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 various storms & saints

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overjoyed - we survived

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◆ Manuscrits : 374
◆ Arrivé(e) le : 28/08/2015
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Sujet: various storms & saints Lun 1 Mai - 21:54

various storms & saints


mars 2016

"My name is Ruby Lily Swann, je suis muette depuis ma naissance et je donne des cours de danse classique. Je vis à Fairhope depuis presque neuf ans maintenant et j’ai été agressée par celui qu’on surnomme le Poète le 2 Novembre 2013."

Il n’y avait qu’une seule prise.
Une seule prise dans le salon de Ruby la trentenaire en face de la caméra qu’elle avait achetée pour l’occasion, ses mains se refermant sur les pancartes qu’elle avait préparé il y a quelques jours de cela. Les traits de Ruby étaient tirés, il y avait des cernes sous ses yeux et pas l’ombre d’un sourire sur son visage, juste une profonde tristesse.

La brune ne dormait plus beaucoup depuis l’enterrement de Tobias, Shoes était fermé depuis le début de mois, Ruby avait pris sur elle et envoyé un e-mail à tous les parents de ses élèves les plus fidèles. Elle avait eu le droit à quelques réponses agacées et une incompréhension générale. Mais Ruby ne pouvait pas danser, elle ne pouvait plus être libre sur les planches avec tout ce qui se passait dans la ville. Une nouvelle chaine venait d’apparaitre autour de sa cheville et de son cou, pour la clouer encore plus et la laisser mourir dans cette réalité. Quand elle essayait de dormir, elle se réveillait après seulement dix minutes, le visage de Tobias s’effaçant de ses paupières, la culpabilité la tenant bien droite dans son lit. Peut-être qu’elle aurait dû lui dire que Laurel était enceinte. Mais qu’est-ce que cela aurait changé ? Personne ne le savait à part elle, si la police avait choisi de ne pas divulguer cette information… elle devait se taire pas vrai ? Non, Ruby ne voulait pas le faire, sa dernière conversation avec Arthur, cet enterrement, tout ça l’avait laissée profondément froide. Il y avait quelque chose de brisé qui avait pris naissance là dans sa poitrine, elle avait besoin de tourner la page, elle voulait aller de l’avant, pouvoir pleurer une dernière fois et mettre tout ça derrière elle.

Deux ans que sa vie était en pause, deux ans qu’elle n’envisageait plus de futur à cause de cette fameuse soirée et de toutes ses conséquences. Et personne n’avait de réponse, alors elle allait remuer ciel et terre pour en trouver. Que risquait-elle ? Ruby n’avait pas la prétention de vouloir vivre plus que cela, elle n’attendait plus rien de la vie, fonder une famille et ce genre de bêtise ne l’atteignait vraiment pas. Elle ne voulait pas qu’une autre vie prenne forme avec sa tare à elle, non; le cycle s’arrêtait avec elle. Tout s'arrêtait ici et maintenant, la brune n’avait pas l'intention de laisser sa trace ici, ou ailleurs, pas dans cette vie-là, pas tant qu'Il était toujours dans les rues et pas tant que des vies étaient prises à cause de Lui. Ruby avait pris sa décision le jour de l’enterrement de Tobias, celle de faire du bruit. Elle avait décidé de se filmer et d’énumérer tous les détails dont elle se souvenait concernant son agression, mais également son séjour à l’hôpital et sur sa déposition et tout ce qui se passait en ville depuis. Tout. Elle ne cacherait absolument plus rien. Elle comptait mettre la vidéo en ligne dans quelques mois, peu importe si ce n’était pas correct, peu importe si la police locale voyait ça comme quelque chose de mauvais ou comme l’acte de quelqu’un qui avait perdu toute sa raison, Ruby voulait faire quelque chose, ou du moins elle sentait qu’elle devait faire quelque chose. Pour que les choses avancent et bougent et qu’elle n’ait plus l’impression d’être dans une impasse et contre ce mur qui semblait l’engloutir jour après jour.

Brique par brique, Ruby disparaissait, elle pouvait se sentir de plus en plus immobile, elle n’avait déjà plus de voix, alors si ses pieds ou ses mains se retrouvaient coincés… que lui resterait-il ? C’était bien pour ça que ça que la brune avait choisi le format vidéo, de cette façon, sur la toile, il y aurait une trace d’elle, encore vivante. Ruby avait poussé un long soupir après sa confession et avait fini pour éteindre sa caméra, se promettant de regarder le résultat plus tard. Elle n’allait pas se contenter d’un seul témoignage, il lui en faudrait plusieurs. C’était bien pour cela que Ruby avait accéléré l’allure en voyant l’heure et encore plus quand elle grimpa sur son vélo. La brune voulait remonter à la source, tout montrer, toute la peine et la misère que le Poète avait causé, sans l’oeil obscène et malsain des journalistes qui voulaient uniquement faire grimper leur audience. Non, pas de mise en scène, pas de gros titres, rien de surjoué, cela serait cru et brutal, telle que la vie l'était toujours. Ruby s'arrêta devant l’école de la ville et se mordit la lèvre inférieure face à la scène qui se jouait devant elle, les rires lui parvenant au loin. Elle n’avait pas d'angle d’approche, elle ne jouait pas, elle voulait juste la vérité. Elle avait déjà écrit quelques mots sur un bout de papier coincé dans la poche arrière de son jean, elle marqua une pause en voyant la silhouette parfaite d’Amelia Williams, un franc sourire sur le visage. L’image opposé de Ruby qui après avoir tiré sur les pans de son t-shirt qui était trop fois trop grand pour elle, un cadeau de son ex, elle fit un signe de la main à l'autre professeure avant de se prendre sa décision et se diriger vers elle, pour lui tendre son discours.

