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 nobody made me but the main streets

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bad blood - we live here

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◆ Manuscrits : 51
◆ Arrivé(e) le : 07/02/2017
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Sujet: nobody made me but the main streetsLun 20 Mar - 21:24


I ran out of tears when I was 18
So nobody made me but the main streets
'Cause too many people think they made me
Well if they really made me then replace me

Sans le réaliser, il avait fini avec du sable sous les pieds.

Du sable froid, un peu trop terne sous la pâleur de la Lune, et définitivement pas la raison pour laquelle les touristes affluaient à Fairhope quand la belle saison arrivait. Ce n’était pas ça qui avait surpris le plus Sebastian, non, c’était tous ces grains, toute la poussière entre ses orteils qui l’irritait profondément et lui donnait juste envie de s’asseoir là, et de se gratter les pieds. Mais ça aurait été bien stupide, il aurait fini avec encore plus de sable sur lui. Ou alors c’était juste sa manière de se concentrer sur des détails pour ne pas remarquer la façon dont sa gorge hurlait.

C’était ça qui avait tiré le quarantenaire hors de son lit il y a quelques heures de cela, le réveillant de plein fouet, comme une claque en pleine figure, une sensation que Sebastian ne connaissait trop bien… ça avait été la définition d’une bonne blague selon ses frères pendant des années, tellement qu’il avait fini par dormir avec un oeil toujours ouvert, littéralement, histoire de se protéger. Mais pas de ça ce soir, il avait dormi profondément… avant d’être réveillé par le manque, par l’envie, par sa gorge qui semblait avoir une vie propre et dont le nouveau coeur battant battait justement, encore et encore, pour rappeler à Sebastian qu’elle était là et qu’elle existait. Le quarantenaire s’était maladroitement extirpé de ses draps couverts de sueur, titubant jusqu’à son frigo, pensant naïvement que l’eau parviendrait à faire taire cette soif. Mais ce n’était pas ça qu’il lui fallait, son corps le savait, lui aussi et pourtant. C’était le genre de maladie qui ne le quitterait pas, depuis près de deux ans, c’était les mêmes démons, les mêmes envies. Oh bien sur, Sebastian ne laissait absolument rien transparaitre, pour quelqu’un qui ne savait pas, il avait la situation sous contrôle et se maitrisait. Non, ça c’était le masque, ça c’était le visage dur et froid qu’il affichait en permanence, pour que personne ne constate, pour que personne ne remarque ses mains tremblantes ou cette mélancolie dans son regard. Sebastian était parfois vraiment épuisé par ce combat, ce combat avec sa propre personne, il avait beau donner des coups bien placés, uppercut après uppercut, rien n’y faisait, il continuait de se relever.

Sebastian avait pris la décision de mettre ses chaussures à ce moment-là et de s’habiller un peu plus. Ce qu’il lui fallait c’était un peu d’air frais, voilà tout. Il eut un maigre sourire en passant devant un des nombreux bocaux qui étaient un peu partout dans sa demeure, ses poissons rouges ne semblaient pas trouver de repos non plus, tournant et tournant eux aussi. « Un soir peut-être… » murmura Sebastian en prenant les clés de son appartement. Il avait claqué la porte la porte derrière lui et inspiré l’air froid de la nuit vide pour se réconforter. Son rituel dans ces ces là avait toujours été de se rendre dans un bar, de regarder droit dans les yeux quelqu’un de bien éméché et se dire que non, vraiment ça n’en valait pas la peine. Mais pas ce soir. Non, le couvre-feu était toujours bien en place dans la ville, cette affaire durait depuis trop longtemps, avait soulevé beaucoup de mécontentent mais… mais on espérait que le meurtrier serait bientôt arrière les barreaux. Sebastian avait donc erré, à la recherche d’un endroit encore ouvert, peut-être qui savait, mais rien, rien ou alors on avait déjà éteint les lumières et on ne voulait pas accueillir sa pauvre âme à lui. Oh il avait compris, il faisait peine à voir, son trench-coat lui donnait encore plus l’air d’être une ombre dans la nuit, ou encore pire, la grande faucheuse qui s’ennuyait et qui n’avait trouvé aucune vie à prendre.

Il avait atterri à la plage, contre toute attente et après avoir posé son regard froid sur le sable, il finit par décider du contraire et s’installa là. Qu’est-ce que ça pouvait faire de toute façon, se dit l’ancien policier en croisant les bras. Il savait comment fonctionnait le jeu, rester seul n’était pas une solution, Sebastian n’avait plus de sponsor depuis près d’un an, un jeu dangereux certes, mais il fréquentait assez les locaux des alcooliques anonymes pour savoir qui appeler en cas de rechute. Mais était-ce une rechute ? Et avait-il vraiment qu'on pose une main compatissante sur son épaule et qu'on essaye de le déculpabiliser ? Non, Sebastian était fatigué de toutes ces conversations-là, du ton condescendant qui allait avec et la sympathie. Il ne voulait pas de douceur, pas de pitié et pas de compréhension. Il était juste perdu et il avait besoin d'un guide. Le quarantenaire finit par sortir son téléphone portable de sa poche, regardant sa maigre liste de contacts défiler devant lui. Seth Coleman. Sebastian hésita pendant quelques minutes, avant de composer un message rapide.

Citation :
Je sais qu’il est tard, mais je suis à la plage… si jamais tu es d’humeur pour discuter météo.

