AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  


Partagez | 
 

 nobody made me but the main streets

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 

bad blood - we live here

avatar

◆ Manuscrits : 40
◆ Arrivé(e) le : 07/02/2017
◆ Âge : 40 ans
◆ Métier : ancien lieutenant de police, propriétaire de safe america, un système de sécurité en vogue dans Fairhope
◆ Points : 54
◆ Avatar : Colin Farell


Sujet: nobody made me but the main streetsLun 20 Mar - 21:24


I ran out of tears when I was 18
So nobody made me but the main streets
'Cause too many people think they made me
Well if they really made me then replace me

Sans le réaliser, il avait fini avec du sable sous les pieds.

Du sable froid, un peu trop terne sous la pâleur de la Lune, et définitivement pas la raison pour laquelle les touristes affluaient à Fairhope quand la belle saison arrivait. Ce n’était pas ça qui avait surpris le plus Sebastian, non, c’était tous ces grains, toute la poussière entre ses orteils qui l’irritait profondément et lui donnait juste envie de s’asseoir là, et de se gratter les pieds. Mais ça aurait été bien stupide, il aurait fini avec encore plus de sable sur lui. Ou alors c’était juste sa manière de se concentrer sur des détails pour ne pas remarquer la façon dont sa gorge hurlait.

C’était ça qui avait tiré le quarantenaire hors de son lit il y a quelques heures de cela, le réveillant de plein fouet, comme une claque en pleine figure, une sensation que Sebastian ne connaissait trop bien… ça avait été la définition d’une bonne blague selon ses frères pendant des années, tellement qu’il avait fini par dormir avec un oeil toujours ouvert, littéralement, histoire de se protéger. Mais pas de ça ce soir, il avait dormi profondément… avant d’être réveillé par le manque, par l’envie, par sa gorge qui semblait avoir une vie propre et dont le nouveau coeur battant battait justement, encore et encore, pour rappeler à Sebastian qu’elle était là et qu’elle existait. Le quarantenaire s’était maladroitement extirpé de ses draps couverts de sueur, titubant jusqu’à son frigo, pensant naïvement que l’eau parviendrait à faire taire cette soif. Mais ce n’était pas ça qu’il lui fallait, son corps le savait, lui aussi et pourtant. C’était le genre de maladie qui ne le quitterait pas, depuis près de deux ans, c’était les mêmes démons, les mêmes envies. Oh bien sur, Sebastian ne laissait absolument rien transparaitre, pour quelqu’un qui ne savait pas, il avait la situation sous contrôle et se maitrisait. Non, ça c’était le masque, ça c’était le visage dur et froid qu’il affichait en permanence, pour que personne ne constate, pour que personne ne remarque ses mains tremblantes ou cette mélancolie dans son regard. Sebastian était parfois vraiment épuisé par ce combat, ce combat avec sa propre personne, il avait beau donner des coups bien placés, uppercut après uppercut, rien n’y faisait, il continuait de se relever.

Sebastian avait pris la décision de mettre ses chaussures à ce moment-là et de s’habiller un peu plus. Ce qu’il lui fallait c’était un peu d’air frais, voilà tout. Il eut un maigre sourire en passant devant un des nombreux bocaux qui étaient un peu partout dans sa demeure, ses poissons rouges ne semblaient pas trouver de repos non plus, tournant et tournant eux aussi. « Un soir peut-être… » murmura Sebastian en prenant les clés de son appartement. Il avait claqué la porte la porte derrière lui et inspiré l’air froid de la nuit vide pour se réconforter. Son rituel dans ces ces là avait toujours été de se rendre dans un bar, de regarder droit dans les yeux quelqu’un de bien éméché et se dire que non, vraiment ça n’en valait pas la peine. Mais pas ce soir. Non, le couvre-feu était toujours bien en place dans la ville, cette affaire durait depuis trop longtemps, avait soulevé beaucoup de mécontentent mais… mais on espérait que le meurtrier serait bientôt arrière les barreaux. Sebastian avait donc erré, à la recherche d’un endroit encore ouvert, peut-être qui savait, mais rien, rien ou alors on avait déjà éteint les lumières et on ne voulait pas accueillir sa pauvre âme à lui. Oh il avait compris, il faisait peine à voir, son trench-coat lui donnait encore plus l’air d’être une ombre dans la nuit, ou encore pire, la grande faucheuse qui s’ennuyait et qui n’avait trouvé aucune vie à prendre.

