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 Forgive us our sins

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Sujet: Forgive us our sinsMer 3 Mai - 4:02

forgive us our sins
and lead us not into temptation



mars 2016
Il ne s’était jamais vraiment habitué, il avait juste appris à vivre avec. Il se souvenait des premières fois où il avait pris place, les mains moites s’agrippant à sa bible, craignant de ne pas être à la hauteur, de ne pas savoir quoi répondre. De peur d’être confronté au pire. Il l’avait d’ailleurs déjà croisé de nombreuses années en arrière, sans savoir qu’il allait grandir et devenir le fléau de la ville, le fléau de sa ville, et qu’il allait tout anéantir sur son passage. Bien sûr, la confession n’avait pas été suffisamment explicite mais Ezra s’était douté de quelque chose, et à chaque fois qu’il reprenait place à présent, il se demandait si le souvenir n’allait pas venir jusqu’à lui pour lui avouer tous les crimes qu’il avait commis, espérant ainsi le pardon de Dieu. Et chaque jour il priait, il demandait de l’aide au ciel pour trouver une bonne raison de rester silencieux si toutefois on venait jusqu’à lui pour confesser de telles horreurs. Autant lui asséner un coup violent derrière la nuque immédiatement pour le paralyser, ce serait plus rapide et sans doute beaucoup moins douloureux d’une certaine façon. Mais en attendant que le dilemme ne s’impose violemment à lui, il restait présent pour sa paroisse, vivant avec le poids des pêchés d’autrui sur ses épaules, jurant à chaque fois de les emporter avec lui.

Avec le temps, il avait aussi appris à repérer les regards hésitants, les âmes esseulées, isolées loin du reste du troupeau, évitant les premiers rangs, exilées à l’autre bout de l’église, comme si elles cherchaient à être oubliées avant même de s’être faites connaître. C’était vers ces âmes-là qu’Ezra se tournait en priorité, les questions ne franchissant même pas ses lèvres, son seul silence pour preuve de la confiance qu’on pouvait avoir en lui. Il suivait ces hommes, ces femmes, souvent seuls, perdus, abandonnés ; il ne les quittait pas du regard. Peu lui importait de savoir s’ils allaient revenir ou non, le but n’était pas de les rendre fidèles ou de leur faire croire en une bonté divine dont ils ne parvenaient pas à voir la lumière. Non, le seul intérêt d’Ezra était de leur faire croire en eux, de leur donner une bonne raison de croire qu’ils n’étaient pas leurs propres ennemis, que leurs blessures allaient cicatriser s’ils en prenaient soin, s’ils leur laissaient seulement le temps de guérir. Les prières pour le Créateur n’avaient de valeur que si on était persuadé de sa présence ; pour les autres, il existait d’autres solutions, d’autres échappatoires, et certainement une autre signification à leur présence. Alors c’était eux qu’Ezra voulait aider, n’attendant même pas qu’on vienne à sa rencontre, qu’on insiste ou qu’on l’implore du regard. Il se dirigeait de lui-même vers son confessionnal, s’installant sans un mot. Il attendait parfois de longues minutes, voire de longues heures pour les plus indécis, et il récupérait souvent des lambeaux d’êtres qu’il essayait de recoller avec autant d’amour que Dieu pouvait en avoir pour ses Fils.

Ce jour-là, il l’avait reconnu parmi les autres. Le pasteur ne s’était pas contenté de l’observer ou de le suivre du regard ; il l’avait vu, et Ezra avait tout de suite su que la confession serait longue, ou qu’elle serait déchirante. Et si ce n’était pas cela, alors il s’agirait d’aveux qui l’attendraient personnellement, qui viendraient réveiller des sentiments qu’il avait réussi à mettre de côté depuis longtemps. Il avait fini son sermon avec autant de conviction qu’il l’avait commencé, insistant sur ce que la population avait besoin d’entendre, se chargeant à lui seul de panser les esprits les plus troublés par la situation actuelle et les heures sombres que Fairhope traversait. Et puis il avait sagement attendu que le lieu de culte se vide, serrant quelques mains, acquiesçant simplement ou appréciant les remarques que certains avaient à faire sur la question qu’il avait soulevé ce jour-là, jugeant qu’il serait bon de traiter de l’espoir - une énième fois. Après tout, la ville s’y prêtait si bien… Il avait tout remis en ordre, rangeant les feuilles du discours qu’il avait peaufiné tout au long de la semaine jusqu’au dimanche fatidique. Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus personne ; à part lui, cet autre qui semblait perdu. Aucun témoin, pas la moindre présence. Et il avait agi, comme il avait appris à le faire au cours des dix dernières années, se dirigeant finalement vers le confessionnal avec la ferme intention de se retirer du reste du monde un instant. Pour écouter.