Le brun se trouva stupide cependant il appuya tout de même sur envoyer.
Ce n'était définitivement pas un appel au secours.
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Sujet: Re: nobody made me but the main streetsVen 14 Avr - 23:52

Time and time again I said I'd leave you
Time and time again I went away
But then would come the time when I would need you
And once again these words I'll have to say

I'm a fool to want you

La voix grave et habitée de Billie Holiday emplissait son appartement. La mélancolie pure ondoyait à travers tous les tressaillements de sa voix, au rythme de l'orchestre qui marquait graduellement les moments les plus intenses, les plus nostalgiques. La lenteur de son ton, parfaitement mesurée, racontait quelque chose d'inéluctable. Cette histoire d'amour-là n'avait rien de frivole. C'était l'histoire d'une addiction. Un poison qui s'insinue délicatement dans vos veines, qui mobilise tout votre corps et vos pensées. Qui vous ronge et vous tue, comme il avait tué la chanteuse.
L'attachement a quelque chose de dangereux, et d'effrayant. N'importe qui peut en témoigner. Premièrement, on peut s'attacher à quelqu'un qui nous nuit et ne plus réussir à s'en débarrasser. Comme la nicotine qu'il inspirait sans cesse, et s'incrustait durablement dans ses poumons. Une fois le goût du tabac passé, il en allumait une autre, immanquablement, pour sentir à nouveau le nuage délicieusement empoisonné parcourir sa gorge et gagner ses bronches. Un plaisir à portée d'une étincelle ; beaucoup trop proche, donc. Il en abusait continuellement.
Deuxièmement, le risque que l'on encourt en s'attachant à une personne, c'est de la perdre par la suite, et par conséquent, de souffrir atrocement. En réalité, cela n'a rien de drôle, et pire encore : cela arrive constamment à tout le monde. Une sorte de défaut humain.

Seth était installé dans son sofa, l'ordinateur sur les genoux, et ses doigts parcouraient le clavier par intermittence. La plupart du temps, il s'arrêtait et réfléchissait, tirant sur sa cigarette avec concentration. Tout le long de la soirée, le piano et les trompettes de jazz l'accompagnaient, installaient une atmosphère indolente sous les lumières orangées de son salon. Il avait l'impression d'être installé dans sa tour d'ivoire, et la solitude lui allait alors très bien. De nouvelles pensées l'occupaient. Il entendait les paroles chantées par Billie Holiday d'une oreille distraite, sans ressentir la gravité qui l'accompagnait habituellement, et pourtant, il aurait tord de croire qu'il était tiré d'affaire, à ce propos. A ces propos.
Bien sûr, il avait pensé à boire un verre, par habitude, et puis il s'était ravisé. Faire la fête chaque jour n'avait aucun intérêt, même si la soirée n'était pas terminée. Il tapait des phrases purement factuelles, explorant tous les contours obscures de l'intestin et ses résidents, bactéries et levures, une flore riche dont il avait reçu la tâche de la décrire. Un ami lui avait proposé d'écrire un texte pour la revue spécialisée qui lui appartenait. Si son texte était assez bon, après quelques modifications, il pouvait être publié, sur papier et même sur internet. Cela lui assurerait au moins une sorte de revenu, s'il se débrouillait bien, et c'était précisément ce qui lui manquait ces derniers temps. Il réfléchit un instant à propos du titre qu'il devait donner au fruit de son travail, et se souvenant des conseils de son ami :« il doit être direct et immédiatement compréhensible », il tapa : « La mort est dans le côlon ». On ne pourrait pas lui reprocher de tourner autour du pot.
Satisfait, il jeta un œil sur l'écran de son portable avant d'effectuer une énième relecture, et constata qu'il avait reçu un message.

Sebastian a écrit:
Je sais qu’il est tard, mais je suis à la plage… si jamais tu es d’humeur pour discuter météo.

Sebastian était un ami, mais il était rare qu'il envoie un message aussi tardif, simplement pour discuter. Il allait éluder la question rapidement, embrassant du regard le vide de son appartement, le texte fini, et le disque vynil qui s'arrêta pile à cet instant, comme un dernier signal.

Seth a écrit:
La plage, en plein hiver, après le couvre-feu ? J'arrive.

Arrivé à la plage, le vent devenait froid, et lui fouettait parfois le visage, s'insinuait à travers ses cheveux. Les vagues s'échouaient sur la rive avec fracas, et tout cela, la force du vent et des vagues, résonnait profondément dans la nuit. Il avait envoyé un autre message pour savoir où se trouvait Sebastian exactement, et il ne tarda pas à apercevoir sa silhouette, sombre, face à l'océan. De loin, son manteau qui claquait au vent lui donnait des allures de faucheuse. Un vrai poème.
Seth approcha, une éternelle cigarette à la main, et ses chaussures de ville s'enfonçaient dans le sable. Il n'en tint pas compte. Cette nuit prenait des airs surréalistes, et il trouvait cette idée plaisante.

- Tu sais qu'on risque de se retrouver en cellule, pour parler météo ici et maintenant ? lanca-t-il avec l'ombre d'un sourire. Je crois que cette ville me terrifie plus que le Poète...

Arrivant à sa hauteur, il avisa son visage marqué et ses yeux sombres, sous l'éclairage de la lune, et pensa qu'il aurait pu faire un bon Poète, à l'instar d'un bon poème. Mais il ignorait aussi ce qu'était un bon Poète. En outre, il ne nourrissait aucun doute à propos de cet homme, à propos du sang qu'il n'avait pas sur les mains.

- Plutôt original, comme rendez-vous. Romantique, je dirais.

Se retrouver sur cette plage en pleine nuit, avait quelque chose de vaguement perturbant. Il n'était cependant pas enclin à juger son ami, ou à deviner ce qui avait bien pu le pousser à marcher jusqu'ici. Devant l'immensité sombre de la mer. Lui-même s'était déjà surpris à s'endormir sur un banc, quelques mois plus tôt. Ils devenaient peut-être tous assez perturbés.

- Enfin, ça me fait plaisir de te voir... Tout va bien ?
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Sujet: Re: nobody made me but the main streetsLun 24 Avr - 21:51


Citation :
Tu me connais... je vis dangereusement.

La réponse de Sebastian avait été tout aussi rapide que celle de Seth et l’ancien médecin légiste avait au moins le mérite de lui avoir arraché un demi-sourire. Oui, le couvre-feu, oui, les règles, toutes ces choses qu’ils devaient respecter.... Et pourtant. Pourtant. En plein milieu de la nuit, au beau milieu du presque jour, tout ça finissait par finir s’écraser contre les épaules du brun, qui devait s’efforcer de tenir debout, de tenir droit et prétendre que rien de tout ceci ne l'atteignait. Face à l’écho des quelques vagues, il serait un roc, laisserait le vent déranger sa chevelure, fouetter son visage et emporter chaque lambeau qui constituait ses vêtements s’il le fallait, mais lui ne bougerait pas. Il resterait immuable, envers et contre tous. Le temps passerait, des larmes seraient versées, l’océan allait finir par s’assécher et il ne resterait plus qu’un amas de sel, mais non, lui ne bougerait pas, il ne se laisserait pas atteindre par l’envie, ni par la peine, ni par les émotions humaines.

