AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  


Partagez | 
 

 don’t you think it’s boring how people talk ?

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 

bad blood - we live here

avatar

◆ Manuscrits : 723
◆ Arrivé(e) le : 12/05/2015
◆ Âge : 31 ans
◆ Assoc. des Victimes : secrétaire
◆ Métier : Écrivain, romancière reconnue
◆ Points : 707
◆ DC : Jesse, Ruby, Jonathan & Jacob
◆ Avatar : Scarlett Johansson


Sujet: don’t you think it’s boring how people talk ?Lun 3 Avr - 23:31

don’t you think it’s boring
how people talk ?



février 2016

Le bruit de ses talons sur le parquet universitaire fit tourner plus d’une tête mais Désirée se contenta d’un léger sourire, ne ralentissant pas l’allure. Son trench coat noir ouvert semblait se balancer au grès du vent et elle espérait que le vêtement lui donnait un air à la fois austère et important. C’était bien son genre de s’habiller en voulant ressembler à la Grande Faucheuse, pour la blonde, cette dernière n’était rien d’autre qu’un adversaire plus que tenace qu’elle aurait un jour voulu rencontrer. Un jour prochain. Car elle était incapable de s’imaginer vieillir, dépérir, et Désirée savait que dès la première ride arriverait, elle saurait qu’il lui faudrait partir. Les meilleures choses étaient pour les jeunes esprits, ceux qui pouvaient encore les apprécier et trouver du réconfort dans les histoires qu’ils n’avaient pas encore vécu. Une fois qu’on avait tout vécu… où était l’intérêt ? C’était très probablement pour cette raison que la blonde appréciait particulièrement l’atmosphère universitaire du campus de Fairhope, c’était des années qu’elle n’avait pas connu elle-même, n’ayant pas fait d’études supérieures, tout ce monde intriqué et très bien balancé lui échappait et elle était incapable de comprendre ce que les plus jeunes faisaient dans ces hauts-lieux.

Était-ce ainsi qu’on rêvait ? Était-ce cela qu’on voulait ? Des heures attaché à un bureau, un diplôme joliment décoré, une carrière, un avenir ? Probablement. La blonde n’avait jamais eu de telles aspirations et elle s’était contentée de suivre son inspiration. Si ses pas s’étaient égarés dans ces allées il y a quelques mois de cela, c’était sous le conseil de son éditeur. Elle lui avait brièvement parlé de l’ébauche de Dear Cecilia et son désir de construire le roman comme une véritable intrigue, ou comme un vrai sociopathe l’aurait fait. Martin lui avait conseillé de prendre des cours de criminologie, pourquoi pas après tout, de cette manière, personne n’aurait pu dire que les discours que tenaient Désirée dans les pages de ses romans n’étaient pas authentiques. Loin de là. L’argument avait raisonné dans l’esprit de la jeune femme et quelques semaines plus tard, elle avait fini par se retrouver au premier rang du cours de Charlie Delaney. Le rouquin lui avait brièvement rappelé Liam, mais la pensée s’était très vite éloignée de son esprit au moment où Charlie avait commencé son cours. Les deux hommes n’avaient rien en commun et Charlie semblait être en mesure de garder un sang froid sans précédent en parlant des affaires policières les plus crues et les plus violentes des dernières décennies. Des notes ? Désirée en avait pris des tas, se fondant à la masse des macbook étudiants, un éternel sourire fixé sur les lèvres.