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Sujet: Re: Forgive us our sinsDim 21 Mai - 23:16

Sebastian ne savait même pas ce qu’il fabriquait là. Plus il y pensait et plus il se disait que c’était une mauvaise idée. Son esprit lui hurlait de faire demi-tour, de retourner se cacher dans les ténèbres, là où seule sa peine pouvait le nourrir et venir lui polluer l’esprit et en même temps... en même temps, ses pieds étaient restés bien ancrés dans le sol, comme s’ils savaient que leur propriétaire devait se trouver là. Comme si une force invisible faisait en sorte qu’il soit ici, sur le petit pavement de l’église tous les dimanche matins.

L’affaire durait depuis quelques mois et à chaque fois, Sebastian se retrouvait la bouche complètement pâteuse, les poings serrés à tenter d’expliquer le phénomène et à essayer de rentrer chez lui, la vérité était simple : il ne pouvait tout simplement pas. Des croyances ? Il n’en avait pas, pourtant, sa soif intarissable semblait presque apaisée face à cette croix imparfaite, faite de bois, qui semblait le narguer et lui dire que s’il le souhaitait vraiment, vraiment, elle pouvait s’abattre sur son crâne et venir le libérer. Si seulement… si seulement le repos pouvait être aussi simple. Si seulement le silence pouvait être aussi simple, Sebastian aurait volontiers dit oui et il se serait réfugié dans les bras de ce Dieu qui n’était guère clément, déjà prêt à lui baiser les pieds… juste parce que c’était la bonne chose à faire. Mais non, au lieu de cela, tous les dimanches depuis un certain temps, il se retrouvait là, et après les autres, longtemps après les autres, il finissait par pousser la porte du lieu sacré et il s’asseyait le plus loin possible du premier rang et écoutait des mots qui ne pouvaient pas le sauver. Il aurait tellement voulu croire, croire qu’il y avait autre chose, quelque chose que ses mains ne pouvaient pas réduire en cendres, quelque chose que son esprit ne pouvait pas corrompre. Sebastian aurait pu dormir la nuit s’il avait su que sa condition d’homme n’était pas la fin de tout, mais quand il levait les yeux vers le ciel, il ne voyait pas de rédemption, il ne voyait pas de pardon et il se traitait de fou et finissait par tourner le regard et par fuir.

Pas aujourd’hui, aujourd’hui il ne fuyait pas. Leurs regards s’étaient croisés et Sebastian su aussitôt qu’il ne pouvait pas se cacher davantage. Pas dans la maison de Dieu, pas auprès de son serviteur le plus fidèle. Sebastian portait tellement sur ses épaules, peut-être que se décharger un peu l’aiderait à avancer, et à passer à autre chose. Pour une journée, pour une nuit, juste pour dormir un peu et récupérer des forces pour continuer de rouler sa pierre jusqu’en haut de sa montagne, tout ça pour la regarder rouler de nouveau vers le bas et recommencer le lendemain matin. Avec les mêmes genoux écorchés et les mêmes mains brisées. Il pouvait vivre avec cela, se dit alors le brun, il pouvait vivre avec l’espoir d’une seule journée, il pouvait croire en cela. Alors les pas de Sebastian s’étaient dirigés vers le confessionnal, son esprit fonctionnant à toute vitesse. Choisissant quelle erreur il allait révéler pour commencer, laquelle serait la première faute qui allait passer par ses lèvres et qui allait le condamner aux yeux de son ainé. Laquelle. La main hésitante du quarantenaire se posa sur le confessionnal. Il n’était pas trop tard pour tout arrêter. Et dire que Sebastian arrivait à révéler des détails gênants de lui-même aux réunions des alcooliques anonymes, devant des néons et des visages qu'il connaissait. Ce n’était pas pareil, de l’autre côté, ce n’était pas vraiment un homme, pas vraiment Dieu, pas vraiment quelqu'un qui pouvait effacer ses fautes et pas vraiment un sauveur. C’était toutes ces notions qui se rencontraient à la fois et le brun ne put s’empêcher de penser à sa mère. Elle qui lui avait toujours dit de prier, de s’agenouiller, d’être sage… où était-elle maintenant ? Probablement six pieds sous terre, probablement près de son Dieu, ou alors il l’avait punie parce qu’elle avait été incapable d’aimer tous ces enfants de façon équitable, parce qu'elle avait renié son dernier et avait laissé Père et Fils le battre de toutes leurs forces.