Il avait atterri à la plage, contre toute attente et après avoir posé son regard froid sur le sable, il finit par décider du contraire et s’installa là. Qu’est-ce que ça pouvait faire de toute façon, se dit l’ancien policier en croisant les bras. Il savait comment fonctionnait le jeu, rester seul n’était pas une solution, Sebastian n’avait plus de sponsor depuis près d’un an, un jeu dangereux certes, mais il fréquentait assez les locaux des alcooliques anonymes pour savoir qui appeler en cas de rechute. Mais était-ce une rechute ? Et avait-il vraiment qu'on pose une main compatissante sur son épaule et qu'on essaye de le déculpabiliser ? Non, Sebastian était fatigué de toutes ces conversations-là, du ton condescendant qui allait avec et la sympathie. Il ne voulait pas de douceur, pas de pitié et pas de compréhension. Il était juste perdu et il avait besoin d'un guide. Le quarantenaire finit par sortir son téléphone portable de sa poche, regardant sa maigre liste de contacts défiler devant lui. Seth Coleman. Sebastian hésita pendant quelques minutes, avant de composer un message rapide.

Citation :
Je sais qu’il est tard, mais je suis à la plage… si jamais tu es d’humeur pour discuter météo.

Le brun se trouva stupide cependant il appuya tout de même sur envoyer.
Ce n'était définitivement pas un appel au secours.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t942-the-place-that-feels-the-tears

bad blood - génie de la cb

avatar

◆ Manuscrits : 1734
◆ Arrivé(e) le : 13/11/2016
◆ Âge : 46 ans
◆ Métier : ancien médecin légiste
◆ Points : 1396
◆ DC : Emily
◆ Avatar : Jon Hamm


Sujet: Re: nobody made me but the main streetsVen 14 Avr - 23:52

Time and time again I said I'd leave you
Time and time again I went away
But then would come the time when I would need you
And once again these words I'll have to say

I'm a fool to want you

La voix grave et habitée de Billie Holiday emplissait son appartement. La mélancolie pure ondoyait à travers tous les tressaillements de sa voix, au rythme de l'orchestre qui marquait graduellement les moments les plus intenses, les plus nostalgiques. La lenteur de son ton, parfaitement mesurée, racontait quelque chose d'inéluctable. Cette histoire d'amour-là n'avait rien de frivole. C'était l'histoire d'une addiction. Un poison qui s'insinue délicatement dans vos veines, qui mobilise tout votre corps et vos pensées. Qui vous ronge et vous tue, comme il avait tué la chanteuse.
L'attachement a quelque chose de dangereux, et d'effrayant. N'importe qui peut en témoigner. Premièrement, on peut s'attacher à quelqu'un qui nous nuit et ne plus réussir à s'en débarrasser. Comme la nicotine qu'il inspirait sans cesse, et s'incrustait durablement dans ses poumons. Une fois le goût du tabac passé, il en allumait une autre, immanquablement, pour sentir à nouveau le nuage délicieusement empoisonné parcourir sa gorge et gagner ses bronches. Un plaisir à portée d'une étincelle ; beaucoup trop proche, donc. Il en abusait continuellement.
Deuxièmement, le risque que l'on encourt en s'attachant à une personne, c'est de la perdre par la suite, et par conséquent, de souffrir atrocement. En réalité, cela n'a rien de drôle, et pire encore : cela arrive constamment à tout le monde. Une sorte de défaut humain.