Là où le Poète avait été complètement silencieux et ne lui avait pas fourni une seule goutte de sang, Charlie avait su titiller l’imagination de la jeune romancière, lui rappelant ainsi ses tous premiers mois à Fairhope. Le sentiment avait été bon, incomparable, et repartir de zéro était exactement ce qu'il fallait à Désirée pour se vider la tête et pour songer à sa prochaine création. Bien entendu, la romancière avait fini par aller aborder le professeur, pas pour lui souffler son admiration ou lui confirmer qui elle était vraiment, mais bien pour poser d’autres questions. Tous ces détails qu’il refusait de révéler ou qui étaient trop vagues, c’était tout ça qu’il fallait à Désirée, et tout ce qui avait servi à alimenter les pages de son roman au fil des cours et des jours. Le sourire de la blonde s’agrandit quand elle constata qu’elle arriva au moment où un des cours de Charlie se termina, elle se faufila entre les élèves et rentra dans la salle de classe. Elle venait les bras chargés et après avoir posé une copie neuve et flamboyante de l’ouvrage sur le bureau du rouquin, elle sortit une copie du New York Times de son sac et s’éclaircit la gorge : «  Dear Cecilia est en conclusion un conte intriguant et fascinant où l’Homme, le héro principal sans nom, devient chacun de nous et nous devenons un peu plus de lui à chaque page… C’est sans aucun doute le best seller de la très nouvelle année 2016…. » Désirée n’était pas une artiste en mal d’amour ou d’attention qui se sentait obligée de lire des critiques littéraires pour être bien dans sa peau non, mais elle était fidèle au NY Times depuis des années et ces quelques lignes l’avaient fait sourire plus que d’ordinaire ce matin-là. Ce qui expliquait sa venue. « On peut dire que d’une certaine façon c’est grâce à toi… surtout grâce à moi mais je sais le reconnaitre quand j’ai eu de l’aide et ça a été le cas. Donc merci, professeur Delaney.  » Et le sourire qu’elle avait sur le visage à présent était presque sincère. Presque.

_________________

"I had a vision, A vision of my nails in the kitchen, Scratching counter tops, I was screaming..."


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t164-i-ve-never-seen-a-diamond-in-the-flesh

bad blood - we live here

avatar

◆ Manuscrits : 209
◆ Arrivé(e) le : 29/01/2017
◆ Âge : 34
◆ Métier : Ancien sergent, il est aujourd'hui professeur de criminologie à la FSCC
◆ Points : 322
◆ DC : Aiden, Willow, James, Sean, Nathan
◆ Avatar : Eddie Redmayne