Sebastian poussa la porte à ce moment-là, presque en colère, presque épuisé, et il finit par s’asseoir dans cette semi-pénombre, inspirant profondément. « I don’t know what to say… what do people usually say first …? » Il avait été le premier à briser le silence, sa voix trop grave à son goût dans ce lieu si étroit. « Something along the lines of … Father forgive me for I have sinned… » Sebastian se trouva ridicule en prononçant ces mots-là, il osait à peine relever la tête, fixant ce qu’il imaginait être ses mains, là perdu quelque part devant lui. « I’m just confused and lost… I heard this was a home, so that’s why I’m here. Mine was broken a long time ago. »

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Sujet: Re: Forgive us our sinsJeu 1 Juin - 4:40

Ils étaient nombreux à ne pas savoir par où commencer, à s'asseoir là en espérant que le Divin leur tombe entre les mains avec la réponse à toutes leurs questions. Ils étaient nombreux à rester silencieux, la solitude leur ayant si souvent rongé les os qu'ils ne parvenaient plus à prononcer un seul mot, appréciant la présence du pasteur à leurs côtés pour seul témoin de leur existence misérable. Ezra patientait jusqu'à ce que le silence soit teinté d'une certaine mélancolie avant de s'armer d'une bible pour réciter quelques psaumes, partager quelques pensées qui se noieraient bientôt dans un esprit tourmenté. L'homme n'irait pas jusqu'à dire qu'il appréciait ces moments plus que les véritables conversations qu'il entretenait parfois avec des fidèles égarés, mais il les chérissait particulièrement, conscient que son travail prenait une toute autre ampleur dans ces cas-là. Certains ne reviendraient sans doute jamais, il était essentiel de les laisser repartir avec un peu d’espoir, une flamme qu’ils pourraient laisser trôner dans un coin de leur demeure suffisamment longtemps pour que le foyer retrouve sa chaleur, pour qu’il redevienne agréable de rester au coin du feu sans craindre que ce dernier ne ravage tout sur son passage. Ezra faisait de son mieux pour transmettre cette force qui le poussait à quitter ses draps tous les matins, cet élan qui le forçait à abandonner sa demeure pour rejoindre celle que Dieu avait voulu qu’il habite.

Dans le regard de cet homme, il n'avait pas vraiment réussi à lire ce qui se tramait, incapable de conclure à une profonde solitude ou un simple besoin de reprendre contact avec les cieux. Ezra restait pourtant convaincu qu’il n’y avait personne là-haut, mais c’était une autre histoire, un autre débat qu’il avait souvent avec les fidèles de sa paroisse. Pour l’heure, il posait sa bible sur ses genoux, le pauvre bouquin farci de notes et de dessins qu’Ezra avait griffonné à la hâte en rédigeant ses sermons, s’inspirant des vérités qu’il avait trouvé entre ces quelques pages et qu’il s’était efforcé de remettre en doute. S’il ne questionnait jamais sa foi, alors à quoi bon ? Le pasteur esquissa un sourire, les lèvres de cette âme brûlantes de questions, elles aussi. Qui ne cherchait pas de réponses, après tout. Même sans le savoir, même sans vraiment le vouloir ; il y avait une réponse dans chaque acte, Ezra en était convaincu. Et en ce qui le concernait, il s’efforçait de toujours donner les bonnes, de donner l’exemple, fournir aux autres les éléments nécessaires pour trouver leur propre voie sans jamais imposer la sienne. Le pasteur ne broncha pas, habitué à ce genre de discours qui commençait de manière hasardeuse. L’homme saurait rapidement mettre des mots sur ce qui le faisait saigner ; après tout, c’était humain. Là où les plaies laissaient exprimer la douleur, le silence n’avait jamais réussi à les panser.