Bonjour, je suis Ruby. Peut-être que vous m'avez déjà vue dans les journaux ou plus récemment. Mais je sais déjà qui vous êtes, et j'aimerais bien vous poser quelques questions.

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Sujet: Re: various storms & saints Mer 3 Mai - 17:40

D’après la légende, il y avait deux types de professeurs :
Il y avait ceux qui voyaient leur métier comme rien d’autre qu’un boulet. Ils l’avaient choisi par dépit, mettant leur grand rêve de côté pour répondre à rien d’autre que leurs besoins immédiats d’argent et de distinction. Au détour d’un couloir, on entendait souvent dire que les professeurs n’étaient rien d’autres que des ratés. Ainsi, ceux qui enseignaient l’anglais avaient un jour nourri le vain espoir d’être publiés et de hisser leurs savoureux écrits au rang de best-seller, et pourquoi pas de grands classiques ; ceux qui enseignaient l’éducation physique et sportive avaient connu la gloire lors de leur propre scolarité, quand ils faisaient encore partie de l’équipe-vedette du lycée, et gardaient en eux un besoin maladif de reconnaissance ; ceux qui s’occupaient de la chorale de l’école regrettaient amèrement d’avoir tout abandonné pour batailler avec les conflits hormonaux d’une bande de gros bébés geignards, bien trop craintifs face à la grande Broadway et ses majestueux théâtres – ceux-là, on les accusait de profiter de leur autorité acquise grâce à leur statut d’enseignants pour se venger de la Destinée en s’en prenant directement à leurs élèves plein d’ambition et d’avenir, et en ne jouant pas le jeu de la sympathie et de la dévotion à la cause qu’ils s’étaient pourtant engagés à servir : l’éducation de la jeunesse. Et ils peupleraient encore longtemps les cauchemars de leurs boucs émissaires, leurs punitions sévères ayant souvent l’effet escompté, les traumatisant alors pour de très longues années.

Et puis, il y avait ceux qui se souciaient sincèrement d’inculquer culture et valeurs aux prochaines générations, et qui ne traînaient pas des pieds pour rejoindre leur classe tous les matins, hors-période de vacances scolaires. Leurs intentions étaient louables, leur bienveillance était telle qu’on les remerciait par petits mots griffonnés maladroitement sur un bout de papier et colliers de macaronis, et ils ne tiraient qu’un seul avantage à avoir choisi de faire ce métier : la joie de voir s’illuminer la lueur de compréhension dans les yeux d’un enfant lorsqu’il mettait le doigt sur la solution d’un problème de mathématiques particulièrement difficile à résoudre, ou qu’il apprenait les grandes lignes de l’Histoire de son pays. En vérité, tout ça ne rendait pas justice à la fonction d’enseignant – elle était bien plus nuancée que ça, avec ses avantages et ses inconvénients, et cette liste de lieux communs si longue à dérouler n’en finissait plus de dispatcher insultes et inepties à l’égard de ceux qui consacraient leur vie aux générations futures. Pourtant, si l’on devait placer Amelia dans l’une de ces catégories, c’était sans doute dans la dernière. Il n’y avait qu’à la voir, les jambes écartées sous le jupon de sa longue robe fleuries, la tête dépassant de l’arche formé par ses genoux qu’elle avait dénudés en relevant sa robe de quelques centimètres pour mieux observer, à travers le rideau blond de ses longs cheveux pendouillant devant ses grands yeux bleus, le trajet de la balle qui roulait dans sa direction. Sans y réfléchir, elle la renvoya vers ses élèves d’un coup de poing énergique, tandis qu’elle se faisait juger par ses collègues de travail qui n’appréciaient guère la façon dont elle s’impliquait dans les jeux des enfants lors de la récréation.

« Un point pour nous ! » déclama-t-elle en se redressant d’un trait. Le jupon de sa robe retomba sur ses chevilles, et le sourire qui fendit son visage lorsque sa petite équipe s’approcha d’elle pour lui taper dans les mains concurrença l’éclat du soleil qui trouait le nuage assombrissant le ciel. Elle se mordit la lèvre inférieure, mimant l’effort, en gratifiant une partie de ses élèves d’un claquement de paume, et sautilla sur ses talons, prête à en découdre de nouveau « Une minute. Reprenez sans moi ! » lança-t-elle pourtant, son regard pétillant s’arrêtant sur la silhouette d’une femme flanquée derrière les grilles de l’école. La désapprobation des enfants fut générale, mais elle ne se laissa pas attendrir ; elle connaissait cette femme.

