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 don’t you think it’s boring how people talk ?

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Sujet: don’t you think it’s boring how people talk ?Lun 3 Avr - 23:31

don’t you think it’s boring
how people talk ?



février 2016

Le bruit de ses talons sur le parquet universitaire fit tourner plus d’une tête mais Désirée se contenta d’un léger sourire, ne ralentissant pas l’allure. Son trench coat noir ouvert semblait se balancer au grès du vent et elle espérait que le vêtement lui donnait un air à la fois austère et important. C’était bien son genre de s’habiller en voulant ressembler à la Grande Faucheuse, pour la blonde, cette dernière n’était rien d’autre qu’un adversaire plus que tenace qu’elle aurait un jour voulu rencontrer. Un jour prochain. Car elle était incapable de s’imaginer vieillir, dépérir, et Désirée savait que dès la première ride arriverait, elle saurait qu’il lui faudrait partir. Les meilleures choses étaient pour les jeunes esprits, ceux qui pouvaient encore les apprécier et trouver du réconfort dans les histoires qu’ils n’avaient pas encore vécu. Une fois qu’on avait tout vécu… où était l’intérêt ? C’était très probablement pour cette raison que la blonde appréciait particulièrement l’atmosphère universitaire du campus de Fairhope, c’était des années qu’elle n’avait pas connu elle-même, n’ayant pas fait d’études supérieures, tout ce monde intriqué et très bien balancé lui échappait et elle était incapable de comprendre ce que les plus jeunes faisaient dans ces hauts-lieux.

Était-ce ainsi qu’on rêvait ? Était-ce cela qu’on voulait ? Des heures attaché à un bureau, un diplôme joliment décoré, une carrière, un avenir ? Probablement. La blonde n’avait jamais eu de telles aspirations et elle s’était contentée de suivre son inspiration. Si ses pas s’étaient égarés dans ces allées il y a quelques mois de cela, c’était sous le conseil de son éditeur. Elle lui avait brièvement parlé de l’ébauche de Dear Cecilia et son désir de construire le roman comme une véritable intrigue, ou comme un vrai sociopathe l’aurait fait. Martin lui avait conseillé de prendre des cours de criminologie, pourquoi pas après tout, de cette manière, personne n’aurait pu dire que les discours que tenaient Désirée dans les pages de ses romans n’étaient pas authentiques. Loin de là. L’argument avait raisonné dans l’esprit de la jeune femme et quelques semaines plus tard, elle avait fini par se retrouver au premier rang du cours de Charlie Delaney. Le rouquin lui avait brièvement rappelé Liam, mais la pensée s’était très vite éloignée de son esprit au moment où Charlie avait commencé son cours. Les deux hommes n’avaient rien en commun et Charlie semblait être en mesure de garder un sang froid sans précédent en parlant des affaires policières les plus crues et les plus violentes des dernières décennies. Des notes ? Désirée en avait pris des tas, se fondant à la masse des macbook étudiants, un éternel sourire fixé sur les lèvres.

Là où le Poète avait été complètement silencieux et ne lui avait pas fourni une seule goutte de sang, Charlie avait su titiller l’imagination de la jeune romancière, lui rappelant ainsi ses tous premiers mois à Fairhope. Le sentiment avait été bon, incomparable, et repartir de zéro était exactement ce qu'il fallait à Désirée pour se vider la tête et pour songer à sa prochaine création. Bien entendu, la romancière avait fini par aller aborder le professeur, pas pour lui souffler son admiration ou lui confirmer qui elle était vraiment, mais bien pour poser d’autres questions. Tous ces détails qu’il refusait de révéler ou qui étaient trop vagues, c’était tout ça qu’il fallait à Désirée, et tout ce qui avait servi à alimenter les pages de son roman au fil des cours et des jours. Le sourire de la blonde s’agrandit quand elle constata qu’elle arriva au moment où un des cours de Charlie se termina, elle se faufila entre les élèves et rentra dans la salle de classe. Elle venait les bras chargés et après avoir posé une copie neuve et flamboyante de l’ouvrage sur le bureau du rouquin, elle sortit une copie du New York Times de son sac et s’éclaircit la gorge : «  Dear Cecilia est en conclusion un conte intriguant et fascinant où l’Homme, le héro principal sans nom, devient chacun de nous et nous devenons un peu plus de lui à chaque page… C’est sans aucun doute le best seller de la très nouvelle année 2016…. » Désirée n’était pas une artiste en mal d’amour ou d’attention qui se sentait obligée de lire des critiques littéraires pour être bien dans sa peau non, mais elle était fidèle au NY Times depuis des années et ces quelques lignes l’avaient fait sourire plus que d’ordinaire ce matin-là. Ce qui expliquait sa venue. « On peut dire que d’une certaine façon c’est grâce à toi… surtout grâce à moi mais je sais le reconnaitre quand j’ai eu de l’aide et ça a été le cas. Donc merci, professeur Delaney.  » Et le sourire qu’elle avait sur le visage à présent était presque sincère. Presque.