Sujet: Re: don’t you think it’s boring how people talk ?Sam 15 Avr - 19:09

Le nouvel an était venu et reparti, janvier avait commencé et s'était achevé, et absolument rien n'avait changé. Charlie semblait s'être embourbé dans de la vase qui ralentissait ses mouvements, et tous les regards agacés qu'il pouvait lancer à tous les potentiels responsables – ses élèves, ne changeaient rien à son problème. Il n'allait cependant pas s'en priver, lorsque par miracle, ou plutôt par erreur de calcul, il arrivait avant ses élèves, il lui paraissait très important que chacun d'entre eux entre dans l'amphithéâtre en sachant pertinemment qu'il le ou la détestait. Ils avaient appris à l'ignorer, et il allait bientôt falloir qu'il trouve quelque chose de plus fort pour leur transmettre son mépris. Si Charlie était un expert dans tout ce qui touchait à la criminologie, encyclopédie vivante des crimes, des procès et des criminels, il n'avait absolument rien d'un pédagogue, et haïssait le contexte universitaire. Deux élèves sortaient du lot cette année, flottant très haut au-dessus des autres que l'ancien sergent s'évertuait à faire couler. Il y allait à grands renforts de mauvaises notes, de commentaires désobligeants et d'indifférence exagérée. La fréquentation de ses cours avait tendance à diminuer graduellement au fil de l'année, et Charlie estimait que c'était un bon moyen de s'assurer qu'il avait moins de copies à corriger. Bien sûr, il disait à qui de droit qu'il s'évertuait à différencier les jeunes gens motivés des moins motivés pour pouvoir les amener à une carrière brillante et un avenir radieux, et qu'il était désolé que tant de jeunes pourtant prometteurs décident de se rabattre sur d'autres filières ou d'abandonner à cause de ses méthodes peut-être parfois trop rudes ou trop rapides pour eux. Enfin, c'est peut-être ce qu'il aurait dû dire, quand on l'avait confronté au problème. Il avait juste haussé les épaules, secoué la tête, lancé un sourire pincé et désolé avant de continuer son chemin jusqu'au distributeur, pour se consoler de ces départs tragiques en s'empiffrant de barres chocolatées diverses et variées. Moins il avait d'élèves, plus il avait de temps à consacrer à sa quête du Poète. Ça n'était pas non plus comme s'il réduisait ses effectifs de moitié, il y avait simplement quelques trous ici et là dans les rangs. Il n'y pouvait pas grand-chose si son attitude un brin erratique ne convenait pas à tout le monde, et franchement, il n'en avait pas grand-chose à faire. Il avait passé trop de temps à essayer de plaire aux... ah non, non, en fait il n'avait jamais tenté de plaire à personne. Du coup, il n'allait probablement pas commencer maintenant. Ça aurait fait tache sur son CV.
Au bout d'une heure de classe, Charlie avait entrepris d'éplucher les réseaux sociaux de ce type qu'il avait rencontré la veille au bar, profitant allègrement du Wi-fi gratuit que l'université offrait, dans un but universitaire évidemment. Mais les étudiants n'arrêtaient pas de le rappeler à l'ordre à coup de ''Monsieur?'', et d'interrompre son espionnage, alors il avait fini par leur assigner un exercice qui leur prendrait une heure, autrement dit le reste de leur séance du jour. Il gardait toujours une réserve d'exercices de secours au cas où l'envie de parler ou d'enseigner lui manque et, s'ils restaient généralement inusités, il avait aujourd'hui décidé que satisfaire la curiosité maladive que Facebook, Twitter et autres Instagram procurait était plus important que de tenter d'inculquer à des imbéciles la place qu'avait occupé la femme dans l'histoire de la criminalité. Il leur dirait plus tard, ça n'était malheureusement pas comme s'il n'allait jamais les revoir. Alors qu'il faisait défiler les photos sans se soucier de la masse d'élèves qui s'agaçait sur son exercice, certains relevaient la tête vers lui, scrutaient son visage quelques instants, et retournaient à leurs réflexions. Toutes les potentielles questions mouraient sur leurs lèvres devant le désintérêt complet de leur enseignant, et tous les regards noirs lui glissaient sur la peau sans l'atteindre. Une forme de haine tacite s'installait toujours très tôt dans l'année entre lui et ses élèves. S'ils l'oubliaient, par moments, lorsqu'il se lançait dans un discours passionné à propos de tel ou tel criminel, des inspirations de tel tueur en