Il lui semblait l’avoir aperçue lors des funérailles de Tobias. Elle cligna des yeux, glissant une mèche de cheveux ondulée derrière son oreille en s’approchant de la grille. Elle attrapa le bout de papier que la jeune femme lui tendait. Millie ne lut pas tout de suite le discours inscrit dessus. Elle étudia les traits du visage qui lui faisait face – leur finesse la fascina un instant, et sa certitude se confirma ; c’était elle qui avait tant pleuré ce jour-là, une ardoise pendue à son cou pour défendre celui qui ne pouvait plus le faire lui-même, enterré six pieds sous terre. Amelia marqua un temps, plissant les paupières en lui adressant une dernière œillade insistante ; ce n’était pas la première fois qu’elle l’avait vue, et une nouvelle fois, son impression fut attestée par les quelques lignes que Ruby lui avait écrites : plus qu’une pleureuse de l’antiquité, elle était une victime du Poète.

« Je sais qui vous êtes, moi aussi. » lui répondit-elle dans un murmure, puis elle releva la tête pour la regarder dans les yeux. Millie la fixa avec compassion, et après une hésitation, elle jeta un furtif regard par-dessus son épaule, reprenant d’un même mouvement « Vous n’avez pas choisi le meilleur moment, je le crains. » Elle lui rendit son bout de papier tout en remarquant son vélo qu’elle désigna d’un signe de tête « Je peux quand même vous demander quel genre de questions vous voulez me poser, que vous n’ayez pas fait tout ce chemin pour rien ? »
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Sujet: Re: various storms & saints Mar 23 Mai - 0:28

Face au regard de la blonde, Ruby avait l’impression de disparaitre. Comme si Amelia la voyait vraiment, pas seulement la frêle silhouette, pas seulement les larmes qui coulaient chaque nuit, mais cet espèce d’élan, ce sentiment au plus profond d’elle, cette chose qui se débattait et qui faisait de son mieux pour faire du bruit et que personne ne pouvait ni voir justement et encore moins écouter. Face à ses yeux-là, elle fut forcée de baisser le regard et de se dire que peut-être elle aurait dû rebrousser chemin. Pour se contenter d’observer le monde d’Amelia de loin, un monde fait de rires, de sons et d’expressions qui étaient vraies et de sentiments réels qui étaient souvent réciproques. Jamais Ruby ne s’était sentie aussi bancale, et pourtant, aucun mot n’était passé entre elle, pourtant Ruby avait envie de se laisser retomber contre l’épaule d’Amelia et lui demander de l’aider. Elle avait besoin d’aide, plus que jamais, plus qu’elle ne pourrait jamais le dire ou l’exprimer. Peu pouvait la comprendre, peu se retrouvait dans une impasse comme la sienne, confronté au pire parti de leur personne et peu pouvait continuer d’avancer avec.

La vérité… c’était que Ruby avait été lâche, elle s’était cachée derrière son punching ball, prétendant apprendre à se défendre pour regagner son indépendance. Mais si elle voulait frapper car on l’avait déjà mise à terre… elle n’était guère mieux que les autres pas vrai ? Elle ne se relevait pas, non, elle faisait en sorte que la douleur soit moins vive. Ni plus, ni moins. Ruby voulait se lever, pousser des portes et ne plus se laisser marcher dessus. Elle ne savait pas quel élan l’avait poussé à traverser la ville ce matin-là, couverte de sa propre bile et de son propre sang, pour alerter les services de police. Ça, cette volonté de vivre, de s’agripper à sa propre existence avec les ongles, avec les dents, où était ce souffle ? Où était-il passé ? Il devait revenir, il devait revenir et ne plus jamais la quitter, revenir avant que les cauchemars ne finissent par l’engloutir réellement. Ruby n’était pas naïve, elle n’espérait pas qu’Amelia la sauve, mais c’était un premier pas en avant. Elle esquissa un maigre sourire alors que l’autre jeune femme disait la reconnaitre, beaucoup se retournait sur son passage depuis l’enterrement de Tobias et si peu osait lui dire bonjour désormais. Comme si en défendant son ami de longue date, elle s’était faite une longue liste d’ennemis, comme si. Ruby hocha la tête aux prochains mots d’Amelia et finit par sortir son ardoise de son sac. Désolée. Gravait-elle rapidement avant d’écrire les mots suivants. Je vais être directe.

Il y a quelques semaines de cela, Ruby se serait tenue à distance d’Amelia et aurait continué sa vie, sans rien demander à personne. Ou alors elle aurait usé de beaucoup plus de tact et de politesse. Elle ne serait certainement pas venue la déranger sur son lieu de travail en plein milieu de la journée. Mais tout passait tellement vite désormais et maintenant tout se résumait à la tombe de Tobias, presque immaculée à côté de celle de Laurel. Tout se résumait à cela. Tellement que Ruby fut forcée d'écrire son message suivant en plusieurs fois pour être certaine qu’Amelia puisse tout lire. Je sais que vous êtes liés à plusieurs victimes du Poète et que vous avez été arrêtée à plusieurs reprises par les services de police de la ville. Je sais à quel point cette expérience a dû être traumatisante, surtout que personne n’a du prendre de pincettes avec vous ou vous traiter comme un être humain. Ruby avait bien insisté sur le dernier mot, elle savait à quel point les employés la brigade de police de la ville pouvait mettre les pieds dans le plat et être lourds au possible. Elle avait dû attendre un temps fou avant qu’on puisse lui trouver un interprète digne de ce nom qui pouvait prendre sa déposition, temps qu’elle avait passé à dans un lità , privée de son ardoise et incapable de s’exprimer, incapable de protester car son esprit et son corps se faisaient endormir par de nouvelles drogues qui elles étaient censée être salvatrices. L’agression n’avait été que le début au final, le début de la spirale infernale qui l’avait conduit à s’enfermer chez elle et pleurer à chaudes larmes pendant près d’un an.