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Sujet: Re: don’t you think it’s boring how people talk ?Sam 15 Avr - 19:09

Le nouvel an était venu et reparti, janvier avait commencé et s'était achevé, et absolument rien n'avait changé. Charlie semblait s'être embourbé dans de la vase qui ralentissait ses mouvements, et tous les regards agacés qu'il pouvait lancer à tous les potentiels responsables – ses élèves, ne changeaient rien à son problème. Il n'allait cependant pas s'en priver, lorsque par miracle, ou plutôt par erreur de calcul, il arrivait avant ses élèves, il lui paraissait très important que chacun d'entre eux entre dans l'amphithéâtre en sachant pertinemment qu'il le ou la détestait. Ils avaient appris à l'ignorer, et il allait bientôt falloir qu'il trouve quelque chose de plus fort pour leur transmettre son mépris. Si Charlie était un expert dans tout ce qui touchait à la criminologie, encyclopédie vivante des crimes, des procès et des criminels, il n'avait absolument rien d'un pédagogue, et haïssait le contexte universitaire. Deux élèves sortaient du lot cette année, flottant très haut au-dessus des autres que l'ancien sergent s'évertuait à faire couler. Il y allait à grands renforts de mauvaises notes, de commentaires désobligeants et d'indifférence exagérée. La fréquentation de ses cours avait tendance à diminuer graduellement au fil de l'année, et Charlie estimait que c'était un bon moyen de s'assurer qu'il avait moins de copies à corriger. Bien sûr, il disait à qui de droit qu'il s'évertuait à différencier les jeunes gens motivés des moins motivés pour pouvoir les amener à une carrière brillante et un avenir radieux, et qu'il était désolé que tant de jeunes pourtant prometteurs décident de se rabattre sur d'autres filières ou d'abandonner à cause de ses méthodes peut-être parfois trop rudes ou trop rapides pour eux. Enfin, c'est peut-être ce qu'il aurait dû dire, quand on l'avait confronté au problème. Il avait juste haussé les épaules, secoué la tête, lancé un sourire pincé et désolé avant de continuer son chemin jusqu'au distributeur, pour se consoler de ces départs tragiques en s'empiffrant de barres chocolatées diverses et variées. Moins il avait d'élèves, plus il avait de temps à consacrer à sa quête du Poète. Ça n'était pas non plus comme s'il réduisait ses effectifs de moitié, il y avait simplement quelques trous ici et là dans les rangs. Il n'y pouvait pas grand-chose si son attitude un brin erratique ne convenait pas à tout le monde, et franchement, il n'en avait pas grand-chose à faire. Il avait passé trop de temps à essayer de plaire aux... ah non, non, en fait il n'avait jamais tenté de plaire à personne. Du coup, il n'allait probablement pas commencer maintenant. Ça aurait fait tache sur son CV.
Au bout d'une heure de classe, Charlie avait entrepris d'éplucher les réseaux sociaux de ce type qu'il avait rencontré la veille au bar, profitant allègrement du Wi-fi gratuit que l'université offrait, dans un but universitaire évidemment. Mais les étudiants n'arrêtaient pas de le rappeler à l'ordre à coup de ''Monsieur?'', et d'interrompre son espionnage, alors il avait fini par leur assigner un exercice qui leur prendrait une heure, autrement dit le reste de leur séance du jour. Il gardait toujours une réserve d'exercices de secours au cas où l'envie de parler ou d'enseigner lui manque et, s'ils restaient généralement inusités, il avait aujourd'hui décidé que satisfaire la curiosité maladive que Facebook, Twitter et autres Instagram procurait était plus important que de tenter d'inculquer à des imbéciles la place qu'avait occupé la femme dans l'histoire de la criminalité. Il leur dirait plus tard, ça n'était malheureusement pas comme s'il n'allait jamais les revoir. Alors qu'il faisait défiler les photos sans se soucier de la masse d'élèves qui s'agaçait sur son exercice, certains relevaient la tête vers lui, scrutaient son visage quelques instants, et retournaient à leurs réflexions. Toutes les potentielles questions mouraient sur leurs lèvres devant le désintérêt complet de leur enseignant, et tous les regards noirs lui glissaient sur la peau sans l'atteindre. Une forme de haine tacite s'installait toujours très tôt dans l'année entre lui et ses élèves. S'ils l'oubliaient, par moments, lorsqu'il se lançait dans un discours passionné à propos de tel ou tel criminel, des inspirations de tel tueur en série, ou qu'il s'égarait dans une analyse approfondie des confessions d'un condamné à mort, elle leur revenait rapidement en mémoire lorsqu'il refusait de répondre à leurs questions parce que l'heure était dépassée d'une minute, ou qu'il décidait de confisquer certaines boissons chaudes pour sa consommation personnelle. Personne n'échappait réellement à ce traitement, même si récemment, quelqu'un avait réussi à passer cette barrière. Ce qui avait différencié cette femme – Désirée Cravy, c'était ses motivations. Tous ces élèves qui se pressaient dans ses cours voulaient obtenir ses connaissances pour mieux appréhender, comprendre et empêcher les criminels. La fascination qu'ils pouvaient ressentir lorsqu'on leur présentait un crime qui tenait plus du chef d’œuvre se trouvait toujours contrebalancée par le dégoût que cela leur évoquait, et tout autre sentiment d'injustice ou de colère contre cet abject personnage. Ils voulaient les inculper, les arrêter, donner du sens au monde étriqué dans lequel ils vivaient, et c'était la seule véritable raison qui les amenait là. C'était pour ça ils n'excelleraient jamais dans cette discipline, et l'une des (nombreuses) raisons pour lesquelles leur enseignant les détestait. Si Charlie n'avait aucune attraction particulière pour la beauté des blessures, pour le corps inerte que l'on finissait par retrouver, il se plaisait à admirer l'exécution, la préméditation, les mille et unes précautions qui avaient été prises, les raisons, les raisonnements. Rien n'avait moins d'intérêt qu'un crime passionnel à ses yeux. C'était sans doute ça qui, à son insu, l'avait guidé jusqu'à la carrière qu'il s'était choisi. Il aurait pourtant nié se passionner pour le métier que la vie lui avait imposé. Quoi qu'il en soit, c'était par souci de réalisme que l'auteure s'était glissée dans ses classes, faisant jaser ses élèves, agitant les membres masculins de son auditoire au point que, sans avoir jamais entendu parler de la jeune femme avant, il savait exactement qui s'était avancé vers lui à la fin d'une de ses leçons, et c'est par simple curiosité, et, s'il fallait être absolument honnête, par attraction physique –il ne valait pas mieux que les autres, il avait juste l'intelligence de ne pas s'en vanter–, qu'il l'avait écoutée. Ses questions étaient nouvelles, intelligentes, et, selon lui, s'intéressaient véritablement au sujet de sa matière : la main qui tenait le couteau, son cheminement de pensée alors qu'il planifiait son prochain meurtre, toutes les minuscules étapes qui menaient au coup fatal.
Dans le brouhaha des élèves qui, en une lente procession agacée, faisaient chemin jusqu'à son bureau pour y déposer leurs copies, Charlie n'avait pas relevé la tête, n'offrant aucune réponse aux rares étudiants qui prenaient encore la peine de lui dire au revoir. La voix de Désirée, en revanche, l'arracha à l'écran de son téléphone, et il avait fixé son regard sur la jeune femme. «C'est donc à ça qu'ont abouti toutes ces questions.», dit-il simplement au bout d'un moment. Ce faisant, il avait soulevé l'ouvrage et l'avait parcouru des yeux avant de le reposer devant lui. Il lui fallait avouer qu'il était surpris de se voir remercié, mais la flatterie ne lui passa pas au-dessus de la tête. «Après autant de louanges, j'espère au moins que mon nom est dedans.» Il y avait l'esquisse d'un éclat moqueur quelque part dans ses yeux clairs. Seulement une esquisse, parce qu'il n'était pas de ceux qui s'étouffent dans une fausse modestie nauséabonde. Ni humble, ni modeste, le professeur aimait être reconnu. Il n'avait pas juste répondu à des questions, il l'avait nourrie aux détails et était allé chercher telle ou telle nuance dans ses dossiers parfaitement organisés. «Si tu as utilisé ce qu'on a vu ensemble, ce livre pourrait valoir la peine d'être lu.» Combien de fois avait-il abandonné des livres à cause de leurs coupables mal construits, de leurs méchants stéréotypés ou du manque absolu de personnalité d'un personnage. «Si ce n'est pas le cas, j'ai bien peur de ne pas être à même de valider votre semestre, Miss Cravy.» Cette fois, l'éclat moqueur avait été accompagné d'un sourire. Ses yeux flottèrent quelques instants jusqu'à l'écran mourant de son téléphone, qu'il ranima aussitôt, par réflexe.
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Sujet: Re: don’t you think it’s boring how people talk ?Jeu 4 Mai - 17:55