série, ou qu'il s'égarait dans une analyse approfondie des confessions d'un condamné à mort, elle leur revenait rapidement en mémoire lorsqu'il refusait de répondre à leurs questions parce que l'heure était dépassée d'une minute, ou qu'il décidait de confisquer certaines boissons chaudes pour sa consommation personnelle. Personne n'échappait réellement à ce traitement, même si récemment, quelqu'un avait réussi à passer cette barrière. Ce qui avait différencié cette femme – Désirée Cravy, c'était ses motivations. Tous ces élèves qui se pressaient dans ses cours voulaient obtenir ses connaissances pour mieux appréhender, comprendre et empêcher les criminels. La fascination qu'ils pouvaient ressentir lorsqu'on leur présentait un crime qui tenait plus du chef d’œuvre se trouvait toujours contrebalancée par le dégoût que cela leur évoquait, et tout autre sentiment d'injustice ou de colère contre cet abject personnage. Ils voulaient les inculper, les arrêter, donner du sens au monde étriqué dans lequel ils vivaient, et c'était la seule véritable raison qui les amenait là. C'était pour ça ils n'excelleraient jamais dans cette discipline, et l'une des (nombreuses) raisons pour lesquelles leur enseignant les détestait. Si Charlie n'avait aucune attraction particulière pour la beauté des blessures, pour le corps inerte que l'on finissait par retrouver, il se plaisait à admirer l'exécution, la préméditation, les mille et unes précautions qui avaient été prises, les raisons, les raisonnements. Rien n'avait moins d'intérêt qu'un crime passionnel à ses yeux. C'était sans doute ça qui, à son insu, l'avait guidé jusqu'à la carrière qu'il s'était choisi. Il aurait pourtant nié se passionner pour le métier que la vie lui avait imposé. Quoi qu'il en soit, c'était par souci de réalisme que l'auteure s'était glissée dans ses classes, faisant jaser ses élèves, agitant les membres masculins de son auditoire au point que, sans avoir jamais entendu parler de la jeune femme avant, il savait exactement qui s'était avancé vers lui à la fin d'une de ses leçons, et c'est par simple curiosité, et, s'il fallait être absolument honnête, par attraction physique –il ne valait pas mieux que les autres, il avait juste l'intelligence de ne pas s'en vanter–, qu'il l'avait écoutée. Ses questions étaient nouvelles, intelligentes, et, selon lui, s'intéressaient véritablement au sujet de sa matière : la main qui tenait le couteau, son cheminement de pensée alors qu'il planifiait son prochain meurtre, toutes les minuscules étapes qui menaient au coup fatal.
Dans le brouhaha des élèves qui, en une lente procession agacée, faisaient chemin jusqu'à son bureau pour y déposer leurs copies, Charlie n'avait pas relevé la tête, n'offrant aucune réponse aux rares étudiants qui prenaient encore la peine de lui dire au revoir. La voix de Désirée, en revanche, l'arracha à l'écran de son téléphone, et il avait fixé son regard sur la jeune femme. «C'est donc à ça qu'ont abouti toutes ces questions.», dit-il simplement au bout d'un moment. Ce faisant, il avait soulevé l'ouvrage et l'avait parcouru des yeux avant de le reposer devant lui. Il lui fallait avouer qu'il était surpris de se voir remercié, mais la flatterie ne lui passa pas au-dessus de la tête. «Après autant de louanges, j'espère au moins que mon nom est dedans.» Il y avait l'esquisse d'un éclat moqueur quelque part dans ses yeux clairs. Seulement une esquisse, parce qu'il n'était pas de ceux qui s'étouffent dans une fausse modestie nauséabonde. Ni humble, ni modeste, le professeur aimait être reconnu. Il n'avait pas juste répondu à des questions, il l'avait nourrie aux détails et était allé chercher telle ou telle nuance dans ses dossiers parfaitement organisés. «Si tu as utilisé ce qu'on a vu ensemble, ce livre pourrait valoir la peine d'être lu.» Combien de fois avait-il abandonné des livres à cause de leurs coupables mal construits, de leurs méchants stéréotypés ou du manque absolu de personnalité d'un personnage. «Si ce n'est pas le cas, j'ai bien peur de ne pas être à même de valider votre semestre, Miss Cravy.» Cette fois, l'éclat moqueur avait été accompagné d'un sourire. Ses yeux flottèrent quelques instants jusqu'à l'écran mourant de son téléphone, qu'il ranima aussitôt, par réflexe.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t935-a-thousand-papercuts-of-life