Ruby ne voulait plus que quelqu’un d’autre se retrouve à sa place et surtout que personne ne glisse dans celle de Tobias désormais. Depuis quatre ans, l’horreur durait et eux ils se contentaient d’essuyer les marres de sang et de poursuivre leur bout de chemin. Comme si… comme si de rien était, comme si tout ça ne laissait pas sa marque. Ruby en avait assez de prétendre, le mensonge s’arrêtait avec Tobias. Je veux juste que tout le monde entende votre histoire.Une fois les nouveaux mots inscrits sur l’ardoise, Ruby tira enfin sa caméra de son sac, la pointant en direction d’Amelia.

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Sujet: Re: various storms & saints Mar 30 Mai - 22:49

Alors que les exclamations enfantines se multipliaient dans son dos, la fin de la récréation approchant à grands pas, l’attention d’Amelia fit le point en se reportant immédiatement sur la jeune femme de l’autre côté de la grille, et dont la silhouette était entrecoupée par la présence des barreaux en ferraille. En quelques secondes à peine, Ruby avait réussi à piquer sa curiosité en griffonnant de simples mots sur un bout de papier. Que ça devait être pénible pour elle, de devoir s’exprimer de cette façon. Au moins, elle avait le luxe de pouvoir choisir ses mots sans qu’on ne le lui reproche, et de les rendre percutants pour palier au peu d’égard qu’on serait tentée de lui accorder, tant elle paraissait frêle et facile à ignorer. Millie l’observa en silence, opinant du chef en signe de dénégation lorsqu’elle s’excusa. Elle n’en avait pas besoin, elle lirait ce qu’elle avait à lui dire.

Ruby avait la grâce et le port de tête d’une ballerine. Sous ses vêtements trop larges pour elle, elle était gracile, presque aérienne, et sa posture actuelle, un tantinet avachie près de son vélo, semblait si peu naturelle. Amelia chercha dans sa mémoire ce qu’elle avait bien pu lire à son sujet dans les journaux, et s’en voulut beaucoup de s’en remettre aux torchons qui l’avait elle-même salie, colportant ragots et mensonges pour vendre plus de papiers, et exploiter de façon malsaine les horreurs du Poète pour durer. Elle se rappela une nouvelle fois des larmes qu’elle l’avait vue verser lors des funérailles de Tobias, et elle se demanda ce qui la liait, elle, au jeune homme. Il devait avoir de l’importance pour elle pour que la détresse qu’elle avait ressenti émaner d’elle ce jour-là permute en une volonté farouche, celle qu’elle percevait dans sa façon de désespérément gribouiller son discours sur l’ardoise qu’elle avait sorti de son sac. Un éclat de rire cristallin se répercuta sur les murs bétonnés de l’école primaire, mettant fin à la réflexion distraite de l’institutrice qui s’avança d’un pas supplémentaire vers la grille pour mieux lire la première phrase silencieusement prononcée par Ruby.

« Vous aussi, vous lisez les journaux. » lui répondit-elle, les yeux plissés pour supporter l’éclat aveuglant du fond blanc de son ardoise, et s’enquérir des raisons pour lesquelles elle était ici. Le cœur d’Amelia manqua un battement. Elle n’était pas d’une nature méfiante, ayant tendance à voir le meilleur en chacun, mais une légère pointe de paranoïa s’empara soudainement d’elle.

Elle avait déjà été sollicité par quelques curieux. C’était plutôt récent, et si risible qu’elle ne pouvait pas faire comme si ça n’était pas déjà arrivé, qu’on lui demande de parler. On tachait alors de se mettre à sa place pour l’attendrir et la faire accepter de s’asseoir sur le canapé du présentateur-vedette du JT. Des clous : elle n’avait pas assez confiance en eux, pas assez confiance en la presse et aux médias pour s’épancher sur les épreuves qu’elle avait subie. Et puis elle trouvait ça particulièrement ironique de devenir, du jour au lendemain, le centre d’intérêt de gens qui n’avaient fait que creuser un trou pour l’enterrer profondément : maintenant, ils voulaient recueillir ses impressions, et si elle pouvait verser quelques larmes pour faire de l’audience, ce ne serait pas de refus. Jamais. Jamais Amelia Jordan Williams ne s’allierait avec eux, qu’importe si oui ou non elle avait besoin qu’on s’intéresse à elle dans le fond. Elle se raidit visiblement. Que Ruby faisait-elle dans la vie ? Sa méfiance retomba lentement quand elle prit note du reste des paroles de la jeune femme. Elle soupira. Elle ne pouvait pas lui attribuer des intentions peu louables, pas après s’être souvenue qu’elle faisait partie des victimes du Poète, pas après qu’elle se soit sentie si proche d’elle en la regardant s’indigner de la mort injuste de Tobias. Qu’elle insiste sur les traitements qu’on lui avait réservé lui fit baisser la tête, et elle ne trouva rien à répondre, prise de court et ébranlée par cette immersion soudaine dans ce qu’elle considérait comme faisant partie du passé – jusqu’à ce qu’une nouvelle victime soit retrouvée mutilée, et qu’on demande à lui parler.