La blonde n’avait jamais vraiment eu d’amis. Elle ne savait pas ce que c’était que de pouvoir compter sur quelqu’un, de pouvoir livrer toutes ses pensées à quelqu'un de réel, quelqu'un de physique, qui était capable d’écouter, de répondre et avoir une opinion qui lui était propre. Non, dans les vagues souvenirs qu’elle avait de l’orphelinat, Désirée était toujours seule, le regard bleuté souvent tourné vers une fenêtre ou un arbre, à se demander si elle pouvait faire un énorme trou dans le tronc et se faire avaler tout entière par cette bête de la nature. Après son adoption, son grand frère avait été sa seule ancre et le seul capable de la faire sourire, mais même là, elle ne parlait pas, ou alors par monosyllabe, seulement pour le suivre ou pour le contredire, rester blottie contre lui et soutenir ses longs regards et ses baisers qui parfois s’égaraient trop bas sur ses joues et trop bas dans son cou… Mais l’autre Cravy n’avait jamais su quel genre de tourments remuait son coeur et qui venait chuchoter à son oreille lorsque Désirée faisait semblant de dormir, les paupières soigneusement fermées, en espérant chasser les rayons du soleil un peu plus longtemps. Jamais de compagnon, jamais d’amis et les quelques amants qui étaient passés sur son lit étaient vite oubliés au réveil, l’acte physique laissant Désirée plus vidée qu’autre chose. Elle se mettait à détester la façon dont son corps semblait se courber et comment il réclamait de l’attention, comme si elle n’était rien d’autre qu’un vulgaire pantin, rien d’autre qu’une marionnette entre leurs mains.

Et même dans des instants aussi intimes et aussi uniques que ceux-là, Désirée formulait rarement ce qu’elle voulait et quelle était la nature de son vrai désir. Elle ne parlait pas, mais personne ne savait que dans les murs de son esprit, le silence était étranger, qu’elle hurlait encore et encore et que c’était seulement lorsque ses doigts se refermaient sur un stylo ou qu’elle pouvait pianoter à sa guise sur son clavier d’ordinateur qu’elle prenait vraiment forme. Que ce qu’elle voulait était là, dans cette réalité, dans les pages blanches. C’était elles, qui, complètement vierges, étaient ses meilleures amies, ses compagnons pour l’éternité, elles qui l’accompagnaient et qui lui tenaient les mains en retour dans les bons comme dans les mauvais moment et ça… Désirée ne pouvait pas le nier ni l’expliquer. Cette espèce de connexion qui la rendait complètement asservie par son art qui faisait qu’écrire était une source quotidienne d’angoisse mais également de repos. Mais c’était la première fois depuis ses premiers écrits, à savoir depuis ses 17 ans, qu’elle avait ressenti le besoin d’aller voir ailleurs, de demander de l’aide. Le professeur en face d’elle ne réalisait probablement pas l’importance d’un tel acte. Elle vivait seule, elle vivait de son art et de ses propres démons, qui lui fournissaient tout, l’inspiration, le papier, le sang, le crime, la chute parfaite et ils lui avaient rarement fait défaut. Jusqu'à récemment.