Seth était installé dans son sofa, l'ordinateur sur les genoux, et ses doigts parcouraient le clavier par intermittence. La plupart du temps, il s'arrêtait et réfléchissait, tirant sur sa cigarette avec concentration. Tout le long de la soirée, le piano et les trompettes de jazz l'accompagnaient, installaient une atmosphère indolente sous les lumières orangées de son salon. Il avait l'impression d'être installé dans sa tour d'ivoire, et la solitude lui allait alors très bien. De nouvelles pensées l'occupaient. Il entendait les paroles chantées par Billie Holiday d'une oreille distraite, sans ressentir la gravité qui l'accompagnait habituellement, et pourtant, il aurait tord de croire qu'il était tiré d'affaire, à ce propos. A ces propos.
Bien sûr, il avait pensé à boire un verre, par habitude, et puis il s'était ravisé. Faire la fête chaque jour n'avait aucun intérêt, même si la soirée n'était pas terminée. Il tapait des phrases purement factuelles, explorant tous les contours obscures de l'intestin et ses résidents, bactéries et levures, une flore riche dont il avait reçu la tâche de la décrire. Un ami lui avait proposé d'écrire un texte pour la revue spécialisée qui lui appartenait. Si son texte était assez bon, après quelques modifications, il pouvait être publié, sur papier et même sur internet. Cela lui assurerait au moins une sorte de revenu, s'il se débrouillait bien, et c'était précisément ce qui lui manquait ces derniers temps. Il réfléchit un instant à propos du titre qu'il devait donner au fruit de son travail, et se souvenant des conseils de son ami :« il doit être direct et immédiatement compréhensible », il tapa : « La mort est dans le côlon ». On ne pourrait pas lui reprocher de tourner autour du pot.
Satisfait, il jeta un œil sur l'écran de son portable avant d'effectuer une énième relecture, et constata qu'il avait reçu un message.

Sebastian a écrit:
Je sais qu’il est tard, mais je suis à la plage… si jamais tu es d’humeur pour discuter météo.

Sebastian était un ami, mais il était rare qu'il envoie un message aussi tardif, simplement pour discuter. Il allait éluder la question rapidement, embrassant du regard le vide de son appartement, le texte fini, et le disque vynil qui s'arrêta pile à cet instant, comme un dernier signal.

Seth a écrit:
La plage, en plein hiver, après le couvre-feu ? J'arrive.

Arrivé à la plage, le vent devenait froid, et lui fouettait parfois le visage, s'insinuait à travers ses cheveux. Les vagues s'échouaient sur la rive avec fracas, et tout cela, la force du vent et des vagues, résonnait profondément dans la nuit. Il avait envoyé un autre message pour savoir où se trouvait Sebastian exactement, et il ne tarda pas à apercevoir sa silhouette, sombre, face à l'océan. De loin, son manteau qui claquait au vent lui donnait des allures de faucheuse. Un vrai poème.
Seth approcha, une éternelle cigarette à la main, et ses chaussures de ville s'enfonçaient dans le sable. Il n'en tint pas compte. Cette nuit prenait des airs surréalistes, et il trouvait cette idée plaisante.

- Tu sais qu'on risque de se retrouver en cellule, pour parler météo ici et maintenant ? lanca-t-il avec l'ombre d'un sourire. Je crois que cette ville me terrifie plus que le Poète...

Arrivant à sa hauteur, il avisa son visage marqué et ses yeux sombres, sous l'éclairage de la lune, et pensa qu'il aurait pu faire un bon Poète, à l'instar d'un bon poème. Mais il ignorait aussi ce qu'était un bon Poète. En outre, il ne nourrissait aucun doute à propos de cet homme, à propos du sang qu'il n'avait pas sur les mains.

- Plutôt original, comme rendez-vous. Romantique, je dirais.

Se retrouver sur cette plage en pleine nuit, avait quelque chose de vaguement perturbant. Il n'était cependant pas enclin à juger son ami, ou à deviner ce qui avait bien pu le pousser à marcher jusqu'ici. Devant l'immensité sombre de la mer. Lui-même s'était déjà surpris à s'endormir sur un banc, quelques mois plus tôt. Ils devenaient peut-être tous assez perturbés.