Oh s’il avait pu sortir de son corps, abandonner sa propre enveloppe charnelle, Sebastian l’aurait fait sans aucun regret. Car c’était sa gorge qui criait, elle qui hurlait dans la pénombre et elle qui avait soif. Soif de la plus mortelle des eaux, celle qui finissait par lui brûler l’estomac, lui réveiller les sens et qui engourdissait tous les membres de son corps. Une anesthésie de choc, brutale et fatale, voilà ce que sa vile gorge voulait. Mais non, il ne lui donnerait pas la satisfaction, il n’y aurait pas de victoire, juste une longue bataille silencieuse. Sebastian glissa ses mains dans les poches, peut-être pour les protéger de ce début de froid mordant et il attendit, le regard et dans le fond les épaules bien droites, respirant lentement. Peut-être qu’à ce rythme-là, son souhait serait vite réalisé et qu’il prendrait racine. Il tourna enfin la tête en sentant Seth juste à côté de lui, il eut au moins la décence de lui offrir un sourire triste, presque pour s’excuser de le trainer ici, en plein dans son rêve, en plein dans son délire d’une certaine façon. Le brun hocha la tête aux propos de l’ancien légiste. « On a fait parti de la police de Fairhope tous les deux, qu’ils essayent de nous passer les menottes, ça pourrait être marrant à voir. Enfin marrant, je crois que personne n’oserait surtout, surtout pas maintenant en ces temps si difficiles. » Sebastian faisait référence au couvre-feu à sa manière. Une mesure stupide selon lui, une mesure désespérée surtout, il pouvait comprendre le geste mais il savait pertinemment que ce n’était pas en privant l’homme lambda du peu de liberté qu'il possédait qu’ils allaient mettre ce taré derrière les barreaux. Non, désormais les rues étaient vides, personne pour espérer, personne pour se battre et pas de rire pour chasser tout ce qui était trop sombre et qui brillait un peu trop fort dans la nuit.

Seth l’avait rejoint et maintenant qu’ils fixaient tous les deux vagues, Sebastian se demanda de quoi ils avaient l’air, peut-être tous les deux perdus, peut-être un peu fou. Ça n’avait pas vraiment d’importance dans le fond, du moment qu’ils étaient fait dans le même métal, ils pouvaient se comprendre. Peut-être que c’était pour cette raison que Sebastian avait fini par l’appeler lui à l’aide, lui plus qu’un autre. Pas son sponsor, non, il ne souhaitait pas que Charlie lui donne des conseils pour combattre son addiction, Sebastian avait juste besoin d’un peu de compagnie, ni plus, ni moins. « Romantique ? Mon ex-femme serait tellement ravie de t’entendre si tu savais. » Le sarcasme était audible dans sa voix mais il ne savait pas quel autre type de réponse formuler. Il avait sans doute peur d’admettre que le bruit des vagues le rassurait, tout comme cet endroit qui d’ordinaire était rempli, le voir vide à présent, cela avait quelque chose de quasiment… religieux ? Sebastian divaguait, il cessa de fixer le vide, pour vraiment faire face à Seth, regardant ce dernier droit dans ls yeux. « Non, oui… désolé de t’avoir réveillé en pleine nuit mais quelque chose me dit que tu ne dormais pas vraiment. » Que fabriquait-il quand Sebastian avait lancé sa bouteille à la mer ? Était-il endormi ? En train de rêver d’une vie ailleurs, loin de Fairhope ? Ou alors il se penchait encore sur ses souvenirs, ceux d’une vie meilleure ? « Je crois que c’est l’âge, ou alors cette ville qui finit par m’atteindre, mais j’ai de plus en plus de mal à trouver le sommeil. » Expliqua lentement Sebastian, presque honteux. Son regard lourd s’attarda alors sur la fumée qui s’échappait des lèvres de Seth. « Je peux t’en piquer une ? » Ça n’avait jamais été son vice, mais pourquoi pas ne pas commencer ce soir.

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Sujet: Re: nobody made me but the main streetsDim 14 Mai - 17:29

Le vent frais fouettait doucement la peau de leurs visages.
La mer s'étalait en une masse sombre et mouvante devant eux, ressassant inlassablement ses vagues. Elles s'échouaient non loin d'eux, deux silhouettes immobiles et qui se découpaient dans la nuit, face aux flots, prêtes à être englouties. Le bruit du ressac se répercutait de façon violente, presque dangereuse, pour laisser place à un calme soudain et absolu, saisissant.
Il s'était souvent posé la même question, durant les jours ensoleillés, en constatant que la moitié de la ville avait eu la même idée que lui : Qu'est-ce qui pouvait bien les pousser à venir se rassembler et contempler la mer, dès qu'ils le pouvaient ? Peut-être s'agissait-il d'écouter le bruit des vagues. Il pensait avoir lu quelque part qu'écouter des sons de reflux avait un effet apaisant sur l'être humain. Ça avait quelque chose à voir avec le rythme qui parcourait le corps, le rythme des battements du cœur, de la respiration, ce genre de choses. Une connexion profonde entre la nature et ses productions humaines. Tout cela était beau et incroyable ; ça ressemblait tout de même à des élucubrations de hippie. D'ailleurs, il avait certainement vu ça dans ce bouquin de méditation que son ex-femme avait absolument tenu à lui faire lire, et qu'elle lui avait présenté comme une solution au stress causé par son travail. Autant dire que ça avait été parfaitement inutile. Il n'avait jamais eu le temps de faire de la méditation.