« You don’t have to call me Father, I’m a pastor. » Il aurait pu s’étendre sur le sujet et donner davantage d’explications, mais ce n’était pas le plus important. Do not call anyone on earth your father; for One is your Father, He who is in heaven. Il ne valait pas mieux qu’un autre parce qu’il avait consacré sa vie et tout son être au Créateur, et il n’était pas question que son interlocuteur puisse ressentir une quelconque différence à un moment ou à un autre. Les titres pompeux n’étaient clairement pas pour lui ; pas de costume particulier non plus, une chemise à carreaux ou à la teinte unie suffisant généralement à lui donner cet air accessible, le pasteur particulièrement mal à l’aise à l’idée de devoir mettre de la distance entre lui et ses fidèles par un accoutrement ou un langage différent. Non, il passait plus longtemps à prier, à espérer, à remettre en question et à tenter de comprendre que la plupart des gens, voilà tout. « It is considered a home for a lot of people, yes. » Non pas que ce ne soit pas le cas pour lui aussi ; entre ces murs, tout avait subitement un sens et il avait enfin l’impression d’être là pour la bonne raison. « A lot of people come here thinking they will find answers, thinking it would be the end of the line, that there wouldn’t be anywhere else to go after that… » Ezra savait qu’il pourrait le perdre rapidement, quelque part au milieu de son discours s’il ne faisait pas suffisamment attention. Les plus perdus espéraient généralement un miracle en venant à sa rencontre, mais Ezra n'en faisait toujours pas et il ne valait pas mieux qu’eux, vraiment pas mieux. « …But isn’t a home supposed to be somewhere you grow before you leave ? » Ce dont ils ne se doutaient pas, c’était que les miracles venaient d’ailleurs, venaient de ceux qui s’étaient donné la forcé d’y croire, qui ne s’étaient pas lâchement assis en croyant que le bonheur tomberait entre leurs mains tendues vers le ciel en désespoir de cause. « There’s enough love and space for everyone to grow here, we can listen and heal, like a proper home. And once you’re ready, you can go and build your own and make sure it’s just as comfortable as this one. » Mais il s’égarait n’est-ce pas ? Non, il essayait juste d’anéantir les idées reçues, de faire en sorte d’être entendu avant que d'écouter. Ezra ne guérirait pas cet homme, tout comme il n'en n'avait sauvé aucun autre ; il l'aiderait simplement à reprendre sa route plus sereinement. Peut-être l'accompagnerait-il sur le chemin, qui pouvait le savoir ? « Nothing you will say will leave this home, if you so desire to make it yours for the time being. »

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Sujet: Re: Forgive us our sinsVen 30 Juin - 21:36

Cette voix était .
Elle était parvenue à lui dans la semi-pénombre. Là où il aurait pu tout simplement sombrer mais là où Sebastian avait choisi de se battre. Se battre sans lever les poings et sans serrer sa mâchoire. C'était une première pour Sebastian qui ferma les yeux un court instant, toujours aussi perdu et son rythme cardiaque beaucoup trop élevé pour une simple conversation. Il fallait qu'il se concentre sur autre chose, sur le bruit des vagues que lui et Seth avaient observées cette matinée-là, sur cette silhouette qu'il sembla apercevoir de l'autre côté. Ou sur cette voix qui tentait de le rassurer. Qui tentait de l'apprivoiser sans vraiment le connaitre. Le quarantenaire avait l'impression d'être un animal sauvage vu le ton qu'employait Ezra, impossible de prévoir la moindre de ses réactions, impossible de le dominer, de le dompter ou même de communiquer avec lui. Il fallait juste lui agiter sa proie du jour sous le nez et espérer que cela était suffisant. Mais Sebastian n'était plus comme ça, il n'était plus cet homme-là, il se l'était juré en posant sa bague de mariage il y a deux ans de cela, alors qu'il pouvait lire la peur et le dégoût dans le regard de la femme qu'il avait juré de protéger.

Des promesses qui avaient été effacées à chaque fois que sa voix s'était élevée, des promesses qui n'avaient même pas duré et ce n'était pas la mort qui les avait séparés mais bien la vie. Rien d'autre que la vie. Aussi Sebastian rouvrit les yeux face à des mots qu'il n'avait jamais entendu et il inspira profondément, tentant dans le même temps de calmer son rythme cardiaque, considérant les mots du pasteur. Qui semblait venir de quelque part, quelque part de profond, et pas juste des lignes d'un livre sacré que Sebastian avait lu trop de fois pour savoir que ce dernier ne contenait absolument pas de réponses. « That's the first time I ever heard that. » murmura Sebastian. Il était parti, il s'était amputé de sa propre maison, de sa propre famille, de ses souvenirs et pendant les années qui avaient suivi, il n'avait vu que des fantômes. Sans aucun sourire, sans aucune saveur mais bien les représentants de tous les après-midi qu'il avait loupé en Irlande. Sebastian ne se voyait vraiment pas retourner en arrière, Seth lui avait demandé s'il regrettait d'avoir débarquer ici, à Fairhope. Mais l'endroit lui importait peu, l'endroit n'était jamais le problème, le problème résidait dans sa poitrine, continuait de battre et de se tortiller entre ses deux poumons, à pomper et à pomper, à réclamer plus de sang parce que les choses étaient plus simples ainsi.