- Enfin, ça me fait plaisir de te voir... Tout va bien ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t884-seth-coleman#28384

bad blood - we live here

avatar

◆ Manuscrits : 40
◆ Arrivé(e) le : 07/02/2017
◆ Âge : 40 ans
◆ Métier : ancien lieutenant de police, propriétaire de safe america, un système de sécurité en vogue dans Fairhope
◆ Points : 54
◆ Avatar : Colin Farell


Sujet: Re: nobody made me but the main streetsLun 24 Avr - 21:51


Citation :
Tu me connais... je vis dangereusement.

La réponse de Sebastian avait été tout aussi rapide que celle de Seth et l’ancien médecin légiste avait au moins le mérite de lui avoir arraché un demi-sourire. Oui, le couvre-feu, oui, les règles, toutes ces choses qu’ils devaient respecter.... Et pourtant. Pourtant. En plein milieu de la nuit, au beau milieu du presque jour, tout ça finissait par finir s’écraser contre les épaules du brun, qui devait s’efforcer de tenir debout, de tenir droit et prétendre que rien de tout ceci ne l'atteignait. Face à l’écho des quelques vagues, il serait un roc, laisserait le vent déranger sa chevelure, fouetter son visage et emporter chaque lambeau qui constituait ses vêtements s’il le fallait, mais lui ne bougerait pas. Il resterait immuable, envers et contre tous. Le temps passerait, des larmes seraient versées, l’océan allait finir par s’assécher et il ne resterait plus qu’un amas de sel, mais non, lui ne bougerait pas, il ne se laisserait pas atteindre par l’envie, ni par la peine, ni par les émotions humaines.

Oh s’il avait pu sortir de son corps, abandonner sa propre enveloppe charnelle, Sebastian l’aurait fait sans aucun regret. Car c’était sa gorge qui criait, elle qui hurlait dans la pénombre et elle qui avait soif. Soif de la plus mortelle des eaux, celle qui finissait par lui brûler l’estomac, lui réveiller les sens et qui engourdissait tous les membres de son corps. Une anesthésie de choc, brutale et fatale, voilà ce que sa vile gorge voulait. Mais non, il ne lui donnerait pas la satisfaction, il n’y aurait pas de victoire, juste une longue bataille silencieuse. Sebastian glissa ses mains dans les poches, peut-être pour les protéger de ce début de froid mordant et il attendit, le regard et dans le fond les épaules bien droites, respirant lentement. Peut-être qu’à ce rythme-là, son souhait serait vite réalisé et qu’il prendrait racine. Il tourna enfin la tête en sentant Seth juste à côté de lui, il eut au moins la décence de lui offrir un sourire triste, presque pour s’excuser de le trainer ici, en plein dans son rêve, en plein dans son délire d’une certaine façon. Le brun hocha la tête aux propos de l’ancien légiste. « On a fait parti de la police de Fairhope tous les deux, qu’ils essayent de nous passer les menottes, ça pourrait être marrant à voir. Enfin marrant, je crois que personne n’oserait surtout, surtout pas maintenant en ces temps si difficiles. » Sebastian faisait référence au couvre-feu à sa manière. Une mesure stupide selon lui, une mesure désespérée surtout, il pouvait comprendre le geste mais il savait pertinemment que ce n’était pas en privant l’homme lambda du peu de liberté qu'il possédait qu’ils allaient mettre ce taré derrière les barreaux. Non, désormais les rues étaient vides, personne pour espérer, personne pour se battre et pas de rire pour chasser tout ce qui était trop sombre et qui brillait un peu trop fort dans la nuit.