Millie ne se considérait pas comme une victime, ce serait faire insulte à celles qu’on avait tendance à négliger dans cette affaire. Elle n’avait quasiment jamais partagé son expérience de suspecte avec quiconque, si ce n’était avec ses parents, Andy et, bien sûr, Ezra. Eux seuls savaient à quel point elle avait été affectée par les soupçons pesant sur elle, même si elle s’obstinait à ne pas le montrer, gardant toujours la tête haute et le sourire aux lèvres. Elle savait pourtant qu’elle devrait parler un jour, afficher son mécontentement envers les autorités de la ville… faire comme Ruby en somme : s’indigner du traitement réservé à ceux qu’on avait un jour suspectés, tout comme on l’avait suspectée. Elle doutait pourtant que le temps soit venu, même s’il y avait quelque chose en elle qui avait changé dès lors qu’elle avait appris le décès de Tobias ; elle avait peur. De quoi, elle ne saurait le dire, mais c’était là, elle le sentait sous sa peau. Et davantage à l’instant où elle braqua ses yeux sur la caméra que Ruby lui montra, dissimulée dans son sac. Instinctivement, Millie opéra un petit pas en arrière, lisant ce que Ruby avait ajouté à sa tirade.

« Tout le monde connaît déjà mon histoire. » lui dit-elle d’une voix blanche, et les couleurs fuirent son visage. Elle n’aimait pas la distance qu’elle instaura brusquement entre elle et Ruby, mais elle lui parut vitale. S’éloignant encore d’un pas de la grille, Amelia finit par ajouter « Mais si vous voulez que je vous aide à raconter la vôtre, je le ferais. » Malgré son émoi, elle le lui proposa tout naturellement. Finalement, elle tendit les mains devant elle, paumes vers l’extérieur, et un frisson la parcourut tandis qu’elle fermait les yeux en roulant des épaules pour le chasser, ce frisson « Juste, rangez cette caméra. Si on vous surprend avec aux alentours de l’école, vous aurez des ennuis. » Elle rouvrit les yeux pour lancer de nouveau un regard par-dessus son épaule, et remarqua que ses collègues de travail chuchotaient dans son dos. De quoi écorner un peu plus l’image peu reluisante qu’elles avaient déjà d’elle.
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Sujet: Re: various storms & saints Mer 14 Juin - 21:42

Ruby n’était pas là pour chercher des réponses ou une forme de repos. Elle n’était pas naïve, elle savait qu’Amelia n’allait pas la sauver et que se filmer devant une petite caméra n’allait pas lui permettre de remonter le temps et d’effacer cette nuit-là. Elle le savait, personne n’avait ce pouvoir et personne ne pouvait lui rendre ce qu’elle avait perdu. La brune ne serait plus jamais insouciante, elle n’essayerait plus jamais quelque chose juste pour essayer et juste parce qu’elle le pouvait et parce qu’elle était libre. Elle ne serait plus jamais libre. Son innocence, c’était ça que le Poète lui avait pris, il l’avait privée de chacun de ses sourires et maintenant chaque action était effectuée en se disant et si ? Et si c’était la dernière ? Et si cette nuit n’était pas une bonne nuit ? Et s’il n’y avait pas de raison ? Et s’il décidait de revenir pour terminer le travail et l’achever dans son sommeil. Elle était marquée, peut-être que cela la protégeait, peut-être que non. Avant, Ruby aurait pu être comme Amelia, se perdre dans des sourires, jouer comme une enfant car rien ne pouvait l’atteindre. Désormais, chaque pas était trop lourd, trop bancal, elle seule face à la simple constatation que oui, quelque chose manquait là. Quelque chose qu’on lui avait volé cette nuit. Aucun échange et aucun marché ne pourrait la réparer, elle le savait.

Mais Ruby ne comptait pas s’asseoir et ne rien faire, plus maintenant, plus depuis qu’on l’avait forcée à enterrer ses amis et à agir comme si de rien était. Une seule voix était faible ? Tant pis alors, elle allait crier, crier et hurler jusqu’à ce qu’on l’écoute et qu’on comprenne, jusqu’à ce qu’on fasse quelque chose. Elle n’avait pas besoin de lire les journaux pour comprendre, pour savoir qu’on avait essayé de réduire au silence Amelia, pas besoin. Non, il suffisait de la regarder pour remarquer ce léger changement. C’était pour cette raison que Ruby était là, car elles pouvaient être différentes sur bien des points, mais pas sur celui-ci. Ce fut bien pour cette raison que Ruby finit par reculer elle aussi aux mots suivant d’Amelia. Elle fixa la professeure droit dans les yeux, prête à ranger son ardoise et à se dire qu’elle perdait son temps. Elle acceptait de ranger sa caméra mais pas la raison qui l’avait poussée à sortir de ses retranchements. Amelia offrait son aide comme un bandage sur une plaie qui s’était mal refermée et Ruby la fixa avec une profonde irritation pendant quelques secondes se demandant si ce genre d’offres marchait avec les autres. S’il suffisait qu’elle leur offre un sourire pendant une seconde et une insulte la seconde d’après. Si oui alors...  alors elles avaient une vie bien différente.