Désirée esquissa un sourire en voyant Charlie jeté un coup d’oeil à peine intéressé au roman, réduisant à une simple vulgaire dénomination un long et perpétuel travail. La romancière laissa échapper un rire à sa remarque suivante. « Hmmm… partager mes quelques moments de gloire avec un parfait inconnu du public ? Ne rêve pas Charlie, déjà je commence par te remercier, chose qui on le sait tous les deux est un exploit en soit. »  Le sourire qui illuminait le visage de la blonde à présent était purement hypocrite et pour cause. Comme tous les écrivains de son temps, Désirée restait un égoïste, elle ne partagerait pas ses quelques minutes de gloire avec qui que ce soit. Et puis, elle aurait dit à Charlie qu'on s'y faisait vite, les flashs, être reconnue dans la rue, inscrire son nom sur ses propres oeuvres comme si… comme si ça allait changer quelque chose, la rendre un peu moins détachée, un peu moins horrible et la rapprocher de tous ceux qui pensaient la connaitre parce qu'ils avaient lu son oeuvre. Comme si. « Que tu le lises ou pas n’a pas vraiment d’importance… j’espérais plus te payer un café pour toutes les migraines que j’ai dû causer au fil des mois avec mes questions. » Et la vérité, c'était que Désirée avait encore un tas de questions pour lui et pour sa discipline et qu’il la retrouvait très certainement assise aux premiers rangs d'ici quelques semaines, quand l’envie le lui prendrait.

Car, une chose que Désirée n'admettrait jamais à voix haut, en plus de se pencher sur tous les criminels que Charlie présentait avec un détachement certain, elle se penchait également sur lui, lui le professeur forcé et son air blasé. « Ou alors celles engendrées par tes élèves, vu que tu as l’air de les adorer autant que moi et mes lecteurs. » On disait souvent que les professeurs étaient des élèves ratés qui n’avaient pas su aller bien loin, dans le cas de Charlie, c'était surement vrai, ou alors il y avait autre chose qui le poussait à donner ces cours de cette façon-là, accordant des demi-réponses et des regards vides. Ceux qui venaient s'asseoir ici devaient comprendre que c'était forcément risqué. « … Ou quelque chose de plus fort qu'un café si on s’engage sur cette route. » Et c’était tant mieux, Désirée adorait le danger.  

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Sujet: Re: don’t you think it’s boring how people talk ?Ven 9 Juin - 15:41

Charlie n'aurait pas toujours su dire s'il ne se fascinait pour rien ou si ses passions mouraient trop vite, s'évanouissant devant ses yeux dès qu'il les fixait trop longtemps. S'il regardait le Poète quelques instants, son intérêt se disperserait sans doute aussi vite que l'intérêt qu'il portait à ce type qui mettait en valeur ses muscles sur l'écran de son téléphone juste là, quelques millimètres sous son pouce gauche. Lorsqu'il poserait les yeux sur ce visage noyé dans l'ombre, lorsqu'on enlèverait le masque, lorsque l'on tirerait le rideau – lorsqu'il tirerait le rideau, après quelques instants d'intense fascination, il se détournerait avec impatience, enfin libre de s'atteler à d'autres obsessions qui mourraient avant d'avoir pu naître. Il pourrait retourner à sa vie éphémère, de caprice en irritation. Charlie retournerait à son quotidien insensé, constamment à la poursuite d'un plaisir fugitif qui lui glissait toujours entre les doigts, principalement parce qu'il était trop borné pour tenter de le retenir, ou simplement pour s'en contenter. Mais le Poète était toujours hors de portée, dissimulé derrière mille pistes et aucune à la fois, son attraction magnétique stagnant dans l'air.

Rien ne l'aurait empêché de partir. Libéré des chaînes et des barreaux qui l'avaient maintenu enfermé pendant des mois, il aurait pu prendre la fuite aussitôt les portes ouvertes. Il aurait pu rester à Mobile, retrouver sa ville qui n'aurait toujours aucun égard pour lui, des rues qu'il connaissait et appréciait, des allées qui regardaient ses déambulations avec moins d'animosité que les briques et les pavés de Fairhope. Il n'aurait eu qu'à retourner à Fairhope, lancer ses maigres possessions dans une valise, embarquer son chat s'il avait la chance de se trouver sur place, et mettre la ville dans le rétroviseur. Rejoindre des eaux plus calmes où il aurait pu reprendre son travail, noyant le Poète dans d'autres crimes, noyant sa rancœur en la crachant sur d'autres. Ils auraient sans doute rechigné à le voir revenir, mais ils l'auraient probablement repris, son nom ayant été lavé de tout soupçon. Fairhope n'aurait été qu'un mauvais chapitre de plus dans sa vie bâclée, rien qu'une mare nauséabonde de plus. Il aurait pu fuir les rumeurs et les murmures, s'abriter du crachin qui s'abattait sans relâche. Partout où il allait, le nuage noir de mépris et de reproches le suivait, dégoulinant des yeux qui se détournaient lorsqu'il se retournait, suintant entre les mots qu'il surprenait parfois et hurlant dans les messes basses que son passage engendrait. Il s'était agrafé un sourire au visage, déterminé à ne pas les laisser gagner, et ce jusqu'à ce que ça se tarisse. Plus agacé que blessé, il avait refusé de baisser la tête et de leur donner satisfaction. Il n'avait aucune attache, et pourtant il était resté planté là, regardant la vase et la boue lentement l'avaler. Pour le Poète.