Seth pensait trouver une autre raison à ce réflexe humain. C'était sans doute l'attrait de l'horizon. Celui de guetter une ligne imaginaire et qui représente l'inconnu, l'infini, tout ce qui nous échappe. Une ouverture à ce quotidien et ces lieux tout à fait délimités dans lequel chacun évolue.
C'est comme ça qu'on guette l'horizon. Parce que c'est fascinant. Parce qu'il est difficile de détacher ses yeux d'une étendue pleine de promesses. A cet instant, les étoiles qui les surplombaient leur faisaient éprouver à quel point ils étaient extrêmement minuscules. « Nous sommes des chiures de mouches dans l'univers », déclamait son père à l'envie, il y avait de cela des lustres. Un homme à l'esprit très rationnel. L'ancien légiste avait transmis cet adage à ses fils, décelant une leçon profitable à travers la provocation d'un athée convaincu, qui n'avait jamais failli à ses pensées après la mort de sa femme, n'avait jamais cédé à une quelconque forme de soulagement.
Leurs soucis paraissaient grands, pour des existences aussi ridiculement petites. Une autre bouffée de cigarette s'échappa d'entre ses lèvres, et disparut dans l'air du soir. Se tenir là était agréable.
Il avait rapidement appris à apprécier Sebastian. Un type taiseux, qui n'avait pas peur de se mettre d'autres personnes à dos lorsqu'il s'exprimait enfin. Après une longue bataille, l'homme avait fini par déposer son insigne, fatigué par l'impuissance des forces de l'ordre de Fairhope, abattu par les découvertes macabres qui n'en finissaient pas. Seth avait abandonné encore plus tôt. Comme lui, la limite avait été atteinte à la vision d'un dernier cadavre. Celui de Laurel Clyne.
Il plissa les yeux à cette pensée, qu'il évacua rapidement néanmoins. Il ne voulait pas laisser le souvenir de cette autopsie se réinstaller, ni chercher à la comprendre, ce à quoi il avait échoué tant de fois.
Alors, lorsqu'il évoqua la police de Fairhope, il sourit, se gardant de lui révéler qu'il avait déjà été reconduit chez lui par Arthur, passant à deux doigts de la mise en cellule de dégrisement.

- Oh, tu serais surpris... se contenta-t-il de marmonner, énigmatique.

Il s'assied sur le sable, ignorant le fait qu'il allait salir son manteau. Tous deux étaient divorcés, tous deux excellaient dans leurs métiers, auxquels ils avaient dédié une grande part de leur vie, mais qu'ils avaient pourtant quitté d'un seul coup. D'une coupure nette et tranchante. Ils tentaient de reconstruire quelque chose de neuf, sur les restes de leur vie passée, qu'ils avaient pourtant construit avec tous les efforts. Néanmoins, la vie de Sebastian comportait toujours des zones d'ombres, tout comme l'ancien légiste se gardait de tout révéler sur lui-même, et c'était très bien comme ça. Il résorbait sa curiosité. 
Son ami – car il le considérait comme tel- se tourna vers lui pour le regarder bien en face, à sa question.

- Tu as vu juste, je ne dormais pas. avoua-t-il en inspirant une autre bouffée de cigarette. A vrai dire, je finissais d'écrire un texte à propos des intestins. Ça ne fait pas de mal de prendre l'air.

Bien entendu, il comprenait. Les questions et les tourments qui apparaissent à la nuit tombée, au moment de s'endormir. Le fait de ressasser ce que l'on aurait pu faire ou ne pas faire, sans jamais parvenir à trouver une réponse ou un quelconque soulagement, comme un reflux continuel et obsédant. Et puis, on se retrouvait dans cette rue, dans ce bar, un verre à la main, ou sur cette plage, à la recherche d'une éventuelle solution. Voilà pourquoi les pas de l'ancien flic l'avaient conduits ici, face à l'horizon, face à l'ouverture, face à un éventuel échappatoire aux murs trop étriqués de son appartement, au piège de son propre corps anxieux d'humain. 
Non, Seth n'avait aucune raison de juger les envies de promenades nocturnes de cet homme. D'ailleurs, comme ce dernier le devinait, il l'avait bien rejoint parce que les mêmes raisons l'y avaient poussé.

- Ça me semble normal de ne pas réussir à trouver le sommeil dans cette ville...
continua-t-il en haussant les épaules. Il y a bien assez de raisons d'angoisser, j'imagine. N'hésites pas, à l'occasion, si d'autres envies de braver le couvre-feu te prennent. Je suis plutôt couche-tard.

Couche-tard était un euphémisme. La vie prenait une drôle d'allure, quand on n'avait plus vraiment de métier, ni de personne avec qui vivre, et finalement, il devenait difficile de suivre le même débit que le reste de la société. Seth avait toujours aimé traîner le soir, traîner à la sortie du boulot. Il aimait vivre la nuit, car cela impliquait une espèce de solitude bienvenue, une existence en négatif peuplée par les mêmes personnes, ces habitués de la vie nocturne. Depuis quand avait-il abandonné ces fêtes, néanmoins ? Les différentes ambiances des bars lui manquaient, et les parties de poker qui s'éternisaient. Ce couvre-feu cherchait à le déprimer définitivement, pas de doute là-dessus. Autrefois, Sebastian avait pu faire partie de ces discussions, à la sortie du travail, et puis, l'eau coulait sous les ponts.

- Tu fumes, maintenant ? réagit l'ancien légiste d'un air surpris, à sa demande. Enfin, à ta guise. Ce n'est surtout pas moi qui vais t'en empêcher.

Il ouvrit son paquet de cigarettes et le lui tendit. Puis, il resta un moment à observer la mer, silencieusement. Les vagues échouaient à ce même rythme régulier, et il le ressentait à présent, cela avait réellement quelque chose d'apaisant. Et puis, il pouvait presque voir ses enfants jouant là, comme des silhouettes fantomatiques qui s'agitaient parmi les vagues. Mais tout ceci appartenait à un autre temps.