Les sourires de Ruby étaient tout ce qu’elle avait, ses insultes sonnaient toujours fausses et n’avaient pas la même valeur une fois écrite sur une ardoise. Ruby finit par soupirer, sac sur les épaules et se disant qu’elle n’avait absolument rien à perdre, elle finit par écrire rapidement. Non. Les gens pensent savoir. Mais n’importe quel idiot peut écrire un article ou monter un reportage et faire tourner les choses d’une manière ou d’une autre. C’était l’âge d’or d’internet après tout, n’importe qui pouvait donner son avis et se faire entendre. Trop de bruit encore une fois, toute une confusion que Ruby ne comprenait pas. Mais tous ces gens ne savaient pas, ils n’avaient jamais été réduits au silence, ils n’avaient jamais crié à l’aide dans la pénombre, leur propre sang dans les narines, tout ça pour rencontrer un mur. Ils ne savaient pas, elle ne savait pas, et elle se tenait devant elle en prétendant que tout le monde savait ? Comment pouvaient-ils être au courant de quelque chose qui les dépassait ? Qui dépassait leur propre compréhension ? Ruby aurait dû leur sceller les lèvres à tous, avec du fil et une aiguille, pour une heure, pour une journée, pour qu'ils aient la moindre idée de son quotidien et de l’horreur grandissante que chaque bruit trop fort ou trop répété lui inspirait. Ce n’était pas juste et alors ? C’était ainsi que la vie continuait et que la roue tournait. Toujours de manière injuste.  

On vous a rangé dans la catégorie des suspects Amelia. Moi, certains, officiers de police ont douté de ma déposition parce que je suis muette. Si tout le monde connaissait son histoire, alors tous les détails étaient publics, n’est-ce pas ? Si les choses étaient aussi simples. Moi, on m’a mise de côté parce que j’étais soit disant trop faible. J’ai dû attendre des jours avant de pouvoir parler à interprète.Non, Ruby ne voulait pas d’aide. On lui en donnait en permanence, à croire qu’elle était incapable d’avancer sur ses deux pieds ou de prendre la moindre décision parce que la nature l’avait privée d’un don si précieux. Elle leur leur disait merde à tous, et peut-être que la colère qu’elle avait contre Amelia n’était pas justifiée mais ce n’était pas juste Amelia, c’était eux tous, tous ceux qui étaient incapable de voir plus loin que le bout de leur nez. Ensuite mes propres parents ont jugé bon de répondre aux questions de Peter pour alimenter son émission morbide. Émission que beaucoup ont regardé pendant des mois et que nous avons tous oublié parce que maintenant ce cher Howell est rangé et qu’il fait parti de la police. Ruby eut un léger rire, la propre bêtise de ces mots-là la faisant littéralement trembler de rire. Parce que c’était risible. Et qui si tout le monde savait, pourquoi est-ce que personne n’ouvrait les yeux ? Pourquoi est-ce que personne ne disait rien ? Pourquoi ?

Et ça personne ne le dit. Personne ne dit à quel point le Poète détruit des vies. On se concentre sur les morts et sur le sang mais il s’agit de tellement plus que ça. Je pensais que vous pouviez le comprendre. Mais visiblement, elle avait eu tort, Ruby ne grava pas ces mots-là sur son ardoise, elle se contenta de hausser les épaules et de la ranger dans son sac, prête à grimper sur son vélo. Histoire de ne pas importuner Amelia et son existence si tranquille.

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Sujet: Re: various storms & saints Lun 26 Juin - 18:48

Le regard que lui adressa Ruby blessa profondément Amelia. Elle avait pourtant été sujette à maintes observations malsaines et œillades insistantes. Que ce soit à cause de son histoire ou de son physique, elle avait toujours été au centre de l’attention, faisant se retourner ceux qui passaient à ses côtés pour une seconde ou deux. Et quand elle ne l’était pas, elle s’était arrangée pour l’être. Mais ce temps-là était définitivement révolu comme le prouvait irrémédiablement l’effroi qu’elle ressentit lorsque ses yeux clairs se posèrent sur la caméra de Ruby. Chaque fois, elle préférait détourner pudiquement la tête, agissant de façon à ce que la personne qui l’observait impunément ne se sente pas mal à l’aise si elle s’apercevait qu’elle avait été attrapée par la principale intéressée en train de la reluquer ou de se demander si oui ou non elle l’avait tuée, cette pauvre gosse, alors que c’était elle, et elle seule, qui avait toutes les raisons d’être embarrassée. Sauf qu’elle vivait avec le regard des autres comme on vivait avec une maladie incurable : c’était difficile, ingérable, épuisant au quotidien et écrasant parfois, mais c’était aussi ce qui avait fait d’elle ce qu’elle était aujourd’hui : quelqu’un de bien et d’intègre, n’en déplaise à ce qu’on racontait dans la presse à son sujet. A l’instant où le regard de son interlocutrice changea, Millie sut que cette œillade-là, elle ne pourrait la parer et passer à autre chose. Elle ne parvint même pas à soutenir le contact visuel plus d’une nanoseconde. L’irritation qu’elle lut dans les iris foncées de Ruby était délétère : elle se détesta de ne pas avoir la force de repousser la profonde antipathie qu’elle éprouva soudainement pour elle-même lorsque la jeune femme reprit la parole par écrit.