Seth l’avait rejoint et maintenant qu’ils fixaient tous les deux vagues, Sebastian se demanda de quoi ils avaient l’air, peut-être tous les deux perdus, peut-être un peu fou. Ça n’avait pas vraiment d’importance dans le fond, du moment qu’ils étaient fait dans le même métal, ils pouvaient se comprendre. Peut-être que c’était pour cette raison que Sebastian avait fini par l’appeler lui à l’aide, lui plus qu’un autre. Pas son sponsor, non, il ne souhaitait pas que Charlie lui donne des conseils pour combattre son addiction, Sebastian avait juste besoin d’un peu de compagnie, ni plus, ni moins. « Romantique ? Mon ex-femme serait tellement ravie de t’entendre si tu savais. » Le sarcasme était audible dans sa voix mais il ne savait pas quel autre type de réponse formuler. Il avait sans doute peur d’admettre que le bruit des vagues le rassurait, tout comme cet endroit qui d’ordinaire était rempli, le voir vide à présent, cela avait quelque chose de quasiment… religieux ? Sebastian divaguait, il cessa de fixer le vide, pour vraiment faire face à Seth, regardant ce dernier droit dans ls yeux. « Non, oui… désolé de t’avoir réveillé en pleine nuit mais quelque chose me dit que tu ne dormais pas vraiment. » Que fabriquait-il quand Sebastian avait lancé sa bouteille à la mer ? Était-il endormi ? En train de rêver d’une vie ailleurs, loin de Fairhope ? Ou alors il se penchait encore sur ses souvenirs, ceux d’une vie meilleure ? « Je crois que c’est l’âge, ou alors cette ville qui finit par m’atteindre, mais j’ai de plus en plus de mal à trouver le sommeil. » Expliqua lentement Sebastian, presque honteux. Son regard lourd s’attarda alors sur la fumée qui s’échappait des lèvres de Seth. « Je peux t’en piquer une ? » Ça n’avait jamais été son vice, mais pourquoi pas ne pas commencer ce soir.

_________________

i was on a heavy tip, trying to cross a canyon with a broken limb
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t942-the-place-that-feels-the-tears

bad blood - génie de la cb

avatar

◆ Manuscrits : 1734
◆ Arrivé(e) le : 13/11/2016
◆ Âge : 46 ans
◆ Métier : ancien médecin légiste
◆ Points : 1396
◆ DC : Emily
◆ Avatar : Jon Hamm


Sujet: Re: nobody made me but the main streetsDim 14 Mai - 17:29

Le vent frais fouettait doucement la peau de leurs visages.
La mer s'étalait en une masse sombre et mouvante devant eux, ressassant inlassablement ses vagues. Elles s'échouaient non loin d'eux, deux silhouettes immobiles et qui se découpaient dans la nuit, face aux flots, prêtes à être englouties. Le bruit du ressac se répercutait de façon violente, presque dangereuse, pour laisser place à un calme soudain et absolu, saisissant.
Il s'était souvent posé la même question, durant les jours ensoleillés, en constatant que la moitié de la ville avait eu la même idée que lui : Qu'est-ce qui pouvait bien les pousser à venir se rassembler et contempler la mer, dès qu'ils le pouvaient ? Peut-être s'agissait-il d'écouter le bruit des vagues. Il pensait avoir lu quelque part qu'écouter des sons de reflux avait un effet apaisant sur l'être humain. Ça avait quelque chose à voir avec le rythme qui parcourait le corps, le rythme des battements du cœur, de la respiration, ce genre de choses. Une connexion profonde entre la nature et ses productions humaines. Tout cela était beau et incroyable ; ça ressemblait tout de même à des élucubrations de hippie. D'ailleurs, il avait certainement vu ça dans ce bouquin de méditation que son ex-femme avait absolument tenu à lui faire lire, et qu'elle lui avait présenté comme une solution au stress causé par son travail. Autant dire que ça avait été parfaitement inutile. Il n'avait jamais eu le temps de faire de la méditation.