Était-il possible de repartir à zéro ? Sebastian aurait dit non, sans aucune hésitation si on lui avait posé la question aujourd'hui... Pourtant il y avait cru, pourtant il voulait y croire, mais comme il l'avait déjà dit lors des réunions des AA, assis les bras ballants sur sa chaise en plastique... Il était terriblement et cruellement humain et ce malgré tous ses meilleurs efforts pour y remédier, ça n'allait pas changer. Sebastian prit une autre profonde inspiration, comme s'il cherchait les bons mots, comme s'il puisait le courage de tout dire à voix haute. Il avait fait tout ce chemin, il poussait enfin la porte du confessionnal, ce n'était pas pour rentrer chez lui nourrir tous ses poissons rouges et se maudire. Il pouvait y avoir une alternative, peut-être qu'Ezra l'autre coté n'avait pas toutes les réponses, mais il pouvait au moins écouter, sans le juger. Même le silence serait acceptable pour ce qu'il avait à dire, même le silence. « I... never had a home. 'Ran away from mine as soon as my legs were strong enough to carry me away from that place. Never looked back. Probably for the better.» avoua enfin Sebastian. Ça n'avait rien d'important dans sa confession, mais Ezra devait savoir d'où il venait. Il aurait pu rentrer encore plus dans les détails, lui dire que la maison dans laquelle il avait grandi était pourrie jusqu'à la moelle, lui dire qu'aucun fruit ne poussait dans le jardin, que les larmes versées étaient seulement faites de sel et qu'elles finissaient par griffer la peau et laisser de vilaines cicatrices. Cela ne servait à rien, Sebastian avait survécu à tout ça, il avait laissé cette vile demeure lui asséner un dernier coup avant de partir, de courir les bras tendu vers l'horizon. En fuyant tout, de la peine à la misère, de ses désirs à ses envies, pour se retrouver ici.

« I have those thoughts ... See I used to drink a lot... like a lot, lot, but I gave up on that, and I'm doing good in that department but... » Mais récemment, ce n'était pas l'alcool qui le tenait éveillé la nuit, ce n'était pas ce manque-là qui le poussait à rentrer dans les bars et à tirer sur sa cigarette comme si... comme si... comme s'il était désespéré. Non, c'était d'autres regards, c'était d'autres silhouettes, aussi assurées que la sienne mais plus fines, c'était d'autres lèvres auxquelles il aurait voulu faire goûter la nicotine qui lui bruler les poumons. C'était autre chose, autre chose qu'il était certain d'avoir eu sous contrôle pendant tout ce temps, seulement pour qu'il réalise que ce n'était qu'un autre mensonge qu'il récitait avant de fermer les yeux, tout ça pour pouvoir réussi à dormir. « It's like whenever I escape one addiction another crawl back and it's just never ending... I don't know if I have it in me to fight back this time. »

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Sujet: Re: Forgive us our sinsDim 9 Juil - 13:46

Il avait été chanceux, et Ezra le réalisait à chaque fois qu’il tendait l’oreille, condamné au silence ; ce n’était pas plus mal, il n’aurait rien eu d’intéressant ou de véritablement poignant à dire. Certes, il y avait bien eu le décès de sa jeune soeur, et l’épreuve avait été suffisamment difficile à surmonter pour toute la famille, mais il n’en n’avait gardé aucune plaie sur son corps, pas la moindre cicatrice visible. Elles s’étaient installées sur les bras de sa cadette, et elles avaient fini par disparaitre sous une couche de terre sur laquelle il déposait des fleurs toutes les semaines. Le souvenir était beau malgré tout, celui de la petite, courant dans leur jardin, grimpant sur le dos de son grand frère qui la faisait tournoyer avant de la reposer pour la regarder tituber. Ezra se souvenait d’étés particulièrement ensoleillés, du rire de l’enfant quand elle découvrait ses cadeaux sous le sapin ou qu’elle confiait un autre voeu à la brise lors d’un énième anniversaire. La voir partir avait été insupportable, et Ezra aurait aimé pouvoir partager sa douleur, la décharger de ce mal qui la rongeait, mais il était impuissant, spectateur inutile dont le coeur battant sonnait presque comme une injure face aux pulsations malades et ralenties de sa soeur. La maladie leur avait pris le sourire le plus rayonnant de la maisonnée, la faucheuse les avait privé des milliers d’autres dessins qu’elle n’aurait jamais l’occasion de réaliser, mais personne ne pouvait réduire les souvenirs à néant, et de cette étincelle passée, un espoir était né ; un espoir qui le poussait encore aujourd’hui, à chaque instant, qui le portait et lui confirmait qu’il y avait bel et bien un sens à cette vie. Sa soeur était morte, comme des milliards d’autres avant elle, et aucune perte n’était juste, aucun sacrifice n’était justifiable. Il fallait vivre avec, et en tirer autre chose que des regrets et de la rancoeur.