Si elle n’acquiesçait pas aux propos de Ruby, ça ferait d’elle une abominable hypocrite. Elle avait raison, bien sûr, et elle était la plus à même d’en attester. A combien de reprises exactement avaient-elle relevé des coquilles dans les résumés écrits par la presse, et qui relataient son parcours dans la vie ? Elle avait cessé de compter lorsqu’elle avait compris que la vérité ne comptait pas à leurs yeux. Sa famille – sa respectable famille – en plus de connaître le deuil, avait en plus dû affronter les indiscrétions des badauds, la médisance des voisins, la noirceur des âmes avides de creuser la tombe de la petite-fille de celle qu’on avait sauvagement assassiné, parce que ça ferait une belle histoire à raconter aux générations futures. Comme un écrivain en train de créer son héros, ils avaient listé des faits et des contrevérités pour esquisser la silhouette d’une femme qui n’était pas celle qui se tenait debout en face de Ruby : on avait fait d’elle un personnage de roman dont l’issue de la destinée ne tenait qu’au progrès d’une enquête qui stagnait. Elle n’avait qu’un seul moyen pour définitivement réduire en cendre l’image d’encre et de papier qu’on avait voulu lui attribuée, et peut-être qu’au fond, c’était ce que Ruby lui proposait.

Et il ne s’agissait là que des méfaits accomplis par la presse, elle ne tenait pas à parler de la rudesse des officiers de police, et de leur méthode pour lui extorquer des aveux montés de toutes pièces – ce qu’elle n’avait jamais fait, ce qui quelque part prouvait sa force de caractère. En ce qui concernait la police, Ruby se chargea d’établir le déroulement de ce qu’elle avait vécu. La bile lui remontait au fond de la forge et les larmes commençaient à border ses yeux, quand la maîtresse des CE2 déboula sans prévenir derrière elle, tandis que Ruby terminait sa tirade puissante sans que Millie ne puisse répondre quoi que ce soit.

« Tout va bien par ici ? » Amelia inspira fort par le nez, et se tourna subitement vers l’intruse pour lui répondre « Absolument. Tu peux te charger de faire rentrer mes élèves, j’en ai encore pour une minute. » Elle lui adressa un sourire qui sonnait faux compte tenu de la force à laquelle ses yeux brillaient à travers le rideau de larmes qui les noyaient de moitié.

Ce sourire signifiait clairement qu’il valait mieux qu’elle ne pose pas de questions si elle ne tenait pas à ce que Millie lui mente – et comme la presse s’était fait un plaisir de le révéler, sans se tromper cette fois, elle était plutôt douée pour le mensonge. Sa collègue lança un regard par-dessus l’épaule d’Amelia, scannant d’un regard curieux la silhouette de Ruby entre deux barreaux de la grille, et obtempéra dans un sourire aussi factice que celui de la maîtresse des CM2. Suivant son trajet jusqu’à la porte de l’école du regard, Millie ferma les paupières pour reprendre ses esprits, et se retourna enfin pour regarder Ruby grimpée sur son vélo. Elle venait de lui poser ce que les grands dramaturges appelleraient sans doute un dilemme Cornélien.

« Ruby. » dit-elle abruptement. On sentait la présence du point qui avait terminé sa tentative de reprendre la parole, il s’était inscrit dans l’atmosphère tiède de l’extérieur. Et pendant qu’elle opérait quelques pas pour s’approcher davantage de la grille, ce fût une fois qu’elle la rejoignit et qu’elle en agrippa les barreaux qu’elle reprit avec légèrement plus d’assurance, non sans abandonner la douceur empreinte dans sa voix « Je ne pourrais jamais me mettre à votre place. Je ne veux pas imaginer la souffrance que vous avez endurée, et je comprends que vous ressentiez les méthodes utilisées par la police à votre égard comme une injustice : c’est ce qui m’est arrivée en partie, et vous le savez, parce que vous avez étudié mon dossier. Vous ne méritiez pas d’être traitée de cette façon, personne ne l’a mérité. » Elle pensa un instant à Tobias, peut-être que Ruby le ressentirait à la façon dont elle marqua une autre pause. Inspirant légèrement en relevant les yeux pour les planter progressivement dans ceux de Ruby, elle conclut « Si je vous laisse mon numéro – je vais vraiment devoir y retourner –, » Elle désigna l’école dressée dans son dos avec un geste leste de la main « Vous me donnerez la marche à suivre ? Je n’ai jamais accordé aucun entretien de ce genre, je ne sais pas du tout comment ça se passe. »
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Sujet: Re: various storms & saints Mar 11 Juil - 16:07