Seth pensait trouver une autre raison à ce réflexe humain. C'était sans doute l'attrait de l'horizon. Celui de guetter une ligne imaginaire et qui représente l'inconnu, l'infini, tout ce qui nous échappe. Une ouverture à ce quotidien et ces lieux tout à fait délimités dans lequel chacun évolue.
C'est comme ça qu'on guette l'horizon. Parce que c'est fascinant. Parce qu'il est difficile de détacher ses yeux d'une étendue pleine de promesses. A cet instant, les étoiles qui les surplombaient leur faisaient éprouver à quel point ils étaient extrêmement minuscules. « Nous sommes des chiures de mouches dans l'univers », déclamait son père à l'envie, il y avait de cela des lustres. Un homme à l'esprit très rationnel. L'ancien légiste avait transmis cet adage à ses fils, décelant une leçon profitable à travers la provocation d'un athée convaincu, qui n'avait jamais failli à ses pensées après la mort de sa femme, n'avait jamais cédé à une quelconque forme de soulagement.
Leurs soucis paraissaient grands, pour des existences aussi ridiculement petites. Une autre bouffée de cigarette s'échappa d'entre ses lèvres, et disparut dans l'air du soir. Se tenir là était agréable.
Il avait rapidement appris à apprécier Sebastian. Un type taiseux, qui n'avait pas peur de se mettre d'autres personnes à dos lorsqu'il s'exprimait enfin. Après une longue bataille, l'homme avait fini par déposer son insigne, fatigué par l'impuissance des forces de l'ordre de Fairhope, abattu par les découvertes macabres qui n'en finissaient pas. Seth avait abandonné encore plus tôt. Comme lui, la limite avait été atteinte à la vision d'un dernier cadavre. Celui de Laurel Clyne.
Il plissa les yeux à cette pensée, qu'il évacua rapidement néanmoins. Il ne voulait pas laisser le souvenir de cette autopsie se réinstaller, ni chercher à la comprendre, ce à quoi il avait échoué tant de fois.
Alors, lorsqu'il évoqua la police de Fairhope, il sourit, se gardant de lui révéler qu'il avait déjà été reconduit chez lui par Arthur, passant à deux doigts de la mise en cellule de dégrisement.

- Oh, tu serais surpris... se contenta-t-il de marmonner, énigmatique.

Il s'assied sur le sable, ignorant le fait qu'il allait salir son manteau. Tous deux étaient divorcés, tous deux excellaient dans leurs métiers, auxquels ils avaient dédié une grande part de leur vie, mais qu'ils avaient pourtant quitté d'un seul coup. D'une coupure nette et tranchante. Ils tentaient de reconstruire quelque chose de neuf, sur les restes de leur vie passée, qu'ils avaient pourtant construit avec tous les efforts. Néanmoins, la vie de Sebastian comportait toujours des zones d'ombres, tout comme l'ancien légiste se gardait de tout révéler sur lui-même, et c'était très bien comme ça. Il résorbait sa curiosité. 
Son ami – car il le considérait comme tel- se tourna vers lui pour le regarder bien en face, à sa question.

- Tu as vu juste, je ne dormais pas. avoua-t-il en inspirant une autre bouffée de cigarette. A vrai dire, je finissais d'écrire un texte à propos des intestins. Ça ne fait pas de mal de prendre l'air.

Bien entendu, il comprenait. Les questions et les tourments qui apparaissent à la nuit tombée, au moment de s'endormir. Le fait de ressasser ce que l'on aurait pu faire ou ne pas faire, sans jamais parvenir à trouver une réponse ou un quelconque soulagement, comme un reflux continuel et obsédant. Et puis, on se retrouvait dans cette rue, dans ce bar, un verre à la main, ou sur cette plage, à la recherche d'une éventuelle solution. Voilà pourquoi les pas de l'ancien flic l'avaient conduits ici, face à l'horizon, face à l'ouverture, face à un éventuel échappatoire aux murs trop étriqués de son appartement, au piège de son propre corps anxieux d'humain. 
Non, Seth n'avait aucune raison de juger les envies de promenades nocturnes de cet homme. D'ailleurs, comme ce dernier le devinait, il l'avait bien rejoint parce que les mêmes raisons l'y avaient poussé.