- Tu ne regrettes pas d'avoir déménagé ici, parfois ?
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Sujet: Re: nobody made me but the main streetsLun 5 Juin - 22:48

La cigarette avait un goût amer entre ses lèvres et Sebastian regretta aussitôt son geste. Ou peut-être qu'il ne le regrettait pas, peut-être qu'il avait besoin d'anesthésier son corps avec autre chose, faire comprendre à toute cette masse de cellules qu'elle devait tout simplement mourir ou alors se plier à sa volonté sans jamais vraiment le déranger. Il ne savait plus où se trouvait la solution mais écouter son corps lui avait toujours fait défaut alors ... il était perdu. Ses instincts n'avaient jamais été bons, ils l'avaient conduit dans les pires endroits et étaient responsables de beaucoup de cicatrices et de tatouages qu'il avait sur le corps. Sebastian ne regrettait pas sa vie non, mais parfois, juste parfois, il rêvait de se glisser dans la peau de quelqu'un d'autre. De juste s'endormir et de se réveiller avec des nouveaux traits, un tout nouveau visage, une toute nouvelle peau et une autre raison d'exister, une autre raison de se battre, une autre raison de continuer d'avancer. Sans la souffrance, sans la douleur et tout ce qui l'accompagnait généralement quand il décidait de faire un pas en avant.

L'ancien lieutenant fixa un instant le remous des vagues puis il offrit un maigre regard à Seth, qui depuis qu'ils se connaissaient ne l'avait pas encore vu s'adonner à ce genre de vices. « Seulement pour les occasions spéciales.» révéla Sebastian. Ce n'était pas seulement ironique et histoire d'arracher un sourire à l'ancien médecin légiste mais bien la vérité. Le quarantenaire pouvait se souvenir avec précision de toutes les fois où un bâton de nicotine avait trouvé ses lèvres et toutes les fois, il pouvait dire qu'il avait été envahi par le même sentiment de vide à chaque fois, incapable de comprendre ce pêché-là. Sebastian avait plus l'impression de donner son âme à la nicotine plutôt que l'inverse. Ou alors il divaguait parce qu'il était beaucoup trop tôt, qu'il était perdu et qu'il ne savait plus dans quelle direction aller. C'était un peu tout ça à la fois et il haussa les épaules, considérant les mots de Seth. Est-ce qu'il était encore capable d'avoir des vrais regrets ? Dans un sens, c'était déjà trop tard pour ça, le temps et les années avaient commencé à faire leur travail et très bientôt il ne resterait plus rien de lui que des souvenirs. Aussi fins et envahissants que des grains de sables alors autant ne pas s'en défaire et les conserver jusqu'au bout. Autant ne pas s'en défaire.

« Quoi ? ... À cause de ce taré ? Non, je ne regrette pas d'avoir déménagé ici, Fairhope ou ailleurs, ça n'aurait rien changé pour moi tu sais. Ce n'est pas l'endroit où je suis qui importe au final.» Nouveau haussement d'épaules. Le Poète, le couvre-feu, la petite guerre personnelle de la ville ou celle de Jacob Young contre ce taré... tout ça, ça ne le concernait pas vraiment dans le fond. Sebastian avait quitté la police pour s'occuper de lui et essayer de panser ses blessures. Il n'avait tout simplement pas réalisé qu'il avait perdu autant de sang en chemin et il se demandait très sincèrement si ce n'était pas trop tard pour lui. S'il ne devait pas juste se laisser crever la bouche grande ouverte quelque part pour s'épargner toutes ces peines. « C'est ce que je traine derrière moi. » murmura t-il en tirant une nouvelle fois sur la cigarette. C'était les cauchemars, c'était ce qui l'avait poussé à se réveiller en pleine nuit et qui l'empêchait de dormir justement et de juste se laisser glisser dans les bras de Morphée. Comme si ce dernier ne voulait absolument pas de lui et le renvoyait dans les rues, comme s'il était banni et qu'il était condamné à errer tel un fantôme, tel un fantôme prisonnier de son propre esprit. « Mine de rien, ça commence à faire lourd, même pour moi donc ...  »

Une fois ces mots-là dits, une fois ces mots jetés à la mer, Sebastian se dit qu'il en avait trop dit. Ce genre de confession ne lui ressemblait guère et il avait envie de s'en défaire, envie de faire retomber la tension, aussi, il changea rapidement de sujet. « Mais ce n'est pas à cause du Poète que j'ai quitté les rangs de la police même si je sais ce que c'est ce que beaucoup ont dit après mon départ, c'est totalement faux. C'est juste une affaire de meurtres, j'ai connu pire à New York crois-moi... » Les services de police de la ville n'avaient tout simplement pas les armes nécessaires pour se défendre et pour pouvoir trouver tous les indices avec les moyens qui leur avaient été fournis. Voilà tout. Sebastian avait tout abandonné, avait laissé son enquête en plan littéralement et il savait que parfois quand lui et Arthur avaient une de leur longue conversation, ce qu'il pouvait lire dans les yeux du colonel était de l'intérêt profond. Mais Sebastian l'avait décidé depuis longtemps, il n'était plus ce genre d'homme.

« Et toi tu regrettes ? » Il tourna enfin le regard vers Seth, véritablement intrigué par la réponse.

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Sujet: Re: nobody made me but the main streetsDim 9 Juil - 19:46

A la réponse de Sebastian, il sourit. On pouvait dire que c'était une occasion spéciale. Et s'il avait eu un verre plein dans la main, il aurait certainement trinqué à cela.
D'après ce qu'il avait lu, et selon les dires de certains gourous bienfaiteurs, gérer ses frustrations était une étape importante vers l'accès au bien-être. Il s'agissait de savoir déterminer ce sur quoi l'on peut avoir une prise ou non. En effet, il est inutile de s'arracher les cheveux vis-à-vis de quelque chose qui est de toute façon hors de notre portée, impossible à modifier. Il faut donc laisser ces faits glisser sur soi, sans accueillir pour autant chaque contrariété avec une passivité totale.
Comme si c'était possible. Comme si traiter les problèmes de cette façon avait quelque chose d'humain. Pas étonnant que ces bouquins se vendent si bien, comme tout ce qui essaye de nous vendre un idéal.
Ainsi, lorsque Sebastian lui révéla ses difficultés à traîner son passé avec lui, il ne fut pas réellement surpris. Il avait déjà discerné quelque chose de ce genre-là, qui transparaissait à travers les gestes de l'homme, à travers son regard ; une sorte de mélancolie diffuse. Une sorte de charge lourde et sombre qui pesait constamment sur ses épaules, peut-être même sans qu'il ne s'en aperçoive. Pourtant, Seth ne pensait pas être particulièrement clairvoyant. Mais ce genre de choses se remarquaient, avec le temps. Le soir, lorsque les traits se tirent, et les attitudes trahissent les véritables pensées, sous le phénomène de la fatigue, comme cette nuit. Le regard se fait soudainement lointain, pensif, et l'on demande une cigarette sans être fumeur. Ce genre de détails.