«Inconnu du public je sais pas, pendant un moment on aurait dit que tout le monde me reconnaissait.» Charlie aimait être au centre des discussions, il aimait que les conversations s'arrêtent un instant lorsqu'il entrait quelque part, comme si sa seule présence leur avait coupé la respiration. Pourtant il n'avait pas aimé la célébrité morbide que son accusation lui avait apporté. Même lui et son ego, même lui et son indifférence n'avaient pu échapper à l'humiliation. Les menottes à ses poignets étaient brûlantes de honte alors qu'on l'escortait jusqu'à une voiture de fonction qu'il avait dû conduire à peine quelques jours plus tôt. Tout ce qu'il avait pu faire, c'était les porter la tête haute. Puis il avait fait les cent pas dans sa cellule, avait fretté avec les raclures auxquelles il n'appartenait pas, juste pour qu'on le laisse en paix. Charlie n'avait aucun doute quant à sa supériorité. Si elle était déjà évidente au-dehors alors qu'il évoluait au milieu des autres, elle s'était trouvée exacerbée derrière les barreaux. Il valait mieux que ça. Et en sortant, il n'avait pu que se tenir la tête haute à nouveau, ignorer les murmures ou encore y prendre part. Il s'était parfois glissé dans les conversations qui le concernaient et les avait commentées. Cela mettait généralement les gens mal-à-l'aise, et ils se dispersaient comme s'il avait marché dans un nid de fourmis. «Mais je ne m'attendais certainement pas à des remerciements. Alors qu'est-ce que tu veux?» Il l'étudia quelques instants, parcourut son visage des yeux à la recherche d'une réponse à cette question, mais il cessa bien vite avec la promesse d'un café. Gratuit. Charlie aimait se faire offrir des cafés, des verres, des vêtements, n'importe quoi. Ça n'était pas tellement l'argent, c'était le geste. Il aimait qu'on tente de l'acheter.

«Non, en fait si tu m'invites, je me fiche de ce que tu veux. Let's get out of here.» Là-dessus, il s'était levé, le livre et les copies abandonnés sur le bureau. «Essaye de passer avec tes lecteurs autant de temps que je passe avec mes élèves, on verra si la vacuité de leurs esprits ne te refile pas de migraines. Aucune imagination, aucune classe. Comprendre et arrêter les criminels. Pourquoi ? Pour la justice. Bah.» Quelques clichés de plus défilèrent sur son écran pendant qu'il versait un peu plus d'animosité dans l'air et avant qu'il ne décide de ce qui était pour le moment le plus intéressant. Et c'était bel et bien Désirée et sa visite surprise. «Tu as donc officiellement toute mon attention.» Il rangea l'appareil dans sa poche et enfila sa veste. Charlie savait qu'il n'y avait pas véritablement de sincérité entre eux, mais il appréciait suffisamment de parler de sa seule passion pour passer outre. Il ne faisait pas semblant pourtant. Charlie était presque constamment Charlie. Il avait besoin d'un appât suffisamment conséquent pour le pousser à faire l'effort d'être quelqu'un d'autre. C'était peut-être le caractère de leurs conversations qui donnait à sa relation avec Désirée une saveur si particulière.

«Alors, pourquoi ce soudain élan d'amabilité?»
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Sujet: Re: don’t you think it’s boring how people talk ?Mer 12 Juil - 16:29

Son regard bleuté ne quittait plus Charlie à présent. Elle savait qu’il le suivrait et dans le fond, c’était tout ce qu’il lui fallait. Pas besoin de fausses promesses, pas besoin de confiance, il posait déjà les bonnes questions, ne mettant à aucun moment un masque, ne s’embarrassant pas de faux semblants. Il était juste lui. Quelque chose que Désirée admirait et détestait à la fois. C’était un homme. Alors il pouvait se permettre d’être arrogant, elle devait se cacher derrière une fausse timidité, derrière la politesse, derrière son statut de faible et d’ignorante, tout ça car la nature lui avait accordé le mauvais sexe. Le mauvais vraiment ? Ou le plus fort… Elle ne s’était jamais vue comme faible et mentir était devenu comme une seconde nature à force. Un peu comme une seconde peau qu’elle devait enfiler tous les matins, et tel le vil serpent qu’elle était, elle finissait toujours pas en sortir, plus vive, plus mature et beaucoup plus létale.

Elle n’allait pas mordre Charlie, elle l’appréciait pour ce qu’il était et parfois elle avait envie de lui poser des questions sur sa vie de sergent. Pas parce qu’elle voulait savoir s’il avait réussi à se rapprocher du Poète, mais bien parce qu’elle voulait entendre les choses de son point de vue à lui. Le rouquin avait une façon singulière de s’exprimer, un franc-parler qu’elle ne retrouvait que dans les tréfonds de son propre esprit et sur ses écrits noirs encres, tout qui ne faisait que la réconforter. Que du mensonge, mais du mensonge dans le vrai, les histoires que Désirée étaient toujours vraies dans leur façon d’exister et aucun de ses personnages ne se cachait ou ne mentait. S’ils étaient bons, ils l’étaient sans absolument aucune concession, s’ils étaient aussi noirs que l’encre dans laquelle ils allaient mourir, elle ne les écrivait pas autrement. Elle ne les cachait pas et dans le fond, elle savait qu’elle aurait pu inventer quelqu’un comme Charlie. Il n’y avait qu’à entendre sa prochaine remarque. Et Désirée savait que l’attention des autres ne le gênait pas vraiment, qu’il pouvait continuer d’évoluer dans la lumière et ne pas laisser cette dernière la déranger outre mesure, il était là pour ça, parce qu’il connaissait les règles et qu’il pouvait donner aux gens ce qu’ils avaient mérité. Ni plus, ni moins. Et certains méritaient bien qu’on les envoie sur les roses, pas de doute la dessus. « Eh bien... nous vivons au siècle où tout le monde a son petit moment de gloire, un certain Andy a dit cela il me semble. Ne laisse pas tout ça te monter à la tête mon grand. » dit la blonde sur un ton qui se voulait bienveillant mais qui ne l’était absolument pas.