- Ça me semble normal de ne pas réussir à trouver le sommeil dans cette ville...
continua-t-il en haussant les épaules. Il y a bien assez de raisons d'angoisser, j'imagine. N'hésites pas, à l'occasion, si d'autres envies de braver le couvre-feu te prennent. Je suis plutôt couche-tard.

Couche-tard était un euphémisme. La vie prenait une drôle d'allure, quand on n'avait plus vraiment de métier, ni de personne avec qui vivre, et finalement, il devenait difficile de suivre le même débit que le reste de la société. Seth avait toujours aimé traîner le soir, traîner à la sortie du boulot. Il aimait vivre la nuit, car cela impliquait une espèce de solitude bienvenue, une existence en négatif peuplée par les mêmes personnes, ces habitués de la vie nocturne. Depuis quand avait-il abandonné ces fêtes, néanmoins ? Les différentes ambiances des bars lui manquaient, et les parties de poker qui s'éternisaient. Ce couvre-feu cherchait à le déprimer définitivement, pas de doute là-dessus. Autrefois, Sebastian avait pu faire partie de ces discussions, à la sortie du travail, et puis, l'eau coulait sous les ponts.

- Tu fumes, maintenant ? réagit l'ancien légiste d'un air surpris, à sa demande. Enfin, à ta guise. Ce n'est surtout pas moi qui vais t'en empêcher.

Il ouvrit son paquet de cigarettes et le lui tendit. Puis, il resta un moment à observer la mer, silencieusement. Les vagues échouaient à ce même rythme régulier, et il le ressentait à présent, cela avait réellement quelque chose d'apaisant. Et puis, il pouvait presque voir ses enfants jouant là, comme des silhouettes fantomatiques qui s'agitaient parmi les vagues. Mais tout ceci appartenait à un autre temps.

- Tu ne regrettes pas d'avoir déménagé ici, parfois ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t884-seth-coleman#28384

bad blood - we live here

avatar

◆ Manuscrits : 40
◆ Arrivé(e) le : 07/02/2017
◆ Âge : 40 ans
◆ Métier : ancien lieutenant de police, propriétaire de safe america, un système de sécurité en vogue dans Fairhope
◆ Points : 54
◆ Avatar : Colin Farell


Sujet: Re: nobody made me but the main streetsLun 5 Juin - 22:48

La cigarette avait un goût amer entre ses lèvres et Sebastian regretta aussitôt son geste. Ou peut-être qu'il ne le regrettait pas, peut-être qu'il avait besoin d'anesthésier son corps avec autre chose, faire comprendre à toute cette masse de cellules qu'elle devait tout simplement mourir ou alors se plier à sa volonté sans jamais vraiment le déranger. Il ne savait plus où se trouvait la solution mais écouter son corps lui avait toujours fait défaut alors ... il était perdu. Ses instincts n'avaient jamais été bons, ils l'avaient conduit dans les pires endroits et étaient responsables de beaucoup de cicatrices et de tatouages qu'il avait sur le corps. Sebastian ne regrettait pas sa vie non, mais parfois, juste parfois, il rêvait de se glisser dans la peau de quelqu'un d'autre. De juste s'endormir et de se réveiller avec des nouveaux traits, un tout nouveau visage, une toute nouvelle peau et une autre raison d'exister, une autre raison de se battre, une autre raison de continuer d'avancer. Sans la souffrance, sans la douleur et tout ce qui l'accompagnait généralement quand il décidait de faire un pas en avant.