Cependant, l'homme avait droit à son intimité, et il comprit qu'il ne voulait pas s'étendre sur ce sujet. Il se contenta de tirer une nouvelle bouffée de cigarette, résorbant la curiosité qui l'aurait poussé à comprendre, à relier son histoire à la sienne.
Le Poète ne semblait pas être la principale préoccupation de l'ancien lieutenant, contrairement à ce qu'il aurait pensé. C'était une affaire de plus qui jalonnait sa longue carrière. Puisqu'il s'agissait pourtant de la dernière dont il s'était occupé avant d'arrêter définitivement, l'ancien légiste se demandait quelles autres raisons avaient pu l'y contraindre.

- Qu'est-ce qui t'a fait arrêter, alors ? Tu as mis fin à ta carrière d'un coup. Et tu aurais pu simplement déménager. Je me suis dit qu'il y avait autre chose que la lassitude...

Il était réellement intrigué. Peut-être Sebastian habitait-il à Fairhope depuis trop peu de temps. Il envisageait ces meurtres selon l'angle d'un enquêteur chevronné, tout simplement. A l'inverse, de toute sa carrière de médecin légiste, Seth n'avait jamais été confronté à une série de crimes aussi particulière. Parmi les innombrables corps qu'il avait vu défiler sur sa table d'autopsie, les victimes du Poète n'étaient pourtant pas les plus maltraitées. A vrai dire, les marques de certaines morts étaient bien plus impressionnantes à voir, bien plus sauvages que celles-ci. Tués par balles, à l'arme blanche, noyés, étranglés, pendus, écrasés, brûlés, parfois plusieurs de ces méthodes en même temps... Il avait presque tout connu, et le métier prenait alors des dimensions diverses, s'apparentant parfois à une partie de puzzle où ses yeux plongeaient si profondément dans la matière, pendant des heures, qu'il en oubliait peu à peu l'humain qu'elle avait constitué.
Mais il s'agissait de ses propres voisins, maintenant. Il s'agissait de personnes diverses et variées, qui semblaient avoir été choisies par le tueur selon des règles inconnues. Et surtout, cette manière de tuer s'apparentait le plus à un jeu, un jeu pervers qui consistait à allonger au maximum ce moment durant lequel la victime réalise qu'elle va mourir. Le moment le plus effroyable, témoigné en lettres de sang. Étrangement, c'était ces cadavres presque intactes, marqués d'une petite croix, qui l'avaient désarmé.
Cette affaire impactait les vies de tous les habitants de Fairhope, et même plus encore. Quelques fous avaient trouvé le moyen de s'y installer, attirés par ce climat morbide qui leur profitait d'une manière ou une autre. L'affaire était au cœur d'une constellation de vocations, de pertes, de douleurs, mais aussi de liens.
Seth détacha ses yeux des vagues, pour les reporter vers ceux de son ami.

- Tout le temps. lâcha-t-il, en réponse à la question qu'il lui retournait.

Il inspira une autre bouffée de tabac, avant de la rejeter dans l'air frais et la nuit.

- J'ai l'impression de vivre dans un roman écrit par Stephen King, tu sais. soupira-t-il, atténuant la gravité de sa précédente confession. Une famille ordinaire, qui débarque dans une ville démoniaque, et tout tourne mal...  Mais c'est idiot, n'est-ce pas ? On était probablement déjà mal partis, de toute façon. On ne peut pas tout mettre sur le dos du Poète.

Le fautif, c'était lui, en grande partie, et il avait mis beaucoup trop de temps à le réaliser. Si tout semblait aller pour le mieux lorsqu'ils étaient partis de Londres, pour débarquer au sein de cette ville bucolique, quelque chose était pourtant déjà sur le point de se déchirer, sans qu'ils ne le sachent. Sans qu'ils ne puissent le prévoir. Un couple qui allait fatalement divorcer, après 30 ans de vie commune. Un jumeau qui allait suivre la voie de son père, consumé par son obsession pour l'enquête. Un autre qu'il allait perdre, parti, définitivement fâché.
S'il pouvait revenir à ce moment, à leur arrivée, un horizon plein de promesses. Contempler cette ligne qu'ils n'avaient pas encore franchi.

- Quitte à donner dans la confession sur la plage en pleine nuit, on aurait quand même pu amener quelque chose à boire... Et jouer à « je n'ai jamais ». Histoire d'aller au bout du cliché. Enfin, te méprends pas. Si je peux trouver une excuse pour sortir de chez moi, en ce moment, ça me va très bien.

Il restait trop souvent dans son appartement, enfermé, assis, malgré toute sa volonté. Avoir une vie sociale ne suffisait plus à combler le creux de son quotidien dû au fait qu'il n'avait plus de travail. Et d'ailleurs, la plupart des gens qu'il connaissait avaient trop à faire pour lui consacrer autant de temps qu'il l'aurait espéré. Ce soir ressemblait à ce genre de soirs où l'on fait des choses insensées ; ne jamais dormir, finir par se baigner dans l'eau gelée, révéler ce que l'on cachait au fond de soi d'ordinaire. Pourtant, ça n'avait rien à voir, et il savait que tout cela n'arriverait pas.
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Sujet: Re: nobody made me but the main streetsLun 24 Juil - 2:59