C’était évidemment plus facile à dire qu’à faire, Ezra en avait conscience. Mais il avait eu cette chance, celle de grandir avec cette force, celle qui lui susurrait de ne pas suivre ses camarades de classe derrière le gymnase à la sortie des cours ; tout ça pour qu’ils soient pris sur le fait quelques instants plus tard, des bouteilles de rhum et des cigarettes pendues à leurs lèvres. Ses parents n’avaient pas eu les moyens de lui payer des leçons de conduite après son seizième anniversaire, et Ezra avait du attendre d’être plus âgé, suffisamment mature pour appuyer sur l’accélérateur avec modération, sans jamais ressentir le besoin d’aller plus vite que la lumière. Aujourd’hui encore, il faisait pratiquement tout à pieds, préférant les longues ballades aux déplacements véhiculés qui demandaient une certaine concentration. Ezra n’avait pas été épargné, personne ne l’était ; mais il n’avait jamais ressenti l’envie ou le besoin de cogner ses poings contre les murs, hurlant quelques injures à la lune comme si elle pouvait les entendre, comme si elle s'en souciait. Il avait eu ses moments de faiblesse, mais jamais dans l’excès, jamais dans le pêcher, et pour lui c’était déjà la preuve que Dieu avait souhaité le diriger jusque dans sa demeure pour qu’il y prêche sa parole, qu’il la partage avec sa paroisse. Les autres en étaient tout aussi dignes que lui, mais il n’y avait qu’Ezra pour leur faire ouvrir les yeux et pour leur montrer quel chemin suivre, quelle voie emprunter pour se rapprocher davantage du Créateur. Malgré tout ce qu’il avait traversé, Ezra avait la chance de ne pas connaître ce genre de pensées, ces séances de tortures internes qui semblaient pourtant communes parmi les mortels. Il n’avait pas eu besoin de fuir sa demeure, et quand bien même il avait songé à baisser les bras, Dieu lui avait fait signe et il s’était ravisé. Sagement.

Mais tout le monde n’avait pas eu sa chance. « Were you drinking for the same reasons you’re moving to something else now ? Is your new addiction trying to keep you away from the same thoughts you had when you started drinking ? » Il n’était pas expert, et n’avait pas non plus la prétention de l’être, mais il avait appris à connaître les Hommes, et même si l’un d’entre eux ne pouvait être comparé à d’autres, il y avait parfois des esprits qui se ressemblaient. « Do you think you’re trying all these things to get those thoughts out of your head ? » Au-delà d’avoir déjà entendu ce discours-là quelque part, peut-être que ce serait le genre de chose qu’Ezra aurait pu lui-même faire, s’il avait été un autre. « There’s absolutely nothing wrong about you if you’re trying to do that in order to escape those thoughts. We all do that when we’re scared. I wanted to escape once, I only got lucky. » Après tout, c’était humain. « But maybe escaping means letting go of it, having someone you trust in whom you can confide. It doesn’t have to be me if you don’t feel comfortable. » Il était là néanmoins, il ne faisait d’exception pour personne. « Of course I’m here if you need. I can help you out, I can listen. But I can’t do anything for you, you will have to find the strength in you to move forward and grow past everything that’s happened to you. It’ll have to be your journey, I’ll just be there to listen when it gets tough. I'll guide you on the way. » Le pasteur n’était là que pour encourager ou observer les progrès, pour guider ou écouter ; il ne pourrait pas faire d’effort à la place de cet homme ou d’un autre. « If you want then, tell me. What kind of thoughts do you have ? »

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Sujet: Re: Forgive us our sinsLun 24 Juil - 3:02

Dans le fond, la semi-pénombre rassurait Sebastian. Pas de lumière trop vive, rien de trop artificielle, rien qui venait lui chatouiller le visage et le distraire, non, il était obligé, contraint de se tenir droit et de se tenir prêt à tout. Prêt à entendre son châtiment et sa peine. Ou peut-être que la seule personne cruelle dans cet espace confiné était lui, peut-être qu’il était le seul à voir des punitions où il n’y aurait eu qu’un semblant d’espoir. De l’espoir ? Cela semblait bien futile dans la vie de Sebastian, cela ressemblait presque à un repas auquel il aurait été allergique. Il ne pouvait pas gorger ses poumons d’espoir alors pourquoi essayer ? Pourquoi essayer de lui faire voir quelque chose qui n’était pas là. Et pourtant il ferma les yeux une nouvelle fois, pressa son front contre le bois froid, écoutant cette voix et les battements de son propre coeur. Aucune solution parfaite ne lui serait offerte aujourd’hui, il en avait parfaitement conscience, tout comme il savait que les mains d’Ezra ne pouvaient pas être les siennes et ne pouvaient pas non plus guider les siennes. Cela aurait été trop beau pour être vrai, si pour quelques minutes, si pour quelques secondes fatidiques, son coeur avait été mis entre les mains de quelqu’un d’autre. Qui en aurait été responsable. Lui aurait été alors en mesure de respirer, libéré de cet affreux poids sur ses épaules, libéré de la sentence, libéré de la culpabilité et des chaines qui pouvaient l’empêcher d’avancer. Rien de tout cela aujourd’hui, il devait se confier, poser les armes et raconter à l’autre homme ce qui le tourmentait vraiment. Sebastian craignait la vérité plus que quiconque, il avait déjà du mal avec son propre reflet dans le miroir alors…