L'ancien lieutenant fixa un instant le remous des vagues puis il offrit un maigre regard à Seth, qui depuis qu'ils se connaissaient ne l'avait pas encore vu s'adonner à ce genre de vices. « Seulement pour les occasions spéciales.» révéla Sebastian. Ce n'était pas seulement ironique et histoire d'arracher un sourire à l'ancien médecin légiste mais bien la vérité. Le quarantenaire pouvait se souvenir avec précision de toutes les fois où un bâton de nicotine avait trouvé ses lèvres et toutes les fois, il pouvait dire qu'il avait été envahi par le même sentiment de vide à chaque fois, incapable de comprendre ce pêché-là. Sebastian avait plus l'impression de donner son âme à la nicotine plutôt que l'inverse. Ou alors il divaguait parce qu'il était beaucoup trop tôt, qu'il était perdu et qu'il ne savait plus dans quelle direction aller. C'était un peu tout ça à la fois et il haussa les épaules, considérant les mots de Seth. Est-ce qu'il était encore capable d'avoir des vrais regrets ? Dans un sens, c'était déjà trop tard pour ça, le temps et les années avaient commencé à faire leur travail et très bientôt il ne resterait plus rien de lui que des souvenirs. Aussi fins et envahissants que des grains de sables alors autant ne pas s'en défaire et les conserver jusqu'au bout. Autant ne pas s'en défaire.

« Quoi ? ... À cause de ce taré ? Non, je ne regrette pas d'avoir déménagé ici, Fairhope ou ailleurs, ça n'aurait rien changé pour moi tu sais. Ce n'est pas l'endroit où je suis qui importe au final.» Nouveau haussement d'épaules. Le Poète, le couvre-feu, la petite guerre personnelle de la ville ou celle de Jacob Young contre ce taré... tout ça, ça ne le concernait pas vraiment dans le fond. Sebastian avait quitté la police pour s'occuper de lui et essayer de panser ses blessures. Il n'avait tout simplement pas réalisé qu'il avait perdu autant de sang en chemin et il se demandait très sincèrement si ce n'était pas trop tard pour lui. S'il ne devait pas juste se laisser crever la bouche grande ouverte quelque part pour s'épargner toutes ces peines. « C'est ce que je traine derrière moi. » murmura t-il en tirant une nouvelle fois sur la cigarette. C'était les cauchemars, c'était ce qui l'avait poussé à se réveiller en pleine nuit et qui l'empêchait de dormir justement et de juste se laisser glisser dans les bras de Morphée. Comme si ce dernier ne voulait absolument pas de lui et le renvoyait dans les rues, comme s'il était banni et qu'il était condamné à errer tel un fantôme, tel un fantôme prisonnier de son propre esprit. « Mine de rien, ça commence à faire lourd, même pour moi donc ...  »

Une fois ces mots-là dits, une fois ces mots jetés à la mer, Sebastian se dit qu'il en avait trop dit. Ce genre de confession ne lui ressemblait guère et il avait envie de s'en défaire, envie de faire retomber la tension, aussi, il changea rapidement de sujet. « Mais ce n'est pas à cause du Poète que j'ai quitté les rangs de la police même si je sais ce que c'est ce que beaucoup ont dit après mon départ, c'est totalement faux. C'est juste une affaire de meurtres, j'ai connu pire à New York crois-moi... » Les services de police de la ville n'avaient tout simplement pas les armes nécessaires pour se défendre et pour pouvoir trouver tous les indices avec les moyens qui leur avaient été fournis. Voilà tout. Sebastian avait tout abandonné, avait laissé son enquête en plan littéralement et il savait que parfois quand lui et Arthur avaient une de leur longue conversation, ce qu'il pouvait lire dans les yeux du colonel était de l'intérêt profond. Mais Sebastian l'avait décidé depuis longtemps, il n'était plus ce genre d'homme.

« Et toi tu regrettes ? » Il tourna enfin le regard vers Seth, véritablement intrigué par la réponse.

_________________

i was on a heavy tip, trying to cross a canyon with a broken limb
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t942-the-place-that-feels-the-tears
 

nobody made me but the main streets

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Best shmups ever made
» mon armée de sac à main AJOUT PHOTOS stegadons venerable
» Main sans valeur et fleur
» liste 1500pts contre du sac à main
» elfes noir contre sac à main

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: the city that we loved :: beach road :: beach-