Une belle perte de temps. Voilà ce que tout cela était, pensa amèrement Ruby alors que le vent venait déranger sa chevelure brune. Ce dernier aussi, la brise surtout, tentait de la faire tomber de son vélo et de la contraindre à se pencher plus bas que terre mais non. La professeur se tenait debout, prête à se battre pour la première fois depuis trop longtemps et elle ne savait pas encore par où elle devait commencer mais Amelia lui avait semblé être un bon début. Un bon début pour son histoire et pour commencer sa guérison. Ce qu’elle voulait filmer n’était pas tant pour le reste de la population mais bien pour elle. Car une fois qu’elle aurait compté toutes les cicatrices, une fois qu’elle aurait essuyé toutes les larmes, peut-être que là enfin, elle pourrait vraiment tourner la page. C’était comme creuser sa propre tombe, tant elle savait la chute et la fin proche. Car pour la première fois, depuis sa confession devant l’objectif inquisiteur, Ruby envisageait un futur, un futur qui n’était pas trop terne et qui n’était pas fait de réveils apeurés dans le noir. Un futur où elle avait sa place et où elle pouvait même sourire. Une pensée qui semblait tellement naturelle et normale mais c’était le genre de pensée que Ruby n’avait pas eu depuis longtemps justement, depuis tellement longtemps qu’elle en avait oublié la saveur.

De quoi rêvait-elle en s'installant à Fairhope ? Elle avait posté ses cartons il y a neuf ans de cela, fuyant New-York, elle avait suivi celui qu’elle pensait être l’amour de sa vie à l’époque, certaine que chacun de ses baisers pourrait la guérir. Il avait fui la ville depuis longtemps, probablement au même moment où la brune avait découvert toutes ses infidélités et tous les mensonges. Elle aurait été capable de lui pardonner, elle comprenait qu’elle était difforme, comprenait que jamais elle pourrait l’aimer de manière correcte, de manière normale mais non, c’était lui qui avait pris la décision pour deux. C’était lui qui avait fui, faisant ce qu’il jugeait être correct pour elle. Seule enfin, Ruby n’avait pas baissé les bras, refusant de faire demi-tour et s’accrochant à sa passion comme on l’aurait fait avec une bouée de sauvetage. La danse, c’était la seule chose qui lui était restée, les notes de musique, les muscles qui s’étiraient, les histoires qui étaient contées sans aucun mot échangé… Et elle s’était mise en tête de faire danser toute la ville, certaine que Chopin et Verdi arriveraient à se faire leur place dans la petite ville qu’était Fairhope. Elle n’avait jamais rien eu à elle et quand elle avait ouvert Shoes pour la toute première fois, c’était une joie sans précédent qui avait envahi son coeur. Avant… oui, c’était la vie d’avant, bercée par les notes de musique et les odeurs de parquets et des pointes neuves, et bien entendu les rires de ses élèves. Il n’y avait pas de plan, juste être heureuse et continuer d’enseigner la seule chose qu’elle savait faire. Maintenant, tout ça était exclu, maintenant Shoes était fermée jusqu’à ce qu’elle trouve le courage de faire une arabesque ou juste d’enfiler ses chaussures. Maintenant il ne lui restait plus rien que cette foutue caméra et cette colère… cette rage froide qu’elle devait ravaler.

Peut-être que le problème ne venait pas d’Amelia dans le fond, peut-être que c’était juste elle qui devait faire ses valises et mettre le plus de distance entre elle et cette ville de malheurs. Ruby avait à peine remarqué l’arrivée de la collègue d’Amelia et elle s’apprêtait à laisser la blonde à son existence monotone et tranquille quand elle entendit son prénom. Déjà sur son vélo, la danseuse mit un pied à terre, un sourcil dressé. Signe évident qu c'était la dernière chance qu’elle donnerait à la blonde avant que leur chemin ne se sépare. L'expression de Ruby ne changea pas face aux mots d’Amelia mais cette dernière eut au moins le mérite de la faire réfléchir. Ruby poussa un profond soupir, elle réalisait qu'Amelia malgré son sourire et ses mèches blondes si bien travaillées était tout perdue qu’elle. Aussi, sa craie trouva le chemin de son ardoise encore une fois. La vérité. Votre vérité. C’est la seule chose que je veux. Les mots paraissaient si simples et pourtant Ruby savait qu’elle demandait beaucoup. Elle acceptait qu’Amelia préfère garder ses secrets pour elle, mais prétendre que tout ça ne la concernait pas était juste une belle erreur. Ruby finit par tirer une feuille de papier de son sac, elle venait toujours préparée, et elle griffonna des chiffres à la hâte, tendant le tout à Amelia. Voici mon numéro. Envoyez moi un message quand vous serez prête à parler et à passer devant une vraie caméra. Ruby ponctua ces mots-là par un haussement d’épaules, elle n’avait pas toutes les réponses et elle ne savait pas si Amelia devait absolument lui dire oui. Elle n’avait qu'une seule parole en revanche, elle n’allait pas éditer la confession d’Amelia ou tenter de l’embellir, il n’y aurait qu'une seule prise et une seule.

Dans un dernier hochement de tête, la brune fourra toutes ses affaires dans son sac et préféra signer un bref au revoir, les deux mains serrées sur son guidon, laissant le vent la porter très loin. Peut-être loin où le Poète, ses victimes et elle n’avaient plus aucune importance. Peut-être.

_________________
"Nine times out of ten, I'm in my feelings... But ten times out of nine, I'm only human, Tell me, what did I do wrong?"

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