Chaque matin, quand il se lançait dans l’impossible tache de se raser, il voyait la lame trembler, là, contre sa jugulaire, il voyait ses sourcils se froncer et il voyait toutes les possibilités qui s’étendaient devant lui. La possibilité d’en finir par exemple. Une bonne fois pour toute. « I’m not scared. »  lâcha enfin Sebastian, le souffle lourd et les mots lui brulant la gorge. Il ne mentait pas, pas sur ce sujet, la peur était partie depuis longtemps, depuis qu’il avait mis le plus de distance entre lui et les poings qui avaient été son quotidien depuis près de 17 ans. Le quarantenaire avait appris à être fort à la place, à laisser ses propres poings s’exprimer, sa propre rage, sa propre colère et ses propres démons en quelques sorte. Ni plus, ni moins. « I stopped being scared a long time ago. » Il n’était plus aussi fin qu’avant, il ne marchait plus la tête basse, ses épaules étaient plus larges, il avait grimpé les rangs de la police et avait vu son lot d’horreurs, s’était rendu compte que le monde de tous les jours était également sale et que certains avaient juste envie de laisser des traces de sang partout. Juste parce qu’ils pouvaient. Un constat évident pour Sebastian. Mais ce n’était pas à cause de son boulot qu'il s’était mis à boire et certainement pas à cause de la pression, ou des pensées qui venaient envahir son esprit de temps à autre quand il posait les yeux sur d’autres lèvres. « I started drinking because I was ashamed. Ashamed I ran away from everything, from my native land. Ashamed to start over when I didn’t have anything good to begin with. »

C’était la première fois que Sebastian allait aussi loin dans ses confessions, dans cette recherche naturelle de lui-même. Il avait toujours été un homme brisé, il l’avait dit, son ex-femme le lui avait souvent dit, hurlé au visage même afin de l’irriter un peu plus et de prouver que justement, elle avait raison. Le brun s’interrogeait alors, se demandait s’il y avait quelque chose en dehors du chaos, des meubles brisés et des dégâts. Y avait-il autre chose ? Sebastian n’aimait pas vraiment cette question, tout comme il haïssait sa réponse. « My mother… she used to pray, a lot. For all the family and including me, especially me. I don’t even know if she is still alive and I can’t even image what she would say or do if she saw me. » Sebastian offrait une bien pathétique image pour un fils, il le savait, n’avait jamais tenté d’y échapper et pourtant il aurait voulu être mieux. Offrir quelque chose d’autre … mais à qui ? C’était bien ça la question. Ses journées ? Il les passait principalement seul depuis qu'il avait quitté le commissariat de la ville , la compagnie des autres le mettait souvent mal à l’aise et les conversations si elles ne dérivaient pas vers le Poète eh bien… elles aussi tout étaient inutiles. Sebastian se demandait s’il n'y avait pas plus que ça, s’il ne devait pas aspirer à quelque chose d’autre. Ou s’il n’y avait rien alors, quel devait être son réconfort ? « Sometimes I feel like you know, like it’s too late. That I was broken at some point and I started to leak. And all the goodness got out, somehow it all got out and that it’s too late. That everything I do from now and onward is just gonna be messed up… » Tout finissait toujours par s’effacer et il se retrouvait seul, avec ses pensées les plus désagréables, les plus ignobles et les plus confuses. « Tainted. »

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Sujet: Re: Forgive us our sinsLun 14 Aoû - 11:14