Charlie l’avait rangée dans la bonne catégorie, savait qu’elle ne faisait absolument rien sans rien et que ses intentions n’étaient pas louables, Désirée faisait partie des grands égoïstes et ce n’était pas juste pour remercier Charlie qu’elle était là. « On va commencer par un café et ensuite on verra où cela nous mènera. » Une simple déclaration tandis que le professeur enfilait sa veste. « Et bien sur que je ne suis pas venue là pour tes beaux yeux mais tu serais surpris… » Désirée eut un autre sourire, plus sardonique cette fois-ci et elle lui tint même la porte ouverte, histoire de montrer sa bonne foi. Mais la romancière n’était pas cruelle et ce fut lorsqu’ils remontèrent les couloirs de l’université qu’elle perça le silence une nouvelle fois. Que personne ne s’y méprenne, elle adorait entendre le bruit de ses talons sur le pavés, elle savait également que la patience n’était pas le fort d’un homme comme Charlie et que si elle ne lui donnait pas quelque chose d’intéressant à se mettre sous la dent, il irait voir ailleurs pour son café, ou ailleurs tout cours. « Je me disais qu'un grand expert comme toi aurait une ou deux chose à me dire sur les serial killers qui décident de repousser l’heure de chacun de leur meurtre. Et je fais bien entendu référence à notre cher Poète, et je ne veux pas ton avis d’ancien flic, mais bien celui du professeur qui aime torturer ses étudiants.» Désirée finit sa phrase en haussant un sourcil parfaitement dessiné, elle n’avait pas l’intention de cacher la raison de sa venue, surtout pas quand cette dernière était si importante. Surtout pas quand le silence de ces dernières semaines n’avait absolument rien de salvateur et qu’il tuait peu à peu son inspiration. Elle se souvenait encore des questions d’Oscar, qui avait osé lui demander si elle se servait du fait divers pour alimenter ses romans. Oh si seulement les choses étaient aussi simples, Désirée aurait souhaité avoir la banalité de Stephen King et écrire la même chose depuis dix ans mais non… Ses démons à elle ne dormaient pas et il leur fallait sans cesse de la chaire fraiche. « Je veux dire... regarde-les. » Elle venait tout juste de s’arrêter devant un groupe d’étudiants qui leur barrait soudainement la route. Le trémolo joyeux et hypocrite qu’elle gardait d’habitude dans sa voix avait absolument disparu de même que son habituel sourire; le masque s’étant complètement envolé. « C’est d’un ennui mortel… tu ne trouves pas ? »  

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Sujet: Re: don’t you think it’s boring how people talk ?Mar 8 Aoû - 0:59

Il ne comptait plus les heures qu'il avait passées, perdu sur internet ou dans les bras d'un livre, avalant page après page d'études sur les tueurs en série, annotant, recopiant, mémorisant, surlignant. Tous ses livres étaient abîmés, cornés et jaunis par l'usure à force qu'il les ait lus, relus, étudiés, disséqués. Il avait des carnets entiers d'observations, des essais de son propre cru, des notes, des gribouillages et des mauvaises idées griffonnées à la hâte entre des lignes silencieuses. Certains dataient de ses études, lorsqu'il s'était plongé au milieu des plus grands tueurs de l'histoire et qu'il leur avait parlé, en quelque sorte, extirpant ses enseignements des descriptions flegmatiques de ses professeurs, et des heures passées à la bibliothèque universitaire. La police avait eu l'amabilité de les lui laisser après avoir passé son appartement au peigne fin. D'autres, plus récents, s'étaient empilés depuis qu'il avait été libéré de prison. Ses mois de chômage l'avaient rongé d'ennui, et son nouvel objectif s'était imposé de lui-même. Alors il avait tout repris, tout relu, il avait détaillé l'affaire du Poète aussi pointilleusement qu'il le pouvait sans avoir accès aux dossiers, simplement de mémoire (et la sienne était excellente). Charlie connaissait son sujet, il passait ses journées à discuter de crimes, de meurtres, de modes opératoires, de signatures, de mobiles. Il baignait constamment dans le sang des victimes d'autrui, flottant tranquillement au milieu des cadavres sans ciller. La crasse, la putréfaction et la mort ne l'atteignaient pas, imperméable qu'il était à tout ce qui l'entourait. Il ne prenait que les émotions qu'il voulait dans l'immensité de l'univers. Principalement le plaisir, la satisfaction, la fierté, l'excitation. Quand d'autres s'imposaient à lui, quand d'autres se glissaient sous sa peau, la colère, l'anxiété, l'inquiétude, ou même la tristesse, il perdait toute contenance. Elles ne le trouvaient pas souvent, cependant.

Il avait évidemment abordé le sujet du Poète en classe. Difficile de passer à côté, quand tous ces jeunes gens rêvaient de planter leurs griffes dans ses actions pour les disséquer et être celui ou celle qui les comprendrait enfin, et qui pourrait les arrêter. Il ne l'avait fait que succinctement, s'en tenant exclusivement à tout ce qui était du domaine public, et il transperçait du regard ceux qui osaient en appeler à sa propre expérience. Ils savaient, évidemment, et ceux qui ne savaient pas n'avaient eu qu'à faire une simple recherche internet pour le découvrir, et quel étudiant en criminologie ne l'aurait pas fait. Il l'avait d'ailleurs annoncé à la classe en début d'année. Il leur avait dit que ceux qui n'avaient pas pris la peine de s'intéresser à lui, à ses qualifications, à son passé, n'étaient décidément pas faits pour être assis dans sa classe, et qu'ils sortent, s'il vous plaît. Quoi qu'il en soit, il avait refusé de s'étendre trop longuement sur le sujet du Poète. Certainement pas par gêne, ni par égard pour ceux que la mention de son nom importunait. Charlie abordait l'enquête sans le dégoût, l'embarras, l'inconfort qui empâtaient les forces de police de la ville. Il n'emportait pas les crimes avec lui dans son sommeil, il n'était pas hanté par les fantômes de ces gens qu'on n'avait pu sauver. Il dormait comme un mort, paisible et imperturbable. Il n'était ni ému, ni touché par les corps qui tombaient, même par celui d'Estrada qu'il avait touché, qui l'avait touché, même si ça n'était que physiquement. Non, si Charlie refusait que ses élèves planchent sur l'affaire du Poète, c'était bien pour avoir le champ libre. Personne ne profiterait d'une classe entière d'élèves parcourant les rues à la recherche d'indices, faisant obstruction à la justice en étant au mauvais endroit au mauvais moment, faisant surtout, surtout obstruction à ses propres investigations et mettant à mal la discrétion qu'il s'évertuait à conserver. De plus, il ne pouvait pas risquer de voir son intellect mis à mal par un chanceux qui trouverait par hasard la clé du mystère. Ils l'avaient poussé, pourtant, ils avaient insisté et insisté, n'obtenant que des réponses sèches et négatives. Des réponses à son image.