bad blood - we live here

avatar

◆ Manuscrits : 723
◆ Arrivé(e) le : 12/05/2015
◆ Âge : 31 ans
◆ Assoc. des Victimes : secrétaire
◆ Métier : Écrivain, romancière reconnue
◆ Points : 707
◆ DC : Jesse, Ruby, Jonathan & Jacob
◆ Avatar : Scarlett Johansson


Sujet: Re: don’t you think it’s boring how people talk ?Jeu 4 Mai - 17:55

La blonde n’avait jamais vraiment eu d’amis. Elle ne savait pas ce que c’était que de pouvoir compter sur quelqu’un, de pouvoir livrer toutes ses pensées à quelqu'un de réel, quelqu'un de physique, qui était capable d’écouter, de répondre et avoir une opinion qui lui était propre. Non, dans les vagues souvenirs qu’elle avait de l’orphelinat, Désirée était toujours seule, le regard bleuté souvent tourné vers une fenêtre ou un arbre, à se demander si elle pouvait faire un énorme trou dans le tronc et se faire avaler tout entière par cette bête de la nature. Après son adoption, son grand frère avait été sa seule ancre et le seul capable de la faire sourire, mais même là, elle ne parlait pas, ou alors par monosyllabe, seulement pour le suivre ou pour le contredire, rester blottie contre lui et soutenir ses longs regards et ses baisers qui parfois s’égaraient trop bas sur ses joues et trop bas dans son cou… Mais l’autre Cravy n’avait jamais su quel genre de tourments remuait son coeur et qui venait chuchoter à son oreille lorsque Désirée faisait semblant de dormir, les paupières soigneusement fermées, en espérant chasser les rayons du soleil un peu plus longtemps. Jamais de compagnon, jamais d’amis et les quelques amants qui étaient passés sur son lit étaient vite oubliés au réveil, l’acte physique laissant Désirée plus vidée qu’autre chose. Elle se mettait à détester la façon dont son corps semblait se courber et comment il réclamait de l’attention, comme si elle n’était rien d’autre qu’un vulgaire pantin, rien d’autre qu’une marionnette entre leurs mains.

Et même dans des instants aussi intimes et aussi uniques que ceux-là, Désirée formulait rarement ce qu’elle voulait et quelle était la nature de son vrai désir. Elle ne parlait pas, mais personne ne savait que dans les murs de son esprit, le silence était étranger, qu’elle hurlait encore et encore et que c’était seulement lorsque ses doigts se refermaient sur un stylo ou qu’elle pouvait pianoter à sa guise sur son clavier d’ordinateur qu’elle prenait vraiment forme. Que ce qu’elle voulait était là, dans cette réalité, dans les pages blanches. C’était elles, qui, complètement vierges, étaient ses meilleures amies, ses compagnons pour l’éternité, elles qui l’accompagnaient et qui lui tenaient les mains en retour dans les bons comme dans les mauvais moment et ça… Désirée ne pouvait pas le nier ni l’expliquer. Cette espèce de connexion qui la rendait complètement asservie par son art qui faisait qu’écrire était une source quotidienne d’angoisse mais également de repos. Mais c’était la première fois depuis ses premiers écrits, à savoir depuis ses 17 ans, qu’elle avait ressenti le besoin d’aller voir ailleurs, de demander de l’aide. Le professeur en face d’elle ne réalisait probablement pas l’importance d’un tel acte. Elle vivait seule, elle vivait de son art et de ses propres démons, qui lui fournissaient tout, l’inspiration, le papier, le sang, le crime, la chute parfaite et ils lui avaient rarement fait défaut. Jusqu'à récemment.

Désirée esquissa un sourire en voyant Charlie jeté un coup d’oeil à peine intéressé au roman, réduisant à une simple vulgaire dénomination un long et perpétuel travail. La romancière laissa échapper un rire à sa remarque suivante. « Hmmm… partager mes quelques moments de gloire avec un parfait inconnu du public ? Ne rêve pas Charlie, déjà je commence par te remercier, chose qui on le sait tous les deux est un exploit en soit. »  Le sourire qui illuminait le visage de la blonde à présent était purement hypocrite et pour cause. Comme tous les écrivains de son temps, Désirée restait un égoïste, elle ne partagerait pas ses quelques minutes de gloire avec qui que ce soit. Et puis, elle aurait dit à Charlie qu'on s'y faisait vite, les flashs, être reconnue dans la rue, inscrire son nom sur ses propres oeuvres comme si… comme si ça allait changer quelque chose, la rendre un peu moins détachée, un peu moins horrible et la rapprocher de tous ceux qui pensaient la connaitre parce qu'ils avaient lu son oeuvre. Comme si. « Que tu le lises ou pas n’a pas vraiment d’importance… j’espérais plus te payer un café pour toutes les migraines que j’ai dû causer au fil des mois avec mes questions. » Et la vérité, c'était que Désirée avait encore un tas de questions pour lui et pour sa discipline et qu’il la retrouvait très certainement assise aux premiers rangs d'ici quelques semaines, quand l’envie le lui prendrait.

