout au cours des épisodes de cannibalisme particulièrement détaillés.

« Allons-y. » lança-t-il en posant son dictaphone sur la table basse qui les séparait. Il fit glisser sa besace à ses pieds, et s’éclaircit la voix en appuyant sur la pointe de son stylo. « Vous vivez ici depuis cinq ans. Vos deux derniers livres portent chacun sur les activités d’un tueur en série, et même de cannibalisme. Diriez-vous que Fairhope est devenu un élément essentiel à votre processus d’écriture ? » C’était une entrée en matière assez brutale. Il n’avait même pas pris le temps de demander son avis à Keith sur ces questions-là. Oscar savait qu’il les aurait trouvées inacceptables, et sans doute hors de propos. Mais avant de satisfaire la curiosité des abonnés de la Tribune, c’était la sienne qu’il cherchait à étancher. « Certains habitants de cette ville souffrent encore de la perte de leurs proches. Ne craignez-vous pas de les braquer en traitant des sujets aussi violents dans vos romans ? » En vous inspirant des malheurs d’autrui aurait été une meilleure formule, mais il ne tenait pas à se faire mettre à la porte aussi rapidement. « Ce que je veux dire c’est… » Il marqua une pause, cherchant brièvement ses mots, avant de reprendre : « Qu’est-ce qui vous attire dans ces histoires ? Vous avez un talent évident pour les raconter, ça souligne un certain intérêt en la matière, non ? » Il haussa un sourcil interrogateur, opposant une expression impassible sinon curieuse.

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Sujet: Re: Stargirl Interlude Mar 20 Juin - 2:04

« C'est ... un appartement. Il m'en faut peu pour vivre, j'ai grandi au fin fond de l'Indiana alors...»   Désirée avait haussé les épaules, son regard posé sur Oscar qui examinait la propriété comme s'il s'attendait à y trouver quelque d'anormal, quelque chose qui pouvait justifier toutes les horreurs que la blonde cachait sur le papier, tout ce qui justifiait ses grandes effluves de sang. S'attendait-il à voir un corps en pleine décomposition juste à côté de lui sur le canapé, tandis que Désirée lui disait d'y prendre place, sirotant son café avec un air serein? C'était tellement prévisible et Oscar ne faisait même pas semblant de cacher la légère surprise et la curiosité sur son visage. C'était presque... attendrissant dans un sens, sauf que la blonde était tout sauf réceptive et elle pouvait déjà se voir en train de refermer la porte sur le nez du journaliste. Peut-être qu'elle aurait dû. Mais ce n'était pas la bonne chose à faire, elle avait promis à Martin une interview de plus, juste une seule et elle pourrait enfin passer à autre chose. Arrêter de jouer la marionnette pour tous ces insectes qui venaient grouiller et soulever les pages de ses oeuvres. Écraser Oscar sous son pouce aurait ruiné tous ses efforts et toute la belle campagne de promotion qui venait de s'achever.

Aussi, elle avait plaqué un sourire automatique sur son visage, dans une expression qui se voulait bienveillante et dans le fond humaine. Pour palier au certain malaise qu'elle pouvait sentir émaner de lui. Non aucune trappe n'allait se refermer sur lui, Désirée serait sage, aussi docile qu'une image, après tout... elle avait promis. Elle hocha la tête quand il lui annonça qu'il allait enregistrer le reste de leur petite matinée, rien qui ne terrifiait Désirée, elle avait appris depuis longtemps à se tenir. Son sourire s'agrandit quand Oscar fit un bref aparté à propos de son supérieur direct. « Et moi qui pensais que les journalistes devaient être neutres et impartiaux... c'est d'ailleurs pour toutes ces raisons que je ne pourrais jamais faire ce que vous faites. J'aime écrire... mais sur tout ce qui nous entoure ? Non, ça serait trop futile. » Une bribe de vérité, voilà ce qu'elle lui donnerait. Le tout sur un ton qui se voulait détaché avant qu'elle ne finisse le café qu'il lui avait apporté, le liquide un peu trop chaud pour une tout autre personne. Le métier qu'exerçait Oscar lui paraissait démodé et dans le fond ridicule, elle regardait les news sur son écran télé comme tout le monde, se brossant souvent les dents au son de tout ce qui arrivait là bas de l'autre côté. Mais s'arrêter pour tout lire ? Non, Désirée préférait se perdre dans les pages de ses collègues, dans leur histoire à eux. Elle avait une légère préférence pour les contes pour enfants, là où le royaume de l'innocence envoyait valser celui plus morne de la vie des adultes, là où rien ne pouvait mourir et on pouvait mordre dans une pomme et espérer sans servir pour nourrir tout un village.