Enfin, ils avaient fini de se faire la cour. Désirée entrait dans le vif du sujet, et Charlie plongea dans ses pensées alors que leurs pas résonnaient dans les couloirs. Étrange tableau qu'ils peignaient là, la jeune femme sublimée par la confiance avec laquelle elle se déplaçait, propriétaire des lieux, divine dans sa beauté et son pouvoir alors qu'elle arpentait des couloirs dont elle possédait l'âme quelques instants ; et lui, la controverse, partageant sa foulée, épargné par sa grâce alors qu'il évoluait à ses côtés comme si elle n'était rien d'autre qu'une femme de plus. Comme si. Même les yeux les plus distraits s'étaient tournés vers eux quelques instants. Charlie ne saurait jamais si quelqu'un d'autre avait aperçu l'autre Désirée, la vraie, celle qui se cachait derrière ses sourires, alors qu'elle s'arrêtait et contemplait la basse-cour. Le sourire de Charlie, lui, s’agrandit alors qu'il promena un œil paresseux alentours avant de se concentrer sur la jeune femme, bien plus intrigante que la foule d'étudiants qui se pressait là. «Oui, mais malheureusement bien peu en meurent. Les meilleures années d'une vie, ils appellent ça. J'imagine, cependant, que tu ne fais pas seulement références à ce groupe-là. La vacuité d'une existence banale, le bourdonnement sourd d'une vie monotone et inutile, la cacophonie créée par 7.4 milliards de bourdonnements, moins trois. Toi, moi, et ce ''très cher Poète'' qui a l'air de te tenir à cœur.» Alors que le chemin s'ouvrait devant eux, non sans quelques sommations de la part de l'enseignant, Charlie grinça qu'eux, en tout cas, l'ennuyaient définitivement à en mourir. «Du coup, j'imagine que tu fais référence au fait que les victimes se raréfient. Cinq mois déjà qu'on n'a pas eu de victime à se mettre sous la dent. Cinq mois avant ça entre Mary Wilson et le barman, donc dix mois que personne n'est mort. Avant ça, la plus longue période sans cadavre c'était huit mois, entre Laurel Clyne et ce cher Luis Estrada. Ce que moi j'en dis?» Il haussa les épaules et écouta quelques instants l'écho de leurs pas. Ceux de l'assassin s'étaient-ils mêlés aux leurs? «Je pourrais dire plein de choses, mais je ne suis pas encore cafféiné.» Charlie n'était pas prêteur, il avait encore quelques retenues à partager ses réflexions avec la jeune femme. Il était tentant, cependant, d'exprimer son avis, pour une fois. D'autant qu'il n'avait pas arrêté son avis sur la question.«Voilà ce que d'autres en disent, en attendant : quelques années de ça, des chercheurs ont fait une étude qui ''prouve'' que les tueurs en série agissent quand, qu'est-ce que c'était, déjà? Ah oui, quand il y a un trop grand nombre de décharges neuronales simultanées dans leur cerveau. There you have it. C'est censé expliquer la chronologie des tueurs en série, les maths. Tu peux aller lire la thèse, je ne me souviens plus de leurs noms. Stochastic... something of a serial killer, ça s'appelle.» Il n'aimait pas cette idée, qui enlevait tout dessein au tueur en série, le réduisant simplement à un caprice biologique. Non, le Poète avait un but, un objectif. «Sinon, peut-être qu'il s'est fait peur avec Mary Wilson et qu'il a du coup ralenti le rythme. Ou alors il prend le temps de mieux se préparer, on a affaire à des mises en scène plus élaborées depuis le début de l'année. Il ne nous laisse plus trouver les corps, il les expose, il nous les met sous le nez. La signification n'est plus la même. Ou alors il prend le temps de savourer l'effet que sa disparition et réapparition fait en ville. Quand, comment, surtout qui? Il laisse les questions planer comme des épées de Damoclès au-dessus des têtes, il laisse les pistes refroidir, il se laisse du temps. Pour la conférence, ça a demandé beaucoup plus de préparatifs que d'habitude. Peut-être qu'il nous prévoit un autre gros coup.» Il resta pensif un instant, et reprit dans un sourire. «Qui sait, peut-être qu'il s'est délocalisé ailleurs, mais ça m'étonnerait. Il ne s'est pas éloigné de la ville de plus de 30 minutes, même pas pour une balade dans l’État, il y a quelque chose de personnel entre cette ville et lui. Souvent l'endroit importe moins aux tueurs que les victimes, et parfois les victimes importent moins que la façon de tuer, mais c'est pas le sujet. Ici, il reste concentré sur cette ville. Qu'est-ce qu'elle lui a fait?»