Car, une chose que Désirée n'admettrait jamais à voix haut, en plus de se pencher sur tous les criminels que Charlie présentait avec un détachement certain, elle se penchait également sur lui, lui le professeur forcé et son air blasé. « Ou alors celles engendrées par tes élèves, vu que tu as l’air de les adorer autant que moi et mes lecteurs. » On disait souvent que les professeurs étaient des élèves ratés qui n’avaient pas su aller bien loin, dans le cas de Charlie, c'était surement vrai, ou alors il y avait autre chose qui le poussait à donner ces cours de cette façon-là, accordant des demi-réponses et des regards vides. Ceux qui venaient s'asseoir ici devaient comprendre que c'était forcément risqué. « … Ou quelque chose de plus fort qu'un café si on s’engage sur cette route. » Et c’était tant mieux, Désirée adorait le danger.  

_________________

"I had a vision, A vision of my nails in the kitchen, Scratching counter tops, I was screaming..."


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t164-i-ve-never-seen-a-diamond-in-the-flesh

bad blood - we live here

avatar

◆ Manuscrits : 209
◆ Arrivé(e) le : 29/01/2017
◆ Âge : 34
◆ Métier : Ancien sergent, il est aujourd'hui professeur de criminologie à la FSCC
◆ Points : 322
◆ DC : Aiden, Willow, James, Sean, Nathan
◆ Avatar : Eddie Redmayne


Sujet: Re: don’t you think it’s boring how people talk ?Ven 9 Juin - 15:41

Charlie n'aurait pas toujours su dire s'il ne se fascinait pour rien ou si ses passions mouraient trop vite, s'évanouissant devant ses yeux dès qu'il les fixait trop longtemps. S'il regardait le Poète quelques instants, son intérêt se disperserait sans doute aussi vite que l'intérêt qu'il portait à ce type qui mettait en valeur ses muscles sur l'écran de son téléphone juste là, quelques millimètres sous son pouce gauche. Lorsqu'il poserait les yeux sur ce visage noyé dans l'ombre, lorsqu'on enlèverait le masque, lorsque l'on tirerait le rideau – lorsqu'il tirerait le rideau, après quelques instants d'intense fascination, il se détournerait avec impatience, enfin libre de s'atteler à d'autres obsessions qui mourraient avant d'avoir pu naître. Il pourrait retourner à sa vie éphémère, de caprice en irritation. Charlie retournerait à son quotidien insensé, constamment à la poursuite d'un plaisir fugitif qui lui glissait toujours entre les doigts, principalement parce qu'il était trop borné pour tenter de le retenir, ou simplement pour s'en contenter. Mais le Poète était toujours hors de portée, dissimulé derrière mille pistes et aucune à la fois, son attraction magnétique stagnant dans l'air.

Rien ne l'aurait empêché de partir. Libéré des chaînes et des barreaux qui l'avaient maintenu enfermé pendant des mois, il aurait pu prendre la fuite aussitôt les portes ouvertes. Il aurait pu rester à Mobile, retrouver sa ville qui n'aurait toujours aucun égard pour lui, des rues qu'il connaissait et appréciait, des allées qui regardaient ses déambulations avec moins d'animosité que les briques et les pavés de Fairhope. Il n'aurait eu qu'à retourner à Fairhope, lancer ses maigres possessions dans une valise, embarquer son chat s'il avait la chance de se trouver sur place, et mettre la ville dans le rétroviseur. Rejoindre des eaux plus calmes où il aurait pu reprendre son travail, noyant le Poète dans d'autres crimes, noyant sa rancœur en la crachant sur d'autres. Ils auraient sans doute rechigné à le voir revenir, mais ils l'auraient probablement repris, son nom ayant été lavé de tout soupçon. Fairhope n'aurait été qu'un mauvais chapitre de plus dans sa vie bâclée, rien qu'une mare nauséabonde de plus. Il aurait pu fuir les rumeurs et les murmures, s'abriter du crachin qui s'abattait sans relâche. Partout où il allait, le nuage noir de mépris et de reproches le suivait, dégoulinant des yeux qui se détournaient lorsqu'il se retournait, suintant entre les mots qu'il surprenait parfois et hurlant dans les messes basses que son passage engendrait. Il s'était agrafé un sourire au visage, déterminé à ne pas les laisser gagner, et ce jusqu'à ce que ça se tarisse. Plus agacé que blessé, il avait refusé de baisser la tête et de leur donner satisfaction. Il n'avait aucune attache, et pourtant il était resté planté là, regardant la vase et la boue lentement l'avaler. Pour le Poète.