Lire le journal ? Une perte de temps. Mais qu'Oscar s'agite, qu'il essaye de faire perdurer son art qui n'allait certainement pas crouler sous le poids des ordinateurs et des claviers, certainement pas... Au moins il avait du goût. « Hmmm... c'est toujours bon à savoir.  » Les lignes de Désirée l'avaient donc tenu en haleine? Il avait été incapable de reposer son livre ? S'était-il brulé la rétine, retenu de vomir pendant les parties les plus crues ? S'était-il imaginé à la place de cet homme imaginaire, réduit à rien, dans sa petite ville éloignée de tous ? Mais les questions arrivèrent enfin, sans aucune saveur elles aussi, sans aucune surprise et Désirée finit par ranger son sourire, fixant Oscar avec une expression qui n'en était pas une. Aucune émotion ne passait sur le visage de la blonde à cet instant et elle l'étudia pendant une longue minute avant de soupirer. « À mon tour d'être honnête si vous me le permettez. » Après tout, il était là pour ça ? Mais c'était un mensonge. Il ne méritait pas la vérité, personne ne la méritait et elle ferait en sorte qu'il reparte avec encore plus de questions. Il ne comprenait pas, ce n'était pas la ville, ce n'était pas les gens. C'était le geste, le geste d'un individu désespéré, prêt à tout pour faire entendre sa voix. Prêt à tuer, à graver ses poèmes pour l'éternité. C'était quelque chose que quelqu'un comme elle était en mesure de comprendre, et même si elle ne le comprenait pas, cela faisait résonner quelque chose en elle.

Depuis cinq ans, elle ne se sentait plus si seule, plus bancale, et c'était dire beaucoup pour quelqu'un qui avait déjà creusé sa propre tombe à de nombreuse reprises dans sa tête. « En ce qui concerne cette affaire, j'ai moi-même été suspectée après avoir découvert le corps de Mary Wilson. Je fais partie de l'association de Laura Munoz et mon premier but quand je suis arrivée à Fairhope a été de me rendre utile et de me faire à cet atmosphère de petite ville. Me retrouver dans un commissariat a été un léger coup dur mais je m'en suis remise. Beaucoup de gens sont blessés oui... mais ce n'est pas une raison pour jeter la faute sur la première personne venue. » Nouveau haussement d'épaules, le rôle du martyr ne lui convenait pas mais si Oscar devait enregistrer quelque chose... autant qu'elle reparte avec le rôle de l'artiste un peu perdu qui essayait de vivre. Les gens adorait ça, les incompris, pas vrai.? « Et ensuite... Je n'écris pour personne Monsieur Washington. » déclara Désirée, insistant bien sur le nom de son interlocuteur. Ce qu'ils faisaient tous les étaient différents, elle n'avait de compte à rendre à personne et ses quelques fans pouvaient lui tourner le dos, elle n'en avait que faire. Ce n'était pas ça qui importait, et ça personne ne le réalisait. « Quand mon éditeur tente d'apporter des corrections à mes oeuvres, je suis la première à essayer de défendre mes lignes, ce n'est pas pour faire mon intéressante, ni pour faire le buzz ou m'enrichir en profitant d'un fait divers qui s'est transformé en véritable débâcle policière. » Et là encore, Désirée estimait être plus que clémente avec les services de police de la ville. «Je me laisse porter par mon inspiration... et j'écris, sans aucun jugement et sans essayer de rationaliser ce qui me passe par la tête. » Et c'était tellement réducteur, résumer tout son processus d'écrire à une simple phrase. Mais il ne pourrait pas comprendre, ni lui, ni personne, pas comprendre ce qui l'habitait, ce qui la motivait, la poussait à se lever chaque matin alors que dans le fond... elle était déjà morte.

« Question suivante ? » Et là, le sourire était revenu.

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"I had a vision, A vision of my nails in the kitchen, Scratching counter tops, I was screaming..."


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