Seth était comme lui à présent, il avait quitté les rangs de la police, parce qu’il en avait vu trop, ou pas assez et lui aussi se retrouvait aliéné de sa propre famille. Peut-être que c’était pour toutes ces raisons que Sebastian avait pensé à lui en premier pour sa virée nocturne. Il ne voyait personne avec les épaules aussi larges et appeler Arthur pour quelque chose d’aussi personnel lui paraissait presque stupide. Non, Seth et lui étaient deux habitants lambda, échoués sur cette plage, perdu parmi les grains de sable, en cette fin de soirée et en ce début de matinée. L’ancien inspecteur avait envie de se confier, ou alors de faire un sac et suggérer qu’ils partent ailleurs, là où tout ça semblerait si petit qu'ils pourraient enfin respirer, ni plus ni moins. Le genre d’aventure qu’ils pourraient raconter dans des années, avec un sourire sur les lèvres et beaucoup plus de cheveux gris. Ils pouvaient toujours balancer des affaires à l’arrière du pick up que Sebastian utilisait pour son boulot et juste partir, rouler loin de tout ça. S’il y avait bien quelque chose qui avait toujours fasciné Sebastian à propos de ce pays, à propos de la belle et grande Amérique, c’était bien cette étendue sauvage de routes et d’autoroutes qui permettaient de traverser le pays sans vraiment y penser. Il suffisait d’avoir de la bonne musique, le coeur qui fallait, être patient et on pouvait aller absolument partout, sans se poser de questions. C’était ainsi qu'il était arrivé à Fairhope il y a des années de cela, et pas l’ombre d’un regret en vue. Les regrets, il se les trimballait depuis des années, de même que la culpabilités et les mauvais souvenirs.

« Si c’était un roman de Stephen King, l’un de nous deux ce serait déjà fait attaquer par un clown ou quelque chose de notre enfance et d’aussi terrifiant. » ironisa Sebastian, l’ombre d'un rire au bout des lèvres. Il comprenait tout à fait ce que Seth voulait dire par là et probablement mieux que quiconque. Il avait contemplé l’horreur de près, fait deux pas en avant puis des dizaines en arrière.  Pour se retrouver ici des années plus tard, un bien triste constant. « Non, on ne peut pas tout mettre sur le dos du Poète … il faudrait que plus de gens s’en souviennent. » murmura alors Sebastian. Son expression mesurée fut rapidement remplacée par quelque chose d’autre, de plus primaire et de beaucoup plus triste aux prochains mots de Seth, qui parlait d’un tout autre genre de soirées, soirées auxquelles Sebastian n’avait jamais été en mesure de participer. « Je ne bois pas. » Le ton était clair et peut-être légèrement cassant mais c’était la première fois qu’il l’admettait devant quelqu’un qui ne connaissait pas tout l’étendu de son … problème. Ce n’était pourtant pas la première fois que Sebastian était obligé d’admettre cette vérité là, dans les locaux des alcooliques anonymes il était la figure modèle et son histoire était souvent citée en exemple. Il n’avait jamais fait ça pour ce type de reconnaissance, non, il voulait guérir et aussi cliché que cela soit, le meilleur moyen de faire face à un problème… restait d’abord d’accepter et d’admettre qu’il y en avait un. « Enfin plus. C’est pour ça que j’ai quitté les rangs de la police » Ses yeux tombèrent enfin sur Seth et plus sur les vagues. Il n’y avait pas de retour en arrière et Sebastian pria, conjura tous les dieux pour ne pas lire de la pitié dans le regard de Seth. Il ne l’aurait pas supporté, pas quand il considérait Seth comme son égal.

« Il fallait que je fasse un peu plus attention à moi, et je n’ai pas d’enfants ou de femme pour me rappeler de ralentir, alors je me suis moi-même mis un frein. » C’était une façon élégante de résumer ses mois de galère, mais Sebastian ne souhaitait absolument pas rentrer dans les détails, ni ce soir, ni un autre soir d’ailleurs. Ils n’étaient pas là pour ça. Ils étaient là pour faire une pause de tout ça, de la folie ambiante qui régnait dans Fairhope, ni plus, ni moins. « Personne n’est au courant, tu es la première personne à qui je le dis en dehors de mon groupe de parole donc… je voudrais que tu gardes ça pour toi si ça ne te dérange pas. » Sa demande dérangea Sebastian, il s’en voulut de faire une requête de ce genre, mais il en avait besoin, dans le cas contraire, sa conscience n’aurait jamais été tranquille. Et il n'avait pas besoin que l’affaire s’ébruite plus que ça, que les gens pensent qu'il avait abandonné l’affaire parce qu’il n’avait pas les épaules assez larges, parfait, ça lui allait. Fairhope était une petite ville pas besoin que les secrets de Sebastian se perdent dans la distance. « Et toi alors ? Tu ne m’as jamais vraiment dit pourquoi tu étais parti… je veux dire moi j’étais sur le terrain et toi avec les morts… cette affaire était vraiment si différente des autres ? » Le métier de Seth ? Jamais il n’aurait été en mesure de le faire,ses mais auraient semblé beaucoup trop  tremblante pour une telle tache; aucun doute là dessus. Mais tout de même, Sebastian restait curieux.

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Sujet: Re: nobody made me but the main streetsMar 8 Aoû - 11:10

Qu'est-ce qui les retenait ici?
Ils pouvaient partir. Éprouver la liberté qui s'offrirait à eux, comme un ciel qui s'ouvre, un paysage qui les embrasse, au fur et à mesure des kilomètres qui les sépareraient de cet endroit maudit. Ce n'était pas seulement une façon de parler. Il avait lu que certains peuples considéraient l'endroit où avait coulé le sang comme un lieu maudit. Tous les objets qui en ressortaient devenaient impurs. Il fallait tout laisser là-bas, puis tout purifier ; tout brûler. Si c'était vrai, le monde actuel, tout reposait sur une multitude de situations passées qui s'ajoutaient et putréfiaient, gangrenaient leurs vies ; si c'était vrai, ils n'avaient plus qu'à mettre Fairhope en feu.  
Oui, ils étaient peut-être bien dans un roman de Stephen King, finalement. S'ils partaient, il était prêt à parier qu'une raison quelconque les pousserait à revenir, comme s'ils étaient rattachés pour toujours à cette ville qu'il avait aimé, cette ville qui était devenue tristement malsaine. D'ailleurs, il avait bien faillit s'éloigner, pour retourner en Angleterre, auprès des membres de sa famille déjà vieillis, son père, ses collègues et amis d'une autre époque. Mais quelques raisons l'empêchaient déjà de passer à l'acte ; ses fils, et c'était uniquement pour ses fils, qu'il restait. Peut-être également la perspective de croiser Erin quelque part, dans ces rues. Finalement, deux de ces trois personnes avaient disparu de sa vie ; on pouvait dire qu'il avait plutôt raté son coup.  
Un léger sourire se forma une nouvelle fois sur ses lèvres, reflétant celui arboré par son compagnon, tandis qu'il réagissait :

- Oula. Ne ris pas trop, ça pourrait bien arriver sinon.