Charlie ralentit ses mots qui s'étaient emportés, comme ils le faisaient chaque fois.
«I mean, I don't blame him. The place's a dump. That's motive.»
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Sujet: Re: don’t you think it’s boring how people talk ?Lun 14 Aoû - 1:02

Est-ce que Désirée était venue chercher des réponses ou juste quelqu'un qui pouvait l'écouter parler ? La romancière adorait le son de sa propre voix certes, mais ce n'était pas vraiment le genre d'échange qu'elle allait infliger à Charlie. Non, si c'était juste pour le rabaisser elle n'aurait pas posé son macbook dans cet amphithéâtre il y a mois de cela, à la recherche de vraies réponses et un moyen de passer le temps. Le temps était une drôle de chose quand on y pensait, une notion absurde que la blonde n'avait jamais compris et qui pourtant régissait sa vie. Plus jeune, elle n'y avait pas pensé, croyant naïvement que toutes les journées avaient la même valeur et qu'elles se ressemblaient toutes. Et puis elle avait fini par quitter les couloirs trop blancs de l'orphelinat et les mines terrifiées sur son passage. Personne pour la montrer du doigt, personne pour la contraindre à la normalité et pour tenter de veiller sur elle. Oh il y avait bien eu Heath mais c'était d'une toute autre relation dont on parlait à présent. Non vraiment, Désirée ne s'était rendue compte de la course du temps qu'au moment où elle s'était mise à écrire, il y a de nombreuses années de cela. Les pages avaient une importance, un poids, ses personnages voyaient les jours, vivaient, mourraient, alors elle aussi, elle aussi pas vrai ? Elle ne pouvait pas les manipuler et leur vendre des rêves si elle ne se rendait pas compte des bases, n'est-ce pas ?

Et le temps passait donc et maintenant que le Poète se faisait rare, la raison qui faisait qu'elle était restée à Fairhope toutes ses années avaient fini par s'éteindre, enfin commençait à s'éteindre. Aussi, la blonde croisa les bras sur sa poitrine, un léger sourire aux lèvres au ton détaché de Charlie qui semblait presque partager son point de vue. Presque. Les meilleures années d'une vie vraiment ? Passées sur les bancs universitaires à trimer pour jongler avec des connaissances, une vie sociale et un minimum d'argent ? Oh oui bien entendu, ils étaient jeunes, toutes les chansons du monde était pour eux, la vie leur souriait et ce genre de conneries qui lui avait toujours donné envie de vomir. Elle l'admettait, la jeunesse avait son avantage, elle prévoyait de se pendre dès que son premier cheveux gris apparaitrait, là, au milieu de la tignasse blonde. Mais il y devait y avoir plus que ça à l'existence, non ? Plus que de respirer juste pour faire du bruit... Ses iris bleus glacés ne quittèrent pas le professeur tandis qu'il abordait son sujet préféré, enfin, comme s'il faisait exprès de la faire languir. Il ne révéla cependant rien, rien de personnel, si c'était une partie d'échec, Charlie choisissait volontairement de ne pas sacrifier quelques pions. Dommage, la reine avait tellement plus d'importance.

« Tes services ne sont pas chers payés Delaney... vraiment pas. » commenta la jeune femme, l'ombre d'un sourire naissant sur son visage. Mais elle comprenait que Charlie ne veuille pas lui livrer ce qui se passait vraiment sous ses mèches rousses. Elle ne le blâmait pas, elle n'avait pas la prétention de pouvoir le comprendre, mais elle pouvait écouter, oh que oui elle pouvait écouter et surtout ne pas le juger et offrir une vision bien différente des choses. Car elle n'était pas commune, elle n'était définitivement pas comme eux et certainement pas comme lui.  Son sourire s'agrandit à sa dernière remarque, rien ne l'atteignait pas vrai ? Elle pouvait comprendre, après tout, si Désirée portait tout le temps des talons c'était bien pour avoir l'impression d'écraser le monde entier sous chacun ses pas. Dans ses iris couleur azur, ils avaient tous l'air d'insecte, à s'agiter, à faire du bruit, à chercher à manger, à se reproduire, à crier et à se détruire. Tout ça pour quoi ? Tout ça pour finir par mourir...
« Je pense qu'il a un lien avec la ville, peut-être qu'il est né ici ? Peut-être pas. Mais ça ne s'est que mon avis préliminaire, je crois qu'il va me falloir beaucoup de café également. » Désirée lui renvoya sa remarque, un peu trop facilement d'ailleurs et finit par ouvrir la marche pour qu'ils quittent le campus. Pas trop cependant car la romancière jeta son dévolu sur le premier café à proximité du campus, l'endroit était vide pour le moment, après tout c'était l'heure de se rendre à la bibliothèque ou de se terrer dans sa chambre pour oublier la mauvaise journée passer en cours.« On ne s'éloigne pas trop tu vas devoir faire face à tes fans...je veux dire tes charmants élèves.»

Elle le laissa commander et opta pour un grand café noir son favori, elle trouva une table près de la baie vitrée et retira enfin son manteau, faisant une nouvelle fois face à Charlie, prête à reprendre la conversation là où elle l'avait laissé. « J'ai trouvé Mary Wilson comme tu le sais déjà, et crois-moi, même si elle s'est échappée de chez elle, il n'y avait rien de précipité ou de raté avec sa mort, il voulait qu'on la trouve comme ça, pas de doute là dessus.» Elle s'en rappelait comme si c'était hier, la voix précise sortant de l'enregistreuse, les vêtements amples, le masque... Ce n'était pas du hasard, Mary Wilson représentait quelque chose, comme toutes les victimes qui avaient été retrouvées mortes. Désirée ne comptait pas révéler ce qu'elle savait de plus et ce qu'elle avait fini par découvrir en surveillant cette affaire de près, non, elle avait peut-être un minimum de respect pour Charlie, mais l'écraser sous son pouce aurait également été un bon compromis, pas de doute là dessus. « Pour ce qui est d'Adam.... j'avoue que je ne sais pas, tout laisser au hasard ça rend presque tout son travail... inutile, tu ne trouves pas ? » Pourquoi la mairie ? Pourquoi prendre le risque de se faire prendre ? Pourquoi laisser au blond la possibilité de vivre ? « Mais on en revient aux fondamentaux, est-ce que le meurtre est utile ?»

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