Le pasteur ne croyait pas l’autre homme. Tout le monde craignait forcément quelque chose. Le courant ou l’orage, le vide ou les profondeurs, l’obscurité ou les grands espaces, quelque chose de rationnel ou d’absolument inexplicable, les araignées ou la faucheuse. Dans chaque coeur, il y avait une peur, une noirceur qui se logeait juste contre l’organe pour lui donner ce rythme tellement régulier qu’il en était parfois bancal. Un souffle de trop et la fin était précipitée. Vivre sans crainte, sans aucune appréhension de la brûlure, de la morsure ou de la punition divine, ce n’était qu’avancer, se résoudre à ne pas avoir de but ou de véritable sens, renier sa propre existence comme si elle n’avait rien de précieux ou de miraculeux. Cet homme avait beau être déchiré, il devait forcément craindre la prochaine entaille, ce qu’elle libérerait, ce qu’elle laisserait à la merci des autres vautours qui n’en avait jamais assez, qui tremblaient à l’idée de partir trop tôt, absorbés par le sang des victimes disparues avant eux. Il y avait forcément quelque chose pour faire courber l’échine de cet homme-là, pour donner une cadence à ses pas. Et si ce n’était pas la peur de perdre qui l’animait, c’était sûrement l’inverse. Celle de relever la tête, de faire face à ses démons, les affronter pour leur tordre le cou un par un, se rendre compte qu’il pouvait vivre sans eux, qu’il avait le droit de respirer sans qu’ils essaient de l’asphyxier. Il craignait très certainement de croiser son reflet, un sourire sincère accroché à ses lèvres trop habituées aux hivers rugueux ou aux remarques brûlantes. Ezra ne pouvait certainement pas le blâmer, et quand bien même il ne se permettrait pas de remettre la parole de cet homme en question, il n’en pensait pas moins.

Lui-même avait particulièrement redouté ses premières confessions, celles auxquelles il avait été contraint pour se retrouver du bon côté de la barrière et ne plus avoir qu’à écouter, qu’à prêter son oreille en espérant qu’elle saurait entendre au-delà des mots qu’on lui confiait, comme on apprenait à d’autres à lire entre les lignes. Ezra s’était assis au même endroit que cet inconnu, et il s’était refait le film de sa vie, incapable de savoir par où commencer, ouvrant la bouche avant de la refermer tout aussi rapidement, ses larmes pour seuls aveux. Il lui avait fallu du temps, de nombreuses heures, des prières et une éternité à se plonger dans le silence pour mieux s’apprivoiser, mieux comprendre ce qui avait motivé chacun de ses choix et ce qui l’avait poussé à pêcher autrefois. La colère, la paresse. L’envie. Il n’avait entendu parlé de son père biologique qu’une seule et unique fois, et sa mère n’avait pas voulu s’étendre sur le sujet, laissant l’adolescent s’imaginer le pire comme le meilleur de cet homme qu’il n’avait jamais vu, qu’il n’avait même pas croisé sur des clichés. Il avait rangé l’idée de ce souvenir qu’il ne croiserait jamais dans un coin de sa tête, ravi de la présence d’un autre homme dans leur foyer, un autre père qui avait au moins eu la décence d’être présent pour lui, pour l’épauler, pour l’écouter. Mais cet autre, cet inconnu qui avait fait ses valises juste après la naissance d’Ezra, avait laissé un gouffre derrière lui, un gouffre que le garçon avait rempli de peine, de colère et de rancoeur qu’il était venu déverser sur les épaules d’un autre pasteur avant lui. Il avait fait de son mieux pour se rafistoler, pour pardonner.

« It’s never too late. It might feel like it is, but it’s never too late. » Ce n’était pas seulement des mots qu’il confiait à l’autre homme dans le seul but de le rassurer. Ezra n’était pas suffisamment stupide pour croire que cela suffisait, bien au contraire. Il était simplement persuadé qu’il y avait toujours de la place pour le changement dans un coeur blessé, qu’une âme pouvait se repentir, qu’il y avait du bon sous chaque masque. Même celui du Poète ; lui aussi devait craindre quelque chose, lui aussi devait être capable du meilleur, il avait simplement oublier comment faire. « There’s no reason to be ashamed. Good or bad, our actions do not always define ourselves. I don’t consider myself better or kinder than anyone else just because I pray or listen more. You’re not a bad person just because you might have done things that were not necessarily good. » Ezra y croyait, et il espérait vraiment que l’autre homme entendrait ses mots. « You need to forgive yourself. I can help you with that. » Le Créateur les écoutait, et si toutefois il ne prêtait pas attention à eux à cet instant précis, Ezra ferait de son mieux pour lui confier les secrets de cette autre âme, en espérant que les cieux pourraient venir l’aider en retour. « Never be ashamed to tell me anything. I am here to listen. » Une évidence qu’il jugeait bon de rappeler, poussant ainsi le brun à se confier davantage, à avouer tout le mal qui le rongeait.

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I once kneeled in shaking thrill, chided by that silence of a hush sublime, blind to the purpose of the brute divine. Staring in the blackness at some distant star, the thrill of knowing how alone we are, unknown we are. I confessed the longing I was dreaming of some better love, but there's no better love. Beckons above me and there's no better love, that ever has loved me.
there's no better love
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Forgive us our sins

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