«Inconnu du public je sais pas, pendant un moment on aurait dit que tout le monde me reconnaissait.» Charlie aimait être au centre des discussions, il aimait que les conversations s'arrêtent un instant lorsqu'il entrait quelque part, comme si sa seule présence leur avait coupé la respiration. Pourtant il n'avait pas aimé la célébrité morbide que son accusation lui avait apporté. Même lui et son ego, même lui et son indifférence n'avaient pu échapper à l'humiliation. Les menottes à ses poignets étaient brûlantes de honte alors qu'on l'escortait jusqu'à une voiture de fonction qu'il avait dû conduire à peine quelques jours plus tôt. Tout ce qu'il avait pu faire, c'était les porter la tête haute. Puis il avait fait les cent pas dans sa cellule, avait fretté avec les raclures auxquelles il n'appartenait pas, juste pour qu'on le laisse en paix. Charlie n'avait aucun doute quant à sa supériorité. Si elle était déjà évidente au-dehors alors qu'il évoluait au milieu des autres, elle s'était trouvée exacerbée derrière les barreaux. Il valait mieux que ça. Et en sortant, il n'avait pu que se tenir la tête haute à nouveau, ignorer les murmures ou encore y prendre part. Il s'était parfois glissé dans les conversations qui le concernaient et les avait commentées. Cela mettait généralement les gens mal-à-l'aise, et ils se dispersaient comme s'il avait marché dans un nid de fourmis. «Mais je ne m'attendais certainement pas à des remerciements. Alors qu'est-ce que tu veux?» Il l'étudia quelques instants, parcourut son visage des yeux à la recherche d'une réponse à cette question, mais il cessa bien vite avec la promesse d'un café. Gratuit. Charlie aimait se faire offrir des cafés, des verres, des vêtements, n'importe quoi. Ça n'était pas tellement l'argent, c'était le geste. Il aimait qu'on tente de l'acheter.

«Non, en fait si tu m'invites, je me fiche de ce que tu veux. Let's get out of here.» Là-dessus, il s'était levé, le livre et les copies abandonnés sur le bureau. «Essaye de passer avec tes lecteurs autant de temps que je passe avec mes élèves, on verra si la vacuité de leurs esprits ne te refile pas de migraines. Aucune imagination, aucune classe. Comprendre et arrêter les criminels. Pourquoi ? Pour la justice. Bah.» Quelques clichés de plus défilèrent sur son écran pendant qu'il versait un peu plus d'animosité dans l'air et avant qu'il ne décide de ce qui était pour le moment le plus intéressant. Et c'était bel et bien Désirée et sa visite surprise. «Tu as donc officiellement toute mon attention.» Il rangea l'appareil dans sa poche et enfila sa veste. Charlie savait qu'il n'y avait pas véritablement de sincérité entre eux, mais il appréciait suffisamment de parler de sa seule passion pour passer outre. Il ne faisait pas semblant pourtant. Charlie était presque constamment Charlie. Il avait besoin d'un appât suffisamment conséquent pour le pousser à faire l'effort d'être quelqu'un d'autre. C'était peut-être le caractère de leurs conversations qui donnait à sa relation avec Désirée une saveur si particulière.

«Alors, pourquoi ce soudain élan d'amabilité?»
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://theworldwillreadyou.forumactif.org/t935-a-thousand-papercuts-of-life
 

don’t you think it’s boring how people talk ?

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» What is this I don't even
» Don’t just Dream ; make it Happen. ♣ Lilas
» 'ANA ϟ Don’t be so pathetic, just open up and sing
» Boring SMB2 Level
» I don’t enjoy hurting you. I’m not a sadist. || Sigyn la magnifique

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: the city that we loved :: fairhope avenue :: education :: FSCC-