Ils se trouvaient à l'extérieur, sur la plage, en pleine nuit, après le couvre-feu. Maintenant, Sebastian ironisait sur ce qui pouvait leur arriver ; autrement dit, ils ressemblaient à ces deux personnes ignares qui provoquaient le destin au début d'un film d'horreur.
Pourtant, rien ne semblait avoir de sens. Rien n'avait de logique dans cette vie qui les secouait et les agitait comme des jouets dérisoires, les décisions qu'ils prenaient, les proches qu'ils perdaient ; tout cela n'était qu'une inutile bataille à travers la spirale qui les engloutissait, purement et simplement ; à peines quelques petites agitations à la surface d'un univers vide et constant. Certains y trouvaient un sens, un auteur qui s'employait à aligner les mots pour écrire leurs histoires, leurs existences. Seth n'y croyait pas. Il croyait à l'absurdité. C'était précisément pour cette raison qu'il nourrissait des regrets ; pour lui, il n'y avait pas de destin, seulement des bons et des mauvais choix.
Rien d'autre que leurs tourments ne les avait poussé à venir sur cette plage. Et maintenant, les propos de Sebastian prenaient une tournure tranchante, quelque chose de lourd s'était soudainement infiltré à travers ses mots. C'était une confession. Une confession qu'il avait décidé de délivrer maintenant, et peut-être que ces mots s'évanouiraient quelque part au-dessus de la mer. Mais ils résonnaient longuement en l'ancien légiste, qui n'exprima sa surprise que par un léger froncement de sourcils, tirant une nouvelle fois silencieusement sur sa cigarette.
C'était cela, qu'il avait perçu, c'était ce genre de secret qui lui avait fait quitter les rangs de la police, abandonner sa carrière, ce genre de solitude qui s'attachait à lui, chevillé au corps, même cette nuit. C'était comme si son interlocuteur devenait enfin complet, son portrait prenait alors une autre forme ; et tandis qu'il lui confiait qu'il était la première personne à qui il livrait ce secret, en dehors de son groupe de paroles, Seth lui rendit son regard, soudainement devenu profond, très sombre. Ces choses-là étaient délicates. Les hommes, les amis buvaient entre eux, profitaient de leurs soirées, mais jamais ils ne parlaient de ce genre de choses. Ils mettaient un point d'honneur à ne jamais évoquer le fait, que ces excès n'avaient rien de bénéfiques, et qu'ils cachaient souvent un coin sombre et un revers honteux. Car il s'agissait avant tout d'une question de pudeur.
Sebastian venait de la mettre de côté, il se livrait totalement à lui, et il commençait par se sentir mal à l'aise. Sa remarque précédente, sa plaisanterie lui semblait maintenant complètement ridicule. Il se sentait idiot.

- Désolé mon vieux, je ne savais pas.

Son embarras s'estompa rapidement, néanmoins, car tout cela lui semblait faire partie d'une certaine  logique. Et puis, cette nuit dessinait les contours d'un moment particulier, au cours duquel la gêne et leurs fragilités respectives n'avaient plus aucune importance.

- Je n'ai aucune raison de répéter ça à qui que ce soit. ajouta-t-il. Ça restera entre nous. Par curiosité, si ce n'est pas indiscret... Ça fait combien de temps, que tu as arrêté ?

Même s'il aurait voulu en savoir plus, découvrir quel genre d'incident son « problème » avait pu causer - car il ne savait pas grand-chose de cet homme à propos de son existence avant d'arriver à Fairhope, finalement - Seth se contint de chercher à trop remuer le passé. Si l'ancien flic souhaitait le faire, et s'il s'était rendu devant les vagues en sa compagnie pour cette raison, il le ferait de lui-même. Il n'avait pas pour but de le forcer à exposer ses recoins les plus intimes. Et puis, il se sentait piqué au vif, quelque part, car il faisait partie de ces types qui buvaient sans y réfléchir, sans jamais considérer que cela pouvait être autre chose qu'une simple façon de se détendre. L'aveu de Sebastian tournait et retournait dans son esprit. Puis, comme il lui posait une nouvelle question, l'ancien légiste estima qu'il n'avait plus rien à cacher ; ils s'étaient déjà bien aventurés sur le terrain des confessions pour faire machine arrière.
Il resta immobile un instant, et les volutes de fumée s'échappaient sans discontinuer de sa cigarette. A cette heure, ils n'étaient pas en mesure de le voir ; seule la lueur rougeoyante qui brillait dans le noir.

- Je ne sais pas du tout pourquoi je suis parti, si tu veux tout savoir. répondit-il calmement. J'ai vu des choses dégueulasses avec ce métier, et je n'ai jamais bronché. Mais là, devant le cadavre de Laurel Clyne, j'ai été incapable de faire quoique ce soit. Incapable... Peut-être parce que c'était beaucoup moins brut, et plus pervers. Peut-être parce que c'est une sorte de jeu, je ne sais pas...

Mystère. Et il planta à nouveau ses yeux vers les embruns, une surface grise et mouvante. Se sentant soudainement extrêmement léger, malgré l'intimité dévoilée par leurs propos. Comme si un certain poids avait été relâché dans l'air. 

- C'est peut-être une chance qu'on en soit là. Que tout ça soit fini. Tabula rasa, ce genre de trucs.

Et, pour une fois, il l'éprouvait réellement.
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